{"id":675,"date":"2010-11-02T00:01:26","date_gmt":"2010-11-02T04:01:26","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=675"},"modified":"2010-11-04T13:24:34","modified_gmt":"2010-11-04T17:24:34","slug":"sur-des-chemins-paisibles-part-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2010\/11\/sur-des-chemins-paisibles-part-1\/","title":{"rendered":"Sur des chemins paisibles &#8211; Part 1"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"Le monument de la Porte de Menin sert \u00e0 comm\u00e9morer pr\u00e8s de 55 000 soldats du Commonwealth britannique morts en Belgique dont le lieu du dernier repos est inconnu. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" src=\"..\/..\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/BattlefieldsIntro1.jpg\" alt=\"Le monument de la Porte de Menin sert \u00e0 comm\u00e9morer pr\u00e8s de 55 000 soldats du Commonwealth britannique morts en Belgique dont le lieu du dernier repos est inconnu. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" width=\"630\" height=\"236\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le monument de la Porte de Menin sert \u00e0 comm\u00e9morer pr\u00e8s de 55 000 soldats du Commonwealth britannique morts en Belgique dont le lieu du dernier repos est inconnu. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Le temps \u00e9tait parfait en France au mois d\u2019aout : ciel bleu pour la photographie et nuages moroses pour la peinture. J\u2019\u00e9tais all\u00e9e en Europe pour peindre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les mus\u00e9es de classe mondiale sont remplis de paysages champ\u00eatres normands et flamands. Cette\u00a0terre a une riche production artistique et agricole. Mais elle est aussi ch\u00e9rie pour une tout\u00a0autre raison.<\/strong><\/p>\n<p><strong>C\u2019est l\u00e0 que le monde entier est all\u00e9 se battre, deux fois plut\u00f4t qu\u2019une. Plus de 111 650 Canadiens sont morts aux deux guerres mondiales. Ils sont enterr\u00e9s l\u00e0-bas.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En tant qu\u2019artiste, la juxtaposition de la guerre et de la paix m\u2019int\u00e9resse. J\u2019imagine les citoyens europ\u00e9ens piqueniquant le long des m\u00eames c\u00f4tes que les Canadiens ont prises d\u2019assaut, occup\u00e9s aux\u00a0choses d\u2019aujourd\u2019hui sur les champs de bataille d\u2019autrefois.<\/strong><\/p>\n<p><strong>J\u2019aimerais voir si le souvenir existe hors saison, quand personne ne sait que les invit\u00e9s arrivent.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019air estival est frais. \u00c0 huit kilom\u00e8tres au nord-ouest de la ville m\u00e9di\u00e9vale d\u2019Arras, en France, les ruines de Mont-Saint-\u00c9loi s\u2019\u00e9l\u00e8vent au loin. Les tours fantomales servaient de poste d\u2019observation aux alli\u00e9s \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. C\u2019est l\u00e0 que commence mon voyage.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019herbe et m\u00eame les petits arbustes poussent dans les fissures en haut de la fa\u00e7ade de pierres, et les pigeons que je d\u00e9range s\u2019envolent de leur perchoir tranquille. De cette perspective, les deux pyl\u00f4nes blancs de Vimy sont visibles \u00e0 l\u2019horizon, au nord-est. Les Fran\u00e7ais sont sympathiques, ser\u00adviables. \u00ab Toujours droit! \u00bb, me disent-ils dans les villages et les communes aux maisons de brique rouge de Neuville-Saint-Vaast, Givenchy-en-Gohelle et, finalement, Vimy.<\/p>\n<p>Aux premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube, le 9 avril 1917, les Canadiens lanc\u00e8rent leur attaque \u00e0 Vimy. Cinq jours apr\u00e8s, ils avaient conquis plus de terrain que lors des offensives britanniques pr\u00e9c\u00e9dentes, mais le prix avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9. Plus de 10 000 victimes, dont 3 598 morts. Or, la cr\u00eate de Vimy est un monument de fiert\u00e9 nationale \u00e9rig\u00e9 en l\u2019honneur du succ\u00e8s qui y a eu lieu et qui fait partie de ce qui nous lie en tant que nation.<\/p>\n<p>Le monument massif qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve devant moi brille trop. Je tourne autour, m\u2019abritant les yeux de la main, et je tombe sur une dame \u00e2g\u00e9e qui montre de la main les 11 285 noms grav\u00e9s sur les murs : les noms des soldats disparus et pr\u00e9sum\u00e9s morts en France \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Les ruines grises et silencieuses de l\u2019abbaye du mont Saint-\u00c9loi, pr\u00e8s de la cr\u00eate de Vimy. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" src=\"..\/..\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/BattlefieldsInset1.jpg\" alt=\"Les ruines grises et silencieuses de l\u2019abbaye du mont Saint-\u00c9loi, pr\u00e8s de la cr\u00eate de Vimy. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" width=\"515\" height=\"558\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les ruines grises et silencieuses de l\u2019abbaye du mont Saint-\u00c9loi, pr\u00e8s de la cr\u00eate de Vimy. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Anne-Marie Bourdrez habite le village avoisinant de Neuville-Saint-Vaast (le lieu du plus grand cimeti\u00e8re de guerre allemand en France) et se rend \u00e0 Vimy \u00e0 peu pr\u00e8s une fois par mois. Avec l\u2019aide de sa belle-fille, Alice, Anne-Marie m\u2019explique : \u00ab Mon beau-p\u00e8re venait ici planter des arbres. Les arbres venaient du Canada. Un arbre par soldat : onze-mille soldats, onze-mille arbres\u2026 Les arbres ont grandi, touffus et pleins de branches, alors pendant 17 ans, mon mari est venu ici pendant les vacances pour les \u00e9laguer.\u00a0\u00bb. En effet, le terrain est recouvert d\u2019\u00e9rables immacul\u00e9s, \u00e9lagu\u00e9s assez haut pour qu\u2019on puisse bien voir le champ de bataille et les moutons qui y paissent. Dans quelques mois, les milliers d\u2019\u00e9rables vont devenir rouges, dor\u00e9s ou orang\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y a des tunnels \u00e0 20 m\u00e8tres sous Arras, qu\u2019on appelle les Boves, o\u00f9 la population s\u2019est abrit\u00e9e pendant les bombardements. Les troupes alli\u00e9es s\u2019en servaient pour se rendre aux champs de bataille en secret. Juste avant l\u2019assaut du 9 avril 1917, le syst\u00e8me de tunnels abritait 24 000 hommes.<\/p>\n<p>Le Mur des Fusill\u00e9s se trouve au bord d\u2019Arras, au bout d\u2019un sentier ombrag\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019un m\u00e9morial d\u00e9di\u00e9 aux 218 patriotes fran\u00e7ais tu\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la citadelle par les occupants allemands entre 1941 et 1944.<\/p>\n<p>Les tranch\u00e9es de la Premi\u00e8re Guerre mondiale s\u2019\u00e9tendent au nord jusqu\u2019en Belgique, au saillant d\u2019Ypres, o\u00f9 ont eu lieu certains des combats les plus f\u00e9roces. La port\u00e9e de l\u2019artillerie allemande \u00e9tait de 10 kilom\u00e8tres \u00e0 partir du saillant; la ville de Poperinge s\u2019en trouve \u00e0 11 kilom\u00e8tres et la plupart des \u00e9difices semblent intacts. Poperinge est un endroit charmant et la maison Talbot, qui donne sur une rue pav\u00e9e, n\u2019est pas bien diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle \u00e9tait lors de son ouverture, le 11 d\u00e9cembre 1915. C\u2019est l\u00e0 que les soldats de la Premi\u00e8re Guerre mondiale allaient se reposer du front, o\u00f9 ils buvaient du th\u00e9, du chocolat chaud ou du caf\u00e9, jouaient du piano, assistaient \u00e0 des spectacles et allaient \u00e0 la chapelle install\u00e9e au grenier. J\u2019ai pass\u00e9 quelques heures merveilleuses avec Simon Barber, le directeur de la maison Talbot. Il y est b\u00e9n\u00e9vole pendant deux semaines par ann\u00e9e et il me dit qu\u2019environ \u00ab 45 p. 100 des visiteurs ont un lien direct avec le souvenir et les autres y vont simplement pour s\u2019impr\u00e9gner de l\u2019ambiance de la r\u00e9gion. \u00bb<\/p>\n<p>La ville d\u2019Ypres est pleine de touristes venus gouter les chocolats et la bi\u00e8re. Le monument de la Porte de Menin est situ\u00e9 \u00e0 un croisement, o\u00f9 chaque soir sans faute, \u00e0 20 heures, les citoyens s\u2019assemblent pour rendre hommage aux morts. Cette c\u00e9r\u00e9monie cr\u00e9pusculaire sert \u00e0 comm\u00e9morer ceux qui sont morts \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale et dont le lieu du dernier repos est inconnu. Leurs noms ont \u00e9t\u00e9 grav\u00e9s dans le mur de pierres et le monument massif est entour\u00e9 par des centaines de personnes qui \u00e9coutent tranquillement le dernier clairon.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"L\u2019impressionnant m\u00e9morial de Saint-Julien, situ\u00e9 o\u00f9 les premi\u00e8res attaques au gaz de la Premi\u00e8re Guerre mondiale ont fait des victimes canadiennes. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" src=\"..\/..\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/BattlefieldsInset2.jpg\" alt=\"L\u2019impressionnant m\u00e9morial de Saint-Julien, situ\u00e9 o\u00f9 les premi\u00e8res attaques au gaz de la Premi\u00e8re Guerre mondiale ont fait des victimes canadiennes. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" width=\"515\" height=\"729\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>L\u2019impressionnant m\u00e9morial de Saint-Julien, situ\u00e9 o\u00f9 les premi\u00e8res attaques au gaz de la Premi\u00e8re Guerre mondiale ont fait des victimes canadiennes. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le dimanche matin, l\u2019air me donne l\u2019impression que septembre est arriv\u00e9 et les odeurs se r\u00e9pandant dans les rues pav\u00e9es me rappellent mon enfance. Aujourd\u2019hui, je me mets \u00e0 la recherche du \u00ab canadien \u00bb, l\u2019\u00e9l\u00e9gant M\u00e9morial de Saint-Julien. Il s\u2019agit d\u2019un pilier en granite gris qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 11 m\u00e8tres, au sommet duquel a \u00e9t\u00e9 sculpt\u00e9 un soldat canadien, t\u00eate pench\u00e9e par en avant et les mains crois\u00e9es sur une crosse de fusil. La veille, \u00e0 la Porte de Menin, j\u2019avais demand\u00e9 \u00e0 nombre de gens s\u2019ils savaient exactement o\u00f9 il se trouvait. Les Belges m\u2019avaient souri en disant : \u00ab Ah, oui; le beau, le canadien \u00bb, mais ils ne m\u2019avaient pas dirig\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<p>Les terres cultiv\u00e9es de Flandre longent la route pittoresque jusqu\u2019au petit village de Saint-Julien. L\u00e0, dans la campagne, \u00e0 sept kilom\u00e8tres d\u2019Ypres, un fermier grand et mince d\u2019une bonne soixante-dizaine d\u2019ann\u00e9es sort arroser ses plantes et d\u00e9visa-ger l\u2019\u00e9trang\u00e8re au bord de la route. Je m\u2019approche de lui pour le saluer, et balbutie dans un fran\u00e7ais limit\u00e9 pour lui demander de m\u2019indiquer le chemin du monument. Il continue d\u2019arroser ses plantes, comme si je ne l\u2019int\u00e9ressais pas, ou comme s\u2019il ne m\u2019avait pas comprise. Puis il me demande comme si de rien n\u2019\u00e9tait : \u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 viens-tu? d\u2019Allemagne? \u00bb En entendant \u00ab Canada\u00a0\u00bb, il laisse son arrosoir et son anglais s\u2019am\u00e9liore. Il m\u2019indique la direction de ses grandes mains bronz\u00e9es. \u00ab \u00c0 droite, \u00e0 un kilom\u00e8tre ou deux d\u2019ici\u00a0\u00bb, dit-il. Et le voil\u00e0 : mon m\u00e9morial pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Les 2\u00a0000 hommes de notre pays morts lors des premi\u00e8res attaques au gaz de la guerre sont comm\u00e9mor\u00e9s ici. Il y a des conif\u00e8res en forme de c\u00f4ne et sur des milles \u00e0 la ronde s\u2019\u00e9tendent des champs comme dans les prairies du Manitoba.<\/p>\n<p>Je me faufile dans ma petite voiture \u00e0 travers les champs de ma\u00efs et de pommes de terre sur les routes de campagne de Passchendaele. Les maisons sont en briques, avec des jardins soign\u00e9s et des rideaux blancs qui volent au vent dans les fen\u00eatres ouvertes. Aux abords de la ville, il y a une petite affiche verte de la Commission des s\u00e9pultures de guerre qui pointe un champ de ma\u00efs. C\u2019est un peu surr\u00e9el. Un tunnel d\u2019un peu plus d\u2019un m\u00e8tre de haut a \u00e9t\u00e9 creus\u00e9 dans un champ. Une bande de gazon s\u2019\u00e9tend sur 90 m\u00e8tres, \u00e0 peu pr\u00e8s comme un tapis vert. Ensuite, la bande \u00e9troite tourne \u00e0 gauche et s\u2019\u00e9tend sur 15 m\u00e8tres de plus. \u00c0 part des corbeaux qui croassent et du froissement des tiges, tout est silence. L\u00e0, au milieu d\u2019un champ de ma\u00efs, se trouve un monument d\u00e9di\u00e9 au 85e Bataillon (Nova Scotia Highlanders).<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"La belle basilique restaur\u00e9e\u00a0\u2013 y\u00a0compris sa statue dor\u00e9e \u2013 \u00e0\u00a0Albert, en France. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" src=\"..\/..\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/BattlefieldsInset3.jpg\" alt=\"La belle basilique restaur\u00e9e \u2013 y compris sa statue dor\u00e9e \u2013 \u00e0 Albert, en France. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" width=\"515\" height=\"800\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La belle basilique restaur\u00e9e \u2013 y compris sa statue dor\u00e9e \u2013 \u00e0 Albert, en France. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Cette petite clairi\u00e8re n\u2019est qu\u2019\u00e0 quelques kilom\u00e8tres du cimeti\u00e8re de Tyne Cot, le plus grand cimeti\u00e8re militaire du Commonwealth du monde. Sur les 12 000 morts qui y sont enterr\u00e9s, il n\u2019y en a qu\u2019environ 3 500 qui ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. Plus de 1 000 Canadiens s\u2019y trouvent et des dizaines de personnes circulent parmi les tombes pour leur rendre hommage.<\/p>\n<p>Cette partie du saillant s\u2019\u00e9tendait le plus vers les positions ennemies et les combats y ont \u00e9t\u00e9 f\u00e9roces. Les Canadiens y lanc\u00e8rent leurs premi\u00e8res offensives planifi\u00e9es en juin 1916. Nos soldats sont aussi comm\u00e9mor\u00e9s \u00e0 la c\u00f4te 62 (Bois du Sanctuaire). Un gar\u00e7on blond explore la colline avec ses grands-parents flamands. Ils l\u2019emm\u00e8nent \u00e0 \u00ab beaucoup, beaucoup \u00bb de monuments situ\u00e9s dans cette r\u00e9gion de Flandre et ils sont \u00e9tonn\u00e9s que je sois venue de si loin.<\/p>\n<p>Le village d\u2019Albert entoure une magnifique cath\u00e9drale dont le d\u00f4me du clocher est surmont\u00e9 d\u2019une statue de la Vierge soulevant son enfant \u00e0 bout de bras. Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la ville a \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 en \u00eatre presque ensevelie sous les d\u00e9combres, mais le clocher et les murs de l\u2019\u00e9glise sont rest\u00e9s debout. La vierge dor\u00e9e, d\u00e9stabilis\u00e9e, pendait parall\u00e8lement au sol pendant la plus grande partie de la guerre. D\u2019apr\u00e8s la l\u00e9gende, la guerre se terminerait quand elle tomberait. Aujourd\u2019hui, elle est \u00e0 nouveau debout, offrant son b\u00e9b\u00e9 aux cieux et la basilique qu\u2019elle couronne, reconstruite, est magnifique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le premier jour de la bataille de la Somme fut le jour le plus sanglant de la Grande Guerre pour l\u2019arm\u00e9e britannique. C\u2019est un jour grav\u00e9 dans la m\u00e9moire collective des Terre-Neuviens et honor\u00e9 \u00e0 Beaumont Hamel. Le 1er juillet 1916, 780 hommes du Newfoundland Regiment furent envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019assaut et, en moins d\u2019une demi-heure, il n\u2019en restait que 110. Les routes au nord et \u00e0 l\u2019est d\u2019Albert sont surnomm\u00e9es le circuit du souvenir, une boucle qui passe par Beaumont Hamel, Thiepval et Courcelette avant de revenir \u00e0 Albert. Les morts y sont comm\u00e9mor\u00e9s partout.<\/p>\n<p>Les noms de plus de 72 000 soldats du Royaume-Uni et d\u2019Afrique du Sud dont le lieu de s\u00e9pulture est inconnu sont inscrits sur le monument de Thiepval.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le cimeti\u00e8re de fosse commune de R\u00e9gina est situ\u00e9 sur un coteau paisible au-dessus du village fran\u00e7ais de Grandcourt. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" src=\"..\/..\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/BattlefieldsInset4.jpg\" alt=\"Le cimeti\u00e8re de fosse commune de R\u00e9gina est situ\u00e9 sur un coteau paisible au-dessus du village fran\u00e7ais de Grandcourt. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" width=\"515\" height=\"667\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le cimeti\u00e8re de fosse commune de R\u00e9gina est situ\u00e9 sur un coteau paisible au-dessus du village fran\u00e7ais de Grandcourt. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le temps change lors de mon passage. La pluie est froide et drue alors que je conduis le long d\u2019une route en terre battue vers un autre champ de c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 la recherche du cimeti\u00e8re de fosse commune de R\u00e9gina, pr\u00e8s de Courcelette. C\u2019\u00e9tait la tranch\u00e9e allemande la plus longue du front pendant la guerre. Il fallut deux mois d\u2019attaques par les divisions canadiennes avant de tomber, le 11 novembre 1916, entre les mains de la 4e Division canadienne. Cinq-cent-soixante-quatre Canadiens y sont enterr\u00e9s.<\/p>\n<p>Un gar\u00e7on d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s 10 ans aux longs cheveux blonds et \u00e0 la peau dor\u00e9e saute de l\u2019\u00e9norme tracteur qu\u2019il conduit et m\u2019aide \u00e0 ouvrir la porte de fer mouill\u00e9e. Il ne me dit qu\u2019un seul mot\u00a0: \u00ab\u00a0Canada? \u00bb. J\u2019acquiesce et il me sourit tout en m\u2019indiquant d\u2019un geste d\u2019entrer. Ce cimeti\u00e8re se trouve en plein milieu du champ de c\u00e9r\u00e9ales qu\u2019il est en train de r\u00e9colter. Sans se soucier de la pluie, il remonte sur son engin \u00e9norme et tire sa remorque \u00e0 travers les tiges jaunes pour aller rejoindre la moissonneuse-batteuse. Ce champ isol\u00e9 me semble un bon endroit pour quelque chose qui porte le nom de R\u00e9gina.<\/p>\n<p>La bataille de la Somme a cout\u00e9 24 000 victimes au Canada. Les Allemands l\u2019appellent dat Blutbad (le bain de sang). Presque un si\u00e8cle plus tard, le nom de Dieppe \u00e9voque les m\u00eames sentiments dans notre pays. Aujourd\u2019hui, les falaises de Dieppe servent de toile de fond aux nombreuses personnes qui prennent un bain de soleil, mais pour les Canadiens, elles sont \u00e0 jamais une am\u00e8re ic\u00f4ne de la guerre. Le 19 aout 1942 \u00e0 l\u2019aube, la force alli\u00e9e lan\u00e7a un assaut \u00e0 Dieppe. Neuf heures apr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait fini, surtout parce que les p\u00e9niches de d\u00e9barquement ne pouvaient plus s\u2019approcher des falaises, \u00e0 cause de la gr\u00eale de balles pro-venant de ces derni\u00e8res, pour aller au secours d\u2019autres survivants. Sur les 5 000 Canadiens qui ont pris part au raid, 907 ont perdu la vie et presque 1 950 ont \u00e9t\u00e9 faits prisonniers.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, salue Madame Monique Bourgois au monument canadien \u00e0 Dieppe. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" src=\"..\/..\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/BattlefieldsInset5.jpg\" alt=\"Le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, salue Madame Monique Bourgois au monument canadien \u00e0 Dieppe. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" width=\"515\" height=\"778\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, salue Madame Monique Bourgois au monument canadien \u00e0 Dieppe. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Entre la plage et le Square du Canada, petit parc situ\u00e9 \u00e0 l\u2019ombre des falaises, il n\u2019y a qu\u2019une petite promenade. Une octog\u00e9naire guillerette s\u2019assied \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur un des bancs du parc. Elle porte un tailleur cr\u00e8me et taupe \u00e9l\u00e9gant et un chapeau de paille couvre ses cheveux roux fris\u00e9s. Toulouse Lautrec me vient un instant \u00e0 l\u2019esprit; il n\u2019a jamais peint une dame habill\u00e9e aussi convenablement que celle-ci. Gr\u00e2ce \u00e0 mes quelques mots de fran\u00e7ais et \u00e0 son anglais bien meilleur, je d\u00e9couvre qu\u2019elle habite \u00e0 Dieppe depuis plus de 60 ans, et elle me dit avec fiert\u00e9 que son mari en a \u00e9t\u00e9 le maire pendant 18 ans. \u00ab On avait beaucoup, beaucoup de c\u00e9r\u00e9monies pour les Canadiens \u00bb pendant ce temps-l\u00e0, me dit-elle. Elle me demande timidement si je sais qu\u2019un ministre canadien important va venir aujourd\u2019hui. Il se trouve que Jean-Pierre Blackburn, ministre des Anciens Combattants, va faire une escale inattendue \u00e0 Dieppe cet apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qui vous am\u00e8ne en France \u00bb, me demande-t-il en riant quand il m\u2019aper\u00e7oit parmi la foule de journalistes et de citoyens fran\u00e7ais. Je lui pr\u00e9sente la petite dame au chapeau de paille et tous les reporters fran\u00e7ais nous entourent. Madame Monique Bourgois, \u00e9mue \u00e0 la suite du petit moment pass\u00e9 avec le ministre, se tient seule dans le jardin en murmurant \u00ab Nous nous souviendrons d\u2019eux. Je viens parce que nous nous souvenons, nous nous souvenons, nous nous souvenons\u2026 \u00bb Je parle \u00e0 une autre femme quelques instants et, quand je me retourne pour lui dire aurevoir, elle est partie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le monument de la Porte de Menin sert \u00e0 comm\u00e9morer pr\u00e8s de 55 000 soldats du Commonwealth britannique morts en Belgique dont le lieu du dernier repos est inconnu. ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE Le temps \u00e9tait parfait en France au mois d\u2019aout : ciel bleu pour la photographie et nuages moroses pour la peinture. 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