{"id":67,"date":"2007-01-01T22:03:13","date_gmt":"2007-01-02T03:03:13","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=67"},"modified":"2008-02-21T11:44:30","modified_gmt":"2008-02-21T16:44:30","slug":"force-operationelle-en-afghanistan-la-bataille-pour-le-peuple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/01\/force-operationelle-en-afghanistan-la-bataille-pour-le-peuple\/","title":{"rendered":"Force op\u00e9rationelle en Afghanistan :La bataille pour le peuple"},"content":{"rendered":"<p>Les soldats canadiens font la guerre en Afghanistan.<\/p>\n<p>\u00c0 Spin Boldak, \u00e0 la bordure est de la province de Kandahar,                   les soldats observent la fronti\u00e8re avec le Pakistan. \u00c0 la Base                   d&#8217;op\u00e9rations avanc\u00e9e Martello, au nord de la ville de Kandahar,                   ils patrouillent les montagnes. \u00c0 travers le Panjwai, au sud-est                   de la ville de Kandahar, ils reconstruisent apr\u00e8s avoir particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;op\u00e9ration                   M\u00e9duse, la plus grande bataille de l&#8217;infanterie canadienne                   depuis la guerre de Cor\u00e9e.<\/p>\n<p>Chaque matin, les soldats se r\u00e9veillent pour faire la guerre.                   Pas toujours dans le genre de grands \u00e9v\u00e9nements mortels dont                   on parle aux nouvelles du soir, mais chaque jour ils esquivent                   les kamikazes et les roquettes, ils travaillent pour apporter                   de l&#8217;aide aux n\u00e9cessiteux et ils essaient d&#8217;obtenir la confiance                   de gens monstrueusement m\u00e9fiants. Leur bravoure est \u00e9tonnante                   et leur bataille est vraiment difficile.<\/p>\n<p>Dans le village de Bazaar-e-Panjwai, l&#8217;adjudant Dean Henley                   et le sergent Chris Augustine font leur propre bataille tranquille.                   Malgr\u00e9 tout le drame et la violence de cette guerre, il se                   pourrait fort bien que la vraie bataille ce soit la leur. Ils                   dirigent un d\u00e9tachement de coop\u00e9ration civilo-militaire (COCIMI)                   et c&#8217;est leur travail de mettre les villageois en confiance                   et d&#8217;obtenir leur soutien en faisant des bonnes oeuvres. Leurs                   ennemis ne sont pas simplement les insurg\u00e9s, mais aussi la                   corruption et la mauvaise gouvernance.<\/p>\n<p>La Force op\u00e9rationnelle en Afghanistan a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e ici par                   le Canada dans le cadre de la Force internationale d&#8217;assistance \u00e0 la                   s\u00e9curit\u00e9 (FIAS) de l&#8217;Organisation du Trait\u00e9 de l&#8217;Atlantique                   Nord (OTAN), laquelle comprend plus de 31 000 soldats de 37                   pays. Le contingent canadien en compte 2 000. Le groupe de                   bataille principal bas\u00e9 au terrain d&#8217;aviation de Kandahar vient                   principalement du 2e Groupe-brigade m\u00e9canis\u00e9 de Petawawa (Ont.),                   alors que l&#8217;\u00e9quipe de reconstruction provinciale (ERP), bas\u00e9e                   au Camp Nathan Smith, \u00e0 Kandahar, comprend 220 soldats choisis \u00e0 travers                   les Forces canadiennes et des repr\u00e9sentants de l&#8217;Agence canadienne                   de d\u00e9veloppement international, du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res                   et du Commerce international et de la Gendarmerie royale du                   Canada.<\/p>\n<p>L&#8217;Afghanistan est un des endroits les plus dangereux au monde                   et, jusqu&#8217;en novembre 2006, 42 soldats et un diplomate canadiens                   y avaient perdu la vie. En fait, l&#8217;histoire du pays est longue                   durant laquelle des soldats \u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s. Les                   Britanniques ont fait trois guerres de colonisation pour essayer                   de se rendre ma\u00eetres de ce pays du Centre asiatique sans acc\u00e8s \u00e0 la                   mer. La premi\u00e8re, 1839-1842, s&#8217;est termin\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9sastreuse,                   la deuxi\u00e8me, celle de 1878-1880 ne s&#8217;est pas bien termin\u00e9e                   non plus et la derni\u00e8re, en 1919, a eu pour r\u00e9sultat l&#8217;ind\u00e9pendance                   compl\u00e8te de l&#8217;Afghanistan. Pendant les 60 ans qui ont suivi,                   l&#8217;Afghanistan a \u00e9t\u00e9 en grande partie stable et ind\u00e9pendant,                   m\u00eame une destination pour les touristes de l&#8217;Ouest durant les                   ann\u00e9es 1960, au moins jusqu&#8217;\u00e0 ce que les Sovi\u00e9tiques l&#8217;envahissent,                   en 1979.<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;il leur ait fallu une d\u00e9cennie de combats de gu\u00e9rilla,                   les combattants de la libert\u00e9 afghans ont fini par expulser                   l&#8217;arm\u00e9e rouge en 1989. L&#8217;Union sovi\u00e9tique s&#8217;est effondr\u00e9e peu                   de temps apr\u00e8s. Mais l&#8217;Afghanistan aussi s&#8217;est effondr\u00e9. Les                   deux groupes ethniques principaux, les Tajiks du Nord et les                   Pachtounes du Sud, incapables de s&#8217;entendre sur une m\u00e9thode                   de partage du pouvoir, ont eu une guerre civile les uns contre                   les autres durant une bonne partie de la d\u00e9cennie suivante                   et ils se sont m\u00eame battus entre eux.<\/p>\n<p>Durant le milieu des ann\u00e9es 1990, toutefois, un groupe d&#8217;\u00e9tudiants                   religieux pachtounes appel\u00e9s taliban, ce qui veut dire &#8216;chercheurs                   de savoir&#8217;, a commenc\u00e9 \u00e0 prendre le pouvoir dans la r\u00e9gion                   de Kandahar. Les taliban sont rapidement devenus plus forts                   et plus populaires car ils ont serr\u00e9 la vis aux bandits et                   cr\u00e9\u00e9 un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, une chose que le peuple                   afghan n&#8217;avait pas vu depuis bien longtemps.<\/p>\n<p>Malheureusement, les taliban \u00e9taient aussi des fondamentalistes                   islamiques qui essayaient de contr\u00f4ler la vie personnelle, \u00e9conomique                   et politique en Afghanistan de fa\u00e7on absolue. De plus, ils \u00e9taient                   tout \u00e0 fait intol\u00e9rants, commettaient des violations de droits                   humains sauvages r\u00e9guli\u00e8rement, et ne se souciaient pas des                   lois internationales non plus.<\/p>\n<p>Lorsque le 11 septembre 2001 est arriv\u00e9, les taliban contr\u00f4laient                   tout le pays sauf un petit groupe qu&#8217;on appelait l&#8217;Alliance                   du Nord, surtout des Tajiks, qui survivaient dans une r\u00e9gion                   au nord de Kaboul, la capitale du pays.<\/p>\n<p>Les Forces canadiennes sont actuellement en Afghanistan non                   seulement parce que les taliban donnaient asile \u00e0 Osama bin                   Laden et permettaient \u00e0 son organisation terroriste al-Qa\u00efda                   de se servir du pays en tant que de base d&#8217;entra\u00eenement, mais                   aussi parce qu&#8217;ils ont refus\u00e9 d&#8217;arr\u00eater de le faire m\u00eame apr\u00e8s                   le 9\/11.<\/p>\n<p>Maintenant que les taliban se sont \u00e9parpill\u00e9s, la lutte a                   pour raison d&#8217;\u00eatre la construction d&#8217;une nation afghane stable                   et sauve qui ne soit plus un danger pour la s\u00e9curit\u00e9 dans le                   monde. &#8220;Il s&#8217;agit d&#8217;un pays qui a permis \u00e0 des terroristes                   extr\u00e9mistes de venir s&#8217;y installer et puis y lancer des attaques                   contre les pays de l&#8217;Ouest&#8221;, dit le colonel Fred Lewis, le                   commandant adjoint de la mission. &#8220;Heureusement qu&#8217;il n&#8217;y a                   pas eu immens\u00e9ment de Canadiens qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s (le 9\/11),                   mais plus de 30 l&#8217;ont \u00e9t\u00e9. Alors, c&#8217;est l\u00e0 le premier point                   : il s&#8217;agit de la s\u00e9curit\u00e9 du Canada. Ensuite, le deuxi\u00e8me                   point c&#8217;est que nous sommes un pays qui a toujours export\u00e9 ses                   valeurs. Je ne veux pas dire imposer une culture contre le                   gr\u00e9 de qui que ce soit, mais rien qu&#8217;exporter ses valeurs d&#8217;une                   bonne mani\u00e8re; que ce soit le maintien de la paix, ou que ce                   soit le travail de d\u00e9veloppement dans le Tiers Monde, que ce                   soit la Premi\u00e8re Guerre mondiale ou la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale.                   C&#8217;est la m\u00eame chose.&#8221;<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas un effort partiel. C&#8217;est une premi\u00e8re historique                   pour l&#8217;OTAN que de rassembler l&#8217;alliance pour une op\u00e9ration                   si grande dans un endroit aussi \u00e9loign\u00e9 de l&#8217;Atlantique Nord.                   Au Canada, une grande partie des nouvelles concerne naturellement                   la contribution canadienne, mais sur place \u00e0 Kaboul, ou m\u00eame                   autour de la piste d&#8217;atterrissage de Kandahar, la vari\u00e9t\u00e9 des                   soldats internationaux est ahurissante. Il y a les commandos                   fran\u00e7ais, les troupes a\u00e9roport\u00e9es hollandaises, les b\u00e9rets                   verts am\u00e9ricains, les artilleurs danois, l&#8217;infanterie turque                   et les marines britanniques. Mais ce n&#8217;est pas tout; il y a                   les Lituaniens, les Irlandais, les Islandais, les Belges, les                   Bulgares, les Australiens, les Suisses, les Su\u00e9dois, les Norv\u00e9giens,                   les N\u00e9o-Z\u00e9landais et bien d&#8217;autres encore.<\/p>\n<p>Dans la plus grande partie de l&#8217;Afghanistan, la mission de                   l&#8217;OTAN va tr\u00e8s bien. Durant les quelques derni\u00e8res ann\u00e9es,                   Kaboul a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e de mani\u00e8re remarquable. L&#8217;\u00e9conomie                   est en plein essor et les rues sont pleines de vendeurs, d&#8217;entrepreneurs                   et d&#8217;\u00e9coliers en uniforme. Dans le Nord, la situation est stable                   en g\u00e9n\u00e9ral, les taux d&#8217;emploi sont \u00e9lev\u00e9s et il n&#8217;y a gu\u00e8re                   de violence. L&#8217;Ouest du pays ne va pas mal non plus. Mais le                   Sud, eh bien, c&#8217;est une tout autre histoire.<\/p>\n<p>Les combats actuels dans le Sud pourraient \u00eatre vus, d&#8217;une                   certaine fa\u00e7on, comme la suite de la guerre civile qui a commenc\u00e9 durant                   les ann\u00e9es 1990 et qui n&#8217;a jamais vraiment fini.<\/p>\n<p>L&#8217;ennemi se compose de taliban, de seigneurs de guerre, de                   trafiquants de drogues, de bandits et, \u00e0 un moindre degr\u00e9,                   de militants islamiques venus du Moyen-Orient et d&#8217;Afrique                   du Nord.<\/p>\n<p>&#8220;Il y a les taliban intransigeants, qui sont des extr\u00e9mistes,                   presque comme les gars d&#8217;al-Qa\u00efda&#8221;, dit Lewis. &#8220;Ensuite il                   y a ce que nous appelons les &#8216;combattants de jour&#8217;, des gars                   qui se font recruter et payer pour se battre pour les taliban.                   En gros, l&#8217;ennemi c&#8217;est tous ceux pour qui un gouvernement                   qui fonctionne bien en Afghanistan serait un d\u00e9savantage.&#8221;<\/p>\n<p>Dans une guerre conventionnelle, l&#8217;objectif militaire est                   habituellement clair : l&#8217;utilisation de puissance de feu irr\u00e9sistible                   pour d\u00e9truire les forces ennemies et tenir ou capturer le territoire.                   Mais ce n&#8217;est pas le cas dans la province de Kandahar, o\u00f9 le                   succ\u00e8s d\u00e9pend, assez comme en d\u00e9mocratie, de la volont\u00e9 du                   peuple. Si trop d&#8217;Afghans commencent \u00e0 croire que leurs int\u00e9r\u00eats                   sont mieux servis par les taliban, il n&#8217;y a pas suffisamment                   de force pour faire autrement.<\/p>\n<p>C&#8217;est pour cette raison que l&#8217;objectif militaire pour les                   deux c\u00f4t\u00e9s en Afghanistan est d&#8217;obtenir le soutien de la population.                   La puissance de feu, m\u00eame la force militaire, n&#8217;a qu&#8217;une utilit\u00e9 restreinte.                   Dans cette bataille pour le peuple, les taliban ont un avantage                   immense parce que, tout simplement, ce sont des locaux, ils                   parlent la m\u00eame langue que les villageois, ils ont la m\u00eame                   histoire, ils ont souvent des liens de sang. En automne 2006,                   ce combat pour le soutien du peuple \u00e9tait la vraie bataille                   qui avait lieu dans la province de Kandahar.<\/p>\n<p>L&#8217;adjudant Henley et le sergent Augustine sont au front de                   cette bataille. Un r\u00e9serviste des Gray and Simcoe Foresters                   de Barrie (Ont.), Henley en Afghanistan a le poste de commandant                   de d\u00e9tachement d&#8217;une des \u00e9quipes de COCIMI bas\u00e9es au Camp Nathan                   Smith de l&#8217;ERP \u00e0 Kandahar. Augustine, un r\u00e9serviste du Princess                   of Wales Own Regiment de Kingston (Ont.), est commandant en                   second du d\u00e9tachement de COCIMI, lequel est loin d&#8217;avoir 20                   gars.<\/p>\n<p>Leur travail c&#8217;est d&#8217;aller dans les villages d\u00e9couvrir ce                   que les Canadiens peuvent faire pour leur venir en aide. &#8220;On                   ne peut pas gagner l&#8217;insurrection en tuant les insurg\u00e9s&#8221;, dit                   Henley. &#8220;On ne peut pas tuer l&#8217;insurrection, il faut lui enlever                   la base de soutien. C&#8217;est la seule fa\u00e7on.&#8221;<\/p>\n<p>En septembre et en octobre 2006, Henley et son \u00e9quipe \u00e9taient                   bas\u00e9s \u00e0 Bazaar-e-Panjwai, au sud de Kandahar. La petite ville-march\u00e9 n&#8217;est                   qu&#8217;\u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la r\u00e9gion de Pashmul, o\u00f9 l&#8217;op\u00e9ration                   M\u00e9duse a eu lieu. Ce n&#8217;est pas du tout une r\u00e9gion s\u00e9curitaire.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9quipe vit dans une enceinte d&#8217;\u00e9cole secondaire, dans une                   salle de classe qui a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9e. Les conditions sont difficiles,                   surtout les installations sanitaires, qui sont constitu\u00e9es                   d&#8217;une chaise en acier o\u00f9 on a fait un trou et un abattant simple                   coll\u00e9 par-dessus. Pour faire ses besoins, on emporte la chaise                   dans les champs. Mais attention aux mines terrestres. &#8220;Les                   gens reconnaissent maintenant que le d\u00e9tachement de COCIMI                   est une bonne source pour le village. Nous engageons beaucoup                   de gens en tant que manoeuvres&#8221;, dit Henley &#8220;On peut voir la                   diff\u00e9rence, ils ne m&#8217;aiment pas n\u00e9cessairement, mais ils aiment                   ce que je fais. Pourvu qu&#8217;ils r\u00e9alisent que je suis ici pour                   les aider. Je pense que ce n&#8217;est qu&#8217;un processus lent.&#8221;<\/p>\n<p>Jeudi le 5 octobre 2006, Henley et Augustine tiennent une                   grande s\u00e9ance municipale en face de la cour d&#8217;\u00e9cole qui leur                   sert de base. Plus de 45 anciens, mollahs et leaders locaux                   se pr\u00e9sentent pour leur parler et les \u00e9couter. La salle qui                   se remplie vite devient torride. La force de s\u00e9curit\u00e9 de la                   COCIMI est de garde autour du p\u00e9rim\u00e8tre.<\/p>\n<p>Henley et Augustine n&#8217;ont pas l&#8217;autorisation de faire des                   promesses ou de donner de l&#8217;argent sur-le-champ, mais ils vont \u00e9couter                   ce qu&#8217;on leur dira \u00e0 propos de tous les probl\u00e8mes et prendre                   beaucoup de notes. Ils commencent par parler au groupe. &#8220;Nous                   ne pouvons pas promettre de r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes \u00e0 Panjwai&#8221;,                   leur dit Augustine. &#8220;Nous allons faire de notre mieux, mais                   le vrai changement doit venir de vous tous.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Et nous ne pouvons rien faire sans s\u00e9curit\u00e9&#8221;, dit Henley. &#8220;Si                   des gens sont en train de nous tuer ou de nous faire exploser,                   nous ne pouvons pas vous aider.&#8221;<\/p>\n<p>Un des hommes les plus vieux, grand et \u00e0 la barbe blanche                   flottante, se l\u00e8ve pour rassurer Henley que tant qu&#8217;ils seront                   en train de les aider, ils seront en s\u00e9curit\u00e9. C&#8217;est un bon                   d\u00e9but.<\/p>\n<p>Durant l&#8217;heure qui s&#8217;\u00e9coule \u00e0 peu pr\u00e8s, les villageois \u00e0 leur                   tour font la liste des choses qu&#8217;ils d\u00e9sirent que les Canadiens                   arrangent. Presque toutes sont des r\u00e9parations, des ajouts                   ou des r\u00e9novations des mosqu\u00e9es, y compris une demande de terminer                   la construction d&#8217;une mosqu\u00e9e locale qui a \u00e9t\u00e9 commenc\u00e9e par                   les taliban mais qui n&#8217;a \u00e9t\u00e9 construite qu&#8217;\u00e0 moiti\u00e9. Augustine                   et Henley se regardent rapidement \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n<p>Une fois que les demandes ont \u00e9t\u00e9 faites, ils commencent une                   s\u00e9ance de questions et r\u00e9ponses qui fait vite fausse route                   quand Augustine demande \u00e0 la foule si tous sont satisfaits                   de la distribution des vivres. Ce qui commence quand trois                   ou quatre personnes parlent en m\u00eame temps devient 15 minutes                   environ de cris ininterrompus. Apr\u00e8s quelques minutes, m\u00eame                   l&#8217;interpr\u00e8te n&#8217;essaie plus de suivre.<\/p>\n<p>Les gens fulminent. Le probl\u00e8me c&#8217;est que les villageois affam\u00e9s                   ne re\u00e7oivent pas la nourriture. Un homme se l\u00e8ve : il jure                   que 99 pour cent de la nourriture se fait voler et revendre.                   Le reste des hommes hochent la t\u00eate en signe d&#8217;accord.<\/p>\n<p>Il s&#8217;av\u00e8re que quelqu&#8217;un dans la voie hi\u00e9rarchique d\u00e9tourne                   la nourriture pour ses propres raisons. Un autre homme se l\u00e8ve                   : &#8220;Le gouvernement et les organismes doivent changer la mani\u00e8re                   dont \u00e7a se fait, ou bien ils doivent arr\u00eater de donner cette                   aide.&#8221;<\/p>\n<p>Un autre homme se l\u00e8ve pour donner un avertissement : &#8220;Nous                   sommes au milieu, nous ne sommes pas avec les taliban et nous                   ne sommes pas avec le gouvernement. Si vous nous aidez, nous                   serons avec vous. Et sinon&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Pendant une heure, les villageois discutent point par point                   d&#8217;un nouveau plan pour \u00e9viter les officiels corrompus en distribuant                   la nourriture par l&#8217;entremise des mosqu\u00e9es de la r\u00e9gion, dont                   le nombre s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 65 \u00e0 peu pr\u00e8s. Tous les gens sont d&#8217;accord                   : tout le monde fait confiance aux eccl\u00e9siastiques qui dirigent                   les mosqu\u00e9es, ils seront justes.<\/p>\n<p>Henley et Augustine ne sont pas automatiquement d&#8217;accord avec                   le plan, et en fin de compte ils ont raison, mais ils promettent                   de faire de leur mieux.<\/p>\n<p>Quand le tumulte s&#8217;apaise, un autre vieil homme se l\u00e8ve : &#8220;La                   solution pour chaque probl\u00e8me dans cette r\u00e9gion est de faire                   comme ceci&#8221;, il indique la salle et la foule d&#8217;un geste, &#8220;\u00e9couter                   les gens. Si vous voulez vraiment la paix et la s\u00e9curit\u00e9, \u00e9coutez                   simplement les gens, parce que les dirigeants ne sont ici que                   pour voler.&#8221;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la r\u00e9union, Henley et Augustine retournent de l&#8217;autre                   c\u00f4t\u00e9 de la rue \u00e0 leur enceinte, o\u00f9 ils commencent \u00e0 faire un                   plan. Une des premi\u00e8res choses \u00e0 faire c&#8217;est de se rapporter                   au quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;ERP pour les mettre au courant de                   ce qu&#8217;ils ont appris. La conversation avec l&#8217;officier des op\u00e9rations                   ne se passe pas tr\u00e8s bien. &#8220;Les gens sont tr\u00e8s contrari\u00e9s \u00e0 propos                   de la distribution de nourriture. C&#8217;est un facteur dominant,                   si nous faisons parvenir la nourriture aux gens qu&#8217;il faut,                   ils vont nous aimer, sinon nous sommes en train de rendre beaucoup                   de gens en col\u00e8re&#8221;, dit Henley au t\u00e9l\u00e9phone satellite.<\/p>\n<p>D&#8217;une certaine fa\u00e7on, tout l&#8217;effort de reconstruction de l&#8217;Afghanistan                   se r\u00e9sume \u00e0 cela. Le groupe de combat et tout le personnel                   de l&#8217;ERP sont ici pour donner l&#8217;occasion \u00e0 ces deux r\u00e9servistes                   de se lier avec les Afghans, d&#8217;apporter des changements positifs                   dans leur vie et ainsi obtenir leur confiance. Mais il y a                   un probl\u00e8me. Henley insiste encore plus. &#8220;Le syst\u00e8me est en                   train d&#8217;\u00e9chouer&#8221;, dit-il \u00e0 l&#8217;officier des op\u00e9rations. &#8220;Nous                   sommes en train de rendre 10 000 personnes en col\u00e8re, qui vont                   se retourner contre nous.&#8221;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&#8217;avertissement brusque, ce n&#8217;est pas facile \u00e0 faire                   accepter. Le vieux syst\u00e8me est peut-\u00eatre corrompu, mais les                   m\u00e9canismes sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. On dit \u00e0 Henley que contourner ces                   m\u00e9canismes risque de miner la confiance qu&#8217;on a envers le gouvernement.                   C&#8217;est difficile \u00e0 comprendre car c&#8217;est justement le manque                   de confiance envers le gouvernement qui est la cause du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Toutefois, comme le commandant de l&#8217;ERP, le lieutenant-colonel                   Simon Hetherington, le fait remarquer par la suite, il y a                   d&#8217;autres facteurs dont il faut tenir compte. &#8220;Je me suis fait                   prendre plusieurs fois par des groupes qui disaient qu&#8217;ils                   repr\u00e9sentaient les gens de la r\u00e9gion et par la suite j&#8217;ai appris                   que ce n&#8217;\u00e9tait pas le cas&#8221;, dit Hetherington. &#8220;J&#8217;ai un choix                   et c&#8217;est de soutenir le gouvernement l\u00e9gitime d&#8217;Afghanistan.&#8221;<\/p>\n<p>Hetherington confirme ce que Henley a d\u00e9couvert. On ne peut                   pas distribuer la nourriture par l&#8217;entremise des mosqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Alors, malgr\u00e9 le revers, Henley et Augustine commencent \u00e0 planifier                   comment faire les r\u00e9parations \u00e0 la mosqu\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la recherche                   de nouvelles fa\u00e7ons de prouver aux villageois que les Canadiens                   sont vraiment l\u00e0 pour les aider. Et ils n&#8217;ont pas abandonn\u00e9 l&#8217;id\u00e9e                   de faire parvenir la nourriture aux gens qui ont faim. &#8220;Je                   pense que ce que nous allons essayer de faire c&#8217;est de travailler                   avec cette approche gouvernementale, mais si nous prouvons                   qu&#8217;il y a des gens qui ont faim et \u00e0 qui les affaires ne parviennent                   pas, nous allons essayer d&#8217;augmenter ce syst\u00e8me. Esp\u00e9rons que                   cela ne minera pas les efforts du gouvernement. Mais en m\u00eame                   temps, nous ne voulons pas m\u00e9contenter des populations plut\u00f4t                   fragiles dans une r\u00e9gion o\u00f9 nous travaillons&#8221;, dit Augustine. &#8220;Nous                   verrons \u00e0 quel point nous sommes persuasifs&#8221;, dit-il avec un                   large sourire.<\/p>\n<p>Quand on se tient \u00e0 Panjwai, on ne peut gu\u00e8re faire autrement                   que de ressentir le poids de l&#8217;histoire. Les taliban n&#8217;arr\u00eateront                   pas et ils ne s&#8217;en iront pas; d&#8217;une fa\u00e7on ou d&#8217;une autre il                   va falloir les battre. Mais, comme dit le colonel Lewis, le                   simple fait que ce soit difficile, \u00e7a ne veut pas dire que                   ce ne soit pas la bonne chose \u00e0 faire. &#8220;Il y a des gens vraiment                   m\u00e9chants dans ce monde. Et je pense que des fois les Canadiens                   sont tr\u00e8s na\u00effs, \u00e0 cause du pays o\u00f9 nous vivons. Je pense que                   des fois les Canadiens [&#8230;] n&#8217;ont pas une assez grande exp\u00e9rience                   du monde. Ils disent &#8216;non, non&#8230; laissez simplement les Afghans                   r\u00e9gler leurs propres probl\u00e8mes&#8217;. Eh bien, voyez-vous? Ils ne                   peuvent pas parce qu&#8217;il y a des gens m\u00e9chants qui ne leur permettent                   pas.&#8221;<\/p>\n<p>Les indications comme quoi presque tous les jours une partie                   d&#8217;Afghanistan ou une autre empire sont bien nombreuses : les                   morts violentes ont augment\u00e9 chaque ann\u00e9e depuis 2001, ainsi                   que la production de drogues, par exemple. Toutefois, on peut                   aussi avoir un point de vue diff\u00e9rent. De Kaboul renouvel\u00e9e                   jusqu&#8217;au gouvernement d\u00e9mocratique en fonction, en passant                   par les petites victoires que les Canadiens obtiennent contre                   les forces ennemies presque chaque jour, il y a nombre d&#8217;indications                   de succ\u00e8s \u00e9galement.<\/p>\n<p>En fin de compte, l&#8217;Afghanistan est assez grand et assez sauvage                   pour qu&#8217;on y ait presque n&#8217;importe quel point de vue. Il se                   peut que l&#8217;Afghanistan s&#8217;am\u00e9liore et s&#8217;empire en m\u00eame temps.                   Si c&#8217;est le cas, ce serait parce qu&#8217;actuellement on est en                   plein milieu de la bagarre. Ce n&#8217;est pas le d\u00e9but et ce n&#8217;est                   certainement pas la fin, mais la partie au milieu o\u00f9 rien n&#8217;est                   certain.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi un plus grand tableau. Si on passe du temps \u00e0 n&#8217;importe                   quelle grande base de la FIAS en Afghanistan, on y voit des                   soldats de nombre de pays, des Allemands, des Autrichiens,                   des Estoniens, des Lettons, des Mac\u00e9doniens, des Italiens,                   des Croates et des Tch\u00e8ques, et ils travaillent tous ensemble,                   se battent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans bien des cas, pour emp\u00eacher la                   reprise d&#8217;une sorte de fa\u00e7on de penser totalitaire qui, nous                   sommes tous d&#8217;accord, est ennemie, une sorte de fa\u00e7on de penser                   qui n&#8217;appartient pas \u00e0 l&#8217;avenir.<\/p>\n<p>S&#8217;il y a une chose qui est claire en Afghanistan, c&#8217;est que                   le monde a bien chang\u00e9. Il n&#8217;y a pas si longtemps que nombre                   des pays ici se battaient aux guerres mondiales pour emp\u00eacher                   ce genre de fa\u00e7on de penser de r\u00e9gner. Maintenant, ce combat                   est en grande partie termin\u00e9 et il ne reste plus beaucoup de                   m\u00e9chants. Les quelques qui restent sont coinc\u00e9s dans les coins                   poussi\u00e9reux du monde, cach\u00e9s dans des cavernes dans les montagnes,                   ou bien ils vivent d\u00e9guis\u00e9s parmi les villageois. C&#8217;est une                   dure bataille, ce ne sera pas rapide et la victoire n&#8217;est pas                   garantie, mais l&#8217;OTAN est en train d&#8217;en faire le nettoyage.                   Les Canadiens m\u00e8nent les combats.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les soldats canadiens font la guerre en Afghanistan. \u00c0 Spin Boldak, \u00e0 la bordure est de la province de Kandahar, les soldats observent la fronti\u00e8re avec le Pakistan. \u00c0 la Base d&#8217;op\u00e9rations avanc\u00e9e Martello, au nord de la ville de Kandahar, ils patrouillent les montagnes. \u00c0 travers le Panjwai, au sud-est de la ville de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-67","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}