{"id":6656,"date":"2025-07-22T10:28:40","date_gmt":"2025-07-22T14:28:40","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/?p=6656"},"modified":"2025-07-22T10:34:08","modified_gmt":"2025-07-22T14:34:08","slug":"dans-la-breche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2025\/07\/dans-la-breche\/","title":{"rendered":"DANS la br\u00e8che"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><i>Le gaz! Le gaz! Vite, les gars! Effar\u00e9s et \u00e0 t\u00e2tons <\/i><i>Coiffant juste \u00e0 temps les casques malais\u00e9s;<\/i><\/p>\n<p class=\"p1\"><i>Mais quelqu\u2019un hurle encore et tr\u00e9buche <\/i><i>Et s\u2019effondre, se d\u00e9battant, comme enlis\u00e9 dans le feu ou la chaux\u2026<\/i><\/p>\n<p class=\"p1\"><i>Vaguement, par les vitres embu\u00e9es, l\u2019\u00e9paisse lumi\u00e8re verte, <\/i><i>Comme sous un oc\u00e9an de vert, je le vis se noyer.<\/i><\/p>\n<p class=\"p1\"><i>&#8211; Extrait de <\/i>\u00ab\u2009Dulce Et Decorum Est\u2009\u00bb<i> de Wilfred Owen,<br \/>\ntraduit par Georges Gernot<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>\u00ab\u2009L\u2019essence m\u00eame <\/b>du printemps \u00e9tait dans l\u2019air, \u00e9crivait le lieutenant-colonel canadien George Nasmith devant le saillant belge d\u2019Ypres le 22 avril 1915. J\u2019avais envie d\u2019aller en pleine nature, et de regarder les oiseaux et les abeilles, de me pr\u00e9lasser au soleil sans rien faire.\u2009\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">Le chimiste analyste torontois de\u00a04 pi 6 po avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 inapte au\u00a0combat en raison de sa taille. Pas d\u00e9courag\u00e9 pour autant, l\u2019intellectuel obtint \u00e0 la place l\u2019autorisation d\u2019installer un labo-ratoire pour tester l\u2019eau potable des\u00a0troupes.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le 22 avril, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre rendu pr\u00e8s du front des Alli\u00e9s \u00ab\u2009pour voir \u00e0 quoi <\/span>ressemblait le \u00ab\u2009no man\u2019s land\u2009\u00bb, Nasmith rencontra son ami, le <span class=\"s1\">capitaine Francis Scrimger, m\u00e9decin militaire du 14<sup>e <\/sup>Bataillon (R\u00e9giment royal de Montr\u00e9al). Apr\u00e8s un \u00e9change de civilit\u00e9s, il continua la promenade avec un autre camarade jusqu\u2019\u00e0 ce que leur \u00ab\u2009attention [soit] retenue par une fum\u00e9e jaune verd\u00e2tre qui montait de la partie de la ligne occup\u00e9e par les Fran\u00e7ais\u2009\u00bb.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0161.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6661 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0161.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"497\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0161.jpg 800w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0161-300x186.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0161-768x477.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>L&#8217;artiste Jack Richard d\u00e9peint l&#8217;action lors de la deuxi\u00e8me bataille d&#8217;Ypres. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>CWM\/197110261-0161<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ne ressentant aucune urgence, ils allum\u00e8rent tous deux une cigarette et observ\u00e8rent le nuage qui <\/span><span class=\"s1\">grandissait et s\u2019approchait d\u2019eux \u00e0 environ huit kilom\u00e8tre par heure. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s que Nasmith eut not\u00e9 qu\u2019il contenait des tra\u00een\u00e9es brunes que l\u2019inqui\u00e9tude le gagna.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab\u2009Ce doit \u00eatre le gaz toxique dont nous avons entendu de vagues rumeurs, supposa-t-il. On dirait du\u00a0chlore, et je parie que c\u2019en est.\u2009\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Et le nuage allait directement sur eux. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>C\u2019\u00e9tait horrifiant<\/b>; m\u00eame si c\u2019\u00e9tait une horreur quelque peu attendue.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 \u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Ni les puissances centrales ni l\u2019Entente n\u2019\u00e9taient cat\u00e9goriquement oppos\u00e9es \u00e0 l\u2019utilisation de gaz toxiques, m\u00eame si les Conventions de La Haye de 1899 et 1907 l\u2019interdisaient en principe. L\u2019ambitieuse Allemagne fut cependant la premi\u00e8re \u00e0 en faire usage \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p class=\"p1\">Les exp\u00e9riences ant\u00e9rieures avec des irritants faibles avaient \u00e9t\u00e9 bien en de\u00e7\u00e0 des attentes. Le chimiste allemand Fritz Haber <span class=\"s1\">proposa alors d\u2019utiliser du chlore. De plus, pour contourner la stipulation de la convention qui interdisait les projectiles charg\u00e9s de gaz, il sugg\u00e9ra d\u2019installer des tuyaux dans des tranch\u00e9es. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La cible pr\u00e9vue serait le saillant d\u2019Ypres. Consid\u00e9r\u00e9 comme symbole de la t\u00e9nacit\u00e9 des Alli\u00e9s, le front s\u2019avan\u00e7ait dans le territoire occup\u00e9 par les Allemands et servait de zone tampon aux ports de la Manche, tr\u00e8s importants pour la logistique. La prise du saillant aurait bloqu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 50\u2009000 soldats de l\u2019Entente, et notamment la 1re Division canadienne, relativement jeune et tr\u00e8s inexp\u00e9riment\u00e9e, qui d\u00e9fendait une partie de la ligne.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Portraits.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-6660 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Portraits.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"756\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Portraits.jpg 800w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Portraits-300x284.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Portraits-768x726.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>The three infantry brigades of 1st\u00a0Canadian Division were led by\u00a0brigadier-generals Arthur Currie, Malcolm Mercer and Richard Turner. The cover of a late May 1915 issue of British newspaper The Sphere depicts gassed troops in the trenches.<\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Wikimedia\/LAC\/PA-001370; Canadian Virtual War Memorial; DND\/LAC\/3221891<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il y avait d\u2019autres raisons mais, fondamentalement, la premi\u00e8re utilisation massive de la guerre chimique \u00e9tait per\u00e7ue comme un moyen de sortir de l\u2019impasse sur le front occidental. Les Allemands esp\u00e9raient que le gaz, en plus des barrages d\u2019artillerie et de leurs forces num\u00e9riquement sup\u00e9rieures, pourrait leur \u00f4ter une grosse \u00e9pine du pied. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Canadiens, bien cal\u00e9s entre la\u00a028<sup>e<\/sup> division britannique \u00e0 droite et les fantassins nord-africains de la\u00a045<sup>e<\/sup> division fran\u00e7aise (Alg\u00e9riens) \u00e0 gauche, leur barraient la route \u00e0\u00a0la\u00a0mi-avril 1915. Le commandement de la formation incombait au lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral Edwin Alderson, d\u2019origine britannique. N\u00e9anmoins, ses trois brigades d\u2019infanterie \u00e9taient dirig\u00e9es par des Canadiens : les brigadiers-g\u00e9n\u00e9raux Malcolm Mercer (1<sup>re<\/sup> brigade), Arthur Currie <\/span>(2<sup>e<\/sup> brigade) et Richard Turner <span class=\"s2\">(3<sup>e<\/sup>\u00a0brigade), ce dernier avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9co-<br \/>\nr\u00e9 de la Croix de Victoria pour ses actions pendant la guerre des Boers. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Alors que l\u2019ennemi installait plus <\/span>de 5\u2009730 bidons d\u2019acier contenant 160 tonnes de chlore derri\u00e8re des parapets et des sacs de sable et attendait le bon moment pour ouvrir les robinets, les Alli\u00e9s <span class=\"s1\">essayaient de faire face \u00e0 l\u2019\u00e9vidence.\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 13 avril, le soldat allemand August J\u00e4ger d\u00e9serta et se rendit aux Fran\u00e7ais, \u00e0 qui il donna des renseignements sur les cylindres. Il expliqua en outre que la prochaine offensive de l\u2019ennemi serait annonc\u00e9e par trois fus\u00e9es rouges largu\u00e9es d\u2019un avion, remettant m\u00eame \u00e0 ses ravisseurs le masque \u00e0 gaz rudimentaire qu\u2019il avait re\u00e7u : il s\u2019agissait en gros d\u2019un morceau de tissu imbib\u00e9 d\u2019une solution l\u00e9g\u00e8rement protectrice. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Un deuxi\u00e8me d\u00e9serteur raconta une histoire semblable deux jours <\/span>apr\u00e8s, et cette nouvelle arriva aux oreilles des Canadiens. Le major Andrew McNaughton de la 7<sup>e<\/sup> Batterie d\u2019artillerie de campagne canadienne obtint donc la permission de lancer 90 obus vers les tranch\u00e9es allemandes pour sonder le terrain et trouver le\u00a0gaz. Cela se r\u00e9v\u00e9la infructueux.<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u2019attente stressante monta crescendo au cours des journ\u00e9es suivantes jusqu\u2019\u00e0 ce que, <span class=\"s1\">finalement, bien que de catastrophiquement, un avion d\u2019observation allemand tire les trois fus\u00e9es \u00e9clairantes rouges le 22. Il s\u2019ensuivit un intense bombardement d\u2019artillerie contre les lignes de l\u2019Entente et la ville d\u2019Ypres. Pire, vers 17 heures, le nuage de gaz qui \u00e9mergea fut\u00a0port\u00e9 par un vent favorable. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019\u00e9tait, selon Fritz Haber, \u00ab\u2009un\u00a0moyen de sauver d\u2019innom-brables vies\u2009\u00bb.<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"p1\">\u201cCe doit \u00eatre le gaz toxique dont nous avons entendu de vagues rumeurs. On dirait du chlore, et je parie que c\u2019en est.\u201d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>Le sergent allemand Leisterer <\/b>regarda les centaines de robinets de\u00a0gaz s\u2019ouvrir avec morbide fascination. Apr\u00e8s un sifflement inqui\u00e9tant, ce soldat du 233<sup>e<\/sup> R\u00e9giment d\u2019infanterie de r\u00e9serve regarda alors le \u00ab\u2009gaz blanch\u00e2tre se r\u00e9pandre par-dessus le parapet. La couleur passa vite au vert jaun\u00e2tre, dans un nuage roulant interminable qui progressait vers la tranch\u00e9e [de l\u2019Entente].\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette brume monstrueuse, qui\u00a0s\u2019\u00e9tendait sur environ six\u00a0kilom\u00e8tres et atteignait jusqu\u2019\u00e0 30\u00a0m\u00e8tres de hauteur par endroits, <\/span>s\u2019infiltrait dans chaque crevasse, remplissait les trous d\u2019obus l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, puis traversait les 45<sup>e<\/sup> (alg\u00e9rienne) et 87<sup>e<\/sup> (territoriale) divisions de fantassins.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00ab\u2009On avait l\u2019impression qu\u2019un \u00e9v\u00e8nement naturel horriblement magnifique se produisait, s\u2019est souvenu Leisterer. C\u2019\u00e9tait une impression ph\u00e9nom\u00e9nale.\u2009\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En r\u00e9alit\u00e9, les atroces effets furent presque instantan\u00e9s. Les v<\/span>apeurs inhal\u00e9es endommageaient ou d\u00e9truisaient compl\u00e8tement les alv\u00e9oles pulmonaires, et elles provoquaient une d\u00e9charge de <span class=\"s1\">liquide qui entravait l\u2019\u00e9change d\u2019oxyg\u00e8ne. Le chlore se m\u00e9langeait \u00e0 ces fluides corporels et \u00e0 la vapeur d\u2019eau pour former de l\u2019acide chlorhydrique qui brulait les tissus. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les victimes se noyaient, brul\u00e9es de l\u2019int\u00e9rieur. Hurlant et implorant mis\u00e9ricorde, certains soldats fran\u00e7ais ou nord-africains l\u00e2ch\u00e8rent leurs armes et s\u2019enfuirent, ne faisant que prolonger leur souffrance en courant dans la direction du vent; d\u2019autres se tordaient par terre \u00e0 l\u2019agonie, s\u2019\u00e9touffant et vomissant une substance visqueuse verd\u00e2tre. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab\u2009On ne voyait que le blanc de leurs yeux, a d\u00e9crit McNaughton, alors qu\u2019une br\u00e8che de six kilom\u00e8tres s\u2019ouvrait dans la ligne de l\u2019Entente. Ils crachaient litt\u00e9ralement leurs poumons.\u2009\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Neuf artilleurs canadiens qui \u00e9taient dans le secteur alg\u00e9rien furent tu\u00e9s, lentement et atrocement, par l\u2019\u00e9pouvantable nuage. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Non loin de l\u00e0, des bataillons canadiens entiers n\u2019eurent que quelques minutes pour se pr\u00e9parer \u00e0 leur propre dose, bien que le gaz se fut progressivement dissip\u00e9 \u00e0 ce stade, \u00e9pargnant la plupart d\u2019entre eux de ses effets les plus meurtriers. Malgr\u00e9 cela, ils se frottaient encore leurs yeux irrit\u00e9s quand des figures floues, mais caract\u00e9ristiques, apparurent \u00e0 l\u2019horizon. Les Allemands arrivaient. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Et c\u2019\u00e9tait \u00e0 la 1re Division canadienne de les arr\u00eater.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3NTNN2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-6659 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3NTNN2.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1227\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3NTNN2.jpg 800w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3NTNN2-196x300.jpg 196w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3NTNN2-668x1024.jpg 668w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3NTNN2-768x1178.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span><\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Chronicle\/Alamy\/2M3NTNN<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>L\u2019ennemi fut<\/b> re\u00e7u avec courage, \u00e0 la d\u00e9ception des Allemands qui s\u2019attendaient \u00e0 ce que le saillant d\u2019Ypres leur tombe facilement entre les mains apr\u00e8s le recours \u00e0\u00a0leur arme pas si secr\u00e8te que cela. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Les Canadiens, ainsi que les survivants alg\u00e9riens, continu\u00e8rent \u00e0 se battre.<\/p>\n<p class=\"p1\">Parmi ceux qui se trouvaient dans la ligne de feu, il y avait les hommes du 13e Bataillon (Royal Highlanders of Canada) qui d\u00e9plac\u00e8rent rapidement leur axe d\u00e9fensif pour tenir la br\u00e8che b\u00e9ante dans leur flanc. Mis \u00e0 part quelques positions envahies et bien qu\u2019en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique, les troupes tinrent bon.<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au quartier g\u00e9n\u00e9ral de la 3<sup>e<\/sup>\u00a0Brigade d\u2019infanterie, le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Turner, de plus en plus d\u00e9sorient\u00e9, avait du mal \u00e0 maintenir l\u2019ordre. Ce d\u00e9tenteur de la VC se r\u00e9v\u00e9la \u00eatre la mauvaise personne pour la situation. Les ordres de son QG, qui \u00e9tait \u00e9galement sous le feu, fluctuaient entre la panique et la confusion, en complet d\u00e9ca-lage avec ce qui se passait sur le terrain. Malheureusement, ce sont les troupes engag\u00e9es au front qui p\u00e2tirent le plus de ces manquements.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 \u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ces m\u00eames soldats, toujours incommod\u00e9s par le gaz, comprirent qu\u2019ils devaient moins compter sur les instructions au niveau de la brigade que sur les hommes qu\u2019ils coudoyaient. Les Canadiens, qui se battaient dans des poches souvent isol\u00e9es et \u00e0 l\u2019issue sans espoir, pein\u00e8rent \u00e0 freiner l\u2019afflux d\u2019ennemis. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Dans des conditions aussi d\u00e9sastreuses surgissait l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de certains soldats, que ce courage brille ou soit pass\u00e9 inaper\u00e7u. Fred\u00a0Fisher, par exemple, un caporal-chef de 19 ans. Ce mitrailleur du 14e bataillon balayait les rangs allemands de balles depuis le d\u00e9but de l\u2019attaque. Lorsque ses camarades d\u2019arme furent tous tu\u00e9s, ce natif de St. Catharines, en Ontario, refusa de battre en retraite. Fisher gagna ainsi du temps pour que l\u2019artillerie canadienne se retire jusqu\u2019\u00e0 des positions plus sures.\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il fut tu\u00e9 par la suite dans la bataille, et son corps n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9. La Croix de Victoria lui fut d\u00e9cern\u00e9e; la premi\u00e8re de la guerre remise \u00e0 un Canadien. Trois autres VC furent remises \u00e0 des Canadiens pour leurs efforts lors de la deuxi\u00e8me bataille d\u2019Ypres. Bien que chaque r\u00e9cipiendaire l\u2019e\u00fbt m\u00e9rit\u00e9e, de nombreux autres actes de courage pass\u00e8rent inaper\u00e7us, et ne furent donc ni not\u00e9s ni r\u00e9compens\u00e9s. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il y eut encore, h\u00e9las, des perc\u00e9es allemandes, notamment au Bois des cuisiniers, o\u00f9 les forces ennemies saisirent plusieurs canons britanniques. Pendant la\u00a0nuit du 22 au 23 avril, \u00e0 minuit, les 10<sup>e<\/sup> et 16<sup>e<\/sup> bataillons contrattaqu\u00e8rent lors d\u2019une offensive audacieuse, mais inefficace.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">S\u2019avan\u00e7ant dans l\u2019obscurit\u00e9, les\u00a01\u2009600 hommes tomb\u00e8rent<br \/>\ninopin\u00e9ment sur une cl\u00f4ture<br \/>\n<span class=\"s1\">visible du point fort qui \u00e9tait leur objectif. Les hommes escalad\u00e8rent l\u2019obstacle, mais pas sans alerter les occupants allemands.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Des fus\u00e9es \u00e9clairantes, puis des \u00e9clairs de bouche de canon, firent lumi\u00e8re sur les soldats canadiens \u00e0 d\u00e9couvert. Endurant une rafale de balles d\u2019armes l\u00e9g\u00e8res, les deux bataillons men\u00e8rent une charge \u00e0 la ba\u00efonnette, subissant d\u2019horribles pertes avant d\u2019atteindre la for\u00eat. Les survivants firent peu de prisonniers, mais ils reprirent quatre pi\u00e8ces d\u2019artillerie britanniques. Le bain de sang qu\u2019\u00e9tait la d\u00e9fense canadienne du\u00a0Bois des cuisiniers continua. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une autre sc\u00e8ne d\u2019an\u00e9antissement eut lieu au sommet de la cr\u00eate de Mauser, une position tenue par les Allemands qui surplombait l\u2019ensemble du champ de bataille. Les 1<sup>er<\/sup> et 4<sup>e<\/sup> bataillons du\u00a0brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Mercer furent charg\u00e9s de les d\u00e9loger. Cependant, l\u2019appui des Fran\u00e7ais ne s\u2019\u00e9tant pas mat\u00e9rialis\u00e9, l\u2019assaut du 23 avril \u00e0\u00a06 heures du matin sombra dans le chaos, car les troupes canadiennes devaient couvrir environ 1\u2009500 m\u00e8tres en plein jour.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab\u2009Devant moi, je vois des hommes courir, raconta le soldat George Bell du 1<sup>er<\/sup> Bataillon. Soudain, leurs jambes se plient et ils tombent \u00e0 terre. Voici un corps dont la t\u00eate a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e. Je saute par-dessus. Voici un pauvre diable sans jambes, mais toujours en vie.\u2009\u00bb L\u2019attaque vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec fit plus de 900 victimes.\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Outre les erreurs de jugement du commandement, l\u2019infanterie canadienne devait encore se d\u00e9brouiller avec l\u2019inefficace fusil Ross, une arme qui risquait de s\u2019enrayer au moment le moins opportun; g\u00e9n\u00e9ralement apr\u00e8s un tir rapide dans le feu de\u00a0l\u2019action. Il n\u2019\u00e9tait pas rare que les soldats se d\u00e9barrassent de ces fusils et les remplacent par des Lee\u00a0Enfield britanniques ou m\u00eame des Mausers allemands lorsque c\u2019\u00e9tait possible. La plupart n\u2019avaient pas cette chance : il ne leur restait qu\u2019\u00e0 esp\u00e9rer que leur principale source de protection tienne le coup. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit du 23 avril, tous les soldats de l\u2019Entente \u2013 et les Canadiens en particulier \u2013 tenaient le coup. Il y avait eu des gains et des pertes, des victoires et des d\u00e9faites tactiques, mais Ypres demeurait pour lors entre des mains amies. Les renforts britanniques ayant combl\u00e9 les trous dans la ligne, tout <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">n\u2019\u00e9tait pas encore perdu. M\u00eame les prisonniers allemands se sentaient oblig\u00e9s d\u2019exprimer du respect pour leurs adversaires, dont un qui fit remarquer par la suite \u00e0 ses ravisseurs canadiens : \u00ab\u2009Vous vous battez comme des fous.\u2009\u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><b>Fort de ses connaissances<\/b> en chimie, le lieutenant-colonel Nasmith, bien que souffrant encore de l\u2019attaque au gaz du 22 trouva un autre moyen de se battre.<\/p>\n<p class=\"p1\">Avoir subi ce nuage toxique avait eu un bon c\u00f4t\u00e9, ne serait-ce que d\u2019un point de vue purement scientifique, car il \u00e9tait alors enclin \u00e0 croire que le chlore avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 une autre substance irritante, \u00ab\u2009peut-\u00eatre du brome\u2009\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00c0 travers la toux et les bavures, Nasmith rapporta ses conclusions aux responsables alli\u00e9s, \u00e9tant ainsi la premi\u00e8re personne \u00e0 identifier officiellement les compos\u00e9s chimiques du gaz.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il ne serait pas le dernier \u00e0 acqu\u00e9rir de telles connaissances apr\u00e8s une exp\u00e9rience personnelle.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le 24 avril, \u00e0 4 heures du matin environ, les Allemands lanc\u00e8rent une deuxi\u00e8me attaque au gaz sur les lignes canadiennes, principalement dirig\u00e9e sur les 8<sup>e\u00a0<\/sup>et\u00a015<sup>e<\/sup>\u00a0bataillons. Le nuage mortel \u00e9tait plus petit, mais plus dense. Toutefois, on l\u2019attendait, cette fois.<\/p>\n<p class=\"p1\">Les Canadiens avec une formation scientifique avaient remarqu\u00e9 deux jours plus t\u00f4t que des boutons en laiton avaient verdi, et que du chlore avait pu causer cette d\u00e9coloration. Les soldats habitu\u00e9s \u00e0 l\u2019odeur de l\u2019eau chlor\u00e9e qu\u2019ils utilisaient pour faire du th\u00e9 avaient aussi su identifier la substance. Conjointement, ces deux intuitions incit\u00e8rent les hommes \u00e0 improviser des respirateurs, g\u00e9n\u00e9ralement un chiffon ou un mouchoir imbib\u00e9 d\u2019urine riche en ammoniac pour neutraliser l\u2019acide chlorhydrique. Quiconque n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 ou ne voulait pas accomplir un acte d\u2019autopr\u00e9servation aussi d\u00e9sagr\u00e9able risquait une mort atroce.<\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6658 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1546\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1.jpg 800w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1-155x300.jpg 155w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1-530x1024.jpg 530w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1-768x1484.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2M3JNXN1-795x1536.jpg 795w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span><\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Chronicle\/Alamy\/2M3JNXN<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette solution rudimentaire maintint en vie \u00e0 la plupart des victimes, mais pas toutes. De nombreux survivants furent rong\u00e9s par des probl\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 vie, vie qui fut raccourcie. Plus pressante \u00e9tait la horde allemande qui s\u2019avan\u00e7ait \u00e0 nouveau vers les d\u00e9fenseurs battus et meurtris. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les formations canadiennes de tout le saillant offraient une r\u00e9sistance robuste, garantissant que l\u2019ennemi payait pour chaque pouce de terrain. Pourtant, lentement, progressivement, le poids de l\u2019opposition allemande devint \u00e9crasant alors que certaines troupes gaz\u00e9es commen\u00e7aient \u00e0 c\u00e9der. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les communications \u00e9taient rompues, ainsi qu\u2019une grande partie de la structure du commandement. Et bien qu\u2019il rest\u00e2t des fortifications, les barri\u00e8res s\u2019effondraient devant les Allemands. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La situation ne fut pas aid\u00e9e par le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Turner, qui, dans son \u00e9tat d\u2019\u00e9puisement au combat, interpr\u00e9ta mal les ordres divisionnaires et fit se replier ses hommes pendant une lutte acharn\u00e9e. Incapables de d\u00e9crocher du combat pendant leur retrait, les Canadiens furent plong\u00e9s dans un maelstrom et harcel\u00e9s davantage dans leurs nouvelles positions, encore plus faibles. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mais pour chaque sottise, il y avait de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Le lieutenant Edward Bellew, officier mitrailleur du 7<sup>e<\/sup> Bataillon (1st British Columbia), joua un r\u00f4le vital lors des combats en retraite. Un de ses camarades et lui, faisant fi de\u00a0ses propres blessures, tir\u00e8rent sur les forces allemandes jusqu\u2019\u00e0 ce que son chargeur soit cesse de\u00a0marcher et qu\u2019il soit \u00e0 court de munitions. Bellew d\u00e9truisit ensuite l\u2019arme d\u00e9charg\u00e9e, r\u00e9cup\u00e9ra un fusil avec une ba\u00efonnette fix\u00e9e et chargea l\u2019ennemi, survivant d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, et\u00a0finit par \u00eatre captur\u00e9. La Croix de Victoria lui fut d\u00e9cern\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Comme une rang\u00e9e de dominos tombant un apr\u00e8s l\u2019autre, le repli de la 3<sup>e<\/sup> brigade fit pression sur la 2<sup>e<\/sup> brigade du lieutenant-colonel Currie, ce qui incita son commandant \u00e0 prendre la d\u00e9cision controvers\u00e9e de laisser ses hommes pour aller demander de l\u2019aide <\/span>aux Britanniques en personne. Il brilla pendant la guerre, mais sa d\u00e9cision du 24 avril est encore vivement d\u00e9battue.<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les pertes subies ce jour-l\u00e0 furent <\/span>sans aucun doute extraordinairement lourdes : on les estime \u00e0 3\u2009058 en 24 heures seulement.<\/p>\n<p class=\"p1\">Or, la bataille n\u2019\u00e9tait pas<br \/>\nencore termin\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>L\u2019endurance avait <\/b>\u00e9t\u00e9 pouss\u00e9e au-del\u00e0 des limites humaines le 25 avril alors que les Canadiens, debout depuis plusieurs jours, continuaient de r\u00e9sister aux assauts. Les renforts alli\u00e9s relevaient cependant les bataillons un \u00e0 un. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Tach\u00e9s de sang et en proie \u00e0 des quintes de toux, les hommes quitt\u00e8rent un champ de bataille qui, lui, ne les quitterait jamais vraiment : la deuxi\u00e8me bataille d\u2019Ypres, comme celles de la Somme, de la cr\u00eate de Vimy et de Passendale, resterait dans la conscience collective de tout un pays comme un <\/span><span class=\"s1\">symbole du courage canadien. Ces hommes avaient tenu ferme, avec force sacrifices, pour un saillant loin de chez eux.\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"p1\">Quiconque n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 ou ne voulait pas accomplir un acte d\u2019autopr\u00e9servation aussi d\u00e9sagr\u00e9able risquait une mort atroce.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab\u2009Lorsque les habitants des petits villages que nous avons travers\u00e9s voyaient \u00e9crit \u201cCanadian\u201d sur notre voiture, s\u2019est souvenu le lieutenant-colonel Nasmith, ils se donnaient de petits coups de coude et r\u00e9p\u00e9taient le mot \u201cCanadian\u201d. C\u2019est ce nom qui \u00e9tait dans la bouche de tout le monde \u00e0 l\u2019\u00e9poque, car il \u00e9tait alors de notori\u00e9t\u00e9 publique que la division canadienne s\u2019\u00e9tait jet\u00e9e dans la\u00a0br\u00e8che et avait endigu\u00e9 la pouss\u00e9e <\/span>des Allemands vers Calais.\u2009\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">Le prix pay\u00e9 par les Canadiens avait \u00e9t\u00e9 de 6\u2009036 morts, bless\u00e9s ou prisonniers.<\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0332.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6657 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0332.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1021\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0332.jpg 800w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0332-235x300.jpg 235w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/19710261-0332-768x980.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>L&#8217;artiste Eric Kennington repr\u00e9sente un soldat aveugl\u00e9 qui se remet des effets du gaz moutarde. La premi\u00e8re \u00e9volution des masques \u00e0 gaz de 1915.<\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Kennington\/CWM\/19710261-0332<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\">Les survivants avaient laiss\u00e9 des amis, des camarades et des parties d\u2019eux-m\u00eames qu\u2019ils ne purent jamais r\u00e9cup\u00e9rer. Pour John Armstrong de la 3<sup>e<\/sup> Artillerie canadienne de campagne, les horreurs dont il avait \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin \u00e9t\u00e9 furent r\u00e9sum\u00e9es par un cheval bless\u00e9 qui passait \u00ab\u2009avec juste la partie inf\u00e9rieure du corps d\u2019un homme en selle. Au-dessus de la taille, il n\u2019y avait rien.\u2009\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u2019autres horreurs s\u2019annon\u00e7aient avant la fin de la bataille le 25 mai 1915, date \u00e0 laquelle de nombreux combats s\u00e9par\u00e9s firent des ravages dans les forces de l\u2019Entente. Pour le Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry, la bataille de ce mois-l\u00e0 \u00e0 Frezenberg fut un affrontement <\/span><span class=\"s2\">particuli\u00e8rement d\u00e9chirant lorsqu\u2019il fut presque an\u00e9anti en d\u00e9fendant le saillant d\u2019Ypres. N\u00e9anmoins, \u00e0\u00a0l\u2019instar des anciens combattants canadiens de la lutte d\u2019avril, il tint \u00e9galement avec grand m\u00e9rite. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La pression incessante exerc\u00e9e sur le personnel m\u00e9dical canadien \u00e9tait une bataille en soi. Bien que les\u00a0gaz toxiques eussent pr\u00e9sent\u00e9 des difficult\u00e9s particuli\u00e8res, les blessures par balle ou par \u00e9clat d\u2019obus classiques \u00e9taient beaucoup plus fr\u00e9quentes dans les postes de secours situ\u00e9s derri\u00e8re la ligne de front.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab\u2009Il y avait des blessures graves\u00a0: des jambes et des bras \u00e9cras\u00e9s, des entailles \u00e0 la t\u00eate\u2009\u00bb, \u00e9crivit le\u00a0capitaine Scrimger, le m\u00e9decin militaire qui accompagnait George Nasmith avant la premi\u00e8re attaque au gaz et qui, pendant le reste de la bataille, soigna des centaines de patients sans se reposer. Le 24 avril, ayant appris que des centaines de personnes mouraient aux positions avanc\u00e9es, le m\u00e9decin s\u2019y rendit. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Scrimger sauva des vies jusqu\u2019au lendemain, travaillant sous le feu des projectiles jusqu\u2019\u00e0 ce que sa position devienne intenable et qu\u2019il ne reste plus qu\u2019\u00e0 \u00e9vacuer les bless\u00e9s. Un capitaine bless\u00e9 ne pouvant pas \u00eatre transport\u00e9, Scrimger resta pr\u00e8s de lui malgr\u00e9 les tirs d\u2019artillerie qui se rapprochaient et qui mirent le feu au b\u00e2timent. Le menu m\u00e9decin militaire porta le soldat entre des patrouilles ennemies jusqu\u2019\u00e0 un autre poste de secours relativement s\u00fbr. La VC souligna plus tarda sa vaillance. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le courage prit de nombreuses formes lors de la deuxi\u00e8me bataille d\u2019Ypres parmi les soldats dans les tranch\u00e9es, les artilleurs et les brancardiers sur le terrain. Des erreurs furent commises, mais presque tous les Canadiens gard\u00e8rent la t\u00eate haute lors de leur premier grand combat de la guerre. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Chaque soldat trouva un moyen de g\u00e9rer ce qu\u2019il avait v\u00e9cu. Pour le lieutenant-colonel John McCrae, qui pleurait la perte d\u2019un ami, ce fut en \u00e9crivant un po\u00e8me qui allait bient\u00f4t devenir c\u00e9l\u00e8bre. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que les Allemands d\u00e9clenchaient la premi\u00e8re grande attaque au gaz de la guerre, des soldats canadiens manquant encore d\u2019exp\u00e9rience ont tent\u00e9 de tenir une br\u00e8che cruciale dans le front lors de la deuxi\u00e8me bataille d\u2019Ypres<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6661,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-6656","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6656","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6656"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6656\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6656"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6656"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6656"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}