{"id":6633,"date":"2025-07-16T09:54:49","date_gmt":"2025-07-16T13:54:49","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/?p=6633"},"modified":"2025-07-16T09:55:12","modified_gmt":"2025-07-16T13:55:12","slug":"le-roi-du-necessaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2025\/07\/le-roi-du-necessaire\/","title":{"rendered":"le roi du N\u00c9CESSAIRE"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/76814.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6634 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/76814.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"1038\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Le premier ministre Mackenzie King lors d\u2019un moment priv\u00e9 avec son terrier irlandais Pa <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Yousuf Karsh\/Toronto Star\/Digital Archive Ontario<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Mackenzie King<\/b> \u00e9tait indubitablement un singulier personnage. Ainsi, l\u2019homme qui fut le premier ministre du Canada au pouvoir le plus longtemps rendait visite \u00e0 des m\u00e9diums pour tenter de communiquer avec les morts, notamment des dirigeants politiques, de vieux amis et sa m\u00e8re. Il en aurait tir\u00e9 plus de r\u00e9confort que de conseils. C\u00e9libataire, il ne pouvait se tourner vers sa moiti\u00e9, cela comblait donc un vrai besoin.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">King avait aussi des traits obsessionnels : il notait si les aiguilles de l\u2019horloge \u00e9taient ensemble (ou d\u00e9cal\u00e9es) lorsqu\u2019il prenait des d\u00e9cisions, et examinait les formes que dessinaient sa cr\u00e8me \u00e0 raser ou les\u00a0feuilles de th\u00e9 dans sa tasse. Ses terriers irlandais (tous nomm\u00e9s Pat) qui se sont succ\u00e9d\u00e9 \u00e9taient caress\u00e9s, choy\u00e9s et v\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Il tint un journal pendant plus de 50 ans, son autre confident, ce qui \u00e9tait sa mani\u00e8re d\u2019indiquer ce qu\u2019il avait fait ou, plus important encore, ce qu\u2019il avait emp\u00each\u00e9 au jour le jour.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Mais, King n\u2019\u00e9tait pas fou. Il fut \u00e9lu chef des lib\u00e9raux en 1919 en partie parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 fid\u00e8le \u00e0\u00a0Wilfrid Laurier lors du d\u00e9bat sur la conscription pendant la Grande Guerre. Cela comptait aux yeux des Qu\u00e9b\u00e9cois francophones. Et\u00a0il avait \u00e9crit un livre, <i>Industry and Humanity <\/i>(L\u2019industrie et l\u2019humanit\u00e9, NDT) presque illisible (et peu lu), mais qui, aux yeux des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au congr\u00e8s, faisait de lui\u00a0un expert des conflits sociaux qui avaient secou\u00e9 le Canada apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ensuite, King remporta les \u00e9lections de 1921, perdit les suivantes de justesse quatre ans plus tard, et reprit le pouvoir en 1926. Il fut \u00e9vinc\u00e9 en 1930, obligeant les conservateurs \u00e0 gouverner pen-dant les pires ann\u00e9es de la Grande D\u00e9pression, mais redevint premier ministre en 1935. King n\u2019\u00e9tait <\/span>peut-\u00eatre pas tr\u00e8s charismatique, et il n\u2019avait pas offert au Canada un bilan de remarquables r\u00e9ussites, mais c\u2019\u00e9tait un gagnant.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Lorsque les Allemands envahirent <\/span>la Pologne d\u00e9but septembre 1939 et que la Grande-Bretagne d\u00e9clara la guerre, le 3 septembre, King sut\u00a0que le Canada devait se joindre aux combats. Il avait cependant promis que \u00ab\u2009le Parlement d\u00e9ciderait\u2009\u00bb. Le pays, tout en restant dominion de l\u2019Empire britannique, contr\u00f4lait sa politique \u00e9trang\u00e8re gr\u00e2ce au Statut de Westminster de 1931. Alors, le Canada n\u2019entra pas (encore) en guerre.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le Parlement la prit, cette d\u00e9cision, et le pays se joignit au conflit le 10 septembre. Le d\u00e9lai de r\u00e9flexion, les promesses qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019une guerre \u00ab\u2009\u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e\u2009\u00bb et qu\u2019il n\u2019y aurait pas de conscription pour le service outre-mer, tout cela avait une grande importance, surtout au Qu\u00e9bec, o\u00f9 la plupart des gens n\u2019\u00e9taient pas enthousiastes \u00e0 l\u2019id\u00e9e de prendre part aux combats.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">La politique du chef de l\u2019\u00c9tat avait cependant pr\u00e9par\u00e9 les francophones \u00e0 accepter que le\u00a0Canada devienne l\u2019un des bellig\u00e9rants, ce que souhaitaient la\u00a0plupart des Canadiens anglo<span class=\"s1\">phones. L\u2019unit\u00e9 nationale comptait pour King et son Parti lib\u00e9ral. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Il fut facilement r\u00e9\u00e9lu en mars 1940 avec 51 % du vote populaire et 179 des 245 si\u00e8ges \u00e0 la Chambre des communes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Son cabinet de guerre \u00e9tait fort, avec de solides ministres libres de\u00a0g\u00e9rer leurs minist\u00e8res. Clarence (C.D.) Howe contr\u00f4lait la production en temps de guerre. Ernest Lapointe \u00e9tait son lieutenant au Qu\u00e9bec et, apr\u00e8s sa mort fin 1941, Louis St-Laurent le rempla\u00e7a et fut\u00a0nomm\u00e9 ministre de la Justice. Le colonel J. Layton Ralston, officier fantassin qui s\u2019\u00e9tait distingu\u00e9 pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, dirigea le minist\u00e8re de la D\u00e9fense de 1940 \u00e0 la fin de 1944. James L. Ilsley \u00e9tait un ministre des Finances comp\u00e9tent, et Jimmy Gardiner \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Agriculture.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">En outre, les principaux fonctionnaires de King, Graham Towers \u00e0 la Banque du Canada, Arnold Heeney au Bureau du Conseil priv\u00e9, Oscar D. Skelton et Norman Robertson aux Affaires \u00e9trang\u00e8res et Clifford Clark aux Finances, lui fournirent les id\u00e9es qui fa\u00e7onn\u00e8rent l\u2019effort de guerre. Et qui transform\u00e8rent \u00e0 jamais le Canada.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Mais, la responsabilit\u00e9 limit\u00e9e que King avait pr\u00e9vue finit rapi-demen<\/span>t aux oubliettes.<\/p>\n<p class=\"p1\"><b>Les nazis envahirent<\/b> le <span class=\"s1\">Danemark et la Norv\u00e8ge en avril 1940, puis les Pays-Bas et la France en mai. Au d\u00e9but du mois de juin, la\u00a0Grande-Bretagne \u00e9tait au bord de la d\u00e9faite. La 1<sup>re<\/sup> Division canadienne <\/span>en Angleterre, bien que partiellement entrain\u00e9e, \u00e9tait presque la seule force pouvant r\u00e9sister \u00e0 ce <span class=\"s1\">que\u00a0la plupart consid\u00e9raient comme l\u2019in\u00e9vitable invasion de l\u2019ile par les Allemands. L\u2019effort de guerre <\/span>canadien devait alors changer.<\/p>\n<p class=\"p2\">La conscription pour la d\u00e9fense int\u00e9rieure fut promulgu\u00e9e par la\u00a0<i>Loi de 1940 sur la mobilisa<\/i><span class=\"s1\"><i>tion des ressources nationales <\/i>en\u00a0juin, et les premiers conscrits se pr\u00e9sent\u00e8rent en octobre. La marine envoya tout ce qu\u2019elle pouvait outre-mer, l\u2019Aviation royale du Canada d\u00e9ploya ses quelques escadrilles et le Programme d\u2019entrainement a\u00e9rien du Commonwealth britannique acc\u00e9l\u00e9ra ses efforts. L\u2019arm\u00e9e intensifia le recrutement, cr\u00e9ant des bataillons, des brigades et des divisions aussi vite qu\u2019elle le pouvait. Les fonds, \u00e0 sec pendant la d\u00e9pression et rares en 1939-1940, n\u2019\u00e9taient plus un probl\u00e8me, et les industries de guerre canadiennes se lanc\u00e8rent dans la fabrication de tout : camions, <\/span>armes \u00e0 feu, navires, avions.<\/p>\n<p class=\"p2\">King et le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, Franklin D. Roosevelt, con<span class=\"s1\">clurent \u00e9galement des accords. Tout d\u2019abord, celui d\u2019Ogdensburg, en aout 1940, pour cr\u00e9er un plan de d\u00e9fense conjoint Canada\u2013\u00c9tats-Unis.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/C-090191.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-6635 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/C-090191.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"615\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/C-090191.jpg 800w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/C-090191-300x231.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/C-090191-768x590.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>King avec les membres de son cabinet en septembre 1939. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>ONF\/BAC\/C-090191<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ensuite, la d\u00e9claration de Hyde Park, l\u2019ann\u00e9e suivante, qui garantissait que\u00a0les deux pays travailleraient ensemble \u00e0 la production en temps de guerre et que le Canada ne man<\/span>querait pas d\u2019argent am\u00e9ricain pour\u00a0acheter ce qu\u2019il lui fallait.<\/p>\n<p class=\"p1\">King n\u00e9gocia lui-m\u00eame ces deux trait\u00e9s avec FDR, avec qui il entretenait des liens d\u2019amiti\u00e9. Et ceux-ci \u00e9taient cruciaux.<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En 1943, le Canada \u00e9tait devenu <\/span>une puissance militaire.<\/p>\n<p class=\"p1\">On comptait 10\u2009000 r\u00e9guliers dans les trois services avant la <span class=\"s1\">guerre. Et tout \u00e0 coup, la Premi\u00e8re Arm\u00e9e canadienne \u00e9tait en Grande-Bretagne, des escadrilles d\u2019avions volaient dans tous les th\u00e9\u00e2tres de la guerre, et la Marine royale du Canada affrontait des U-boot et escortait des convois.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Parall\u00e8lement, les usines et les exploitations agricoles produisaient de grandes quantit\u00e9s d\u2019armes et de\u00a0nourriture. Les salaires et les prix\u00a0\u00e9taient \u00e9troitement r\u00e8glement\u00e9s, les imp\u00f4ts augmentaient chaque <\/span>ann\u00e9e et les Canadiens, forts du plein emploi, achetaient des obligations d\u2019\u00e9pargne en nombre record pour financer tout l\u2019\u00e9quipement. C\u2019\u00e9tait une guerre totale, g\u00e9r\u00e9e par le gouvernement de King.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais, pour beaucoup de gens, la\u00a0guerre totale devait rimer avec <span class=\"s1\">la\u00a0conscription pour le service outre-mer. La plupart des conservateurs et certains lib\u00e9raux (dont une poign\u00e9e au cabinet) le pr\u00e9conisaient aussi vivement. D\u00e9but 1942, le premier ministre d\u00e9cida d\u2019organiser un pl\u00e9biscite en posant une question quelque peu indirecte : \u00ab\u2009\u00cates-vous en faveur de lib\u00e9rer le gouvernement de toute obligation d\u00e9coulant de tout engagement pass\u00e9 limitant les m\u00e9thodes de recrutement d\u2019hommes au service militaire?\u2009\u00bb. Cela \u00e9quivalait \u00e0 dire \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb ou <\/span>\u00ab\u2009non\u2009\u00bb au service obligatoire.<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au Qu\u00e9bec, une grande majorit\u00e9 <\/span>se pronon\u00e7a pour le non; une majorit\u00e9 semblable dans le reste <span class=\"s1\">du\u00a0pays dit \u00ab\u2009oui\u2009\u00bb. Et King r\u00e9pondit \u00ab\u2009peut-\u00eatre\u2009\u00bb, pronon\u00e7ant le 10 juin <\/span>au Parlement ce qui est peut-\u00eatre sa phrase la plus c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab\u2009la <span class=\"s1\">conscription si n\u00e9cessaire, mais pas n\u00e9cessairement la conscription.\u2009\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Comment d\u00e9finirait-il la n\u00e9cessit\u00e9? Au d\u00e9but de cette ann\u00e9e-l\u00e0, les\u00a0pertes \u00e9taient relativement faibles et l\u2019arm\u00e9e ne livrait pas encore de combats soutenus (\u00e0\u00a0l\u2019exception de la catastrophe \u00e0 Hong\u00a0Kong et de la d\u00e9b\u00e2cle imminente \u00e0 Dieppe), il y avait <span class=\"s1\">donc peu d\u2019arguments cr\u00e9dibles en faveur du service obligatoire. Mais, la plupart des gens s\u2019attendaient \u00e0 des\u00a0pertes, notamment dans l\u2019ARC, <\/span>qui effectuait des raids de bom<span class=\"s2\">bardiers au-dessus de l\u2019Allemagne, et dans la MRC, qui combattait les U-boot en Atlantique Nord.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s2\">\u00c0 la mi -1943, la 1<sup>re<\/sup> Division et une brigade blind\u00e9e d\u00e9barqu\u00e8rent en Sicile; en septembre, elles se joignirent \u00e0 l\u2019invasion de l\u2019Italie, et la 5<sup>e<\/sup> Division blind\u00e9e les y rejoignit peu apr\u00e8s. Les combats \u00e0 Ortona, <\/span><span class=\"s1\">\u00e0\u00a0No\u00ebl, furent intenses, et la campagne d\u2019Italie progressa lentement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Alli\u00e9s p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en France le 6 juin 1944, la 3<sup>e<\/sup> Division canadienne et une brigade blind\u00e9e jouant un r\u00f4le essentiel pendant le d\u00e9barquement. Au cours des deux mois suivants, la 2<sup>e<\/sup> Division d\u2019infanterie et la 4<sup>e <\/sup>Division blind\u00e9e s\u2019engag\u00e8rent dans la bataille et les pertes furent lourdes. Les combats qui avaient pour but d\u2019ouvrir l\u2019estuaire de l\u2019Escaut au trafic maritime eurent lieu en octobre et en novembre, et ils men\u00e8rent \u00e0\u00a0de nouvelles pertes importantes. Il y eut quelque 5\u2009000 morts en Normandie, et les Canadiens subirent plus de 6\u2009000 autres pertes aux combats de l\u2019Escaut; sans compter les nombreuses victimes parmi les fantassins en Italie, o\u00f9 eurent lieu les combats acharn\u00e9s n\u00e9cessaires pour briser les lignes allemandes Hitler et Gothic. En automne 1944, c\u2019\u00e9tait la crise au front et au Canada.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><b>Le flot des renforts<\/b> cr\u00e9\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e se basait sur ce qu\u2019elle pr\u00e9voyait comme pertes. Les planificateurs s\u2019attendaient \u00e0 de <span class=\"s1\">lourdes pertes parmi les fantassins, ainsi qu\u2019\u00e0 un nombre important de victimes parmi les troupes d\u2019appui \u00e0 cause des attaques a\u00e9riennes des Allemands. Toutefois, la <i>Luftwaffe <\/i>avait quasiment \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e du ciel et, par cons\u00e9quent, il y avait plus de soldats aux arri\u00e8res que n\u00e9cessaire alors que le nombre des fantassins \u00e9tait insuffisant. O\u00f9, demanda le gouvernement \u00e0 ses g\u00e9n\u00e9raux, pourrait-on trouver des fantassins? Seulement parmi les troupes de d\u00e9fense int\u00e9rieure, r\u00e9pondirent-ils.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">King en fut horrifi\u00e9, car il croyait que la guerre \u00e9tait presque gagn\u00e9e. Le ministre de la D\u00e9fense, Ralston, et au moins sept autres ministres insist\u00e8rent tout de m\u00eame pour que <\/span>les conscrits de la d\u00e9fense int\u00e9-rieure soient envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p class=\"p1\">King cong\u00e9dia brutalement Ralston lors d\u2019une r\u00e9union du cabinet, et nomma le g\u00e9n\u00e9ral <span class=\"s1\">Andrew McNaughton \u00e0 sa place. Les ministres qui avaient vot\u00e9 pour la conscription \u00e9taient stup\u00e9faits. McNaughton avait dirig\u00e9 l\u2019arm\u00e9e de 1939 \u00e0 la fin de 1943, et il n\u2019\u00e9tait <\/span>pas en faveur de la conscription. Il entreprit de chercher des volon-taires parmi les hommes de la d\u00e9fense nationale, mais il \u00e9choua.<\/p>\n<p class=\"p1\">Peu apr\u00e8s, quelques officiers sup\u00e9rieurs parl\u00e8rent du manque de fantassins aux m\u00e9dias, ce que King interpr\u00e9ta comme des signes pr\u00e9curseurs d\u2019une r\u00e9volte de militaires. Il sentait \u00e9galement qu\u2019il risquait de perdre l\u2019appui des ministres proconscription. Il fit volte-face le 22 novembre 1944, annon\u00e7ant que 16\u2009000 conscrits, <span class=\"s1\">assez pour r\u00e9pondre aux besoins de l\u2019infanterie, seraient d\u00e9ploy\u00e9s outre-mer. Tout aussi important, King solidarisa son cabinet et son caucus, <\/span>perdant seulement le ministre de\u00a0l\u2019Aviation, Charles G. Power. La\u00a0<span class=\"s1\">crise politique \u00e9tait termin\u00e9e, et\u00a0une pause hivernale dans les combats donna le temps \u00e0 l\u2019arm\u00e9e de se r\u00e9tablir et de renouveler ses rangs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Une fois l\u2019enjeu de la conscription r\u00e9gl\u00e9, King pouvait passer \u00e0 d\u2019autres questions auxquelles il attachait de l\u2019importance. Il croyait en la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat-providence, et comme une \u00e9lection \u00e9tait pr\u00e9vue en 1945, il estimait que de nouveaux programmes pourraient l\u2019aider \u00e0 s\u00e9duire les \u00e9lecteurs. Son gouvernement avait mis en place l\u2019assurance-ch\u00f4mage en\u00a01940, une \u00e9tape de son vaste plan.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Pendant ce temps, le ministre<br \/>\ndes Anciens Combattants, <span class=\"s1\">Ian\u00a0Mackenzie, avait \u00e9galement travaill\u00e9 sur la cr\u00e9ation d\u2019avantages pour les militaires, et la Charte des anciens combattants \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 \u00eatre d\u00e9voil\u00e9e. Elle offrait de tout aux gens qui avaient servi : argent, v\u00eatements, \u00e9ducation, formation, terre, du soutien pour lancer une entreprise et des soins m\u00e9dicaux gratuits. Cette initiative, bien meilleure que les offres qui avaient \u00e9t\u00e9 faites aux v\u00e9t\u00e9rans de la Grande Guerre, \u00e9tait aussi bonne que n\u2019importe quel programme pour ancien combattant <\/span>dans le monde, et\u00a0bien meilleure que la plupart d\u2019entre eux. Le fait que les femmes y \u00e9taient trait\u00e9es sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 avec les hommes \u00e9tait \u00e9galement notable.<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les allocations familiales, premier programme universel du pays, \u00e9taient \u00e9galement remarquables, car elles \u00e9taient vers\u00e9es directement aux <\/span>m\u00e8res. Pour certaines, l\u2019allocation familiale \u00e9tait le seul argent qui leur appartenait de droit, et elle fut appuy\u00e9e partout au pays, sauf par certains critiques de l\u2019opposition qui faisaient valoir que les familles nombreuses du Qu\u00e9bec et des hommes qui ne se battraient pas <span class=\"s1\">en\u00a0profiteraient. Bien des Qu\u00e9b\u00e9cois <\/span><span class=\"s2\">avaient, en effet, des familles nombreuses, mais l\u2019enr\u00f4lement militaire dans la province \u00e9tait <\/span><span class=\"s1\">d\u2019environ trois fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui <\/span>de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le paiement moyen par enfant \u00e9tait de 5,94 $ (soit environ 100 $ d\u2019aujourd\u2019hui) par mois. Donner des fonds aux m\u00e8res pour qu\u2019elles les d\u00e9pensent pour leurs enfants servirait \u00e0 maintenir l\u2019\u00e9conomie, <span class=\"s1\">et\u00a0les entreprises et les agriculteurs canadiens en profiteraient aussi.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s2\">Le gouvernement de King se pr\u00e9parait \u00e9galement \u00e0 faire face \u00e0\u00a0un ralentissement de l\u2019\u00e9conomie d\u2019apr\u00e8s-guerre tr\u00e8s redout\u00e9. Le produit national brut du Canada avait plus que doubl\u00e9 pendant le conflit, mais la fin de la production de munitions et le retour d\u2019hommes et de femmes au pays pourraient avoir un impact n\u00e9gatif. Des som<\/span><span class=\"s1\">mes importantes furent consacr\u00e9es <\/span>\u00e0 la construction de logements pour les anciens combattants, au\u00a0soutien des agriculteurs et \u00e0\u00a0l\u2019aide aux entreprises pour convertir les lignes de production \u00e0 la fabrication des temps de paix. Parall\u00e8lement, les bureaucrates dressaient des plans pour de grands projets gouvernementaux qui pourraient employer des milliers de personnes.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00ab\u2009Vous, les socialistes, avez des projets, d\u00e9clara un d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral \u00e0 un ami de la F\u00e9d\u00e9ration du Commonwealth coop\u00e9ratif (CCF), mais j\u2019ai les factures ici, dans ma poche.\u2009\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">King convoqua des \u00e9lections pour le 11 juin 1945, un mois apr\u00e8s le jour de la victoire en Europe, alors que la guerre contre le Japon continuait et que le Canada se pr\u00e9parait \u00e0 y engager des forces. Cela conduisit les progressistes-conservateurs \u00e0 demander la conscription pour le Pacifique; le CCF, quant \u00e0 lui, s\u2019attendait \u00e0 bien faire avec sa plateforme socialiste.<\/p>\n<p class=\"p1\">King, cependant, faisait campagne, comme il le dit, \u00ab\u2009non pas du point de vue des promesses, mais de rendement\u2009\u00bb. Ses candidats exhortaient les \u00e9lecteurs \u00e0\u00a0\u00ab\u2009finir le travail\u2009\u00bb et appel\u00e8rent \u00e0\u00a0l\u2019unit\u00e9 nationale et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Le r\u00e9sultat fut serr\u00e9. King obtint une mince majorit\u00e9 avec 118 si\u00e8ges; les conservateurs en eurent 66 et le CCF, 28. Les lib\u00e9raux remport\u00e8rent \u00e9galement la majeure partie du vote militaire.<\/p>\n<p class=\"p1\">Cette victoire a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme une reconnaissance des r\u00e9alisations de King qui avait dirig\u00e9 le Canada dans son \u00e9tonnant effort de guerre. Il avait maintenu l\u2019unit\u00e9 dans le pays, contrairement \u00e0 Robert Borden, premier ministre \u00e0 la Grande Guerre. La nation, sous sa direction, produisit des r\u00e9sultats spectaculaires dans les champs de bataille, en mer, dans les airs et dans les usines et les fermes du front int\u00e9rieur.<\/p>\n<p class=\"p1\">King fut donc un chef \u00e0 un moment o\u00f9 il fallait l\u2019\u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN REGARD SUR LE PREMIER MINISTRE MACKENZIE KING, CHEF EN TEMPS DE GUERRE<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":6634,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-6633","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6633","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6633"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6633\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6634"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6633"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6633"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6633"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}