{"id":62,"date":"2007-03-01T21:58:15","date_gmt":"2007-03-02T02:58:15","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=62"},"modified":"2008-01-27T22:31:49","modified_gmt":"2008-01-28T03:31:49","slug":"afghanistan-points-de-vue-antagonistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/03\/afghanistan-points-de-vue-antagonistes\/","title":{"rendered":"Afghanistan: Points de vue Antagonistes"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>La guerre du Canada en Afghanistan concerne fondamentalement                   la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Bien que la mission puisse y avoir nombre                   de r\u00e9sultats, la seule chose que le Canada, et l&#8217;OTAN, ne peuvent                   pas accepter c&#8217;est que l&#8217;Afghanistan redevienne un endroit                   o\u00f9 les terroristes internationaux sont libres de s&#8217;entra\u00eener                   et de conspirer pour attaquer nos soci\u00e9t\u00e9s. Afin d&#8217;emp\u00eacher                   que cela arrive, le Canada et ses alli\u00e9s de l&#8217;OTAN travaillent                   aux c\u00f4t\u00e9s du gouvernement afghan pour construire une nouvelle                   nation l\u00e0-bas, une nation qui ob\u00e9isse aux lois internationales.<\/p>\n<p>Le but d\u00e9clar\u00e9 de la mission canadienne en Afghanistan est                   de participer \u00e0 la cr\u00e9ation d&#8217;un \u00c9tat afghan stable qui fonctionne.                   La strat\u00e9gie pour atteindre ce but est de mener des op\u00e9rations                   militaires contre les forces antigouvernementales tout en aidant \u00e0 reconstruire                   le pays et son \u00e9conomie, remporter l&#8217;all\u00e9geance, le coeur et                   l&#8217;esprit, du peuple afghan. Bien que les militaires et les                   leaders politiques canadiens aient eu des diff\u00e9rends en ce                   qui concerne la structure temporelle, la plupart des gens croient                   que cela va arriver en moins de 20 ans.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la clart\u00e9 apparente de ces buts, la victoire est loin                   d&#8217;\u00eatre certaine. Il y a de multiples groupes arm\u00e9s qui s&#8217;opposent                   aux buts du Canada, dont aucun ne donne des signes de d\u00e9poser                   les armes. En plus de cela, le peuple afghan est fameux pour                   sa m\u00e9fiance des forces militaires \u00e9trang\u00e8res. Assurer la d\u00e9faite                   des ennemis violents comme les taliban va d\u00e9j\u00e0 \u00eatre assez difficile,                   mais remporter l&#8217;all\u00e9geance des Afghans le sera encore plus.<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;il y ait beaucoup de points de vue \u00e0 propos de comment                   la mission est men\u00e9e, et ses chances de succ\u00e8s, une chose est                   claire: il n&#8217;y a pas de grande marge d&#8217;erreur. Alors que le                   Canada et ses alli\u00e9s de l&#8217;OTAN croient en leur strat\u00e9gie (Force                   op\u00e9rationnelle en Afghanistan : la bataille pour le peuple,                   jan.\/f\u00e9v. 2007), il pourrait \u00eatre utile de consid\u00e9rer la perspective                   des gens dont le point de vue est diff\u00e9rent. Ainsi, afin d&#8217;\u00e9tudier                   la mission sous tous les angles, les suivantes sont des interviews                   que nous ont accord\u00e9 deux hommes qui ont r\u00e9fl\u00e9chi profond\u00e9ment \u00e0 la                   situation en Afghanistan. Ils sont tous deux tr\u00e8s sceptiques                   et il est s\u00fbr que l&#8217;on ne doit pas prendre tout ce qu&#8217;ils disent                   pour des faits, mais ils ont aussi des choses int\u00e9ressantes \u00e0 dire \u00e0 propos                   de la mission. La premi\u00e8re interview nous a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e par                   un v\u00e9t\u00e9ran de la guerre afghane-sovi\u00e9tique qui vit actuellement                   au Canada et la deuxi\u00e8me, par un jeune m\u00e9decin qui a grandi \u00e0 Kaboul                   durant le r\u00e8gne des taliban, et qui y vit encore.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>L&#8217;Union sovi\u00e9tique a envahi l&#8217;Afghanistan en 1979 et elle                   s&#8217;est avou\u00e9e vaincue 10 ans apr\u00e8s. Le lieutenant Yuri Sekret                   a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9 \u00e0 Ghazni (Afghanistan) en 1987 comme membre d&#8217;un                   escadron d&#8217;h\u00e9licopt\u00e8res attach\u00e9 \u00e0 la 40e arm\u00e9e rouge de l&#8217;Union                   sovi\u00e9tique. Il \u00e9tait \u00e2g\u00e9 de 28 ans. Sekret \u00e9tait ing\u00e9nieur                   des communications d&#8217;h\u00e9licopt\u00e8re dont l&#8217;unit\u00e9 \u00e9tait attach\u00e9e                   aux forces afghanes. Bien que Sekret ne soit pas all\u00e9 au front                   lui-m\u00eame, des h\u00e9licopt\u00e8res de son unit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s par                   des missiles Stinger fournis par les \u00c9tats-Unis et le feu des                   tireurs embusqu\u00e9s \u00e9tait commun dans la r\u00e9gion de sa base.<\/p>\n<p>Originaire de Riga (Lettonie), Sekret est venu au Canada en                   1999 et il vit actuellement pr\u00e8s d&#8217;Ottawa. Il n&#8217;a commenc\u00e9 \u00e0 parler                   anglais que lors de son arriv\u00e9e au Canada.<\/p>\n<p>Il dit qu&#8217;il r\u00eavait de s&#8217;engager dans les forces militaires                   sovi\u00e9tiques depuis son enfance et il fut nomm\u00e9 officier de                   l&#8217;arm\u00e9e rouge apr\u00e8s avoir obtenu un dipl\u00f4me de l&#8217;universit\u00e9 militaire.<\/p>\n<p>Une fois d\u00e9ploy\u00e9 en Afghanistan, Sekret a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 une                   position unique dans son unit\u00e9, qu&#8217;il compare au r\u00f4le d&#8217;un                   aum\u00f4nier dans les Forces canadiennes. &#8220;Je travaillais davantage                   avec les politiciens. Comme un commissaire. C&#8217;\u00e9tait vraiment                   un travail politique. Tous les officiers \u00e9taient communistes,                   parce que pour faire carri\u00e8re il fallait \u00eatre communiste. C&#8217;\u00e9tait                   normal pour tout le monde et, en fait, personne n&#8217;y pensait.                   Au Canada, peut-\u00eatre que les gens croient que les communistes                   sont des monstres, mais nous \u00e9tions comme tout le monde.&#8221;<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s Sekret, une des principales difficult\u00e9s qu&#8217;il y avait                   en Afghanistan c&#8217;\u00e9tait quand on essayait de comprendre la nature                   complexe du peuple afghan et de leurs sautes d&#8217;all\u00e9geance.                   Bien que ceci puisse sembler comme une observation anodine,                   c&#8217;est un probl\u00e8me vraiment central, car l&#8217;all\u00e9geance des Afghans                   est une des chevilles ouvri\u00e8res de la strat\u00e9gie du Canada. &#8220;Les                   Afghans ne sont pas des gens comme vous et moi. Tr\u00e8s amicaux                   et tr\u00e8s agressifs en m\u00eame temps&#8221;, dit Sekret. &#8220;Nombre d&#8217;Afghans \u00e9taient                   vraiment reconnaissants de notre pr\u00e9sence. Tant de fois, j&#8217;ai                   entendu tant de gens dire des choses comme &#8216;Oh, vous \u00eates si                   bons, vous donnez de la nourriture. Quand l&#8217;Angleterre \u00e9tait                   ici, ils ne nous donnaient jamais rien&#8217;. Nos soldats leur donnaient                   de tout ce qu&#8217;ils avaient. Des bonbons, de la nourriture, qu&#8217;importe.                   Chaque fois, nos soldats partagent.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Mais&#8221;, croit Sekret, &#8220;les Afghans ne sont pas vraiment un                   peuple compr\u00e9hensible. Aujourd&#8217;hui ils vous embrassent, demain                   vous ne savez jamais ce que vous allez avoir. Si vous regardez                   profond\u00e9ment, personne ne sait \u00e0 quoi ressemble le peuple afghan.                   C&#8217;est comme s&#8217;ils pensent toujours, &#8216;si quelqu&#8217;un me paie assez,                   je vais combattre pour l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9&#8217;.&#8221;<\/p>\n<p>Alors que, bien s\u00fbr, tous les Afghans ne sont pas comme cela,                   les observations de Sekret pourraient expliquer certaines des                   difficult\u00e9s que les soldats canadiens doivent surmonter quand                   il s&#8217;agit d&#8217;obtenir des renseignements aupr\u00e8s de gens qui semblent                   amicaux mais qui ne coop\u00e8rent jamais vraiment. Malgr\u00e9 son incapacit\u00e9 \u00e0 comprendre                   les Afghans, Sekret argumente que l&#8217;impression qu&#8217;a l&#8217;Ouest                   de la guerre des Sovi\u00e9tiques en Afghanistan \u00e9tait d\u00e9form\u00e9e                   par la propagande et que, loin d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 une guerre totale,                   l&#8217;exp\u00e9rience sovi\u00e9tique n&#8217;\u00e9tait pas de fa\u00e7on significative                   diff\u00e9rente de celle qu&#8217;a le Canada actuellement. En effet,                   Sekret nous montre une photo o\u00f9, jeune et en sant\u00e9, il se tient,                   seul et sans arme, au centre-ville de Ghazni \u00e0 la fin de 1987.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas quelque chose qu&#8217;un soldat de l&#8217;OTAN aurait h\u00e2te                   de faire ces jours-ci.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre, on le comprend bien vu ses exp\u00e9riences, que Sekret                   n&#8217;a pas beaucoup d&#8217;espoir que le but du Canada, une d\u00e9mocratie                   stable, puisse \u00eatre \u00e9tabli dans le cadre du calendrier actuel                   de 10 ou 20 ans. En fait, Sekret n&#8217;a m\u00eame pas espoir que cela                   puisse se faire. &#8220;Je ne crois pas que nous puissions donner                   notre culture et notre d\u00e9mocratie \u00e0 ces gens-l\u00e0. Parce que                   ces gens ont leurs propres r\u00e8gles, leur religion, et ils ont                   foi en ce qu&#8217;ils ont. Et quand nous mettons notre nez l\u00e0-dedans,                   et nous ne pouvons pas les changer parce que c&#8217;est une culture                   de gens et les gens aiment l&#8217;avoir de la mani\u00e8re qu&#8217;ils pr\u00e9f\u00e8rent.                   Tout d&#8217;abord, il faut \u00e9duquer les gens beaucoup mais pour cela                   il faut des centaines d&#8217;ann\u00e9es. On ne peut pas le faire en                   cinq ans ou 10. Vous savez, il faut \u00e9duquer les enfants, tous                   ces enfants, pour changer la mentalit\u00e9 du pays. C&#8217;est impossible.                   C&#8217;est impossible. Vous n&#8217;avez pas assez de puissance pour le                   faire. Vous savez, les gens sont vraiment bons mais ils croient \u00e0 ce                   qu&#8217;ils ont et ils ont une mentalit\u00e9 particuli\u00e8re, et pour la                   changer ce n&#8217;est pas assez 10 ans, 20 ans.&#8221;<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s Sekret, les deux probl\u00e8mes principaux sont que les                   Afghans ne font pas du tout confiance aux \u00e9trangers et, \u00e0 propos                   du militaire, le Pakistan, comme il l&#8217;a fait durant le conflit                   russe, joue encore un r\u00f4le crucial dans le conflit en permettant                   qu&#8217;on s&#8217;en serve de base de facto pour le leadership et la                   logistique ennemis. \u00c0 moins que l&#8217;ennemi puisse \u00eatre isol\u00e9 de                   ses vivres et financement, dit Sekret, la guerre ne finira                   simplement pas et la situation va d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer jusqu&#8217;\u00e0 devenir                   le m\u00eame probl\u00e8me que la Russie a affront\u00e9 en 1989.<\/p>\n<p>&#8220;Vous pouvez voir ce qui est arriv\u00e9 quand la Russie est partie                   : ce n&#8217;\u00e9tait pas mieux. Si nous \u00e9tions rest\u00e9s, pas mieux non                   plus.&#8221;<\/p>\n<p>Bien que le pessimisme de Sekret soit certainement bas\u00e9 sur                   son exp\u00e9rience, et l&#8217;exp\u00e9rience sovi\u00e9tique en g\u00e9n\u00e9ral, en Afghanistan,                   il fait remarquer certaines choses int\u00e9ressantes, surtout la                   question \u00e0 savoir si la coalition de l&#8217;OTAN est assez puissante                   et si elle a assez d&#8217;endurance pour faire des changements durables \u00e0 la                   soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la culture d&#8217;un pays comme l&#8217;Afghanistan. Alors                   que les commandants canadiens disent que oui, et bien que leur                   pari puisse sembler bon, seul le temps nous donnera une r\u00e9ponse                   d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Le docteur Safi Ahmad Ahadyar est un Tadjik de 24 ans qui                   a v\u00e9cu \u00e0 Kaboul toute sa vie. Non seulement est-il tr\u00e8s \u00e9duqu\u00e9,                   il est aussi profond\u00e9ment occidentalis\u00e9. Il conduit une Corolla                   de Toyota, porte des v\u00eatements dernier cri et parle avec beaucoup                   d&#8217;enthousiasme \u00e0 propos de comment trouver une Canadienne et                   l&#8217;\u00e9pouser. \u00c9galement, vu qu&#8217;il est Tadjik, il est, en droit                   tout au moins, un adversaire naturel des Taliban bas\u00e9s sur                   les Pashtouns. D&#8217;apr\u00e8s ces crit\u00e8res, on pourrait pr\u00e9dire qu&#8217;il                   a de la sympathie \u00e0 propos de ce que le Canada d\u00e9sire pour                   son pays. Mais ce n&#8217;est pas le cas. Son point de vue sur la                   mission du Canada est profond\u00e9ment m\u00e9fiante, presque collusoire.                   C&#8217;est en fait cette m\u00e9fiance, surtout des forces militaires \u00e9trang\u00e8res,                   qui tend \u00e0 constituer la vue enti\u00e8re qu&#8217;il a du monde. D&#8217;une                   fa\u00e7on ou d&#8217;une autre, il en est venu \u00e0 croire que le Canada                   et l&#8217;OTAN sont simplement des pr\u00e9pos\u00e9s de la tentative imp\u00e9rialiste \u00e9tats-unienne                   en vue de contr\u00f4ler l&#8217;Afghanistan. Il ne voit pas de diff\u00e9rence                   entre les forces des \u00c9tats-Unis et celles de n&#8217;importe quel                   autre pays, y compris le Canada. Il ne fait confiance \u00e0 aucune                   d&#8217;entre elles. &#8220;Je ne fais confiance qu&#8217;\u00e0 mon propre pays,                   qu&#8217;il soit ind\u00e9pendant. Simplement, nous voulons \u00eatre stables.                   Si l&#8217;OTAN veut aider l&#8217;Afghanistan, il faut qu&#8217;elle pr\u00e9pare                   le terrain pour l&#8217;\u00e9ducation. Elle devrait essayer d&#8217;inviter                   les gens \u00e0 ne pas se battre. Il n&#8217;y a pas besoin que les militaires                   apportent des armes \u00e0 feu et encore des armes \u00e0 feu, des bombes                   et des avions ici. Tout le monde est fatigu\u00e9 de ces choses-l\u00e0&#8221;,                   dit Ahadyar \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une interview qu&#8217;il nous a accord\u00e9e \u00e0 Kaboul,                   o\u00f9 il travaille aussi en tant que traducteur pour la revue.<\/p>\n<p>&#8220;Si elle veut vraiment aider les Afghans, elle devrait essayer                   de d\u00e9velopper l&#8217;\u00e9ducation, essayer de d\u00e9velopper l&#8217;\u00e9conomie,                   essayer de d\u00e9couvrir des ressources comme le p\u00e9trole et le                   gaz qui puissent \u00eatre utilis\u00e9es par les Afghans. C&#8217;est comme \u00e7a                   qu&#8217;elle pourrait nous aider. Ce n&#8217;est pas la fa\u00e7on d&#8217;envoyer                   les militaires patrouiller tout le temps. Les Afghans n&#8217;aiment                   pas les \u00e9trangers, ce sont des gens \u00e9tranges. Et si ce sont                   des militaires? Ils ne les aiment jamais. Je suis s\u00fbr que les                   Afghans sont fatigu\u00e9s de se battre, autrement ils ne permettraient \u00e0 aucun                   militaire d&#8217;\u00eatre ici.&#8221;<\/p>\n<p>Alors qu&#8217;il est clair que les Canadiens et leurs alli\u00e9s progressent                   en ce qui concerne la reconstruction de l&#8217;Afghanistan (partout,                   de l&#8217;ouverture des \u00e9coles jusqu&#8217;au d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00e9conomie),                   rien de tout cela arrive assez vite ni assez largement pour                   obtenir la confiance d&#8217;Ahadyar. En fait, il est si sceptique \u00e0 propos                   des intentions de l&#8217;OTAN qu&#8217;il croit que l&#8217;effort d&#8217;assurer                   le pays contre les Taliban est m\u00e9conduit intentionnellement.<\/p>\n<p>&#8220;Oui, et c&#8217;est \u00e7a l&#8217;important. Qui sont les Taliban? Qui est-ce                   qui appuie les Taliban de nos jours? Comment peuvent-ils se                   battre contre le gouvernement central, contre les forces de                   la coalition et contre l&#8217;arm\u00e9e nationale? Comment peuvent-ils                   continuer \u00e0 se battre sans aide? Comment ce fait-il que l&#8217;Am\u00e9rique                   ne puisse pas les balayer de deux ou trois autres provinces?<\/p>\n<p>Comme nombre d&#8217;Afghans, Ahadyar se m\u00e9fie beaucoup des intentions                   du Pakistan pour son pays, et bien qu&#8217;il sache que les Taliban                   comptent beaucoup sur l&#8217;abri qu&#8217;est pour eux le Pakistan, il                   ne comprend pas pourquoi on laisse cela continuer. &#8220;Pourquoi                   l&#8217;Am\u00e9rique permet-elle au Pakistan de les aider? S&#8217;ils savent,                   pourquoi ne l&#8217;emp\u00eachent-ils pas? S&#8217;ils ne l&#8217;emp\u00eachent pas,                   qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils font? S&#8217;ils savent que le Pakistan aide les                   Taliban, pourquoi n&#8217;envahissent-ils pas le Pakistan?&#8221;<\/p>\n<p>Et c&#8217;est certainement un produit de cette m\u00e9fiance \u00e0 propos                   des \u00e9trangers qu&#8217;Ahadyar d\u00e9clare que cela ne le d\u00e9rangerait                   pas si les Taliban reprenaient le pouvoir et que la vie sous                   les Taliban n&#8217;\u00e9tait pas vraiment pire qu&#8217;elle l&#8217;est actuellement. &#8220;Sous                   les Taliban et maintenant, c&#8217;est la m\u00eame chose pour moi. Ces                   choses que je vois maintenant, ce ne sont que des changements                   momentan\u00e9s. Avec les Taliban, on ne pouvait simplement pas                   voir de femmes autour des bazars, ou bien on ne pouvait pas                   voir de femmes aller \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et ce genre de choses. C&#8217;est                   simplement que maintenant nous pouvons voir les femmes. Et                   rien d&#8217;autre. Rien que des \u00e9trangers qu&#8217;on a ajout\u00e9s \u00e0 la situation                   et \u00e7a ne va pas mieux que du temps des Taliban.<\/p>\n<p>&#8220;Au temps des Taliban aussi, on \u00e9tait davantage en s\u00e9curit\u00e9 que                   maintenant&#8221;, croit-il. &#8220;Il n&#8217;y avait pas de bombardement, rien                   d&#8217;autre. Simplement il y avait quelques roquettes venant de                   l&#8217;alliance du Nord. Et il n&#8217;y (avait) pas de suicidaire, pas                   de vol, pas de meurtre. Si vous laissiez quelque chose dans                   la rue quand vous reveniez c&#8217;\u00e9tait au m\u00eame endroit, personne                   ne pouvait y toucher.&#8221;<\/p>\n<p>Il est \u00e0 noter que la version de l&#8217;histoire d&#8217;Ahadyar est                   bien diff\u00e9rente de ce que nous savons des Taliban, qui est                   que, bien que les Taliban aient augment\u00e9 la s\u00e9curit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral,                   en effet, durant leur r\u00e8gne, ils l&#8217;ont fait en utilisant des                   tactiques brutales qui ignoraient les droits humains et qu&#8217;ils                   adh\u00e9raient \u00e0 un concept de justice travesti. De toutes fa\u00e7ons,                   toutefois, un retour au pouvoir des Taliban n&#8217;est pas la solution                   pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e d&#8217;Ahadyar. Bien qu&#8217;il d\u00e9sire certainement que les                   militaires \u00e9trangers quittent l&#8217;Afghanistan, il pr\u00e9f\u00e8rerait                   qu&#8217;ils cr\u00e9ent une paix durable avant de s&#8217;en aller.<\/p>\n<p>&#8220;Je ne dis pas que tout le monde devrait emporter leurs militaires                   d&#8217;ici tout de suite et qu&#8217;il devrait y avoir des combats ici,                   parce qu&#8217;alors je sais qu&#8217;il n&#8217;y aurait pas de d\u00e9veloppement                   ici.<\/p>\n<p>&#8220;Simplement, nous voulons les Nations unies, si en r\u00e9alit\u00e9 elles                   veulent aider l&#8217;Afghanistan, elles devraient inviter tous les                   leaders de l&#8217;Afghanistan et pr\u00e9parer le terrain pour qu&#8217;ils                   aient la m\u00eame unit\u00e9 et la m\u00eame fraternit\u00e9 entre eux et arr\u00eatent                   de se battre. Ils devraient parler \u00e0 tous les c\u00f4t\u00e9s. Avec les                   Pashtouns, les Tadjiks, les Hazaras, les Uzbeks. Ils devraient                   les asseoir tous \u00e0 la m\u00eame table. Ils devraient leur parler,                   discuter avec eux. Et diviser le pouvoir entre tous. Quand                   ils se seront tous mis d&#8217;accord, ils ne se battront plus entre                   eux. Nous aurons une bonne unit\u00e9 et ils auront une bonne s\u00e9curit\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Alors quoi si l&#8217;OTAN et la communaut\u00e9 internationale ne r\u00e9ussi                   pas \u00e0 obtenir une paix durable? Ahadyar n&#8217;a pas h\u00e2te de pr\u00e9dire                   si un soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral aurait lieu, ou quand, mais il d\u00e9clare                   que la situation d\u00e9pla\u00eet de plus en plus \u00e0 nombre de ses proches.                   Mais combien de temps va-t-il falloir?<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est une question tr\u00e8s difficile. Simplement, nous verrons                   ce que le futur nous am\u00e8nera. D&#8217;apr\u00e8s moi, les gens qui ont                   l&#8217;exp\u00e9rience des combats, sont fatigu\u00e9s, et les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations                   comme la mienne nous n&#8217;avons pas l&#8217;exp\u00e9rience des combats,                   alors comment pouvons-nous commencer? Simplement, maintenant                   nous devrions nous asseoir et voir si nos leaders vont les                   commencer.&#8221;<\/p>\n<p>Alors que les pr\u00e9jug\u00e9s d&#8217;Ahadyar sont clairs, ils sont aussi                   instructifs. Il fait attention \u00e0 la situation et il a pourtant                   une m\u00e9connaissance profonde du r\u00f4le et de la nature de la mission                   canadienne. Et bien que nombre d&#8217;autres Afghans appuient certainement                   davantage les objectifs du Canada, Ahadyar est peut-\u00eatre repr\u00e9sentatif                   en ce qu&#8217;il est d\u00e9fini par sa m\u00e9fiance, une m\u00e9fiance qu&#8217;aucune \u00e9ducation                   ni information n&#8217;a r\u00e9ussi \u00e0 percer.<\/p>\n<p>Mais il nous fait aussi part de quelque chose de tr\u00e8s instructif.                   Il sait, presque \u00e0 un niveau instinctif, qu&#8217;une solution militaire                   au probl\u00e8me en Afghanistan a peu de chances de r\u00e9ussir. La                   seule victoire en Afghanistan sera politique d&#8217;abord, quand                   le gouvernement afghan sera accept\u00e9 par tous les Afghans en                   tant qu&#8217;autorit\u00e9 r\u00e9gnante. Le colonel Fred Lewis, sous-commandant                   de la Force op\u00e9rationnelle en Afghanistan, est d&#8217;accord avec                   Ahadyar \u00e0 propos des trois piliers de la mission du Canada,                   qui sont la s\u00e9curit\u00e9, la bonne gouvernance et le d\u00e9veloppement                   de la reconstruction. La bonne gouvernance d&#8217;apr\u00e8s Lewis c&#8217;est,                   litt\u00e9ralement, la d\u00e9mocratie, la direction par le peuple et,                   comme il dit, il y a du progr\u00e8s. &#8220;Ce que j&#8217;ai vu \u00e0 propos de                   la bonne gouvernance, pour l&#8217;instant, c&#8217;est l&#8217;exemple du gouverneur                   (provincial de Kandahar) prenant la responsabilit\u00e9 de la reconstruction                   et du d\u00e9veloppement dans sa r\u00e9gion et les dirigeant. C&#8217;est                   quelque chose. Nous voyons divers comit\u00e9s et ainsi de suite                   au niveau provincial qui commencent \u00e0 fonctionner. On les fait                   travailler, \u00e0 faire des choses pour leurs gens. Alors je pense                   que c&#8217;est quelque chose d&#8217;assez bien.<\/p>\n<p>&#8220;Deux tiers des districts de cette province ont actuellement                   ce qu&#8217;on appelle Comit\u00e9 de d\u00e9veloppement de district, qui sont                   responsables de d\u00e9finir le genre de projet dont on a besoin                   dans leur district, et d\u00e9cidant de leur ordre d&#8217;importance.                   Est-ce cela la bonne gouvernance? C&#8217;est la d\u00e9mocratie, les                   gens disent ce qu&#8217;ils veulent. C&#8217;est fort. Pour un pays qui                   a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement bris\u00e9 depuis 1979, et qui a toute une g\u00e9n\u00e9ration                   de gens qui ne savent pas du tout ce que \u00e7a veut dire que la                   d\u00e9mocratie, c&#8217;est fort.&#8221;<\/p>\n<p>Et bien que les ennemis les plus violents du gouvernement                   ne vont probablement pas consentir \u00e0 l&#8217;arrangement d\u00e9mocratique                   de partage du pouvoir qu&#8217;envisage Ahadyar et que Lewis travaille                   pour cr\u00e9er, peut-\u00eatre que certains vont y consentir. C&#8217;est                   dans ce sens que la vision de la r\u00e9solution diplomatique des                   conflits en Afghanistan, amener tout le monde \u00e0 une table et                   les aider \u00e0 se mettre d&#8217;accord, n&#8217;est pas seulement optimiste,                   il se peut que ce soit le meilleur espoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La guerre du Canada en Afghanistan concerne fondamentalement la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Bien que la mission puisse y avoir nombre de r\u00e9sultats, la seule chose que le Canada, et l&#8217;OTAN, ne peuvent pas accepter c&#8217;est que l&#8217;Afghanistan redevienne un endroit o\u00f9 les terroristes internationaux sont libres de s&#8217;entra\u00eener et de conspirer pour attaquer nos soci\u00e9t\u00e9s. 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