{"id":58,"date":"2007-05-01T21:55:11","date_gmt":"2007-05-02T02:55:11","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=58"},"modified":"2008-01-27T22:33:15","modified_gmt":"2008-01-28T03:33:15","slug":"expo-67-nous-apporte-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/05\/expo-67-nous-apporte-le-monde\/","title":{"rendered":"Expo 67 nous apporte le monde"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Dierdre McIlwraith avait 24 ans, elle \u00e9tait dipl\u00f4m\u00e9e de l&#8217;Universit\u00e9 Queen&#8217;s                   de Kingston (Ont.) et elle parlait fran\u00e7ais et espagnol couramment                   quand elle a obtenu du travail en tant que pr\u00e9pos\u00e9e au protocole \u00e0 la                   Compagnie canadienne de l&#8217;Exposition universelle de 1967, l&#8217;organisation                   qui a planifi\u00e9, construit et dirig\u00e9 l&#8217;Expo 67 \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>McIlwraith travaillait au restaurant H\u00e9l\u00e8ne de Champlain,                   un endroit o\u00f9 les dignitaires en visite et les chefs d&#8217;\u00c9tat \u00e9taient                   re\u00e7us. Elle a exerc\u00e9 les fonctions protocolaires pour la princesse                   Grace de Monaco et la princesse Margaret, la soeur de la reine                   Elizabeth II. Elle se souvient des repr\u00e9sentants de la C\u00f4te                   d&#8217;Ivoire, un pays d&#8217;Afrique \u00e9quatoriale, qui \u00e9taient tous grands,                   parlaient fran\u00e7ais avec un accent parisien et portaient avec \u00e9l\u00e9gance                   des v\u00eatements \u00e0 la mode fran\u00e7aise du dernier cri. Elle se souvient                   tr\u00e8s bien du vieil empereur Hail\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 d&#8217;\u00c9thiopie, tr\u00e8s                   petit, fr\u00eale, qui arriva avec son chien et insista qu&#8217;on le                   laisse s&#8217;asseoir sous la table \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et qu&#8217;on lui serve                   du filet mignon hach\u00e9. Elle raconte un d\u00eener tendu \u00e0 la fin                   du mois de juillet quand le maire de Montr\u00e9al Jean Drapeau                   a fait des reproches au pr\u00e9sident fran\u00e7ais tristement c\u00e9l\u00e8bre,                   Charles de Gaulle, \u00e0 la suite du discours donn\u00e9 \u00e0 un balcon                   de la mairie o\u00f9 il a prof\u00e9r\u00e9 les mots &#8220;Vive le Qu\u00e9bec libre&#8221;.<\/p>\n<p>McIlwraith \u00e9tait de service \u00e0 des douzaines de d\u00eeners et ce                   dont elle se souvient le mieux, c&#8217;est l&#8217;exub\u00e9rance et l&#8217;excitation                   presque essouffl\u00e9e des gens ordinaires de tous les coins du                   Canada et d&#8217;autour du monde qui ont afflu\u00e9 \u00e0 l&#8217;Expo 67 \u00e0 partir                   du moment o\u00f9 les portes se sont ouvertes au le public, le vendredi                   28 avril 1967. &#8220;La foire a eu un succ\u00e8s \u00e9norme \u00e0 partir du                   tout d\u00e9but&#8221;, dit-elle. &#8220;C&#8217;\u00e9tait fantastique. C&#8217;\u00e9tait merveilleux                   de voir que le Canada r\u00e9alisait son potentiel. On sentait vraiment                   que tout \u00e9tait possible : que nous pouvions avoir un Canada                   biculturel et bilingue, que nous pouvions avoir le meilleur                   de l&#8217;Europe et le meilleur de l&#8217;Am\u00e9rique du Nord.&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;Expo 67 \u00e9tait une c\u00e9l\u00e9bration des premiers 100 ans du Canada                   et, lorsqu&#8217; elle a eu lieu, les Canadiens \u00e9taient d&#8217;humeur \u00e0 f\u00eater.                   Apr\u00e8s la Crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale, les ann\u00e9es                   1950 et 1960 \u00e9taient des ann\u00e9es d&#8217;optimisme et de prosp\u00e9rit\u00e9 sans                   pr\u00e9c\u00e9dent. C&#8217;\u00e9tait une p\u00e9riode de progr\u00e8s saisissants en m\u00e9decine,                   de grandes familles, d&#8217;urbanisation qui allait en augmentant                   et de la cr\u00e9ation de programmes sociaux g\u00e9n\u00e9reux. L&#8217;immigration                   enrichissait aussi la soci\u00e9t\u00e9 canadienne. Les nouveaux venus                   arrivant d&#8217;Europe du Sud et de l&#8217;Est, d&#8217;Asie, d&#8217;Afrique et                   des Antilles diversifiaient davantage le pays, le rendaient                   plus tol\u00e9rant et plus excitant. Il y avait la guerre froide                   et le conflit au Vietnam, mais beaucoup de gens les consid\u00e9raient                   surtout comme les probl\u00e8mes des autres et rien qui aurait pu \u00e9touffer                   l&#8217;enthousiasme de la foire mondiale.<\/p>\n<p>La foire a d\u00e9but\u00e9 &#8220;officiellement&#8221; le 27 avril, alors que                   des centaines de travailleurs s&#8217;effor\u00e7aient de mettre la touche                   finale aux installations. Le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Roland Michener,                   le Premier ministre Lester B. Pearson, le maire Drapeau, les                   10 premiers ministres provinciaux et 53 chefs d&#8217;\u00c9tat ont fait                   le tour de la foire et puis ensuite quelque 7 000 invit\u00e9s ont                   jet\u00e9 leur premier coup d&#8217;oeil. La construction de l&#8217;Expo, qui                   s&#8217;est \u00e9lev\u00e9e \u00e0 415 millions de dollars, a eu lieu sur deux \u00celes                   dans le Saint-Laurent : L&#8217;\u00eele Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, une formation                   naturelle \u00e0 laquelle des millions de tonnes de d\u00e9charge ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es                   pour l&#8217;agrandir; et l&#8217;\u00eele Notre-Dame, laquelle a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement                   faite par l&#8217;homme. Le site comprend presque 1 000 acres, ce                   qui suffisait comme espace pour 39 restaurants, 62 casse-cro\u00fbtes,                   un parc d&#8217;attractions appel\u00e9 La Ronde, de l&#8217;espace de stationnement                   pour des milliers de v\u00e9hicules et les pavillons pour les 62                   pays et les centaines de soci\u00e9t\u00e9s qui participaient.<\/p>\n<p>Nombre d&#8217;invit\u00e9s officiels ont \u00e9t\u00e9 \u00e9blouis par ce qu&#8217;ils ont                   vu, surtout par le d\u00f4me g\u00e9od\u00e9sique de l&#8217;\u00e8re spatiale o\u00f9 le                   pavillon am\u00e9ricain \u00e9tait log\u00e9, la construction domiciliaire                   futuriste de 10 \u00e9tages appel\u00e9e Habitat &#8217;67 qui \u00e9tait form\u00e9e                   d&#8217;unit\u00e9s d&#8217;habitation empil\u00e9es \u00e7a et l\u00e0, ainsi qu&#8217;un syst\u00e8me                   de transport int\u00e9rieur d&#8217;a\u00e9roglisseurs, de gondoles au style                   v\u00e9nitien et de deux voies ferr\u00e9es sur\u00e9lev\u00e9es. Le premier ministre                   du Qu\u00e9bec Daniel Johnson dit de l&#8217;Expo qu&#8217;elle \u00e9tait &#8220;plus                   merveilleuse, plus belle que ce que tout le monde pr\u00e9disait.&#8221;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les politiciens, les dignitaires et les personnes de                   marque, les gens ordinaires de Montr\u00e9al et d&#8217;ailleurs commenc\u00e8rent \u00e0 faire                   la queue pour l&#8217;ouverture publique \u00e0 9 h 30 le lendemain matin.                   La premi\u00e8re personne \u00e0 entrer \u00e9tait Al Carter, un batteur de                   jazz de 39 ans de Chicago qui avait pay\u00e9 12 $ pour un passeport                   de l&#8217;Expo de sept jours portant le num\u00e9ro 00001. \u00c0 la fin de                   cette journ\u00e9e-l\u00e0, quelque 335 000 personnes \u00e9taient all\u00e9es \u00e0 la                   foire, deux fois plus que pr\u00e9vu. Dimanche, le 30 avril, la                   fr\u00e9quentation, \u00e9tonnamment, s&#8217;\u00e9leva \u00e0 530 000, ce qui allait                   finir par \u00eatre la journ\u00e9e la plus achaland\u00e9e de l&#8217;Expo et ce                   qui fit d\u00e9passer la marque du million de visiteurs en trois                   jours.<\/p>\n<p>Les comptes rendus commenc\u00e8rent alors \u00e0 para\u00eetre et ils \u00e9taient                   presque tous \u00e9logieux. La seigneuriale revue Time, \u00e0 l&#8217;occasion                   pos\u00e9e, alloua sept pages \u00e0 l&#8217;Expo dans son num\u00e9ro du 5 mai,                   et les descriptions y \u00e9taient d\u00e9lirantes. Les foules, Time                   rapportait, \u00e9taient &#8220;stimul\u00e9es, rendues heureuses, emball\u00e9es                   et \u00e9blouies par un monde spectaculairement plus grand qu&#8217;elles&#8221;.                   L&#8217;article dans la revue se poursuivait en d\u00e9crivant l&#8217;Expo                   comme &#8220;une aventure centenaire o\u00f9 un Canada nouvellement plein                   de confiance en soi re\u00e7oit le monde et, par-dessus le march\u00e9,                   il se trouve&#8221;.<\/p>\n<p>En surench\u00e8re, le journal New York Times d\u00e9clarait que : &#8220;la                   norme d&#8217;excellence sophistiqu\u00e9e [&#8230;] est presque indescriptible&#8221;.                   La revue The Economist d\u00e9clarait que : &#8220;l&#8217;acclamation que se                   sont m\u00e9rit\u00e9e les \u00eeles faites par l&#8217;homme dans le Saint-Laurent                   ont peut-\u00eatre fait davantage pour rendre les Canadiens confiants                   que tout autre \u00e9v\u00e9nement ces temps-ci&#8221;. Parmi les observateurs                   domestiques, il n&#8217;y en avait gu\u00e8re qui eussent surclass\u00e9 l&#8217;observation                   de Peter C. Newman comme quoi : &#8220;c&#8217;est la meilleure chose que                   nous ayons faite en tant que nation (y compris la construction                   du rail CP) [&#8230;] ce pays des marches polaires, [&#8230;] il peut                   faire \u00e0 peu pr\u00e8s n&#8217;importe quoi&#8221;.<\/p>\n<p>Lorsque la foire a ferm\u00e9 ses portes pour la derni\u00e8re fois,                   dimanche le 27 octobre, l&#8217;Expo 67 avait obtenu une renomm\u00e9e                   comme \u00e9tant l&#8217;exposition mondiale la plus r\u00e9ussie depuis que                   la premi\u00e8re de son genre avait eu lieu, \u00e0 Londres (Angleterre),                   en 1851. Ses seules rivales s\u00e9rieuses \u00e9taient celle de Paris,                   en 1900, \u00e0 laquelle 58 pays ont particip\u00e9 et qui a re\u00e7u 50,8                   millions de visiteurs, et celle de Bruxelles, en 1958, o\u00f9 sont                   all\u00e9es quelque 41,4 millions de personnes. Expo 67 a attir\u00e9 50                   306 648 personnes, plus de 2 \u00bd fois la population enti\u00e8re                   du Canada d&#8217;alors.<\/p>\n<p>Pour les Montr\u00e9alais, la fin de la foire a \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement \u00e9mouvant. &#8220;L&#8217;humeur                   principale durant le 185e et dernier jour de l&#8217;Expo \u00e9tait un                   curieux m\u00e9lange doux-amer de joie, de fiert\u00e9 et de tristesse&#8221;, \u00e9crivait                   Nick Auf der Maur dans la Montr\u00e9al Gazette. Le personnel de                   divers pavillons distribuait des cornes et des drapeaux o\u00f9 l&#8217;on                   voyait le logo de l&#8217;Expo et les mots &#8220;Au revoir Expo&#8221;, mais                   comme le remarquait Auf der Maur : &#8220;Ils n&#8217;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er                   une atmosph\u00e8re de f\u00eate. Malgr\u00e9 les grosses foules partout,                   le jour a surtout servi \u00e0 un adieu&#8221;.<\/p>\n<p>Vu ses origines, l&#8217;impact qu&#8217;a eu l&#8217;Expo 67 n&#8217;en a \u00e9t\u00e9 que                   plus remarquable.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1950, le s\u00e9nateur conservateur Mark Drouin                   avait commenc\u00e9 \u00e0 avancer l&#8217;id\u00e9e d&#8217;organiser une foire mondiale                   pour c\u00e9l\u00e9brer le centenaire du Canada.<\/p>\n<p>Mais en 1960, le Bureau international des expositions (BIE)                   bas\u00e9 \u00e0 Paris d\u00e9cerna l&#8217;exposition universelle de 1967 \u00e0 Moscou                   parce que, cette ann\u00e9e-l\u00e0, l&#8217;Union sovi\u00e9tique allait c\u00e9l\u00e9brer                   le 50e anniversaire de la r\u00e9volution russe. Les Sovi\u00e9tiques                   travaill\u00e8rent au projet pendant deux ans et puis ils le laiss\u00e8rent                   tomber parce qu&#8217;il \u00e9tait trop co\u00fbteux.<\/p>\n<p>Le maire Drapeau et un petit groupe de Montr\u00e9alais saisirent                   l&#8217;occasion. Ils allaient essayer de convaincre le BIE de d\u00e9cerner                   la foire \u00e0 leur ville. Le bureau prit la d\u00e9cision le 13 novembre                   1962.<\/p>\n<p>Cela ne donnait \u00e0 Montr\u00e9al que 4 \u00bd ans pour pr\u00e9parer un \u00e9v\u00e9nement                   pour lequel il en aurait normalement fallu sept.<\/p>\n<p>Le plus grand miracle \u00e0 propos de l&#8217;Expo 67 a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 que                   ses portes se sont ouvertes \u00e0 temps et, depuis lors, les gens                   qui l&#8217;ont construit en ch\u00e9rissent le souvenir. &#8220;Mon \u00e9pouse                   pensait que j&#8217;\u00e9tais fou d&#8217;accepter un poste&#8221;, se souvient le                   directeur des op\u00e9rations Philippe de Gasp\u00e9 Beaubien qui, par                   la suite, \u00e0 fond\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 de radiodiffusion T\u00e9l\u00e9m\u00e9dia Inc. &#8220;Nous                   avons d\u00fb travailler jour et nuit. J&#8217;avais une chambre au-dessus                   du restaurant H\u00e9l\u00e8ne de Champlain [&#8230;]. Heureusement que mon \u00e9pouse                   m&#8217;est d&#8217;un tr\u00e8s grand soutien.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;La partie que j&#8217;ai trouv\u00e9 vraiment excitante, c&#8217;\u00e9tait de                   voir l&#8217;\u00e9mergence des pavillons&#8221;, dit le courtier montr\u00e9alais                   Dani\u00e8le Touchette qui, en tant qu&#8217;h\u00f4tesse, menait des d\u00e9l\u00e9gations \u00e9trang\u00e8res                   en visite autour du site de construction. &#8220;Au d\u00e9but, il n&#8217;y                   avait rien l\u00e0-bas. On voyait des maquettes et puis on voyait                   un pavillon qui s&#8217;\u00e9levait [&#8230;]. C&#8217;\u00e9tait si excitant.&#8221;<\/p>\n<p>Diana Nicholson, une Am\u00e9ricaine bilingue, \u00e0 22 ans est une                   des 100 premi\u00e8res personnes embauch\u00e9es par la compagnie de                   l&#8217;Expo. Elle fut engag\u00e9e comme liaison dans le service des                   relations publiques et elle devait s&#8217;occuper des communications                   avec l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest francophone et l&#8217;Am\u00e9rique latine.                   Cela a vite chang\u00e9. &#8220;J&#8217;ai pass\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s un an \u00e0 voyager \u00e0 travers                   le Canada, pour faire des expos\u00e9s publics sur le projet&#8221;, dit-elle. &#8220;Je                   me souviens que je voyageais avec une \u00e9norme maquette qui,                   en fin de compte, \u00e9tait compl\u00e8tement erron\u00e9e.&#8221;<\/p>\n<p>Un des premiers d\u00e9fis \u00e9tait de d\u00e9velopper un th\u00e8me pour la                   foire, une t\u00e2che affect\u00e9e \u00e0 un groupe s\u00e9lect d&#8217;intellectuels,                   d&#8217;artistes, de scientifiques et d&#8217;administrateurs, y compris                   les romanciers Hugh MacLennan et Gabrielle Roy. Ils se sont                   rencontr\u00e9s pendant trois jours en mai 1963, \u00e0 Montebello (Qc),                   et ils ont choisi Terre des Hommes, s&#8217;inspirant de l&#8217;histoire                   du m\u00eame nom \u00e9crite par Antoine de Saint-Exup\u00e9ry (Man and His                   World en anglais) et de l&#8217;id\u00e9e &#8220;\u00catre homme [&#8230;]. C&#8217;est sentir,                   en posant sa pierre, que l&#8217;on contribue \u00e0 b\u00e2tir le monde.&#8221;<\/p>\n<p>La compagnie de l&#8217;Expo et la municipalit\u00e9 de Montr\u00e9al ont                   pass\u00e9 neuf mois environ \u00e0 choisir un endroit. Des promoteurs                   immobiliers, des propri\u00e9taires fonciers et des sp\u00e9culateurs                   avaient fait pression pour des douzaines de propri\u00e9t\u00e9s ou plus                   dans la r\u00e9gion de Montr\u00e9al, mais le maire avait son propre                   plan exceptionnel. La foire serait construite sur deux \u00eeles                   dans le fleuve Saint-Laurent, une qui serait tr\u00e8s agrandie                   et une autre qui serait construite de toutes pi\u00e8ces gr\u00e2ce \u00e0 25                   millions de tonnes de d\u00e9charge provenant du nouveau m\u00e9tro de                   34 kilom\u00e8tres de long.<\/p>\n<p>Nombreux \u00e9taient ceux qui pensaient que l&#8217;id\u00e9e \u00e9tait ridicule,                   y compris le Premier ministre. Dans une lettre \u00e0 Drapeau, Pearson                   rejetait le plan comme \u00e9tant &#8220;une des choses les plus absurdes                   que j&#8217;ai jamais entendues&#8221;, et il ajoutait : &#8220;Avec quatre millions                   de milles carr\u00e9s de terre, nous devrions pouvoir trouver un                   endroit quelque part.&#8221; Mais il n&#8217;y avait pas moyen de faire                   changer le maire d&#8217;id\u00e9e. Le 12 ao\u00fbt 1963, Pearson lui-m\u00eame \u00e0 tir\u00e9 sur                   un levier et un chouleur \u00e0 chargement ant\u00e9rieur a d\u00e9vers\u00e9 les                   25 premi\u00e8res verges de terre sur l&#8217;\u00eele Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. Pendant                   les sept mois suivants, la d\u00e9charge d&#8217;un camion \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e                   toutes les quatre minutes, nuit et jour et, le 26 juin 1964,                   la municipalit\u00e9 remettait les \u00eeles aux organisateurs de l&#8217;Expo.<\/p>\n<p>C&#8217;est le colonel Edward Churchill, un officier de l&#8217;arm\u00e9e \u00e0 la                   retraite recrut\u00e9 \u00e0 Ottawa o\u00f9 il avait un emploi p\u00e9p\u00e8re au gouvernement,                   qui a construit la foire. Il avait 878 jours pour faire le                   travail et il a failli en mourir. Apr\u00e8s des mois de longues                   journ\u00e9es qui se terminaient fr\u00e9quemment \u00e0 minuit, il s&#8217;est \u00e9croul\u00e9 de                   fatigue lors d&#8217;une conf\u00e9rence et il a d\u00fb faire un s\u00e9jour \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital.                   Pour faire avancer plusieurs t\u00e2ches simultan\u00e9ment, Churchill                   a copi\u00e9 la technique des voies cruciales du programme spatial                   des \u00c9tats-Unis. Chacun des projets sur les \u00eeles fut divis\u00e9 en \u00e9tapes, \u00e0 partir                   de la planification et jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;ach\u00e8vement.<\/p>\n<p>Convaincre le monde de participer \u00e9tait un autre grand d\u00e9fi                   et la responsabilit\u00e9 en fut donn\u00e9e au commissaire g\u00e9n\u00e9ral d&#8217;Expo                   Pierre Dupuy, un diplomate de carri\u00e8re recrut\u00e9 au minist\u00e8re                   des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Il visita 125 pays, rencontra 90 chefs                   d&#8217;\u00c9tat, se d\u00e9pla\u00e7a sur plus de 250 000 milles, mit tous les                   diplomates canadiens \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger \u00e0 contribution et eut un                   succ\u00e8s \u00e9norme.<\/p>\n<p>Dupuy, surnomm\u00e9 M. \u00c9nergie par son personnel, convainquit                   62 nations de participer, un nouveau record pour une foire                   mondiale, et ils vinrent de tous les coins de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>De tous les pavillons et expositions, deux sont des jalons                   qui ont saisi l&#8217;esprit futuriste de toute l&#8217;entreprise. Le                   premier \u00e9tait le d\u00f4me g\u00e9od\u00e9sique am\u00e9ricain, dessin\u00e9 par l&#8217;architecte,                   inventeur et visionnaire Buckminster Fuller. qui a \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9 Bucky&#8217;s                   Bubble (la Bulle de Bucky). Bien que certains aient trouv\u00e9 les                   expositions banales, la structure elle-m\u00eame \u00e9tait saisissante                   : une sph\u00e8re de 250 pieds de diam\u00e8tre et de 200 pieds de hauteur,                   grandiose comme une cath\u00e9drale. L&#8217;ext\u00e9rieur \u00e9tait construit                   en panneaux d&#8217;acrylique fix\u00e9s \u00e0 une charpente de tubes d&#8217;acier                   ressemblant \u00e0 un nid d&#8217;abeilles, et c&#8217;\u00e9tait transparent. Cela                   donnait au d\u00f4me &#8220;un air l\u00e9ger sugg\u00e9rant un conte de f\u00e9e&#8221;, d&#8217;apr\u00e8s                   l&#8217;auteur Pierre Berton, qui dit aussi : &#8220;la nuit, illumin\u00e9 de                   l&#8217;int\u00e9rieur, le d\u00f4me \u00e9tait vraiment une fantaisie&#8221;.<\/p>\n<p>L&#8217;autre structure qui est devenue un symbole de la foire qui                   perdure, c&#8217;est Habitat &#8217;67 de Moshe Safdie. Safdie, un architecte                   de 28 ans, n\u00e9 en Isra\u00ebl, qui avait grandi \u00e0 Montr\u00e9al, en avait                   con\u00e7u l&#8217;id\u00e9e dans sa th\u00e8se de ma\u00eetrise \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 McGill.                   Il s&#8217;agissait de 354 bo\u00eetes en b\u00e9ton pr\u00e9fabriqu\u00e9es qui \u00e9taient                   soulev\u00e9es avec des grues et d\u00e9pos\u00e9es \u00e7a et l\u00e0, ce qui donnait                   en tout 158 appartements. &#8220;Pratiquement tous les pr\u00e9c\u00e9dents,                   r\u00e8gles, coutumes, normes et usages sont enfreints par Habitat&#8221;, \u00e9crivait                   Ada Louise Huxtable dans le New York Times. Mais elle poursuivait                   en le d\u00e9crivant comme \u00e9tant &#8220;un exercice cons\u00e9quent et stup\u00e9fiant                   en logement exp\u00e9rimental&#8221;.<\/p>\n<p>Habitat &#8217;67 sert encore de domicile aujourd&#8217;hui et la plupart                   des unit\u00e9s sont la propri\u00e9t\u00e9 de particuliers. En 1976, un incendie                   a d\u00e9truit l&#8217;ext\u00e9rieur en acrylique du d\u00f4me de Fuller, mais                   il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 et la structure abrite actuellement un mus\u00e9e                   appel\u00e9 Biosph\u00e8re. Le parc d&#8217;attractions La Ronde continue \u00e0 fonctionner,                   mais rares sont les autres souvenirs physiques de l&#8217;Expo 67                   qui restent.<\/p>\n<p>Le temps a aussi effac\u00e9 une bonne partie de la bienveillance                   et de l&#8217;id\u00e9alisme qui ont rendu l&#8217;Expo possible. La crise d&#8217;octobre                   1970, l&#8217;\u00e9lection des gouvernements s\u00e9paratistes au Qu\u00e9bec,                   l&#8217;exode des Montr\u00e9alais anglophones et la chute de l&#8217;\u00e9conomie                   de Montr\u00e9al ont servi \u00e0 saper l&#8217;optimisme et la camaraderie                   qui avaient permis aux Canadiens d&#8217;\u00e9blouir le monde. &#8220;C&#8217;\u00e9tait                   une \u00e9poque tr\u00e8s int\u00e9ressante&#8221;, dit Beaubien qui aujourd&#8217;hui                   est \u00e2g\u00e9 de 80 ans. &#8220;Nos esprits se d\u00e9veloppaient.&#8221; Ainsi que                   notre sentiment de ce que cela voulait dire d&#8217;\u00eatre Canadien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dierdre McIlwraith avait 24 ans, elle \u00e9tait dipl\u00f4m\u00e9e de l&#8217;Universit\u00e9 Queen&#8217;s de Kingston (Ont.) et elle parlait fran\u00e7ais et espagnol couramment quand elle a obtenu du travail en tant que pr\u00e9pos\u00e9e au protocole \u00e0 la Compagnie canadienne de l&#8217;Exposition universelle de 1967, l&#8217;organisation qui a planifi\u00e9, construit et dirig\u00e9 l&#8217;Expo 67 \u00e0 Montr\u00e9al. 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