{"id":56,"date":"2007-05-01T21:53:29","date_gmt":"2007-05-02T02:53:29","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=56"},"modified":"2008-01-27T22:34:06","modified_gmt":"2008-01-28T03:34:06","slug":"le-gouvernement-federal-et-la-croix-rouge-canadienne-1939-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/05\/le-gouvernement-federal-et-la-croix-rouge-canadienne-1939-1945\/","title":{"rendered":"Le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral et la  Croix-Rouge canadienne, 1939-1945"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Dans un article paru pr\u00e9c\u00e9demment (La Croix-Rouge et                   la captivit\u00e9 de guerre, 1939-1945 juillet\/ao\u00fbt 2006), il \u00e9tait                   question de l&#8217;aide fournie par la Croix-Rouge canadienne aux                   prisonniers de guerre provenant du Commonwealth. Cependant,                   cet article ne pr\u00e9sentait que l&#8217;aboutissement, ou la partie                   visible d&#8217;un processus, soit l&#8217;aide en elle-m\u00eame. Il y \u00e9tait                   question, notamment, des &#8220;colis de vivres&#8221; et des autres m\u00e9canismes                   mis en place par l&#8217;institution humanitaire afin d&#8217;assurer la                   survie et le bien-\u00eatre des prisonniers.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article tentera, pour sa part, de d\u00e9mythifier quelques                   aspects de la litt\u00e9rature qui demeurent occult\u00e9s, soit les                   relations entre la Croix-Rouge canadienne et le gouvernement                   f\u00e9d\u00e9ral canadien. Effectivement, bien que le Mouvement de la                   Croix-Rouge&#8211;qui englobe toutes les soci\u00e9t\u00e9s nationales de                   la Croix-Rouge, ainsi que le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge&#8211;soit                   r\u00e9put\u00e9 pour son ind\u00e9pendance, sa neutralit\u00e9 et son impartialit\u00e9,                   des historiens r\u00e9visionnistes ont d\u00e9montr\u00e9 que les gouvernements                   avaient un contr\u00f4le important sur leur Croix-Rouge en temps                   de guerre. Cet article s&#8217;attardera donc \u00e0 d\u00e9montrer que la                   Croix-Rouge canadienne a elle aussi \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e par une autorit\u00e9 \u00e9tatique,                   soit le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral d&#8217;Ottawa et m\u00eame, parfois, utilis\u00e9e                   par lui \u00e0 des fins autres qu&#8217;humanitaires. En contrepartie,                   elle a \u00e9galement profit\u00e9 de sa collaboration.<\/p>\n<p>De toutes les relations politiques de la Croix-Rouge canadienne&#8211;soit                   les relations officielles entre l&#8217;institution caritative et                   d&#8217;autres entit\u00e9s, comme des organisations non gouvernementales                   (ONG) et gouvernementales&#8211;celles qu&#8217;elle a eues avec le gouvernement                   canadien ont probablement \u00e9t\u00e9 les plus d\u00e9terminantes. Ces liens                   ont pris une forme hi\u00e9rarchique souvent tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re et restrictive                   aux yeux des membres de l&#8217;institution humanitaire, au point                   de mettre en p\u00e9ril certaines activit\u00e9s, ou d&#8217;en transformer                   essentiellement la nature. Ce serait toutefois une erreur de                   croire que l&#8217;action gouvernementale \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la Croix-Rouge                   canadienne fut exclusivement limitative.<\/p>\n<p>Durant la guerre, bien que la Croix-Rouge canadienne ait notamment                   eu des liens avec les minist\u00e8res des Postes, des Finances et                   de la D\u00e9fense nationale, c&#8217;est toutefois le minist\u00e8re des Services                   nationaux de guerre, cr\u00e9\u00e9 en juillet 1940, qui fut son plus                   fr\u00e9quent interlocuteur. Ce minist\u00e8re \u00e9tait effectivement responsable,                   d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, de superviser et de coordonner l&#8217;activit\u00e9 des                   ONG canadiennes engag\u00e9es dans l&#8217;effort de guerre.<\/p>\n<p>Dans le cas de la Croix-Rouge canadienne, l&#8217;action gouvernementale                   a pris trois formes principales. D&#8217;abord, le gouvernement a                   sugg\u00e9r\u00e9 ou autoris\u00e9 la poursuite d&#8217;activit\u00e9s propres \u00e0 la Croix-Rouge                   dont il a par la suite assur\u00e9 la bonne marche par une supervision                   pointilleuse. Cette supervision s&#8217;est particuli\u00e8rement attard\u00e9e                   aux d\u00e9penses et au financement des activit\u00e9s de l&#8217;institution                   et, dans une moindre mesure, aux proc\u00e9d\u00e9s et \u00e0 l&#8217;efficacit\u00e9 des                   activit\u00e9s de l&#8217;institution. Ensuite, le gouvernement a collabor\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u0153uvre                   de l&#8217;institution en lui allouant des fonds et du mat\u00e9riel,                   en permettant des tarifs privil\u00e9gi\u00e9s de m\u00eame qu&#8217;en s&#8217;associant \u00e0 la                   collecte et au partage d&#8217;informations. Il s&#8217;est finalement                   attard\u00e9 \u00e0 assurer le respect, par toutes les ONG canadiennes                   concern\u00e9es, des limites des juridictions qui leur avaient \u00e9t\u00e9 respectivement                   confi\u00e9es. En contrepartie, il tirerait des avantages \u00e9vidents                   de sa &#8220;participation&#8221; aux activit\u00e9s de la Croix-Rouge canadienne.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&#8217;ind\u00e9pendance et l&#8217;impartialit\u00e9 dont elle jouissait,                   du moins officiellement, la Croix-Rouge canadienne a d\u00fb composer                   sans rel\u00e2che avec les agents gouvernementaux, que ce soit pour                   d\u00e9velopper des id\u00e9es ou pour leur donner suite. Plusieurs des                   activit\u00e9s et services r\u00e9alis\u00e9s par l&#8217;institution humanitaire                   l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 en r\u00e9ponse aux demandes ou aux propositions gouvernementales.                   Elle a donc rarement pu mener des activit\u00e9s sans passer par                   des pourparlers avec le gouvernement, qui s&#8217;assurait ainsi                   de pouvoir \u00e9viter tout gaspillage et toute d\u00e9pense injustifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Il s&#8217;assurait un droit de regard constant sur les activit\u00e9s                   men\u00e9es par l&#8217;institution. La mobilisation ad\u00e9quate de ses ressources                   humaines, mat\u00e9rielles et financi\u00e8res semblait justifier, dans                   un contexte de guerre totale, cette mani\u00e8re de proc\u00e9der. Cependant,                   si le gouvernement eut plusieurs initiatives et fut ouvert                   au compromis relativement aux activit\u00e9s concernant les prisonniers,                   il fut cependant plus pointilleux dans le domaine des finances                   (budgets et campagnes de financement).<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre, des discussions amen\u00e8rent                   le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 confier \u00e0 la Croix-Rouge canadienne                   l&#8217;organisation de tous les envois destin\u00e9s aux captifs canadiens,                   une activit\u00e9 effectu\u00e9e jusque-l\u00e0 par le gouvernement et la                   Croix-Rouge britanniques. Auparavant, la Croix-Rouge \u00e9tait                   plut\u00f4t restreinte \u00e0 un r\u00f4le m\u00e9dical aupr\u00e8s de la population                   canadienne et des soldats outre-mer. En cons\u00e9quence, l&#8217;institution                   caritative se vit allouer le droit de mettre sur pied les organes                   requis, et le devoir de veiller \u00e0 leur conformit\u00e9. Cette importante                   responsabilit\u00e9 de la Croix-Rouge canadienne&#8211;une activit\u00e9 qui                   co\u00fbterait \u00e0 l&#8217;institution la plus volumineuse part de ses budgets                   et les plus grands efforts de logistique et de mobilisation&#8211;est                   donc due \u00e0 l&#8217;instigation gouvernementale. La poursuite de cette                   \u0153uvre envers les prisonniers de guerre sera \u00e9galement                   soumise \u00e0 la                   volont\u00e9 gouvernementale \u00e0 plusieurs reprises. Vu l&#8217;importance                   des enveloppes budg\u00e9taires et des quantit\u00e9s de mat\u00e9riel requises,                   chaque hausse de la production de colis de vivres, par exemple, \u00e9tait                   impossible sans le concours des autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>L&#8217;origine et la poursuite des activit\u00e9s du Bureau d&#8217;investigation                   de la Croix-Rouge&#8211;responsable d&#8217;informer les parents sur le                   sort d&#8217;un soldat prisonnier ou disparu&#8211;\u00e0 Ottawa, constituent                   aussi des exemples int\u00e9ressants de relations avec le gouvernement.                   Le bureau n&#8217;entra en fonctions qu&#8217;apr\u00e8s de nombreuses n\u00e9gociations,                   et son acte fondateur fut un arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel. Le contr\u00f4le                   du bureau par le gouvernement \u00e9tait tel que, m\u00eame apr\u00e8s sa                   cr\u00e9ation officielle, il a d\u00fb retarder d&#8217;environ un mois le                   d\u00e9but de ses activit\u00e9s, faute d&#8217;avoir encore obtenu l&#8217;approbation                   du minist\u00e8re des Services nationaux de guerre quant au choix                   de ses travailleurs. Par la suite, le gouvernement y a maintenu                   un droit de regard en occupant deux des trois si\u00e8ges du Comit\u00e9 consultatif,                   lequel \u00e9tait compos\u00e9 des repr\u00e9sentants des Services nationaux                   de guerre, des Affaires ext\u00e9rieures et de la Croix-Rouge canadienne.<\/p>\n<p>Les actions envers les prisonniers tiraient donc fr\u00e9quemment                   leurs origines d&#8217;initiatives gouvernementales ou, \u00e0 tout le                   moins, d&#8217;initiatives conjointes. Le gouvernement a d\u00fb autoriser                   pratiquement chaque activit\u00e9 entreprise par l&#8217;institution avant                   qu&#8217;elle puisse devenir effective, et il en a ensuite supervis\u00e9 le                   d\u00e9roulement.<\/p>\n<p>Cela dit, la supervision \u00e9tatique fut encore plus d\u00e9cisive                   quant aux finances de l&#8217;organisme. \u00c0 ce sujet, les d\u00e9cisions                   gouvernementales furent s\u00e9v\u00e8res, selon l&#8217;institution humanitaire,                   et difficiles \u00e0 renverser. La Loi sur les charit\u00e9s de guerre                   de 1939 donnait un droit d&#8217;ing\u00e9rence dans le contr\u00f4le des budgets                   des ONG r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l&#8217;effort de guerre qu&#8217;il n&#8217;h\u00e9sita pas \u00e0 utiliser.                   Les budgets \u00e9taient soigneusement inspect\u00e9s par le minist\u00e8re                   des Services nationaux de guerre et les principales d\u00e9penses                   n&#8217;avaient lieu que quand l&#8217;autorit\u00e9 \u00e9tatique donnait son accord.<\/p>\n<p>La question qui revint le plus souvent concernait le nombre                   de colis de vivres que la Croix-Rouge canadienne pouvait d\u00e9frayer.                   Alors qu&#8217;elle visait constamment \u00e0 en fournir le plus grand                   nombre que lui permettaient ses budgets tout au long de la                   guerre, le gouvernement esp\u00e9rait voir les autres soci\u00e9t\u00e9s de                   la Croix-Rouge du Commonwealth en payer la plus grande part.                   Il souhaitait voir l&#8217;institution canadienne espacer ses campagnes                   de financement au maximum et se r\u00e9server ainsi le plus de fonds                   possibles pour la conduite de la guerre. On acceptait que la                   Croix-Rouge canadienne finance tous les colis destin\u00e9s \u00e0 des                   prisonniers canadiens, mais seule une toute petite quantit\u00e9 des                   colis d\u00e9fray\u00e9s pouvait \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 des prisonniers \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le des campagnes de financement \u00e9tait encore plus                   cat\u00e9gorique, n&#8217;influen\u00e7ant plus exclusivement l&#8217;action en faveur                   des captifs mais bien toute l&#8217;?uvre de guerre de l&#8217;institution.                   D&#8217;abord, les dates de d\u00e9but et de fin de ces campagnes, de                   m\u00eame que leurs objectifs, \u00e9taient soumis \u00e0 l&#8217;approbation gouvernementale.                   Ensuite, en 1941, le gouvernement tenta de forcer la Croix-Rouge \u00e0 participer \u00e0 une                   campagne de financement commune, \u00e0 laquelle toutes les ONG                   impliqu\u00e9es dans le conflit participeraient. La Croix-Rouge                   canadienne refusa, de peur de perdre son individualit\u00e9 et de                   voir les autres ONG amasser des fonds en profitant de sa cr\u00e9dibilit\u00e9.                   En cons\u00e9quence, la Croix-Rouge, qui avait men\u00e9 des campagnes                   de financement presque tous les deux ans durant la guerre,                   n&#8217;en mena pas en 1941. Afin de lui fournir les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 ses                   activit\u00e9s, le gouvernement lui autorisera cependant un pr\u00eat                   bancaire, lequel fut rapidement rembours\u00e9.<\/p>\n<p>Si le contr\u00f4le gouvernemental fut bien s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l&#8217;endroit                   de la Croix-Rouge canadienne, on peut croire qu&#8217;il l&#8217;\u00e9tait                   autant pour toutes les autres ONG du pays, ce qui semble justifiable                   dans un contexte o\u00f9 la victoire requiert la mobilisation de                   toutes les ressources. On constate aussi que des d\u00e9cisions                   qui semblaient inappropri\u00e9es, aux yeux de l&#8217;institution, purent \u00eatre                   renvers\u00e9es \u00e0 force d&#8217;argumentation. Cela dit, de nombreux minist\u00e8res                   ont n\u00e9anmoins contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;?uvre de l&#8217;institution.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, il en a \u00e9t\u00e9 question pr\u00e9c\u00e9demment, le ministre des                   Finances a consenti certains pr\u00eats \u00e0 l&#8217;institution. Ensuite,                   apr\u00e8s bien des tergiversations sur la l\u00e9galit\u00e9, pour la Croix-Rouge,                   de recevoir de l&#8217;argent de la part du gouvernement, il semble                   que ce dernier ait contribu\u00e9 financi\u00e8rement \u00e0 la production                   de colis de vivres. Le gouvernement a \u00e9galement consenti des                   tarifs sp\u00e9ciaux pour la conduite de certaines activit\u00e9s, comme                   le transport des denr\u00e9es au Canada et outremer, et pour la                   livraison des publications de l&#8217;institution. La contribution                   mat\u00e9rielle du gouvernement fut aussi grandement sollicit\u00e9e.                   Lorsque certaines denr\u00e9es manqu\u00e8rent, les rations du personnel                   militaire au Canada furent m\u00eame r\u00e9vis\u00e9es afin de lib\u00e9rer certaines                   quantit\u00e9s de nourriture en faveur des prisonniers. Et lorsque                   les infrastructures d&#8217;Europe, en mauvais \u00e9tat, ne permirent                   plus d&#8217;acheminer les denr\u00e9es aux prisonniers, le gouvernement                   donna \u00e0 la Croix-Rouge 50 camions pour qu&#8217;elle les utilise \u00e0 cette                   fin. Finalement, le partage d&#8217;information \u00e9tait essentiel \u00e0 l&#8217;existence                   du Bureau d&#8217;investigation de la Croix-Rouge. D\u00e8s l&#8217;ouverture                   du bureau, des relations ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies avec les minist\u00e8res                   des Affaires ext\u00e9rieures, des Services nationaux de guerre,                   de la D\u00e9fense nationale, des Transports et des Postes, qui                   fournirent bien souvent des informations privil\u00e9gi\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces quelques exemples ne pourraient r\u00e9sumer \u00e0 eux seuls tous                   les types de coop\u00e9ration entre l&#8217;institution et l&#8217;\u00c9tat durant                   les six longues ann\u00e9es de guerre. Cependant, le gouvernement,                   dans un contexte de guerre totale lui donnant la l\u00e9gitimit\u00e9 et                   le pouvoir d&#8217;intervenir dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 fut,                   pour la Croix-Rouge canadienne, un alli\u00e9 inestimable. Malgr\u00e9 un                   contr\u00f4le parfois s\u00e9v\u00e8re, l&#8217;implication gouvernementale fut                   donc d\u00e9terminante dans la conduite des activit\u00e9s de l&#8217;institution,                   et des avantages notables en ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s. Cette relation                   s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e sur une base hi\u00e9rarchique indiscutable, quoique                   l&#8217;argumentation, voire le harc\u00e8lement, par les membres de l&#8217;institution                   humanitaire et d&#8217;autres intervenants, permirent le renversement                   de d\u00e9cisions gouvernementales douteuses \u00e0 leurs yeux.<\/p>\n<p>Le gouvernement semble avoir lui aussi profit\u00e9 de ses relations                   avec la Croix-Rouge, bien que les meilleurs exemples d\u00e9passent                   toutefois l&#8217;action men\u00e9e aupr\u00e8s des prisonniers de guerre provenant                   du Commonwealth. Effectivement, le gouvernement canadien a                   attach\u00e9 beaucoup d&#8217;importance \u00e0 l&#8217;indication de la provenance                   des colis de vivres (donn\u00e9s ou vendus, ces colis \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement                   transmis par l&#8217;interm\u00e9diaire de la Croix-Rouge britannique                   et du Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge) de fa\u00e7on \u00e0 ce                   que les pays concern\u00e9s en soient parfaitement inform\u00e9s; c&#8217;est                   particuli\u00e8rement vrai dans le cas de la France Libre. Des instructions                   pr\u00e9cises \u00e9taient donn\u00e9es afin que les caisses soient identifi\u00e9es                   aux couleurs de la Croix-Rouge canadienne. Il \u00e9tait per\u00e7u par                   le gouvernement que ce cr\u00e9dit serait favorable \u00e0 la conduite                   de la guerre. On pensait aussi que les populations alli\u00e9es                   sous le joug de l&#8217;ennemi, et dont les soldats prisonniers avaient \u00e9t\u00e9 aid\u00e9s                   par le Canada, coop\u00e9reraient beaucoup plus avec la force d&#8217;invasion,                   lorsque la reconqu\u00eate aurait lieu. On croyait \u00e9galement que                   les pays aid\u00e9s pourraient ultimement &#8220;lui revaudraient&#8221; dans                   l&#8217;apr\u00e8s-guerre. Au niveau du front int\u00e9rieur, le travail accompli                   par la Croix-Rouge aupr\u00e8s des prisonniers de guerre a certainement                   contribu\u00e9 \u00e0 rassurer leurs parents, et a ainsi pu jouer un                   r\u00f4le quasi propagandiste, en d\u00e9montrant \u00e0 la population que                   l&#8217;\u00c9tat et la Croix-Rouge ma\u00eetrisaient bien la situation.<\/p>\n<p>En somme, les buts du gouvernement, en ce qui concerne la                   Croix-Rouge canadienne, \u00e9taient loin d&#8217;\u00eatre exclusivement humanitaires.                   Ce dernier \u00e9tait \u00e9galement \u00e0 la recherche de capital politique                   sur le plan international, et m\u00eame d&#8217;objectifs strat\u00e9giques                   et tactiques. Le gouvernement a donc grandement profit\u00e9 des                   activit\u00e9s de la Croix-Rouge canadienne, qu&#8217;il a su modeler                   ou presque, selon certains de ses besoins.<\/p>\n<p>\u00c0 un autre niveau, en confiant \u00e0 un organisme b\u00e9n\u00e9vole des                   t\u00e2ches n\u00e9cessaires pour lesquelles il aurait d\u00fb, en d&#8217;autres                   circonstances, payer un fort prix, le gouvernement s&#8217;est assur\u00e9 des \u00e9conomies                   importantes, puisque l&#8217;argent d\u00e9pens\u00e9 par la Croix-Rouge provenait,                   dans sa plus grande partie, de la population, et non pas des                   coffres de l&#8217;\u00c9tat. Comme l&#8217;institution caritative faisait aussi                   appel \u00e0 des b\u00e9n\u00e9voles pour les activit\u00e9s de transformation                   et d&#8217;empaquetage, le gouvernement \u00e9conomisait en n&#8217;ayant pas \u00e0 payer                   lui-m\u00eame une main-d&#8217;\u0153uvre salari\u00e9e. Le co\u00fbt de la collaboration                   du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral canadien aux activit\u00e9s de la Croix-Rouge                   lui a ainsi \u00e9t\u00e9 remis, d&#8217;une autre mani\u00e8re, au quintuple, et                   il en a tir\u00e9 des avantages politiques, militaires et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Des effets sociaux d\u00e9couleraient \u00e9galement des activit\u00e9s de                   la Croix-Rouge canadienne. Effectivement, en aidant les prisonniers                   de guerre \u00e0 satisfaire leurs besoins primaires et certains                   besoins secondaires, l&#8217;institution humanitaire les a aid\u00e9s \u00e0 survivre                   et peut-\u00eatre m\u00eame \u00e0 ressentir un relatif bien-\u00eatre dans des                   conditions autrement plus p\u00e9nibles encore. \u00c0 plus long terme,                   ces prisonniers ont pu garder moins de s\u00e9quelles de leur captivit\u00e9,                   et r\u00e9int\u00e9grer plus facilement la vie civile. En bonne sant\u00e9 physique,                   ils auront b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;une meilleure esp\u00e9rance de vie, et en                   bonne sant\u00e9 mentale, d&#8217;une vie plus heureuse. En cons\u00e9quence,                   les prisonniers &#8220;r\u00e9chapp\u00e9s&#8221; par la Croix-Rouge ont \u00e9t\u00e9 un fardeau                   bien moindre pour l&#8217;\u00c9tat, apr\u00e8s la guerre. On put donc compter                   sur des rapatri\u00e9s en meilleur \u00e9tat, qui co\u00fbteraient moins cher \u00e0 la                   soci\u00e9t\u00e9 et participeraient davantage au bien commun.<\/p>\n<p>En conclusion, la Croix-Rouge canadienne n&#8217;\u00e9tait pas aussi                   ind\u00e9pendante qu&#8217;on veut bien le faire croire. En effet, le                   gouvernement a eu sur elle une influence importante, et il                   faut avouer que ces initiatives ont grandement contribu\u00e9 \u00e0 faire                   de l&#8217;aide en faveur des prisonniers de guerre ce qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9.                   La collaboration en mati\u00e8re de financement, de mat\u00e9riel, de                   logistique et d&#8217;information a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans la poursuite                   et la bonne marche de l&#8217;\u0153uvre. Et bien que le gouvernement                   ait contr\u00f4l\u00e9 de tr\u00e8s pr\u00e8s les activit\u00e9s de l&#8217;institution, l&#8217;argumentation                   et la n\u00e9gociation ont souvent permis \u00e0 l&#8217;organisme de faire                   valoir son point de vue, et de renverser favorablement certaines                   situations.<\/p>\n<p>En contrepartie \u00e0 tous ses efforts, le gouvernement canadien                   a r\u00e9colt\u00e9 des profits importants et nombreux. D&#8217;abord, il a                   fait des \u00e9conomies mat\u00e9rielles et financi\u00e8res importantes,                   en faisant effectuer par la Croix-Rouge et ses b\u00e9n\u00e9voles des                   ouvrages qui lui auraient autrement co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher. Puis il                   a gagn\u00e9 des avantages tactiques et strat\u00e9giques, en faisant                   bonne impression aux yeux des populations alli\u00e9es des pays                   occup\u00e9s par l&#8217;ennemi. Cette reconnaissance, \u00e0 plus long terme                   et au niveau des relations entre \u00c9tats, a pris ensuite la forme                   de capital politique sur la sc\u00e8ne internationale. Au Canada,                   cette bonne impression a contribu\u00e9 \u00e0 rehausser le moral de                   la population et l&#8217;a incit\u00e9e \u00e0 s&#8217;impliquer davantage dans la                   prochaine victoire. Finalement, le gouvernement s&#8217;est affranchi                   d&#8217;un important fardeau en pouvant compter sur des prisonniers                   rapatri\u00e9s en meilleure sant\u00e9 physique et mentale, qui pourraient                   eux-m\u00eames participer, \u00e0 la pleine mesure de leurs capacit\u00e9s, \u00e0 la                   soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ces quelques faits et interpr\u00e9tations, il                   devient clair que la Croix-Rouge canadienne n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9&#8211;et                   de loin&#8211;affranchie de tout contr\u00f4le \u00e9tatique durant les ann\u00e9es                   de guerre, puisque le gouvernement a maintenu un contr\u00f4le strict                   sur les activit\u00e9s de l&#8217;institution et qu&#8217;il a m\u00eame tir\u00e9 profit                   d&#8217;activit\u00e9s dont le but avou\u00e9 \u00e9tait d&#8217;abord et avant tout humanitaire.                   Une question demeure donc : pourquoi les liens unissant gouvernement                   et Croix-Rouge continuent-ils d&#8217;\u00eatre n\u00e9glig\u00e9s de l&#8217;historiographie,                   et pourquoi l&#8217;entretien du mythe d&#8217;une Croix-Rouge ind\u00e9pendante                   de tout contr\u00f4le \u00e9tatique rev\u00eat-il autant d&#8217;importance, aux                   yeux de ses membres?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un article paru pr\u00e9c\u00e9demment (La Croix-Rouge et la captivit\u00e9 de guerre, 1939-1945 juillet\/ao\u00fbt 2006), il \u00e9tait question de l&#8217;aide fournie par la Croix-Rouge canadienne aux prisonniers de guerre provenant du Commonwealth. Cependant, cet article ne pr\u00e9sentait que l&#8217;aboutissement, ou la partie visible d&#8217;un processus, soit l&#8217;aide en elle-m\u00eame. 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