{"id":519,"date":"2010-09-02T13:14:38","date_gmt":"2010-09-02T17:14:38","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=519"},"modified":"2010-09-02T09:15:39","modified_gmt":"2010-09-02T13:15:39","slug":"le-combat-pour-salavat-partie-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2010\/09\/le-combat-pour-salavat-partie-4\/","title":{"rendered":"Le combat pour Salavat -Partie 4"},"content":{"rendered":"<h2>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"Les ain\u00e9s du village s\u2019assemblent \u00e0 la choura. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanLead.jpg\" alt=\"Les ain\u00e9s du village s\u2019assemblent \u00e0 la choura. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"630\" height=\"236\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les ain\u00e9s du village s\u2019assemblent \u00e0 la choura. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/h2>\n<h2>La confiance des Afghans hasard\u00e9e<\/h2>\n<p><strong>La pr\u00e9sente est la quatri\u00e8me partie de notre reportage sur les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par une petite unit\u00e9 canadienne dans le but de gagner la confiance des habitants d\u2019un village situ\u00e9 au c\u0153ur du pays des talibans, en automne dernier. Le 1er Peloton de la Compagnie alpha de la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry se trouve \u00e0 Salavat depuis une semaine et demie, log\u00e9 dans l\u2019enceinte d\u2019une petite \u00e9cole \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du village. Il lutte pour accrocher les villageois quelque peu hostiles du centre du district de Panjwai, l\u2019endroit le plus dangereux de la province de Kandahar pour les Canadiens.<\/strong><br \/>\n<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Jour 9 \u2013 Une choura n\u2019a pas lieu et une mission de d\u00e9minage vers l\u2019est est pr\u00e9cipit\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es que les Forces canadiennes font la guerre en Afghanistan, des choses se sont am\u00e9lior\u00e9es dans le domaine des op\u00e9rations. Il y a des h\u00e9licopt\u00e8res canadiens pour le transport des troupes et des approvisionnements, par exemple; moins de Canadiens\u00a0 meurent donc dans les convois le long des sentiers parsem\u00e9s de bombes dans l\u2019arri\u00e8re-pays. Et le militaire lui-m\u00eame semble s\u2019\u00eatre mieux adapt\u00e9 aux exigences extraordinaires de la guerre. En 2006, beaucoup de soldats et de dirigeants semblaient dispos relativement \u00e0 la complexit\u00e9 du conflit et enclins \u00e0 une sorte d\u2019optimisme bureaucratique : on pourrait appeler cela l\u2019influence du commandement. C\u2019\u00e9tait une tendance qu\u2019avaient certains, d\u2019ignorer les difficult\u00e9s apparentes et, insouciants, de transmettre les bonnes nouvelles \u00e0 la chaine de commandement, apparemment dans le but de se faire valoir. Bien qu\u2019on m\u2019ait assur\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une vieille tradition militaire \u2014 rien de plus qu\u2019une sorte de carri\u00e9risme incons\u00e9quent \u2014 les probl\u00e8mes qui en r\u00e9sultaient sur le terrain \u00e9taient s\u00e9rieux\u00a0: si tout un chacun ne communiquait que les bonnes nouvelles \u00e0 ses sup\u00e9rieurs, les politiques et les directives en sens inverse ne risquaient pas d\u2019\u00eatre tr\u00e8s judicieuses pour la situation telle qu\u2019elle \u00e9tait r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien de mal \u00e0 dire qu\u2019actuellement les Forces canadiennes, ou tout au moins les membres de la PPCLI, prennent tr\u00e8s au s\u00e9rieux le devoir de percevoir et de rapporter la situation r\u00e9elle, quel qu\u2019en soit le degr\u00e9 d\u2019atrocit\u00e9 ou de futilit\u00e9.<\/p>\n<p>Le mardi 20 octobre 2009, la situation \u00e0 la maison de peloton, \u00e0 Salavat, \u00e9tait des plus futiles. Le capitaine Bryce Talsma, commandant facile \u00e0 vivre du peloton, avait choisi ce jour-l\u00e0 pour essayer de r\u00e9unir les ain\u00e9s du village pour la premi\u00e8re fois\u00a0: d\u2019organiser une choura, comme on dit l\u00e0-bas. Mais \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019influence des Canadiens chez les villageois \u00e9tait, pour l\u2019instant, inexistante, dirait-on, rares \u00e9taient les membres du 1er Peloton qui avaient bon espoir que les villageois se montrent \u00e0 la base canadienne.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le 1er Peloton rencontre des r\u00e9sidants de Salavat [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset1.jpg\" alt=\"Le 1er Peloton rencontre des r\u00e9sidants de Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"275\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le 1er Peloton rencontre des r\u00e9sidants de Salavat. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le caporal John Little, ambassadeur amical du peloton sur qui on pouvait compter pour \u00e9gayer la compagnie, commen\u00e7a la ma\u00adtin\u00e9e en s\u2019asseyant sur le sable chaud au milieu de l\u2019enceinte de l\u2019\u00e9cole, et se mit \u00e0 jouer son nouveau r\u00f4le de devin militaire pour amuser un petit groupe de soldats. \u00ab Il y a 40 p. 100 de probabilit\u00e9s d\u2019hostilit\u00e9s aujourd\u2019hui, dit-il gravement pour se moquer des m\u00e9t\u00e9orologues, avec une possibilit\u00e9 d\u2019embuscade \u00e0 la grenade propuls\u00e9e par fus\u00e9e qui se d\u00e9gagera en soir\u00e9e et de la mise en place d\u2019EEI au cours de la nuit. Aucune possibilit\u00e9 de choura ce matin. \u00bb<\/p>\n<p>Bien que les d\u00e9tails expliquant pourquoi la choura n\u2019aura pas lieu \u00e9taient c\u00e9d\u00e9s au domaine des rumeurs (principalement que le commandant de l\u2019Arm\u00e9e national afghane (ANA), le lieute\u00adnant Saed, avait dit aux ain\u00e9s de ne pas venir; ou que les talibans leur avaient dit de ne pas venir, ou les deux, ou que c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose), les soldats n\u2019en tenaient pas vraiment compte. La seule partie qui avait de l\u2019importance, c\u2019\u00e9tait qu\u2019une section au grand complet avait \u00e9t\u00e9 pr\u00eate depuis l\u2019aube pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 de quelque chose qui n\u2019avait pas eu lieu, bien entendu, mais qui n\u2019avait \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e officiellement que juste avant le diner.<\/p>\n<p>Le sergent Dwayne MacDougall mena une r\u00e9vision post\u00e9\u00adrieure au combat simul\u00e9e apr\u00e8s que sa section se fut tenue pr\u00eate dans le stationnement chaud et poussi\u00e9reux pendant des heures.<\/p>\n<p>Le caporal-chef Shane Stackpole fut le premier \u00e0 donner son avis : \u00ab Au r\u00e9veil, on nous a ordonn\u00e9 de nous \u00e9quiper. \u00c7a s\u2019est bien pass\u00e9. Vous vous \u00eates tous bien comport\u00e9s. Ensuite, on a fait le pied de grue pendant quatre heures, alors que la mission fut chang\u00e9e ou annul\u00e9e trois fois. Un bon boulot, l\u00e0 aussi. On a peut-\u00eatre trop attendu debout, on se serait probablement affai\u00adblis si on avait d\u00fb attendre encore longtemps. On va travailler \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Les soldats de la section, amus\u00e9s, se pr\u00e9lassaient dans la chaleur \u00e9tourdissante en attendant d\u2019\u00eatre remerci\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 la d\u00e9rive dans un oc\u00e9an de confusion \u00bb, dit Talsma en passant au pas de course et d\u00e9montrant son penchant pour les citations sorties d\u2019on ne savait o\u00f9.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019ennemi, il \u00e9tait toujours dans les environs. Et les villageois n\u2019\u00e9taient toujours pas convaincus des bonnes intentions du 1er Peloton. Le moment \u00e9tait venu de partir en patrouille.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole o\u00f9 habite le peloton est situ\u00e9e au bord d\u2019une plaine broussailleuse et inhabit\u00e9e longue et s\u00e8che. \u00c0 un kilom\u00e8tre au nord se trouve le village de Mohajerin, o\u00f9 est situ\u00e9e une autre maison occup\u00e9e par un peloton canadien. Au sud, il y a Salavat et, au-del\u00e0, Nakhonay. \u00c0 l\u2019ouest se trouvent les abords habit\u00e9s de Bazaar-e-Panjwai, capitale du district. \u00c0 l\u2019est, il y a un enchainement de routes et de petits villages qui, \u00e0 ce moment-l\u00e0, \u00e9taient encore essentiellement inexplor\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi, le premier devoir \u00e9tait donc de fouiller la route vers l\u2019est \u00e0 la recherche de dispositifs explosifs : les bombes mises en place par l\u2019ennemi pour exploser si une cible anti-talibans se bala\u00addait \u00e0 leur port\u00e9e.<\/p>\n<p>La p\u00e9nible t\u00e2che du d\u00e9minage de la route fut confi\u00e9e \u00e0 l\u2019attachement du 1er R\u00e9giment de g\u00e9nie de combat command\u00e9 par le sergent Travis Bramble. Aller trainer le long du chemin de terre, d\u00e9tecteur de m\u00e9tal en main, \u00e0 la recherche de bombes de fabrication inconnue, peut-\u00eatre en plastique, ne pouvait pas \u00eatre tr\u00e8s amusant. Mais, curieusement, les sapeurs semblaient \u00eatre heureux de le faire.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le caporal John Little (\u00e0 g.) et le sergent Craig Donaldson. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset3.jpg\" alt=\"Le caporal John Little (\u00e0 g.) et le sergent Craig Donaldson. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"382\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le caporal John Little (\u00e0 g.) et le sergent Craig Donaldson. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Les d\u00e9tecteurs de bombes se mirent au travail et les gars de l\u2019infanterie se dispers\u00e8rent dans les champs. Quand un d\u00e9mineur tomba sur quelque chose qui avait d\u00e9clench\u00e9 son d\u00e9tecteur, Bramble recula d\u2019une dizaine de pieds pour s\u2019en \u00e9loigner. Ce n\u2019\u00e9tait pas grand-chose, mais \u00e7a en dit long sur ce qui doit se passer ici pour emp\u00eacher les blessures multiples ou la mort qu\u2019un seul engin pourrait provoquer.<\/p>\n<p>L\u2019infanterie et la presse se tenaient loin de la sc\u00e8ne, heureuses d\u2019observer et de commenter les proc\u00e9d\u00e9s pendant que le sapeur creusait le bas-c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la recherche d\u2019explosifs. \u00ab Ce qui est bien, c\u2019est qu\u2019on ne sentirait rien s\u2019il y en avait une qui nous frappait, dit le soldat Tom Bryson. Ce qu\u2019il y a de mal, c\u2019est qu\u2019on ferait partie de la soci\u00e9t\u00e9 des vaporis\u00e9s pourpres. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les longues recherches des sapeurs, toutefois, aucune bombe ne fut \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte et la patrouille quitta la route pour arriver aux alentours d\u2019un village : son premier objectif avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, le 1er Peloton avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s prudent autour des r\u00e9sidants de Salavat : chaque fois qu\u2019une patrouille tombait sur des gens de la place, elle les fouillait soigneusement avant de leur permettre de se m\u00ealer \u00e0 la patrouille. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le protocole fut abandonn\u00e9. Ensuite, au cr\u00e9puscule, apr\u00e8s \u00eatre revenue \u00e0 Salavat par le sud sans avoir vu qui que ce soit, la patrouille s\u2019est dirig\u00e9e vers le nord, \u00e0 travers le centre-ville. Au d\u00e9but, le caporal Little en avant, la patrouille prenait le temps de stopper chaque villageois, de le fouiller, de lui poser des questions, mais au bout d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s une heure, un m\u00e9lange d\u2019impatience et de confiance s\u2019installa et les Canadiens conduisirent essentiellement directement \u00e0 travers la ville en boue, parmi des hordes d\u2019Afghans qui se tenaient dans les rues \u00e9troites, \u00e9merveill\u00e9s par le d\u00e9fil\u00e9 d\u2019infid\u00e8les en blind\u00e9s.<\/p>\n<p>Bien que de s\u2019exposer au feu ennemi \u00e0 travers la ville ne faisait pas partie du protocole habituel, personne n\u2019en \u00e9tait vraiment responsable. John Little \u00e9tait en avant, comme il l\u2019\u00e9tait presque toujours, et s\u2019il y a une chose qui a pr\u00e9cipit\u00e9 la nouvelle technique de la patrouille, c\u2019est sa frustration croissante envers l\u2019interpr\u00e8te qui semblait incapable de transmettre de simples ordres aux villageois. \u00ab Tu ne transmets pas les instructions tr\u00e8s bien, n\u2019est-ce pas? \u00bb, Little cria \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te apr\u00e8s que le troisi\u00e8me Afghan d\u2019affil\u00e9e eut fait le contraire de ce qu\u2019on lui demandait.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Les sapeurs \u00e0 la chasse aux mines. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset4.jpg\" alt=\"Les sapeurs \u00e0 la chasse aux mines. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"414\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les sapeurs \u00e0 la chasse aux mines. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Outre les circonstances ayant trait \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te, il y avait la situation concernant Little lui-m\u00eame. Bien qu\u2019il ne sortait certainement pas de la norme, en tant que soldat, en ce qu\u2019il aimait l\u2019aventure p\u00e9rilleuse, Little semblait se lancer un peu trop vite vers le grabuge. Si la situation \u00e9tait dangereuse, Little s\u2019y trouvait presque certainement. Pourquoi en \u00e9tait-il ainsi? Myst\u00e8re. Peut-\u00eatre prenait-il la t\u00eate afin que personne d\u2019autre ne fut oblig\u00e9 de le faire, peut-\u00eatre avait-il des raisons personnelles de le faire, mais \u00e0 chaque patrouille, il \u00e9tait invariablement en avant, au front, servant de d\u00e9tecteur de mine autant que de guetteur d\u2019embuscade.<\/p>\n<p>On ne sera pas surpris de la farce que Little fit relativement \u00e0 sa tendance \u00e0 prendre des risques. \u00ab Je viens de m\u2019avouer vaincu \u00e0 ce voyage-ci, dit-il. On peut faire tellement de bonnes choses dans la vie quand on s\u2019est avou\u00e9 vaincu et qu\u2019on a accept\u00e9 la mort. On a des pouvoirs sp\u00e9ciaux.<\/p>\n<p>Par la suite, le major de la Compagnie alpha, Ryan Jurkowski, prit quelques instants pour expliquer pourquoi, d\u2019apr\u00e8s lui, les op\u00e9rations devraient aller lentement \u00e0 Salavat. \u00ab On attend le bon moment pour voir ce qu\u2019on peut faire pour les aider davantage. On attend qu\u2019il y ait un bon \u00e9quilibre entre la confiance et la pr\u00e9sence imposante de l\u2019ANA pour voir exactement ce qu\u2019on peut faire pour Salavat.<\/p>\n<p>\u00ab En attendant, on a un impact sur les op\u00e9rations de l\u2019ennemi. On voit beaucoup d\u2019intimidation chez les gens des communaut\u00e9s environnantes. On essaie de cibler \u00e7a et de le supprimer. \u00c0 un moment donn\u00e9 les insurg\u00e9s d\u00e9cideront soit de se frotter \u00e0 nos voies de communication, soit de s\u2019en aller, soit tout simplement de nous laisser tranquilles. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"L\u2019ain\u00e9 de Salavat Hajji Pir Mohammed prend la parole \u00e0 la choura. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset5.jpg\" alt=\"L\u2019ain\u00e9 de Salavat Hajji Pir Mohammed prend la parole \u00e0 la choura. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"773\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>L\u2019ain\u00e9 de Salavat Hajji Pir Mohammed prend la parole \u00e0 la choura. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Jour 10 \u2014 Une choura a vraiment lieu et Saed montre, plus ou moins, son patriotisme envers l\u2019Afghanistan<\/strong><\/p>\n<p>La journ\u00e9e commen\u00e7a t\u00f4t par une vraie trag\u00e9die : deux des seaux qui servaient de latrines ont \u00e9t\u00e9 vol\u00e9s pendant la nuit ou tr\u00e8s t\u00f4t le matin. Au d\u00e9but, on soup\u00e7onna la police nationale afghane (PNA), qui avait sembl\u00e9, \u00e0 un moment donn\u00e9, jouer son r\u00f4le dans la choura qui \u00e9tait pr\u00e9vue. Les soup\u00e7ons rest\u00e8rent fix\u00e9s sur la PNA pendant la journ\u00e9e, mais les sceaux ne furent pas retrouv\u00e9s.<\/p>\n<p>La PNA \u00e9tait ici, finalement, pour servir d\u2019escorte \u00e0 Hajji Baran, le dirigeant du district de Panjwai, homme corpulent \u00e0 forte barbe et habill\u00e9 d\u2019une bure immense qui, curieusement, faisait les cent pas sur le toit de la petite \u00e9cole blanche. On ne savait pas vraiment comment il \u00e9tait mont\u00e9 l\u00e0-haut.<\/p>\n<p>Un petit groupe de soldats l\u2019observait, se demandant pourquoi un personnage tr\u00e8s en vue comme lui se trouvait sur le toit de leur dortoir. \u00ab \u00c7a, c\u2019est \u00e9trange, dit le caporal-chef Guilmane, ce n\u2019est pas normal. \u00bb Il se tourne vers un autre soldat. \u00ab Je l\u2019ai vu monter, mais je n\u2019ai rien fait. Je me suis dit que quelqu\u2019un devait \u00eatre au courant de ce qui se passait. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le lieutenant Saed prononce son discours et le capitaine Talsma (au premier plan) et Hajji Baran l\u2019\u00e9coutent. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset6.jpg\" alt=\"Le lieutenant Saed prononce son discours et le capitaine Talsma (au premier plan) et Hajji Baran l\u2019\u00e9coutent. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"380\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le lieutenant Saed prononce son discours et le capitaine Talsma (au premier plan) et Hajji Baran l\u2019\u00e9coutent. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Il est probablement en train de scruter la place \u00bb, dit un autre soldat.<\/p>\n<p>Baran est descendu du toit peu apr\u00e8s, toutefois, lorsqu\u2019une vague d\u2019excitation traversa la maison du peloton : des ain\u00e9s afghans s\u2019approchaient de la base. Il semblait que la choura allait avoir lieu.<\/p>\n<p>Ce fut un faux d\u00e9part. Baran et Talsma sortirent \u00e0 la rencontre des Afghans \u00e0 barbe blanche venant de Mohajerin, en traversant les champs vers le nord.<\/p>\n<p>Baran commen\u00e7a par les gronder. \u00ab Pourquoi n\u2019\u00eates-vous que trois? Je suis ici, alors tous les ain\u00e9s de votre village devraient \u00eatre ici pour me voir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il y a beaucoup d\u2019animaux malfaisants dans le village, r\u00e9pondit l\u2019un d\u2019eux. Les autres ont peur \u00bb. Un des hommes montra une lettre des talibans qui avait \u00e9t\u00e9 clou\u00e9e \u00e0 une porte pendant la nuit. D\u2019apr\u00e8s le traducteur, la lettre mena\u00e7ait de mort tout villageois qui assisterait \u00e0 la choura.<\/p>\n<p>Baran ne se laissa pas impressionner. Il leur dit d\u2019expulser les insurg\u00e9s de leur village.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne peux pas cr\u00e9er la s\u00e9curit\u00e9, r\u00e9pondit un des villageois. C\u2019est \u00e0 vous de le faire \u00bb, dit-il en indiquant Baran et les Canadiens de la main.<\/p>\n<p>Baran resta insensible. Il les gronda longuement \u00e0 propos de la l\u00e2chet\u00e9 de leur village et puis les renvoya sans c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p>La choura ayant \u00e9videmment pris fin avant m\u00eame de commencer, Talsma salua de la t\u00eate les hommes qui s\u2019en allaient et Baran bougonna \u00e0 propos de sa fiert\u00e9. Talsma semblait s\u2019habituer \u00e0 l\u2019inattendu et commencer \u00e0 prendre plaisir aux surprises et aux d\u00e9ceptions.<\/p>\n<p>Il se tourna vers moi : \u00ab Comment vont tes espoirs? \u00bb me demanda-t-il.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais m\u00eame pas ce que ce mot signifie ici \u00bb, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n<p>Il se mit \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir un instant. \u00ab Quand la boite de Pandore a \u00e9t\u00e9 ouverte et que toutes les horreurs ont infest\u00e9 le monde, tout ce qui restait, c\u2019\u00e9tait l\u2019espoir. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019en suis rest\u00e9 muet. Il me sourit et partit faire je ne sais quoi, probablement planifier une autre choura.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 la base, Baran et son \u00e9quipe qu\u2019on soup\u00e7onnait d\u2019avoir vol\u00e9 les sceaux r\u00e9chauffaient leurs camionnettes fauves en pr\u00e9vision d\u2019un d\u00e9part rapide. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que quelqu\u2019un dans une des tours de guet attira l\u2019attention sur 30 \u00e0 40 Afghans, au sud, qui venaient vers la base. Les ain\u00e9s de Salavat venaient parlementer.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"La caporale infirmi\u00e8re Becky Hudson examine un villageois pendant la patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset7.jpg\" alt=\"La caporale infirmi\u00e8re Becky Hudson examine un villageois pendant la patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"334\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La caporale infirmi\u00e8re Becky Hudson examine un villageois pendant la patrouille. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Il s\u2019agissait d\u2019un d\u00e9nouement capital. Plusieurs semaines apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Canadiens \u2014 le Royal 22e avait \u00e9tabli la base et l\u2019avait d\u00e9fendue pendant l\u2019\u00e9t\u00e9 et le d\u00e9but de l\u2019automne \u2014 il y avait toujours fort peu d\u2019indications que les villageois coop\u00e8reraient, mais 10 jours apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du 1er Peloton, les ain\u00e9s \u00e9taient venus conf\u00e9rer.<\/p>\n<p>Talsma organisa rapidement un d\u00e9tachement de r\u00e9ception et se mit \u00e0 pr\u00e9parer une aire de rencontre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la base, dans un champ abandonn\u00e9.<\/p>\n<p>Les villageois y furent introduits. Des dizaines d\u2019Afghans \u00e0 barbe blanche s\u2019assirent \u00e0 m\u00eame le sol dur autour de Baran, Talsma et Saed. \u00ab Nous avons peur que les soldats de la FIAS (Force internationale d\u2019assistance \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9) tirent sur nos enfants \u00bb, dit un ain\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Dites aux insurg\u00e9s de ne pas se battre dans le village et \u00e7a n\u2019arrivera pas \u00bb, r\u00e9pondit Baran.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas la meilleure solution que de patrouiller \u00e0 travers le village comme ils le font \u00bb, dit un villageois en faisant un geste vers les Canadiens.<\/p>\n<p>\u00ab On ira o\u00f9 on veut, r\u00e9pondit Baran avec intransigeance. On peut installer des postes de contr\u00f4le o\u00f9 on veut. Personne ne peut nous en emp\u00eacher. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est probablement l\u2019attitude incendiaire de Baran qui amor\u00e7a la dispute et, peu apr\u00e8s, une bonne douzaine d\u2019ain\u00e9s criaient \u00e0 tue-t\u00eate, Baran hurlant tout autant qu\u2019eux. Les interpr\u00e8tes abandonn\u00e8rent leur besogne.<\/p>\n<p>Et puis une chose inattendue arriva : Saed prit les choses en main. Alors que Baran restait assis \u00e0 se chamailler avec les villageois, Saed se leva et pronon\u00e7a un discours de presque 20 mi\u00adnutes. Le discours, merveille de rh\u00e9torique, fut magistralement prononc\u00e9 : debout devant les villageois, le lieutenant de l\u2019ANA parlait d\u2019un ton furieux; il criait, lan\u00e7ait son chapeau par terre, gesticulait sauvagement; il montrait tout le charme de l\u2019homme fort.<\/p>\n<p>Le discours fit naitre des id\u00e9es int\u00e9ressantes sur le point de vue d\u2019un Afghan relativement au conflit, ce qui est assez rare pour qu\u2019on le remarque.<\/p>\n<p>\u00ab Croyez en Dieu! dit-il pour commencer. Ne croyez pas les mots des hommes. J\u2019\u00e9tais ici du temps des talibans et je me suis battu avec les Russes, et je suis ici maintenant.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019uniforme que je porte n\u2019est pas un uniforme am\u00e9ricain. C\u2019est mon uniforme. Je ne suis pas un l\u00e2che. Je sais que des Arabes, des Tch\u00e9tch\u00e8nes, des Pakistanais viennent ici, mais j\u2019ai assez de fiert\u00e9 pour ne pas les laisser vous intimider. Si vous avez des probl\u00e8mes, dites-moi o\u00f9 et qui, que je m\u2019en occupe. \u00bb<\/p>\n<p>Un des th\u00e8mes du discours de Saed \u00e9tait un plaidoyer pour l\u2019unit\u00e9 des Afghans afin d\u2019en arriver \u00e0 la paix et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. Il dit m\u00eame que, si les talibans gagnaient, il allait travailler pour eux. En m\u00eame temps, il argumentait contre les m\u00e9thodes brutales des talibans. \u00ab Le taliban n\u2019a rien d\u2019\u00e9trange \u00e0 mes yeux. Il est afghan. Il est ma main, mon bras, mon genou, une partie de ma culture, mon peuple, quoi qu\u2019il advienne. Si un taliban fait des choses pour soutenir sa famille, qu\u2019il vienne nous voir et nous le soutiendrons. Nous vous donnerons des emplois. Vous n\u2019\u00eates pas oblig\u00e9s de d\u00e9truire votre village et vos gens.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le sergent Dwayne MacDougall s\u2019entretient avec une personne de la place. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AfghanInset8.jpg\" alt=\"Le sergent Dwayne MacDougall s\u2019entretient avec une personne de la place. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"489\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le sergent Dwayne MacDougall s\u2019entretient avec une personne de la place. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Nous n\u2019avons pas peur des talibans. J\u2019ai des gens \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s qui sont de braves gens, et je mettrai un soldat dans chaque maison s\u2019il le faut. Et s\u2019ils veulent encore venir, ils devront passer \u00e0 travers moi. Je suis pr\u00eat au sacrifice. On ne devrait pas avoir peur de ces talibans. On n\u2019a peur que de Dieu. On n\u2019a pas peur des hommes qui d\u00e9truisent les \u00e9coles et qui tuent les gens. Ce n\u2019est pas \u00e7a, l\u2019islam. Ce n\u2019est pas un djihad. Le Coran ne dit pas de faire \u00e7a.<\/p>\n<p>\u00ab Dieu ne m\u2019a pas donn\u00e9 le pouvoir de tuer des enfants ou la police ou l\u2019ANA. M\u00eame en tant que talibans, si vous arrivez \u00e0 prendre le pouvoir demain, n\u2019avez-vous pas besoin de l\u2019ANA? de la PNA? Alors pourquoi nous tuez-vous? On est tous afghans. \u00bb<\/p>\n<p>Les villageois rest\u00e8rent assis silencieusement pendant que Saed parlait. Et le temps passait. Il attaqua les talibans sur \u00e0 peu pr\u00e8s tous les fronts, argumentant m\u00eame que l\u2019argent \u00e9tait leur principal int\u00e9r\u00eat. \u00ab Si les talibans veulent r\u00e9ussir quelque chose, pourquoi ne viennent-ils pas ici me parler? Laissez-les venir; on discutera. Nous avons notre fiert\u00e9. Nous avons notre histoire. Mais quand on voit de l\u2019argent, on s\u2019attendrit. On se vend les uns les autres pour de l\u2019argent. Les talibans, c\u2019est moi; c\u2019est mon p\u00e8re, mon oncle, mon fr\u00e8re. Peut-\u00eatre qu\u2019ils sont forc\u00e9s de faire \u00e7a. Ils le font pour de l\u2019argent. Ce n\u2019est pas \u00e7a, un djihad. Les talibans font \u00e7a pour leurs poches; \u00e7a ne fait pas partie de l\u2019islam. Ils font le djihad pour se remplir les poches sur le dos de l\u2019islam. Peu importe combien d\u2019argent vous gagnez, ou ce que vous faites, en fin de compte vous allez mourir et le jour o\u00f9 vous vous trouverez devant Dieu, qu\u2019est-ce que vous allez lui dire \u00e0 propos de votre vie?<\/p>\n<p>\u00ab Gens de Salavat, je vous en supplie, ne faites pas de la religion une partie de vos affaires, ne vous servez pas de votre religion pour gagner de l\u2019argent. Dieu ne vous en sera pas reconnaissant et vous n\u2019aurez rien \u00e0 lui dire. Vous n\u2019irez pas au paradis. Tout le monde est venu nous bombarder, que ce soient les pays de l\u2019Ouest ou les talibans. Ils veulent faire un paradis en Afghanistan. Je ne veux pas de ce paradis.<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce djihad? Allez-vous couper la t\u00eate aux innocents? Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce djihad? Le proph\u00e8te n\u2019a jamais dit de faire des kamikazes dans le bazar, de tuer des femmes et des enfants innocents. Ce n\u2019est pas \u00e7a, l\u2019islam. Et si je mens, que quelqu\u2019un se l\u00e8ve et le dise. \u00bb<\/p>\n<p>Dans une partie de son discours qui, une fois traduit, fit r\u00e9fl\u00e9chir quelques officiers canadiens, Saed fit plusieurs promesses aux villageois qui \u00e9taient essentiellement impossibles \u00e0 tenir.\u00a0 \u00ab Je sais que tout le monde a une arme, et si vous n\u2019en avez pas, venez me voir et je vous en donnerai une, a-t-il dit. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit que j\u2019apporterai la lumi\u00e8re \u00e0 chaque maison et si \u00e7a ne se produit pas, je ne construirai pas un seul mur. \u00bb<\/p>\n<p>Dans la derni\u00e8re partie de son discours, Saed adressa un\u00a0 ultimatum aux villageois. Ce n\u2019\u00e9tait pas exactement une me\u00adnace, c\u2019\u00e9tait une instruction : ils allaient devoir arr\u00eater leur double jeu et choisir qui appuyer. \u00ab Je suis ici pour votre s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est votre droit. Demandez vos droits et vous les obtiendrez. Exigez-les. Prenons tous la m\u00eame voie. Faisons encore plus d\u2019efforts. Quant \u00e0 ces \u00e9trangers, ces FIAS, ils sont venus vous aider. Nous les avons invit\u00e9s \u00e0 venir ici. Le pr\u00e9sident Hamid Karzai les a invit\u00e9s. S\u2019ils \u00e9taient ici pour prendre le pays par la force, moi aussi je serais du c\u00f4t\u00e9 des talibans pour lutter contre eux.<\/p>\n<p>\u00ab Quoi que vous fassiez, la chose la plus importante de l\u2019islam, c\u2019est que vous ne mentiez pas. Ici, du plus jeune de nos enfants jusqu\u2019\u00e0 nos ain\u00e9s, nous mentons tous les jours. On dit des mensonges. C\u2019est mal. Vous me mentez. Vous me trompez. Soyez bons envers moi, ou soyez m\u00e9chants envers moi, que je sache qui est mon ennemi. Vous devez prendre une d\u00e9cision : vous \u00eates avec nous ou contre nous. Je pourrai alors voir mon ennemi et me battre avec lui. Vous devez vous mettre d\u2019accord \u00e0 propos de ce que vous allez faire. Si vous n\u2019\u00eates pas contents de ce que j\u2019ai dit, vous pouvez me tirer dessus. \u00bb<\/p>\n<p>Et sur ce, Saed s\u2019assit. Les villageois gard\u00e8rent le silence quelques instants. D\u2019apr\u00e8s l\u2019interpr\u00e8te canadien-afghan, il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019un discours ardent. Il avait \u00e9t\u00e9 tout aussi audacieux que mena\u00e7ant et son cr\u00e9ateur, Saed, s\u2019\u00e9tait effectivement \u00e9tabli en tant qu\u2019autorit\u00e9 dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Talsma avait l\u2019air tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9. Il dit par la suite que les bribes du discours de Saed qu\u2019il avait entendues par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019interpr\u00e8te l\u2019avaient intrigu\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019une fois le discours traduit qu\u2019il apprit que Saed avait promis l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et des armes aux villageois. Et qu\u2019il leur avait dit de choisir d\u2019\u00eatre avec nous ou contre nous.<\/p>\n<p>Les villageois parl\u00e8rent entre eux et puis un ain\u00e9 se leva pour r\u00e9pondre. La r\u00e9union \u00e9tait finie, dit-il, les ain\u00e9s allaient partir et d\u00e9cider ce qu\u2019ils allaient faire. Soit qu\u2019ils resteraient et commenceraient \u00e0 coop\u00e9rer avec Saed et les Canadiens, soit qu\u2019ils quitteraient tous le village.<\/p>\n<p>Ils reviendraient donner leur r\u00e9ponse dans deux jours.<\/p>\n<p>S\u2019ils d\u00e9cidaient de partir, la maison du peloton \u00e0 Salavat perdrait instantan\u00e9ment sa pertinence. S\u2019ils d\u00e9cidaient de rester, ce serait le premier pas vers le succ\u00e8s. C\u2019\u00e9tait un moment d\u00e9cisif comme il en arrive probablement dans n\u2019importe quel long effort de contrinsurrection. Les villageois allaient avoir recours \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum pour d\u00e9cider s\u2019ils se mettraient du c\u00f4t\u00e9 de leur gouvernement ou non.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame soir-l\u00e0, les officiers du 1er Peloton discut\u00e8rent avec \u00e9tonnement de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 pendant la journ\u00e9e. Saed avait \u00e9merg\u00e9 en tant que partie prenante d\u2019un type tout \u00e0 fait diff\u00e9rent et le combat pour Salavat devenait int\u00e9ressant.<\/p>\n<p>\u00ab Si les villageois restent, dit un soldat, c\u2019est comme si on\u00a0 gagnait une bataille. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019adjudant Eisan r\u00e9agit \u00e0 cela. \u00ab \u00c0 cette guerre, personne ne \u201cgagne\u201d. Le monde parle de \u201cgagner\u201d, mais je ne pense pas que \u00e7a puisse arriver ici. \u00bb<\/p>\n<p>Personne ne se montra en d\u00e9saccord avec lui.<\/p>\n<p><strong>Dans le dernier fascicule : Les villageois votent sur l\u2019avenir de Salavat.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les ain\u00e9s du village s\u2019assemblent \u00e0 la choura. 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