{"id":50,"date":"2007-07-01T21:46:37","date_gmt":"2007-07-02T02:46:37","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=50"},"modified":"2008-01-27T22:30:54","modified_gmt":"2008-01-28T03:30:54","slug":"les-militaires-debarquent-quelques-consequences-du-programme-d-instruction-elementaire-au-quebec-durant-la-seconde-guerre-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/07\/les-militaires-debarquent-quelques-consequences-du-programme-d-instruction-elementaire-au-quebec-durant-la-seconde-guerre-mondiale\/","title":{"rendered":"Les militaires d\u00e9barquent : quelques cons\u00e9quences du programme d\u2019instruction \u00e9l\u00e9mentaire au Qu\u00e9bec durant la Seconde Guerre mondiale"},"content":{"rendered":"<h1><a title=\"3\" name=\"3\"><\/a><\/h1>\n<p>Ainsi que nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 au cours d&#8217;un article                   pr\u00e9c\u00e9demment paru dans les pages de la revue L\u00e9gion, l&#8217;instruction                   militaire \u00e9l\u00e9mentaire au Canada durant la Seconde Guerre mondiale                   a \u00e9t\u00e9 un processus d&#8217;une grande ampleur. Plusieurs dizaines                   de milliers de Canadiens ont re\u00e7u une formation militaire de                   base prodigu\u00e9e dans diff\u00e9rents camps de l&#8217;arm\u00e9e ouverts sp\u00e9cialement                   dans ce but. L&#8217;autre dimension de ce programme d&#8217;instruction,                   d&#8217;ailleurs tout aussi m\u00e9connue, concerne les cons\u00e9quences \u00e9conomiques                   et sociales de ce vaste programme. En effet, les centres d&#8217;instruction,                   souvent ouverts pr\u00e8s de petites villes, pouvaient parfois recevoir                   jusqu&#8217;\u00e0 un millier d&#8217;individus. On se doute bien qu&#8217;une augmentation                   aussi subite de la population n&#8217;allait pas sans quelques cons\u00e9quences,                   heureuses et malheureuses.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de l&#8217;\u00e9t\u00e9 1940, les nouvelles n&#8217;\u00e9taient pas tr\u00e8s bonnes                   pour les Alli\u00e9s. La d\u00e9faite catastrophique de la France, aussi                   rapide qu&#8217;impr\u00e9vue, l&#8217;occupation des pays du Benelux, du Danemark                   et de la Norv\u00e8ge, la bataille d&#8217;Angleterre et la menace d&#8217;invasion                   pesant sur ce pays offraient un portrait bien sombre. En outre, \u00e0 la                   suite de cette transformation radicale de la situation strat\u00e9gique                   europ\u00e9enne, le Canada s&#8217;est retrouv\u00e9 parmi les alli\u00e9s les plus                   importants des Britanniques et il a fallu se pr\u00e9parer \u00e0 tout                   ce que l&#8217;avenir pouvait r\u00e9server. Si la puissante arm\u00e9e fran\u00e7aise                   avait \u00e9t\u00e9 vaincue en six semaines, rien n&#8217;emp\u00eachait d\u00e9sormais                   de penser que la Grande-Bretagne pourrait l&#8217;\u00eatre \u00e9galement.<\/p>\n<p>Parmi les d\u00e9cisions canadiennes pour s&#8217;ajuster \u00e0 ces nouvelles                   perspectives figure celle d&#8217;\u00e9largir le r\u00e9seau d&#8217;instruction                   afin de pr\u00e9parer un nombre croissant de citoyens au m\u00e9tier                   des armes. On a commenc\u00e9 par pr\u00e9voir un programme d&#8217;entra\u00eenement                   de trente jours, lequel est ensuite pass\u00e9 \u00e0 quatre mois, puis \u00e0 une                   p\u00e9riode ind\u00e9termin\u00e9e, jusqu&#8217;\u00e0 la fin de la guerre. Cela eut                   pour cons\u00e9quence l&#8217;ouverture d&#8217;une quarantaine de centres d&#8217;instruction \u00e9l\u00e9mentaire                   un peu partout au pays, dont neuf au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision prise, il a fallu construire ces camps, embaucher                   de nombreux travailleurs pour construire les huttes devant                   servir \u00e0 abriter les troupes, am\u00e9nager les terrains, y installer                   des aqueducs et brancher des raccords \u00e9lectriques. Il fallait                   aussi passer des commandes souvent assez volumineuses aupr\u00e8s                   de fournisseurs locaux, que ce soit pour l&#8217;obtention de combustibles,                   de denr\u00e9es alimentaires et ou de divers biens et services.                   Tout cela repr\u00e9sentait un impact \u00e9conomique \u00e9norme pour les                   petites localit\u00e9s o\u00f9 les centres ont \u00e9t\u00e9 ouverts. La ville                   de Red Deer, par exemple, comptait une population d&#8217;environ                   deux mille cinq cents \u00e2mes en 1940, et on y embauche deux cents                   travailleurs pour effectuer les travaux n\u00e9cessaires \u00e0 la mise                   sur pied d&#8217;un centre d&#8217;instruction. La population de la ville                   de Huntingdon, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, n&#8217;atteignait pas deux mille                   personnes, alors que le centre que l&#8217;on y ouvre est pr\u00e9vu pour                   recevoir des groupes de mille recrues! Celles-ci remplissaient                   les restaurants, peuplaient les bars, se rendaient au cin\u00e9ma,                   faisaient nettoyer leurs uniformes et repr\u00e9sentaient une client\u00e8le                   nombreuse et quelques fois prodigue. Le Huntingdon Gleaner, \u00e0 la                   une du 20 novembre 1940, rappelle d&#8217;ailleurs \u00e0 ses lecteurs                   que les recrues repr\u00e9sentent un potentiel \u00e9conomique hebdomadaire                   de huit mille cinq cents dollars.<\/p>\n<p>Cependant, si les retomb\u00e9es \u00e9conomiques de la pr\u00e9sence militaire \u00e9taient                   effectivement nombreuses, elles entra\u00eenaient aussi des probl\u00e8mes                   dans leur sillage. L&#8217;influx massif de militaires entra\u00eenait                   parfois certains d\u00e9sagr\u00e9ments pour les civils qui ne se sentaient                   plus tout \u00e0 fait chez eux, tandis que les agriculteurs se voyaient                   priv\u00e9s de main-d&#8217;oeuvre quand ce n&#8217;\u00e9tait pas un probl\u00e8me d&#8217;acc\u00e8s                   aux pi\u00e8ces de rechange pour la machinerie lourde. Les transports                   suscitaient aussi certains probl\u00e8mes, puisque les militaires                   en permission n&#8217;\u00e9taient pas toujours des plus dociles. On ne                   compte plus les rappels dans les ordres du jour \u00e0 l&#8217;effet que                   la population civile et la propri\u00e9t\u00e9 publique doivent \u00eatre                   respect\u00e9es. D&#8217;autres probl\u00e8mes moins courants, mais plus dangereux                   pouvaient \u00e9galement se poser, comme \u00e0 Huntingdon o\u00f9, en raison                   de contraintes d&#8217;espaces, on doit am\u00e9nager un champ de tir \u00e0 plus                   d&#8217;une dizaine de kilom\u00e8tres du centre, et o\u00f9 il faut quelques                   fois interrompre les s\u00e9ances de tir parce que des civils ramassent                   du bois juste derri\u00e8re les cibles!<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des stricts \u00e9changes \u00e9conomiques, militaires et civils                   collaboraient r\u00e9guli\u00e8rement, et cette collaboration s&#8217;exprimait                   par des services rendus de part et d&#8217;autre. L&#8217;exemple le plus                   connu est peut-\u00eatre celui des militaires d\u00e9tach\u00e9s aupr\u00e8s de                   fermiers pour les assister dans leurs r\u00e9coltes, mais d&#8217;autres                   formes de collaboration sont aussi courantes. Au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e                   1941, une corv\u00e9e r\u00e9unissant civils et militaires visant \u00e0 construire                   une patinoire est tenue au camp de Joliette. Plus tard, le                   rouleau compresseur de la municipalit\u00e9 est mis \u00e0 contribution                   pour pr\u00e9parer le terrain de parade. En mai de la m\u00eame ann\u00e9e,                   un centre culturel met sa cour de r\u00e9cr\u00e9ation \u00e0 la disposition                   du camp pour la tenue de diverses comp\u00e9titions sportives organis\u00e9es                   par l&#8217;une des compagnies. \u00c0 d&#8217;autres moments, des \u00e9changes &#8220;\u00e9conomiques&#8221; sont                   en fait des visites sociales dissimul\u00e9es. Lorsque des femmes                   de Huntingdon se pr\u00e9sentent au centre une fois par semaine                   pour montrer aux recrues comment repriser leurs chaussettes,                   on peut supposer que cette initiative est davantage appr\u00e9ci\u00e9e                   en raison du contact social qu&#8217;elle repr\u00e9sente. De leur c\u00f4t\u00e9,                   les militaires se mettent surtout \u00e0 la disposition des autorit\u00e9s                   civiles lorsqu&#8217;il faut faire face \u00e0 des urgences extraordinaires                   ou pour donner un coup de main. En mars 1941, des membres du                   7e R\u00e9giment de reconnaissance alors en formation au centre                   de Huntingdon passent l&#8217;apr\u00e8s-midi \u00e0 combattre l&#8217;incendie d&#8217;une                   r\u00e9sidence proche. Une partie de hockey entre l&#8217;\u00e9quipe du centre                   et celle de Leach Textile a lieu cinq jours plus tard, et les                   profits amass\u00e9s sont remis aux victimes de l&#8217;incendie. \u00c0 Joliette,                   ce sont des centaines d&#8217;hommes qui combattent les nombreux                   feux de for\u00eats qui caract\u00e9risent la fin de l&#8217;\u00e9t\u00e9 1941.<\/p>\n<p>Les contacts sociaux, mondanit\u00e9s et festivit\u00e9s de tous ordres \u00e9taient                   aussi monnaie courante. Il pouvait s&#8217;agir d&#8217;\u00e9v\u00e9nements servant                   au financement de l&#8217;effort de guerre ou simplement pour am\u00e9liorer                   les \u00e9quipements du centre, tandis que des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 caract\u00e8res                   purement festifs visaient \u00e0 rendre le passage des recrues plus                   agr\u00e9able, une fonction importante dans un milieu o\u00f9 le service                   militaire n&#8217;\u00e9tait pas toujours tr\u00e8s populaire. Ainsi, les centres                   de Joliette et de Huntingdon ne l\u00e9sinent pas sur les moyens                   pour distraire leurs populations. On organise par exemple \u00e0 Joliette                   un grand concert commandit\u00e9 par la station de radio CKAC et                   le journal La Presse. Le spectacle est radiodiffus\u00e9 sur le                   r\u00e9seau de la station et le commandant du centre ne rate pas                   l&#8217;occasion d&#8217;y faire un discours visant \u00e0 inciter les jeunes \u00e0 joindre                   les rangs de l&#8217;arm\u00e9e. De leur c\u00f4t\u00e9, les troupes de divertissement                   telles les Fusiliers de la Gaiet\u00e9, Tambour Major, Thumbs Ups                   et autres sillonnant le Canada et le Qu\u00e9bec pour \u00e9gayer les                   militaires viennent et reviennent au centre plusieurs fois                   par ann\u00e9e. Les militaires organisent aussi des danses, lesquelles                   sont apparemment toujours tr\u00e8s populaires. Ils y invitent la                   population civile, majoritairement, on s&#8217;en doute, la gent                   f\u00e9minine. De leur c\u00f4t\u00e9, les civils organisent foires et rassemblements                   auxquels sont convi\u00e9s les militaires. En avril 1941, des citoyennes                   de Huntingdon tiennent un bingo \u00e0 la cantine du centre et distribuent                   des confiseries en guise de prix. De son c\u00f4t\u00e9, la L\u00e9gion canadienne                   tient une danse en novembre. L&#8217;organisation, qui ne manque                   pas d&#8217;initiative, s&#8217;assure de la pr\u00e9sence de quelques dames                   suppl\u00e9mentaires, afin que tous les militaires puissent avoir                   une partenaire. Le mois suivant, les caporaux organisent une                   autre danse, cette fois au profit de l&#8217;achat de cadeaux pour                   d&#8217;anciens membres du centre d\u00e9ploy\u00e9s outre-mer. Un millier                   de personnes y sont accueillies. En plus de repr\u00e9senter une                   op\u00e9ration lucrative, de telles initiatives servent \u00e0 consolider                   les liens entre les deux communaut\u00e9s en t\u00e9moignant du soutien                   des civils pour l&#8217;effort militaire. Les militaires encourageront                   d&#8217;ailleurs ces \u00e9v\u00e9nements, puisqu&#8217;ils aident \u00e0 maintenir un                   bon esprit et favorisent les relations entre les soldats et                   les civils des environs.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les officiers des centres se font un devoir                   d&#8217;assister aux \u00e9v\u00e9nements locaux. Le 30 septembre 1940, le                   commandant du centre de Joliette et son adjoint font une visite                   de courtoisie \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00eaque et au maire de Joliette, tandis qu&#8217;au                   d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre, monseigneur Papineau proc\u00e8de \u00e0 la                   b\u00e9n\u00e9diction du centre. Une grande parade est alors organis\u00e9e                   pour l&#8217;apr\u00e8s-midi. Les militaires, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par la fanfare                   de Joliette, sillonnent les principales art\u00e8res de la ville                   et passent devant le palais de l&#8217;\u00e9v\u00eaque o\u00f9 ce dernier, accompagn\u00e9 du                   commandant du centre, re\u00e7oit le salut de la troupe. D&#8217;apr\u00e8s                   madame St-Aubin de la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;histoire de Joliette, les habitants                   de la ville jugeaient ces manifestations tr\u00e8s impressionnantes                   et se d\u00e9pla\u00e7aient souvent en grand nombre pour voir &#8220;les gars                   de l&#8217;Arm\u00e9e&#8221;.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9v\u00e9nements sportifs r\u00e9unissent \u00e9galement civils                   et militaires. Outre le fait que l&#8217;arm\u00e9e ait reconnu l&#8217;utilit\u00e9 des                   sports d&#8217;\u00e9quipe pour le d\u00e9veloppement des qualit\u00e9s martiales                   des recrues, un autre impact bien r\u00e9el a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9velopper                   et, surtout, soutenir durablement les relations entre civils                   et militaires par le biais d&#8217;une activit\u00e9 comp\u00e9titive suscitant                   parfois de vives passions. Chacun pouvait assister aux matches                   et soutenir son \u00e9quipe dans une atmosph\u00e8re quelquesfois survolt\u00e9e.                   Cela contribuait \u00e0 banaliser la pr\u00e9sence de l&#8217;arm\u00e9e tout en                   illustrant avec \u00e9clat que le service militaire n&#8217;\u00e9tait pas                   qu&#8217;une affaire de discipline et de marche au pas.<\/p>\n<p>Enfin, bien s\u00fbr, les militaires et les civils se rencontraient                   lors des nombreuses activit\u00e9s de recrutement. L&#8217;une des techniques                   adress\u00e9es aux deux publics consistait en jours et en semaines                   de l&#8217;arm\u00e9e, une tradition que l&#8217;on retrouve encore parfois                   de nos jours. Lors de la semaine de l&#8217;arm\u00e9e de l&#8217;\u00e9t\u00e9 1942,                   une grande r\u00e9ception est organis\u00e9e au camp de Joliette. De                   deux \u00e0 quatre mille personnes, incluant le maire, les membres                   du conseil de ville, les repr\u00e9sentants du clerg\u00e9 et de la chambre                   de commerce, ainsi que les Chevaliers de Colomb assistent \u00e0 un                   concert et un grand feu au milieu de d\u00e9corations install\u00e9es                   sp\u00e9cialement pour l&#8217;occasion. Les moyens plus traditionnels                   de recrutement sont \u00e9galement courants. Tout le mois de juillet                   de 1941 est occup\u00e9 \u00e0 Joliette \u00e0 de telles activit\u00e9s. Le 29,                   une colonne motoris\u00e9e de pr\u00e8s de cinquante v\u00e9hicules, apr\u00e8s                   avoir parad\u00e9 dans les rues de la ville, s&#8217;arr\u00eate au camp o\u00f9 se                   presse une foule de plus de huit mille personnes! Il n&#8217;est                   malheureusement pas possible de se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise de                   l&#8217;efficacit\u00e9 de ces initiatives, mais il semble qu&#8217;elles n&#8217;obtenaient                   pas toujours les r\u00e9sultats escompt\u00e9s.<\/p>\n<p>Un aspect un peu plus d\u00e9licat des contacts entre civils et                   militaires concerne l&#8217;aspect moral du service militaire. Les                   jeunes recrues quittaient le domicile familial pour un nouveau                   milieu, parfois fort \u00e9loign\u00e9 de celui auquel ils \u00e9taient habitu\u00e9s,                   loin de la supervision des parents. Or, cet \u00e9loignement s&#8217;accompagnait                   d&#8217;une libert\u00e9 que les jeunes gens ne savaient pas toujours                   assumer. C&#8217;est d&#8217;ailleurs une image courante que celle des                   militaires &#8220;se laissant aller&#8221; en permission. Que ce soit pour \u00e9vacuer                   l&#8217;intense pression de l&#8217;entra\u00eenement ou pour profiter pleinement                   de ce maigre temps libre, il pouvait effectivement arriver                   que certains militaires se retrouvent dans le p\u00e9trin. Pourtant,                   on aurait tort de percevoir le milieu militaire comme une porte                   ouverte sur le vice, en d\u00e9pit de la mobilit\u00e9 accrue des populations.                   Ainsi que le soulignait une jeune femme s&#8217;\u00e9tant enr\u00f4l\u00e9e, &#8220;la                   vie militaire, ce n&#8217;\u00e9tait pas le bordel que s&#8217;imaginaient les \u00e2mes                   pieuses rest\u00e9es \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re. C&#8217;\u00e9tait tr\u00e8s strict et tr\u00e8s surveill\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Le capitaine J.G. Leblanc, aum\u00f4nier du centre de Huntingdon,                   a exprim\u00e9 les pr\u00e9occupations des autorit\u00e9s militaires \u00e0 ce                   sujet dans un pamphlet publi\u00e9 en 1942. Son livret, La vraie                   victoire, distribu\u00e9 aux soldats du centre, se voulait un guide &#8220;d&#8217;instruction                   morale&#8221;. L&#8217;auteur y invite les lecteurs \u00e0 m\u00e9diter sur certains                   des risques moins \u00e9vidents de leur nouvel engagement : &#8220;D\u00e8s                   les premi\u00e8res heures de ton s\u00e9jour au camp,&#8221; \u00e9crit-il, &#8220;la                   d\u00e9sinvolture de quelques camarades choque souvent ta dignit\u00e9 humaine                   et chr\u00e9tienne. C&#8217;est le signe imminent de la &#8220;blitzkrieg&#8221; satanique                   qui d\u00e9bute ainsi autour de toi. La guerre \u00e9clair dans le domaine                   moral a devanc\u00e9 notre si\u00e8cle. Il se produit ce qui, malheureusement,                   arrive presque toujours : les timides se taisent, les l\u00e2ches                   sourient, les \u00e9vapor\u00e9s rench\u00e9rissent; puis la rigolade commence                   autour de la fonction la plus belle de l&#8217;organisme humain :                   la fonction procr\u00e9atrice.&#8221; En fait, l&#8217;ouvrage de Leblanc est                   un r\u00e9quisitoire visant \u00e0 encourager la chastet\u00e9 au sein des                   troupes et les tenir loin des maladies v\u00e9n\u00e9riennes. D&#8217;ailleurs,                   les ordres du jour des camps ne cessent d&#8217;appeler les recrues \u00e0 la                   prudence, et on organise plus d&#8217;une s\u00e9ance de d\u00e9pistage surprise                   lors du retour des permissionnaires.<\/p>\n<p>Ainsi, l&#8217;histoire de la pr\u00e9sence militaire au Qu\u00e9bec lors                   de la guerre, si elle est aujourd&#8217;hui oubli\u00e9e, n&#8217;est pas marginale.                   Les civils et les militaires ont constamment \u00e9t\u00e9 en contact,                   et de ces contacts sont n\u00e9es de nombreuses initiatives \u00e9conomiques                   et sociales qui se sont av\u00e9r\u00e9es la plupart du temps b\u00e9n\u00e9fiques                   pour les deux parties tout en alt\u00e9rant&#8211;souvent temporairement&#8211;le                   paysage \u00e9conomique et social des r\u00e9gions o\u00f9 les centres d&#8217;instruction                   furent ouverts.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ainsi que nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 au cours d&#8217;un article pr\u00e9c\u00e9demment paru dans les pages de la revue L\u00e9gion, l&#8217;instruction militaire \u00e9l\u00e9mentaire au Canada durant la Seconde Guerre mondiale a \u00e9t\u00e9 un processus d&#8217;une grande ampleur. 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