{"id":4926,"date":"2020-03-04T15:06:44","date_gmt":"2020-03-04T19:06:44","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=4926"},"modified":"2020-03-04T15:06:44","modified_gmt":"2020-03-04T19:06:44","slug":"face-a-face-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2020\/03\/face-a-face-3\/","title":{"rendered":"FACE \u00c0 FACE"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"p1\"><strong>\u00c9tait-il acceptable que le g\u00e9n\u00e9ral Christopher Vokes ordonne \u00e0 ses troupes de raser la ville de Friesoythe, en Allemagne, au cours de la Seconde Guerre mondiale?<\/strong><\/h2>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4935\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Mark.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Mark.jpg 873w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Mark-300x113.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Mark-768x290.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>MARK ZUEHLKE est historien militaire et auteur des 12 tomes de la s\u00e9rie Canadian Battle ainsi que du Canadian Military Atlas. Il a re\u00e7u le prix d\u2019histoire du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de 2014 pour les m\u00e9dias populaires : le prix Pierre-Berton. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Illustrations de Joel Kimmel<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Avec le recul,<\/b> qualifi\u00e9 par la morale moderne, la destruction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, les 13 et 14 avril 1945, d\u2019une grande partie de Friesoythe par des soldats canadiens est ind\u00e9fendable. Les mots exacts du major-g\u00e9n\u00e9ral Christopher Vokes auraient \u00e9t\u00e9 les suivants : \u00ab\u2009Burn the fucking town (Brulez l\u2019hostie de ville, NDT)!\u2009\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">Il donna cet ordre parce qu\u2019il croyait que le comman<span class=\"s1\">dant de l\u2019Argyll and Sutherland Highlander, le lieutenant-colonel Wigle, avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par un civil. En r\u00e9alit\u00e9, Wigle avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 au cours d\u2019une bataille rang\u00e9e avec des soldats allemands qui prenaient d\u2019assaut l\u2019\u00e9tat-major de l\u2019Argyll.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La plupart des membres de l\u2019Argyll accept\u00e8rent cependant sans broncher la rumeur concernant le tireur civil qui se r\u00e9pandit rapidement dans les rangs, puis qui parvint aux oreilles du commandement de la 4<sup>e<\/sup> Brigade de blind\u00e9s jusqu\u2019au brigadier Robert Moncel, et puis jusqu\u2019\u00e0 Vokes. Bien que Wigle n\u2019e\u00fbt dirig\u00e9 l\u2019Argyll que depuis f\u00e9vrier, il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de l\u2019Ordre du service distingu\u00e9 et avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 officier de l\u2019Ordre de l\u2019Empire britannique pour son commandement au combat lors des batailles de la Rh\u00e9nanie. Il s\u2019\u00e9tait fait remarquer par le grand \u00e9tat-major de l\u2019arm\u00e9e qui pensait lui offrir un rang sup\u00e9rieur, et il \u00e9tait populaire aupr\u00e8s de l\u2019Argyll. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">La rumeur engendra \u00e9galement un d\u00e9sir de vengeance. \u00ab\u2009Je conduisais un lance-flammes, d\u00e9clara le soldat Harold Reid, et nous avons incendi\u00e9 toute la ville <\/span>\u00bb<span class=\"s2\">. Ailleurs dans Friesoythe, apr\u00e8s avoir regard\u00e9 <\/span><span class=\"s3\">impassiblement le clocher d\u2019une \u00e9gli-se<\/span><span class=\"s2\"> s\u2019effondrer dans la structure enflamm\u00e9e qui <\/span><span class=\"s1\">le supportait, le soldat Donald Stark entra dans une maison, monta \u00e0 l\u2019\u00e9tage, et jeta calmement une grenade de phosphore dans chacune des trois chambres.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4949\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Pullquote1.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"193\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Pullquote1.jpg 566w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Pullquote1-300x102.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le m\u00e9morialiste militaire de la 4<sup>e<\/sup> Brigade \u00e9crivit qu\u2019alors que la nuit tombait, \u00ab\u2009Friesoythe [\u00e9tait] un facsimil\u00e9 raisonnable de <i>L\u2019Enfer<\/i> de Dante\u2009\u00bb. Ce qui arriva \u00e0 Friesoythe ne fut jamais vers\u00e9 aux dossiers et il n\u2019y eut pas d\u2019enqu\u00eate. Apr\u00e8s la guerre, l\u2019historien militaire et lieutenant-colonel CP Stacey confirma l\u2019incendie de Friesoythe en s\u2019y rendant en personne. Il dit de l\u2019incident qu\u2019il s\u2019agissait \u00ab\u2009de repr\u00e9sailles erron\u00e9es\u2009\u00bb et ne put d\u00e9couvrir ce qui avait suscit\u00e9 la rumeur du tireur civil.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">\u00ab\u2009Il y a un durcissement certain du point de vue canadien\u2009\u00bb, \u00e9crivit le m\u00e9morialiste de la 8<sup>e<\/sup>\u00a0artillerie antia\u00e9rienne l\u00e9g\u00e8re imm\u00e9-diatement apr\u00e8s. \u00ab\u2009Les civils de Friesoythe ont appris que la trahison ne paie pas. [L\u2019Argyll] a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 dans cette ville hier par des forces allemandes soutenues par des civils, et aujourd\u2019hui toute la ville est ras\u00e9e. Une expiation terrible, mais une expiation que les boches eux-m\u00eames connaissent et comprennent. Il semble maintenant que continuer \u00e0 se battre soit une folie, mais tant que les Allemands fanatiques continueront d\u2019accepter [le combat], la guerre se poursuivra.\u2009\u00bb<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ces mots vont droit au but. Lorsque la guerre tirait \u00e0 sa fin, quand des Canadiens \u00e9taient tu\u00e9s \u00e0 cause de ce qui \u00e9tait per\u00e7u comme \u00e9tant une action de civils ou une collusion entre des civils et des soldats, cela invitait des repr\u00e9-sailles brutales. Friesoythe en fut le parfait exemple. Injustifiable aujourd\u2019hui, mais compr\u00e9hensible dans le contexte de l\u2019\u00e9poque.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4947\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/TerryCopp.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/TerryCopp.jpg 873w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/TerryCopp-300x113.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/TerryCopp-768x290.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>TERRY COPP est directeur \u00e9m\u00e9rite du Laurier Centre for Military and Strategic Disarmament Studies de l\u2019Universit\u00e9 Wilfrid Laurier. Il est l\u2019auteur de nombreux livres et articles sur le r\u00f4le du Canada aux deux guerres mondiales. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Illustrations de Joel Kimmel<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><b>Les historiens <\/b>ont, dans\u00a0l\u2019ensemble, ferm\u00e9 les\u00a0yeux sur les op\u00e9rations men\u00e9es par les arm\u00e9es alli\u00e9es durant les derni\u00e8res semaines de la guerre, bien que de nombreuses batailles y aient \u00e9t\u00e9 aussi complexes que celles qui furent livr\u00e9es \u00e0 l\u2019ouest du Rhin. Les combats du Canada aux Pays-Bas et en Allemagne \u00e9taient brefs, intenses et san-glants. Les combats dans les rues \u00e0 Groningue, le si\u00e8ge de Delfzijl, la travers\u00e9e du canal K\u00fcsten et la bataille de Leer furent particuli\u00e8rement difficiles, car la fin de la guerre semblait imminente. Pour les soldats alli\u00e9s, leurs ennemis \u00e9taient des b\u00e2tards sanguinaires pr\u00eats \u00e0 mourir au nom du mal ou \u00e0 se rendre deux minutes apr\u00e8s avoir tu\u00e9 un de leurs camarades.<\/p>\n<p class=\"p2\">Personne ne prit la peine de leur expliquer qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de maintenir la pression pour rassurer les Russes qui craignaient un ralentissement ou la signature d\u2019une tr\u00eave s\u00e9par\u00e9e avec l\u2019arm\u00e9e allemande.<\/p>\n<p class=\"p2\">La 4<sup>e<\/sup> Division canadienne (blind\u00e9e), \u00e9puis\u00e9e par les combats \u00e0 la trou\u00e9e de Hochwald en mars, franchit le Rhin au d\u00e9but de la retraite allemande. Sa t\u00e2che, qui \u00e9tait de prot\u00e9ger le flanc gauche de la deuxi\u00e8me arm\u00e9e britannique, ne lui semblait pas tr\u00e8s risqu\u00e9e, jusqu\u2019au canal de Twente, o\u00f9 le Lincoln and Welland Regiment perdit 67 hommes avant la lib\u00e9ration de Delden. En entrant en Allemagne, l\u2019Argyll and Sutherland Highlanders du Canada nettoya Meppen et se mit en marche vers Oldenburg, objectif de la division.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4950\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Pullquote2-2.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"193\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Pullquote2-2.jpg 566w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Pullquote2-2-300x102.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/><\/p>\n<p class=\"p2\">Le Lake Superior Regiment s\u2019avan\u00e7a sur un seul axe que les ing\u00e9nieurs d\u00e9crivirent comme \u00ab\u2009le c\u0153ur d\u2019une tourbi\u00e8re qui ne permettait pas de d\u00e9viation par rapport \u00e0 un front droit et \u00e9troit\u2009\u00bb et captura S\u00f6gel le 9 avril. Mais lorsque les unit\u00e9s de soutien entr\u00e8rent dans le village, un groupement tactique allemand comprenant \u00ab\u2009de tr\u00e8s jeunes hommes sans uniforme militaire discernable\u2009\u00bb contrattaqua, obligeant les hommes de l\u2019ambulance l\u00e9g\u00e8re n<sup>o<\/sup> 12 \u00e0 d\u00e9fendre leur infirmerie de campagne \u00ab\u2009\u00e0 l\u2019aide d\u2019armes emprunt\u00e9es aux patients\u2009\u00bb. Cinq membres du personnel m\u00e9dical furent bless\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"p2\">Par la suite, les ing\u00e9nieurs de la division utilis\u00e8rent de la dynamite pour d\u00e9truire les b\u00e2timents de S\u00f6gel puis se servirent des d\u00e9combres pour construire la \u00ab\u2009route qui sombre\u2009\u00bb vers Oldenburg.<\/p>\n<p class=\"p2\">Apr\u00e8s S\u00f6gel, m\u00eame les adolescents les plus jeunes furent oblig\u00e9s de lever les mains et de retourner leurs poches quand ils se ren-daient. \u00c0 Friesoythe, l\u2019Argyll mena comme \u00e0 son habitude une attaque bien pens\u00e9e pour saisir la ville, mais son \u00e9tat-major fut attaqu\u00e9 et trois hommes, dont le commandant, le lieutenant-colonel Wigle, furent tu\u00e9s. Une rumeur circula selon laquelle Wigle aurait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par un civil, et quelques soldats de l\u2019Argyll incendi\u00e8rent plusieurs maisons en repr\u00e9sailles. Cet incident aurait pu facilement \u00eatre r\u00e9prim\u00e9 par des dirigeants responsables; au lieu de cela, le Mg\u00e9n. Chris Vokes, officier promu bien au-dessus de ses capacit\u00e9s, ordonna la destruction totale de la ville. Plus de deux tiers des 391 b\u00e2timents de Friesoythe furent d\u00e9truits ou endommag\u00e9s, y compris les deux \u00e9glises. Vokes et les soldats qui ob\u00e9irent \u00e0 ses ordres ont d\u00e9shonor\u00e9 l\u2019arm\u00e9e. Ils auraient d\u00fb en r\u00e9pondre en 1945 et le devraient encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tait-il acceptable que le g\u00e9n\u00e9ral Christopher Vokes ordonne \u00e0 ses troupes de raser la ville de Friesoythe, en Allemagne, au cours de la Seconde Guerre mondiale? Avec le recul, qualifi\u00e9 par la morale moderne, la destruction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, les 13 et 14 avril 1945, d\u2019une grande partie de Friesoythe par des soldats canadiens est ind\u00e9fendable. 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