{"id":480,"date":"2010-07-01T00:01:52","date_gmt":"2010-07-01T04:01:52","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=480"},"modified":"2010-06-16T11:49:13","modified_gmt":"2010-06-16T15:49:13","slug":"le-combat-pour-salavat-partie-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2010\/07\/le-combat-pour-salavat-partie-3\/","title":{"rendered":"Le combat pour Salavat &#8211; Partie 3"},"content":{"rendered":"<h2>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" title=\"Le 1er Peloton entre \u00e0 Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/AfghanLead.jpg\" alt=\"Le 1er Peloton entre \u00e0 Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"630\" height=\"236\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le 1er Peloton entre \u00e0 Salavat. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<\/h2>\n<h2>Le monde obscur de la contrinsurrection<\/h2>\n<p><strong>La pr\u00e9sente est la 3e partie de notre s\u00e9rie sur les efforts canadiens pour le c\u0153ur et l\u2019esprit des gens de Salavat, une collectivit\u00e9 r\u00e9tive du district mal fam\u00e9 de Panjwai, dans la province de Kandahar.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous sommes en octobre 2009 et les hommes du 1er Peloton de la compagnie Alpha du 1er Bataillon de la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry (PPCLI), sur les lieux depuis \u00e0 peine plus d\u2019une semaine, commencent \u00e0 colleter tout un \u00e9ventail de facteurs qui s\u2019opposent \u00e0 eux. Presque tout vient \u00e0 manquer : les renseignements, les alli\u00e9s, la main-d\u2019\u0153uvre, la coop\u00e9ration des villageois, les approvisionnements, mais personne n\u2019abandonne, m\u00eame quand on d\u00e9couvre que les camarades de l\u2019arm\u00e9e afghane collaborent peut-\u00eatre avec l\u2019ennemi.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour lire les 1re et 2e parties, consulter <strong><a href=\"..\/index.php\/2010\/03\/affectation-afghanistan-le-combat-pour-salavat-partie-1\/\" target=\"_blank\">legionmagazine.com<\/a><\/strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>VIIe jour : Feu sur les montagnes; conjecture sur Saed<\/strong><\/p>\n<p>Quelle qu\u2019en soit la raison, les questions importantes ne semblent pas avoir beaucoup de poids au Panjwai. Ou en tout cas, les soldats n\u2019en parlent pas souvent. Ce serait bien de gagner la guerre; ce serait bien d\u2019instaurer la d\u00e9mocratie dans la r\u00e9gion; ce serait bien aussi d\u2019\u00e9duquer les filles et de vaincre le terrorisme, mais ces questions ne se posent vraiment pas au quotidien.<\/p>\n<p>Les choses qui importent sont plut\u00f4t les petites : traficoter honorablement la confusion quotidienne, essayer de ne pas avaler trop de sable, \u00e9viter de se faire empoisonner par les animaux, la mission actuelle. Ce sont l\u00e0 les probl\u00e8mes imm\u00e9diats, \u00e0 propos desquels il faut prendre des d\u00e9cisions tout de suite.<\/p>\n<p>Il n\u2019en reste pas moins que la guerre a un autre degr\u00e9 : une bataille enfouie si profond\u00e9ment dans chaque soldat que c\u2019en est presque magique. Voyez-vous, il y a des EEI (engins explosifs improvis\u00e9s) partout, tout le temps et, apr\u00e8s un certain temps, on a l\u2019impression de se trouver dans un jeu non amu\u00adsant de d\u00e9minage o\u00f9 les enjeux sont des plus \u00e9lev\u00e9s. Les calculs fun\u00e8bres sont constants, troublants; du moindre choix, de la moindre d\u00e9cision peuvent d\u00e9pendre la vie et la mort : o\u00f9 placer les pieds, o\u00f9 s\u2019asseoir, o\u00f9 se tenir, o\u00f9 regarder, que penser; dans un endroit o\u00f9 la violence est si al\u00e9atoire qu\u2019on dirait qu\u2019il s\u2019agit du sort, chaque d\u00e9cision est suspecte.<\/p>\n<p>Mais, m\u00eame \u00e7a, \u00e7a n\u2019a pas vraiment d\u2019importance. On n\u2019en parle pas non plus. Tout le monde parle plut\u00f4t de la mission actuelle\u00a0: comment le 1er Peloton va-t-il obtenir le soutien des villageois de Salavat? Comment cela sera-t-il possible pour un groupe de Canadiens arm\u00e9s, quelques interpr\u00e8tes aux capacit\u00e9s langagi\u00e8res rouill\u00e9es en pathan et un groupe de soldats de l\u2019arm\u00e9e afghane indigne de confiance, de convaincre tant de villageois afghans effray\u00e9s et sur leurs gardes qu\u2019ils auraient un meilleur avenir en coop\u00e9rant avec des soldats \u00e9trangers, ou avec leurs mandataires de l\u2019Arm\u00e9e nationale afghane (ANA) et du gouvernement?<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Un groupe de filles en balade au\u00a0centre de la ville. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/Afghaninset1.jpg\" alt=\"Un groupe de filles en balade au centre de la ville. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"241\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un groupe de filles en balade au centre de la ville. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Personne n\u2019en est tout \u00e0 fait certain, mais tous vont quand m\u00eame essayer.<\/p>\n<p>Figurez-vous donc que le premier pas vers la victoire des Canadiens, aujourd\u2019hui, c\u2019est de s\u2019assurer que leurs canons tirent tout droit.<\/p>\n<p>Le soleil est d\u00e9j\u00e0 haut dans le ciel, qui br\u00fble douloureusement, quand le 1er Peloton s\u2019agite dans l\u2019enceinte de la petite \u00e9cole, se pr\u00e9parant \u00e0 grimper dans les VAL pour aller en excursion \u00e0 travers l\u2019\u00e9tendue d\u00e9sertique du Sud de Panjwai. Inutile de pr\u00e9ciser que c\u2019est quelque chose de dangereux.<\/p>\n<p>Personne ne le pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>La patrouille d\u2019aujourd\u2019hui est un exercice d\u2019\u00e9chappement au sort. Le but de la patrouille est simple, logistique : les ca\u00adnons des VAL doivent \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s, alors on va aller tirer sur une montagne. Tout le monde est tendu, \u00e0 cause de la bassesse du travail. Les soldats s\u2019occupent de leurs affaires comme des soldats : \u00ab J\u2019aime les VAL \u00bb, dit le soldat Matt Charbonneau, assis, le dos vout\u00e9, sur le banc m\u00e9tallique peu rembourr\u00e9 de l\u2019habitacle sans fen\u00eatre du v\u00e9hicule blind\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi? r\u00e9plique le soldat Bruce Hepner. Ce sont des cercueils ambulants. \u00bb<\/p>\n<p>Personne ne lui r\u00e9pond.<\/p>\n<p>\u00ab Allume le &#8212;* \u00bb, dit un autre soldat.<\/p>\n<p>(Le &#8212;* est un dispositif de s\u00e9curit\u00e9 secret qui sert \u00e0 combattre les EEI.)<\/p>\n<p>Charbonneau manipule l\u2019interrupteur un bout de temps pour essayer de faire fonctionner l\u2019appareil exigeant, puis il abandonne. \u00ab La lumi\u00e8re verte est pas continue, gars \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>\u00ab \u00c7a fait rien; de toute fa\u00e7on, on va mourir \u00bb ronchonne Hepner. Les choix ont tous \u00e9t\u00e9 faits. Tout le monde a d\u00e9cid\u00e9 de venir, o\u00f9 s\u2019asseoir. Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 attendre et voir venir.<\/p>\n<p>\u00ab Si ma face \u00e9clate comme de la viande hach\u00e9e, tire la broche de ma grenade \u00e0 frag et \u00e9loigne-toi vite \u00bb, dit Charbonneau, pensivement, \u00e0 la caporale infirmi\u00e8re Becky Hudson qui est assise en face de lui. \u00ab Tout le monde sait ce qui va arriver, poursuit-il. Mes parents diront : \u201cOn est si contents que tu sois vivant et on t\u2019aime tellement\u201d, mais apr\u00e8s quelques ann\u00e9es, l\u2019amour va passer et je serai juste une affaire dans le salon. Ils vont glisser du rosbif et de la bologne sous la porte et je m\u2019en servirai pour essayer de me reconstruire le visage. \u00bb<\/p>\n<p>Hepner sourit. Le VAL d\u00e9marre dans un grondement de moteur et l\u2019attente se lit sur les visages pour voir si on va aller au bout du circuit sans se faire amocher. Les EEI, \u00e7a craint!<\/p>\n<p>Auparavant, le capitaine et chef de patrouille Bryce Talsma avait tenu une r\u00e9union des commandants de son unit\u00e9 pour discuter des nouvelles r\u00e9v\u00e9lations concernant le lieutenant Saed, commandant de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019ANA qui demeure dans l\u2019enceinte de l\u2019\u00e9cole et qui, depuis la veille, est soup\u00e7onn\u00e9 de collaborer avec l\u2019ennemi. La situation est si hasardeuse que des sentinelles ont \u00e9t\u00e9 plant\u00e9es \u2014 et le resteront \u2014 au poste de commandement canadien pour \u00e9carter une attaque \u00e9ventuelle de l\u2019ANA. \u00ab On doit aller voir s\u2019il y a des talibans dans la r\u00e9gion, au sud, car il se pourrait qu\u2019on y installe une maison de peloton entre Salavat et Nakhonay \u00bb, dit Talsma aux soldats rassembl\u00e9s.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le sergent Dwayne MacDougall (\u00e0 g.) indique les attractions locales au major Ryan Jurkowski. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/Afghaninset2.jpg\" alt=\"Le sergent Dwayne MacDougall (\u00e0 g.) indique les attractions locales au major Ryan Jurkowski. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"290\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le sergent Dwayne MacDougall (\u00e0 g.) indique les attractions locales au major Ryan Jurkowski. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab Pourquoi pas demander \u00e0 Saed \u00bb, demande le caporal-chef Paul Guilmane, le rigolo de 27 ans qui semble avoir toujours le bon mot. Tout le monde rit.<\/p>\n<p>En arri\u00e8re-sc\u00e8ne, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que les soup\u00e7ons de Talsma concernant Saed ont \u00e9t\u00e9 d\u2019abord rejet\u00e9s par le commandement sup\u00e9rieur, puis confirm\u00e9s et accept\u00e9s. Beaucoup de choses se sont toutefois pass\u00e9es entre ces deux \u00e9v\u00e8nements. Talsma a re\u00e7u l\u2019ordre de faire des excuses \u00e0 Saed, de rem\u00e9dier \u00e0 la situation malgr\u00e9 ses soup\u00e7ons. L\u2019instruction a \u00e9t\u00e9 des plus consternantes.<\/p>\n<p>Talsma a \u00e9t\u00e9 disculp\u00e9 quand d\u2019autres preuves contre Saed ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9voil\u00e9es et la semonce qu\u2019on lui avait administr\u00e9e a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e. Le sergent Dwayne MacDougall grommelle : \u00ab Soyez discret et incorruptible, le bavardage intempestif vous m\u00e8nera \u00e0 la tombe. Il [Talsma] a re\u00e7u la consigne de ravaler sa fiert\u00e9 et de faire des excuses \u00e0 Saed, mais maintenant, c\u2019est [le commandement] qui doit se rabaisser; tout ce qu\u2019a fait Talsma, c\u2019est [&#8230;] excellent. \u00bb<\/p>\n<p>En effet, toute une phalange de grad\u00e9s se sont dirig\u00e9s vers la maison du peloton pour r\u00e9gler le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Or, m\u00eame s\u2019ils doivent arriver aujourd\u2019hui ou demain, il y a des probl\u00e8mes qui ne perdent pas de temps \u00e0 se manifester. Le stress, la chaleur, le froid, la mauvaise nourriture, les corv\u00e9es sans rel\u00e2che ont un impact \u00e9vident sur le peloton : les gars vieillissent, et pas qu\u2019un peu. Les nouveaux visages ont pratiquement tous disparu. \u00ab Prenez le pouls du peloton; les gars sont en train [&#8230;] de se renfrogner parce qu\u2019on manque de soutien ici. Ils font de moins en moins confiance au syst\u00e8me \u00bb, dit le sergent Craig Donaldson \u00e0 Talsma apr\u00e8s la r\u00e9union.<\/p>\n<p>Et comme de fait, un des principaux ronchonnements des hommes concerne le fait qu\u2019on leur avait dit de faire leurs valises pour trois jours seulement, alors ils n\u2019ont pas assez de bas et de sous-v\u00eatements, entre autres. La situation devient inconfortable et le fait qu\u2019ils n\u2019ont pas espoir que leurs affaires arrivent bient\u00f4t n\u2019am\u00e9liore pas les choses.<\/p>\n<p>En plus de leurs nippes, ils attendent toujours les trousses d\u2019extraction de puits et les fusils C-3 pour leurs tireurs d\u00e9sign\u00e9s.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Une patrouille suit le bord sud-ouest de Salavat, d\u2019o\u00f9 l\u2019on peut voir Nakhonay. [PHOTO : ADAM  DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/Afghaninset3.jpg\" alt=\"Une patrouille suit le bord sud-ouest de Salavat, d\u2019o\u00f9 l\u2019on peut voir Nakhonay. [PHOTO : ADAM  DAY]\" width=\"515\" height=\"260\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Une patrouille suit le bord sud-ouest de Salavat, d\u2019o\u00f9 l\u2019on peut voir Nakhonay. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM  DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Par ailleurs, la patrouille partie tirer sur la montagne est un succ\u00e8s. Non seulement les canons des VAL ont-ils \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9s, la plupart des soldats qui y sont all\u00e9s ont profit\u00e9 de l\u2019occasion pour faire feu de leurs armes dans la montagne. Il s\u2019agit certainement d\u2019une d\u00e9monstration d\u2019armement que personne au Panjwai ne peut ignorer.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re t\u00e2che en soir\u00e9e est de se pr\u00e9parer \u00e0 la r\u00e9union du lendemain avec les ain\u00e9s : la choura. Talsma est excit\u00e9. Il va rencontrer les hommes de pouvoir, les hommes influents; il aura l\u2019occasion d\u2019amorcer la vraie mission.<\/p>\n<p>Ils attendent des dizaines de personnes et ils sont pr\u00eats \u00e0 tout. Naturellement, l\u2019ennemi pourrait aussi s\u2019y int\u00e9resser.<\/p>\n<p>\u00ab Quels troupiers veux-tu pour la choura? \u00bb demande Donaldson \u00e0 Talsma.<\/p>\n<p>\u00ab Ceux que tu voudras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont tes gardes du corps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je fais confiance \u00e0 tous nos hommes sans exception. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019espoir est formidable.<\/p>\n<p><strong>VIIIe jour : Le retour de One-Niner et la patrouille aux \u0153ufs<\/strong><\/p>\n<p>Le major Ryan Jurkowski, commandant de la Compagnie Alpha, mieux connu sous le nom de One-Niner, a quitt\u00e9 la base canadienne de Masum Ghar pour Salavat. Bien que la distance \u00e0 parcourir ne soit que de 10 kilom\u00e8tres, le trajet n\u2019est pas facile. En partant de la maison du peloton de Mohajerin, \u00e0 quelques milliers de m\u00e8tres \u00e0 peine, on passe par une route de combat cahoteuse qu\u2019il faut faire nettoyer \u00e0 la main par les troupes chaque fois qu\u2019un convoi doit l\u2019emprunter. Ce qui prend des heures, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Jurkowski s\u2019en vient pour participer \u00e0 la choura, mais aussi pour s\u2019occuper de Saed, qui fait preuve de discr\u00e9tion depuis sa flamb\u00e9e deux jours auparavant.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur des murs blancs de l\u2019enceinte de l\u2019\u00e9cole, le campement grouille d\u2019activit\u00e9s, tout le monde se pr\u00e9parant \u00e0 recevoir les villageois de Salavat juste de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des barbel\u00e9s entourant la base.<\/p>\n<p>Si la choura est si importante, c\u2019est principalement parce que l\u2019homme important de la place, Hajji Pir Mohammed, doit y assister. M\u00eame si les rumeurs \u00e0 son \u00e9gard ne sont pas toutes bonnes, c\u2019est quand m\u00eame quelqu\u2019un. \u00ab Est-ce le m\u00eame Hajji Pir Mohammed qu\u2019on soup\u00e7onnait de lancer des obus sur la base? demande un soldat du 1er Peloton. Est-ce qu\u2019il pourrait y en avoir deux? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, c\u2019est le m\u00eame \u00bb, r\u00e9pond le lieutenant Andrew Stocker, le chef de l\u2019\u00c9quipe de liaison et de mentorat op\u00e9rationnel (ELMP).<\/p>\n<p>Quelques instants apr\u00e8s, un soldat de l\u2019ANA se pr\u00e9sente \u00e0 la terrasse du quartier g\u00e9n\u00e9ral et, sans c\u00e9r\u00e9monies, dit que la choura est annul\u00e9e. Les villageois ne veulent pas venir. Talsma secoue la t\u00eate et rentre au poste de commandement.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Un tournoi de baby-foot en fin de soir\u00e9e. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/Afghaninset4.jpg\" alt=\"Un tournoi de baby-foot en fin de soir\u00e9e. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"343\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un tournoi de baby-foot en fin de soir\u00e9e. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Un peu plus tard, Jurkowski fait ressentir sa pr\u00e9sence dans le camp en soulevant des objections relativement aux projets que les sapeurs sont en train d\u2019ex\u00e9cuter autour du camp, comme la reconstruction des latrines.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que quelque chose ne tourne pas rond? \u00bb demande-t-il \u00e0 Talsma.<\/p>\n<p>Talsma regarde autour de lui, essayant de deviner ce qui ne va pas.<\/p>\n<p>\u00ab Oui, mon major, on devrait faire travailler des fantassins, ici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, on devrait faire travailler les gens de la place. \u00bb<\/p>\n<p>Merde, pense Talsma, presque.<\/p>\n<p>Talsma part \u00e0 la recherche de l\u2019adjudant Dan Eisan pour lui dire de suspendre les travaux qui ne concernent pas la d\u00e9fense jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils puissent recruter des ouvriers locaux pour le faire \u00e0 leur place.<\/p>\n<p>Eisan lui jette un regard furieux. Il n\u2019y en a pas, de volontaires locaux.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire du tout \u00bb dit Eisan, tout en dansant sur place.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s midi, Jurkowski rassemble le peloton pour faire la mise \u00e0 jour officielle sur la situation, le plan et tout.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est l\u2019effort principal du groupement tactique, dit-il en regardant autour du camp. Le front, c\u2019est nous. Il n\u2019y a rien entre nous et Nakhonay actuellement.<\/p>\n<p>\u00ab Ils s\u2019attendent \u00e0 une attaque (\u00e0 Nakhonay); on va leur faire croire que \u00e7a s\u2019en vient toutes les 72 ou 96 heures, mais \u00e7a s\u2019en vient pas avant trois semaines.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019ennemi ne sait pas quoi faire en ce qui nous concerne. Mais ne prenez pas \u00e7a pour une garantie, ne croyez pas que vous \u00eates en s\u00e9curit\u00e9. Quand vous allez en patrouille, que vous marchez le long de la principale, sans casque, que vous serrez les mains, n\u2019oubliez pas qu\u2019il y a des tueurs dans les environs, pr\u00eats \u00e0 vous descendre.<\/p>\n<p>\u00ab Quelle est la mission? \u00c7a s\u2019appelle resserrer la prise, et c\u2019est comme \u00e7a que la merde s\u2019\u00e9tale. Le progr\u00e8s qu\u2019il y a eu au district Dand se propage \u00e0 travers l\u2019Afghanistan du Sud. On doit faire la m\u00eame chose ici. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on est ici.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est un plan de campagne mis de l\u2019avant par le g\u00e9n\u00e9ral Stanley McChrystal et adopt\u00e9 par le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Jonathan Vance. Notre espace de bataille a diminu\u00e9, alors on peut se concentrer sur la population plut\u00f4t que simplement livrer bataille. La mission, c\u2019est la protection in\u00e9branlable de la population.<\/p>\n<p>\u00ab Le 2e Peloton m\u00e8ne des op\u00e9rations offensives par ici pour actualiser les plans de votre commandant. Ensuite, on va proba\u00adblement faire le bond suivant, pour cr\u00e9er une base de patrouille (au sud) et vous d\u00e9m\u00e9nagerez pour devenir la force d\u2019assaut.<\/p>\n<p>\u00ab Ne vous attendez pas \u00e0 rester quelque part plus de trois ou quatre semaines. On veut remettre ces endroits aux forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes pour pouvoir sacrer notre camp. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le sergent MacDougall s\u2019assied sur\u00a0un cheval lors de la patrouille aux \u0153ufs. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/07\/Afghaninset5.jpg\" alt=\"Le sergent MacDougall s\u2019assied sur un cheval lors de la patrouille aux \u0153ufs. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"490\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le sergent MacDougall s\u2019assied sur un cheval lors de la patrouille aux \u0153ufs. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Apr\u00e8s le discours, c\u2019est le temps de la premi\u00e8re vraie offensive du 1er Peloton \u00e0 la bataille de Salavat; le sergent Dwayne MacDougall, qui est en train de m\u00e9riter rapidement son sur\u00adnom de \u00ab syst\u00e8me de pacification de village \u00e0 homme unique, \u00bb prendra la t\u00eate de la patrouille au magasin du village avoi\u00ads\u00adinant pour acheter une grande quantit\u00e9 de ravitaillements, surtout des \u0153ufs. Il s\u2019agit d\u2019une id\u00e9e qu\u2019il a eue quelques jours avant : un mouvement par la base pour se faire des alli\u00e9s en commen\u00e7ant par adh\u00e9rer \u00e0 la collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, pour ce qui semble \u00eatre la milli\u00e8me fois, une patrouille de soldats canadiens et afghans s\u2019introduit dans l\u2019enceinte. Ils font la queue dans l\u2019enceinte poussi\u00e9reuse, attachent leur casque bien serr\u00e9, logent une cartouche dans la chambre et se pr\u00e9parent \u00e0 traverser les barbel\u00e9s.<\/p>\n<p>Toutefois, ce n\u2019est pas une longue marche. Le magasin ne se trouve qu\u2019\u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres du camp. En chemin, la patrouille passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du PO sovi\u00e9tique, la butte artificielle o\u00f9 a eu lieu une attaque d\u00e9vastatrice \u00e0 l\u2019EEI contre les gars du 22e quelques semaines auparavant et un objectif strat\u00e9gique du 1er Peloton au d\u00e9but, mais qui n\u2019a plus d\u2019importance actuellement.<\/p>\n<p>Les Afghans du magasin savaient que les\u00a0Canadiens allaient venir et une grande foule attend la patrouille. Il y a plus d\u2019Afghans que pr\u00e9vu, mais MacDougall n\u2019h\u00e9site pas. En lan\u00e7ant son cri habituel en pachtou (manana!), il s\u2019enfonce dans la foule m\u00e9fiante sans h\u00e9siter et se met \u00e0 serrer des mains et \u00e0 distribuer des bonbons.<\/p>\n<p>Personne ne peut lui r\u00e9sister. Le marchandage n\u2019est pas tr\u00e8s dynamique parce que \u00e7a ne lui fait rien de payer deux ou m\u00eame trois fois le prix : il ne s\u2019agit que de deux ou trois dollars.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019emplette, MacDougall monte sur un cheval qui est apparu d\u2019on ne sait o\u00f9 et parade devant le magasin, ce qui amuse les Afghans et chagrine ses soldats qui s\u2019efforcent de rester alertes malgr\u00e9 une atmosph\u00e8re devenue carnavalesque.<\/p>\n<p>Lorsque la patrouille se pr\u00e9pare \u00e0 partir, le jusqu\u2019au-boutiste rev\u00eache surnomm\u00e9 La punition du nord arrive d\u2019un pas nonchalant devant le magasin et lance des coups d\u2019\u0153il mena\u00e7ants tour \u00e0 tour aux Canadiens et aux Afghans.<\/p>\n<p>\u00ab On va l\u2019\u00e9craser \u00bb, dit MacDougall en le regardant s\u2019\u00e9loigner.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 la patrouille passe au nord de Salavat, une autre maison de peloton canadien, A-10, \u00e0 environ un kilom\u00e8tre \u00e0 l\u2019est, subit une attaque. Le son des mitrailleuses lourdes retentit fortement m\u00eame \u00e0 1 200 m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Le feu dure un certain temps, ne finissant que lorsque le tir des canons M-777 canadiens de Sperwhan Ghar entrent en jeu. \u00ab C\u2019est \u00e9trange, dit pour rire le caporal-chef Shave Stackpole au retour \u00e0 la base, mais c\u2019est une des affaires que j\u2019aime le plus ici, d\u2019entendre les M-777, les explosions et le feu des mitrailleuses. Ouais. \u00c7a rappelle la libert\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Par la suite arrive le rapport qu\u2019un insurg\u00e9 solitaire arm\u00e9 d\u2019un AK-47 a attaqu\u00e9 la base. Le barrage extr\u00eame du tir canadien, il faut le dire, est certainement une mani\u00e8re d\u2019exploiter au maximum la th\u00e9orie habituelle de la contrinsurrection. Les villageois de Salavat, quant \u00e0 eux, ne semblent pas du tout impressionn\u00e9s par cet \u00e9talage de destruction.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, le commandement canadien commence \u00e0 se faire une id\u00e9e de Saed. En un mot : ce que Saed manigance n\u2019importe pas vraiment parce qu\u2019il n\u2019y a personne pour le remplacer et qu\u2019on n\u2019y peut rien, sauf faire preuve de prudence. \u00ab Les Afghans et les Pachtous ont une mani\u00e8re bien \u00e0 eux d\u2019op\u00e9rer et d\u2019assurer leurs propres int\u00e9r\u00eats \u00bb, dit Jurkowski, assis \u00e0 la terrasse derri\u00e8re le poste de commandement apr\u00e8s le repas, \u00ab et je ne dis pas \u00e7a de mani\u00e8re n\u00e9gative. Je ne reprocherais jamais \u00e0 qui que ce soit de faire le n\u00e9cessaire pour nourrir sa famille et \u00e9viter qu\u2019elle soit tu\u00e9e. Ce qui veut dire que ce qu\u2019il faut qu\u2019il fassent, il faut qu\u2019ils le fassent. \u00bb<\/p>\n<p>S\u2019il y a une chose \u00e0 laquelle les Afghans excellent, poursuit-il, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019\u00e9talent pas leurs cartes tant qu\u2019ils n\u2019ont pas pris de d\u00e9cision; ils jouent sur les deux tableaux jusqu\u2019\u00e0 ce que leur s\u00e9curit\u00e9 soit assur\u00e9e. Dans le monde obscur de la contrinsurrection, il y a des choses qu\u2019on ne peut qu\u2019accepter. Il faut s\u2019occuper de sa propre s\u00e9curit\u00e9 et \u00eatre disponible pour le peuple quand il le demande, et m\u00eame quand il ne le demande pas. \u00bb<\/p>\n<p>Bien qu\u2019aux yeux d\u2019un Canadien, \u00eatre officier dans l\u2019ANA ressemble \u00e0 de l\u2019engagement, pour Saed, comme ce sera bien\u00adt\u00f4t \u00e9vident, cela veut simplement dire qu\u2019il s\u2019engage \u00e0 servir dans l\u2019arm\u00e9e afghane sans tenir compte de qui est au pouvoir \u00e0 Kaboul. C\u2019est toute une distinction.<\/p>\n<p>Le lieutenant Andrew Stocker, \u00e2g\u00e9 de 23 ans, le chef de l\u2019ELMP au centre de l\u2019orage concernant Saed, le dit plus brutalement que Jurkowski. \u00ab C\u2019est une guerre o\u00f9 tout le monde connait un taliban; c\u2019est la nature des guerres civiles et des guerres tribales, dit-il. La perception et la possibilit\u00e9 [que Saed collabore avec les talibans] sont de vrais probl\u00e8mes, parce que la perception d\u00e9truit la confiance, qu\u2019elle soit fond\u00e9e ou pas, et si elle est fond\u00e9e, elle sape tout l\u2019effort militaire.<\/p>\n<p>\u00ab Saed est un tr\u00e8s bon commandant qui n\u2019a pas pris de repos depuis trop longtemps, alors il a perdu quelque peu le sens de la mesure, dit Stocker. L\u2019absence sans permission et la d\u00e9sertion, c\u2019est probl\u00e9matique. L\u2019ANA a 30 gars ici et 20 \u00e0 Mohajerin; pourtant l\u2019effectif est de 140 hommes sur papier. Et leur commandant (un capitaine) devait revenir de permission il y a trois semaines. \u00bb<\/p>\n<p>Saed n\u2019est pas parti. Bien que les soup\u00e7ons relativement \u00e0 ses raisons et \u00e0 son honorabilit\u00e9 ne diminuent pas \u2014 Talsma ne lui fait ouvertement pas confiance \u2014 il n\u2019y pas de m\u00e9canisme pour le remplacer, m\u00eame s\u2019il y avait quelqu\u2019un pour ce faire.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame soir\u00e9e-l\u00e0, le 1er Peloton organise son premier tournoi de baby-foot. Les membres des Forces canadiennes dans l\u2019ensemble, surtout ceux de la PPCLI, sont des joueurs fanatiques de baby-foot et, on ne sait trop comment, il y a une table dans cet avant-poste, ce qui n\u2019a vraiment rien de surprenant. \u00ab Il y a deux bonnes raisons pour venir en Afghanistan : le sexe d\u2019apitoiement avant et le baby-foot pendant \u00bb, dit un soldat pr\u00e8s de la table.<\/p>\n<p>Le sergent-major de compagnie arrive et arr\u00eate le tournoi sans fanfare ni trompette. Les lampes frontales des joueurs pourraient d\u00e9signer l\u2019endroit de la base \u00e0 l\u2019ennemi, dit-il. Quand il est parti, les soldats se moquent de son argument, mais le tournoi est quand m\u00eame termin\u00e9. \u00ab La seule chose qui nous diff\u00e9rencie des talibans, c\u2019est le baby-foot \u00bb, dit un soldat qui s\u2019enfonce dans la nuit en grommelant.<\/p>\n<p><strong>Au prochain num\u00e9ro : Saed tente un coup de force, Talsma survit \u00e0 un combat au couteau avec un serpent afghan et les villageois de Salavat semblent abandonner tout espoir relativement \u00e0 l\u2019OTAN.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 1er Peloton entre \u00e0 Salavat. PHOTO : ADAM DAY Le monde obscur de la contrinsurrection La pr\u00e9sente est la 3e partie de notre s\u00e9rie sur les efforts canadiens pour le c\u0153ur et l\u2019esprit des gens de Salavat, une collectivit\u00e9 r\u00e9tive du district mal fam\u00e9 de Panjwai, dans la province de Kandahar. 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