{"id":4658,"date":"2019-02-18T12:57:55","date_gmt":"2019-02-18T16:57:55","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=4658"},"modified":"2019-02-21T12:58:20","modified_gmt":"2019-02-21T16:58:20","slug":"la-guerre-de-pepere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2019\/02\/la-guerre-de-pepere\/","title":{"rendered":"La guerre de P\u00e9p\u00e8re"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img\">\r\n        <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4659 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-1.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"735\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-1.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-1-245x300.jpg 245w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Henry Goulet (\u00e0 d.) et Ephrem Tremblay de Biggar, Saskatchewan, deux amis qui se sont rendus \u00e0 Montr\u00e9al s\u2019enr\u00f4ler dans le 22e bataillon. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Avec l\u2019aimable courtoisie de Michelle T. Lambert<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><b><i>Hormidas Odilon Goulet s\u2019enr\u00f4la dans le 22<sup>e <\/sup>bataillon, \u00e0 Montr\u00e9al, en 1914. En entendant son nom, l\u2019officier lui dit : \u00ab On vous appellera <\/i><\/b><span class=\"s1\"><b><i>Henry \u00bb. Henry combattit<\/i><\/b><\/span><b><i> en France et en Belgique jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit bless\u00e9, en 1916. Il fut r\u00e9form\u00e9 en 1917. Son journal a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 pour le pr\u00e9sent m\u00e9moire par sa petite-fille, Michelle T. Lambert.<\/i><\/b><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Nous sommes en 1914<\/b>. Je suis tann\u00e9 de la ferme et de pr\u00e9parer mes propres repas. Pas de blonde. Un vieil homme me parle de la guerre. Elle ne peut pas durer tr\u00e8s longtemps, me dit-il. Le gouvernement canadien recrute.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Je parle \u00e0 mon bon ami Ephrem Tremblay et nous allons \u00e0 Saskatoon pour nous enr\u00f4ler. De retour avant le printemps, pensons-nous. On nous refuse. \u00ab Le nombre d\u2019offres d\u00e9passe les besoins, mais vous \u00eates Canadiens-Fran\u00e7ais. Allez \u00e0 Montr\u00e9al. On y l\u00e8ve un bataillon canadien-fran\u00e7ais. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Nous retournons chez nous, juste au sud de Biggar (Saskatchewan). Ephrem vend du bl\u00e9 et je vends du b\u00e9tail. Assez pour les billets de train et la bi\u00e8re. Le billet coute 50,50 $. Nous remplissons une valise de nourriture et prenons un train de la Grand Trunk Railway pour Winnipeg. Ensuite, nous passons par les \u00c9tats-Unis jusqu\u2019\u00e0 Chicago, puis nous retournons au Dominion du Canada, et apr\u00e8s, au Qu\u00e9bec. \u00c0 Montr\u00e9al, nous sommes incorpor\u00e9s dans le 22<sup>e<\/sup> Bataillon (canadien-fran\u00e7ais) du Corps exp\u00e9ditionnaire canadien. Nous sommes le 2 novembre 1914.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>On nous emm\u00e8ne<\/b> \u00e0 Saint-Jean-sur-Richelieu, pas tr\u00e8s loin au sud-est de Montr\u00e9al, o\u00f9 nous nous entrainons pendant l\u2019hiver. La solde est d\u2019un dollar et dix cennes par jour, et l\u2019ordinaire, la lessive et les v\u00eatements sont compris. Nous sommes dans un grand b\u00e2timent de Saint-Jean o\u00f9 nous avons trois planches \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 six pouces du sol pour dormir. J\u2019entends parler des gars qui ont fait de la prison : l&#8217;arm\u00e9e ou la prison. Quel choix.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Je comprends vite que je dois ob\u00e9ir aux ordres. L\u2019entrainement est dur, et la pitance est mauvaise, mais ce n&#8217;est pas la faute du gouvernement. J\u2019ai entendu dire que le major empoche de l\u2019argent des denr\u00e9es. Soupe et pain. Nous allons en ville la nuit, o\u00f9 le whisky coute cinq cennes le verre; haricots ou macaroni : m\u00eame prix.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Au printemps 1915, nous partons pour Amherst, en Nouvelle-\u00c9cosse, puis pour Halifax, o\u00f9 on nous fait garder des prisonniers. Le 20 mai, nous sommes environ 2 000 \u00e0 bord du <i>Saxonia<\/i>, \u00e0 destination de l&#8217;Angleterre. Encore l\u2019entrainement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La c\u00f4te est vraiment belle avec toutes ces fleurs. Je n\u2019ai jamais vu autant de belles fleurs. Comme je parle anglais, je suis des cours de poseur de lignes. Vient ensuite l&#8217;appel au service actif. Le 15 septembre 1915, nous embarquons \u00e0 Douvres : cap sur la France. <\/span><span class=\"s2\">Places debout seulement pendant cinq heures :<\/span><span class=\"s1\"> protection contre les sous-marins, nous dit-on. <i>J\u2019aimerais \u00eatre de retour chez nous<\/i>.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4661 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-3.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"877\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-3.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-3-205x300.jpg 205w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Des m\u00e9decins soignant les bless\u00e9s dans une tranch\u00e9e, en septembre 1916, pr\u00e8s de Courcelette, en France, lors de la bataille de Flers-Courcelette. Le soldat Goulet a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 pendant la bataille. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>William Ivor Castle\/MDN\/BAC\/PA-000627<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><b>Nous d\u00e9barquons<\/b> au port de Calais, dans le nord de la France, en chemin vers les tranch\u00e9es. Nous nous battons dans la 5<sup>e<\/sup> Brigade d&#8217;infanterie, 2<sup>e<\/sup> division canadienne, en France. Il fait mauvais temps. On doit dormir dans la boue.<\/p>\n<p class=\"p2\">Ephrem, mon meilleur ami, est tu\u00e9 aujourd&#8217;hui, le 2 octobre 1915. Il \u00e9tait en haut d&#8217;une tranch\u00e9e \u00e0 placer des sacs de sable. Un tireur d\u2019\u00e9lite allemand l\u2019a atteint. Il avait 10 ans de plus que moi, et pour moi il \u00e9tait comme un p\u00e8re. Il veillait sur moi.<\/p>\n<p class=\"p1\"><b>En juillet 1916<\/b>, je suis envoy\u00e9 aux premi\u00e8res lignes pr\u00e8s d&#8217;Ypres, en Belgique. Maudites attaques, et tellement de rats. Lourdes pertes canadiennes.<\/p>\n<p class=\"p2\">Au d\u00e9but de septembre, je suis \u00e0 Ypres, puis \u00e0 St-Eloi, en France, dans une \u00e9quipe qui se pr\u00e9pare \u00e0 un assaut \u00e0 la ba\u00efonnette. On nous dit de prendre un crat\u00e8re entre nos tranch\u00e9es et celles des Allemands. Plusieurs hommes y passent. Il pleut tellement. Pied des tranch\u00e9es. Une nuit, j\u2019ai d\u00fb enterrer quatre hommes sous moi. Un gars d\u00e9couvre un puits profond. Nous le remplissons de soldats morts.<\/p>\n<p class=\"p2\">Je re\u00e7ois tr\u00e8s peu de lettres dans l&#8217;arm\u00e9e. Il y en a qui re\u00e7oivent des colis avec leurs lettres. Ma famille est tr\u00e8s pauvre, et mes s\u0153urs ont des familles nombreuses. Je ne re\u00e7ois jamais de colis.<\/p>\n<p class=\"p2\">Je suis transf\u00e9r\u00e9 ailleurs en Belgique, o\u00f9 je dois panser le cheval du major Georges P. Vanier. La bataille est f\u00e9roce. Les Britanniques lancent une vaste offensive. Il y a 50 gros chars qui traversent les tranch\u00e9es et les fils de fer barbel\u00e9s. Beaucoup d&#8217;avions au-dessus de nos t\u00eates, et tellement d&#8217;artillerie lourde. J\u2019entends de plus en plus mal. Les bombes nous tombent dessus. Lourdes pertes. Un tiers des soldats britanniques sont tu\u00e9s. Il y a des cadavres partout, des bless\u00e9s qui crient au secours. Des r\u00e9giments de 900 ou 1 000 hommes o\u00f9 il n\u2019en reste qu\u2019une centaine. Des soldats en \u00e9tat de choc, d&#8217;autres qui prient \u00e0 haute voix. C&#8217;est l\u2019enfer.<\/p>\n<p class=\"p2\">Nous saisissons le village de Courcelette, au nord de la France. Nous sommes le 15 septembre 1916. Nous sommes quatre dans un crat\u00e8re d\u2019obus. Et puis un obus explose derri\u00e8re nous. Deux officiers sont tu\u00e9s. Un soldat est bless\u00e9, et il fait l&#8217;erreur de se lever. Il est tout de suite atteint d\u2019une balle. Impossible de compter les bless\u00e9s. <i>Je voudrais rentrer chez nous<\/i>.<\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4662 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-4.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"443\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-4.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-4-300x222.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Une plaque de reconnaissance du service pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Henry Goulet en juillet 1919. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>BAC; avec l&#8217;aimable permission de Michelle T. Lambert<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>J&#8217;ai 61 blessures<\/b>, des \u00e9clats d&#8217;obus partout dans le corps, surtout du c\u00f4t\u00e9 gauche. L\u2019\u00e9paule et le bras gauche gri\u00e8vement bless\u00e9s. Je me sers de mon fusil comme d\u2019une canne. Je tombe dans un trou et y reste jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une estafette, un vieil \u00c9cossais, m\u2019aide \u00e0 en sortir. Le sang me fait froid. D\u2019abord, j\u2019ai chaud; ensuite, j\u2019ai froid. Suis-je en train de mourir?<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Maintenant, je me r\u00e9veille tout en sueur, en pensant \u00e0 la bataille de Flers-Courcelette, aux soldats enterr\u00e9s, et \u00e0 mon ami mort \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les hommes sont transport\u00e9s deux par deux dans des charrettes \u00e0 deux roues pouss\u00e9es par quatre soldats. On panse nos blessures et on nous donne une cigarette. On nous hisse dans des camions; sangl\u00e9s pour ne pas tomber. Le trajet est p\u00e9nible parce que le conducteur doit \u00e9viter les trous d&#8217;obus. Nous jurons sans cesse.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Enfin, on arrive \u00e0 une ambulance, sous la tente, au nord de la Somme, entre Arras et Albert. Il neige! L&#8217;offensive de la Somme s\u2019enraie le 18 novembre 1916, apr\u00e8s cinq longs mois de combats.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Certains sont envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en France. Le lendemain, je suis sur une civi\u00e8re dans un bateau en partance pour l&#8217;Angleterre. Je suis transport\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Londres, \u00e0 un h\u00f4pital du parc Richmond. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le Corps m\u00e9dical britannique. Je suis le seul non-Britannique. On m\u2019appelle le colonial.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Mes blessures prennent beaucoup de temps \u00e0 gu\u00e9rir, et mon bras est ankylos\u00e9. Les infirmi\u00e8res me font des massages. Le docteur me dit d\u2019exercer le bras, mais je ne le fais pas parce que je ne veux pas retourner aux tranch\u00e9es. On m\u2019envoie \u00e0 une maison de convalescence. L\u2019endroit est agr\u00e9able, le manger est bon et il y a beaucoup de divertissements.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Apr\u00e8s quelques semaines, on m\u2019envoie dans le Kent, au village de Sandgate, pr\u00e8s de Folkestone. L\u00e0, je suis en service r\u00e9duit : je sers le caf\u00e9. Au moins, je ne suis pas dans les tranch\u00e9es. L\u2019arri\u00e8re du b\u00e2timent donne sur la mer, alors je vais \u00e0 la plage me d\u00e9gourdir les jambes. Je rencontre une jolie fille aux cheveux roux. Je pense qu&#8217;elle m\u2019\u00e9pouserait, mais je ne la vois pas vivre dans une maison de ferme.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le public canadien fait du tapage parce que l\u2019arm\u00e9e garde tant d\u2019estropi\u00e9s en Angleterre, et parce qu\u2019il est oblig\u00e9 d\u2019envoyer trop de nourriture. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les sous-marins allemands sont encore tr\u00e8s actifs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">Encore un examen m\u00e9dical. Beaucoup sont renvoy\u00e9s en France. D&#8217;autres obtien-nent six mois de service r\u00e9duit, et puis <span class=\"s2\">ensuite, c\u2019est les tranch\u00e9es en se faisant dire : <\/span><br \/>\n\u00ab Bonne chance, mon pote \u00bb. Quand c\u2019est mon tour : \u00ab Quant \u00e0 vous, c\u2019est le Canada \u00bb. Je n\u2019en crois pas mes oreilles! J\u2019ai tellement h\u00e2te de retourner chez nous!<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Quelques jours apr\u00e8s, je suis \u00e0 bord d\u2019un bateau qui retourne au Canada. Nous sommes 15 seulement. Plusieurs jours pr\u00e8s de la c\u00f4te d\u2019Irlande; faut attendre de pouvoir voyager en s\u00e9curit\u00e9.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4660 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-2.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"877\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-2.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/peperes-war-story-2-205x300.jpg 205w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Des notes du dossier m\u00e9dical du soldat Goulet d\u00e9crivent ses multiples blessures, caus\u00e9es par des \u00e9clats d\u2019obus. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>BAC; avec l&#8217;aimable permission de Michelle T. Lambert<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Accostage \u00e0 Qu\u00e9bec. L\u00e0, je pr\u00e9tends que je ne parle pas Fran\u00e7ais, et j\u2019ai beaucoup de plaisir avec les serveuses. Parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9paule gauche; \u00e7a ne se voit pas, bien s\u00fbr. Dans le train, une dame fait une remarque comme quoi les bons gar\u00e7ons ne reviennent pas, mais les mauvais, oui, et je lui dis que je suis un des plus mauvais, que j\u2019\u00e9tais l\u00e0-bas depuis 1914. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 parti tr\u00e8s, tr\u00e8s longtemps.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Je suis dans un groupe envoy\u00e9 \u00e0 Moose Jaw, en Saskatchewan. Nous sommes re\u00e7us comme des h\u00e9ros! C\u2019est bon d\u2019\u00eatre de retour, mais j\u2019ai de la mis\u00e8re \u00e0 dormir. <i>Maintenant, je me r\u00e9veille en sueur, en pensant \u00e0 la bataille de Flers-Courcelette, \u00e0 l\u2019enterrement de soldats, et \u00e0 mon ami qui meurt \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi<\/i>.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">On nous dit que nous pouvons suivre des cours. Je suis press\u00e9 de quitter l\u2019uniforme et de revoir ma maison. Je parle de ma ferme au m\u00e9decin principal, et je lui dis que <i>je veux retourner chez nous<\/i>. Apr\u00e8s un bon moment, le bon docteur parle : \u00ab Vous pouvez rester ici jusqu\u2019au printemps. Mais si vous voulez la r\u00e9forme, vous l\u2019obtiendrez bient\u00f4t. \u00bb Il organise un examen m\u00e9dical et recommande une petite pension du gouvernement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Enfin de retour chez nous, sur ma terre. Ma petite pension prend beaucoup de temps \u00e0 me venir d\u2019Ottawa. Mon \u00e9paule me fait mal, et je ne peux pas m\u2019arr\u00eater de penser. Je finis par m&#8217;endormir. <i>Je me r\u00e9veille en sueur, en pensant \u00e0 la bataille de Flers-Courcelette, \u00e0 l\u2019enterrement de soldats, et \u00e0 mon ami qui meurt \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi<\/i>.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">\u00c9pilogue : Mon p\u00e9p\u00e8re, Hormidas Odilon Goulet (surnomm\u00e9 Henry), s\u2019est d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la L\u00e9gion royale canadienne jusqu&#8217;\u00e0 sa mort, en 1978. Il allait \u00e0 la filiale assidument, pour en soutenir les causes et parler avec ses vieux copains, et il n\u2019en disait que du bien. Chaque ann\u00e9e, le jour du Souvenir, beau temps, mauvais temps, il rev\u00eatait son uniforme et allait au c\u00e9notaphe. Il ne <\/span>disait jamais o\u00f9 il allait, ni pourquoi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hormidas Odilon Goulet s\u2019enr\u00f4la dans le 22e bataillon, \u00e0 Montr\u00e9al, en 1914. En entendant son nom, l\u2019officier lui dit : \u00ab On vous appellera Henry \u00bb. Henry combattit en France et en Belgique jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit bless\u00e9, en 1916. Il fut r\u00e9form\u00e9 en 1917. 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