{"id":4334,"date":"2017-10-26T12:12:39","date_gmt":"2017-10-26T16:12:39","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=4334"},"modified":"2017-10-26T12:13:42","modified_gmt":"2017-10-26T16:13:42","slug":"103-jours-enfer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2017\/10\/103-jours-enfer\/","title":{"rendered":"103 jours enfer"},"content":{"rendered":"<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-4348\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Passendale.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"318\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Passendale.jpg 480w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Passendale-300x169.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4349\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Call-out.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"515\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Call-out.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Call-out-300x258.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le village <\/span>de Passendale porte un joli nom. En flamand comme en fran\u00e7ais, il coule avec lyrisme sur la langue, \u00e9voquant des images de clairi\u00e8res et de verdure luxuriante parsem\u00e9e de fleurs. Malheureusement, un hasard g\u00e9ographique fit de Passendale un synonyme de massacre insens\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s2\"><b>Pendant la<\/b> Premi\u00e8re Guerre mondiale, le village devint un \u00e9norme cloaque o\u00f9 les r\u00eaves, les projets et les r\u00e9putations allaient s\u2019engloutir. Dernier objectif de la troisi\u00e8me bataille d\u2019Ypres, il fut disput\u00e9 comme s\u2019il s\u2019agissait de la cl\u00e9 de la victoire, alors que sa valeur tactique \u00e9tait douteuse. \u00c0 l\u2019approche de l\u2019hiver 1917, le Corps devait capturer ses hauteurs, et mettre ainsi fin \u00e0 l\u2019agonie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s2\">Au milieu de 1917, les dirigeants de la Grande-Bretagne et de la France avaient compris qu\u2019ils ne gagneraient pas la guerre cette ann\u00e9e-l\u00e0. Ils se concentr\u00e8rent donc sur des op\u00e9rations restreintes servant \u00e0 affaiblir la r\u00e9sistance de l\u2019ennemi, en vue d\u2019une derni\u00e8re offensive qui serait lanc\u00e9e en 1918, lorsque les Am\u00e9ricains seraient l\u00e0 en grand nombre.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4337\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-2.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"796\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-2.jpg 754w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-2-226x300.jpg 226w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Ma\u00eetre de son art La mar\u00e9chal Douglas Haig, commandant de l\u2019arm\u00e9e britannique en France, a pourtant n\u00e9glig\u00e9 de tenir compte des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span><span class=\"s1\"><i>archives de la revue L\u00e9gion<\/i><\/span><\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Douglas Haig, commandant de l\u2019arm\u00e9e britannique en France, ne voyait pas les choses du m\u00eame \u0153il. Il ne voulait pas attendre les Am\u00e9ricains; il voulait entreprendre une action d\u00e9cisive avant qu\u2019ils n\u2019arrivent pour revendiquer la victoire. Motiv\u00e9 par la pr\u00e9diction apocalyptique (mais erron\u00e9e) de la Marine royale voulant que la guerre soit perdue avant 1918 si les ports fran\u00e7ais et belges de la Manche n\u2019\u00e9taient pas interdits aux U-boots, il planifia un coup de maitre pr\u00e8s d\u2019Ypres pour reprendre Zeebruges et Ostende. Ensuite, sa cavalerie pourrait lib\u00e9rer la Belgique par l\u2019ouest.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le premier acte serait une attaque \u00e0 la cr\u00eate de Messines, au sud d\u2019Ypres, orchestr\u00e9e par la Deuxi\u00e8me arm\u00e9e britannique command\u00e9e par le mar\u00e9chal Herbert Plumer. Avec son teint rougeaud et sa moustache gauloise, il ressemblait tout \u00e0 fait \u00e0 la caricature du g\u00e9n\u00e9ral poussif et sac \u00e0 vin que le soldat et po\u00e8te Siegfried Sassoon ridiculisait si f\u00e9rocement, mais ces apparences \u00e9taient trompeuses. Plumer \u00e9tait un des meilleurs g\u00e9n\u00e9raux de la guerre, m\u00e9ticuleux dans ses pr\u00e9paratifs et tout \u00e0 fait imperturbable. \u00c0 Messines, il monta une op\u00e9ration \u00ab mordre et tenir bon \u00bb, o\u00f9 il s\u2019agit de lancer une attaque sur un objectif restreint affaibli par une grande quantit\u00e9 d\u2019explosifs, puis d\u2019inviter l\u2019ennemi \u00e0 subir d\u2019importantes pertes lors de la contre-offensive. Le plan de Plumer tirait le meilleur parti des techniques mini\u00e8res, creusant de longs tunnels sous les lignes allemandes et les remplissant d\u2019ammonal. Quand ils explos\u00e8rent le 7 juin, le haut de la cr\u00eate fut pulv\u00e9ris\u00e9; tout comme la plupart des d\u00e9fenseurs. Les survivants, tourment\u00e9s par un barrage d\u2019artillerie d\u00e9vastateur, \u00e9taient trop sonn\u00e9s pour r\u00e9sister, et ce qui restait de la cr\u00eate passa aux mains des Britanniques.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La victoire \u00e0 Messines semblait donner raison \u00e0 Haig, qui y voyait la preuve qu\u2019une grande offensive en Belgique devait avoir lieu dans la foul\u00e9e de ce succ\u00e8s. Pour le Cabinet de guerre britannique, qui n\u2019avait jamais fait preuve d\u2019un grand enthousiasme pour les plans de Haig, Messines prouvait au contraire que de petites attaques sur des objectifs restreints \u00e9taient de loin sup\u00e9rieures \u00e0 une grande pouss\u00e9e. Mais les politiciens n\u2019avaient gu\u00e8re envie de se battre avec Haig, et ils lui permirent, bien qu\u2019\u00e0 contrec\u0153ur, de mettre ses plans \u00e0 ex\u00e9cution. Peut-\u00eatre esp\u00e9raient-ils qu\u2019il avait appris les dangers des grandes op\u00e9rations sans but pr\u00e9cis. Si c\u2019\u00e9tait le cas, ils auraient d\u00fb s\u2019inqui\u00e9ter de son changement de cap. \u00c0 l\u2019avant-garde, la Deuxi\u00e8me arm\u00e9e command\u00e9e par Plumer, dont la tactique \u00ab mordre et tenir bon \u00bb avait fait ses preuves, fut remplac\u00e9e par la Cinqui\u00e8me arm\u00e9e command\u00e9e par Hubert Gough, un vieux de la cavalerie dont la mentalit\u00e9 \u00e9tait d\u2019\u00ab avancer coute que coute \u00bb.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4339\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-4.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"806\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-4.jpg 898w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-4-223x300.jpg 223w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-4-768x1032.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-4-762x1024.jpg 762w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Imperturbable \u00c0 Passendale, le Corps canadiens \u00e9tait sous le commandement du mar\u00e9chal Herbert Plumer, commandant de la Deuxi\u00e8me arm\u00e9e britannique. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Wikimedia<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u00e8s le d\u00e9but, les couts furent bien plus importants que les avanc\u00e9es. L\u2019offensive fut lanc\u00e9e le 31 juillet et au bout de quatre jours, la Cinqui\u00e8me arm\u00e9e avait avanc\u00e9 de quelques kilom\u00e8tres, et perdu plus de 31 000 hommes. Haig rapporta que ces r\u00e9sultats \u00e9taient \u00ab tr\u00e8s satisfaisants \u00bb. Une deuxi\u00e8-me pouss\u00e9e, \u00e0 la mi-aout, n\u2019accomplit pas grand-chose et \u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019offensive fut victime d\u2019une chose que Haig et son \u00e9tat-major avaient, inexplicablement, omis de prendre en compte : la m\u00e9t\u00e9o.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La Flandre est une r\u00e9gion basse o\u00f9 la nappe phr\u00e9atique est haute, \u00e0 certains endroits \u00e0 peine un m\u00e8tre ou deux sous terre. Des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019agriculteurs belges avaient appris \u00e0 composer avec la topographie, b\u00e2tissant des r\u00e9seaux complexes de digues et de tranch\u00e9es pour ass\u00e9cher leurs champs. Mais trois ann\u00e9es de combats avaient d\u00e9truit pratiquement tous les syst\u00e8mes de drainage naturels ou artificiels. La Flandre \u00e9tait plaisante pendant la saison s\u00e8che, mais quand il pleuvait, l\u2019eau restait en surface, transformant les champs en marasmes boueux. Il commen\u00e7a \u00e0 pleuvoir le deuxi\u00e8me jour de l\u2019offensive.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le mois d\u2019aout battit des records de pluie, et la d\u00e9t\u00e9rioration du champ de bataille obligea Haig \u00e0 modifier ses plans. Vu l\u2019\u00e9tat du terrain, une grande pouss\u00e9e n\u2019avait plus rien de raisonnable, et il n\u2019\u00e9tait pas question d\u2019avancer le long de la c\u00f4te \u00e0 cause d\u2019un revers de situation au nord. Ainsi, la campagne deviendrait un volet de sa strat\u00e9gie d\u2019usure et d\u2019affaiblissement de l\u2019ennemi jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne puisse plus r\u00e9sister. Haig opta pour de petites attaques \u00e0 objectif limit\u00e9, redonnant la t\u00eate des op\u00e9rations \u00e0 Plumer et \u00e0 la Deuxi\u00e8me arm\u00e9e. C\u2019\u00e9tait la bonne d\u00e9cision, mais l\u2019un de ses effets ind\u00e9sirables fut une r\u00e9organisation massive du front qui fit perdre trois semaines de temps sec.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4338\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-3.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-3.jpg 1500w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-3-300x200.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-3-768x512.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-3-1024x683.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Longue marche: Deux soldats canadiens et un soldat allemand tentent de ne pas s\u2019embourber pendant la bataille de Passendale. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>MDN\/BAC\/PA-003737<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Lorsque l\u2019offensive reprit, le 20 septembre, la pluie \u00e9tait revenue. Plumer \u00e9tait quand m\u00eame enthousiasm\u00e9 par son plan qui comprenait une grosse concentration de fantassins et de pi\u00e8ces d\u2019artillerie sur un petit front en vue d\u2019un objectif qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 1 500 m\u00e8tres devant lui. Il fut enti\u00e8rement couronn\u00e9 de succ\u00e8s, comme le furent les attaques au bois de Gattigny, le 26 septembre et \u00e0 Broodseinde, le 4 octobre. Il n\u2019y avait cependant pas moyen de se cacher la dure v\u00e9rit\u00e9 : apr\u00e8s deux mois, la plupart des objectifs du premier jour \u00e9taient toujours entre les mains de l\u2019ennemi.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Des critiques maintiennent toujours que l\u2019offensive aurait d\u00fb \u00eatre annul\u00e9e \u00e0 cause de la pluie. Toutefois, la strat\u00e9gie d\u2019usure de Haig s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9e et il donnait maintenant trois raisons de continuer : soutenir une attaque imminente des Fran\u00e7ais en Champagne, occuper l\u2019ennemi pendant les pr\u00e9paratifs de l\u2019offensive de Cambrai et assurer de meilleures lignes pour l\u2019hiver en haut de la cr\u00eate de Passendale. On d\u00e9cida d\u2019une pause pour am\u00e9liorer les r\u00e9seaux routiers, dans l\u2019espoir que la pluie prenne fin, mais la campagne se poursuivrait.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4340\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-5.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"377\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-5.jpg 1500w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-5-300x200.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-5-768x512.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-5-1024x683.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>En route vers le front: Des officiers m\u00e8nent le 8e Bataillon vers la ligne de front \u00e0 Passendale en octobre 1917. Les 7e et 8e Bataillons captur\u00e8rent Vindictive Crossroads, au nord du village, le 6 novembre. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>MDN\/BAC\/PA-0020635<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>Haig \u00e9tait suffisamment<\/b> r\u00e9aliste pour savoir que l\u2019offensive ne pourrait pas reprendre sans de nouvelles troupes, et ses pens\u00e9es se portaient d\u00e9j\u00e0 sur le Corps canadien. Arthur Currie, commandant du Corps depuis juin 1917, n\u2019\u00e9tait pas ravi \u00e0 la perspective de s\u2019engager dans une campagne si peu prometteuse, mais au moins, il \u00e9tait satisfait de la chaine de commandement. Il ne cacha pas sa r\u00e9ticence \u00e0 placer le Corps sous le commandement de Gough, mais il avait confiance en Plumer, avec qui il avait beaucoup de choses en commun. Les 3<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> et 4<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> divisions canadiennes prirent position le 18 octobre, relevant le II ANZAC Corps. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le chemin vers le front aurait \u00e9branl\u00e9 les plus aguerris. L\u2019auteur d\u2019un journal du bataillon rapporta que des milliers de \u00ab chevaux et de mules morts gisent sur les quatre miles qui pr\u00e9c\u00e8dent la ligne de tir; un grand nombre de cadavres d\u2019hommes qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9terr\u00e9s par les explosions de gros obus soulignent l\u2019horreur dans laquelle est plong\u00e9e la r\u00e9gion \u00bb. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le N\u00e9o-\u00c9cossais Frank Iriam, qui avait parcouru le m\u00eame chemin en 1915 en tant que membre du 8<\/span><span class=\"s3\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> Bataillon, s\u2019est rappel\u00e9 par la suite que \u00ab la voie unique qui traversait la mer de boue \u00e9tait un d\u00e9sastre, un charnier et un parfait exemple de ce \u00e0 quoi devait ressembler l\u2019enfer \u00bb.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4346\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-11.jpg\" alt=\"\" width=\"566\" height=\"344\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-11.jpg 1418w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-11-300x182.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-11-768x466.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-11-1024x622.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 566px) 100vw, 566px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Renforts: Le g\u00e9n\u00e9ral Arthur Currie entour\u00e9 de ses officiers \u00e0 Passendale en novembre 1917. Currie avait exig\u00e9 que le Corps canadien serve avec la Deuxi\u00e8me arm\u00e9e britannique sous le commandement de Plumer. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>MDN\/BAC\/PA-002150<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les Canadiens \u00e9taient maitres de deux emplacements plus \u00e9lev\u00e9s. Juste \u00e0 gauche du centre, un \u00e9peron bas s\u2019\u00e9tendait vers le sud-ouest, vers Ypres, et aboutissait au hameau de Bellevue. \u00c0 droite, il y avait la ligne principale de la cr\u00eate de Passendale-Wytschaete. Entre les deux se trouvait un terrain v\u00e9ritablement d\u00e9sert : la vall\u00e9e de la rivi\u00e8re Ravebeek. Les berges de ce cours d\u2019eau avaient disparu depuis longtemps, transformant toute la r\u00e9gion en mar\u00e9cage de centaines de m\u00e8tres de large par endroits. Presque la moiti\u00e9 du secteur canadien \u00e9tait trop d\u00e9tremp\u00e9 pour \u00eatre utile, et l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e9tait encombr\u00e9e par les d\u00e9jections des combats que les Australiens n\u2019avaient pas pu nettoyer. C\u2019\u00e9tait de cela que Currie devait s\u2019occuper en premier lieu. Les autres t\u00e2ches essentielles \u00e9taient de d\u00e9gager des dizaines de pi\u00e8ces d\u2019artillerie pour les r\u00e9parer et de creuser des trous \u00e0 canon convenables. Currie \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 d\u00e9penser des munitions plut\u00f4t que des hommes, alors il fallait permettre aux canonniers d\u2019exercer leur m\u00e9tier.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La premi\u00e8re attaque des Canadiens fut la premi\u00e8re \u00e9tape de la progression par \u00e0-coups vers le village de Passendale. Elle fut soutenue par plus de 400 pi\u00e8ces d\u2019artillerie de tous calibres des batteries canadiennes, britanniques et n\u00e9o-z\u00e9landaises, lesquelles se tenaient pr\u00eates dans les trous \u00e0 canon creus\u00e9s laborieusement par les \u00e9quipes des unit\u00e9s de soutien. Le travail avait sembl\u00e9 interminable \u00e0 ces fantassins-pionniers. Il est rapport\u00e9 dans le journal militaire du 75<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span> <span class=\"s4\">Bataillon que les \u00ab hommes commencent \u00e0 donner des signes de fatigue, mais ils continuent dans la bonne humeur [&#8230;] de la boue partout, je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9 qu\u2019il y avait autant de boue dans le monde. \u00bb<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4341\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-6.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-6.jpg 1500w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-6-300x200.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-6-768x512.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-6-1024x683.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>\u00c0 l\u2019abri: Des soldats canadiens bless\u00e9s se r\u00e9fugient derri\u00e8re une casemate endommag\u00e9e \u00e0 Passendale. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>MDN\/BAC\/PA-002139<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">J.H. Becker du 75<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> aurait \u00e9t\u00e9 d\u2019accord. Accroupi dans un trou d\u2019obus, de l\u2019eau jusqu\u2019aux genoux, il attendait il ne savait que trop avec un compagnon d\u2019armes : \u00ab La pluie tombait \u00e0 verse et nous restions assis l\u00e0, le dos contre la terre vers les Allemands, \u00e0 \u00e9couter le sifflement et les explosions d\u2019obus autour de nous, nous \u00e9tions aussi mis\u00e9rables qu\u2019on peut l\u2019imaginer [&#8230;]. Nous ne savions ni o\u00f9 nous \u00e9tions, ni qui \u00e9tait \u00e0 la ligne de front avant nous, ni m\u00eame o\u00f9 se trouvait cette ligne. Tout ce que nous pouvions faire, c\u2019\u00e9tait de rester assis, \u00e0 nous poser toutes sortes de questions. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>Les premiers bataillons<\/b> prirent le d\u00e9part juste avant 6 heures, le 26 octobre, dans un brouillard \u00e9pais qui tournerait bient\u00f4t \u00e0 la pluie. Dans les tranch\u00e9es, \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche du front canadien, le lieutenant Ray Warne du 4<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> bataillon du Canadian Mounted Rifles attendait le moment de passer \u00e0 l\u2019attaque. Ses hommes \u00ab \u00e9taient presque congel\u00e9s, tremp\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os, et la pluie tombait \u00e0 verse [&#8230;]. Enfin [le barrage] prit fin et nous pr\u00eemes le d\u00e9part. C\u2019\u00e9tait une sc\u00e8ne inoubliable. Des hommes tombaient tout le long de la ligne, mais les autres peinaient \u00e0 travers la boue vers les abris fortifi\u00e9s [&#8230;] o\u00f9 les mitrailleuses crachaient une gr\u00eale de mort [&#8230;]. C\u2019\u00e9tait terrible de voir les bless\u00e9s lever les bras en suppliant qu\u2019on les aide sans pouvoir leur porter secours. \u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les 43<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> et 58<sup>e<\/sup> bataillons \u00e0 leur droite, les fusiliers mont\u00e9s s\u2019avan\u00e7aient lentement vers leur objectif malgr\u00e9 le feu punitif des Allemands. La plupart d\u2019entre eux finirent par atteindre l\u2019endroit pr\u00e9vu, mais ils en furent repouss\u00e9s par des tirs venant de leurs flancs. Il n\u2019y eut qu\u2019une exception : une petite escouade du 43<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> Bataillon qui s\u2019accrochait au bout sud de l\u2019\u00e9peron de Bellevue. Elle tint bon durant les heures cruciales qu\u2019il fallut pour organiser une autre attaque, et en milieu d\u2019apr\u00e8s-midi, le 52<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> Bataillon avait repris la ligne interm\u00e9diaire. Le lendemain matin, les unit\u00e9s de devant se trouvaient \u00e0 quelques centaines de verges de leurs objectifs ultimes.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4342\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-7.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"799\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-7.jpg 2684w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-7-225x300.jpg 225w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-7-768x1023.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-7-769x1024.jpg 769w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>H\u00e9roisme: Le major George Pearkes, photographi\u00e9 en d\u00e9cembre 1917, a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 cinq fois pendant la guerre; on lui a remis la Croix de Victoria. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>PA-002364; PA-040138<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En attendant, la confusion r\u00e9gnait dans l\u2019op\u00e9ration au sud de Ravebeek. Le taillis Decline, qui chevauchait la ligne s\u00e9parant les secteurs canadien et australien, \u00e9tait un point vuln\u00e9rable quelle que soit la tactique choisie. Le 46<sup>e<\/sup> Bataillon l\u2019avait captur\u00e9, mais l\u2019inefficacit\u00e9 des communications avec l\u2019unit\u00e9 de rel\u00e8ve permit aux Allemands de reprendre des parties de leur ligne. Les deux c\u00f4t\u00e9s livr\u00e8rent un amer combat pour le taillis d\u00e9vast\u00e9 pendant des heures, et ce n\u2019est que le lendemain soir que les derniers Bavarois en furent chass\u00e9s. Une journ\u00e9e d\u2019attaques avait \u00e9t\u00e9 suivie par trois journ\u00e9es de refoulement des Allemands qui contrattaquaient, mais les lignes finirent par \u00eatre reconquises.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le 30, la deuxi\u00e8me attaque canadienne saisit ce qui finirait par \u00eatre la ligne de d\u00e9part de l\u2019attaque du village de Passendale lui-m\u00eame. C\u2019\u00e9tait une journ\u00e9e claire, mais froide et venteuse, qui finit par tourner \u00e0 la pluie en apr\u00e8s-midi, ce qui ne surprit personne. Il est not\u00e9 dans les documents officiels que l\u2019avanc\u00e9e se fit sans \u00e0 coup. Avec le sang-froid dont seul un auteur de journal de bataillon peut faire preuve, celui du 78<sup>e<\/sup> rapporta que \u00ab toute la brigade s\u2019avan\u00e7ait \u00e0 couvert du barrage comme dans un d\u00e9fil\u00e9 \u00bb. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En fait, le barrage \u00e9tait in\u00e9gal, et l\u2019avanc\u00e9e des 78<sup>e<\/sup> et 85<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> bataillons n\u2019avait rien d\u2019un d\u00e9fil\u00e9, s\u2019affaiblissant et s\u2019arr\u00eatant m\u00eame ensuite sous le feu nourri de l\u2019ennemi. Mais l\u2019immobilisation ne fut que temporaire. Le plus haut grad\u00e9 du 85<sup>e<\/sup> encore en vie fit avancer sa compagnie de r\u00e9serve, et l\u2019assaut reprit gr\u00e2ce \u00e0 ce regain d\u2019\u00e9nergie, les hommes rampant dans la boue et tirant vers les positions de l\u2019ennemi. La m\u00eame chose se passa chez le 78<\/span><span class=\"s3\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> : une immobilisation temporaire, une intervention d\u00e9cisive par un officier survivant et un nouvel effort portant fruit. Les deux bataillons se mirent \u00e0 consolider leurs nouvelles positions dans les 90 minutes suivant l\u2019heure z\u00e9ro.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le succ\u00e8s des hommes du 72<sup>e<\/sup> Bataillon semblait encore plus improbable. La Crest Farm qui se trouvait devant lui \u00e9tait si bien prot\u00e9g\u00e9e qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une br\u00e8che \u00e9troite par o\u00f9 les compagnies attaquantes pouvaient passer. On aurait pari\u00e9 contre elles, mais profitant d\u2019un barrage d\u2019artillerie irr\u00e9prochable, elles travers\u00e8rent le terrain mar\u00e9cageux \u00e0 une vitesse \u00e9tonnante. Leur capture de la Crest Farm impressionna m\u00eame Haig, et l\u2019on pardonne \u00e0 l\u2019auteur du journal de guerre son ton triomphal : \u00ab Les Boches couraient dans tous les sens, et ils \u00e9taient compl\u00e8tement d\u00e9moralis\u00e9s, c\u2019est certain. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au nord, les perspectives tactiques \u00e9taient peu r\u00e9jouissantes. Les unit\u00e9s attaquantes \u2013 la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry et les 49<sup>e<\/sup> et le 5<sup>e<\/sup> bataillons canadiens de fusiliers \u00e0 cheval \u2013 devaient grimper pour avancer, et le soutien de l\u2019artillerie \u00e9tait tr\u00e8s in\u00e9gal, trop peu d\u2019obus n\u2019atteignant leur cible. Le Patricia subit de lourdes pertes pour prendre le hameau de Meetcheele et le 49<sup>e<\/sup>, qui ne s\u2019avan\u00e7a que jusqu\u2019\u00e0 Furst Farm perdit encore plus d\u2019hommes. \u00c0 l\u2019extr\u00eame gauche, le 5<sup>e<\/sup> BCFC eut une peine \u00e9norme \u00e0 atteindre son objectif, et aucune unit\u00e9 ne prot\u00e9geait ses flancs. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le major George Pearkes \u00e9tait le commandant d\u2019une petite bande de survivants occupant Vapour Farm. S\u2019\u00e9tant avanc\u00e9s plus profond\u00e9ment que toute autre unit\u00e9 de la division, ils n\u2019\u00e9taient pas dispos\u00e9s \u00e0 abandonner. Les messages que Pearkes avait envoy\u00e9s tout au long de la journ\u00e9e donnent une id\u00e9e de la pr\u00e9carit\u00e9 de sa situation. \u00c0 7 h 45, il rapporta n\u2019avoir \u00ab plus qu\u2019environ 50 hommes des [compagnies] C et D. Il nous faut de l\u2019aide des deux c\u00f4t\u00e9s. Boches \u00e0 200 verges. Je campe sur mes <\/span><span class=\"s5\">positions \u00bb. \u00c0 13 h, la situation avait empir\u00e9 <\/span><span class=\"s6\">:<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n\u00ab Mes deux flancs sont \u00e0 d\u00e9couvert. Il faut que la brigade de gauche arrive. Presque plus de m. p. c. [munitions de petit calibre] mais je m\u2019accrocherai. \u00bb \u00c0 14 h 45, la pression se faisait vraiment sentir : \u00ab Tous vraiment \u00e9puis\u00e9s. Munitions touchent \u00e0 leur fin. Ne pense pas pouvoir tenir bien longtemps sans rel\u00e8ve. \u00bb Trois heures apr\u00e8s, il reprenait \u00ab Ne pense pas pouvoir tenir jusqu\u2019au matin. \u00bb Mais ils tinrent jusqu\u2019\u00e0 la rel\u00e8ve qui arriva au cr\u00e9puscule. La Croix de Victoria fut d\u00e9cern\u00e9e \u00e0 Pearkes dont le pantalon \u00e9tait tach\u00e9 de sang \u00e0 cause d\u2019une blessure dont il avait fait fi pendant des heures.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s cette attaque, une avanc\u00e9e de mille verges qui leur avait cout\u00e9 plus de 2 300 hommes, les 3<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> et 4<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> divisions avaient termin\u00e9 leur travail \u00e0 Passendale; elles furent envoy\u00e9es aux lignes de r\u00e9serve et les 1<\/span><span class=\"s2\"><sup>re<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> et 2<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> divisions prirent leur place.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4343\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-8.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"286\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-8.jpg 1500w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-8-300x143.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-8-768x366.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-8-1024x488.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Brancardiers : Des brancardiers canadiens transportant un bless\u00e9 allemand contournent un trou d\u2019obus rempli d\u2019eau. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>PA-002364; PA-040138<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>Une op\u00e9ration<\/b> en deux \u00e9tapes les attendait. La premi\u00e8re, pr\u00e9vue pour le 6 novembre, serait la capture du restant du village de Passendale; la deuxi\u00e8me, la saisie de la cr\u00eate de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du village.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce serait l\u2019\u00e9preuve la plus dure pour les Canadiens. Bien que le terrain sur lequel les fantassins s\u2019avan\u00e7aient peu \u00e0 peu f\u00fbt un peu plus \u00e9lev\u00e9 et plus sec, il consistait alors en une mosa\u00efque de trous d\u2019obus pleins d\u2019un affreux m\u00e9lange d\u2019eau de pluie, de produits chimiques et de chair humaine. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Ici, au champ de bataille, les choses sont horribles, \u00e9crivit Napol\u00e9on Gagn\u00e9 \u00e0 son \u00e9pouse, \u00e0 Pointe-Gatineau, Qu\u00e9bec, le 6 novembre. Ce qu\u2019on lit dans les journaux au pays, ce n\u2019est rien par rapport \u00e0 ce que nous voyons au front. Nous sommes d\u00e9moralis\u00e9s [&#8230;]. Je suis si fatigu\u00e9 de cet \u00e9tat mis\u00e9rable. Il pleut tout le temps et l\u2019hiver arrive. \u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les positions de l\u2019artillerie n\u2019avaient de trous \u00e0 canon que le nom, et les canons s\u2019enfon\u00e7aient un peu plus \u00e0 chaque salve. Leurs servants travaillaient \u00e0 d\u00e9couvert, comptant sur l\u2019\u00e9paisse boue qui les entourait pour att\u00e9nuer le choc des explosions rapproch\u00e9es, mais leurs nerfs en prenaient un coup. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">\u00ab Il pleut toute la journ\u00e9e, \u00bb \u00e9crivit le N\u00e9o-Brunswickois Harry Mollins de la 2<sup>e<\/sup> Batterie de campagne dans son journal. \u00ab La boue est innommable. Les trous d\u2019obus sont tous pleins d\u2019eau. Je suis tremp\u00e9 et couvert de boue. Tout me d\u00e9goute. \u00bb<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4344\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-9.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"900\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-9.jpg 1000w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-9-200x300.jpg 200w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-9-768x1152.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Pass-9-683x1024.jpg 683w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Repos: Des soldats canadiens \u00e9puis\u00e9s par les combats prennent un temps de repos dans une maison en ruines apr\u00e8s la bataille de Passendale.<\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>MDN\/BAC\/PA-003694<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La situation des hommes qui devaient transporter les provisions jusqu\u2019au front n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re meilleure. Les routes restaient praticables gr\u00e2ce aux r\u00e9parations incessantes, mais \u00e0 peine. Howard Stevens, jeune officier du 107<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> Bataillon des pionniers, d\u00e9crivit cette sc\u00e8ne dans une lettre \u00e0 sa famille publi\u00e9e dans le journal local de Bracebridge, Ont. : \u00ab C\u2019est la pire boue que j\u2019aie jamais vue. Des chevaux s\u2019enlisent dans les trous d\u2019obus et comme on ne peut pas les en sortir, il faut les abattre. J\u2019ai vu des dizaines de chevaux et d\u2019hommes morts \u00e9tendus le long des routes, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ils \u00e9taient tomb\u00e9s, tu\u00e9s par des explosifs ou des \u00e9clats d\u2019obus qui avaient explos\u00e9 au-dessus de leurs t\u00eates. On les avait tir\u00e9s d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la route et laiss\u00e9s l\u00e0. Pas le temps de les enterrer parce qu\u2019il fallait que les munitions parviennent au front. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le barrage commen\u00e7a le 6 novembre \u00e0 6 heures, et les premi\u00e8res unit\u00e9s s\u2019\u00e9lanc\u00e8rent lors d\u2019une avanc\u00e9e o\u00f9 il fallait, selon Frank Iriam \u00ab nager et ramper, effort mis\u00e9rable \u00e0 travers le marasme sous le crachin froid et la pluie d\u2019hiver \u00bb. Malgr\u00e9 le terrain inhospitalier, ils s\u2019avanc\u00e8rent \u00e9tonnamment vite, et ils suivirent le barrage de si pr\u00e8s qu\u2019ils le rejoignaient parfois. Sautant m\u00e9thodiquement d\u2019un trou d\u2019obus \u00e0 l\u2019autre, les fusiliers de cinq bataillons \u00e9volu\u00e8rent r\u00e9solument vers Passendale, se servant de leur ba\u00efonnette autant que des balles et des bombes. Le village fut pris dans les trois heures sui-vant l\u2019heure z\u00e9ro, et les bataillons de soutien s\u2019avanc\u00e8rent au nord vers la cr\u00eate. Ils avaient encore une longue journ\u00e9e devant eux, car les Allemands essayaient de les d\u00e9loger des ruines fraichement conquises, mais ils ne l\u00e2ch\u00e8rent pas. Passendale et ses environs \u00e9taient fermement entre les mains des Canadiens, au prix de 2 200 pertes, dont 734 morts.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">La derni\u00e8re mission \u2013 la capture du terrain au nord de Passendale, dont le point le plus \u00e9lev\u00e9 s\u2019appelait \u00e0 bon propos Vindictive Crossroads (carrefour vindicatif, NDT) \u2013 eut lieu le 10 novembre, sur un front encore plus \u00e9troit. Le gros du travail fut fait par deux bataillons, les 7<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> et 8<sup>e<\/sup>, dont le front devint <\/span>rapidement encore plus \u00e9troit. \u00c0<span class=\"s1\"> 6 heures, sous la pluie battante habituelle, les premiers bataillons prirent le d\u00e9part et parvinrent \u00e0 s\u2019avancer. En peu de temps, une compagnie du 8<sup>e<\/sup> rapporta qu\u2019elle avait atteint \u00ab son objectif et [qu\u2019elle \u00e9tait] appa-remment tr\u00e8s contente de la situation \u00bb. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au flanc gauche, cependant, l\u2019attaque des Britanniques vacilla puis stoppa, obligeant le 8<sup>e<\/sup> Bataillon \u00e0 d\u00e9fendre son flanc pendant que le 10<sup>e<\/sup> Bataillon venait les aider \u00e0 tenir la nouvelle ligne de front. Le front des Canadiens ayant \u00e9t\u00e9 raccourci de presque un tiers, l\u2019artillerie des Allemands \u2013 appartenant \u00e0 cinq corps \u2013 pouvait concentrer son feu ais\u00e9ment. Ces derniers bombardaient les tranch\u00e9es qu\u2019ils avaient occup\u00e9es tout r\u00e9cemment, et ils savaient donc ajuster leur tir, tandis que le feu des contrebatteries canadiennes \u00e9tait g\u00ean\u00e9 par la mauvaise visibilit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">D\u2019heure en heure, les obus pleuvaient sur les Canadiens et leurs effectifs s\u2019amenuisaient. La pluie et la boue ab\u00eemaient leurs fusils, dont beaucoup devinrent inutilisables. Mais ils r\u00e9sist\u00e8rent, sombrement, avec acharnement, et ils finirent par consolider leurs gains. Les bless\u00e9s chancelaient et tr\u00e9buchaient vers les postes de secours r\u00e9gimentaires. Un officier<br \/>\ndu 10<\/span><span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> Bataillon dit \u00e0 propos de ces hommes qu\u2019ils faisaient \u00ab peine \u00e0 voir \u00bb. Et pourtant, ils \u00e9taient les plus chanceux du lot, car beaucoup ne s\u2019en sortirent jamais. L\u2019auteur du journal de guerre du 8<\/span><span class=\"s3\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> Bataillon rapporta que deux hommes se noy\u00e8rent dans le Ravebeek, \u00ab n\u2019ayant pas la force de traverser le petit cours d\u2019eau \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Apr\u00e8s cette derni\u00e8re bataille, l\u2019\u00e9crivain du 10<span class=\"s2\"><sup>e<\/sup><\/span> Bataillon observa ironiquement que \u00ab l\u2019unit\u00e9 n\u2019avait pas eu l\u2019occasion de prendre des mesures inspir\u00e9es \u00bb. Ce commentaire pourrait s\u2019appliquer au Corps canadien tout entier \u00e0 Passendale. Ce ne fut pas un chef-d\u2019\u0153uvre tactique, car les conditions ne le permettaient gu\u00e8re. La campagne fut plut\u00f4t marqu\u00e9e par une d\u00e9termination in\u00e9branlable, des pr\u00e9paratifs m\u00e9ticuleux, le poids \u00e9crasant de l\u2019artillerie, et d\u2019innombrables actes h\u00e9ro\u00efques. Si l\u2019on peut qualifier certaines batailles d\u2019inspir\u00e9es, Passendale elle, fut tout en travail acharn\u00e9 et en endurance quasi-surhumaine.<\/p>\n<p class=\"p1\">Les historiens d\u00e9cortiqueront longtemps la campagne de 103 jours : qu\u2019a-t-elle accompli? Valait-elle la peine? Mais Currie et le Corps canadien ne pouvaient pas se permettre d\u2019ouvrir un tel d\u00e9bat. Ils avaient une t\u00e2che \u00e0 accomplir, et c\u2019est tout. Currie pouvait remanier quelque peu les plans et les dates pour faire pencher la balance en faveur de ses hommes, mais il ne pouvait pas refuser l\u2019ordre. Lorsqu\u2019on le mit au d\u00e9fi de prendre Passendale, il pr\u00e9dit que cela couterait 16 000 pertes. En fin de compte, il n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 quelques centaines de ses pr\u00e9visions.<\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><b>Un si\u00e8cle plus tard<\/b>, Passendale a retrouv\u00e9 <\/span><span class=\"s4\">son apparence bucolique : <\/span><span class=\"s1\">taillis verdoyants, champs fertiles, paysage paisible et ordonn\u00e9. Chaque printemps, on y organise une r\u00e9colte de fer o\u00f9 les agriculteurs, en labourant leurs champs, r\u00e9coltent les d\u00e9bris de la guerre qui remontent \u00e0 la surface pendant l\u2019hiver. Les traces des tranch\u00e9es et des crat\u00e8res sont encore visibles du ciel, et on voit encore des casemates allemandes au cimeti\u00e8re de Tyne Cot. \u00c0 Crest Farm, un bloc de granite canadien porte une \u00e9pitaphe dont la concision elle-m\u00eame est \u00e9vocatrice : \u00ab <\/span>Apr\u00e8s avoir franchi sous un feu meurtrier la redoutable fondri\u00e8re qu\u2019\u00e9tait alors ce vallon, l\u2019arm\u00e9e canadienne s\u2019empara de cette cr\u00eate et s\u2019y maintint en octobre &#8211; novembre 1917. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le village de Passendale porte un joli nom. En flamand comme en fran\u00e7ais, il coule avec lyrisme sur la langue, \u00e9voquant des images de clairi\u00e8res et de verdure luxuriante parsem\u00e9e de fleurs. Malheureusement, un hasard g\u00e9ographique fit de Passendale un synonyme de massacre insens\u00e9. Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le village devint un \u00e9norme cloaque [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":55,"featured_media":4335,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-4334","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4334","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/55"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4334"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4334\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4335"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4334"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4334"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4334"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}