{"id":4109,"date":"2017-02-01T12:02:26","date_gmt":"2017-02-01T16:02:26","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=4109"},"modified":"2017-02-01T12:03:13","modified_gmt":"2017-02-01T16:03:13","slug":"face-a-face-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2017\/02\/face-a-face-2\/","title":{"rendered":"Face \u00c0 Face"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4110\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Fr-Face-to-Face-1.jpg\" alt=\"Fr Face to Face 1\" width=\"600\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Fr-Face-to-Face-1.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Fr-Face-to-Face-1-300x125.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Parfois, les dirigeants <\/b> politiques font quelque chose de bien pour de mauvaises raisons. En 1963, l\u2019ind\u00e9cision du premier ministre John Diefenbaker concernant l\u2019ajout d\u2019ogives nucl\u00e9aires aux missiles de d\u00e9fense a\u00e9rienne Bomarc des \u00c9.-U. plac\u00e9s sur le territoire canadien \u00e9tait une \u00e9tude de cas sur la mani\u00e8re de ne pas gouverner. Elle allait clairement \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019accord sign\u00e9 par son gouvernement conform\u00e9ment au pacte de la D\u00e9fense de l\u2019Am\u00e9rique du Nord (NORAD). Elle mena \u00e0 la d\u00e9mission du ministre de la D\u00e9fense, divisa son cabinet \u00e0 tel point qu\u2019une section du parti exigea sa d\u00e9mission et provoqua la col\u00e8re publique de l\u2019alli\u00e9 le plus proche du Canada. Le premier ministre, accul\u00e9, fut oblig\u00e9 de d\u00e9clencher des \u00e9lections qui aboutirent \u00e0 la d\u00e9faite de son gouvernement quatre ans apr\u00e8s qu\u2019il eut obtenu la plus grande majorit\u00e9 de l\u2019histoire canadienne. Le nouveau gouvernement de Lester Pearson accepta les ogives nucl\u00e9aires pour les Bomarc. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Diefenbaker se retira ridiculis\u00e9 aux yeux des \u00e9lites canadiennes, mais en 1965, le philosophe George Grant publia son fameux livre intitul\u00e9 <i>Lament for a Nation<\/i> (complainte pour une nation, NDT) o\u00f9 il justifiait la d\u00e9fense de la souve-rainet\u00e9 nationale, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, mais \u00ab noble \u00bb, de Diefenbaker. Grant admettait que Diefenbaker avait cr\u00e9\u00e9 tout un g\u00e2chis, mais il soutenait que \u00ab son incapacit\u00e9 \u00e0 gouverner [\u00e9tait] li\u00e9e \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de ce pays \u00e0 \u00eatre souverain \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Des Bomarc se trouvaient au Canada \u00e0 la suite de la d\u00e9cision prise en 1959 d\u2019abandonner le chasseur intercepteur \u00e0 r\u00e9action Avro Arrow fabriqu\u00e9 au Canada. \u00c0 la place, pour contrer une \u00e9ventuelle attaque des Sovi\u00e9tiques, le Canada accepta de baser des Bomarc sur son territoire, mais Diefenbaker n\u2019a jamais fait le n\u00e9cessaire pour les rendre pleinement op\u00e9rationnels.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"p2\" style=\"text-align: center;\">Diefenbaker a g\u00e9r\u00e9 la crise maladroitement,<br \/>\nmais l\u2019histoire dit qu\u2019il avait fort probablement raison<\/h3>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, une certaine f\u00e9brilit\u00e9 r\u00e9gnait \u00e0 cause de la domination am\u00e9ricaine de la politique canadienne relative \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9fense, surtout apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de l\u2019imp\u00e9tueux Pr\u00e9sident am\u00e9ricain, John F. Kennedy, qui manifestait un certain d\u00e9dain envers Diefenbaker.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La crise des missiles de Cuba, en 1962, causa un v\u00e9ritable s\u00e9isme. Kennedy s\u2019attendait simplement \u00e0 ce que le Canada fasse ce qu\u2019on lui disait. Le cabinet refusa, par un vote majoritaire, d\u2019\u00e9lever le niveau d\u2019alerte nucl\u00e9aire pour ses forces. Le ministre de la D\u00e9fense de Diefenbaker, Douglas Harkness, refusa l\u2019ordre du cabinet et ordonna aux forces canadiennes d\u2019obtemp\u00e9rer \u00e0 l\u2019exigence am\u00e9ricaine. Cela indiquait une division fatale au sein du cabinet de Diefenbaker entre les bellicistes et les pacifistes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La faction des \u00ab colombes \u00bb \u00e9tait dirig\u00e9e par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Howard Green, ardent d\u00e9fenseur du d\u00e9sarmement nucl\u00e9aire. Ce que l\u2019on n\u2019a su que par la suite, c\u2019est que Diefenbaker subissait des pressions en faveur du d\u00e9sarmement nucl\u00e9aire unilat\u00e9ral de la part d\u2019une source improbable :<br \/>\nle mandarin parmi les mandarins, Norman Robertson, sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Le Canada ne pouvait pas \u00e0 lui seul r\u00e9aliser le d\u00e9sarmement nucl\u00e9aire, mais il pouvait prendre position contre la prolif\u00e9ration des armes atomiques sur son territoire.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">L\u2019interception de bombardiers sovi\u00e9tiques arm\u00e9s de bombes atomiques par des Bomarc arm\u00e9s d\u2019ogives nucl\u00e9aires aurait entra\u00een\u00e9 un holocauste dans l\u2019espace a\u00e9rien du Canada pour prot\u00e9ger des villes am\u00e9ricaines. Mais ces bombardiers \u00e9taient en voie de disparition, peu \u00e0 peu remplac\u00e9s par des missiles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">En 1968, un nouveau premier ministre, Pierre Trudeau, doutait de l\u2019utilit\u00e9 des Bomarc \u00e0 ogive nucl\u00e9aire, et en 1972, les ogives furent retir\u00e9es. Les armes nucl\u00e9aires n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 permises depuis lors sur le territoire canadien.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p2\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4111\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Fr-Face-To-Face2.jpg\" alt=\"Fr Face To Face2\" width=\"600\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Fr-Face-To-Face2.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/Fr-Face-To-Face2-300x125.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<h3 class=\"p2\" style=\"text-align: center;\"><\/h3>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Examinons cette question <\/b>en trois parties, la premi\u00e8re concernant les relations entre le Canada et les \u00c9tats-Unis. La d\u00e9fense de l\u2019Am\u00e9rique du Nord \u00e9tait une responsabilit\u00e9 assum\u00e9e par les deux nations, et le pre-mier ministre Diefenbaker avait impliqu\u00e9 le Canada dans l\u2019Accord sur le Commandement de la d\u00e9fense a\u00e9rienne de l\u2019Am\u00e9rique du Nord (NORAD) en 1958. L\u2019ann\u00e9e suivante, il accepta les missiles surface-air Bomarc et annon\u00e7a au Parlement que des ogives nucl\u00e9aires \u00e9taient n\u00e9cessaires pour rendre ces armes efficaces. Les Bomarc devaient prot\u00e9ger les villes canadiennes et am\u00e9ricaines des bombardiers sovi\u00e9tiques.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">Au d\u00e9but 1962, le pr\u00e9sident John Kennedy n\u2019avait pas les relations les plus cordiales avec le premier ministre Diefenbaker, mais l\u2019h\u00e9sitation de ce dernier au sujet de la mise en \u00e9tat d\u2019alerte des Forces canadiennes lors de la crise des missiles de Cuba en 1962 fit enrager le dirigeant am\u00e9ricain. Lorsque Diefenbaker revint sur la promesse d\u2019armer les Bomarc au d\u00e9but de 1963, les relations canado-\u00e9tasuniennes furent tendues \u00e0 craquer.<\/p>\n<div id=\"attachment_4113\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4113\" class=\"wp-image-4113\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/John_Diefenbaker_and_Dwight_Eisenhower_at_signing_of_Columbia_River_Treaty_January_1961.jpg\" alt=\"John_Diefenbaker_and_Dwight_Eisenhower_at_signing_of_Columbia_River_Treaty_(January_1961)\" width=\"600\" height=\"473\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/John_Diefenbaker_and_Dwight_Eisenhower_at_signing_of_Columbia_River_Treaty_January_1961.jpg 2156w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/John_Diefenbaker_and_Dwight_Eisenhower_at_signing_of_Columbia_River_Treaty_January_1961-300x236.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/John_Diefenbaker_and_Dwight_Eisenhower_at_signing_of_Columbia_River_Treaty_January_1961-768x605.jpg 768w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/John_Diefenbaker_and_Dwight_Eisenhower_at_signing_of_Columbia_River_Treaty_January_1961-1024x806.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><p id=\"caption-attachment-4113\" class=\"wp-caption-text\">John Diefenbaker et Dwight Eisenhower. [Wikimedia commons]<\/p><\/div>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Deuxi\u00e8me partie de l\u2019affaire : les aspects militaires de la question nucl\u00e9aire. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, l\u2019opposition du public aux armes nucl\u00e9aires \u00e9tait encore faible, mais elle grandissait. Les chefs militaires au Canada et aux \u00c9tats-Unis n\u2019ont pas pris cette opposition au s\u00e9rieux parce qu\u2019ils croyaient que des armes nucl\u00e9aires \u00e9taient n\u00e9cessaires pour contrer l\u2019avantage num\u00e9raire de l\u2019URSS. En plus d\u2019accepter le Bomarc \u00e0 ogive nucl\u00e9aire, le Canada s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 installer des armes nucl\u00e9aires en Europe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Si le Canada faisait partie de l\u2019alliance, qu\u2019il s\u2019agisse de NORAD ou de l\u2019OTAN, et acceptait des r\u00f4les nucl\u00e9aires pour finalement revenir sur sa promesse, \u00e0 qui le tour ensuite?<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Enfin, il y avait les enjeux de politique int\u00e9rieure de la question nucl\u00e9aire. Les progressistes conservateurs de Diefenbaker avaient obtenu une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 \u00e9lectorale en 1958. En 1962, une mauvaise gestion \u00e9conomique avait r\u00e9duit les conservateurs \u00e0 une minorit\u00e9, et le m\u00e9contentement vis-\u00e0-vis de leur chef commen\u00e7ait \u00e0 gronder dans les rangs.<\/span><\/p>\n<h3 class=\"p1\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">La d\u00e9cision de Diefenbaker \u2013 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment son incapacit\u00e9 \u00e0 prendre<br \/>\nune d\u00e9cision \u2013 sur les armes nucl\u00e9aires a d\u00e9truit son gouvernement.<br \/>\n<\/span><\/h3>\n<p class=\"p2\">La faction antinucl\u00e9aire du cabinet \u00e9tait men\u00e9e par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Howard Green, tandis que l\u2019aile pronucl\u00e9aire \u00e9tait men\u00e9e par le ministre de la D\u00e9fense, Douglas <span class=\"s1\">Harkness. Au milieu, vacillant, se trouvait le premier ministre. La crise de Cuba aggrava la division, ajoutant une note d\u2019anti-am\u00e9ricanisme flagrant \u00e0 la question.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le 30 janvier, l\u2019ambassade des \u00c9tats-Unis au Canada publia une d\u00e9claration qui disait sans ambages que \u00ab le gouvernement canadien n\u2019[avait] pas encore propos\u00e9 d\u2019arrangement capable de contribuer efficacement \u00e0 la d\u00e9fense nord-am\u00e9ricaine \u00bb.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Cela mit encore de l\u2019huile sur le feu. Pendant que le premier ministre fulminait, les ministres commen<\/span>c\u00e8rent \u00e0 d\u00e9missionner les uns <span class=\"s1\">apr\u00e8s les autres, Harkness en t\u00eate. Diefenbaker perdit un vote de confiance \u00e0 la Chambre des communes et le Canada se trouva de nouveau en campagne \u00e9lectorale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Diefenbaker parvint \u00e0 emp\u00eacher les lib\u00e9raux dirig\u00e9s par Lester Pearson d\u2019obtenir une majorit\u00e9. La d\u00e9cision de Diefenbaker \u2013 ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment son incapacit\u00e9 \u00e0 prendre une d\u00e9cision \u2013 sur les armes nucl\u00e9aires a d\u00e9truit son gouvernement. Les conservateurs ne reprendraient pas le pouvoir, \u00e0 l\u2019exception de quelques mois en 1979-1980, pendant 21 ans. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parfois, les dirigeants politiques font quelque chose de bien pour de mauvaises raisons. En 1963, l\u2019ind\u00e9cision du premier ministre John Diefenbaker concernant l\u2019ajout d\u2019ogives nucl\u00e9aires aux missiles de d\u00e9fense a\u00e9rienne Bomarc des \u00c9.-U. plac\u00e9s sur le territoire canadien \u00e9tait une \u00e9tude de cas sur la mani\u00e8re de ne pas gouverner. 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