{"id":4058,"date":"2016-11-03T14:26:33","date_gmt":"2016-11-03T18:26:33","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=4058"},"modified":"2016-11-03T14:26:33","modified_gmt":"2016-11-03T18:26:33","slug":"cinq-batailles-qui-ont-faconnee-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2016\/11\/cinq-batailles-qui-ont-faconnee-canada\/","title":{"rendered":"Cinq batailles qui ont fa\u00e7onn\u00e9e Canada"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span style=\"color: #800000;\"><strong><span class=\"s1\">LA GUERRE A FA\u00c7ONN\u00c9 LE CANADA.<\/span><\/strong><\/span> Cette petite phrase ne vient pas souvent \u00e0 l\u2019esprit des Canadiens, habitu\u00e9s \u00e0 vivre dans un royaume pacifique, mais elle est certainement vraie. L\u2019avenir de l\u2019Am\u00e9rique du Nord britannique fut d\u00e9cid\u00e9 dans les plaines d\u2019Abraham en 1759 et confirm\u00e9 pendant la guerre de 1812, o\u00f9 le Canada surv\u00e9cut tout juste \u00e0 l\u2019invasion am\u00e9ricaine. Deux grandes guerres mondiales ont montr\u00e9 que le Canada ne plierait devant rien pour vaincre les desseins expansionnistes des kaisers et des dictateurs de l\u2019Axe. Des Canadiens et Canadiennes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s au combat contre les islamistes qui mena\u00e7aient, et menacent encore, les d\u00e9mocraties. Le Canada n\u2019\u00e9tait pas une grande puissance, mais ses militaires, au cours du si\u00e8cle pass\u00e9, ont jou\u00e9 un r\u00f4le important aux c\u00f4t\u00e9s de leurs alli\u00e9s.<\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4063 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Plains-of-Abraham-Fr.jpg\" alt=\"plains-of-abraham-fr\" width=\"600\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Plains-of-Abraham-Fr.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Plains-of-Abraham-Fr-150x150.jpg 150w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Plains-of-Abraham-Fr-300x300.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Plains-of-Abraham-Fr-50x50.jpg 50w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Plains-of-Abraham-Fr-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>L\u2019artiste Hervey Smith d\u00e9peint en un seul tableau tous les aspects de la bataille. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Collection d&#8217;\u0153uvres canadiennes Peter Winkworth\/BAC\/R9866-2102<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"color: #800000;\"><strong><span class=\"s1\">LE CANADA ALLAIT-IL \u00caTRE COLONIE FRAN\u00c7AISE OU BRITANNIQUE?<\/span><\/strong><\/span><span class=\"s2\"> La guerre de Sept Ans (1756-1763) r\u00e9gla la question, et la bataille d\u00e9terminante fut livr\u00e9e \u00e0 Qu\u00e9bec le 13 septembre 1759. Cet affrontement opposa le g\u00e9n\u00e9ral James Wolfe, qui commandait des troupes r\u00e9guli\u00e8res britanniques au marquis de Montcalm, qui avait des forces plus nombreuses mais mixtes de r\u00e9guliers, de guerriers des Premi\u00e8res Nations et de miliciens. Les pr\u00e9paratifs de l\u2019engagement d\u00e9cisif furent longs; la bataille devait \u00eatre br\u00e8ve.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">James Wolfe, n\u00e9 en 1727, \u00e9tait officier de l\u2019arm\u00e9e depuis <\/span>1741, et il avait servi sur le continent, en \u00c9cosse et \u00e0 la prise de Louisbourg en 1758 o\u00f9, en tant que brigadier, il s\u2019\u00e9tait distingu\u00e9. Il fut promu major-g\u00e9n\u00e9ral et on lui confia le commandement des forces terrestres de l\u2019exp\u00e9dition de Qu\u00e9bec le 12 janvier 1759. Son com<span class=\"s2\">mandement englobait 10 bataillons d\u2019infanterie form\u00e9s de quelque 8 500 soldats r\u00e9guliers. L\u2019exp\u00e9dition avait le <\/span>soutien de 49 navires, dont 22 de 50 canons ou plus.<\/p>\n<p class=\"p2\">Wolfe avait des probl\u00e8mes d\u2019estomac et des rhumatismes, et bien que tr\u00e8s comp\u00e9tent, il avait du mal \u00e0 g\u00e9rer ses subordonn\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">\u00c0 son arriv\u00e9e au large de Qu\u00e9bec, le 27 juin, Wolfe pr\u00e9voyait accoster \u00e0 l\u2019est de la ville, sur la rive nord du Saint-Laurent, mais pr\u00e9voyant cette man\u0153uvre, Montcalm avait fortifi\u00e9 la rive. Le commandant britannique, s\u00fbr de gagner s\u2019il pouvait obliger Montcalm \u00e0 accepter le combat, se trouva donc forc\u00e9 de revoir ses plans. S\u2019il ne pouvait pas obliger les Fran\u00e7ais \u00e0 se battre, l\u2019hiver le contraindrait \u00e0 se replier sur Louisbourg jusqu\u2019\u00e0 la fin du printemps de 1760.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Que faire? Wolfe modifiait ses plans sans arr\u00eat, sa mauvaise sant\u00e9 empirant les choses. Il pla\u00e7a ses canons en face de Qu\u00e9bec et bombarda la ville; il lan\u00e7a une attaque juste \u00e0 l\u2019ouest de la rivi\u00e8re Montmorency le 31 juillet et subit de lourdes pertes; il donna l\u2019ordre d\u2019incendier les habitations \u00e0 l\u2019est et \u00e0 l\u2019ouest de Qu\u00e9bec. Finalement, ne sachant comment proc\u00e9der, il \u00e9crivit \u00e0 ses trois brigadiers pour leur demander de \u00ab penser \u00e0 la meilleure fa\u00e7on d\u2019attaquer l\u2019ennemi \u00bb. Ils lui sugg\u00e9r\u00e8rent d\u2019envoyer l\u2019arm\u00e9e en amont de la ville, sur la rive nord. Ils dirent que, si les voies de communication vers Montr\u00e9al et l\u2019int\u00e9rieur de la Nouvelle-France \u00e9taient bloqu\u00e9es, \u00ab le g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais devrait se battre selon [leurs] propres conditions \u00bb. Wolfe accepta et, le 8 ou le 9 septembre, il fit faire une reconnaissance vers l\u2019aval et d\u00e9cida de tenter un d\u00e9barquement \u00e0 l\u2019Anse-au-Foulon, o\u00f9 une piste montait la falaise. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le 13 septembre \u00e0 4 h, plusieurs compagnies d\u2019infanterie l\u00e9g\u00e8re grimp\u00e8rent la falaise et mirent en d\u00e9route la petite force qui se trouvait l\u00e0. Au matin, les r\u00e9guliers de Wolfe s\u2019alignaient dans les plaines d\u2019Abraham et Montcalm, attendant peut-\u00eatre des renforts de l\u2019ouest, d\u00e9cida quand m\u00eame de se battre. Il forma ses colonnes et lan\u00e7a ses hommes \u00e0 l\u2019assaut des lignes britanniques \u00e0 10 h. Wolfe laissa les Fran\u00e7ais s\u2019approcher \u00e0 moins de 80 coud\u00e9es et deux salves les d\u00e9cim\u00e8rent. Montcalm fut bless\u00e9 pendant le premier quart d\u2019heure de la bataille et fut transport\u00e9 \u00e0 Qu\u00e9bec o\u00f9 il mourut. Wolfe, atteint trois fois, mourut dans les plaines. Le reste de la force fran\u00e7aise partit vers l\u2019ouest peu apr\u00e8s en contournant les Britanniques. La ville de Qu\u00e9bec se rendit le 18 septembre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">La conqu\u00eate de la Nouvelle-France n\u2019\u00e9tait pas encore achev\u00e9e. La Marine royale devait quitter le Saint-Laurent peu apr\u00e8s la victoire, et la garnison britannique, o\u00f9 le scorbut faisait rage, avait peine \u00e0 survivre. \u00c0 la fin du mois d\u2019avril 1760, les Fran\u00e7ais attaqu\u00e8rent et remport\u00e8rent une importante bataille \u00e0 Sainte-Foy, \u00e0 l\u2019ouest de Qu\u00e9bec, mais les Britanniques se repli\u00e8rent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des murs de la ville. Le succ\u00e8s \u00e9ventuel d\u00e9pendait alors de l\u2019arriv\u00e9e des navires ravitailleurs : s\u2019ils \u00e9taient fran\u00e7ais, la Nouvelle-France pourrait survivre; s\u2019ils \u00e9taient britanniques, la colonie \u00e9tait condamn\u00e9e. La Royal Navy arriva \u00e0 la mi-mai, et la conqu\u00eate fut effectivement totale. Montr\u00e9al capitula en septembre, et le trait\u00e9 de Paris de 1763 donna la Nouvelle-France \u00e0 la Grande-Bretagne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le fait fran\u00e7ais demeurait au Canada, mais l\u2019avenir de la colonie \u00e9tait entre les mains de Londres. Wolfe n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 un grand capitaine, mais il avait gagn\u00e9 la bataille d\u00e9cisive. Le sort d\u2019empires, la destin\u00e9e du Canada, avaient d\u00e9pendu d\u2019un sentier montant une falaise dans une anse qu\u2019on surnomme maintenant Wolfe\u2019s Cove.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4062 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/MICHILIMACKINAC-ET-DE\u0301TROIT.jpg\" alt=\"michilimackinac-et-detroit\" width=\"600\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/MICHILIMACKINAC-ET-DE\u0301TROIT.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/MICHILIMACKINAC-ET-DE\u0301TROIT-150x150.jpg 150w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/MICHILIMACKINAC-ET-DE\u0301TROIT-300x300.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/MICHILIMACKINAC-ET-DE\u0301TROIT-50x50.jpg 50w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/MICHILIMACKINAC-ET-DE\u0301TROIT-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Les derniers mots du major-g\u00e9n\u00e9ral Isaac Brock furent : \u00ab Continuez, volontaires de York! \u00bb <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>John David Kelly\/Collection Beaverbrook d&#8217;art militaire<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"color: #800000;\"><strong><span class=\"s1\">LA GUERRE DE 1812 MIT EN P\u00c9RIL L\u2019EXISTENCE <\/span><span class=\"s2\">DE L\u2019AM\u00c9RIQUE DU NORD BRITANNIQUE.<\/span><\/strong><\/span><span class=\"s3\"> Les<\/span><span class=\"s4\"> Canadas pourraient-ils survivre \u00e0 l\u2019assaut des \u00c9tats-Unis num\u00e9riquement sup\u00e9rieurs et plus riches? Pour ce faire, il faudrait un commandant aguerri. Heureusement, au d\u00e9but de la guerre en juin 1812, les forces britanniques en avaient un : le major-g\u00e9n\u00e9ral Isaac Brock.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s4\">Ce dernier avait une t\u00e2che colossale \u00e0 accomplir pour d\u00e9fendre le Haut-Canada. La loyaut\u00e9 d\u2019un grand nombre des colons arriv\u00e9s des \u00c9tats-Unis au cours des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e9tait naturellement suspecte, et ils \u00e9taient au moins quatre fois plus nombreux que les colons loyalistes. L\u2019organe l\u00e9gislatif, peu coop\u00e9ratif, refusait de dresser des plans s\u00e9rieux pour la guerre. Le nombre de soldats britanniques r\u00e9guliers n\u2019\u00e9tait que de 1 600. En outre, pour s\u2019assurer la loyaut\u00e9 des <\/span>Premi\u00e8res Nations, il fallait leur montrer que les <span class=\"s4\">d\u00e9fenseurs britanniques aient une chance cr\u00e9dible de victoire. Brock savait qu\u2019il devait frapper le premier.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s4\">Tout de suite apr\u00e8s avoir appris que la guerre avait commenc\u00e9, et apr\u00e8s une petite ind\u00e9cision qui ne lui ressemblait pas, Brock donna l\u2019ordre au capitaine Charles Roberts du Fort St. Joseph, situ\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du lac Huron, de s\u2019emparer de Michillimakinac. Roberts d\u00e9pla\u00e7a 600 hommes, des autochtones, quelques soldats et un petit nombre de commer\u00e7ants de fourrures, sur 80 kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 Michillimakinac, dit au commandant am\u00e9ricain surpris que la guerre avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e, et accepta sa reddition le 18 juillet. Cette petite victoire mit les Premi\u00e8res Nations du secteur sup\u00e9rieur des Grands Lacs du c\u00f4t\u00e9 des Britanniques.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s4\">Cependant, tout n\u2019\u00e9tait pas encore dit. Le 12 juillet, le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral William Hull quitta D\u00e9troit \u00e0 la t\u00eate de forces am\u00e9ricaines et entra au Canada. Le long de la fronti\u00e8re, les miliciens d\u00e9sertaient pour se joindre aux Am\u00e9ricains ou s\u2019enfuyaient. Brock \u00e9tait d\u00e9courag\u00e9, et il s\u2019inqui\u00e9tait que le moral du public d\u00e9faill\u00eet, que tout le monde e\u00fbt peur que le Haut-Canada soit condamn\u00e9. Mais les troupes britanniques tenaient encore Fort Amherstburg, alors Brock rassembla r\u00e9guliers, Autochtones et miliciens et s\u2019y rendit le 13 aout. Il s\u2019aper\u00e7ut que Hull, commandant pompeux et faible, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 reparti \u00e0 D\u00e9troit avec ses 2 000 hommes. Brock disait que l\u2019\u00ab \u00e9tat de la province [du Haut-Canada] n\u2019exigeait rien de moins que des mesures d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es \u00bb. La Marine provinciale avait captur\u00e9 un navire am\u00e9ricain o\u00f9 se trouvait la correspondance entre le g\u00e9n\u00e9ral Hull et le secr\u00e9taire de la Guerre \u00e0 Washington. Il \u00e9tait clair, dit Brock, que la \u00ab confiance accord\u00e9e au [g\u00e9n\u00e9ral Hull] n\u2019\u00e9tait plus, et il est \u00e9vident que le d\u00e9couragement r\u00e8gne partout \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s4\">Cette intuition poussa Brock \u00e0 prendre la d\u00e9cision d\u2019attaquer D\u00e9troit. Le 16 aout, il fit traverser la rivi\u00e8re D\u00e9troit \u00e0 ses 1 300 hommes, dont 600 membres des Premi\u00e8res Nations command\u00e9s par Tecumseh, chef shawnee, et 400 miliciens, et invita Hull \u00e0 se rendre. Le danger que les Premi\u00e8res Nations \u00e9chappent \u00ab \u00e0 tout contr\u00f4le au moment o\u00f9 commenceraient les hostilit\u00e9s \u00bb, comme l\u2019\u00e9crivit Brock \u00e0 Hull, fut suffisant et le g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain d\u00e9posa les armes, livrant hommes, provisions, 35 canons et autre mat\u00e9riel de guerre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s4\">L\u2019effet du bluff et de l\u2019audace de Brock sur la population du Haut-Canada fut vite \u00e9vident. Il \u00e9crivit \u00e0 sa famille que \u00ab la milice a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par notre r\u00e9cent succ\u00e8s; les m\u00e9contents ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits au silence \u00bb. Personne ne pensait plus que la d\u00e9faite britannique \u00e9tait in\u00e9vitable.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s4\">La guerre \u00e9tait cependant loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9e, et Brock lui-m\u00eame fut tu\u00e9 lors de la premi\u00e8re grande bataille sur la p\u00e9ninsule du Niagara, \u00e0 la victoire de Queenston Heights en octobre 1812. Les d\u00e9fenseurs des Canadas ne seraient pas toujours aussi bien dirig\u00e9s qu\u2019ils l\u2019avaient \u00e9t\u00e9 par Brock, mais la fin de l\u2019impasse de deux ans de guerre fit que les Canadas, rien qu\u2019en survivant, avaient remport\u00e9 une grande victoire. Ils \u00e9taient rest\u00e9s britanniques, et l\u2019expansionnisme am\u00e9ricain avait \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9. Brock est encore vu comme le h\u00e9ros de la guerre, le chef capable et charismatique qui comprenait l\u2019impact des victoires sur l\u2019opinion publique, m\u00eame les plus petites.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img decoding=\"async\" class=\"wp-image-4061 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/le-canal-du-nord-.jpg\" alt=\"le-canal-du-nord\" width=\"600\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/le-canal-du-nord-.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/le-canal-du-nord--150x150.jpg 150w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/le-canal-du-nord--300x300.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/le-canal-du-nord--50x50.jpg 50w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/le-canal-du-nord--140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Les Canadiens b\u00e2tissent un pont sur le Canal du Nord, en septembre 1918.<\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>MCG\/19970051-001<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"color: #800000;\"><strong><span class=\"s1\">CENT ANS APR\u00c8S, LE DOMINION DU CANADA \u00c9TAIT \u00c0 NOUVEAU EN GUERRE.<\/span><\/strong><\/span><span class=\"s2\"> Sa relation avec les \u00c9tats-Unis s\u2019\u00e9tait am\u00e9lior\u00e9e depuis des dizaines d\u2019ann\u00e9es, malgr\u00e9 les craintes de guerre occasionnelles. <\/span>Les Canadiens avaient combattu les Boers en <span class=\"s2\">Afrique du Sud au d\u00e9but du si\u00e8cle, mais la population n\u2019\u00e9tait pas du tout pr\u00eate \u00e0 un conflit outre-mer.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">La Grande-Guerre commen\u00e7a pour le Canada le jour o\u00f9 la Grande-Bretagne d\u00e9clara la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne du Kaiser, le Canada \u00e9tant alors une colonie britannique. Les hommes r\u00e9pondirent \u00e0 l\u2019appel diligemment, et ils continu\u00e8rent de le faire jusqu\u2019\u00e0 ce que le nombre des victimes d\u00e9passe celui des volontaires, \u00e0 la fin de 1916. Les soldats canadiens qui partirent en guerre, surtout de r\u00e9cents immigrants britanniques, apprirent sur le tas. Ils tinrent bon \u00e0 la premi\u00e8re attaque au gaz majeure, \u00e0 Ypres, en avril 1915. Ils se battirent \u00e0 la Somme en 1916, ils prirent la cr\u00eate de Vimy auparavant imprenable en avril 1917, et ils avanc\u00e8rent avec obstination \u00e0 travers les horreurs de Passchendaele dans le froid de l\u2019automne de 1917. Les batailles les plus importantes, celles des cent jours entre le 8 aout 1918 et l\u2019armistice, les attendaient encore.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">En aout 1918, les Canadiens men\u00e8rent une attaque de grande envergure \u00e0 Amiens, s\u2019avan\u00e7ant de jusqu\u2019\u00e0 15 kilom\u00e8tres le premier jour. Alors command\u00e9 par des Canadiens, et la moiti\u00e9 de ses effectifs \u00e9tant n\u00e9s au Canada, le Corps canadien avait une r\u00e9putation bien m\u00e9rit\u00e9e de corps d\u2019\u00e9lite, et le lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral sir Arthur Currie, son commandant, avait gagn\u00e9 l\u2019admiration du grand \u00e9tat-major britannique. Malheureusement, ses propres soldats ne l\u2019aimaient pas.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Apr\u00e8s Amiens, les quatre divisions canadiennes partirent \u00e0 Arras, au nord. Les effectifs \u00e9taient au complet et, gr\u00e2ce \u00e0 Currie, ils avaient plus d\u2019ing\u00e9nieurs, de camions, de canons et de fantassins que les corps d\u2019arm\u00e9e britannique. Le Corps canadien fit une br\u00e8che dans la ligne Drocourt-Qu\u00e9ant \u00e0 l\u2019issue de luttes couteuses, obligea les Allemands \u00e0 se replier et prit la voie de l\u2019ouest vers le Canal du Nord inachev\u00e9. Sa t\u00e2che, la plus importante de la guerre, \u00e9tait de le traverser.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Mais comment? Les berges \u00e9taient \u00e9lev\u00e9es, le canal \u00e9tait large et le c\u00f4t\u00e9 allemand bien fortifi\u00e9. Les postes de mitrailleuses ennemies sur la berge \u00e9taient nombreux, il y avait des lignes successives de tranch\u00e9es \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, ainsi que les canons et le gaz. Currie fit sa reconnaissance lui-m\u00eame, comme il le faisait toujours, et d\u00e9cida que le meilleur endroit pour attaquer \u00e9tait le tron\u00e7on inachev\u00e9 de 3 600 m\u00e8tres. Il lui fallait l\u2019\u00e9l\u00e9ment de surprise pour r\u00e9ussir, et parvenir \u00e0 envoyer 50 000 hommes \u00e0 travers une petite br\u00e8che et les d\u00e9ployer sur un front de 15 \u00e0 20 kilom\u00e8tres. Il lui faudrait construire rapidement des ponts pouvant supporter ses chars et ses camions, une bonne communication et assez de munitions, de fil de fer et de nourriture pour soutenir ses soldats lorsque l\u2019ennemi contre-attaquerait. Le plan que produisirent les officiers d\u2019\u00e9tat-major, presque <\/span>tous canadiens, \u00e9tait complexe, mais bien con\u00e7u.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Les sup\u00e9rieurs britanniques de Currie doutaient qu\u2019il r\u00e9ussisse \u00e0 mettre en \u0153uvre un plan si audacieux. Son ami le g\u00e9n\u00e9ral sir Julian Byng lui demanda s\u2019il pensait pouvoir le faire. \u00ab Oui, r\u00e9pondit Currie. S\u2019il y a moyen de le faire, les Canadiens peuvent le faire. \u00bb Byng enchaina, \u00ab mais si tu \u00e9choues, on te renvoie chez toi. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Les canons canadiens ouvrirent le feu le 27 septembre \u00e0 l\u2019aube, et les fantassins des 1<sup>re<\/sup> et 4<sup>e<\/sup> divisions s\u2019avanc\u00e8rent. Les ing\u00e9nieurs canadiens fournirent rapidement des ponts pour l\u2019infanterie et des rampes pour les canons et les v\u00e9hicules. La 4<sup>e<\/sup> Division fut l\u2019objet d\u2019un feu d\u2019enfilade, mais elle atteignit quand m\u00eame son objectif, le bois de Bourlon. La Premi\u00e8re Division, se dirigeant vers la gauche, prit le contr\u00f4le des villages le long du canal. Le front \u00e9tait alors d\u2019environ 15 kilom\u00e8tres, et une division britannique traversa le canal. L\u2019ennemi envoya des renforts \u00e0 la h\u00e2te, et les combats se poursuivirent jusqu\u2019au 1<sup>er<\/sup> octobre, quand Currie annula l\u2019avanc\u00e9e. Le chemin de Cambrai, route principale et voie ferr\u00e9e servant au transport du mat\u00e9riel allemand dans le nord de la France, \u00e9tait alors leur point de mire.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">\u00c0 ce moment-l\u00e0, les Canadiens de Currie \u00e9taient au milieu de ce qu\u2019on appelle depuis les Cent jours du Canada. Ils allaient pulv\u00e9riser les positions allemandes au front occidental et \u00e9craser un quart des divisions ennemies sur le terrain. Entre le 8 aout et le 11 novembre, jour de la capture de Mons, en Belgique, les quatre divisions de Currie jou\u00e8rent le r\u00f4le le plus important jamais jou\u00e9 par des soldats canadiens. Le prix fut terrible \u2013 <\/span>45 000 morts, bless\u00e9s et prisonniers, c\u2019est-\u00e0-dire <span class=\"s2\">20 p. 100 du total des pertes canadiennes \u00e0 la guerre de 1914-1918 \u2013, mais les gains de territoire et les coups port\u00e9s \u00e0 l\u2019ennemi \u00e9taient r\u00e9els et extr\u00eamement importants. L\u2019objectif des Allemands, contr\u00f4ler l\u2019Europe, avait \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9 par les Alli\u00e9s, et le Corps canadien avait jou\u00e9 un r\u00f4le disproportionn\u00e9 par rapport \u00e0 son effectif.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4060 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/LA-BATAILLE-DE-L\u2019ESCAUT.jpg\" alt=\"la-bataille-de-lescaut\" width=\"600\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/LA-BATAILLE-DE-L\u2019ESCAUT.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/LA-BATAILLE-DE-L\u2019ESCAUT-150x150.jpg 150w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/LA-BATAILLE-DE-L\u2019ESCAUT-300x300.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/LA-BATAILLE-DE-L\u2019ESCAUT-50x50.jpg 50w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/LA-BATAILLE-DE-L\u2019ESCAUT-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Les troupes canadiennes traversent l\u2019Escaut \u00e0 bord de v\u00e9hicules amphibies Buffalo. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Donald I. Grant\/MDN\/BAC\/PA-136754<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le Corps canadien avait montr\u00e9 que les civils inexp\u00e9riment\u00e9s de 1914, devenus fiers Canadiens gr\u00e2ce au succ\u00e8s sur les champs de bataille, \u00e9taient devenus les soldats qualifi\u00e9s, techniquement comp\u00e9tents et d\u00e9termin\u00e9s des Cent jours. Ils avaient aussi montr\u00e9 qu\u2019ils pouvaient apprendre \u00e0 se battre sur le tas, b\u00e2tir une excellente r\u00e9putation et se forger une renomm\u00e9e. Et sir Arthur Currie \u00e9tait devenu le plus grand soldat canadien, un commandant \u00e0 l\u2019imagination fertile qui s\u2019occupait bien de ses hommes et qui faisait partie des tout meilleurs de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span style=\"color: #800000;\"><strong><span class=\"s1\">LES LE\u00c7ONS DE LA GRANDE GUERRE FURENT MALHEUREUSEMENT VITE OUBLI\u00c9ES AU CANADA.<\/span> <\/strong><\/span>Les gouvernements laiss\u00e8rent les forces arm\u00e9es s\u2019amoindrir presque au point de disparaitre, les armes devinrent vite obsol\u00e8tes et une fois de plus, le Canada allait partir en guerre sans y \u00eatre pr\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le Canada entra en guerre le 10 septembre 1939, non plus en tant que colonie comme en 1914, mais en tant que dominion qui avait le contr\u00f4le de sa politique int\u00e9-ri<\/span>eure et \u00e9trang\u00e8re. Le Canada d\u00e9cida tout de m\u00eame<br \/>\nde suivre la Grande-Bretagne dans la guerre contre l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne. Pendant que la guerre faisait rage, pendant que la Grande-Bretagne subissait une<span class=\"s2\"> d\u00e9faite apr\u00e8s l\u2019autre, l\u2019effort principal du Canada \u00e9tait de lever une Premi\u00e8re arm\u00e9e canadienne de cinq divisions et deux brigades blind\u00e9es pour la Grande-Bretagne. Une division fut envoy\u00e9e se battre en Italie en 1943, puis une deuxi\u00e8me. Les trois autres divisions travers\u00e8rent la Manche en juin et juillet 1944 o\u00f9 elles prirent part aux f\u00e9roces combats en Normandie et, en aout, au \u00ab breakout \u00bb. La Premi\u00e8re Arm\u00e9e canadienne accomplit une partie importante des efforts des alli\u00e9s contre les nazis.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s3\">\u00c0 la fin de septembre, le deuxi\u00e8me Corps de l\u2019Arm\u00e9e canadienne \u00e9tait en Belgique o\u00f9 il se pr\u00e9parait \u00e0 sa principale lutte de la guerre. Le lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral Guy Simonds, commandant du corps, rempla\u00e7ait temporairement le g\u00e9n\u00e9ral Harry Crerar, qui avait de graves probl\u00e8mes d\u2019estomac, en tant que commandant de l\u2019Arm\u00e9e. Il avait pour t\u00e2che de nettoyer l\u2019estuaire de l\u2019Escaut que le mar\u00e9chal Bernard Montgomery, commandant du 21<sup>e<\/sup> Groupe d\u2019arm\u00e9es, avait oubli\u00e9, on ne sait comment, afin que les provisions indispensables puissent atteindre le grand port d\u2019Anvers, captur\u00e9 intact par les alli\u00e9s, mais \u00e0 80 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s3\">Les Allemands avaient \u00e9t\u00e9 nettement battus en Normandie, mais ils avaient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 une vitesse incroyable, et ils \u00e9taient en train de fortifier la p\u00e9ninsule du Beveland-Sud et l\u2019ile de Walcheren. Les en d\u00e9loger serait pour les Canadiens la t\u00e2che la plus difficile de la Seconde Guerre mondiale. Le temps \u00e9tait mis\u00e9rable, froid, humide. Le champ de bataille \u00e9tait en grande partie au-dessous du niveau de la mer, et seules les digues permettaient de se d\u00e9placer sans trop de difficult\u00e9s; ces digues, \u00e9tant bien entendu, expos\u00e9es au feu de l\u2019ennemi.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s3\">Simonds se replia dans sa roulotte, r\u00e9fl\u00e9chit au probl\u00e8me et \u00e9tablit son plan. La 3<sup>e<\/sup> Division d\u2019infanterie canadienne, renforc\u00e9e par la 4<sup>e<\/sup> blind\u00e9e canadienne et la 52<sup>e<\/sup> Division britannique, nettoierait la rive sud de l\u2019Escaut qu\u2019on appelait la poche de Breskens. Pendant ce temps, la 2<sup>e<\/sup> Division canadienne lib\u00e8rerait le Beveland-Sud. Pour terminer, Walcheren, d\u2019o\u00f9 l\u2019on contr\u00f4lait l\u2019entr\u00e9e de l\u2019estuaire de l\u2019Escaut, serait attaqu\u00e9e par la route sur digue menant au Beveland-Sud. Le concept \u00e9tait simple, et Simonds devait persuader <\/span>le Bomber Command de l\u2019Aviation royale d\u2019attaquer les digues qui tenaient la mer \u00e0 l\u2019\u00e9cart du sol fertile de Walcheren. Il pr\u00e9senta son point de vue brillamment aux mar\u00e9chaux de l\u2019air, et son argument l\u2019emporta.<\/p>\n<p class=\"p2\">Les combats furent f\u00e9roces. Dans la poche de <span class=\"s3\">Breskens, les Allemands \u00e9taient tr\u00e8s comp\u00e9tents et bien approvisionn\u00e9s, et il fallut des lance-flammes, un feu d\u2019artillerie implacable et beaucoup de courage pour les chasser de leurs tranch\u00e9es d\u2019o\u00f9 ils d\u00e9fendaient les nombreux canaux. Les Canadiens utilis\u00e8rent leurs blind\u00e9s, leurs Buffalo sur chenilles, leurs v\u00e9hicules de transport de personnel et leurs mortiers pour l\u2019emporter. Il lui fallut tout le mois d\u2019octobre et une partie du mois de novembre, mais la Premi\u00e8re Arm\u00e9e canadienne finit par contr\u00f4ler la rive sud de l\u2019Escaut.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s3\">Les choses n\u2019\u00e9taient pas plus faciles au Beveland-Sud, <\/span>o\u00f9 la 2<sup>e<\/sup> Division traversait les polders inond\u00e9s avec beaucoup de difficult\u00e9 et se battait avec les parachu-tistes allemands fanatiques. Le Black Watch fut mis en pi\u00e8ces le 13 octobre, et le Royal Hamilton Light Infantry, trois jours apr\u00e8s. Ce n\u2019est que le 24 octobre que l\u2019isthme fut coup\u00e9 et que le Beveland fut finalement lib\u00e9r\u00e9. C\u2019\u00e9tait alors le tour de Walcheren.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le bombardement des digues effectu\u00e9 par l\u2019AR commen\u00e7a le 3 octobre et <\/span>l\u2019ile fut rapidement inond\u00e9e, isolant l\u2019ennemi. Les commandos et soldats<span class=\"s2\"> britanniques sous les ordres de Simonds attaqu\u00e8rent par la mer et la r\u00e9sistance cessa le 8 novembre. Pour d\u00e9tourner l\u2019attention de l\u2019attaque amphibie, les Canadiens avaient \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de poursuivre leur attaque sur la route sur digue fortement d\u00e9fendue qui reliait Beveland \u00e0 Walcheren. Les assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s d\u00e9cim\u00e8rent un bataillon apr\u00e8s l\u2019autre, mais les combats dur\u00e8rent jusqu\u2019au<br \/>\n8 novembre. En tout, 6 367 Canadiens, et autant de Britanniques, perdirent la vie, furent bless\u00e9s ou captur\u00e9s pour reprendre le contr\u00f4le de l\u2019Escaut. Mais les approvisionnements pouvaient dor\u00e9navant se rendre \u00e0 Anvers, et la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne nazie \u00e9tait d\u00e9sormais in\u00e9vitable.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Les batailles de l\u2019Escaut avaient eu leur importance. Le deuxi\u00e8me Corps canadien qui s\u2019y \u00e9tait battu se composait enti\u00e8rement de volontaires; un million d\u2019hommes et femmes s\u2019\u00e9taient port\u00e9s volontaires pour combattre l\u2019axe \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, prouvant que les Canadiens comprenaient le danger du r\u00e9gime monstrueux d\u2019Hitler pour leur d\u00e9mocratie. L\u2019arm\u00e9e, mal form\u00e9e, mal \u00e9quip\u00e9e et mal dirig\u00e9e en septembre 1939, \u00e9tait devenue la meilleure petite arm\u00e9e au monde, capable de battre les SS et la Wehrmacht. Et le g\u00e9n\u00e9ral Simonds, le seul commandant sup\u00e9rieur canadien en qui les Britanniques et les Am\u00e9ricains avaient enti\u00e8rement confiance, avait montr\u00e9 qu\u2019il pouvait planifier et mener une grande op\u00e9ration militaire cruciale, et faire en sorte que ses Canadiens en sortent victorieux. Tout comme \u00e0 la Grande Guerre, les Canadiens savaient alors qu\u2019ils pouvaient accomplir les travaux les plus exigeants.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4059 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/KANDAHAR-ET-PANJWAYE.jpg\" alt=\"kandahar-et-panjwaye\" width=\"600\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/KANDAHAR-ET-PANJWAYE.jpg 600w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/KANDAHAR-ET-PANJWAYE-150x150.jpg 150w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/KANDAHAR-ET-PANJWAYE-300x300.jpg 300w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/KANDAHAR-ET-PANJWAYE-50x50.jpg 50w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/KANDAHAR-ET-PANJWAYE-140x140.jpg 140w\" sizes=\"(max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Des membres du Royal Canadian Regiment vont au combat pr\u00e8s de Chalghrow, au Panjwaye, en 2010. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Adam Day<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"color: #800000;\"><strong><span class=\"s1\">LES MILITAIRES CANADIENS N\u2019AVAIENT PAS PRIS LES ARMES DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE DE COR\u00c9E, EN 1953.<\/span><\/strong><\/span><span class=\"s2\"> Ils avaient \u00e9t\u00e9 pris pour cibles lors de plusieurs missions de \u00ab maintien de la paix \u00bb et avaient subi des pertes, mais la guerre? Les combats contre une force ennemie? Cela n\u2019\u00e9tait pas arriv\u00e9 jusqu\u2019en 2006, en Afghanistan.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le Canada a particip\u00e9 de plusieurs mani\u00e8res \u00e0 la guerre d\u2019Afghanistan qui a d\u00e9but\u00e9 apr\u00e8s l\u2019attaque d\u2019Al-Qa\u00efda <\/span>le 11 septembre 2001 \u00e0 New York et Washington, et ce, jusqu\u2019au retrait en 2012. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que plus de Canadiens ont servi en Afghanistan qu\u2019en Cor\u00e9e, une guerre fort diff\u00e9rente, o\u00f9 le nombre de victimes avait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus important.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le Canada r\u00e9pondit vite au 11 septembre, envoyant en Afghanistan et dans ses environs des navires, des avions et des soldats des Forces sp\u00e9ciales, et au d\u00e9but de 2002, un bataillon de fantassins. Les Am\u00e9ricains et les forces alli\u00e9es firent prendre la fuite \u00e0 Al-Qa\u00efda rapidement, mais les militants islamistes, les talibans, se reform\u00e8rent peu <\/span>apr\u00e8s. Le Canada poursuivit le r\u00f4le majeur qu\u2019il avait <span class=\"s2\">dans la Force internationale d\u2019assistance \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de <\/span>l\u2019OTAN \u00e0 Kaboul. En 2006, on se concentrait surtout sur Kandahar, lieu de naissance des talibans, et sur la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9quipe provinciale de reconstruction (\u00c9PR) qui devait faire avancer la r\u00e9forme, b\u00e2tir des <span class=\"s2\">institutions pendant que les soldats se battaient contre les islamistes. Pour prot\u00e9ger l\u2019\u00c9PR, le Canada envoya un groupement tactique du 1<sup>er<\/sup> Bataillon du Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry. On pensait que les militants talibans, dont le nombre, pensait-on, s\u2019\u00e9levait \u00e0 200, pouvaient au pire enfouir des bombes le long des routes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout le cas. En juillet, il y avait au Kandahar des milliers de talibans empress\u00e9s de se mesurer aux Canadiens, et le PPCLI dut faire face \u00e0 une force bien \u00e9quip\u00e9e qui se d\u00e9pla\u00e7ait rapidement. Les Canadiens, dot\u00e9s de VBL III, \u00e9tablirent vite des bases d\u2019op\u00e9rations avanc\u00e9es, \u00ab vivant parmi les gens du pays, [&#8230;] dans leur VBL \u00bb. Cela signifiait que leur <span class=\"s2\">r\u00e9action \u00e9tait plus rapide, mais l\u2019approvisionnement des soldats qui se battaient en sous-unit\u00e9s plus difficile. Le premier combat important du PPCLI eut lieu en mai, au village de Pashmul, o\u00f9 fut tu\u00e9e la capitaine Nichola Goddard, observatrice avanc\u00e9e d\u2019artillerie. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re militaire canadienne jamais tu\u00e9e au combat.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Deux mois apr\u00e8s, le PPCLI prit part \u00e0 une grande bataille dans la r\u00e9gion de Panjwaye o\u00f9 une importante force de talibans engagea le combat. C\u2019\u00e9tait une erreur pour l\u2019ennemi, car les Canadiens lui inflig\u00e8rent de lourdes pertes. Les talibans commirent la m\u00eame erreur en aout, quand le PPCLI se pr\u00e9parait \u00e0 quitter le th\u00e9\u00e2tre et que le 1<sup>er<\/sup> Bataillon du Royal Canadian Regiment prenait sa place. Les islamistes subirent des centaines de pertes, mais ils r\u00e9ussirent \u00e0 tuer quatre Canadiens et \u00e0 en blesser onze. L\u2019assaut de Pashmul qui avait menac\u00e9 Kandahar avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9fait \u00e0 un co\u00fbt tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 pour l\u2019ennemi.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Les combats se poursuivirent. Le groupement tactique du RCR fit face peu apr\u00e8s \u00e0 une attaque de grande envergure au Panjwaye, laquelle fut d\u00e9chiquet\u00e9e par les avions et l\u2019artillerie et, selon un officier, \u00ab des combats d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s et improvis\u00e9s \u00e2prement livr\u00e9s \u00bb. Des attaques <\/span>semblables mais plus modestes continu\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 ce que les derni\u00e8res unit\u00e9s de combat canadiennes reviennent au pays, \u00e0 la fin de 2011. Une mission de formation resta en Afghanistan jusqu\u2019en 2014.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Si l\u2019objectif avait \u00e9t\u00e9 de prot\u00e9ger Kandahar, on pourrait dire que le r\u00f4le canadien en Afghanistan fut une r\u00e9ussite. Mais si le but \u00e9tait de permettre aux villageois afghans de vivre leur vie \u00e0 l\u2019abri des talibans, il faut bien dire <\/span>que la guerre fut pour le moins un \u00e9chec partiel. Les talibans n\u2019ont pas disparu, les efforts de l&#8217;\u00c9PR<span class=\"s2\"> ont \u00e9t\u00e9 restreints, et la<\/span> paix et la s\u00e9curit\u00e9 sont encore du domaine du r\u00eave.<\/p>\n<p class=\"p2\">Mais le g\u00e9n\u00e9ral Rick Hillier, chef d\u2019\u00e9tat-major de la <span class=\"s2\">d\u00e9fense pendant cette p\u00e9riode des plus cruciales, avait eu un autre objectif. Il avait servi en ancienne Yougoslavie et avait \u00e9t\u00e9 constern\u00e9 des r\u00e8gles qui bridaient les Canadiens l\u00e0-bas, r\u00e8gles tellement strictes que les militaires des autres nations modifi\u00e8rent le terme \u00ab Canbat \u00bb, en \u00ab Can\u2019tbat \u00bb (\u00ab can \u00bb voulant dire \u00ab pouvoir \u00bb et \u00ab can\u2019t \u00bb voulant dire \u00ab ne pas pouvoir \u00bb, NDT). Cela l\u2019avait piqu\u00e9 au vif, et il se promit de rendre ses soldats aptes au combat \u00e0 nouveau. Le gouvernement lib\u00e9ral de Paul Martin et le gouvernement conservateur de Stephen Harper lui donn\u00e8rent les fonds et le mat\u00e9riel, et les r\u00e9guliers canadiens, leurs rangs renforc\u00e9s par des r\u00e9servistes jusque-l\u00e0 m\u00e9pris\u00e9s, firent leurs preuves au champ de bataille.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">Le public canadien n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s favorable \u00e0 la guerre en Afghanistan, mais il appuyait avec ferveur les soldats. Il y avait les \u00ab vendredis en rouge \u00bb o\u00f9 les civils portaient des v\u00eatements rouges pour montrer leur soutien, des autocollants pour pare-chocs et des \u00e9pinglettes. Et, plus \u00e9mouvant encore, chaque fois qu\u2019un des 158 soldats canadiens tu\u00e9s en Afghanistan arrivait \u00e0 Trenton, le cort\u00e8ge vers Toronto \u00e9tait accueilli par des milliers de personnes longeant les ponts de l\u2019autoroute 401, laquelle a \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9e Autoroute des h\u00e9ros. Hillier avait r\u00e9ussi \u00e0 modifier l\u2019image de soldats du maintien de la paix en celle de soldats combattants, au moins temporairement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s2\">L\u2019Afghanistan, comme les plaines d\u2019Abraham, la guerre de 1812 et les deux guerres mondiales, a fa\u00e7onn\u00e9 le Canada \u00e0 sa mani\u00e8re. La population canadienne n\u2019a jamais eu un esprit militariste, mais ses soldats \u00e9taient qualifi\u00e9s et f\u00e9roces au combat, une fois bien entrain\u00e9s et bien \u00e9quip\u00e9s. Cela a toujours pris du temps et de l\u2019argent, mais heureusement, le Canada avait des alli\u00e9s et, le plus souvent, le temps de se pr\u00e9parer. Toutefois, cela ne sera peut-\u00eatre pas toujours le cas, et les Canadiens, chanceux de vivre dans un pays paisible, devraient \u00e0 tout le moins penser aux pires des sc\u00e9narios auxquels ils ont souvent \u00e9chapp\u00e9. Le temps ne sera peut-\u00eatre pas toujours de leur c\u00f4t\u00e9. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA GUERRE A FA\u00c7ONN\u00c9 LE CANADA. Cette petite phrase ne vient pas souvent \u00e0 l\u2019esprit des Canadiens, habitu\u00e9s \u00e0 vivre dans un royaume pacifique, mais elle est certainement vraie. L\u2019avenir de l\u2019Am\u00e9rique du Nord britannique fut d\u00e9cid\u00e9 dans les plaines d\u2019Abraham en 1759 et confirm\u00e9 pendant la guerre de 1812, o\u00f9 le Canada surv\u00e9cut tout [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":4065,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-4058","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4058","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4058"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4058\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4065"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4058"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4058"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4058"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}