{"id":367,"date":"2010-03-02T04:03:30","date_gmt":"2010-03-02T08:03:30","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=367"},"modified":"2010-04-12T16:14:21","modified_gmt":"2010-04-12T20:14:21","slug":"affectation-afghanistan-le-combat-pour-salavat-partie-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2010\/03\/affectation-afghanistan-le-combat-pour-salavat-partie-1\/","title":{"rendered":"Affectation Afghanistan: Le combat pour salavat &#8211; Partie 1"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"top\" title=\"Au d\u00e9but de la mission \u00e0 Salavat, un soldat du 1er Peloton et des villageois se regardent avec inqui\u00e9tude. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanIntro.jpg\" alt=\"Au d\u00e9but de la mission \u00e0 Salavat, un soldat du 1er Peloton et des villageois se regardent avec inqui\u00e9tude. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"630\" height=\"236\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Au d\u00e9but de la mission \u00e0 Salavat, un soldat du 1er Peloton et des villageois se regardent avec inqui\u00e9tude. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Le peloton \u00e9tait tendu les quelques premiers jours. Tant de choses \u00e9taient inconnues. La guerre \u00e9tait nouvelle pour l\u2019unit\u00e9, mais ses membres en connaissaient la r\u00e9putation de sauvagerie.<\/strong><\/p>\n<p>Quand chaque patrouille quittait la petite \u00e9cole fortifi\u00e9e, les premiers jours, les soldats qui y restaient faisaient semblant de s\u2019en moquer lors des adieux. Ou bien s\u2019en moquaient-ils vraiment. Il y avait toujours des moments sombres quand les gars levaient le pouce ou le poing en partant. Quelqu\u2019un criait \u00ab\u00a0amusez-vous \u00e0 la guerre, les soldats\u00a0\u00bb d\u2019une voix de fausset. Ou bien un autre criait, d\u2019un air cucul, \u00ab\u00a0attention aux IED\u00a0\u00bb les gars.<\/p>\n<p>Personne n\u2019a jamais vraiment voulu la faire, cette guerre. Les ennemis sont des fant\u00f4mes et leurs suppor\u00adteurs se dissimulent en plein jour. Ils sont partout et nulle part. Tout est sens devant derri\u00e8re.<\/p>\n<p>La violence est obscure et d\u00e9concertante. Les ennemis ont compris qu\u2019ils ne peuvent pas survivre en se battant \u00e0 d\u00e9couvert, alors ils ont maitris\u00e9 l\u2019art de la sournoiserie; ils se dissimulent, se confondent dans les parages.<\/p>\n<p>Aux yeux des Canadiens d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 Kandahar \u00e0 l\u2019automne 2009, aux yeux des hommes du 1er Peloton, de la Compagnie Alpha (1re) du 1er Bataillon de la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry du 1er Groupe-brigade m\u00e9canis\u00e9 du Canada \u2014 le fer de lance \u2014 le don qu\u2019a l\u2019ennemi de s\u2019escamoter est d\u00e9concertant, pour ne pas dire plus.<\/p>\n<p>L\u2019ennemi est ici, partout, mais il s\u2019agit de planteurs de bombes qui tirent au jug\u00e9, pas des soldats. On dirait que les fantassins se battent avec le terrain plut\u00f4t qu\u2019avec des terroristes fanatiques. Les arbres leur tirent dessus. Le sol leur tire dessus. Ils r\u00e9pondent en tirant sur les arbres et la terre. Ils ont peur que le sol explose sous leurs pieds, et il arrive que le sol explose et qu\u2019ils y perdent les jambes, les bras, la figure. Ce genre de guerre est non seulement frustrant, mais cruel. C\u2019est comme de d\u00e9velopper un cancer quand on cherche \u00e0 se battre \u00e0 coups de poings. Il s\u2019agit bien d\u2019une lutte, mais pas comme celle qu\u2019ils voulaient.<\/p>\n<p>Le 1er Peloton est venu \u00e0 Salavat, pratiquement au milieu du district de Panjwai \u2014 le centre du cancer \u2014 vivre parmi les villageois et leur montrer, sans ambages, que l\u2019OTAN est venue les aider. Pendant un certain temps, il va essayer d\u2019obtenir la confiance et le soutien des citoyens de Salavat. Il formera une combinaison de force militaire, de force humanitaire et de force polici\u00e8re. Il sera la police de combat du village. Il n\u2019a pas vraiment \u00e9t\u00e9 form\u00e9 pour ce genre de travail, et ce n\u2019est pas une guerre comme beaucoup d\u2019entre eux la voulaient, mais c\u2019est son devoir et il fera de son mieux.<\/p>\n<p>Nul ne sait s\u2019il peut gagner. Et nul ne sait exactement ce que gagner veut dire. Nous avons accompagn\u00e9 le peloton pendant les premi\u00e8res semaines de sa nouvelle guerre, pour l\u2019observer pendant qu\u2019il s\u2019efforce de venir aux prises avec un ennemi invisible, la m\u00e9fiance des gens de la place qui semble sans bornes, les fonctionnaires corrompus et un groupe d\u2019alli\u00e9s afghans qui sont, au mieux, inconstants et, au pire, traitres. Bien qu\u2019il y ait eu beaucoup de mauvais passages pendant ces quelques semaines \u2014 se faire rejeter par quelques villageois, \u00eatre oblig\u00e9 de poster des sentinelles au poste de commandement (PC) apr\u00e8s une confrontation avec le commandant de l\u2019arm\u00e9e nationale afghane (ANA), s\u2019achopper sans cesse \u00e0 des probl\u00e8mes de communication, combattre un syst\u00e8me de r\u00e9approvisionnement irr\u00e9gulier et \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 par l\u2019atrocit\u00e9 et l\u2019incertitude de la situation \u2014 il y a aussi eu nombre de petits triomphes et une issue formidable quand les habitants de Salavat se sont assembl\u00e9s pour voter une fois pour toutes \u00e0 savoir s\u2019ils allaient rester et coop\u00e9rer avec les Canadiens ou s\u2019enfuir.<\/p>\n<p><strong>L\u2019engouffrement dans les t\u00e9n\u00e8bres<\/strong><\/p>\n<p>Salavat est une agglom\u00e9ration de plusieurs milliers d\u2019habitants. C\u2019est un assemblage h\u00e9t\u00e9roclite d\u2019enceintes et de cabanes en terre s\u00e9ch\u00e9e blotti au pied de Salavat Ghar. La progression temporelle semble y avoir cess\u00e9 vers 850 apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ne provient que d\u2019un ou deux g\u00e9n\u00e9rateurs. Les rigoles, d\u2019une profondeur de plus de six pieds, creus\u00e9es au fil du temps par les eaux us\u00e9es sont une indication de l\u2019\u00e2ge de cette collectivit\u00e9 d\u00e9sertique.<\/p>\n<p>Les Canadiens y vont de temps \u00e0 autre depuis quelques ann\u00e9es; la derni\u00e8re fois fut en \u00e9t\u00e9 2009. Ils ont d\u00fb se battre pour entrer dans le village et il leur a fallu se servir du canon principal d\u2019un char Leopard pour p\u00e9n\u00e9trer dans leur nouvelle base, l\u2019enceinte d\u2019une \u00e9cole tout juste au nord de l\u2019agglom\u00e9ration.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Des villageois curieux recevaient chaque petite patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset9.jpg\" alt=\"Des villageois curieux recevaient chaque petite patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"425\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des villageois curieux recevaient chaque petite patrouille. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Il y a de ces \u00e9coles partout dans le Panjwai, construites avec des fonds de l\u2019UNICEF en 2005. Les \u00e9coles ont principalement \u00e9t\u00e9 d\u00e9saffect\u00e9es, endommag\u00e9es ou m\u00eame, dans certains cas, d\u00e9truites. En 2006, l\u2019une d\u2019elles a \u00e9t\u00e9 le fameux point central de l\u2019op\u00e9ration M\u00e9duse, qui avait pour objectif de d\u00e9barrasser la r\u00e9gion Panjwai-Zhari des \u00e9l\u00e9ments talibans.<\/p>\n<p>Les Canadiens l\u2019appellent \u00ab\u00a0maison du peloton\u00a0\u00bb. On ne sait pas comment les habitants de Salavat l\u2019appellent, mais ce n\u2019est probablement pas la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Dans l\u2019enceinte, d\u00e9but octobre, s\u2019\u00e9tait \u00e9tabli un petit village d\u2019\u00e9trangers\u00a0venus refaire le monde afghan. La maison du peloton est quelque chose de d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Les embrasures sans fen\u00eatre sont remplies de sacs de sable et deux tours de contr\u00f4le mal d\u00e9grossies servent \u00e0 la garde. Il y a des filets de camouflage et les douches sont deux gros tonneaux d\u2019eau qu\u2019on chauffe au k\u00e9ros\u00e8ne. \u00c7a sent la poussi\u00e8re, le carburant et la merde. Les lance-roquettes, les mitrailleuses et les quelques syst\u00e8mes de missile sont une indication de la pr\u00e9carit\u00e9 du fort. L\u2019un des pires dangers, quand on laisse des petits groupes de soldats tout seuls, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion, l\u2019ennemi les attaque et que, de temps \u00e0 autre, il r\u00e9ussit \u00e0 envahir le camp.<\/p>\n<p>Pendant trois semaines avant l\u2019arriv\u00e9e du 1er Peloton, il y avait des membres du 22e ici, venus construire la base \u00e0 la fin de leur affectation. Le transfert du commandement a eu lieu le dimanche 11 octobre. Ce fut une sc\u00e8ne poussi\u00e9reuse, presque chaotique, en pr\u00e9vision de laquelle les membres du 22e et du Patricia s\u2019\u00e9taient rassembl\u00e9s, en s\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019enceinte de l\u2019\u00e9cole, autour de leurs v\u00e9hicules. La grande diff\u00e9rence entre leurs cultures \u00e9tait \u00e9vidente. Le 22e a un style extravagant. Beaucoup de ses soldats portent un bandeau, une coiffure compliqu\u00e9e et des pantalons qu\u2019on dirait faits sur mesure et qui donnent l\u2019impression d\u2019une insouciance toute fran\u00e7aise. Quant au 1er Peloton, ses membres pr\u00e9f\u00e8rent un look plus d\u00e9contract\u00e9, dans le genre surfeurs des neiges en guerre, mais avec des gros bras et des moustaches ironiques.<\/p>\n<p>Le premier jour, on ne savait pas exactement comment les soldats du 1er Peloton allaient conqu\u00e9rir le c\u0153ur des gens de Salavat. Le soir du 11 octobre, le capitaine Bryce Talsma, commandant du peloton, a r\u00e9uni ses commandants de section pour \u00e9tablir un plan.<\/p>\n<p>En tout cas, c\u2019est s\u00fbr que les mots ne suffiront pas. Ils savent que les Afghans, \u00e0 ce moment-ci de leur histoire \u2014 dans une interminable guerre qui a commenc\u00e9 il y a 30 ans \u2014 sont bien plus que sceptiques, bien plus que m\u00e9fiants en ce qui a trait aux bonnes intentions des \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de ces consid\u00e9rations, il y a bien d\u2019autres pr\u00e9occupations pratiques. Par exemple, personne ne sait vraiment ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 Salavat, mais il s\u2019y est cr\u00e9\u00e9 une sorte d\u2019impasse au cours des quelques derniers jours, car l\u2019unit\u00e9 de l\u2019ANA, cantonn\u00e9e avec les Canadiens \u00e0 la base de Salavat, refuse de patrouiller la ville tant qu\u2019on n\u2019aura pas \u00e9tabli de poste d\u2019observation qui puisse servir au tir de protection en cas d\u2019embuscade.<\/p>\n<p>Le site logique pour ce poste \u00e9tait le \u00ab\u00a0PO russe\u00a0\u00bb, une petite montagne que les Russes ont \u00e9difi\u00e9e quand ils occupaient Salavat, dans les ann\u00e9es 1980. Bien qu\u2019il n\u2019y ait que quelques centaines de m\u00e8tres entre elle et la base canadienne, les difficult\u00e9s sont nombreuses si l\u2019on veut s\u2019y rendre et, la derni\u00e8re fois que des Canadiens ont essay\u00e9 \u2014 c\u2019\u00e9taient les gars du 22e, quelques semaines avant \u2014 ils ont \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9s par des explosions. Bien qu\u2019ils avaient escalad\u00e9 la colline en faisant autant attention que possible, ils s\u2019\u00e9taient fait prendre par un chapelet d\u2019explosifs de circonstance qui avaient explos\u00e9 sous leurs pieds et fait plusieurs bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Talsma et ses sergents, assis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du poste de commandement (PC), discutent de leurs options tard dans la nuit. Il fait froid, mais, excit\u00e9s par les d\u00e9fis qu\u2019ils vont devoir relever, ils continuent de parler.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un sort de l\u2019ombre et se joint \u00e0 eux. C\u2019est un autre officier canadien, le lieutenant de 24 ans Andrew Stocker, qui fait partie de l\u2019\u00c9quipe de liaison et de mentorat op\u00e9rationnel (ELMO) et qui habite aussi \u00e0 la base, venu assister le lieutenant Saed, le commandant de l\u2019ANA. Stocker, qui est ici depuis quelques semaines, fournit des renseignements sur la situation au 1er Peloton qui vient d\u2019arriver. Personne ne sait ce qui se passe et en qui on peut avoir confiance. Il est pratiquement s\u00fbr que l\u2019attaque au mortier lanc\u00e9e r\u00e9cemment provenait de la cour du chef du village, Hajji Pir Mohammed.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Des gamins de la place. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset7.jpg\" alt=\"Des gamins de la place. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"374\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des gamins de la place. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un homme qui, selon ce que le commandement de Talsma lui a dit, est probablement un alli\u00e9, et un alli\u00e9 important.<\/p>\n<p>Talsma, apr\u00e8s l\u2019expos\u00e9 de Stocker, se tourne vers ses sergents qui \u00e9taient excit\u00e9s auparavant, mais qui sont quelque peu d\u00e9confits en consid\u00e9rant la complexit\u00e9 de la situation. Talsma s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il faut leur remonter le moral sans tarder et il dit pour rire, avec sarcasme, qu\u2019on va gagner cat\u00e9goriquement et rentrer chez soi avant No\u00ebl, et que les gens chanteront dans les rues. La guerre est telle que l\u2019on comprend tr\u00e8s bien \u00e0 quel point l\u2019id\u00e9e est ridicule et tous se mettent \u00e0 rire.<\/p>\n<p><strong>Et d\u2019entrer le pape <\/strong><\/p>\n<p>Avant l\u2019arriv\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral Stanley McChrystal, les efforts militaires \u00e9taient dispers\u00e9s, pour ne pas dire plus. Il n\u2019y avait pas vraiment de contr\u00f4le venant d\u2019en haut. Bien que la situation militaire en Afghanistan en soit une de contrinsurrection depuis au moins 2006, cela ne veut pas dire que les pays de l\u2019OTAN qui y participent avaient une strat\u00e9gie ou des tactiques appropri\u00e9es. Il y avait beaucoup d\u2019improvisation; beaucoup de grandes bases furent construites et bien trop de bombes largu\u00e9es, chaque groupement tactique fon\u00e7ant \u00e0 sa mani\u00e8re; on aurait dit que chacun d\u2019entre eux se repr\u00e9sentait diff\u00e9remment comment il fallait proc\u00e9der. Chacun faisait sa propre \u00e9valuation, sa propre conjecture. Dans le Sud, c\u2019\u00e9tait une collection d\u2019arm\u00e9es du monde entier se livrant \u00e0 leurs propres conjectures toutes en m\u00eame temps. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas que les choses allaient de mal en pis.<\/p>\n<p>McChrystal est un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain, un vieux de la communaut\u00e9 des forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales, d\u2019une intensit\u00e9, d\u2019une concentration, l\u00e9gendaires \u2014 qui ne dormait que quelques heures par nuit et ne mangeait que rarement, disait-on \u2014 et qu\u2019on a surnomm\u00e9 le pape il y a longtemps. Selon ce qu\u2019on raconte, c\u2019est quelqu\u2019un qui accomplit sa mission \u00e0 tout prix, mais qui ne se demande pas si la mission en vaut la peine.<\/p>\n<p>Son plan ou plut\u00f4t sa philosophie, c\u2019\u00e9tait d\u2019arr\u00eater de larguer des bombes et de tirer sur les m\u00e9chants, et puis de prot\u00e9ger les civils et construire des \u00e9coles. Les soldats sortiraient des grandes bases et habiteraient parmi les gens du peuple. On \u00e9vi\u00adterait les victimes civiles m\u00eame au prix \u00e9lev\u00e9 de victimes alli\u00e9es. Ces id\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas nouvelles, mais, la diff\u00e9rence, c\u2019est que McChrystal \u00e9tait responsable de toute l\u2019affaire, et il donnait une consigne tr\u00e8s claire \u00e0 tout le monde. Il n\u2019y avait donc pas de doute que le pape acceptait tout au moins de diriger.<\/p>\n<p>Bien entendu, un bon plan ne vaut pas grand-chose s\u2019il n\u2019est pas mis en pratique. McChrystal ne combattait pas seulement la bande de Pashtouns fanatiques qu\u2019on appelle les talibans, son plan allait aussi \u00e0 l\u2019encontre de la culture et de la formation des forces militaires qu\u2019il commandait.<\/p>\n<p>La nature de l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est la violence. La nuit, les officiers de l\u2019infanterie r\u00eavent de combats d\u00e9cisifs, de trouver et tuer suffisamment d\u2019ennemis pour que les choses changent. Alors, le danger, c\u2019est qu\u2019au r\u00e9veil, ils partent \u00e0 la chasse aux fant\u00f4mes, qu\u2019ils cr\u00e9ent la violence quand ce n\u2019est pas n\u00e9cessaire.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le caporal John Little (\u00e0 g.) et un autre membre du 1er Peloton attendent le d\u00e9but de la patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset1.jpg\" alt=\"Le caporal John Little (\u00e0 g.) et un autre membre du 1er Peloton attendent le d\u00e9but de la patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"396\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le caporal John Little (\u00e0 g.) et un autre membre du 1er Peloton attendent le d\u00e9but de la patrouille. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Les soldats ne racontent habituellement pas d\u2019histoires sur l\u2019obtention de l\u2019all\u00e9geance d\u2019un commer\u00e7ant lors d\u2019une affectation pass\u00e9e, ils ne se vantent pas de leurs comp\u00e9tences en pacification de village. Ce sont des hommes arm\u00e9s, des tireurs.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019une critique, ce n\u2019est pas un d\u00e9faut. Apr\u00e8s tout, ce sont des soldats.<\/p>\n<p>Talsma et le 1er Peloton \u00e9taient quand m\u00eame pr\u00eats. Beaucoup d\u2019entre eux avaient lu McChrystal. Ils \u00e9taient au courant du plan. Ils ne savaient pas s\u2019ils r\u00e9ussiraient, si \u00e7a allait marcher, mais la s\u00e9duction de Salavat allait commencer.<\/p>\n<p><strong>Ier jour \u2014 le d\u00e9but de la nouvelle guerre<\/strong><\/p>\n<p>La nuit est froide. \u00c9tonnamment froide. Lecteur pensant voyager au Panjwai du Sud en octobre, prenez garde\u00a0: un sac de couchage d\u2019\u00e9t\u00e9 ne vous suffira pas. Loin de l\u00e0. Et il ne faut pas se faire jouer par l\u2019intensit\u00e9 de la chaleur pendant la journ\u00e9e; les nuits sont tout aussi intens\u00e9ment froides. Il faut aussi \u00eatre pr\u00eat \u00e0 mourir lorsqu\u2019on est confront\u00e9 \u00e0 des serpents, araign\u00e9es ou scorpions venimeux. La premi\u00e8re nuit du Patricia \u00e0 Salavat \u2014 et les 14 qui allaient suivre, en fait \u2014 les embrasures de la petite \u00e9cole blanche n\u2019avaient pas de porte, alors lundi matin, en se levant tr\u00e8s t\u00f4t, gel\u00e9s, nous avons tous vu des scorpions et des araign\u00e9es solifuges courir autour de nos lits et de nos bottes. Les soldats les plus braves se sont lanc\u00e9s \u00e0 l\u2019attaque, mais la plupart sont rest\u00e9s blottis dans leur lit.<\/p>\n<p>Bref, les quelque 40 gars du 1er Peloton ont surv\u00e9cu \u00e0 la premi\u00e8re nuit et, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, ils se sont mis \u00e0 reconstruire rapidement les positions de d\u00e9fense du camp. Ce n\u2019est pas que les gars du 22e ont mal b\u00e2ti les bunkers et les pas de tir, c\u2019est juste que les Patricia veulent faire mieux. Pendant que les soldats d\u00e9montent les structures b\u00e2ties trois semaines auparavant, Talsma, lui, planifie la journ\u00e9e \u2014 comment monter au PO russe \u2014 et, en plus, il parle un peu de sa strat\u00e9gie d\u2019urgence pour la conqu\u00eate de Salavat par son peloton.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019arm\u00e9e a tendance \u00e0 \u00eatre agressive, ce qui est excellent pour une arm\u00e9e traditionnelle, dit-il. Mais maintenant [\u2026] \u201c\u00eatre lent, c\u2019est \u00eatre r\u00e9gulier, \u00eatre r\u00e9gulier, c\u2019est \u00eatre rapide. Il faut marcher au combat\u201d, dit Talsma. Les Canadiens sont des troupes de choc depuis toujours \u2014 on veut se pr\u00e9cipiter, on veut attaquer \u2014 je pense que c\u2019est inh\u00e9rent \u00e0 la psych\u00e9 nationale que de vouloir bruler le pav\u00e9, monter \u00e0 l\u2019assaut. Mais il faut faire les choses autrement dans ce conflit. On a gagn\u00e9 [\u2026] le combat, mais il faut dor\u00e9navant gagner la paix.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"L\u2019adjudant Dan Eisan au patio devant le poste de commandement \u00e9tabli dans l\u2019\u00e9cole. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset11.jpg\" alt=\"L\u2019adjudant Dan Eisan au patio devant le poste de commandement \u00e9tabli dans l\u2019\u00e9cole. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"333\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>L\u2019adjudant Dan Eisan au patio devant le poste de commandement \u00e9tabli dans l\u2019\u00e9cole. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Talsma s\u2019appelle lui-m\u00eame un \u00ab\u00a0gar\u00e7on de l\u2019Alberta\u00a0\u00bb et, s\u2019il parle avec le calme affable d\u2019un athl\u00e8te, il peut aussi tirer des rafales de pens\u00e9es soutenues qui surprennent. Enclin \u00e0 l\u2019autod\u00e9nigrement et pourvu d\u2019un sens de l\u2019humour un peu incen\u00addiaire qui est divertissant lors des s\u00e9ances d\u2019information mais qui semble lui avoir cr\u00e9\u00e9 des ennuis chez ses sup\u00e9rieurs, Talsma est tr\u00e8s respect\u00e9 par ses subalternes au moins \u00e0 la mani\u00e8re r\u00e9ticente et non conciliante qu\u2019ont les hommes de troupes du Patricia m\u00eame envers les officiers qu\u2019ils estiment.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On essaie d\u2019\u00e9quilibrer la contrinsurrection avec le maintien de notre force de man\u0153uvre\u00a0\u00bb, poursuit Talsma, assis dans une chaise pliable de la L\u00e9gion \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du poste de commandement. \u00ab\u00a0Et il y a encore l\u2019h\u00e9ritage de 2006, o\u00f9 tout le monde veut \u00eatre un colonel Ian Hope ou un colonel Omer Lavoie et ass\u00e9ner une racl\u00e9e \u00e0 tout le monde ici et leur montrer qui est le manitou. Je ne sais pas si, en tant que groupement tactique, on s\u2019est r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 cette nouvelle mission et, pour ne pas vous donner le change, je ne sais pas si je m\u2019y suis r\u00e9sign\u00e9 moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En quelques phrases, Talsma r\u00e9ussit, conform\u00e9ment \u00e0 son processus mental, \u00e0 r\u00e9sumer clairement le probl\u00e8me auquel sont confront\u00e9s le peloton, la compagnie et le groupement tactique et, peut-\u00eatre, les nombreuses arm\u00e9es en Afghanistan. La nouvelle mission n\u2019en est pas une o\u00f9 il faut trouver, ajuster et tuer, ni rechercher et d\u00e9truire, ni chasser, ni m\u00eame tirer. La nouvelle mission est tout en douceur. La nouvelle mission, c\u2019est de se faire des amis, de cultiver des alli\u00e9s et d\u2019essayer de s\u2019immiscer entre l\u2019ennemi et la population. Il s\u2019agit de b\u00e2tir un pays.<\/p>\n<p>Et avant m\u00eame de penser \u00e0 le faire, le 1er Peloton et toutes les autres arm\u00e9es doivent accepter la nature mis\u00e9rable, \u00e9chelonn\u00e9e du travail. Il faudra avancer \u00e0 petits pas dans un terrain min\u00e9 d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre. Et le premier de ces petits pas, c\u2019est de monter au PO russe.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La priorit\u00e9 absolue, c\u2019est de mettre le poste d\u2019observation en place parce que \u00e7a r\u00e9soudrait pratiquement tous les pro\u00adbl\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Salavat\u00a0\u00bb, dit Talsma en promenant son regard sur la ville, au sud.<\/p>\n<p>Toutefois, c\u2019est son travail avec les Afghans qui sera le plus p\u00e9nible pour lui. Ce n\u2019est pas seulement la langue qui s\u00e9pare les alli\u00e9s, mais les nombreuses petites et grandes diff\u00e9rences culturelles. Lundi, deux Afghans se prom\u00e8nent autour du poste de commandement \u00e0 la recherche du \u00ab\u00a0m\u00e9decin\u00a0\u00bb, mais en vain. Talsma part \u00e0 sa recherche et trouve l\u2019infirmi\u00e8re, le caporal Becky Hudson de la 1re Ambulance de campagne, une grande femme en pleine forme.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous vouliez l\u2019infirmi\u00e8re?\u00a0\u00bb demande Talsma au soldat afghan du camp \u00e0 l\u2019air le plus m\u00e9chant. \u00ab\u00a0La voici\u00a0\u00bb, dit-il en indiquant Hudson.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Elle?\u00a0\u00bb demande l\u2019Afghan, comme s\u2019il n\u2019arrive pas \u00e0 y croire. \u00ab\u00a0Vraiment?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Talsma fait oui de la t\u00eate. L\u2019Afghan hausse les \u00e9paules, et, malgr\u00e9 lui, il fait signe vers l\u2019infirmerie et ils s\u2019en vont.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils sont fous ces Canadiens\u00a0\u00bb, dit Talsma en parodiant la r\u00e9action du soldat afghan et puis il part voir o\u00f9 en sont les d\u00e9fenses du camp.<\/p>\n<p>Tout juste apr\u00e8s 15 h, lundi, une patrouille d\u2019une douzaine de soldats du 1er Peloton et d\u2019ing\u00e9nieurs du 1er R\u00e9giment du g\u00e9nie de combat partent en reconnaissance au PO russe. C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019ils sortent des barbel\u00e9s.<\/p>\n<p>Au sud de la base, alors que la patrouille s\u2019est arr\u00eat\u00e9e pour d\u00e9cider par o\u00f9 passer pour aller \u00e0 la base du PO russe, deux gar\u00e7ons afghans qui suivaient la route en poussant une brouette pleine de marijuana veulent passer. Le caporal Jesse Evanshen appelle le chef de patrouille, le sergent C.J. Flach, \u00e0 la radio, qui r\u00e9pond de les laisser passer, mais qu\u2019il faut les fouiller et leur faire \u00ab\u00a0mettre leurs esties de mains eux-m\u00eames dans leur brouette\u00a0\u00bb. Evanshen demande aux gar\u00e7ons cinq fois, de mani\u00e8res diff\u00e9rentes, de soulever la marijuana pour qu\u2019il puisse regarder, mais sans se faire comprendre. Il se sent un peu frustr\u00e9. Il leur dit lentement, d\u2019une voix f\u00e2ch\u00e9e, \u00ab\u00a0soulevez la maudite v\u00e9g\u00e9tation\u00a0\u00bb. L\u00e0, ils ont compris, comme par magie. C\u2019est la premi\u00e8re des nombreuses interactions difficiles que le 1er Peloton va avoir avec les villageois au cours des semaines \u00e0 venir.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le soldat Brian Makela en patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset2.jpg\" alt=\"Le soldat Brian Makela en patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"238\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le soldat Brian Makela en patrouille. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Quant au PO russe, les nouvelles ne sont pas bonnes. Ce ne sera pas facile de monter jusqu\u2019en haut, et pas seulement \u00e0 cause des \u00e9ventuels IED en chapelet\u00a0: il y a aussi un cimeti\u00e8re d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les gens du coin font s\u00e9cher les raisins au sommet, deux facteurs exigeant des n\u00e9gociations avant que les Canadiens s\u2019emparent de la colline. De plus, les ing\u00e9nieurs ne sont pas s\u00fbrs de pouvoir vraiment d\u00e9miner l\u2019endroit, \u00e0 moins qu\u2019on leur affecte plus de main-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Quand Flach a r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 toute cette information, il bousille compl\u00e8tement le projet. \u00ab\u00a0Et si, quand on arrive en haut, ce n\u2019est qu\u2019un nouvel angle mort?\u00a0\u00bb demande-t-il \u00e0 haute voix.<\/p>\n<p>Il faut dire qu\u2019il y a d\u00e9j\u00e0 eu des d\u00e9saccords sous-entendus \u00e0 propos du PO russe. Plusieurs hommes de troupe plus \u00e2g\u00e9s du peloton n\u2019aiment pas l\u2019id\u00e9e de Saed; ils n\u2019aiment pas penser que l\u2019h\u00e9sitation de l\u2019ANA pourrait restreindre leurs mouvements \u00e0 Salavat. Nous ne savons pas si Talsma est d\u2019accord avec ce point de vue.<\/p>\n<p>Toutefois, ce qu\u2019on sait parfaitement, c\u2019est que l\u2019ennemi est dans les environs, qu\u2019il conspire, qu\u2019il faut conqu\u00e9rir les c\u0153urs et les esprits des villageois et que le PO russe est au centre des deux affaires. Peu de temps apr\u00e8s, nous essayons de changer le nom de la colline, de \u00ab\u00a0PO russe\u00a0\u00bb \u00e0 quelque chose de plus neutre, comme \u00ab\u00a0la cr\u00eate cr\u00e8ve-c\u0153ur\u00a0\u00bb, mais \u00e7a ne marche pas.<\/p>\n<p>\u00c0 16 h 48, lundi, il y a la troisi\u00e8me grosse explosion inexpliqu\u00e9e du jour. Ce n\u2019est pas facile de savoir \u00e0 quelle distance elle est arriv\u00e9e, peut-\u00eatre \u00e0 plus de 1\u00a0500 m\u00e8tres, mais elle a l\u2019effet d\u00e9concertant qu\u2019ont les explosifs puissants sur le corps humain, m\u00eame de loin. La premi\u00e8re indication est ressentie plut\u00f4t qu\u2019entendue, quand l\u2019onde de choc frappe les yeux et les oreilles et qu\u2019elle aspire l\u2019air des poumons. Les soldats ont un manque de curiosit\u00e9 bizarre par rapport \u00e0 ces explosions. Enfin, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas qu\u2019ils ne sont pas curieux, mais plut\u00f4t qu\u2019ils savent que, de toute fa\u00e7on, ils ne sauront jamais ce qui est arriv\u00e9, alors pourquoi perdre son temps \u00e0 enqu\u00eater.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 quelque chose de singulier dans une zone de guerre\u00a0: les informations semblent avoir un flux n\u00e9gatif. Au sol, sur le sable, les choses qu\u2019on apprend ne servent pas vraiment \u00e0 b\u00e2tir les connaissances, mais plut\u00f4t \u00e0 miner les choses qu\u2019on pense savoir. \u00c0 chaque explosion, par exemple, on est moins certain de ce qui se passe dans le quartier. Ainsi, \u00e0 chaque moment qui passe, on en sait un tout petit peu moins qu\u2019\u00e0 l\u2019instant d\u2019avant.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre pour cela que les rumeurs ont tant d\u2019importance parmi les troupiers et qu\u2019on les \u00e9change avec tant de persistance. Par exemple, une histoire fait le tour du camp comme quoi, hier, un policier national afghan (PNA) a fum\u00e9 un peu trop de hachisch et tir\u00e9 quelques fois dans le mur de la cuisine du camp. Bien qu\u2019on n\u2019ait pas pu trouver de trous de balle (r\u00e9cents) dans le mur, l\u2019histoire se poursuit, ce qui indique que, m\u00eame si elle ne contient aucun fait v\u00e9ridique, elle a quand m\u00eame une certaine signification\u00a0: on ne fait pas tr\u00e8s confiance \u00e0 la PNA.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le soldat Makela. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset4.jpg\" alt=\"Le soldat Makela. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"269\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le soldat Makela. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>De toute fa\u00e7on, malgr\u00e9 ses dommages possibles, la cuisine a r\u00e9ussi \u00e0 contenter les soldats \u00e0 la fin d\u2019une longue journ\u00e9e de construction et de remplissage de sacs de sable, car une planque de saucisses de Francfort et de poulets congel\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s pendant les travaux de nettoyage de la base. Alors le diner ce soir-l\u00e0 est une boulette de poulet, deux tranches de fromage fondu et assaisonnement cajun en poudre, une autre boulette de poulet par-dessus, le tout servi avec de l\u2019eau arabe ti\u00e8de et un paquet de ce qui a l\u2019air d\u2019une contrefa\u00e7on de biscuits Oreo. Non seulement la police de caract\u00e8res et l\u2019infographie du paquet d\u2019Oreo sont \u00e9videmment fausses, les biscuits ont un gout de craie rassie.<\/p>\n<p>Lundi soir, la discussion porte longtemps aussi sur la mani\u00e8re dont le peloton va faire sa premi\u00e8re approche de la p\u00e9riph\u00e9rie de Salavat. Hier, les vingt-deux avaient dit que ce qu\u2019ils avaient fait n\u2019\u00e9tait qu\u2019une entr\u00e9e de jeu, ils ne s\u2019\u00e9taient pas introduits profond\u00e9ment \u00e0 Salavat. Ils avaient tout fait, avaient-ils dit, sauf la vraie chose elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Les troupiers se mirent presque imm\u00e9diatement \u00e0 parler en termes sexuels de la premi\u00e8re patrouille qui p\u00e9n\u00e9trerait dans Salavat, appelant la patrouille de reconnaissance la patrouille du bout. C\u2019est \u00ab\u00a0rien que le bout, juste pour un instant, juste pour savoir comment on se sent, disaient-ils en riant. Ce n\u2019est rien. On sera toujours des copains demain matin. Et si elle referme les jambes fermement dessus, il n\u2019y aura pas de violence, on va pas se f\u00e2cher, c\u2019est qu\u2019elle est pas pr\u00eate, \u00e9videmment. Il faut simplement la caresser un peu plus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais, d\u2019abord, il y a l\u2019impasse tactique que repr\u00e9sente le PO russe. \u00ab\u00a0Les ennemis savent avant chaque avanc\u00e9e \u00e0 Salavat que nous occupons cette colline pour avoir une vue sup\u00e9rieure, alors ils ont mis des IED; il va donc falloir la nettoyer en premier. Mais il faut du temps pour le d\u00e9minage, alors on ne va pas le faire tant qu\u2019on sera pas pr\u00eats \u00e0 y laisser une force\u00a0\u00bb, dit Talsma.<\/p>\n<p>Tout de suite apr\u00e8s l\u2019extinction des lumi\u00e8res, Talsma tient une r\u00e9union pour pr\u00e9parer le plan de patrouilles de demain autour de la base. \u00c9tant donn\u00e9 que la 1re section n\u2019est pas encore arriv\u00e9e, la main-d\u2019\u0153uvre est insuffisante. Il y a quelque 30 Canadiens dans la base, mais pas tous des fantassins. En fin de compte, s\u2019\u00e9tant enquis (sans oublier le sarcasme) si les reporters pouvaient porter une arme en patrouille, Talsma r\u00e9ussit \u00e0 brasser l\u2019horaire de la garde afin de trouver le minimum n\u00e9cessaire \u00e0 la patrouille.<\/p>\n<p><strong>IIe jour \u2014 la premi\u00e8re patrouille \u00e0 Salavat<\/strong><\/p>\n<p>La nuit a de nouveau \u00e9t\u00e9 froide, d\u2019un froid d\u00e9sertique, mais, \u00e0 l\u2019aube, peu apr\u00e8s 6 h, les oiseaux p\u00e9pient, les soldats ronflent et le soleil s\u2019introduit entre les sacs de sable pour illuminer notre baraquement en b\u00e9ton par ailleurs sombre et un peu humide.<\/p>\n<p>Les chambres sentent la vieille chaussette et, \u00e9tonnamment, l\u2019\u00e9quipement de hockey\u00a0: une odeur d\u2019\u00e9quipement tremp\u00e9 de sueur qu\u2019on a laiss\u00e9 s\u00e9cher et r\u00e9utilis\u00e9 nombre de fois.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Un vieil Afghan. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset10.jpg\" alt=\"Un vieil Afghan. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"895\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un vieil Afghan. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 partir du tout d\u00e9but, non seulement l\u2019ennemi \u00e9tait-il un probl\u00e8me, non seulement la guerre \u00e9tait-elle un probl\u00e8me, mais les pr\u00e9occupations m\u00e9nag\u00e8res nous causaient aussi des\u00a0 tracas, surtout \u00e0 l\u2019adjudant Dan Eisan, l\u2019homme infatigable de 42 ans charg\u00e9 de l\u2019entretien de la petite base et du confort de tout le monde, malgr\u00e9 la nature fluctuante, pour ne pas dire d\u00e9traqu\u00e9e, du syst\u00e8me d\u2019approvisionnement. Heureusement que les rations ne manquent pas, mais on est \u00e0 court d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s tout le reste, des outils de base jusqu\u2019aux piles, en passant par l\u2019hygi\u00e8ne et, \u00e0 un moment donn\u00e9, l\u2019eau.<\/p>\n<p>Comme cela allait devenir la routine pendant les semaines \u00e0 venir, les soldats se rassemblent devant le PC pour discuter de la situation difficile. Aujourd\u2019hui, les discussions portent sur la possibilit\u00e9 d\u2019installer des tireurs d\u2019\u00e9lite (qui ne sont pas encore arriv\u00e9s) au sommet de Salavat Ghar pour fournir des renseignements d\u00e9finitifs sur les mouvements \u00e9ventuels de l\u2019ennemi dans la r\u00e9gion. Eisan, qui entend cette conversation par hasard, pousse un soupir et fait non de la t\u00eate\u00a0: \u00ab\u00a0Ouais, on a besoin de sacs \u00e0 merde avant des tireurs d\u2019\u00e9lite\u00a0\u00bb, dit-il d\u2019un air las.<\/p>\n<p>Les soldats ne s\u2019occupent gu\u00e8re des pr\u00e9occupations domestiques d\u2019Eisan et, quand il est parti, ils se mettent \u00e0 discuter de ce qui pourrait devenir une urgence\u00a0: la rumeur d\u2019une infestation de vip\u00e8res perses et autres serpents mortels dans la base.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si on n\u2019a pas de chats, on va avoir des souris g\u00e9antes et puis, apr\u00e8s, des serpents g\u00e9ants\u00a0\u00bb, dit un soldat.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ouais, mais on va avoir besoin de chiens g\u00e9ants pour se d\u00e9barrasser des chats g\u00e9ants\u00a0\u00bb, dit un autre.<\/p>\n<p>En fait, l\u2019infestation de serpents va f\u00e2cheusement se r\u00e9aliser bient\u00f4t, et elle va aboutir \u00e0 un combat au couteau entre Talsma et un serpent f\u00e9roce alors que nous nous enfuyons en poussant des cris. Mais \u00e7a, c\u2019est une autre histoire.<\/p>\n<p>Les plans dress\u00e9s soigneusement pour une patrouille vers l\u2019est sont abandonn\u00e9s avant midi, dans un embarras de refus de la part des soldats afghans qui ont pr\u00e9vu une f\u00eate pour aujourd\u2019hui; ils n\u2019ont pas tellement envie de faire la guerre. \u00c0 la place, ils ont des ch\u00e8vres \u00e0 abattre.<\/p>\n<p>Au PC, pendant qu\u2019on r\u00e8gle la confusion en ce qui concerne l\u2019ANA, deux h\u00e9licopt\u00e8res Griffon canadiens appellent pour rapporter qu\u2019ils sont \u00ab\u00a0en service\u00a0\u00bb et disponibles pour les besoins de Salavat, comme jeter un coup d\u2019\u0153il aux enceintes avoisinantes ou \u00e9tudier les chemins \u00e0 la recherche d\u2019IED.<\/p>\n<p>Talsma a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre Saed, on ne sait comment, de changer d\u2019id\u00e9e et la patrouille est \u00e0 nouveau au programme. La relation entre Talsma, Stocker et Saed n\u2019a rien de facile. Talsma a re\u00e7u la consigne de se faire le \u00ab\u00a0partenaire\u00a0\u00bb de l\u2019ANA en g\u00e9n\u00e9ral et de Saed en particulier, et Stocker, de faire ce qu\u2019il peut pour que le partenariat marche bien. Quant \u00e0 Saed, comme cela deviendra \u00e9vident par la suite, il a ses propres intentions et ses propres id\u00e9es en ce qui concerne Salavat, dont quelques-unes seulement sont conformes \u00e0 celles de Talsma.<\/p>\n<p>En fait, Saed a bien des probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9gler. Les membres de son unit\u00e9 n\u2019ont pas eu de permission depuis fort longtemps. Ils sont tr\u00e8s loin de leur famille et leur salaire n\u2019est vraiment pas tr\u00e8s gros. Ils ont aussi particip\u00e9 \u00e0 bon nombre de combats intenses, parait-il. La d\u00e9sertion y est donc un probl\u00e8me majeur. Bien qu\u2019en th\u00e9orie il s\u2019agisse d\u2019une compagnie command\u00e9e par un officier de grade sup\u00e9rieur, le patron de Saed est lui-m\u00eame absent sans permission et il n\u2019a que 30 soldats sous ses ordres.<\/p>\n<p>On ne sera pas surpris du fait que la discipline n\u2019est pas la meilleure dans l\u2019ANA, ou que Saed d\u00e9sire de plus en plus \u00e9viter les conflits avec les insurg\u00e9s de la place. Le contraste entre les forces afghanes et canadiennes qui s\u2019assemblent au milieu de l\u2019enceinte pour aller en patrouille est flagrant. Les Canadiens ont l\u2019air enthousiaste dans leur uniforme de combat, harnach\u00e9s dans un \u00e9quipement ultramoderne comme des sportifs se pr\u00e9parant \u00e0 une partie de championnat. Les soldats de l\u2019ANA ne sont pas du tout pareils. En les voyant l\u00e0, dans leur uniforme mal ajust\u00e9, le casque de travers, l\u2019air \u00e9gar\u00e9, on ne peut faire autrement que penser qu\u2019ils se sont perdus, comme venant de nulle part et allant nulle part\u00a0: de pauvres malchanceux s\u2019escrimant \u00e0 gagner de l\u2019argent facile de la mani\u00e8re la plus difficile qui soit.<\/p>\n<p>La patrouille quitte la base avec beaucoup de retard et prend un chemin de gravier vers l\u2019est, \u00e0 travers une \u00e9tendue de maquis d\u00e9sertique de plusieurs kilom\u00e8tres de large. Elle prend ensuite au sud \u00e0 travers les vignobles et tourne vers l\u2019ouest pour entrer \u00e0 Salavat, o\u00f9 elle est accueillie par des enfants au large sourire et des vieux lui offrant du th\u00e9. On boit le th\u00e9, comme il sied.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il n\u2019ait fallu qu\u2019un paragraphe pour le dire, il a fallu de longues heures pour le faire. Le mouvement a ralenti quand la patrouille s\u2019est divis\u00e9e en deux sections, et puis en trois, et les communications sont constamment interrompues car les radios que portent les soldats sont bris\u00e9es ou ne conviennent pas au terrain, ou les deux. Il y a de la confusion et puis de l\u2019ennui, et pour finir, les deux se m\u00ealent et l\u2019apr\u00e8s-midi file doucement pendant que nous observons tour \u00e0 tour la parfaite \u00e9tranget\u00e9 du village.<\/p>\n<p>Quel que soit l\u2019ordre habituel de votre vie, celui des Afghans de Salavat n\u2019est pas du tout le m\u00eame. Ici, ils ont une ch\u00e8vre sur le toit et les tout-petits commencent \u00e0 travailler aussit\u00f4t qu\u2019ils peuvent marcher, et on ne sait pas s\u2019ils sont sinc\u00e8res quand ils sourient et agissent amicalement. Il arrive aussi qu\u2019ils soient on ne peut plus m\u00e9chants les uns envers les autres.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"vertical-align: middle;\" title=\"Le sergent C.J. Flach (\u00e0 d.) et le caporal-chef Paul Guilmane prennent le th\u00e9 avec un villageois. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/AfghanistanInset12.jpg\" alt=\"Le sergent C.J. Flach (\u00e0 d.) et le caporal-chef Paul Guilmane prennent le th\u00e9 avec un villageois. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"350\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le sergent C.J. Flach (\u00e0 d.) et le caporal-chef Paul Guilmane prennent le th\u00e9 avec un villageois. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Par exemple, le caporal John Little me donne le morceau de fondant afghan que lui a offert un commer\u00e7ant avec qui il prenait le th\u00e9. Je le donne \u00e0 mon tour \u00e0 une petite Afghane malpropre qui r\u00f4de pr\u00e8s de l\u00e0. Elle est transport\u00e9e de joie et un peu effray\u00e9e. Je comprends vite pourquoi, quand un groupe de jeunes gar\u00e7ons lui saute dessus. Elle n\u2019essaie pas de s\u2019enfuir, elle essaie simplement de mettre la friandise dans sa bouche le plus vite possible. Elle n\u2019y r\u00e9ussit pas vraiment. Deux gar\u00e7ons se jettent sur elle, elle frappe le mur de la t\u00eate et s\u2019\u00e9croule par terre; elle n\u2019a plus le fondant. Elle se rel\u00e8ve et me regarde avec des larmes aux yeux, l\u2019expression apparemment universelle d\u2019un enfant qui a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 et \u00e0 qui on a vol\u00e9 un bonbon. Je n\u2019ai rien d\u2019autre \u00e0 lui donner. Je me sens bien pire que si je ne lui avais pas du tout donn\u00e9 le fondant. Je ne crois pas qu\u2019elle se sente mieux que moi, non plus.<\/p>\n<p>Lors de leur premi\u00e8re r\u00e9union avec les villageois, les soldats avaient esp\u00e9r\u00e9 obtenir des renseignements sur la r\u00e9gion et l\u2019ennemi, et surtout, s\u2019il y avait des IED et o\u00f9 ils \u00e9taient. Les villageois \u00e9taient amicaux mais ils n\u2019avaient rien \u00e0 dire, ce qui \u00e9tait frustrant. Cette frustration se manifeste d\u2019\u00e9tranges mani\u00e8res. \u00ab\u00a0Tu veux jouer \u00e0 la d\u00e9tection de mines?\u00a0\u00bb C\u2019est un soldat qui pose cette question \u00e0 un petit Afghan lorsque nous sommes de retour dans le terrain hasardeux entourant la base. Le gar\u00e7on le regarde d\u2019un air interrogateur.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la patrouille, Bryce m\u00e8ne une s\u00e9ance de r\u00e9troaction pour distiller les observations du peloton. Le sergent Dwayne MacDougall parle en premier. Leader de la 1er Section, qui n\u2019est pas encore arriv\u00e9e, MacDougall est un ancien boxeur, trublion et en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale la cheville ouvri\u00e8re du caract\u00e8re du peloton. Il va bient\u00f4t \u00eatre appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019arme de pacification de village\u00a0\u00bb par le commandant de la compagnie, le major Ryan Jurkowski, mais \u00e0 ce moment-ci, il commence seulement \u00e0 s\u2019acclimater \u00e0 la nouvelle mission. La pr\u00e9occupation principale de MacDougall aujourd\u2019hui concerne les nombreux puits d\u00e9couverts, incroyablement profonds, sur lesquels la patrouille est tomb\u00e9e. Ces puits ne sont pas insignifiants\u00a0: un fantassin est d\u00e9j\u00e0 mort en tombant dans l\u2019un d\u2019eux. Non seulement MacDougall veut-il les enregistrer dans leurs unit\u00e9s GPS, il veut r\u00e9gler rapidement la situation de l\u2019approvisionnement pour se procurer un \u00e9quipement de sauvetage pour les puits. (Cependant, il faudra attendre tr\u00e8s longtemps avant qu\u2019il arrive.)<\/p>\n<p>Talsma fait alors le tour de la salle \u00e0 la recherche d\u2019information. Un soldat a appris qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9cole \u00e0 Salavat. Il y en a eu une autrefois, mais c\u2019est l\u00e0 que les Canadiens habitent. Le m\u00eame homme leur a appris qu\u2019il y a quelques talibans dans la r\u00e9gion de la base et qu\u2019ils travaillaient dans les champs deux jours auparavant. Il dit aussi qu\u2019il sait o\u00f9 il y a \u00ab\u00a0un groupe\u00a0\u00bb de talibans dans Salavat m\u00eame. Ils apprennent qu\u2019il existe un besoin de ballons de soccer, ainsi que de stylos, de crayons et de livres \u00e0 colorier. Ils s\u2019exhortent les uns les autres \u00e0 rester calmes et amicaux, \u00e0 s\u2019enlever le casque et les lunettes quand ils sont invit\u00e9s \u00e0 prendre le th\u00e9. \u00ab\u00a0Est-ce que vous oubliez Trevor Greene? demande un ing\u00e9nieur, \u00e0 propos d\u2019un incident survenu en 2006. Il s\u2019est enlev\u00e9 le casque et a re\u00e7u une hache dans la t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sa question est d\u00e9molie imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est arriv\u00e9 une fois\u00a0\u00bb, dit le peloton en ch\u0153ur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On peut pas avoir toujours peur. Si quelque chose doit arriver, \u00e7a va arriver; on peut pas avoir peur durant toute l\u2019affectation\u00a0\u00bb, dit Little.<\/p>\n<p>La s\u00e9ance de r\u00e9troaction faillit tourner \u00e0 la dispute \u00e0 propos de la vitesse de la marche. Vu que la patrouille se divisait \u00e0 peu pr\u00e8s en trois sections, et que les communications \u00e9taient coup\u00e9es, la premi\u00e8re section perdait toujours le contact avec les deux autres. Le chef de la premi\u00e8re section, MacDougall, dit qu\u2019il ne tenait qu\u2019aux autres de suivre. \u00ab\u00a0Si on ralentit davantage, on est aussi ben de camper\u00a0\u00bb, dit-il. Talsma, lui, se r\u00e9sout \u00e0 r\u00e9gler les communications avant de sortir des barbel\u00e9s \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Juste apr\u00e8s le festin de midi de l\u2019ANA, il re\u00e7oit un rapport \u00e0 la radio sur les activit\u00e9s ennemies. Parmi les nombreuses choses mineures mais \u00e9ventuellement importantes \u2014 l\u2019ennemi a vol\u00e9 un camion de la PNA, num\u00e9ro 29; un ain\u00e9 a \u00e9t\u00e9 vu dans cette r\u00e9gion qui transportait un insurg\u00e9 arm\u00e9 d\u2019un AK-47 en moto; 100 insurg\u00e9s sont partis du Pakistan \u00e0 pied et se dirigent vers Kandahar; Masum Ghar a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e avec des roquettes; les enfants font voler des cerfs-volants d\u2019une certaine couleur pour signaler l\u2019avance des convois; l\u2019ennemi s\u2019est mis \u00e0 utili\u00adser des IED multiples dans une m\u00eame enceinte avec deux fois plus d\u2019explosifs \u2014 il y a quelque chose d\u2019important qu\u2019on ne savait pas\u00a0: les insurg\u00e9s se pr\u00e9parent \u00e0 lancer une attaque majeure contre l\u2019enceinte d\u2019une \u00e9cole o\u00f9 se trouvent des forces de la coalition et de l\u2019ANA, mais on ne sait pas laquelle.<\/p>\n<p>On re\u00e7oit aussi la nouvelle inattendue que le poste de commandement de la compagnie command\u00e9e par Jurkowski, qu\u2019on appelle 1-Niner Tac (\u00e9tat-major tactique), arrive demain avec 40 gars et qu\u2019un autre peloton de la Compagnie Alpha va prendre une position rudimentaire devant le portail de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>\u00c0 Salavat, on n\u2019est pas content de ces changements.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que l\u2019\u00e9tat-major et une autre section arrivent, MacDougall insiste qu\u2019il faut une enceinte fortifi\u00e9e plus pr\u00e8s du centre de Salavat d\u2019o\u00f9 ils pourront op\u00e9rer comme ils veulent. \u00ab\u00a0Quand \u00e7a arrive, \u00e7a restreint presque nos capacit\u00e9s d\u2019imposer notre volont\u00e9, dit MacDougall en se promenant de long en large dans le petit patio devant le poste de commandement. Si le commandant de la compagnie est ici, il va finir par prendre les commandes, et nos interventions et notre efficacit\u00e9 en seront r\u00e9duites. Je m\u2019en suis aper\u00e7u \u00e0 l\u2019entrainement\u00a0: quand on nous laisse tout seuls, on s\u2019\u00e9panouit et on travaille en \u00e9quipe. Et \u00e7a n\u2019arrive que lorsqu\u2019il nous dit ce qu\u2019il veut qu\u2019on fasse et qu\u2019il nous laisse faire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>IIIe jour \u2014 le bout s\u2019enfonce davantage, le major arrive<\/strong><\/p>\n<p>La journ\u00e9e d\u00e9bute par une discussion sur des rumeurs, dans la cuisine. On discute souvent de l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une attaque majeure contre la base et tous se mettent \u00e0 penser plus pr\u00e9cis\u00e9ment au genre de protection qu\u2019ils auraient si les obus et les roquettes se mettaient \u00e0 pleuvoir dans l\u2019enceinte.<\/p>\n<p>Dans le cas d\u2019une attaque au mortier, l\u2019\u00e9cole ne serait pas s\u00e9curitaire parce que le toit n\u2019est pas fortifi\u00e9 et les obus tomberaient probablement dans la salle, qui deviendrait alors un abattoir.<\/p>\n<p>Talsma ordonne de stationner un des VAL \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019enceinte, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du poste de commandement. C\u2019est notre nouveau bunker.<\/p>\n<p>\u00c0 propos de rumeurs, un membre de la PNA a vraiment tir\u00e9 sur le mur de la cuisine avec son AK-47, dimanche, ce qu\u2019ont confirm\u00e9 plusieurs soldats en me montrant les nouveaux trous de balle. Les rumeurs ne sont pas toujours fausses.<\/p>\n<p>Par la suite, vu la nouvelle de l\u2019arriv\u00e9e imminente de 1-Niner Tac et la nouvelle encore moins bienvenue de l\u2019arriv\u00e9e \u00e9ventuelle du peloton de man\u0153uvre, la 3e Section succombe en chamailleries humoristiques.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel du probl\u00e8me est comme suit\u00a0: les soldats veulent aller en mission contre des cibles ennemies, mais ils savent que l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019\u00e9tat-major et du peloton de man\u0153uvre signifie qu\u2019ils seront rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 la d\u00e9fense de la base quand des fr\u00e8res de leur compagnie iront au combat.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On n\u2019est plus des soldats, on est des ordonnances\u00a0\u00bb, dit l\u2019un d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais soldat autrefois\u00a0\u00bb, dit un autre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je veux pas \u00eatre un planqu\u00e9\u00a0\u00bb, dit un troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je vais peut-\u00eatre passer aux talibans\u00a0\u00bb, dit un autre, d\u00e9courag\u00e9.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, un probl\u00e8me plus imm\u00e9diat arrive quand un rapport agite le camp, comme quoi les troupiers de l\u2019ANA dans la tour sud se d\u00e9tendaient, pour ne pas dire dormaient, pendant la nuit. D\u2019autres soldats le confirment rapidement. Talsma est furieux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si ces gars dorment, l\u2019ennemi peut s\u2019en apercevoir et sauter le mur pour venir nous couper le cou\u00a0\u00bb, dit-il en fixant la partie de l\u2019ANA du camp d\u2019un \u0153il enrag\u00e9. \u00ab\u00a0On n\u2019est pas dans une place sans danger\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>MacDougall arrive en fureur au patio du PC, \u00e0 un moment qui n\u2019aurait pas pu \u00eatre plus mal choisi, pour annoncer que des soldats afghans sont en train de fumer du haschich au poste de garde devant la base.<\/p>\n<p>Le commandant de l\u2019ELMO, Stocker, est dans une situation scabreuse. Son unit\u00e9 n\u2019a gu\u00e8re d\u2019appui de Kandak (l\u2019\u00e9tat-major du bataillon afghan) et les soldats de l\u2019ANA commencent \u00e0 tomber en lambeaux. \u00ab\u00a0Y a des tonnes de gars qui se sont \u00e9chapp\u00e9s. S\u2019ils croient que Kandak se fiche d\u2019eux, ils se fichent de Kandak.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il part \u00e0 toutes jambes, le rapport de MacDougall \u00e0 l\u2019esprit, voir ce que font les soldats de l\u2019ANA devant la base.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est peut-\u00eatre le moment de faire une r\u00e9\u00e9valuation\u00a0\u00bb, dit Talsma \u00e0 MacDougall.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis pas content de ce qui se passe actuellement, dit MacDougall qui se l\u00e8ve pour arpenter le patio. Je me sens comme si on a \u00e9t\u00e9 compromis. Non seulement on peut pas aller \u00e0 Salavat \u00e0 cause d\u2019eux, on peut m\u00eame pas leur confier la garde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quand Stocker revient, Talsma se met tout de suite \u00e0 le houspiller. \u00ab\u00a0En 12 heures, le sentiment positif que j\u2019avais sur l\u2019ANA est devenu de la tremblote\u00a0\u00bb, le r\u00e9primande-t-il.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le pire qui arrive, d\u2019apr\u00e8s lui, c\u2019est l\u2019\u00e9puisement au combat. Cette unit\u00e9 fait la navette d\u2019un endroit \u00e0 l\u2019autre depuis des ann\u00e9es\u00a0\u00bb, dit Stocker.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la drogue et du manque de discipline en quart de surveillance, le vrai probl\u00e8me, c\u2019est que Saed r\u00e9siste quand il s\u2019agit d\u2019entrer \u00e0 Salavat sans avoir d\u2019abord plac\u00e9 des troupiers dans le PO russe. Mais tout le monde est fatigu\u00e9 de sa r\u00e9sistance. Et tous savent que sans les patrouilles de d\u00e9minage, l\u2019ennemi va venir. \u00ab\u00a0On peut pas les obliger s\u2019ils veulent pas le faire\u00a0\u00bb, dit Flach au petit groupe compos\u00e9 de Talsma, quelques membres du 1er Peloton, \u00ab\u00a0mais on peut pas restreindre ce qu\u2019on doit faire \u00e0 cause d\u2019eux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On passe ensuite aux actes. MacDougall demande une patrouille de nuit au sud-ouest de la base. Talsma \u00e9tudie une carte. \u00ab\u00a0Avec une mission d\u2019illumination correspondante (pour \u00e9clairer l\u2019endroit)?\u00a0\u00bb demande Talsma. MacDougall acquiesce en regardant la carte.<\/p>\n<p>Et, sans plus, c\u2019est d\u00e9cid\u00e9. Le 1er Peloton a d\u00e9cid\u00e9 de pousser Saed et l\u2019ANA un peu plus \u2014 plus profond\u00e9ment \u00e0 Salavat et plus tard durant la nuit \u2014 mais cela, c\u2019est pour plus tard. Pour l\u2019instant, il y a encore une patrouille \u00e0 faire dans la p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>\n<p>Ainsi, le groupe d\u2019un peu plus d\u2019une douzaine de Canadiens et d\u2019un peu moins d\u2019Afghans sort de la base par la porte arri\u00e8re \u00e0 13 h 30, au plus chaud de la journ\u00e9e, lorsque la temp\u00e9rature est plus pr\u00e8s de celle d\u2019une cuisine que du confort personnel. Il fait un tour vers le sud de fa\u00e7on quelque peu d\u00e9sordonn\u00e9e, les Afghans trainant les pieds alors que les Canadiens, toujours nerveux, qui ne sont pas encore habitu\u00e9s \u00e0 se trouver de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des barbel\u00e9s, fignolent leur syst\u00e8me de radio pr\u00e9caire et s\u2019occupent des instructions de mani\u00e8re maladroite.<\/p>\n<p>On rencontre des gens en chemin\u00a0: quelques femmes, un homme qui charge un \u00e2ne, un vieil homme et un petit enfant, et puis un autre groupe de femmes et d\u2019enfants qui s\u2019enfuient en nous voyant.<\/p>\n<p>\u00c0 un bazar au sud de la base, un homme barbu s\u00e9v\u00e8re dit \u00e0 la patrouille de ne pas aller plus au sud, vers le village, parce que les enfants ont peur des soldats. Pendant qu\u2019il parle, la patrouille est entour\u00e9e d\u2019enfants qui rient et essaient d\u2019attirer l\u2019attention de ses membres.<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois que le peloton rencontre un homme surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0La punition du nord\u00a0\u00bb parce qu\u2019il habite au nord de Salavat et qu\u2019il d\u00e9blat\u00e8re souvent contre notre pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Un rapport est re\u00e7u \u00e0 la radio lorsque la patrouille p\u00e9n\u00e8tre plus profond\u00e9ment dans le village. \u00ab\u00a0On vient de nous informer qu\u2019ils vont bombarder une enceinte\u00a0\u00bb, dit le radio.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0O\u00f9?\u00a0\u00bb demande Flach.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous, j\u2019esp\u00e8re\u00a0\u00bb , r\u00e9pond-il.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s le retour de la patrouille, une autre patrouille sort par le portail de devant pour nettoyer les IED sur la route, car Jurkowski et son \u00e9tat-major tactique sont en route et il y a certains ponceaux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9s comme n\u2019\u00e9tant pas s\u00fbrs. L\u2019ennemi aime planter de grosses bombes dans les ponceaux.<\/p>\n<p>Quelques moments apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 la base, Jurkowski \u00e9coute un expos\u00e9 sur l\u2019impasse tactique caus\u00e9e par le fait que l\u2019ANA exige une position de surveillance au PO russe. Jurkowski r\u00e9fl\u00e9chit un instant. Et puis il dit d\u2019oublier les patrouilles du bout, l\u2019unit\u00e9 au complet va au centre de Salavat vendredi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019en ai assez d\u2019entendre \u201con a besoin de ci ou de \u00e7a\u201d. On n\u2019en a pas besoin, vous verrez\u00a0\u00bb, dit-il et il s\u2019enfonce dans la nuit.<\/p>\n<p>En effet, l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019\u00e9tat-major de la Compagnie Alpha a cr\u00e9\u00e9 une tout autre situation \u00e0 Salavat. Au cours des quelques heures apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, on ne parle plus que de Nakhonay, une ville au sud de Salavat qui, d\u2019apr\u00e8s les rumeurs, serait une forte\u00adresse \u00e9pique des insurg\u00e9s. La rumeur veut maintenant qu\u2019il va y avoir une guerre, une guerre \u00e0 tout va. McChrystal voudrait peut-\u00eatre prot\u00e9ger la population, m\u00ealer les pelotons aux villageois, mais la guerre a sa propre trajectoire. Et l\u2019ennemi a \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u.<\/p>\n<p>Longtemps apr\u00e8s que tout le monde a quitt\u00e9 le PC pour la nuit, Talsma pense \u00e0 ce qui se passe et \u00e0 ce qu\u2019il faudrait faire. \u00ab\u00a0On va avoir d\u2019autres renseignements tr\u00e8s bient\u00f4t sur ce qu\u2019on va devoir faire. En ce qui concerne le 1er Peloton, on va encore de l\u2019avant aussi vite qu\u2019on peut pour assurer Salavat, et bien que le but, apr\u00e8s, c\u2019est Nakhonay, c\u2019est ici, le soutien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Telles que sont les choses, ce que je pense, c\u2019est que sera, sera, advienne que pourra. Quand il y a un probl\u00e8me, je fais de mon mieux pour le r\u00e9gler et j\u2019essaie de ne pas me sentir vis\u00e9, quoi qu\u2019il arrive.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais maintenant qu\u2019il est \u00e9vident pour tout le monde que la maison du peloton de Salavat va servir de zone d\u2019\u00e9tape pour l\u2019attaque ultime de Nakhonay, il y a un grand nombre de nouveaux facteurs. Est-ce que toute cette puissance de feu va par inadvertance attirer les insurg\u00e9s et faire un champ de bataille de Salavat? Est-ce encore possible de mener des op\u00e9rations de contrinsurrection douces et amicales tout en se pr\u00e9parant \u00e0 attaquer un village \u00e0 quelque 1\u00a0500\u00a0m\u00e8tres de l\u00e0?<\/p>\n<p>En tout cas, il n\u2019y a plus gu\u00e8re d\u2019espoir pour la mission d\u2019\u00e9dification au village de Salavat. Talsma devient philosophe \u00e0 propos de la mani\u00e8re dont les choses ont tourn\u00e9. \u00ab\u00a0En fin de compte, c\u2019est \u00e0 se demander si notre chemin est le bon. Est-ce que la justice est de notre bord? Je crois vraiment que notre fa\u00e7on est la meilleure et je sais qu\u2019ils croient \u00e0 la leur tout autant. Mais si on s\u2019investit pas dans quelque chose, on s\u2019investit dans rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En se r\u00e9signant \u00e0 la perspective du combat, encore une fois, il laisse tomber un peu les id\u00e9es d\u2019\u00e9dification de pays que sont la promotion de la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes et l\u2019\u00e9ducation de la petite enfance, et dont un grand nombre ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es au d\u00e9but par des politiciens ou des g\u00e9n\u00e9raux essayant d\u2019obtenir le soutien du public. \u00ab\u00a0Ce sont l\u00e0 des id\u00e9es qu\u2019on vend aux gens chez nous; elles sont bonnes, mais elles ne servent pas \u00e0 r\u00e9gler beaucoup de probl\u00e8mes en Afghanistan. Et nous sommes ici \u00e0 cause de ces probl\u00e8mes. On ne peut tout simplement pas accepter un pays qui exporte la violence. Ce pays, c\u2019est une estie de ligne trac\u00e9e dans le sable, c\u2019est une d\u00e9claration au reste du monde\u00a0: si tu nous cherches, tu vas nous trouver.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Longtemps apr\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit, le camp est illumin\u00e9 par une fus\u00e9e \u00e9clairante de l\u2019artillerie lanc\u00e9e \u00e0 Sperwhan Ghar. Elle r\u00e9v\u00e8le une base pleine \u00e0 craquer de blind\u00e9s canadiens, chaque v\u00e9hicule entour\u00e9 par des bulles de tissu o\u00f9 les nouveaux arriv\u00e9s se serrent sous les couvertures, dans des lits de camp ou sur le sable.<\/p>\n<p><strong>Au prochain num\u00e9ro : le 1er Peloton prend le centre de Salavat d\u2019assaut et les relations avec Saed s\u2019affaissent pire que jamais.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le peloton \u00e9tait tendu les quelques premiers jours. Tant de choses \u00e9taient inconnues. 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