{"id":3639,"date":"2015-11-12T15:07:23","date_gmt":"2015-11-12T19:07:23","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=3639"},"modified":"2015-11-18T12:40:46","modified_gmt":"2015-11-18T16:40:46","slug":"deux-guerres-en-deux-semaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2015\/11\/deux-guerres-en-deux-semaines\/","title":{"rendered":"Deux guerres en deux semaines"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"p1\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">P\u00e8lerinage du souvenir de 2015 de la L\u00e9gion royale canadienne<\/span><\/h2>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3649 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil.jpg\" alt=\"Pil\" width=\"515\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Coquelicots \u00e9clos dans un champ de bl\u00e9 o\u00f9 une attaque couteuse a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par le 1st Lancashire Fusiliers de Grande-Bretagne, le premier jour de la bataille de la Somme, contre une fortification du front allemand. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Harris<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Au mois de juillet, des p\u00e8lerins de partout au Canada sont all\u00e9s voir des champs de bataille, des cimeti\u00e8res et des monuments aux morts en France, en Belgique et aux Pays-Bas.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>\u00ab Si, hier, <\/b>c\u2019\u00e9tait le jour le plus long, dit Ed Pigeau, aujourd\u2019hui, c\u2019est probablement le jour le plus dur. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ces mots, prononc\u00e9s pendant le compte rendu fait quotidiennement apr\u00e8s le souper, concernaient les 3<sup>e<\/sup> et 4<sup>e<\/sup> jours du p\u00e8lerinage du souvenir de 2015 de la L\u00e9gion royale canadienne. Le jour le plus long, le 3<sup>e<\/sup>, c\u2019\u00e9tait celui pendant lequel les p\u00e8lerins avaient suivi la voie des forces alli\u00e9es qui ont travers\u00e9 la Manche le 6 juin 1944, \u00e0 l\u2019occasion de la plus grande invasion amphibie de tous les temps, c\u2019est-\u00e0-dire le premier jour de l\u2019invasion de la Normandie. Les villes c\u00f4ti\u00e8res de vill\u00e9giature de Courseulles-sur-Mer, de Berni\u00e8res-sur-Mer, de Saint-Aubin-sur-Mer \u00e9taient alors des champs de bataille, et la plage Juno est aujourd\u2019hui synonyme de bravoure canadienne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">M. Pigeau est vice-pr\u00e9sident de la L\u00e9gion. Il est \u00e9galement chef de mission \u00e0 l\u2019occasion de ce voyage. Neuf p\u00e8lerins parrain\u00e9s par la LRC (un de chaque division, except\u00e9e de celle de l\u2019Alberta) et 17 compagnons et autres personnes qui paient leurs propres frais font le voyage en autocar : Paris, Caen, Dieppe, Ypres, Arras, avec des arr\u00eats dans des champs, au bord de routes de campagne, sur des plages, devant des champs de bataille, des monuments, dans des mus\u00e9es, des cimeti\u00e8res. Beaucoup de cimeti\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 chaque arr\u00eat , John Goheen, guide, historien militaire et directeur d\u2019\u00e9cole de Port Coquitlam (C.-B.) raconte ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00ab Je vous ai averti hier soir, dit Goheen \u00e0 la fin du 4<sup>e<\/sup> jour. Je vous ai dit que ce serait dur aujourd\u2019hui. Je trouve quelques-uns des endroits o\u00f9 nous sommes all\u00e9s aujourd\u2019hui presque impossibles, et je pense avoir pris sur moi plut\u00f4t bien, cette fois-ci, parce que des fois je n\u2019y arrive pas. \u00c7a ne fait rien combien de fois on y va, ce n\u2019est jamais moins dur. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ces endroits, l\u2019abbaye d\u2019Ardenne, le ch\u00e2teau d\u2019Audrieu, <\/span>le verger pr\u00e8s d\u2019Authie, ont \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d\u2019incidents <span class=\"s1\">troublants \u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-3640 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-2.jpg\" alt=\"Pil 2\" width=\"515\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-2.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-2-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Les p\u00e8lerins suivent leur guide John Goheen. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Harris<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Le 7 juin 1944,<\/b> au nord-ouest de Caen, 11 Canadiens prisonniers de guerre, dont un \u00e9tait si gravement bless\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait sur une civi\u00e8re, ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s d\u2019un groupe de 50 et emmen\u00e9s \u00e0 un jardin \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une abbaye. Ces hommes \u00ab ont eu un sort terrible, dit Goheen. Ces Canadiens ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s un par un de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019une petite porte bleue, la porte qui me hante le plus, \u00e0 un jardin o\u00f9 les attendait un soldat SS. Selon une expertise m\u00e9dicol\u00e9gale, les hommes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s d\u2019un coup de feu ou de matraque derri\u00e8re la t\u00eate. Ex\u00e9cut\u00e9s. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un meurtre r\u00e9actionnaire au champ de bataille. L\u2019ordre en avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, m\u00eame si rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 mis sur papier. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">Vingt prisonniers ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 l\u2019abbaye <span class=\"s1\">d\u2019Ardenne en juin 1944 : James Elgin Bolt, Ivan Lee Crowe, Walter George Doherty, Charles Doucette, George Vincent Gill, Thomas Haliburton Henry, Reginald Keeping, Roger Lockhead, Hugh Allen MacDonald, Joseph Francis MacIntyre, Hollis Leslie McKeil, George Richard McNaughton, George Edward Millar, Raymond Moore, Thomas Edward Mort, James Alvin Moss, Harold George Philip, George Pollard, Freddie Williams et Thomas Alfred Lee Windsor. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Une route longe un champ de bl\u00e9<\/b> qui se trouve \u00e0 l\u2019ouest de Caen. Rien d\u2019extraordinaire \u00e0 cela, vu que le paysage normand est une version vallonn\u00e9e de nos prairies, et que les Fran\u00e7ais sont tr\u00e8s friands de baguettes. Ce qui est \u00e9tonnant, troublant, c\u2019est ce qui y est arriv\u00e9 il y a 71 ans, le 8 juin.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-3.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-3641 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-3.jpg\" alt=\"Pil 3\" width=\"515\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-3.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-3-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Des visiteurs du M\u00e9morial national du Canada \u00e0 Vimy, en France, o\u00f9 apr\u00e8s une c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration, ils ont pos\u00e9 pour la photo de groupe (ci-dessus). Premi\u00e8re rang\u00e9e : le chef de mission, Ed Pigeau; Donna Clark; la p\u00e8lerine de la Division de la Colombie-Britannique\u2013Yukon, Amy Encina; Nancy McNight, William Harold Timms, le p\u00e8lerin de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, Charles Piercey; le p\u00e8lerin de la Division de l\u2019\u00cele-du-Prince-\u00c9douard, Brian Arsenault; Marsha Wedge; la p\u00e8lerine de la Division de Nouvelle-\u00c9cosse\u2013Nunavut, Daisy Marie Gavel. Deuxi\u00e8me rang\u00e9e : le guide du p\u00e8lerinage, John Goheen; le coordinateur du p\u00e8lerinage, Steven Clark; Gary Springall; la p\u00e8lerine de la Division de la Saskatchewan, Shauna Grassing; Lucie Aubuchon; Serge Aubuchon; Kathleen Laskowski; Daphne Piercey. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Harris<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Quelque 150 membres du Royal Winnipeg Rifles avaient \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s pr\u00e8s de l\u00e0, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une bataille pour la ville de Putot, et ils ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s en plusieurs groupes et envoy\u00e9s \u00e0 divers endroits. Le Waffen-SS lieutenant-colonel Wilhelm Mohnke \u00e9tait furieux qu\u2019il y ait autant de prisonniers. Il n\u2019avait pas le temps de s\u2019occuper de centaines de prisonniers de guerre canadiens, alors il donna l\u2019ordre \u00e0 ses subalternes de ne plus faire de prisonniers et de se d\u00e9barrasser de ceux qu\u2019ils avaient. Quarante prisonniers de guerre ont suivi cette route, pensant qu\u2019ils allaient \u00e0 un centre de d\u00e9tention derri\u00e8re les lignes, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une voiture d\u2019\u00e9tat-major allemande o\u00f9 se trouvait Mohnke \u2013 selon un t\u00e9moin \u2013 arrive. Il s\u2019est mis \u00e0 crier sur les soldats allemands qui gardaient les prisonniers. La voiture est repartie et les prisonniers ont continu\u00e9 leur chemin jusqu\u2019\u00e0 <\/span>ce qu\u2019une colonne allemande les rejoigne. Un des der-<span class=\"s1\">niers semi-chenill\u00e9s s\u2019est arr\u00eat\u00e9 et des soldats SS en sont descendus. Ils se sont approch\u00e9s des Canadiens et se sont mis \u00e0 crier aux gardes d\u2019aller au semi-chenill\u00e9 remplacer leurs fusils par des mitraillettes. Les Canadiens re\u00e7urent l\u2019ordre de s\u2019assoir en demi-cercle dans le champ de bl\u00e9. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le lieutenant Reginald Barker du 3<sup>e<\/sup> R\u00e9giment antichar, Am\u00e9ricain de naissance, \u00e9tait l\u2019un d\u2019eux. Il dit aux soldats qui se trouvaient \u00e0 l\u2019arri\u00e8re : \u00ab Sauvez-vous au premier coup de feu. \u00bb Les Allemands se sont approch\u00e9s des Canadiens et l\u2019un d\u2019entre eux leur a dit \u00ab maintenant,\u00a0vous mourez. \u00bb Ils ont fait feu sur les prisonniers, et tous except\u00e9 cinq sont morts, Barker inclus. Ceux qui se sont enfuis ont \u00e9t\u00e9 repris et ont surv\u00e9cu en tant que prisonniers, et \u00e0 la fin de la guerre, ils ont racont\u00e9 ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Il n\u2019y a pas de monument \u00e0 cet endroit, mais en 2001, l\u2019Universit\u00e9 Queen\u2019s, l\u2019alma mater de Barker, a institu\u00e9 la bourse comm\u00e9morative Reginald Barker. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Pendant la premi\u00e8re semaine de l\u2019invasion alli\u00e9e, \u00e0 peu pr\u00e8s, plus de 150 prisonniers de guerre canadiens ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s par des soldats allemands. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><b>Les arr\u00eats du p\u00e8lerinage<\/b> ne sont pas tous aussi troublants, mais il y en a beaucoup qui sont tout aussi \u00e9mouvants.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Chaque journ\u00e9e est tr\u00e8s occup\u00e9e : un buffet abondant \u00e0 l\u2019h\u00f4tel pour d\u00e9jeuner, l\u2019autocar qui prend la route \u00e0 7 h 30, des questions de jeu-concours, le d\u00e9fil\u00e9 matinal (le d\u00e9fil\u00e9 \u00ab colonel Bogey \u00bb fait siffler tout le monde) et l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re station avant 8 h. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les explications d\u00e9taill\u00e9es de Goheen inspirent la compr\u00e9hension de la signification de chaque endroit, petit ou grand; qu\u2019il s\u2019agisse de la magnificence du M\u00e9morial national du Canada \u00e0 Vimy ou des menus d\u00e9tails comme les marques dans un mur de pierres \u00e0 Norrey-en-Bessin, lesquelles ont \u00e9t\u00e9 faites par le char d\u2019assaut command\u00e9 par le lieutenant George Gordon quand il a heurt\u00e9 l\u2019\u00e9difice en empruntant un passage \u00e9troit.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Kathleen Laskowski, une p\u00e8lerine, debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du mur, parle de son p\u00e8re, Mike, qui s\u2019est battu l\u00e0 le 17 juillet 1944, lors de la sortie de Caen, en tant que membre du 59<sup>th<\/sup> (Newfoundland) Heavy Regiment de l\u2019Artillerie royale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00ab Papa a vu que des Allemands tiraient sur un d\u00e9p\u00f4t de munitions proche, et que son unit\u00e9 risquait d\u2019\u00eatre endommag\u00e9e s\u2019il explosait, dit-elle, alors il leur a tir\u00e9 dessus avec son fusil Long Tom jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils arr\u00eatent. \u00bb On lui a d\u00e9cern\u00e9 la M\u00e9daille de l\u2019Empire britannique pour service m\u00e9ritoire, et sa fille est applaudie par les autres p\u00e8lerins.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Aux abords d\u2019Authie, \u00e0 un kilom\u00e8tre au nord-ouest de l\u2019abbaye, il y a la ferme en gr\u00e8s de Denise et Daniel Collet. Ce vieux couple qui respire l\u2019hospitalit\u00e9 normande affectionne les Canadiens. Au cours d\u2019une collation bien arros\u00e9e de cidre fabriqu\u00e9 par un cousin de Daniel, ils parlent de la vie sous l\u2019occupation allemande. Daniel avait 12 ans pendant la guerre, et il habitait dans un village pr\u00e8s d\u2019Authie. Les soldats allemands faisaient sortir les gens de leurs maisons, ne leur donnant que cinq minutes pour faire leurs valises, dit-il. Sa m\u00e8re en avait pr\u00e9par\u00e9 une, et ils sont arriv\u00e9s \u00e0 Caen \u00e0 un moment o\u00f9 la ville \u00e9tait prise pour cible par des bombardiers alli\u00e9s. Lors d\u2019une attaque particuli\u00e8rement intense, se souvient-il, la ville a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9e en plusieurs endroits et il y a eu de nombreuses victimes parmi les civils. Au bout d\u2019une conversation d\u2019une heure et apr\u00e8s la pr\u00e9sentation de cadeaux, ils nous font adieu de la main jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019autocar disparaisse \u00e0 leur vue.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-8.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3646 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-8.jpg\" alt=\"Pil 8\" width=\"515\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-8.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-8-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Au cimeti\u00e8re militaire canadien de Bretteville-sur-Laize (ci-dessous, \u00e0 d.), les p\u00e8lerins Timms et Piercey d\u00e9posent une couronne sous les yeux de Pigeau et de Raspberry. Il s\u2019y trouve 2 958 tombes de la Seconde Guerre mondiale, dont la plupart sont celles de Canadiens. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Harris<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Le 5<sup>e<\/sup> jour <\/b>concerne surtout la consolidation du nord de la Normandie et la fermeture de la Poche de Falaise. Les alli\u00e9s avaient pr\u00e9vu prendre Caen, un des plus grands centres de la Normandie, le jour J, mais ils ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de livrer une s\u00e9rie de batailles durant les mois de juin et de juillet avant que la ville en ruines tombe entre leurs mains.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Alors que les Allemands se pr\u00e9occupaient de la d\u00e9fense de Caen, la First United States Army a fait une br\u00e8che dans leurs d\u00e9fenses au Sud-Ouest, dans le cadre de l\u2019op\u00e9ration <i>Cobra<\/i> qui a eu lieu du 25 juillet au 8 aout. Cela a donn\u00e9 la Poche de Falaise, o\u00f9 les Alli\u00e9s encerclaient les Allemands qui se repliaient vers la Seine. L\u2019effondrement de l\u2019arm\u00e9e allemande au nord-ouest de la France s\u2019en est suivie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le r\u00f4le des Canadiens n\u2019y avait pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9gligeable :\u00a0de leur attaque malheureuse \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Caen-Carpiquet, du 4 au 8 juillet, jusqu\u2019\u00e0 leur avanc\u00e9e sous le commandement inspir\u00e9 du major David Currie, VC, qui commandait un groupe de bataille form\u00e9 de blind\u00e9s, de pi\u00e8ces d\u2019artillerie et de fantassins \u00e0 Lambert-sur-Dives, ils \u00e9taient r\u00e9solus \u00e0 emp\u00eacher les Allemands de s\u2019enfuir de la poche. 300 soldats allemands ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, 500, bless\u00e9s et 2 100, captur\u00e9s sous son commandement. Sur une photographie bien connue, Currie accepte la reddition des troupes allemandes, le 19 aout, et plusieurs p\u00e8lerins sont ravis de reconstituer cette sc\u00e8ne devant une collection d\u2019appareils photo et de cam\u00e9ras.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-7.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3645 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-7.jpg\" alt=\"Pil 7\" width=\"515\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-7.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-7-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Les p\u00e8lerins explorent la plage rocheuse du village de Puys \u00e0 l\u2019est de Dieppe, o\u00f9, pi\u00e9g\u00e9s entre la plage et la digue, le Royal Regiment of Canada et le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9s par le tir d\u2019enfilade des Allemands. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Harris<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Deux heures sur les routes<\/b> nous font reculer de deux ans, jusqu\u2019au d\u00e9sastre qui a eu lieu \u00e0 Dieppe. Le 6<sup>e<\/sup> jour commence au cap de l\u2019Ouest, promontoire surplombant une sc\u00e8ne pittoresque comprenant une plage de chert, une digue et un ch\u00e2teau du 15<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Dieppe, o\u00f9 se trouvent les plages les plus pr\u00e8s de Paris, \u00e9tait le Saint-Tropez du pauvre. Elle \u00e9tait tr\u00e8s pris\u00e9e aussi des artistes et des touristes anglais, et on peut se demander comment il est possible que les strat\u00e8ges militaires britanniques n\u2019aient pas su que la plage n\u2019\u00e9tait pas de sable, et que leurs chars s\u2019enliseraient dans le chert.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Bien d\u2019autres questions ont \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9es \u00e0 propos de la prudence du raid. \u00c0 l\u2019origine, l\u2019op\u00e9ration <i>Rutter<\/i>, dont le plan avait \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 au printemps, devait avoir lieu au mois de juillet. On avait choisi Dieppe parce que c\u2019est un port assez pr\u00e8s de l\u2019Angleterre pour que cette derni\u00e8re puisse assurer la couverture a\u00e9rienne de l\u2019attaque. <i>Rutter<\/i> devait durer 15 heures, c\u2019est-\u00e0-dire le temps de deux mar\u00e9es, et avoir plusieurs sauvegardes : des centaines de bombardiers pour pilonner les d\u00e9fenses c\u00f4ti\u00e8res, des croiseurs et des cuirass\u00e9s arm\u00e9s de canons de 16 pouces, des chars, des parachutistes \u00e0 l\u2019Est et \u00e0 l\u2019Ouest pour prendre les emplacements de canons par surprise; et on supposait que les d\u00e9fenses allemandes y \u00e9taient relativement faibles.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le temps \u00e9tant ex\u00e9crable en juillet 1942; l\u2019op\u00e9ration fut annul\u00e9e. Le raid de Dieppe, dont le nom fut chang\u00e9 pour devenir l\u2019op\u00e9ration <i>Jubilee<\/i>, finit par avoir lieu le 19 aout, mais la plupart des facteurs importants avaient \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s. La RAF pensait que les bombardiers lourds tueraient trop de civils, alors ils furent supprim\u00e9s. Les amiraux n\u2019aimaient pas l\u2019id\u00e9e d\u2019envoyer de gros cuirass\u00e9s p<\/span>r\u00e8s de la c\u00f4te, alors ils les remplac\u00e8rent par des contretorpilleurs arm\u00e9s de canons de 4 pouces. La g\u00e9o-<span class=\"s1\">graphie donnait aux d\u00e9fenseurs un grand avantage : du haut des falaises, ils pouvaient voir la plage d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, et chaque personne qui la traverserait. Et il y avait quatre fois plus de soldats allemands que pr\u00e9vu. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les deux attaques de flanc ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es en premier, avant le jour, une \u00e0 l\u2019Ouest, \u00e0 Pourville (la plage verte) et l\u2019autre \u00e0 l\u2019Est, \u00e0 Puys (la plage bleue). L\u2019assaut de front, \u00e0 la t\u00eate duquel se trouvait le Royal Hamilton Light Infantery, a commenc\u00e9 \u00e0 la plage principale de Dieppe (la plage rouge) \u00e0 5 h 20. Il devait avoir l\u2019appui du r\u00e9giment de chars de la 14<sup>e<\/sup> Arm\u00e9e, mais ce dernier est arriv\u00e9 \u00e0 la plage en retard. Lorsqu\u2019il est arriv\u00e9, 15 des 29 chars seulement ont r\u00e9ussi \u00e0 traverser la digue. Douze s\u2019\u00e9taient enlis\u00e9s dans la plage rocheuse et deux avaient coul\u00e9. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">En tout, quelque 5 000 Canadiens, 1 000 Britanniques et 50 Am\u00e9ricains ont mis pied \u00e0 terre lors du raid. Presque 60 pour cent de ceux qui ont atteint la plage ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, bless\u00e9s ou captur\u00e9s. \u00ab Tout s\u2019est mal pass\u00e9 ce jour-l\u00e0 \u00bb,<br \/>\ndit Goheen.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><b>Le 8<sup>e<\/sup> jour,<\/b> nous passons aux Pays-Bas, o\u00f9 la Premi\u00e8re Arm\u00e9e canadienne, force internationale de soldats canadiens, britanniques, polonais, am\u00e9ricains, belges et<br \/>\nhollandais, a men\u00e9 la bataille de l\u2019Escaut du 2 octobre au 8 novembre 1944<\/p>\n<p class=\"p2\">L\u2019autocar s\u2019arr\u00eate au canal L\u00e9opold, importante ligne de la d\u00e9fense allemande situ\u00e9e le long de ce qui avait \u00a0\u00e9t\u00e9 la fronti\u00e8re belgo-n\u00e9erlandaise. \u00ab C\u2019est une des pires batailles auxquelles ont pris part les Canadiens en Europe du Nord-Ouest, dit Goheen. Une bataille petit format dans un petit endroit difficile. \u00bb<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La fermeture de la Poche de Falaise, \u00e0 la fin du mois d\u2019aout, avait servi \u00e0 battre la plus grande partie de l\u2019arm\u00e9e allemande qui se trouvait en Normandie. Les 50 000 qui s\u2019en sont enfuis \u00e9taient dans la confusion et d\u00e9talaient vers la Seine, Britanniques et Canadiens \u00e0 leurs trousses. La 11<sup>e<\/sup> Division britannique entra \u00e0 Anvers, mais la capture du plus grand port europ\u00e9en ne suffisait pas. L\u2019Allemagne contr\u00f4lait encore les deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019estuaire de l\u2019Escaut, les 80 kilom\u00e8tres d\u2019eau profonde reliant le port \u00e0 l\u2019oc\u00e9an.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">L\u2019op\u00e9ration <i>Market Garden<\/i>, assaut a\u00e9roport\u00e9 immense derri\u00e8re les lignes allemandes, avait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 la fin du mois de septembre. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les Alli\u00e9s faisaient face \u00e0 une bataille difficile qui ne se terminerait pas avant No\u00ebl, comme on l\u2019avait esp\u00e9r\u00e9, et il leur fallait un port o\u00f9 ils seraient en s\u00e9curit\u00e9. L\u2019approvisionnement \u00e9tait encore d\u00e9barqu\u00e9 aux plages et aux ports normands et transport\u00e9 en camion sur des centaines de kilom\u00e8tres vers le Nord. On donna la priorit\u00e9<br \/>\n\u00e0 Antwerp et \u00e0 l\u2019Escaut.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les Canadiens, qui se mirent \u00e0 se surnommer \u00ab l\u2019arm\u00e9e Cendrillon \u00bb parce qu\u2019on leur donnait les t\u00e2ches les plus dures et qu\u2019on ne leur donnait gu\u00e8re de gloire, \u00e9cop\u00e8rent de la t\u00e2che de nettoyer l\u2019estuaire. Avant de partir, les Allemands avaient inond\u00e9 le terrain bas sillonn\u00e9 de canaux et de foss\u00e9s de drainage, chacun \u00e9tant un obstacle naturel pour les chars. L\u2019op\u00e9ration <i>Switchback<\/i>, planifi\u00e9e par le lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral Guy Simonds, commandant par int\u00e9rim de la Premi\u00e8re Arm\u00e9e canadienne, pr\u00e9voyait deux attaques le 6 octobre : une qui traverserait le canal L\u00e9opold, l\u2019autre o\u00f9 des p\u00e9niches de d\u00e9barquement traverseraient l\u2019anse Braakman, un grand goulet de mar\u00e9e. Le but \u00e9tait de chasser les Allemands des deux c\u00f4t\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 l\u2019approche du 6 octobre, le nombre de p\u00e9niches de d\u00e9barquement \u00e9tait insuffisant pour l\u2019attaque traversant l\u2019anse, mais il fut d\u00e9cid\u00e9 de lancer l\u2019attaque au canal pour en retirer les Allemands, et celle \u00e0 Braakman aurait lieu 36 heures plus tard. Les 36 heures sont devenues 60 et, en face de l\u2019endroit o\u00f9 se tiennent les p\u00e8lerins, les soldats qui avaient travers\u00e9 le canal se sont accroch\u00e9s au rivage pendant presque cinq jours sans assistance.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Un bunker d\u2019avant la guerre, construit par les N\u00e9erlandais avant l\u2019arriv\u00e9e des Allemands se trouve encore enfoui dans la berge \u00e0 environ 100 m\u00e8tres en amont. Le canal faisait partie de la ligne de d\u00e9fense n\u00e9er-landaise en 1940, mais les Allemands s\u2019en empar\u00e8rent et s\u2019install\u00e8rent dans les bunkers. Cliff Chadderton, secr\u00e9taire de direction et directeur g\u00e9n\u00e9ral des Amput\u00e9s de guerre du Canada, y a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par un \u00e9clat de grenade et une de ses jambes a \u00e9t\u00e9 amput\u00e9e en dessous du genou.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La travers\u00e9e de la Braakman r\u00e9ussit. Les Allemands, n\u2019ayant pas de voie de repli, se sont rendus en masse; plus de 41 000 ont \u00e9t\u00e9 faits prisonniers. Mais les<br \/>\npertes des Alli\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement lourdes : 12 873 morts, bless\u00e9s ou disparus, dont 6 367 parmi les Canadiens.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le matin du 3 novembre, un capitaine de la 3<sup>e<\/sup> Division d\u2019infanterie canadienne a \u00e9crit ceci dans le journal des op\u00e9rations de l\u2019\u00e9tat-major : \u00ab L\u2019op\u00e9ration <i>SWITCHBACK<\/i> est termin\u00e9e. \u00bb Un autre officier, qui lisait par-dessus son \u00e9paule a rajout\u00e9 avec son propre stylo \u00ab Dieu merci \u00bb.<\/span><\/p>\n<div class=\"caption_img\">\r\n        <a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-11.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3648 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-11.jpg\" alt=\"Pil 11\" width=\"515\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-11.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/11\/pil-11-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/a>\r\n        <div class=\"caption\">\r\n            <span>Les d\u00e9fenseurs allemands situ\u00e9s sur le promontoire de l\u2019Ouest voyaient clairement la plage de Dieppe, et chaque soldat qui y prenait pied. <\/span>\r\n            \r\n        <div class=\"credit\">\r\n            <span>Eric Harris<\/span>\r\n        <\/div>\r\n\r\n        <\/div>\r\n        \r\n    <\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>La deuxi\u00e8me semaine,<\/b> les p\u00e8lerins ont remont\u00e9 le temps jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, 1914-1918. Il s\u2019agit d\u2019un grand saut, un voyage vers un temps plus dur, plus noir sur blanc, plus formel; un temps o\u00f9 l\u2019artillerie \u00e9tait tir\u00e9e par des chevaux et o\u00f9 les chars d\u2019assaut \u00e9taient exp\u00e9rimentaux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Le trajet de trois heures entre Dieppe et Ypres comprend une pause au sud de Calais, au cimeti\u00e8re de la commune de Vimereux, o\u00f9 2 847 soldats du Commonwealth et membres du Queen Alexandria\u2019s Imperial Military Nursing Service, sont enterr\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Parmi les 219 tombes de Canadiens se trouve celle du lieutenant-colonel du Service de sant\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e canadienne, John McCrae. Nul n\u2019ignore, bien s\u00fbr, qu\u2019il s\u2019agit du po\u00e8te qui a compos\u00e9 <i>In Flanders Fields<\/i>. La mort de son ami Alexis Helmer \u00e0 la deuxi\u00e8me bataille d\u2019Ypres, le 2 mai 1915, lui a inspir\u00e9 ce c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me, une tentative d\u2019\u00e9voquer l\u2019horreur de la guerre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">\u00ab Nous devions apprendre le po\u00e8me par c\u0153ur \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00bb<span class=\"s1\"> dit Edmund Raspberry, le p\u00e8lerin de l\u2019Ontario.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les pierres tombales sont pos\u00e9es \u00e0 l\u2019horizontale, car elles sont trop lourdes pour rester droites sur le sol sablonneux. Au d\u00e9part de Wimereux, les hautparleurs remplissent l\u2019autocar de voix enfantines qui r\u00e9citent le po\u00e8me, ce qui baigne de larmes les yeux des p\u00e8lerins. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Pr\u00e8s de Calais, sur l\u2019accotement de l\u2019autoroute, une file de camions longue de plusieurs kilom\u00e8tres est \u00e0 l\u2019arr\u00eat. C\u2019est un des plus importants ports entre la France et l\u2019Angleterre, et le terminus Sud du lien ferroviaire du tunnel sous la Manche. Des milliers de migrants fuyant la violence en Syrie, en Somalie et en Afghanistan campent \u00e0 Calais et essaient de s\u2019embarquer clandestinement dans les camions qui vont prendre un traversier ou un train \u00e0 destination de l\u2019Angleterre. Les agents de la s\u00e9curit\u00e9 ont presque compl\u00e8tement immobilis\u00e9 la circulation des poids lourds. L\u2019horreur de la guerre a vraiment des ramifications immenses.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Ypres, les p\u00e8lerins Laskowski, Daphne et Charles Piercey, et Helen et David Eastaugh vont prendre un diner tardif Au Miroir, caf\u00e9 en plein air dans le march\u00e9 de Grote situ\u00e9 sur la Grand Place de la ville. La Halle aux draps, grand \u00e9difice dans le secteur du textile qui \u00e9tait le noyau de l\u2019\u00e9conomie m\u00e9di\u00e9vale de la ville \u2013 jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019artillerie la d\u00e9truise pendant la Grande Guerre \u2013 domine l\u2019architecture de l\u2019agglom\u00e9ration autrefois assi\u00e9g\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les p\u00e8lerins commandent des croque-monsieur, des gaufres et de la bi\u00e8re de Passendale. \u00ab En ouvrant une bouteille de Passendale, lit-on sur l\u2019\u00e9tiquette, pri\u00e8re d\u2019observer une minute de silence en souvenir de ceux qui sont tomb\u00e9s au champ de bataille. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Pendant six jours bien remplis,<\/b> les p\u00e8lerins retracent le bapt\u00eame du feu du Canada. Entre Ypres et Arras, parmi les dizaines de sites et cimeti\u00e8res de la Grande Guerre qui servent de points de rep\u00e8re pour les excursions dans les r\u00e9gions o\u00f9 ont eu lieu les h\u00e9catombes, Passendale, Beaumont-Hamel, la Somme et les Cent jours sont comme des titres de chapitre. C\u2019\u00e9tait une catastrophe, le pire que l\u2019humanit\u00e9 ait \u00e0 offrir, et 7 millions de civils et 9 millions de combattants y ont perdu la vie, dont 67 000 Canadiens.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Chaque chapitre a ses paragraphes et des mots qui en \u00e9mergent et qui se m\u00ealent : St-Julien, le chlore gazeux; le crat\u00e8re Hawthorne, les explosifs \u00e0 l\u2019ammonal; Sunken Lane, les mitrailleuses; la tr\u00eave de No\u00ebl, l\u2019impasse; la porte de Menin, les tombes d\u2019inconnus.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Et chaque p\u00e8lerin avait une mission particuli\u00e8re. Plu-sieurs mois avant le voyage, le nom d\u2019un soldat mort \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 chacun d\u2019eux, et ils devaient faire des recherches pour pouvoir faire un compte rendu sur lui \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa tombe. Il en a r\u00e9sult\u00e9 neuf oraisons dans neuf cimeti\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Dans le cas de beaucoup d\u2019entre eux, les renseignements \u00e9taient rares. Pour certains, l\u2019histoire d\u2019une vie \u00e9court\u00e9e a pu \u00eatre retrac\u00e9e en partie. Kenneth Milenko, le p\u00e8lerin de la Division du Manitoba\u2013Nord-Ouest de l\u2019Ontario, a rep\u00e9r\u00e9 la maison qu\u2019a habit\u00e9e Frederick Driver avant de s\u2019engager dans le 78<sup>e<\/sup> Bataillon (Winnipeg Grenadiers), et il en a pris une photo. Le sergent Driver est mort au combat, \u00e0 la cr\u00eate de Vimy, le 9 avril 1917; il avait 22 ans. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">\u00ab Je ne sais pas si des parents du sergent Driver sont venus voir sa tombe et pr\u00e9senter leurs respects ou le re-mercier, dit Milenko. Mais ce que je fais aujourd\u2019hui, c\u2019est exactement \u00e7a, et c\u2019est de la part de tout le Canada que je prononce ces quelques mots. \u00bb Milenko termine son compte rendu et d\u00e9pose la photo, un coquelicot et un drapeau canadien sur la pierre tombale.<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Pendant le tour de deux semaines, il y a eu les huit autres comptes rendus, neuf c\u00e9r\u00e9monies solennelles et plusieurs d\u00e9p\u00f4ts de couronne tout simples, gestes de comm\u00e9moration \u00e9mouvants.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Encore un champ de bl\u00e9, encore un champ de bataille. Le dernier jour, en chemin vers Paris, l\u2019autocar s\u2019arr\u00eate aux abords de Beaumont-Hamel et s\u2019engage lentement \u00e0 reculons dans une impasse \u00e9troite. Les talus qui longent la ruelle sont couverts de broussailles qui donnent presque l\u2019impression de se trouver dans un tunnel.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Il s\u2019agit de Sunken Lane (ruelle en contrebas, NDT), un point de d\u00e9part de la bataille de la Somme. Quelque 500 membres du 1st Battalion Lancashire Fusiliers<br \/>\nbritannique s\u2019\u00e9taient cach\u00e9s l\u00e0 bien avant l\u2019aube du 1<sup>er<\/sup> juillet 1916. Le lieutenant Geoffrey H. Malins, cin\u00e9matographe militaire britannique, \u00e9tait l\u00e0 aussi, et il<br \/>\nles a film\u00e9s moins d\u2019une minute avant qu\u2019ils aillent \u00e0 l\u2019assaut, \u00e0 7 h 30 : l\u2019heure z\u00e9ro. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ils \u00e9taient enti\u00e8rement \u00e0 d\u00e9couvert devant le feu des mitrailleuses allemandes. La plupart ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou bless\u00e9s dans les 20 premi\u00e8res minutes. \u00c0 midi, il ne restait qu\u2019un officier et 25 soldats en vie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Les p\u00e8lerins se rassemblent pour faire une reconstitution, et \u00e0 la suite des deux coups de sifflet militaire donn\u00e9s par Goheen, ils se lancent \u00e0 l\u2019assaut sur les traces fatales. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Avant le compte rendu<\/b> qui suit le souper, on demande aux p\u00e8lerins, un par un, de r\u00e9sumer leur exp\u00e9rience en deux minutes. Il y en a qui parlent un peu plus, d\u2019autres, un peu moins, mais ils parlent tous avec \u00e9loquence des fortes impressions qu\u2019ils ont ressenties. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">\u00ab Ce que nous avons vu, les choses que nous avons faites, aller \u00e0 l\u2019assaut aujourd\u2019hui \u00e0 Sunken Lane, con-templer les tombes, les marques \u00e0 travers les terres, la Normandie, Dieppe, Vimy, ce sont des endroits sacr\u00e9s o\u00f9 il y a eu une bravoure incroyable, dit Pigeau. Savoir que leur Armageddon se trouvait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la colline, je n\u2019arrive pas \u00e0 m\u2019imaginer \u00e0 quel point les gens qui y sont all\u00e9s avaient du cran. \u00bb<\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00ab Je suis venue sans savoir \u00e0 quoi m\u2019attendre. Je pensais que nous allions voir des lieux de bataille et apprendre un peu d\u2019histoire, dit Krista Blake, p\u00e8lerine de la Division du Nouveau-Brunswick. Ce qui m\u2019a le plus frapp\u00e9e, ce sont les cimeti\u00e8res avec toutes leurs pierres tombales. Tous les noms et les \u00e2ges de 19 ou 20 ans. Ma fille a 21 ans, et je ne peux m\u2019imaginer ses amis partir pour ne plus jamais revenir. J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 l\u2019histoire canadienne \u00e0 l\u2019\u00e9cole, mais ce n\u2019\u00e9tait pas du tout comme ce que nous avons appris ici. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\">\u00ab <span class=\"s1\">Il y avait une couple de jeunes au M\u00e9morial de Vimy, et je leur ai donn\u00e9 des \u00e9pinglettes \u00e0 drapeau canadien, dit le p\u00e8lerin de la Nouvelle-\u00c9cosse, Gary Springall. Et j\u2019ai donn\u00e9 un drapeau canadien \u00e0 leurs parents. Je leur ai dit d\u2019o\u00f9 je venais et je leur ai parl\u00e9 du p\u00e8lerinage; puis je leur ai demand\u00e9 d\u2019o\u00f9 ils venaient. Ils m\u2019ont dit qu\u2019ils \u00e9taient venus de Dusseldorf, en Allemagne.<\/span> \u00bb<\/p>\n<p class=\"p2\">\u00ab <span class=\"s1\">Dans les ann\u00e9es 1940, nous nous battions contre eux. Ils \u00e9taient nos ennemis. Dans les ann\u00e9es 1970, je suis all\u00e9 \u00e0 Hambourg, en Allemagne, voir le cimeti\u00e8re militaire canadien avec l\u2019OTAN. Ce moment-l\u00e0, \u00e0 Vimy, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 pour moi un rappel que nous faisons tous partie de la famille humaine, et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019un jour il y aura la paix, plus de guerre.<\/span> \u00bb<span class=\"s1\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>P\u00e8lerinage du souvenir de 2015 de la L\u00e9gion royale canadienne Au mois de juillet, des p\u00e8lerins de partout au Canada sont all\u00e9s voir des champs de bataille, des cimeti\u00e8res et des monuments aux morts en France, en Belgique et aux Pays-Bas. \u00ab Si, hier, c\u2019\u00e9tait le jour le plus long, dit Ed Pigeau, aujourd\u2019hui, c\u2019est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":48,"featured_media":3649,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-3639","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3639","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/48"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3639"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3639\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3649"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3639"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3639"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3639"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}