{"id":3465,"date":"2015-06-05T09:38:10","date_gmt":"2015-06-05T13:38:10","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=3465"},"modified":"2015-06-05T09:38:39","modified_gmt":"2015-06-05T13:38:39","slug":"le-don-de-liberte-du-canada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2015\/06\/le-don-de-liberte-du-canada\/","title":{"rendered":"Le don de libert\u00e9 du Canada"},"content":{"rendered":"<p><strong>Boulevers\u00e9e par l\u2019occupation allemande de sa patrie, une famille n\u00e9erlandaise a failli ne pas pouvoir reconstruire sa vie<\/strong><\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3473 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-1_e002283041.jpg\" alt=\"Un gar\u00e7on hollandais, seau vide en main, sur un pont en Hollande pendant le hongerwinter (hiver de la faim) de 1944-1945. [KRYN TACONIS\/BAC\/MIKAN-3604599]\" width=\"515\" height=\"593\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-1_e002283041.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-1_e002283041-261x300.jpg 261w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un gar\u00e7on hollandais, seau vide en main, sur un pont en Hollande pendant le hongerwinter (hiver de la faim) de 1944-1945. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>KRYN TACONIS\/BAC\/MIKAN-3604599<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>\u00c0 trois ans, je ne comprenais pas vraiment les circonstances horribles qui m\u2019entouraient<\/strong>. Une grenade \u00e0 main qu\u2019un soldat nazi avait n\u00e9gligem-ment laiss\u00e9 tomber a attir\u00e9 mon attention. Je jouais devant mon domicile aux Pays-Bas, en 1944, quand je l\u2019ai vue par terre dans la cour. Je l\u2019ai ramass\u00e9e et je l\u2019ai \u00e9tudi\u00e9e un instant. Une poign\u00e9e en bois et une partie ronde en m\u00e9tal\u00a0: on aurait dit un presse-pur\u00e9e.<\/p>\n<p>Je me suis mis \u00e0 en frapper un mur de briques. Le claquement a surpris ma m\u00e8re qui s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e \u00e0 la fen\u00eatre de la cuisine, a vu ce qu\u2019il se passait et m\u2019a cri\u00e9 d\u2019arr\u00eater imm\u00e9diatement et de mettre cet objet dangereux par terre. Je ne voyais pas pourquoi, mais j\u2019ai ob\u00e9i, bien qu\u2019\u00e0 contrec\u0153ur. Il n\u2019y avait pas de jouets pour m\u2019amuser, et maintenant que j\u2019en avais trouv\u00e9 un, il fallait que je le laisse.<\/p>\n<p>Quelques mois apr\u00e8s, en janvier 1945, un traineau de fortune m\u2019a transport\u00e9 sur une neige nouvellement tomb\u00e9e vers la ville de Roermond, dans le Limbourg, la province la plus au sud du pays. Mon p\u00e8re qui avait alors dans les trente-cinq ans tirait le traineau. Il avait le corps min\u00e9 comme \u00e0 peu pr\u00e8s tous les N\u00e9erlandais, hommes ou femmes qui avaient surv\u00e9cu au <em>Hongerwinter<\/em> (hiver de la faim) de 1944-1945.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3475 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-3_rubble.jpg\" alt=\"Le x indique l\u2019endroit o\u00f9 \u00e9tait situ\u00e9e la maison des Triesman avant le bombardement de Rotterdam par la Luftwaffe allemande. [AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE GERARD TRIESMAN]]\" width=\"515\" height=\"379\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-3_rubble.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-3_rubble-300x221.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le x indique l\u2019endroit o\u00f9 \u00e9tait situ\u00e9e la maison des Triesman avant le bombardement de Rotterdam par la Luftwaffe allemande. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE GERARD TRIESMAN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3476 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-4_47858375.jpg\" alt=\"Les parents de l\u2019auteur, Gerard et Marie Triesman, le jour de leur mariage, le 26 mars 1940, six semaines avant  l\u2019invasion de la Hollande par les nazis. [AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE GERARD TRIESMAN]\" width=\"515\" height=\"778\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-4_47858375.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-4_47858375-199x300.jpg 199w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les parents de l\u2019auteur, Gerard et Marie Triesman, le jour de leur mariage, le 26 mars 1940, six semaines avant  l\u2019invasion de la Hollande par les nazis. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE GERARD TRIESMAN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Ma s\u0153ur Paula qui n\u2019avait alors que 10 mois \u00e9tait dans le landau que notre m\u00e8re poussait sur la route accident\u00e9e, emmitoufl\u00e9e dans des couvertures. Papa lui aurait volontiers pris ce fardeau, mais il devait tirer le lourd traineau. J\u2019\u00e9tais assis sur les lattes en bois de ce dernier, et tout ce dont ma famille allait avoir besoin pour le long voyage y \u00e9tait aussi charg\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis n\u00e9 \u00e0 Rotterdam, le 8 avril 1941, deuxi\u00e8me ann\u00e9e de la Seconde Guerre mondiale. C\u2019\u00e9tait presque un an apr\u00e8s le blitz de Rotterdam, le bombardement allemand sur la ville portuaire qui avait eu lieu le 14 mai 1940. La ville \u00e9tait encore en ruines. La maison de mes parents avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9truite, et il ne leur \u00e9tait rest\u00e9 que les v\u00eatements qu\u2019ils avaient sur le dos.<\/p>\n<p><strong>Pendant l\u2019occupation allemande<\/strong>, il \u00e9tait terriblement difficile aux Hollandais de se nourrir. La fourniture de vivres \u00e9tait du ressort du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture et des P\u00eaches, et mon p\u00e8re faisait partie de l\u2019\u00e9quipe qui cherchait des aliments et les distribuait de fa\u00e7on \u00e9quitable. Il avait \u00e9t\u00e9 mut\u00e9 \u00e0 Roermond, une petite maison de deux \u00e9tages qu\u2019on nous avait trouv\u00e9e dans le petit village pittoresque de Maasniel, sur la rive Est de la Meuse, \u00e0 moins d\u2019un kilom\u00e8tre de la fronti\u00e8re allemande.<\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains ont lib\u00e9r\u00e9 le sud du Limbourg en septembre 1944, mais les Allemands ont rapidement pr\u00e9par\u00e9 des positions d\u2019artillerie le long de la Meuse, en aval. De grandes tranch\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 creus\u00e9es afin d\u2019optimiser ces lignes de d\u00e9fense et d\u2019emp\u00eacher les chars am\u00e9ricains de s\u2019avancer davantage. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019il fallait r\u00e9aliser d\u2019autres travaux pour renforcer ces fortifications, tous les hommes \u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 65 ans de Roermond et de ses environs ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s au \u00ab devoir de retranchement \u00bb.<\/p>\n<p>La plupart des hommes, mon p\u00e8re inclus, sont rapi-dement entr\u00e9s en clandestinit\u00e9, for\u00e7ant les Allemands \u00e0 choisir une autre approche. Des milliers d\u2019esclaves russes, hommes et femmes, ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s d\u2019Allemagne pour effectuer le travail. Ces tristes gens aux habits miteux ont fait l\u2019\u00e9reintant travail manuel qu\u2019\u00e9tait le creusement de tranch\u00e9es et le montage de barricades de barbel\u00e9s.<\/p>\n<p>La p\u00e9nurie alimentaire a empir\u00e9. Pour pallier cette situation grave, les autorit\u00e9s civiles ont mis en place des soupes populaires, mais il y avait \u00e0 peine assez de nourriture pour tout le monde, et la qualit\u00e9 en \u00e9tait d\u00e9plorable. Pour aggraver les choses, Paula a contract\u00e9 la coqueluche, une maladie infectieuse bact\u00e9rienne. Elle a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e au petit dispensaire de Maasniel, o\u00f9 les infirmi\u00e8res lui prodiguaient une abondance de soins attentionn\u00e9s, mais disposaient de maigres quantit\u00e9s de m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re et moi devions aller par bois et par champs jusqu\u2019\u00e0 la soupe populaire, passage difficile \u00e0 cause des mesures de d\u00e9fense allemandes. Il n\u2019y avait qu\u2019un moyen de franchir les tranch\u00e9es profondes et larges : y descendre d\u2019abord et grimper de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 ensuite.<\/p>\n<p>Un jour, comme nous cheminions ainsi, des explosions et des \u00e9clats d\u2019obus ont soudainement envahi l\u2019espace autour de nous. Ma m\u00e8re m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 terre et m\u2019a couvert de son corps. La t\u00eate basse et tremblant comme une feuille, elle m\u2019a abrit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que le barrage prenne fin. Quand nous sommes enfin rentr\u00e9s chez nous ce jour-l\u00e0 avec les rations de nourriture, ma m\u00e8re \u00e9puis\u00e9e s\u2019est agenouill\u00e9e et a remerci\u00e9 le ciel de nous avoir pr\u00e9serv\u00e9s tous deux.<\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains ont atteint la rive Ouest de la Meuse en novembre, \u00e0 peu pr\u00e8s en m\u00eame temps que la Premi\u00e8re Arm\u00e9e canadienne lib\u00e9rait l\u2019estuaire de l\u2019Escaut. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve et toujours aux mains des Allemands, Roermond a \u00e9t\u00e9 pilonn\u00e9 sans rel\u00e2che, mais les paras d\u2019Hitler avaient fortifi\u00e9 la ville et ses environs. Les Allemands \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 ne pas perdre ce bastion.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-3477 size-full\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-5_pa-137908.jpg\" alt=\"Un soldat du Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders distribue des bonbons \u00e0 des habitants de Bathmen, ville de  l\u2019est des Pays-Bas, le 9 avril 1945. [MDN\/BAC\/PA-137908]\" width=\"515\" height=\"380\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-5_pa-137908.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/gift-5_pa-137908-300x221.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un soldat du Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders distribue des bonbons \u00e0 des habitants de Bathmen, ville de  l\u2019est des Pays-Bas, le 9 avril 1945. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>MDN\/BAC\/PA-137908<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Alors qu\u2019ils renfor\u00e7aient la d\u00e9fense de Roermond<\/strong>, les Allemands ont vu la pr\u00e9sence de la population n\u00e9erlandaise (surtout des femmes, des enfants et des vieillards) comme leur faisant obstacle. Leur solution a \u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9vacuer les civils. Cela a commenc\u00e9 \u00e0 la mi-janvier 1945. Douze-mille personnes ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es au nord. Mon p\u00e8re est sorti de sa cachette et nous a pr\u00e9par\u00e9s au voyage. B\u00e9b\u00e9 Paula, bien que toujours tr\u00e8s malade, a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9e \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9s de la marche ardue dans la neige entre Maasniel et Roermond qui nous avait donn\u00e9 si froid, nous nous sommes joints \u00e0 d\u2019autres personnes qu\u2019on \u00e9vacuait, dans la grande salle qui servait aux ventes aux ench\u00e8res agricoles, et nous avons pass\u00e9 la nuit sur le b\u00e9ton glac\u00e9 recouvert de paille ici et l\u00e0. T\u00f4t le lendemain matin, des soldats allemands bruyants nous ont men\u00e9s par les chemins boueux et glissants de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. Pr\u00e8s du village de Br\u00fcggen, juste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Allemagne, un long train tir\u00e9 par une \u00e9norme locomotive \u00e0 vapeur nous attendait.<\/p>\n<p>Mes parents et moi, et Paula dans son landau avons \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans un compartiment. Beaucoup d\u2019autres, moins chanceux que nous, sont mont\u00e9s dans des wagons \u00e0 bovins. Blottis dans des couvertures et des manteaux d\u2019hiver us\u00e9s, nous attendions tous tranquillement le d\u00e9part. Des voix sourdes et de faibles cris parvenaient jusqu\u2019\u00e0 nous. Le seul Allemand autour du train qui ne portait pas d\u2019uniforme \u00e9tait un m\u00e9decin qui passait parmi les passagers pour s\u2019occuper des malades. Il a aussi examin\u00e9 Paula. Il ne pouvait rien pour elle, et il a gentiment dit quelques mots \u00e0 mes parents pour les rassurer.<\/p>\n<p>La machine \u00e0 vapeur s\u2019est mise \u00e0 tirer et le train, \u00e0 s\u2019avancer par secousses au fur et \u00e0 mesure que les attelages se transmettaient le tirage \u00e0 chacun son tour. Un coup de sifflet aigu a retenti dans l\u2019air humide du matin, \u00e9touffant presque le crissement des roues. Les sons ont accru notre anxi\u00e9t\u00e9, nous faisant oublier un instant nos ventres vides. Le train a pris de la vitesse, des nuages de suie sale, malodorante passaient devant les fen\u00eatres du compartiment.<\/p>\n<p>Les forces alli\u00e9es voulaient d\u00e9truire autant de moyens de transport que possible utilis\u00e9s pour les soldats allemands et pour leurs provisions militaires. Tout ce qui bougeait \u00e9tait pris pour cible, ce qui est vala-ble comme strat\u00e9gie, mais regrettable pour les gens qu\u2019on \u00e9vacue. Notre train roulant vers le Nord du c\u00f4t\u00e9 allemand de la fronti\u00e8re, il a \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme une tentative du troisi\u00e8me Reich chancelant de d\u00e9placer des soldats et du mat\u00e9riel, et les avions de l\u2019Aviation royale britannique l\u2019ont rapidement attaqu\u00e9.<\/p>\n<p>Craignant pour leur vie, les passagers priaient pour que le raid prenne vite fin, mais les projectiles meurtriers continuaient de tomber. Au moment o\u00f9 le train s\u2019arr\u00eatait, j\u2019ai sursaut\u00e9 parce que la fen\u00eatre de notre compartiment a \u00e9t\u00e9 fracass\u00e9e, et des \u00e9clats de verre sont tomb\u00e9s dans la poussette de Paula. Ma m\u00e8re s\u2019est pench\u00e9e sur ma petite s\u0153ur, tremblant de peur et a de nouveau remerci\u00e9 Dieu. Elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 bless\u00e9e.<\/p>\n<p>Au cours d\u2019une accalmie, tout le monde est all\u00e9 se r\u00e9fugier, \u00e0 20 m\u00e8tres, sous un train de marchandises en stationnement sur une autre voie. Soudain, un obus a explos\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 et le souffle en a fait rouler les wagons, ce qui a provoqu\u00e9 la panique. Mon p\u00e8re et les autres hommes ont mis les mains aux essieux et ont r\u00e9ussi \u00e0 le retenir.<\/p>\n<p>Quand les bombardements ont pris fin et que les avions de la RAF sont partis, la fum\u00e9e s\u2019\u00e9levait encore de quelques wagons. Ils avaient n\u00e9anmoins l\u2019air en assez bon \u00e9tat, et le p\u00e9rilleux voyage a repris.<\/p>\n<p>Trois jours et environ 300 kilom\u00e8tres apr\u00e8s, notre train endommag\u00e9 a franchi la fronti\u00e8re entre l\u2019Allemagne et les Pays-Bas. Au village de Parrega, dans la province de Frise, nous avons \u00e9t\u00e9 log\u00e9s dans des maisons priv\u00e9es. Mes parents et Paula ont \u00e9t\u00e9 accueillis par un capitaine frison et son \u00e9pouse. Pour m\u2019emp\u00eacher de contracter la maladie de Paula, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 provisoirement dans une ferme juste en dehors du village. Au bout de quelques semaines, cependant, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9uni avec mes parents dans la petite maison du capitaine Feenstra, mais pas avec ma petite s\u0153ur. Sa sant\u00e9 s\u2019\u00e9tait d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e rapidement et il avait fallu l\u2019hospitaliser. Paula a succomb\u00e9 le 28 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Le 8 avril, jour de mon anniversaire, le message provenant d\u2019Angleterre tant attendu, \u00ab De fles is leeg \u00bb (la bouteille est vide) a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 \u00e0 la radio. Ce message en code transmis aux Hollandais signifiait que la guerre serait tr\u00e8s bient\u00f4t finie et que la r\u00e9sistance devait mettre en train le sabotage pr\u00e9vu des op\u00e9rations allemandes. Les premiers blind\u00e9s canadiens qui sont arriv\u00e9s en Frise venaient de r\u00e9gions qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es. Le peuple n\u00e9erlandais applaudissait les soldats canadiens lorsque, une ville apr\u00e8s que l\u2019autre, il se faisait lib\u00e9rer. La province a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement lib\u00e9r\u00e9e des Allemands le 18 avril, et des c\u00e9l\u00e9brations exub\u00e9rantes ont \u00e9clat\u00e9 partout.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 et la paix retrouv\u00e9es avaient cout\u00e9 extr\u00eamement cher. Des combats acharn\u00e9s, causant de lourdes pertes aux forces alli\u00e9es, et en particulier \u00e0 l\u2019arm\u00e9e canadienne avaient mis fin aux souffrances du peuple n\u00e9erlandais. Plus de 7 600 courageux soldats canadiens ont fait le sacrifice ultime lors de la lib\u00e9ration des Pays-Bas. Aujourd\u2019hui encore, les N\u00e9erlandais ressentent la reconnaissance la plus sinc\u00e8re et le respect le plus profond envers les lib\u00e9rateurs canadiens. Il n\u2019est pas surprenant que des liens d\u2019amiti\u00e9 solides aient \u00e9t\u00e9 nou\u00e9s entre les deux pays.<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s la guerre<\/strong>, nous sommes retourn\u00e9s \u00e0 Maasniel dans des camions de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine et par transbordeur sur la Meuse. Tout ce que les troupes allemandes n\u2019avaient pas pris avait \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9 ou, soup\u00e7onnait-on, pill\u00e9 par des voleurs civils. Notre maison avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement mise \u00e0 sac pendant notre absence de presque cinq mois. Mes parents devaient recommencer leur m\u00e9nage. Mais avec une ferme volont\u00e9 et beaucoup de d\u00e9termination, ce commencement d\u2019une nouvelle vie leur a donn\u00e9 espoir. Mon p\u00e8re a repris son travail de comptable au bureau de Roermond du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture et des P\u00eaches, et ma m\u00e8re \u00e9tait heureuse d\u2019\u00eatre femme au foyer \u00e0 nouveau. L\u2019\u00e9t\u00e9 de 1945 a \u00e9t\u00e9 splendide. Maman \u00e9tait gaie et chantait souvent dans la maison, et elle ne se fatiguait jamais des nombreux bouquets de fleurs sauvages que je cueillais pour elle.<\/p>\n<p>La vie n\u2019\u00e9tait certainement pas un long fleuve tranquille pour mes parents. C\u2019\u00e9tait une lutte, de nombreuses n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9tant encore rares, mais ils \u00e9taient heureux. Il n\u2019y avait pas non plus de p\u00e9nurie de nourriture. Les agriculteurs locaux faisaient le n\u00e9cessaire. Le bonheur a rempli notre maison encore plus quand, au d\u00e9but de l\u2019automne de notre premi\u00e8re ann\u00e9e enti\u00e8re de libert\u00e9, mon fr\u00e8re Robbie est n\u00e9.<\/p>\n<p>Bien que la vie soit revenue lentement \u00e0 la normale, mes parents portaient des cicatrices mentales caus\u00e9es par les horreurs de la guerre. \u00c0 un r\u00e9veillon, longtemps apr\u00e8s la guerre, le bruit de feux d\u2019artifice a fait sursauter ma m\u00e8re. Elle a paniqu\u00e9 pendant quelques instants, tremblant de peur comme si nous \u00e9tions bombard\u00e9s. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, quand des amis de mes parents venaient leur rendre visite, on racontait l\u2019histoire de mon dangereux jouet\u00a0: la grenade. L\u2019occupation allemande \u00e9tait toujours le sujet de conversation. J\u2019ai l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait th\u00e9rapeutique pour eux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Boulevers\u00e9e par l\u2019occupation allemande de sa patrie, une famille n\u00e9erlandaise a failli ne pas pouvoir reconstruire sa vie Un gar\u00e7on hollandais, seau vide en main, sur un pont en Hollande pendant le hongerwinter (hiver de la faim) de 1944-1945. KRYN TACONIS\/BAC\/MIKAN-3604599 \u00c0 trois ans, je ne comprenais pas vraiment les circonstances horribles qui m\u2019entouraient. 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