{"id":34,"date":"2007-09-01T21:27:44","date_gmt":"2007-09-02T02:27:44","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=34"},"modified":"2008-02-27T11:36:16","modified_gmt":"2008-02-27T16:36:16","slug":"operation-meduse-la-bataille-du-panjwai-partie-1-la-charge-de-la-compagnie-charles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/09\/operation-meduse-la-bataille-du-panjwai-partie-1-la-charge-de-la-compagnie-charles\/","title":{"rendered":"Op\u00e9ration M\u00e9duse : la bataille du panjwai \u2014 Partie 1: la charge de la Compagnie Charles"},"content":{"rendered":"<h1> <span class=\"style1\"><br \/>\n<\/span><\/h1>\n<p>Visible de l&#8217;\u00e9cole blanche tristement c\u00e9l\u00e8bre qui est \u00e0 l&#8217;\u00e9picentre                   de la s\u00e9dition dans la province de Kandahar, la force canadienne                   rassembl\u00e9e h\u00e2tivement entre dans la zone l\u00e9tale. Une fus\u00e9e                   de signalisation ennemie passe en travers des \u00e9l\u00e9ments ant\u00e9rieurs                   de la Compagnie Charles et il n&#8217;y a pas beaucoup de mots polis                   pour d\u00e9crire ce qui arrive ensuite.<\/p>\n<p>Rick Nolan meurt le premier. Cet adjudant du 7e peloton, ses                   coeur et \u00e2me, se trouve sur le si\u00e8ge passager du G-Wagen au                   blindage l\u00e9ger quand une grenade propuls\u00e9e par fus\u00e9e passe \u00e0 travers                   le pare-brise. Un infirmier et un interpr\u00e8te afghan, assis                   sur la banquette arri\u00e8re, sont bless\u00e9s gravement tous les deux.                   Le caporal Sean Teal, h\u00e9b\u00e9t\u00e9 mais pas vraiment bless\u00e9, s&#8217;\u00e9lance                   dans une pluie de balles pour chercher des secours. Le G-Wagen                   ne bougera plus jamais.<\/p>\n<p>Le suivant qui meurt est Shane Stachnik. Ce sergent du g\u00e9nie                   se tient dans la trappe du guetteur a\u00e9rien de son v\u00e9hicule                   quand un obus de canon sans recul de 82 mm les fait sauter.                   La plupart \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur sont bless\u00e9s ou rendus inconscients                   et la radio du v\u00e9hicule sombre dans le silence. L&#8217;indicatif                   d&#8217;appel \u00c9cho 3-2 est hors de combat.<\/p>\n<p>Le tir des ennemis cach\u00e9s dans leurs tranch\u00e9es et leurs \u00e9difices                   fortifi\u00e9s vient de trois c\u00f4t\u00e9s. Les Canadiens sont envelopp\u00e9s.                   Les balles soul\u00e8vent la poussi\u00e8re comme au cin\u00e9ma. Des fus\u00e9es                   arrivent en hurlant. Chaque arme canadienne qui peut encore                   servir tire vers les lueurs de d\u00e9part au loin.<\/p>\n<p>Un v\u00e9hicule blind\u00e9 canadien, plein de bless\u00e9s et de morts,                   quitte la zone d&#8217;abattage en reculant \u00e0 toute vitesse mais                   il s&#8217;\u00e9crase dans un foss\u00e9 o\u00f9 il est atteint par plusieurs RPG.                   L&#8217;indicatif d&#8217;appel 3-1 Bravo est immobilis\u00e9 et mourant. Il                   ne quittera jamais le foss\u00e9.<\/p>\n<p>Les radios sont pleines de cris, certains demandent un infirmier,                   d&#8217;autres demandent de l&#8217;aide. Pendant que les coups de feu                   et les explosions continuent, nombre de soldats se portent                   au secours de leurs amis bless\u00e9s, se concentrant sur leur propre                   mission de sauvetage, leur propre guerre. Le temps est d\u00e9r\u00e9gl\u00e9.                   Il passe trop vite ou il passe trop lentement; les heures semblent \u00eatre                   des minutes et il y a des secondes qui n&#8217;en finissent pas.                   Des hommes bless\u00e9s se tra\u00eenent au sol \u00e0 la recherche d&#8217;un abri.                   Il y a des actes de courage inimaginable de tous c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y en a quand m\u00eame d&#8217;autres qui vont mourir. Le simple soldat                   William Cushley, farceur l\u00e9gendaire et ami de tout le monde                   semble-t-il, est tu\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;adjudant Frank Mellish                   du 8e peloton, qui, ayant appris que son ami Nolan \u00e9tait en                   difficult\u00e9s s&#8217;\u00e9tait avanc\u00e9 pour l&#8217;aider.<\/p>\n<p>Les heures passent. Un officier traverse le terrain \u00e0 d\u00e9couvert                   en sprintant, arm\u00e9 de son pistolet seulement, \u00e0 la recherche                   de son camarade. L&#8217;ennemi continue de tirer. Le sergent-major                   de compagnie tombe.<\/p>\n<p>Ils continuent le combat malgr\u00e9 les calamit\u00e9s qui arrivent                   l&#8217;une apr\u00e8s l&#8217;autre. Et les bless\u00e9s s&#8217;empilent. Certains sont                   touch\u00e9s plusieurs fois. Certains autres ont des blessures qu&#8217;on                   ne peut voir.<\/p>\n<p>Pendant tout ce temps est diffus\u00e9e dans le r\u00e9seau la voix                   calme du major Mathew Sprague, le commandant de la compagnie                   qui, bien que sous le feu de l&#8217;ennemi lui-m\u00eame, dirige ses                   hommes \u00e0 travers le chaos et demande des frappes a\u00e9riennes                   et un bombardement de l&#8217;artillerie. Mais l&#8217;ennemi est trop                   bien enfoui et trop bien cach\u00e9. Il lance un feu tr\u00e8s nourri,                   bien que mal dirig\u00e9 heureusement, sur la force canadienne prise                   au pi\u00e8ge.<\/p>\n<p>Quand une bombe de 1 000 livres \u00e9gar\u00e9e, largu\u00e9e hors de la                   cible par un a\u00e9ronef de la coalition, rebondit \u00e0 travers les                   lignes canadiennes et s&#8217;arr\u00eate devant eux, il ne leur reste                   plus qu&#8217;\u00e0 reculer.<\/p>\n<p>Le capitaine Derek Wessan appelle Sprague \u00e0 l&#8217;indicatif d&#8217;appel                   3-9. &#8220;On doit quitter cet h&#8212;&#8211;e d&#8217;endroit&#8221;, dit-il. &#8220;Et puis                   ensuite il faut faire exploser la place.&#8221;<\/p>\n<p>Sur les 50 soldats canadiens qui sont entr\u00e9s dans la zone                   l\u00e9tale ce jour-l\u00e0, pas moins de 10 ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, quatre                   ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et au moins six sont devenus des victimes du stress.<\/p>\n<p>M\u00eame avec un an de recul, il est difficile pour qui que ce                   soit de bien comprendre ce qui s&#8217;est pass\u00e9 ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Ce qu&#8217;on sait avec certitude, c&#8217;est que cinq soldats qui ont                   particip\u00e9 \u00e0 cette bataille ont obtenu la plus haute d\u00e9coration                   canadienne pour bravoure, la M\u00e9daille de la vaillance militaire,                   et un autre, le caporal Sean Teal, a obtenu l&#8217;\u00c9toile de la                   vaillance militaire, la deuxi\u00e8me plus grande r\u00e9compense du                   Canada, \u00e0 peine en dessous de la Croixde Victoria. Il y a aussi                   un soldat qui a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 \u00e0 l&#8217;ordre du jour.<\/p>\n<p>L&#8217;embuscade \u00e0 l&#8217;\u00e9cole blanche a eu lieu le 3 septembre 2006,                   le deuxi\u00e8me jour de l&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse, laquelle \u00e9tait la premi\u00e8re                   op\u00e9ration de combat de l&#8217;OTAN et la plus grande op\u00e9ration de                   combat du Canada depuis la guerre de Cor\u00e9e.<\/p>\n<p>Il est clair que c&#8217;\u00e9tait une bataille immense o\u00f9 l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme \u00e9tait                   pr\u00e9sent malgr\u00e9 les grandes difficult\u00e9s. Mais ce qu&#8217;on ne conna\u00eet                   pas aussi bien, ce sont les circonstances qu&#8217;on a pr\u00e9figur\u00e9es                   pour cette bataille. C&#8217;\u00e9tait un combat o\u00f9 l&#8217;instinct strat\u00e9gique                   d&#8217;un g\u00e9n\u00e9ral, son intuition par rapport \u00e0 la forme de la bataille,                   l&#8217;a men\u00e9 \u00e0 abandonner un plan minutieux et contredire ses commandants                   tactiques sur le terrain en lan\u00e7ant la Compagnie Charles dans                   une attaque \u00e9pouvantable contre un ennemi sup\u00e9rieur en nombre                   dans une position d\u00e9fensive bien \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Nous allons raconter cette histoire en d\u00e9tail et d&#8217;autres                   encore, dans un rapport en trois parties sur la bataille du                   Panjwai qui commence par le contexte de l&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse                   et la controverse en arri\u00e8re-plan qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 la p\u00e9nible                   attaque du 3 septembre.<\/p>\n<p>L&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse \u00e9tait la plus grande op\u00e9ration en Afghanistan                   depuis 2002 et elle avait pour raison d&#8217;\u00eatre de disperser ou                   d\u00e9truire des centaines, sinon des milliers d&#8217;insurg\u00e9s qui s&#8217;\u00e9taient                   assembl\u00e9s \u00e0 environ 20 kilom\u00e8tres au sud-ouest de la ville                   de Kandahar, dans le district du nom de Panjwai.<\/p>\n<p>En 2006, le Panjwai \u00e9tait le centre du territoire de la s\u00e9dition.                   Pendant toute une g\u00e9n\u00e9ration de membres des services canadiens,                   mentionner Panjwai va presque certainement rappeler les souvenirs                   difficiles concernant des petits villages et un terrain d\u00e9fensif                   complexe, les hostilit\u00e9s intraitables et les interminables                   bombes des bas-c\u00f4t\u00e9s routiers. Sur les 66 Canadiens tu\u00e9s en                   Afghanistan depuis 2002 (avant le 10 juillet 2007), presque                   la moiti\u00e9 sont morts au Panjwai.<\/p>\n<p>Le Panjwai est le foyer spirituel et litt\u00e9ral du mouvement                   des taliban. C&#8217;est le berceau de leur leader qui n&#8217;a pas encore \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9,                   le mollah Mohammed Omar, et l&#8217;endroit o\u00f9 le mouvement a commenc\u00e9,                   au milieu des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>La rivi\u00e8re Arghandab et la ville de Bazaar-e-Panjwai sont                   au centre du district. Le Panjwai, bord\u00e9 au sud par un d\u00e9sert,                   est domin\u00e9 par quelques montagnes singuli\u00e8res, dont Masum Ghar                   et Mar Ghar.<\/p>\n<p>Depuis l&#8217;invasion de l&#8217;Afghanistan en 2001, la province de                   Kandahar avait \u00e9t\u00e9 principalement une responsabilit\u00e9 am\u00e9ricaine.                   Quand le groupement tactique canadien s&#8217;est dirig\u00e9 au sud de                   Kaboul vers Kandahar au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e 2006, il a vite d\u00e9couvert                   que les activit\u00e9s des taliban \u00e9taient tr\u00e8s nombreuses et qu&#8217;elles                   avaient pour centre le Panjwai.<\/p>\n<p>Durant les premiers six mois de la nouvelle mission, la premi\u00e8re                   faction (comprenant surtout des soldats de la Princess Patricia&#8217;s                   Canadian Light Infantry) s&#8217;est battue avec des insurg\u00e9s de                   fa\u00e7on routini\u00e8re dans le Panjwai et ses alentours.<\/p>\n<p>L&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse devait changer tout cela. Ce devait \u00eatre                   la victoire d\u00e9cisive de la bataille du Panjwai.<\/p>\n<p>Le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral David Fraser contr\u00f4lait M\u00e9duse \u00e0 partir                   de son quartier g\u00e9n\u00e9ral situ\u00e9 au terrain d&#8217;aviation de Kandahar,                   la base de la coalition \u00e9tal\u00e9e aux abords de la ville de Kandahar.                   Fraser n&#8217;\u00e9tait pas seulement le Canadien le plus haut grad\u00e9 sur                   les lieux, il \u00e9tait aussi le commandant de l&#8217;OTAN en Afghanistan                   du Sud.<\/p>\n<p>Sur le terrain, le groupement tactique \u00e9tait command\u00e9 par                   le lieutenant-colonel Omer Lavoie, le commandant du 1er Bataillon                   du Royal Canadian Regiment \u00e0 l&#8217;expression coriace, un homme                   qui d&#8217;apr\u00e8s certains de ses subalternes est le comble du soldat.                   La composante canadienne de sa force comprenait le 1RCR, et                   un effectif du 2e R\u00e9giment du g\u00e9nie, de la 2e Royal Canadian                   Horse Artillery, des infirmiers de la 2e Ambulance de campagne                   et plusieurs membres du personnel de soutien, ce qui faisait                   en tout quelque 1 050 Canadiens.<\/p>\n<p>Alors que les difficult\u00e9s se brassaient depuis un certain                   temps au Panjwai, quand Lavoie et le groupement tactique du                   RCR sont arriv\u00e9s \u00e0 Kandahar au d\u00e9but du mois d&#8217;ao\u00fbt 2006, au                   moment o\u00f9 l&#8217;OTAN rempla\u00e7ait les \u00c9tats-Uniens dans le sud, la                   situation en \u00e9tait \u00e0 un point crucial. S&#8217;attendant \u00e0 mener                   une campagne contre les insurg\u00e9s en Afghanistan, Lavoie fut                   surpris quand il d\u00e9couvrit que des centaines, peut-\u00eatre m\u00eame                   des milliers, de combattants ennemis s&#8217;\u00e9taient rassembl\u00e9s juste \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur                   de la ville de Kandahar.<\/p>\n<p>&#8220;Nous avons pris les choses en main tout juste au moment du                   transfert \u00e0 l&#8217;OTAN&#8221;, dit Lavoie. &#8220;Alors je pense que les taliban                   ont d\u00e9cid\u00e9 de soit tester l&#8217;OTAN, soit d\u00e9montrer qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait                   pas r\u00e9solue \u00e0 mener des op\u00e9rations de combat dans la m\u00eame mesure                   que l&#8217;avaient fait les forces des \u00c9tats-Unis.&#8221;<\/p>\n<p>Quelques heures apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie du 19 ao\u00fbt o\u00f9 il prenait                   le commandement du groupement tactique canadien, Lavoie voyait                   la vraie situation au Panjwai de ses propres yeux.<\/p>\n<p>Quelques jours auparavant, Lavoie avait ordonn\u00e9 \u00e0 une force                   de la grandeur d&#8217;une petite compagnie d&#8217;aller camper au point \u00e9lev\u00e9 de                   Masum Ghar et d&#8217;observer la r\u00e9gion pour voir si l&#8217;ennemi s&#8217;y                   manifestait.<\/p>\n<p>Trois heures apr\u00e8s avoir pris le commandement, vers les 7                   h, Lavoie recevait un message comme quoi entre 300 et 500 insurg\u00e9s \u00e9taient                   en train d&#8217;attaquer sa force au Masum Ghar. &#8220;Ce qui est arriv\u00e9,                   bien s\u00fbr, c&#8217;est que les taliban, voyant nos v\u00e9hicules sur notre                   colline et n&#8217;aimant pas cela, d\u00e9cid\u00e8rent de lancer une attaque                   importante&#8221;, dit Lavoie. &#8220;Je suis finalement arriv\u00e9 \u00e0 la position                   vers 4 h. Au bout du compte, nous avons tu\u00e9 quelque 100 taliban                   sans qu&#8217;il y ait de victime de notre c\u00f4t\u00e9, alors c&#8217;\u00e9tait un                   bon commencement.<\/p>\n<p>&#8220;Mais ce que cela avait d&#8217;important, c&#8217;est qu&#8217;il s&#8217;agissait                   d&#8217;un puissant message pour nous, donc pour l&#8217;OTAN aussi, que                   s&#8217;ils pouvaient assembler une telle force pour cette attaque,                   la proportion d&#8217;ennemis dans la r\u00e9gion \u00e9tait bien sup\u00e9rieure \u00e0 ce                   que nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs avaient indiqu\u00e9, alors la bataille du                   19 ao\u00fbt au Panjwai devint le pr\u00e9curseur de M\u00e9duse.<\/p>\n<p>&#8220;Presque imm\u00e9diatement, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 par le commandant                   de la brigade (Fraser) qui m&#8217;avertit qu&#8217;une importante op\u00e9ration                   de combat dans le Panjwai allait avoir lieu pour battre et                   repousser cet \u00e9l\u00e9ment ennemi; ainsi, en ce qui me concerne,                   c&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que M\u00e9duse a commenc\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>\u00c0 Kandahar, Fraser aussi remarquait le revirement des tactiques                   des taliban.<\/p>\n<p>&#8220;Nous avons aussi d\u00e9couvert que les taliban avaient chang\u00e9 leurs                   tactiques. Ils ont chang\u00e9, du petit groupe \u00e9clair, au groupe                   conventionnel plus imposant \u00e0 d\u00e9loger. Leur intention \u00e9tait                   de prouver au monde et au gouvernement Karzai qu&#8217;ils pouvaient                   s&#8217;occuper de nous. C&#8217;\u00e9tait le point culminant de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;ils                   avaient en 2006, je n&#8217;appellerai m\u00eame pas \u00e7a un plan de campagne.                   C&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;ils voulaient terminer les combats cette                   ann\u00e9e-l\u00e0, m\u00eame terminer les combats compl\u00e8tement. Ils pensaient                   pouvoir gagner \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n<p>&#8220;Ce qu&#8217;ils ne savaient pas c&#8217;est que j&#8217;avais devin\u00e9 leur plan,                   je connaissais leurs intentions&#8221;, dit Fraser. &#8220;J&#8217;avais d\u00e9termin\u00e9 qu&#8217;ils                   voulaient que je les attaque directement, fa\u00e7on Premi\u00e8re Guerre                   mondiale, en payant un prix \u00e9norme en soldats afghans et de                   la coalition. Mais ce n&#8217;\u00e9tait pas une fa\u00e7on acceptable d&#8217;op\u00e9rer \u00e0 mes                   yeux.<\/p>\n<p>&#8220;Alors nous nous sommes adapt\u00e9s et avons \u00e9crit un plan qui                   s&#8217;opposait \u00e0 leurs intentions, con\u00e7u dans le but de pallier                   aux dommages collat\u00e9raux aux Afghans ainsi qu&#8217;\u00e0 leurs champs                   et \u00e0 leurs huttes, et aussi de pallier aux risques pour mes                   soldats, les afghans tout comme ceux de la coalition.<\/p>\n<p>&#8220;Nous avons mis les wagons en cercle, pourrait-on dire, autour                   des taliban, et nous les avons oblig\u00e9s \u00e0 lever la t\u00eate pour                   pouvoir la couper.&#8221;<\/p>\n<p>Le plan de M\u00e9duse \u00e9tait s\u00e9rieux et semblait assez solide.                   En tout, il y aurait presque 1 400 soldats de la coalition                   sur le terrain dans le groupement tactique et des milliers                   d&#8217;autres allaient les appuyer. D&#8217;apr\u00e8s Fraser, il a pass\u00e9 une                   grande partie du mois d&#8217;ao\u00fbt \u00e0 planifier.<\/p>\n<p>&#8220;Il s&#8217;agissait d&#8217;un effort important, du point de vue de la                   brigade; j&#8217;ai fais venir au Panjwai des troupiers de toute                   ma brigade, laquelle comprenait des soldats de neuf pays \u00e0 travers                   quatre provinces, parce que je n&#8217;allais pas permettre aux taliban                   de gagner. J&#8217;en avais la ferme intention. Je me suis dis &#8216;Vous \u00eates                   tomb\u00e9s sur un os en voulant vous mesurer \u00e0 Dave Fraser, parce                   que je vais vous battre ici&#8217;.&#8221;<\/p>\n<p>Sur le terrain, il y avait plusieurs forces distinctes pr\u00eates \u00e0 se                   ruer sur l&#8217;ennemi. La force canadienne de Lavoie \u00e9tait compos\u00e9e                   par la Compagnie Charles au sud, qui passerait par Bazaar-e-Panjwai,                   et par la Compagnie Bravo au nord, qui attaquerait vers le                   sud. La Force op\u00e9rationnelle 31, qui comprenait des soldats                   de la coalition (surtout des Special Forces des \u00c9tats-Unis)                   et la Force op\u00e9rationnelle Grizzly, une compagnie am\u00e9ricaine,                   se trouvaient \u00e0 un flanc. Avec une section danoise en position \u00e0 l&#8217;ouest                   et une compagnie hollandaise patrouillant le p\u00e9rim\u00e8tre au nord,                   l&#8217;ennemi \u00e9tait bien encercl\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse commen\u00e7a aux premi\u00e8res lueurs du 2 septembre                   par une attaque sur deux axes, l&#8217;effort principal fait au sud.                   L\u00e0-bas, principalement, Sprague et la Compagnie Charles devaient                   saisir les hauteurs autour de Panjwai (Masum Ghar et Mar Ghar)                   et isoler la ville de Panjwai elle-m\u00eame. Ils allaient avancer                   jusqu&#8217;\u00e0 la rive sud de la rivi\u00e8re Arghandab mais ne la traverseraient                   pas.<\/p>\n<p>&#8220;Nous avons pris le d\u00e9part \u00e0 5 h 30. Toute l&#8217;op\u00e9ration \u00e9tait                   bas\u00e9e sur mon heure H; je l&#8217;avais choisie \u00e0 6 h : l&#8217;heure que                   j&#8217;avais l&#8217;intention de lancer mes forces pour prendre Masum                   Ghar&#8221;, dit Sprague. &#8220;En effet, \u00e0 6 h exactement, Masum Ghar \u00e9tait \u00e0 nous. \u00c0 6                   h 15, j&#8217;ai d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune structure de vie                   de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re, \u00e0 Pashmul, sauf des groupes                   d&#8217;insurg\u00e9s avec lesquels nous nous mimes \u00e0 \u00e9changer des coups                   de feu.&#8221;<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s le plan d&#8217;origine, ayant pris les positions \u00e9lev\u00e9es                   autour de Panjwai et au nord, il allait falloir plusieurs jours                   au groupement tactique pour frapper les taliban, qui \u00e9taient                   alors encercl\u00e9s dans une petite zone, quelque cinq kilom\u00e8tres                   carr\u00e9s \u00e0 peu pr\u00e8s, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;ils se rendent.<\/p>\n<p>Toutefois, ce plan pr\u00e9par\u00e9 si minutieusement commen\u00e7a \u00e0 se                   transformer presque imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>&#8220;Dans les instructions d&#8217;origine de la brigade, une fois que                   j&#8217;eus confirm\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de civil, une frappe a\u00e9rienne                   utilisant des munitions guid\u00e9es de pr\u00e9cision devait \u00eatre lanc\u00e9e                   simultan\u00e9ment contre 10 ou 20 noeuds de commandement et contr\u00f4le                   des insurg\u00e9s&#8221;, dit Sprague. &#8220;Quelle qu&#8217;en soit la raison, cela                   n&#8217;eut pas eu lieu et la frappe a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e par la brigade.&#8221;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, aux deux points \u00e9lev\u00e9s, les Canadiens pr\u00e9par\u00e8rent                   des lignes de feu avec leurs v\u00e9hicules blind\u00e9s et se mirent \u00e0 tirer                   sur les cibles d&#8217;occasion de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re tout                   au long de la matin\u00e9e et de l&#8217;apr\u00e8s-midi du 2 septembre.<\/p>\n<p>&#8220;L&#8217;objectif \u00e0 ce moment-l\u00e0&#8221;, dit Lavoie, &#8220;une fois que la                   r\u00e9gion eut \u00e9t\u00e9 prise et l&#8217;ennemi bloqu\u00e9 au nord et au sud, \u00e9tait                   de continuer d&#8217;engager le combat pendant les prochains trois                   jours, surtout gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;appui a\u00e9rien offensif et aussi gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;artillerie                   au feu direct, ce qui, de mon point de vue, aurait d\u00e9termin\u00e9 o\u00f9 se                   trouvait vraiment l&#8217;ennemi, et cela aurait aussi diminu\u00e9 sa                   capacit\u00e9 de se battre avant que notre force principale se lance                   au combat.&#8221;<\/p>\n<p>Et ce n&#8217;\u00e9tait pas n&#8217;importe quoi qu&#8217;on attaquait. Si Kandahar                   est le centre strat\u00e9gique en Afghanistan et le district de                   Panjwai, la cl\u00e9 de Kandahar, la r\u00e9gion autour de la ville de                   Bazaar-e-Panjwai qui comprend le petit village de Pashmu, est                   en plein coeur de la situation.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait, en gros, l&#8217;objectif Rugby, la r\u00e9gion de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de                   la rivi\u00e8re Arghandab au centre de laquelle se trouvait l&#8217;\u00e9cole                   blanche o\u00f9 quelques heures plus tard la Compagnie Charles,                   ayant travers\u00e9 la rivi\u00e8re, allait tomber dans une embuscade.<\/p>\n<p>L&#8217;objectif Rugby est un endroit que les Canadiens connaissaient                   bien. Le 3 ao\u00fbt 2006, la PPCLI avait \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans une                   bataille infernale \u00e0 cette \u00e9cole blanche o\u00f9 quatre soldats                   ont trouv\u00e9 la mort (le sergent Vaughn Ingram, le caporal Christopher                   Jonathan Reid, le caporal Bryce Jeffrey Keller et le simple                   soldat Kevin Dallaire) et six autres ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s. Durant                   ce m\u00eame combat-l\u00e0, la premi\u00e8re \u00c9toile de la vaillance militaire                   canadienne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9e au sergent Patrick Tower.<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est ce terrain que l&#8217;ennemi avait d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9fendre&#8221;,                   dit Fraser qui, ayant \u00e9t\u00e9 le commandant le 3 ao\u00fbt, tout juste                   un mois avant, \u00e9tait tout \u00e0 fait conscient de ce qui \u00e9tait                   arriv\u00e9 ce jour-l\u00e0. &#8220;C&#8217;est \u00e0 Rugby que, d&#8217;apr\u00e8s notre \u00e9valuation,                   les taliban voulaient que nous nous battions. C&#8217;\u00e9tait leur                   terrain de combat principal. La structure de leur d\u00e9fense avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue                   pour que nous arrivions en traversant la rivi\u00e8re Arghandab                   par le sud et que nous combattions \u00e0 Rugby. Et l&#8217;\u00e9cole \u00e9tait                   au centre de la zone qui avait de grands champs d&#8217;abattage \u00e0 l&#8217;est                   et au nord.<\/p>\n<p>Vu l&#8217;histoire r\u00e9cente de l&#8217;objectif Rugby et l&#8217;accumulation \u00e9vidente                   des forces de l&#8217;ennemi dans la r\u00e9gion, le groupement tactique                   d\u00e9sirait prendre son temps avant d&#8217;aller au territoire des                   taliban. D&#8217;apr\u00e8s le plan, il avait beaucoup de temps.<\/p>\n<p>&#8220;On avait pr\u00e9vu une s\u00e9rie de d\u00e9ceptions et de feintes durant                   ces trois jours pour faire r\u00e9agir l&#8217;ennemi&#8221;, dit Lavoie, &#8220;pour                   voir o\u00f9 il se trouvait et ainsi planifier l&#8217;attaque finale.&#8221;<\/p>\n<p>Mais cela ne devait pas arriver. Le plan allait se transformer.<\/p>\n<p>Vers 14 h, le 2 septembre, Fraser fit un tour au Masum Ghar                   pour \u00e9tudier la situation. \u00c0 ce moment-l\u00e0, les activit\u00e9s des                   insurg\u00e9s avaient diminu\u00e9.<\/p>\n<p>Voyant cela, Fraser donna l&#8217;ordre de traverser l&#8217;Arghandab.                   Bien que beaucoup parmi les gars qui se trouvaient sur place                   s&#8217;inqui\u00e9tassent d&#8217;une entr\u00e9e dans le territoire ennemi avec                   si peu de pr\u00e9paration, conform\u00e9ment aux ordres, peu de temps                   Sprague menait le 7e peloton et un d\u00e9tachement d&#8217;ing\u00e9nieurs                   apr\u00e8s au lit de la rivi\u00e8re pour planifier la travers\u00e9e.<\/p>\n<p>Ensuite, la consigne fut donn\u00e9e au 7e peloton de camper dans                   le lit de rivi\u00e8re pendant la nuit. Cela fut d\u00fbment arrang\u00e9 et                   les membres du peloton commenc\u00e8rent \u00e0 s&#8217;allonger. Toutefois,                   peu de temps apr\u00e8s, les leaders sup\u00e9rieurs r\u00e9unis au Masum                   Ghar d\u00e9cid\u00e8rent que laisser le peloton tout seul au bord du                   territoire ennemi n&#8217;avait aucun avantage tactique et il fut                   retir\u00e9 \u00e0 la nuit tombante.<\/p>\n<p>Vers minuit, Fraser ordonnait \u00e0 nouveau \u00e0 Lavoie de se lancer \u00e0 l&#8217;attaque                   de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s les gars sur le terrain, cet ordre \u00e9tait encore moins                   judicieux. Mais pour Lavoie, r\u00e9ussir \u00e0 faire retarder cet ordre \u00e9tait                   tout un exploit. D&#8217;apr\u00e8s plusieurs sources, la conversation                   concernant le m\u00e9rite de lancer une attaque \u00e0 minuit sur l&#8217;impulsion                   du moment, contre ce qui \u00e9tait probablement les positions ennemies                   les plus fortement d\u00e9fendues en Afghanistan, s&#8217;\u00e9chauffa fortement.<\/p>\n<p>\u00c0 la radio Lavoie dit \u00e0 Fraser que de traverser                   maintenant n\u2019\u00e9tait pas une bonne id\u00e9e.                   C\u2019\u00e9tait trop risqu\u00e9. Ils ne connaissaient                   ni le courant d\u2019eau ni la profondeur et aucun passage \u00e0 gu\u00e9 n\u2019\u00e9tait                   marqu\u00e9 et ils n\u2019avaient aucune information de                 la position de l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>Bien que la                     position de Lavoie lui a valu le respect de ses soldats,                   ce ne fut pas chose facile.<\/p>\n<p>&#8220;(Lavoie) et moi avons eu des entretiens plut\u00f4t s\u00e9rieux parce                   que nous parlions du combat le plus dur auquel nous ayons particip\u00e9 de                   toute notre carri\u00e8re militaire&#8221;, dit Fraser. &#8220;Alors le fait                   que nous puissions avoir une discussion aussi franche est une                   indication du degr\u00e9 de confiance et de coop\u00e9ration qu&#8217;il y                   avait entre nous, que nous n&#8217;avions pas peur de dire ce que                   nous avions en t\u00eate. Et c&#8217;est n\u00e9cessaire, parce qu&#8217;\u00e9tant commandants,                   la vie de soldats et d&#8217;Afghans est entre nos mains. Nous discutions                   du grand pas qu&#8217;\u00e9tait la travers\u00e9e de la rivi\u00e8re, m\u00e9taphoriquement                   et litt\u00e9ralement, pour aller achever les taliban.&#8221;<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, cet argument ne servit qu&#8217;\u00e0 faire retarder l&#8217;attaque                   de minuit. Les ordres furent modifi\u00e9s pour que l&#8217;attaque ait                   lieu \u00e0 l&#8217;aube le 3 septembre, 48 heures avant ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu                   au plan et sans le bombardement promis.<\/p>\n<p>Les hommes qui ont d\u00fb ob\u00e9ir \u00e0 ces ordres se posent encore                   des questions, lesquelles peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9es ainsi : pourquoi                   abandonner le plan et lancer l&#8217;attaque plus vite que pr\u00e9vu?<\/p>\n<p>En effet, il est difficile de comprendre pourquoi il fallait                   se d\u00e9p\u00eacher : les taliban \u00e9taient pi\u00e9g\u00e9s et encercl\u00e9s, et il                   ne restait qu&#8217;\u00e0 les d\u00e9capiter. Comme le remarque Fraser lui-m\u00eame,                   le point central de la strat\u00e9gie des taliban \u00e9tait de les attirer                   dans un conflit co\u00fbteux au sol.<\/p>\n<p>De dire un des officiers du RCR, il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une                   force mena\u00e7ant d&#8217;envahir Ottawa qu&#8217;il fallait neutraliser co\u00fbte                   que co\u00fbte. &#8220;Pourquoi se pr\u00e9cipiter?&#8221; demande un autre officier                   du RCR. &#8220;Nous savons o\u00f9 ils se trouvent, c&#8217;est une zone de                   feu libre.&#8221;<\/p>\n<p>En effet, il n&#8217;avait pas besoin de se pr\u00e9cipiter. Bien que                   Fraser soit d&#8217;accord qu&#8217;il y avait une certaine pression pour                   faire avancer les choses, il dit que ce n&#8217;\u00e9tait pas vraiment                   un facteur.<\/p>\n<p>&#8220;La pression venait de partout. J&#8217;ai dit \u00e0 mes sup\u00e9rieurs                   que nous allions faire les choses comme nous avions l&#8217;intention                   de faire les choses. \u00c7a allait prendre du temps, et \u00e7a prit                   beaucoup de temps.&#8221;<\/p>\n<p>\u00c0 la place, la d\u00e9cision d&#8217;avancer le moment de l&#8217;attaque fut                   bas\u00e9e, en grande partie, sur le sentiment de Fraser comme quoi                   l&#8217;ennemi avait \u00e9t\u00e9 affaibli et qu&#8217;on pouvait en profiter.<\/p>\n<p>&#8220;Alors les renseignements que je recevais, et aussi les informations                   que les autres commandants de la force op\u00e9rationnelle qui faisaient                   partie de cette bataille, pas seulement Omer Lavoie, et en                   parlant \u00e0 des Afghans : on \u00e9tait pr\u00eats. On en \u00e9tait \u00e0 un point                   o\u00f9 on pouvait en terminer avec \u00e7a. Ouais, on aurait pu suivre                   le plan, mais, je le r\u00e9p\u00e8te, on commence \u00e0 ignorer l&#8217;ennemi,                   ce qu&#8217;il fait, quels renseignements sont sur place.<\/p>\n<p>&#8220;On se guide sur un certain plan pour se battre avec l&#8217;ennemi.                   On ne bat pas un plan. Si on se bat avec un plan, on n\u00e9glige                   l&#8217;ennemi et on \u00e9choue. On a beaucoup de victimes et on \u00e9choue.                   Les plans ne servent qu&#8217;\u00e0 faire r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 contacter l&#8217;ennemi.                   Et l&#8217;ennemi a un vote. Alors, le (1er septembre) ou le (2 septembre),                   j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 que la situation se modifiait de sorte que nous                   pouvions attaquer. Le 2 septembre, j&#8217;ai donn\u00e9 l&#8217;ordre (\u00e0 Lavoie)                   d&#8217;attaquer. C&#8217;\u00e9tait plus t\u00f4t que ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu d&#8217;apr\u00e8s                   le plan. Eh bien, \u00e7a m&#8217;est \u00e9gal le plan.&#8221;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le fait, rendu \u00e9vident le lendemain matin, que l&#8217;\u00e9valuation                   de la situation par Fraser s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e optimiste, l&#8217;essentiel                   pour le g\u00e9n\u00e9ral volatil c&#8217;est qu&#8217;il croit qu&#8217;il n&#8217;y avait rien \u00e0 gagner                   en bombardant pendant 48 heures de plus.<\/p>\n<p>&#8220;Eh bien, j&#8217;ai \u00e9cout\u00e9 ce qu&#8217;ils avaient \u00e0 dire&#8221;, dit-il \u00e0 propos                   de ses commandants tactiques prudents. &#8220;Je savais qu&#8217;il y avait                   beaucoup d&#8217;ennemis l\u00e0-bas. Mais, voyez-vous, combien peut-on                   en tuer en deux jours de bombardement suppl\u00e9mentaire. Comment                   le savoir? On devine.<\/p>\n<p>&#8220;Qu&#8217;importe si on attaque le 2, le 3, le 4, le 5, ou le 6,                   devinez quoi mesdames et messieurs. C&#8217;est difficile de traverser                   une rivi\u00e8re et aller dans une r\u00e9gion d\u00e9fensive principale o\u00f9 les                   taliban qui veulent se battre attendent. Quel que soit le jour                   choisi pour traverser la rivi\u00e8re, \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vastateur.&#8221;<\/p>\n<p>Il se peut que \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vastateur, mais d&#8217;apr\u00e8s les                   soldats qui l&#8217;ont fait, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement aurait \u00e9t\u00e9 bien diff\u00e9rent                   s&#8217;ils avaient suivi le plan originaire. Comme le remarque Sprague,                   le temps suppl\u00e9mentaire aurait donn\u00e9 aux Canadiens plusieurs                   avantages en plus de r\u00e9duire, ou m\u00eame de d\u00e9truire, les \u00e9difices                   qui allaient donner de si bons abris et d&#8217;endroits o\u00f9 se cacher                   aux taliban.<\/p>\n<p>&#8220;Nous aurions pu profiter de ce temps pour faire des feintes,                   pour forcer les insurg\u00e9s \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 notre manoeuvre. Nous aurions                   pu manoeuvrer pour les attirer dans des positions o\u00f9 notre puissance                   de feu aurait pu les d\u00e9cimer ou tout au moins nous aurions                   pu voir leurs r\u00e9actions \u00e0 notre mouvement.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Comme le dit le vieux proverbe, &#8216;le temps pass\u00e9 en reconnaissance                   est rarement perdu&#8217;. Nous n&#8217;avons fait aucune reconnaissance.                   Ainsi donc, nous n&#8217;avons pas eu de plan tactique parce que                   nous n&#8217;avons pas eu l&#8217;occasion d&#8217;en tirer un.&#8221;<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les arguments de ses commandants tactiques, Fraser                   ne s&#8217;est pas laiss\u00e9 dissuader.<\/p>\n<p>&#8220;La d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 &#8216;on va y aller&#8217; et 26 ans d&#8217;exp\u00e9rience                   dans sept op\u00e9rations diff\u00e9rentes me disaient que c&#8217;\u00e9tait le                   moment d&#8217;y aller et d&#8217;en terminer avec \u00e7a.&#8221;<\/p>\n<p>Au bout du compte, bien s\u00fbr, la seule chose qui ait presque \u00e9t\u00e9 termin\u00e9e                   a \u00e9t\u00e9 la Compagnie Charles.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Lavoie, il avait pris position, et vaillamment, mais                   les ordres sont les ordres et, d&#8217;une fa\u00e7on ou une autre, l&#8217;attaque                   devait avoir lieu.<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est mon commandant&#8221;, dit Lavoie. &#8220;Et j&#8217;imagine que dans                   son esprit c&#8217;est \u00e7a qu&#8217;il fallait faire.&#8221;<\/p>\n<p>Alors \u00e0 l&#8217;aube, le lendemain, c&#8217;est-\u00e0-dire le 3 septembre,                   Sprague a r\u00e9uni les leaders de son peloton et les officiers                   de soutien pour passer la consigne rapidement. Avec moins de                   15 minutes pour tirer un plan, on ne pouvait pas vraiment dire                   plus que &#8216;nous allons traverser. Suivez-moi.&#8217; Ce serait un                   assaut fa\u00e7on Premi\u00e8re Guerre mondiale, face aux armes \u00e0 feu,                   bien que sur une plus petite \u00e9chelle. C&#8217;\u00e9tait la charge de                   la Compagnie Charles.<\/p>\n<p>Alors, avec bien peu de proc\u00e9dure de combat, pas de reconnaissance,                   et des renseignements qui \u00e9taient insuffisants ou m\u00eame compl\u00e8tement                   faux, Sprague fit descendre sa force de la rive et dans la                   rivi\u00e8re. Il s&#8217;agissait de la premi\u00e8re attaque d&#8217;armes mixtes                   m\u00e9canis\u00e9e de la grandeur d&#8217;une compagnie contre une position                   fixe depuis la guerre de Cor\u00e9e, au milieu de la toute premi\u00e8re                   bataille de l&#8217;OTAN, et elle n&#8217;avait rien \u00e0 voir avec la mani\u00e8re                   dont on les avait entra\u00een\u00e9s. Elle \u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9e et il y                   avait beaucoup de risques; la doctrine \u00e9tait tomb\u00e9e \u00e0 l&#8217;eau.<\/p>\n<p>Les sapeurs firent leurs br\u00e8ches \u00e0 travers la rivi\u00e8re et sur                   la rive d&#8217;en face, et Charles avan\u00e7a au ralenti jusqu&#8217;aux champs                   de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Il s&#8217;avan\u00e7a dans le territoire ennemi, ne sachant pas ce qui                   allait arriver.<\/p>\n<p>Tout \u00e9tait calme. Il ne se passait rien encore.<\/p>\n<p>Dans le prochain num\u00e9ro : les histoires intimes main du combat                   d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de la Compagnie Charles et la malchance interminable                   de l&#8217;unit\u00e9 qui a subi presque 50 victimes en tout juste un                   peu plus de 24 heures.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Visible de l&#8217;\u00e9cole blanche tristement c\u00e9l\u00e8bre qui est \u00e0 l&#8217;\u00e9picentre de la s\u00e9dition dans la province de Kandahar, la force canadienne rassembl\u00e9e h\u00e2tivement entre dans la zone l\u00e9tale. 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