{"id":3253,"date":"2015-01-01T00:01:16","date_gmt":"2015-01-01T04:01:16","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=3253"},"modified":"2014-12-18T12:55:15","modified_gmt":"2014-12-18T16:55:15","slug":"durant-les-dernieres-heures-de-la-guerre-le-sort-de-deux-freres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2015\/01\/durant-les-dernieres-heures-de-la-guerre-le-sort-de-deux-freres\/","title":{"rendered":"Durant les derni\u00e8res heures  de la guerre : Le sort de deux fr\u00e8res"},"content":{"rendered":"<h4>By DON GILLMOR<\/h4>\n<p><strong>\u00c0 la mi-octobre 1918, mon grand-p\u00e8re Donald Mainland se trouvait pr\u00e8s de Maurois, en France, comme membre du Fort Garry Horse. <\/strong><strong>Un poids plume (68 kg, 1,68 m), les cheveux blonds et les yeux gris, Donald \u00e9tait plus \u00e2g\u00e9 que certains autres hommes dans les tranch\u00e9es. Son 25e anniversaire avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 sans tambour ni trompette.<\/strong><\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3261\" alt=\"Le  soldat Donald Mainland qui s\u2019est enr\u00f4l\u00e9 en juin 1917. Cette photo a paru sur une carte postale en date du 27 septembre 1918. [PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_1.jpg\" width=\"515\" height=\"646\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_1.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_1-239x300.jpg 239w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le  soldat Donald Mainland qui s\u2019est enr\u00f4l\u00e9 en juin 1917. Cette photo a paru sur une carte postale en date du 27 septembre 1918. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres de l\u00e0, le fr\u00e8re jumeau de Donald, Tommy, se remettait de sa deu-xi\u00e8me attaque au gaz moutarde. Il \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9tranger depuis septembre 1916, tout d\u2019abord dans le 101e Ba-taillon, puis dans le 24th Victoria Rifles. En octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, son unit\u00e9 \u00e9tait en France et se dirigeait vers la ville d\u2019Aniche, au nord de Cambrai. Puisque Tommy s\u2019\u00e9tait vite r\u00e9tabli de la deuxi\u00e8me attaque au gaz, comme de la premi\u00e8re, il se sentait \u00e0 la fois coupable et soulag\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un des survivants naturels.<\/p>\n<p>Tommy a \u00e9t\u00e9 le premier des deux hommes \u00e0 s\u2019en-r\u00f4ler en d\u00e9cembre 1915. Donald l\u2019a suivi en juin 1917. Ils \u00e9taient n\u00e9s dans le Sutherlandshire, en \u00c9cosse du Nord, endroit connu pour sa longue tradition guer-ri\u00e8re. Les gens se battaient souvent entre eux s\u2019ils ne pouvaient pas trouver un ennemi appropri\u00e9. Ils avaient d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Winnipeg \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge et s\u2019\u00e9taient int\u00e9gr\u00e9s facilement puisque l\u2019influence \u00e9cossaise \u00e9tait bien pr\u00e9sente dans la culture locale. Ils \u00e9taient tous deux d\u2019excellents athl\u00e8tes\u00a0: ils jouaient au baseball dans la ligue de baseball de Winnipeg et au soccer pour l\u2019\u00e9quipe du Fort Rouge. En hiver, ils jouaient au hockey. Les deux gar\u00e7ons ont travaill\u00e9 pour l\u2019entreprise de construction de leur p\u00e8re, et c\u2019est l\u00e0 que Donald a appris le m\u00e9tier de ma\u00e7on.<\/p>\n<p>Leur p\u00e8re, Peter Mainland, \u00e9tait originaire de l\u2019une des iles Shetland. Il avait h\u00e9rit\u00e9 de la plus grande ferme de l\u2019ile. Deux lignes dans les archives locales r\u00e9sument bien sa carri\u00e8re d\u2019agriculteur\u00a0: \u00ab \u00c0 cette \u00e9poque, le Grand Hotel a \u00e9t\u00e9 construit \u00e0 Lerwick et la premi\u00e8re table de billard des Shetland y a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e. Peter passait son temps \u00e0 jouer au billard et \u00e0 boire du whisky et apr\u00e8s un certain temps, il a fait faillite. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette faillite publique, Peter a immigr\u00e9 \u00e0 Winnipeg o\u00f9 il a entrepris de construire des maisons. En 1907, comme les affaires allaient lentement, il a opt\u00e9 pour des man\u0153uvres malhonn\u00eates et a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pour avoir \u00ab obtenu des marchandises sous de faux semblants \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 pendant trois mois. Si on les interrogeait sur leur p\u00e8re, les gar\u00e7ons devaient dire qu\u2019il \u00e9tait \u00ab parti aux \u00e9tudes \u00bb. Au d\u00e9but de la guerre, les affaires ont ralenti de nouveau. Pouss\u00e9s par leur lien avec la Grande-Bretagne et par le manque de travail \u00e0 Winnipeg, les jumeaux se sont port\u00e9s volontaires pour aller servir outre-mer. Peut-\u00eatre s\u2019agissait-il aussi d\u2019une r\u00e9demption pour eux, une mani\u00e8re de sortir de l\u2019ombre d\u00e9plo-rable de leur p\u00e8re, ou peut-\u00eatre voulaient-ils simplement s\u2019\u00e9loigner de lui.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" alt=\"Des soldats canadiens se fraient un chemin \u00e0 travers les rues pleines de d\u00e9bris de Cambrai, en France, en octobre 1918. [PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA003286]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_2.jpg\" width=\"515\" height=\"505\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des soldats canadiens se fraient un chemin \u00e0 travers les rues pleines de d\u00e9bris de Cambrai, en France, en octobre 1918. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA003286<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>La guerre n\u2019\u00e9tait pas l\u2019entreprise romantique qu\u2019ils avaient imagin\u00e9e. Cependant, \u00e0 l\u2019automne 1918, ils \u00e9taient optimistes; la fin pouvait arriver d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le Kaiser Guillaume II avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 par le commandement supr\u00eame de l\u2019arm\u00e9e allemande qu\u2019il n\u2019y avait aucun espoir de victoire. Bien s\u00fbr, aucun des deux gar\u00e7ons ne pouvait savoir cela. Le 4 octobre, le gouvernement allemand a adress\u00e9 une note au pr\u00e9sident am\u00e9ricain, Woodrow Wilson, sugg\u00e9rant la possibilit\u00e9 d\u2019un armistice. Le g\u00e9n\u00e9ral Erich Ludendorff, r\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre belliqueux, avait lui-m\u00eame d\u00e9clar\u00e9 que la guerre \u00e9tait perdue (bien qu\u2019il ait pris une position compl\u00e8tement diff\u00e9rente par la suite). La paix \u00e9tait en train de s\u2019\u00e9tablir lentement. Elle est cependant arriv\u00e9e trop tard pour des milliers de soldats des deux c\u00f4t\u00e9s du front, dont l\u2019un des jumeaux Mainland.<\/p>\n<p>Mon grand-p\u00e8re a pass\u00e9 les premiers mois de son service militaire \u00e0 creuser des tranch\u00e9es pr\u00e8s de la rue Main \u00e0 Winnipeg. Il a finalement \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en Angleterre en f\u00e9vrier 1918 et s\u2019est ensuite retrouv\u00e9 en France au mois de mars. L\u2019unit\u00e9 de Donald a pris position le 23 mars entre Le Four Croix et la route Faillouel-Villequier-Aumont. C\u2019\u00e9tait pour lui un avant-gout de la guerre des tranch\u00e9es : les rats, les poux, les maladies et le bruit percutant des obus, choc que ressentait chaque recrue.<\/p>\n<p>Le 10 aout, \u00e0 la bataille d\u2019Amiens, le Garry s\u2019avan\u00e7ait le long de la route de Roye en direction de la colline 100. Les cavaliers ne pouvaient pas se d\u00e9ployer dans les champs puisqu\u2019ils \u00e9taient bloqu\u00e9s par des tranch\u00e9es et des barbel\u00e9s. Ils ont donc galop\u00e9 bien align\u00e9s le long de la route poussi\u00e9reuse : des cibles parfaites. Les soldats de l\u2019Escadron C ont tous \u00e9t\u00e9 abattus par les mitrailleuses comme ils chevauchaient le long de la route. En quelques minutes, hommes et chevaux jonchaient le sol. Le dernier ca-valier est mort \u00e0 une centaine de m\u00e8tres de l\u2019objectif.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" alt=\"Un escadron  du Fort Garry \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un village, en f\u00e9vrier 1918. [PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE  ET ARCHIVES CANADA\u2014PA002493]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_10.jpg\" width=\"515\" height=\"360\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un escadron  du Fort Garry \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un village, en f\u00e9vrier 1918. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE  ET ARCHIVES CANADA\u2014PA002493<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>La prochaine bataille du Garry n\u2019a pas eu lieu avant le 9 octobre, quand il a donn\u00e9 l\u2019assaut au bois de Gattigny, au sud de Cambrai. C\u2019est ce jour-l\u00e0 que le Corps canadien a captur\u00e9 la ville bien connue.<\/p>\n<p>Le Garry, qui faisait partie de la Brigade de cavalerie canadienne et de la Quatri\u00e8me arm\u00e9e, command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Henry Rawlinson, a soutenu l\u2019avanc\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la Selle. \u00c0 ce moment-l\u00e0, la pression des Alli\u00e9s avait contraint l\u2019ennemi \u00e0 se retirer jusqu\u2019\u00e0 la ligne Hermann qui reliait Valenciennes au village du Cateau, au sud, en face des Troisi\u00e8me et Quatri\u00e8me arm\u00e9es. Tout en se repliant, les Allemands avaient laiss\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019arri\u00e8re-gardes qui ont oppos\u00e9 une r\u00e9sistance vigoureuse.<\/p>\n<p>Le 9 octobre, il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu de suivre la vieille voie romaine qui reliait le village de Maretz \u00e0 Bavay. La 6e Brigade de cavalerie devait attaquer \u00e0 droite de la route et la Brigade de cavalerie canadienne devait s\u2019avancer du c\u00f4t\u00e9 gauche. Le bataillon de mon grand-p\u00e8re, accompagn\u00e9 de quatre mitrailleuses et d\u2019une batterie de la Royal Canadian Horse Artillery, menait l\u2019attaque.<\/p>\n<p>Le bois de Gattigny, situ\u00e9 droit devant le bataillon des Canadiens, \u00e9tait toujours entre les mains de l\u2019ennemi. Les mitrailleuses allemandes, au flanc droit, avaient \u00e9t\u00e9 assign\u00e9es \u00e0 l\u2019Escadron du Fort Garry qui a repouss\u00e9 l\u2019ennemi en avan\u00e7ant d\u2019un pas ferme. Le c\u00f4t\u00e9 gauche du bois a \u00e9t\u00e9 pris d\u2019assaut par un autre escadron qui a tu\u00e9 les Allemands \u00e0 coups d\u2019\u00e9p\u00e9e. En m\u00eame temps, une charge du Lord Strathcona Horse en terrain d\u00e9couvert a prot\u00e9g\u00e9 le flanc gauche du Garry et an\u00e9anti l\u2019ennemi pr\u00e8s de la commune de Clary.<\/p>\n<p>Quelque 200 soldats, un obusier de 15 cm et environ 40 mitrailleuses ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s. Selon le commandant de la cavalerie britannique, c\u2019\u00e9tait \u00ab le meilleur combat de toute la guerre men\u00e9 par une unit\u00e9 de cavalerie, \u00e0 n\u2019importe quel front \u00bb. Il faut dire qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, vers la fin de la guerre, la r\u00e9ussite d\u2019une attaque de cavalerie \u00e9tait relative; cette derni\u00e8re manifestation sanglante de guerre du XIXe si\u00e8cle a provoqu\u00e9 la perte de presqu\u2019un million de chevaux et de centaines de milliers de cavaliers.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Des troupes sont d\u00e9ploy\u00e9es \u00e0 moins de 1 000 verges de l\u2019ennemi pendant la bataille d\u2019Amiens, en France, en aout 1918. [PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA040183]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_3.jpg\" width=\"515\" height=\"267\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des troupes sont d\u00e9ploy\u00e9es \u00e0 moins de 1 000 verges de l\u2019ennemi pendant la bataille d\u2019Amiens, en France, en aout 1918. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA040183<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Les hommes du Garry se sont avanc\u00e9s le long de la route et ont captur\u00e9 le village de Maurois avant m\u00eame que l\u2019ordre ne leur ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9.<\/p>\n<p>Les Allemands n\u2019avaient toutefois pas encore dit leur dernier mot. Ils \u00e9taient certes affaiblis par la d\u00e9sertion et le doute, mais il existait des poches de r\u00e9sistance farouche.<\/p>\n<p>Le 15 octobre a \u00e9t\u00e9 le jour de l\u2019avanc\u00e9e des Alli\u00e9s servant \u00e0 repousser la 4e Arm\u00e9e allemande de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re Lys. Mon grand-p\u00e8re cherchait un abri. Il avait \u00e9t\u00e9 atteint de deux coups de feu, \u00e0 la cuisse droite et au c\u00f4t\u00e9 gauche de la poitrine pr\u00e8s du c\u0153ur. Il gisait par terre, saignant et incapable de bouger. Le feu des mitrailleuses continuait de passer au-dessus de lui. L\u2019air tonifiant de l\u2019automne dans le nord de la France, saison parfaite, se maintenait. La guerre tirait \u00e0 sa fin; tout le monde le disait. On rentrerait avant la fin de l\u2019hiver.<\/p>\n<p>\u00c0 cinquante kilom\u00e8tres de l\u00e0, son fr\u00e8re jumeau, Tommy, membre des Victoria Rifles, se dirigeait vers Aniche. Au cours de son premier mois dans l\u2019arm\u00e9e, il avait \u00e9t\u00e9 p\u00e9nalis\u00e9 d\u2019une semaine de salaire pour s\u2019\u00eatre absent\u00e9 sans permission. Deux mois plus tard, il avait perdu deux jours de salaire pour la m\u00eame infraction. Jeune homme maigre et nerveux avec un c\u00f4t\u00e9 un peu sauvage, il avait h\u00e2te d\u2019aller au combat. Beaucoup d\u2019hommes s\u2019impatientaient avant l\u2019assaut.<\/p>\n<p>Tommy \u00e9tait arriv\u00e9 en France en septembre 1916. Dix mois plus tard, dans une tranch\u00e9e qui ne ressemblait en rien aux tranch\u00e9es bien s\u00e8ches qu\u2019il avait creus\u00e9es \u00e0 Winnipeg, il a entendu le clairon avertisseur d\u2019une attaque au gaz. Les attaques au gaz toxique des Allemands s\u2019\u00e9taient perfectionn\u00e9es : ces derniers attendaient que le vent leur soit favorable. Le gaz lourd restait pr\u00e8s du sol et remplissait les tranch\u00e9es. Les clairons et les alertes au gaz ne donnaient que quelques minutes d\u2019avertissement, parfois moins. Tommy a eu le temps de mettre son masque, mais il a quand m\u00eame fallu l\u2019emmener \u00e0 l\u2019ambulance pour se remettre du chlore toxique. Il a m\u00eame remarqu\u00e9 que les boutons en cuivre de son uniforme avaient verdi.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Le soldat Donald Mainland (en b. \u00e0 d.) est accompagn\u00e9 d\u2019autres membres du Fort Garry Horse. [PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_4.jpg\" width=\"515\" height=\"340\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le soldat Donald Mainland (en b. \u00e0 d.) est accompagn\u00e9 d\u2019autres membres du Fort Garry Horse. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Tommy a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une nouvelle attaque au gaz en 1918, mais il s\u2019en est remis encore une fois. Pendant que son fr\u00e8re \u00e9tait couch\u00e9 par terre, non loin de la commune d\u2019Inchy, Tommy s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers le nord-est pour suivre les Allemands qui battaient en retraite. Il n\u2019avait pas de nouvelle de Donald, malgr\u00e9 leur proximit\u00e9. Le 8 novembre, le 24e Bon se trouvait au village de Dour, \u00e0 environ<br \/>\n12 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest de Mons, en Belgique.<\/p>\n<p>Le temps automnal \u00e9tait parfait et les hommes attendaient les ordres. La paix, avaient-ils entendu, arriverait d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre. Il y avait une ambiance de c\u00e9l\u00e9bration paisible. Les soldats avaient organis\u00e9 un match de soccer entre le 24e et le 25e Bataillon. Ces moments-l\u00e0, pass\u00e9s \u00e0 jouer sous le soleil automnal \u00e9taient peut-\u00eatre les plus heureux des trois ann\u00e9es que Tommy a pass\u00e9es en France : le plaisir d\u2019un sport auquel il excellait et la joie de savoir qu\u2019il serait bient\u00f4t de retour chez lui. Lors de ce match jou\u00e9 sur un terrain boueux, entour\u00e9 des r\u00e9centes destructions de la guerre, la France lui donnait enfin un sentiment de promesse plut\u00f4t qu\u2019un sentiment de mort et de ruine comme c\u2019\u00e9tait le cas auparavant.<\/p>\n<p>Les combats ont cependant vite repris, en se d\u00e9pla\u00e7ant vers l\u2019est \u00e0 la poursuite de l\u2019ennemi qui se repliait sans savoir quoi faire. Des fantassins allemands se rendaient et la mutinerie \u00e9clatait dans leurs rangs. La canonnade des Allemands en retraite arrivait encore de temps \u00e0 autre car ils ignoraient que leurs dirigeants, tant militaires que politiques, avaient d\u00e9j\u00e0 conc\u00e9d\u00e9 la d\u00e9faite.<\/p>\n<p>Le 10 novembre, Tommy a assist\u00e9 \u00e0 un service religieux \u00e0 Petit Wasmes, l\u2019une des rares \u00e9glises protestantes du pays. Il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 comme presbyt\u00e9rien mais depuis, s\u2019\u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 un peu de la religion. Il s\u2019est assis dans l\u2019\u00e9glise en pierre et a pri\u00e9 avec les autres. Ils priaient tous pour la m\u00eame chose : qu\u2019ils se r\u00e9veilleraient en paix le lendemain matin.<\/p>\n<p>Cela a bien \u00e9t\u00e9 le cas, m\u00eame si les choses n\u2019\u00e9taient pas aussi simples. Alors que Tommy priait au Petit Wasmes, le commandant supr\u00eame des Alli\u00e9s, le mar\u00e9chal Ferdinand Foch et son chef d\u2019\u00e9tat-major, le g\u00e9n\u00e9ral Maxime Weygand, \u00e9taient assis dans la petite \u00e9glise en pierre de Rethondes, au sud, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la paix pendant que les n\u00e9gociateurs allemands \u00e9tudiaient les conditions.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de n\u00e9gociation allemande \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 la for\u00eat de Compi\u00e8gne le matin du 8 novembre. Elle se composait entre autres du politicien Matthias Erzberger et du major-g\u00e9n\u00e9ral Detlof von Winterfeldt. Il y avait peu de marge de man\u0153uvre pour n\u00e9gocier. La r\u00e9volte des marins qui avait commenc\u00e9e le 29 octobre \u00e0 Kiel s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandue dans toute la ville, puis dans tout le pays. Le Kaiser Guillaume II \u00e9tait sur le point d\u2019abdiquer la couronne (ce qu\u2019il a fait le lendemain, 9 novembre) et le chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral allemand, Paul von Hindenburg, avait signifi\u00e9 que l\u2019armistice devait \u00eatre sign\u00e9, malgr\u00e9 le fait qu\u2019ils ne pouvaient pas n\u00e9gocier de meilleures conditions.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Une voiture blind\u00e9e \u00e9quip\u00e9e de mitrailleuses appuie des soldats pr\u00e8s du front. [Photo ; MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA003016]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_5.jpg\" width=\"515\" height=\"336\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Une voiture blind\u00e9e \u00e9quip\u00e9e de mitrailleuses appuie des soldats pr\u00e8s du front. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>Photo ; MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA003016<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Au d\u00e9part, les termes de l\u2019entente n\u2019\u00e9taient pas clairs. Quand les Allemands ont pris place autour de la grande table de l\u2019\u00e9l\u00e9gant wagon priv\u00e9 de Foch, ce dernier a demand\u00e9 \u00e0 Erzberger pourquoi il \u00e9tait venu. Surpris, Erzberger a r\u00e9pondu qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0 pour \u00e9couter les propositions des Alli\u00e9s pour la paix. Foch a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait rien \u00e0 proposer. Apr\u00e8s une certaine confusion, Foch a d\u00e9clar\u00e9 que les Allemands devaient tout d\u2019abord demander un armistice, et qu\u2019ensuite Foch imposerait les conditions. Erzberger a bien demand\u00e9 un armistice, et Weygand a expos\u00e9 les conditions. Erzberger a demand\u00e9 s\u2019ils pouvaient d\u00e9clarer un cessez-le-feu pendant qu\u2019ils n\u00e9gociaient. Celui-ci devait rendre compte au gouvernement allemand et que cela prendrait du temps, des milliers de vies seraient donc certainement perdues inutilement pendant ces 72 heures. Foch a refus\u00e9 et a dit que la r\u00e9ponse allemande devait \u00eatre donn\u00e9e au plus tard le 11 septembre \u00e0 11 h.<\/p>\n<p>\u00c0 2 h 05, le 11 novembre, Erzberger a dit qu\u2019ils \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 signer. Il avait fallu pr\u00e8s de trois heures pour examiner les conditions. Quelques modifications mineures ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es (le nombre de mitrailleuses et d\u2019avions que les Allemands devaient livrer a \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9duit) et \u00e0 5 h 10, il a sign\u00e9.<\/p>\n<p>Dix minutes apr\u00e8s cette signature, l\u2019annonce de la paix nouvelle a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e par la station de radio de la tour Eiffel. \u00c0 Paris, le temps \u00e9tait froid et pluvieux au r\u00e9veil mais la ville s\u2019est rapidement remplie de joie. Bon nombre de citoyens insistaient cependant sur l\u2019\u00e9ch\u00e9ance initiale de 11 h avant que l\u2019armistice soit officiel. C\u2019est qu\u2019il y avait cette sym\u00e9trie : la 11e heure du 11e jour du 11e mois. \u00c0 ce moment-l\u00e0, dans la p\u00e9nombre d\u2019une for\u00eat fran\u00e7aise, la guerre \u00e9tait effectivement termin\u00e9e.<\/p>\n<p>Or, il y avait toujours ce vide, ces six heures. Elles ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s meurtri\u00e8res, m\u00eame selon les normes horribles de cette premi\u00e8re guerre moderne. Le 11 novembre, le corps exp\u00e9ditionnaire am\u00e9ricain au Front de l\u2019Ouest a subi plus de 3 500 pertes en vie humaines. Les Canadiens, les Britanniques et les Fran\u00e7ais en ont eu des milliers d\u2019autres. Au total, il y a eu presque 11 000 victimes des deux c\u00f4t\u00e9s, ce qui est davantage qu\u2019au jour J de 1944. La plus grande diff\u00e9rence, c\u2019est que les vies perdues pendant le jour J ont \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9es pour servir l\u2019effort de guerre, tandis que celles qui ont \u00e9t\u00e9 perdues pendant le jour de l\u2019Armistice ont sans doute \u00e9t\u00e9 les plus futiles de cette guerre. Elle a servi, d\u2019une certaine fa\u00e7on, \u00e0 d\u00e9finir la futilit\u00e9 autant que la bravoure.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre, un sous-comit\u00e9 du Congr\u00e8s a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 pour savoir pourquoi il y avait eu tant de victimes am\u00e9ricaines le jour de l\u2019Armistice, \u00e9tant donn\u00e9 que les chefs militaires savaient que la paix \u00e9tait toute proche. Pourquoi avoir risqu\u00e9 la vie des hommes pour prendre du terrain alors qu\u2019ils auraient simplement pu s\u2019y promener quelques heures apr\u00e8s? Des accusations d\u2019arrivisme ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es contre des officiers ambitieux qui auraient sacrifi\u00e9 leurs hommes pour gonfler leur dossier. En fin de compte, le g\u00e9n\u00e9ral John Pershing, chef des forces am\u00e9ricai-nes, a livr\u00e9 un sombre t\u00e9moignage, qui allait faire \u00e9cho quelques d\u00e9cennies plus tard : il ob\u00e9issait aux ordres, en l\u2019occurrence ceux de Foch, qui avait ordonn\u00e9 aux Alli\u00e9s de poursuivre les Allemands durant leur repli en leur mettant \u00ab l\u2019\u00e9p\u00e9e dans le dos \u00bb jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute.<\/p>\n<p>Le matin du 11 novembre \u00e9tait pluvieux et froid dans le nord de la France et le soleil \u00e9tait voil\u00e9. Les terres d\u00e9vast\u00e9es se m\u00ealaient au gris du ciel. Tommy Mainland \u00e9tait dans sa tranch\u00e9e. C\u2019\u00e9tait en milieu de matin\u00e9e. La paix r\u00e9gnait. Tommy a alors grimp\u00e9 au bord de la tranch\u00e9e pour observer le paysage gris. Peut-\u00eatre voulait-il un dernier aper\u00e7u du champ de bataille. Trois ann\u00e9es de sa vie avaient \u00e9t\u00e9 pass\u00e9es au combat. Il avait surv\u00e9cu \u00e0 deux attaques au gaz et l\u2019avait \u00e9chapp\u00e9 belle \u00e0 d\u2019innombrables reprises; il avait vu des amis mourir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Il pensait peut-\u00eatre \u00e0 son pays, \u00e0 la belle neige qui recouvrait d\u00e9j\u00e0 Winnipeg. Or, un tireur d\u2019\u00e9lite allemand \u00e9tait \u00e0 l\u2019affut, scrutant l\u2019horizon pour voir son dernier objectif : la balle a atteint Tommy \u00e0 la poitrine et l\u2019a renvers\u00e9 en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Tommy a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 \u00e0 une ambulance o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 admis sous la mention \u00ab dangereusement malade. \u00bb Quand il est arriv\u00e9 l\u00e0-bas, la nouvelle de la fin de la guerre s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandue presque partout au front.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Des soldats canadiens en p\u00e9riph\u00e9rie de Valenciennes, en France, en novembre 1918. [PHOTO : WILLIAM RiDER-RIDER, MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA003377]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_6.jpg\" width=\"515\" height=\"311\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des soldats canadiens en p\u00e9riph\u00e9rie de Valenciennes, en France, en novembre 1918. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : WILLIAM RiDER-RIDER, MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE; BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA003377<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Cependant, la guerre n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait finie, bien s\u00fbr. Le colonel Thomas Gowenlock, officier du renseignement de la 1re Division des \u00c9tats-Unis, a \u00e9crit dans son journal : \u00ab Il \u00e9tait enfin 11 h mais les coups de feu continuaient. Les hommes des deux c\u00f4t\u00e9s avaient d\u00e9cid\u00e9 de donner tout ce qu\u2019ils avaient : leur adieu aux armes. C\u2019\u00e9tait une impulsion tr\u00e8s naturelle apr\u00e8s des ann\u00e9es de guerre. Malheureusement, beaucoup d\u2019hommes sont tomb\u00e9s apr\u00e8s 11 h ce jour-l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Tommy a pass\u00e9 quatre jours au lit, m\u00e9ditant sur l\u2019ironie de ses ann\u00e9es en tant que soldat, sur son insouciance, sa belle vie, pour finir comme \u00e7a : gravement bless\u00e9 apr\u00e8s que la paix avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e, mais pas officiellement reconnue. Il est mort le 15 novembre.<\/p>\n<p>Mon grand-p\u00e8re Donald Mainland a surv\u00e9cu \u00e0 ses deux blessures. On l\u2019a d\u2019abord transport\u00e9 \u00e0 un h\u00f4pital stationnaire de Rouen, puis ensuite \u00e0 Birmingham, en Angleterre. Il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 en janvier 1919 et est revenu seul \u00e0 la maison. Il avait perdu son fr\u00e8re jumeau, la personne de qui il \u00e9tait le plus proche.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Donald, la guerre est une question de chance et de sort; une balle qui rate sa cible de quelques centim\u00e8tres, un coup de vent qui repousse le gaz toxique, une mitrailleuse qui s\u2019enraie, le moment de la d\u00e9claration de la paix choisi arbitrairement.<\/p>\n<p>De retour chez lui, Donald a travaill\u00e9 comme ma\u00e7on, tout d\u2019abord \u00e0 D\u00e9troit, puis \u00e0 Winnipeg, o\u00f9 il a construit la maison o\u00f9 il a v\u00e9cu avec ma grand-m\u00e8re. Il ne parlait jamais de la guerre. Mon p\u00e8re m\u2019a dit que lorsqu\u2019il demandait \u00e0 son p\u00e8re de lui parler de son exp\u00e9rience en France, il \u00e9vitait le sujet en blaguant et en parlant d\u2019autre chose. Ses blessures lui ont toujours empoisonn\u00e9 la vie. Il a fini par ne plus \u00eatre capable de travailler.<\/p>\n<p>Deux mois apr\u00e8s ma naissance, il regardait les Eskimos d\u2019Edmonton jouer contre les Alouettes de Montr\u00e9al pour la Coupe Grey. Mon grand-p\u00e8re habitait dans l\u2019Ouest canadien. Quand l\u2019\u00e9quipe de l\u2019Ouest a gagn\u00e9, r\u00e9sultat de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de derni\u00e8re minute de Jackie Parker, il a eu une crise d\u2019angine. Il a surv\u00e9cu mais est mort d\u2019une crise cardiaque cinq mois plus tard.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3269\" alt=\"Le couple parodie le bonheur conjugal dans sa cuisine, \u00e0 Winnipeg. [PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_9.jpg\" width=\"515\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_9.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_9-300x209.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le couple parodie le bonheur conjugal dans sa cuisine, \u00e0 Winnipeg. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3268\" alt=\"Donald et son \u00e9pouse, Georgina, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur voiture \u00e0 D\u00e9troit. [PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_8.jpg\" width=\"515\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_8.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_8-300x191.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Donald et son \u00e9pouse, Georgina, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur voiture \u00e0 D\u00e9troit. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Son exp\u00e9rience de la guerre est morte avec lui. J\u2019ai plusieurs photos de lui. Sur l\u2019une d\u2019elles, ma grand-m\u00e8re et lui sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une Ford mod\u00e8le T \u00e0 D\u00e9troit. Il porte un costume trois-pi\u00e8ces et un chapeau. C\u2019\u00e9tait au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 et ils semblaient optimistes comme on l\u2019\u00e9tait souvent \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Sur une autre photo, il est dans la cuisine o\u00f9 il fait semblant de frapper ma grand-m\u00e8re avec un rouleau \u00e0 p\u00e2tisserie, caricature d\u2019une querelle conjugale.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3267\" alt=\"Le soldat Donald Mainland avant de partir en France. [PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2015\/01\/brothers_7.jpg\" width=\"515\" height=\"849\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le soldat Donald Mainland avant de partir en France. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : AVEC L\u2019AIMABLE AUTORISATION DE DON GILLMOR<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>La photo la plus marquante a \u00e9t\u00e9 prise au studio de photographie de Valentine \u00e0 Londres, en Angleterre, en 1917. Il pose debout devant une peinture murale caract\u00e9ris\u00e9e par un ciel gris pommel\u00e9. Il est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une petite ruine en pierre dont deux piliers sont encore dress\u00e9s. Il porte une capote et a les mains derri\u00e8re le dos. La photo est coll\u00e9e sur une carte postale; comme une chose \u00e0 envoyer \u00e0 la maison. Ce genre de photos servait \u00e0 \u00e9voquer le romantisme du champ de bataille, \u00e0 donner un sentiment de noblesse et \u00e0 sugg\u00e9rer que le sujet avait surv\u00e9cu h\u00e9ro\u00efquement. Un d\u00e9cor qui avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour ceux qui \u00e9taient en chemin vers le combat, plut\u00f4t que pour ceux qui revenaient de l\u2019horrible massacre, souvent insens\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la mi-octobre 1918, mon grand-p\u00e8re Donald Mainland se trouvait pr\u00e8s de Maurois, en France, comme membre du Fort Garry Horse. Un poids plume (68 kg, 1,68 m), les cheveux blonds et les yeux gris, Donald \u00e9tait plus \u00e2g\u00e9 que certains autres hommes dans les tranch\u00e9es. Son 25e anniversaire avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 sans tambour ni trompette.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3283,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-3253","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3253"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3253\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3283"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3253"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3253"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}