{"id":307,"date":"2010-01-01T00:01:45","date_gmt":"2010-01-01T04:01:45","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=307"},"modified":"2009-12-15T12:58:53","modified_gmt":"2009-12-15T16:58:53","slug":"les-victimes-au-foyer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2010\/01\/les-victimes-au-foyer\/","title":{"rendered":"Les victimes au foyer"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"top\" title=\". [ILLUSTRATION : FRED SEBASTIAN]\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/OSIIIntroJF.jpg\" alt=\". [ILLUSTRATION : FRED SEBASTIAN]\" width=\"630\" height=\"236\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : FRED SEBASTIAN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Susan Binnie est sur un fauteuil de dentiste et elle demande si elle pourra y rester quand le dentiste aura fini \u2014 juste pour profiter de la qui\u00e9tude. Elle habite \u00e0 St. Albert, au nord-ouest d\u2019Edmonton, avec ses deux filles de neuf et 14 ans, et son mari, un ancien combattant qui souffre de trouble de stress post-traumatique (TSPT) depuis 15 ans. Binnie sait tr\u00e8s bien que si une personne souffre de TSPT, la famille au complet en souffre. Alors elle s\u2019impr\u00e8gne de qui\u00e9tude quand elle peut.<\/strong><\/p>\n<p>Angelle Peacock de Morinville (Alb.), a deux petits gar\u00e7ons. Elle aussi supporte un TSPT. Son \u00e9poux militaire, Ted, s\u2019en fait soigner et, \u00e0 l\u2019occasion, elle a le sentiment d\u2019avoir trois petits gar\u00e7ons, surtout quand elle doit rappeler \u00e0 son mari de manger ou de prendre une douche.<\/p>\n<p>Les deux femmes d\u00e9crivent d\u2019autres occasions o\u00f9 un comportement ty\u00adpi\u00adquement infantile a d\u00e9clench\u00e9 des acc\u00e8s de col\u00e8re ou des rappels d\u2019images chez leur mari. Elles se d\u00e9m\u00e8nent toutes les deux avec le travail \u00e0 temps plein et les probl\u00e8mes familiaux qui exigent d\u2019elles une attention \u00e0 temps plein.<\/p>\n<p>Ces femmes \u2014 et des centaines d\u2019autres au Canada \u2014 ne peuvent pas se tourner vers les coll\u00e8gues au travail ou vers des amis, pour obtenir de l\u2019aide parce que les gens qui ne vivent pas dans l\u2019ombre du trouble de stress post-traumatique ne comprennent tout simplement pas. \u00ab\u00a0Ils me demandent \u201cpourquoi ne parts-tu pas?\u201d\u00a0\u00bb dit Binnie. Et Peacock ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019est arriv\u00e9, en me r\u00e9veillant la nuit, de voir que mon mari a enlev\u00e9 une fen\u00eatre et qu\u2019il est dans la cour en train de \u201cse battre avec les m\u00e9chants\u201d. Comment pourrait-on dire, le lendemain, au travail, \u00e0 la pause caf\u00e9, \u201c Vous savez ce qu\u2019il se passe chez moi? \u201d\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On n\u2019entend pas des \u201cOh, comment faits-tu ou des Oh, tu devrais le quitter\u201d\u00a0\u00bb aux r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res de groupes du r\u00e9seau de soutien aux familles du Programme de soutien social des blessures de stress op\u00e9rationnel (SSBSO), dit Binnie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On ne se fait pas prendre en piti\u00e9\u00a0\u00bb, dit Peacock. Et ces femmes n\u2019ont que faire de la piti\u00e9\u00a0: elles veulent de l\u2019aide et elles en obtiennent aupr\u00e8s des gens qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 leur place. \u00ab\u00a0Ce qu\u2019elles disent, c\u2019est \u201cAu secours. Est-ce qu\u2019il y a quelqu\u2019un qui a v\u00e9cu comme ceci?\u201d Puis les histoires et les strat\u00e9gies sortent\u00a0\u00bb, ajoute Elizabeth Atkins, coordonnatrice de la r\u00e9gion occidentale du r\u00e9seau de soutien par les pairs \u00e0 l\u2019intention des familles \u00e0 Edmonton. Les r\u00e9unions servent \u00e0 obtenir des renseignements sur d\u2019autres ressources collectives, les programmes d\u2019Anciens combattants Canada (ACC) et des Forces cana\u00addiennes, ainsi que sur la L\u00e9gion royale canadienne et son bureau d\u2019entraide. Et les membres s\u2019\u00e9changent leurs num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone, de sorte qu\u2019il y a toujours quelqu\u2019un \u00e0 l\u2019autre bout du fil si l\u2019on passe un mauvais quart d\u2019heure.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les femmes de militaires sont des fournisseuses de soins; la description de leur travail, c\u2019est d\u2019\u00eatre un soutien, quoi qu\u2019il arrive\u00a0\u00bb, dit-elle. Quand leurs maris, bless\u00e9s, rentrent au bercail, \u00ab\u00a0elles se souviennent des bons gars; elles se souviennent de qui elles ont \u00e9pous\u00e9 et elles l\u2019aiment toujours. Alors c\u2019est leur travail de les soigner\u00a0\u00bb. Une telle compr\u00e9hension n\u2019a absolument rien \u00e0 voir avec ce que Atkins a obtenu quand son propre mari a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 en Bosnie, en 1993, dans le temps o\u00f9 personne ne parlait de BSO. \u00ab\u00a0Il y a encore du chemin \u00e0 faire, mais l\u2019information existe, et l\u2019isolement n\u2019est plus aussi grave.\u00a0\u00bb Mais encore plus important, les BSO ne sont plus cach\u00e9es; on en parle ouvertement.<\/p>\n<p>Le programme de SSBSO national a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2005, \u00e0 la suite d\u2019une analyse des besoins des Forces canadiennes qui a servi \u00e0 reconnaitre l\u2019incidence des BSO sur les familles des militaires et l\u2019importance qu\u2019il y a \u00e0 les soutenir. Il est fond\u00e9 sur le programme de soutien social par les pairs aux victimes de stress op\u00e9rationnel (SSVSO) qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2001 pour les militaires et les anciens combattants. Les pairs-conseillers des deux programmes ont de l\u2019exp\u00e9rience personnelle des BSO, soit parce qu\u2019ils ont souffert d\u2019une blessure, soit parce qu\u2019ils ont v\u00e9cu avec quelqu\u2019un qui en a souffert d\u2019une. \u00ab\u00a0Ils ont de la \u201ccr\u00e9dibilit\u00e9 des rues\u201d\u00a0\u00bb, dit le lieutenant-colonel St\u00e9phane Grenier, une victime de BSO qui a pris part \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du programme.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est juste qu\u2019ils comprennent\u00a0\u00bb, dit Binnie.<\/p>\n<p>Les familles doivent supporter les modifications de personnalit\u00e9 et les comportements insolites, comme les mont\u00e9es de col\u00e8re extraordinaires, les probl\u00e8mes d\u2019alcool, les probl\u00e8mes d\u2019insomnie, les sautes d\u2019humeur, l\u2019incapacit\u00e9 de se concentrer, l\u2019hyper-vigilance, la honte et le chagrin, le manque d\u2019\u00e9nergie ou d\u2019app\u00e9tit, les id\u00e9es de suicide. Chaque famille a son propre cocktail de chagrin et de stress. \u00ab\u00a0Il n\u2019existe pas de solution passe-partout\u00a0\u00bb, dit Atkins, qui a aid\u00e9 quelque 130 familles au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, en \u00e9valuant les besoins, en rencontrant des clients au caf\u00e9, en organisant et en animant des groupes en soir\u00e9e, et en offrant son aide. Elle esp\u00e8re que les nouveaux centres int\u00e9gr\u00e9s de support au personnel (CISP) des Forces canadiennes absorberont une partie de la besogne. Le militaire est en train \u00ab\u00a0de s\u2019efforcer de les rendre plus conviviaux pour les familles\u00a0\u00bb qui peuvent aussi tirer partie de la philosophie de \u00ab\u00a0soutien \u00e0 guichet unique\u00a0\u00bb dans le cadre de laquelle tous les services de soutien pour les conjoints sont rassembl\u00e9s en un seul lieu.<\/p>\n<p>Angelle Peacock esp\u00e8re que les centres int\u00e9gr\u00e9s de support au personnel vont \u00eatre une am\u00e9lioration par rapport au vieux syst\u00e8me qui \u00e9tait si frustrant. \u00ab\u00a0Il n\u2019\u00e9tait certainement pas convivial\u00a0\u00bb, dit-elle, en nous racontant ses d\u00e9placements d\u2019un bureau \u00e0 l\u2019autre, les formulaires qu\u2019elle devait remplir, le rep\u00e9rage des dossiers qui en deux ans ont rempli un tiroir double de sa cuisine. Ensuite, \u00ab\u00a0il fallait aller voir beaucoup de gens qui portaient l\u2019uniforme et qui ne voulaient pas s\u2019occuper de la femme\u00a0\u00bb. Supporter les sympt\u00f4mes de Ted et se heurter aux pesanteurs de la bureaucratie pour lui procurer l\u2019aide dont il avait besoin a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s frustrant pour toute la famille, m\u00eame si le commandant et l\u2019unit\u00e9 de son mari lui ont \u00e9t\u00e9 d\u2019un tr\u00e8s grand soutien<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce sont les familles qui doivent se faire les avocats\u00a0\u00bb, dit le s\u00e9nateur Rom\u00e9o Dallaire, g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la retraite et d\u00e9fenseur en ce qui concerne les BSO, qui a souffert d\u2019une blessure lui-m\u00eame au Rwanda pendant les ann\u00e9es 1990. \u00ab\u00a0Le bless\u00e9 ne peut pas m\u00eame s\u2019occuper de lui-m\u00eame, encore moins d\u00e9m\u00ealer quels documents doivent \u00eatre remis, quand il faut le faire et \u00e0 qui il faut parler\u00a0\u00bb et il faut que tout cela se fasse plut\u00f4t rapidement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les familles doivent acqu\u00e9rir l\u2019assurance qu\u2019elles peuvent s\u2019en occuper\u00a0\u00bb, ajoute Atkins, qui les aide \u00e0 comprendre quand le bon moment d\u2019intervenir arrive, et comment le faire pour que \u00e7a se passe bien.<\/p>\n<p>Le SSBSO n\u2019attend pas obligatoirement le diagnostic pour offrir son aide et les services sont confidentiels. Au besoin, les \u00e9pouses peuvent obtenir de l\u2019aide sans que le militaire le sache. \u00ab\u00a0On peut avoir des sympt\u00f4mes sans qu\u2019il y ait de diagnostic. Leur vie est quand m\u00eame boulevers\u00e9e. Ils ne dorment pas bien, r\u00e9agissent toujours \u00e0 ce que font les enfants, conduisent toujours comme des idiots [\u2026] si la famille a des probl\u00e8mes, nous pouvons lui donner un coup de main\u00a0\u00bb, nous explique Atkins, qui dit que le SSBSO ne refuse personne.<\/p>\n<p>Cependant, le soutien, ce n\u2019est pas de la th\u00e9rapie. La ligne d\u2019\u00e9coute t\u00e9l\u00e9phonique du minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale et d\u2019ACC peut aider les familles qui affrontent une crise, mais pour ce qui est de l\u2019aide \u00e0 long terme, de beaucoup de services aux familles, \u00ab\u00a0il faut que le militaire en service ou l\u2019ancien combattant la demandent eux-m\u00eames\u00a0\u00bb, dit Atkins. Malheureusement, beaucoup de personnes qui souffrent de BSO ne savent pas qu\u2019ils ont besoin d\u2019aide, ou ils s\u2019obstinent \u00e0 tout faire tout seuls, ou bien ils sont incapables de s\u2019occuper du traitement des documents pendant qu\u2019ils sont tr\u00e8s malades. \u00ab\u00a0Les familles se d\u00e9sagr\u00e8gent devant nous parce que nous n\u2019arrivons pas \u00e0 les atteindre, \u00e0 cause des formalit\u00e9s administratives.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lors d\u2019une interview qu\u2019il nous a accord\u00e9e cette ann\u00e9e, le g\u00e9n\u00e9ral chef d\u2019\u00e9tat-major de la d\u00e9fense, Walter Natynczyk, d\u00e9clarait qu\u2019il savait fort bien quelles difficult\u00e9s les familles de militaires supportent au front int\u00e9rieur et qu\u2019il faut faire davantage pour le personnel des services et leur famille (En d\u00e9placement avec le chef d\u2019\u00e9tat-major de la d\u00e9fense, juillet\/aout). Les services de soutien mis en place pendant l\u2019ann\u00e9e qui vient de passer sont vus comme un pas dans la bonne direction.<\/p>\n<p>Les militaires endommag\u00e9s en ser\u00advice command\u00e9 n\u2019en m\u00e9ritent pas moins, dit Dallaire, dont la famille a eu besoin de th\u00e9rapie pour s\u2019en tirer. \u201cNous n\u2019avons pas de syst\u00e8me qui serve \u00e0 stabiliser \u00e0 nouveau les familles et les individus quand ils reviennent.\u201d Il croit que les Forces devraient \u00e9laborer des \u00ab\u00a0meilleures pratiques\u00a0\u00bb pour le soin des familles des membres qui souffrent de BSO et que le gouvernement devrait \u00ab\u00a0se pr\u00e9parer \u00e0 payer pour que ces pratiques soient utilis\u00e9es pour les individus et leur famille\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce genre d\u2019aide n\u2019\u00e9tait pas disponible aux anciens combattants des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes ni \u00e0 leur famille. \u00ab\u00a0Une grande partie des jeunes gens avec qui j\u2019ai grandi ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans des familles o\u00f9 le mal, la douleur, \u00e9taient transmis aux enfants par les parents\u00a0\u00bb, dit le ministre d\u2019Anciens combattants Canada, Greg Thompson, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un symposium sur les BSO en 2007. \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient toujours pr\u00e9sents.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, les anciens combattants et leur famille devaient s\u2019en tirer tout seuls, tout simplement, et la L\u00e9gion s\u2019effor\u00e7ait de les aider, ajoute Dallaire. \u00ab\u00a0Je pense que la L\u00e9gion a sauv\u00e9 mon p\u00e8re et a sauv\u00e9 ma famille des traitements physiques bien pires que ceux dont elle a soufferts.\u00a0\u00bb Les anciens combattants allaient aux filiales o\u00f9 ils rencontraient les autres qui avaient eu des exp\u00e9riences semblables. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une th\u00e9rapie autog\u00e8ne\u00a0\u00bb, dit-il. Ils parlaient de leurs probl\u00e8mes entre eux et \u00ab\u00a0malheureusement, buvaient et se m\u00e9dicalisaient tout seuls.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On appelait \u00e7a la \u201cBS table\u201d (table des histoires \u00e0 dormir debout), un endroit o\u00f9 les anciens combattants se racontaient des histoires et prenaient un verre, dit Doug Lawrence, un ancien agent d\u2019entraide de filiale qui a pass\u00e9 13 mois en Cor\u00e9e en 1951 et 1952. Dans le cadre de cette camaraderie, \u00ab\u00a0on savait qu\u2019on n\u2019\u00e9tait pas tout seul. Dans le temps, on ne savait pas qu\u2019est-ce que c\u2019\u00e9tait.\u00a0\u00bb Et ils \u00e9taient nombreux qui savaient ce qu\u2019il fallait faire. \u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 boire; on boit tous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les v\u00e9t\u00e9rans de la guerre de Cor\u00e9e et de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale ont souffert pendant des dizaines d\u2019ann\u00e9es et ils avaient des sympt\u00f4mes de BSO sans savoir ce qui n\u2019allait pas, encore moins s\u2019ils pouvaient obtenir de l\u2019aide. Lawrence et George Mann, qui a servi en Europe du Nord-Ouest dans les Fusiliers de Sherbrooke \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, ont subi toute une gamme de sympt\u00f4mes de TSPT. Mann a des cauchemars depuis 65 ans. Lawrence et lui parlent des acc\u00e8s de col\u00e8re inattendus, des sautes d\u2019humeur et de leurs effets sur leur famille. \u00ab\u00a0Je me r\u00e9veillais en hurlant, dit Mann. Des fois, ma femme devait pratiquement me d\u00e9foncer les c\u00f4tes pour me r\u00e9veiller.\u00a0\u00bb Lawrence dit qu\u2019il envoyait des coups lors de ses cauchemars, alors son \u00e9pouse dormait dans une autre chambre.<\/p>\n<p>Le TSPT a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 chez Mann quand il a succomb\u00e9 \u00e0 une d\u00e9pression lors d\u2019un voyage en France, en 2002. C\u2019est arriv\u00e9 pendant les services de comm\u00e9moration pour les soldats canadiens assassin\u00e9s \u00e0 l\u2019abbaye d\u2019Ardenne en 1944. Il en avait connu six, et il a fini par obtenir de l\u2019aide il y a cinq ans, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de se suicider. Les deux anciens combattants ont une pension d\u2019ACC pour leurs blessures.<\/p>\n<p>Les 19 nouveaux centres int\u00e9gr\u00e9s de support au personnel des Forces canadiennes sont une occasion de plus pour la L\u00e9gion de servir les militaires, les anciens combattants et leur famille. \u00ab\u00a0\u00c7a va certainement am\u00e9liorer notre visibilit\u00e9 chez les jeunes soldats et leur famille\u00a0\u00bb, remarque Gerry Finlay, un officier d\u2019entraide de la Division de l\u2019Alberta-Territoires du Nord-Ouest qui a ouvert un bureau au CISP de la garnison d\u2019Edmonton.<\/p>\n<p>Les CISP, con\u00e7us en tant que \u00ab\u00a0services \u00e0 guichet unique\u00a0\u00bb pour les militaires malades ou bless\u00e9s, ont pour but d\u2019aider le personnel des Forces qui r\u00e9cup\u00e8re d\u2019une maladie ou d\u2019une blessure graves pendant leur transition effectu\u00e9e soit lors du retour au travail, soit vers la vie civile. Les r\u00e9guliers, les r\u00e9servistes, les membres qui prennent leur retraite et leur famille, tous ont droit d\u2019acc\u00e8s aux CISP o\u00f9 les attendent une gamme de services et d\u2019avantages des Forces, d\u2019ACC et d\u2019organisations comme la L\u00e9gion. La L\u00e9gion r\u00e9agit vite pour procurer un soutien d\u2019urgence aux familles des militaires en service, guider les membres des Forces en ce qui a trait aux demandes d\u2019avantages d\u2019ACC et apporter un soutien aux nouveaux anciens combattants qui reprennent la vie civile dans les petites collectivit\u00e9s, dit Finlay.<\/p>\n<p>Souvent, quand un militaire se fait soigner pour une BSO, les habitudes et la structure de la famille se d\u00e9sagr\u00e8gent. Pendant que le militaire tire avantage du soutien et des services du MDN, \u00ab\u00a0il se peut que la famille souffre en cachette\u00a0\u00bb. Mais la L\u00e9gion peut les aider en offrant des fonds en urgence pour l\u2019abri, la nourriture et le transport et en reliant la famille avec une filiale locale comme soutien communautaire. \u00ab\u00a0Nous nous effor\u00e7ons de stabiliser la situation\u00a0\u00bb, dit Finlay.<\/p>\n<p>Au dire du lieutenant-colonel Joe Pollock, commandant r\u00e9gional de l\u2019unit\u00e9 interarm\u00e9e de soutien au personnel de l\u2019Alberta et du Nord canadien, \u00ab\u00a0la L\u00e9gion est un partenaire parfait. \u00ab\u00a0C\u2019est r\u00e9ciproque.\u00a0\u00bb Les membres des Forces canadiennes peuvent compter sur l\u2019aide de la L\u00e9gion et la L\u00e9gion a acc\u00e8s aux membres en service qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 devenir des anciens combattants.<\/p>\n<p>La Division de la Colombie-Britannique\/Yukon de la L\u00e9gion a aussi \u00e9labor\u00e9 un moyen direct d\u2019aider les anciens combattants et leur famille \u00e0 s\u2019occuper des BSO. Au milieu des ann\u00e9es 1980, le Dr Marvin Westwood rassemblait plusieurs groupes d\u2019anciens combattants dans un programme financ\u00e9 partiellement par la L\u00e9gion pour parler de comment leur exp\u00e9rience mi\u00adlitaire les avait form\u00e9s. \u00ab\u00a0Ils ont reconnu que la guerre les avait affect\u00e9s d\u2019autres mani\u00e8res, dit le psychologue de l\u2019Universit\u00e9 de la Colombie-Britannique. Ils disent que \u201cceci aurait d\u00fb se passeril y a 60 ans\u201d, quand ils ont quitt\u00e9 le service.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Westwood et la L\u00e9gion ont poursuivi l\u2019id\u00e9e, et cr\u00e9\u00e9 le programme de transition des militaires et des anciens combattants canadiens, qui a aid\u00e9 environ 170 membres des services et anciens combattants \u00e0 \u00ab\u00a0larguer du leste\u00a0\u00bb du service militaire et \u00e0 faire leur vie. Le programme sert \u00e0 offrir gratuitement de l\u2019orientation collective confidentielle, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de la Colombie-Britannique \u00e0 Vancouver et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Victoria, \u00e0 Victoria et \u00e0 Kelowna. \u00ab\u00a0Si nous nous sommes lanc\u00e9s l\u00e0-dedans, c\u2019est parce qu\u2019il y avait des v\u00e9t\u00e9rans de la Seconde Guerre mondiale qui souffraient encore, et ce genre d\u2019aide, \u00e7a n\u2019existait pas avant, dit le pr\u00e9sident de la Division de la Colombie-Britannique\/Yukon, Dave Sinclair. Ensuite, on s\u2019est aper\u00e7us qu\u2019il y avait beaucoup de mainteneurs de la paix qui avaient besoin d\u2019aide.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On se concentre sur la transition\u00a0\u00bb, dit Westwood. Des groupes de six \u00e0 huit, plus les animateurs, se r\u00e9unissent lors de s\u00e9ances intensives, en fin de semaine, pour parler de comment les traumatismes les ont affect\u00e9s. Ils \u00e9laborent des habilet\u00e9s d\u2019adaptation, trouvent des appuis et sont adress\u00e9s \u00e0 des services suppl\u00e9mentaires au besoin. Leurs conjoints, l\u00e9gitimes ou de fait, sont invit\u00e9s pour apprendre comment les traumatismes affectent tous les membres de la famille. Les couples acqui\u00e8rent de nouvelles aptitudes \u00e0 communiquer.<\/p>\n<p>On s\u2019attendait \u00e0 ce que le programme diminue, surtout \u00e0 cause de l\u2019augmentation du nombre de programmes sur les BSO offerts par ACC et les Forces. Mais la demande a conti\u00adnu\u00e9. \u00ab\u00a0Je pense que l\u2019inclusion des conjoints en est une raison\u00a0\u00bb, dit Sinclair. Le mod\u00e8le est int\u00e9ressant aussi, dit Westwood. \u00ab\u00a0On ne l\u2019annonce pas comme si c\u2019\u00e9tait un programme th\u00e9rapeutique (alors) on n\u2019y associe aucun stigmate.\u00a0\u00bb Les ateliers de groupe sont confortables, car les militaires sont habitu\u00e9s \u00e0 faire partie d\u2019un groupe qui les appuie. Et ils ont un r\u00e9seau de soutien tout fait \u00e0 leur d\u00e9part. \u00ab\u00a0Les changements chez ces gens sont inou\u00efs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Sinclair a vu des familles \u2014 au bord de l\u2019ab\u00eeme \u2014 se faire renforcer. Il a vu des alcooliques bris\u00e9s, incapables de garder un emploi, finir par avoir une carri\u00e8re productive. \u00ab\u00a0Ils se sont repris en main.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un investissement que la L\u00e9gion est fi\u00e8re d\u2019effectuer. \u00ab\u00a0Le soutien financier vient seulement de la L\u00e9gion\u00a0\u00bb, dit Westwood. Sinclair fait remarquer que les psychologues qui participent aux s\u00e9ances le font gratuitement, ce qui emp\u00eache les couts de grimper. Les 90\u00a0000\u00a0$ du programme sont ramass\u00e9s parmi les filiales de la r\u00e9gion o\u00f9 le programme est r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>Il existe bien d\u2019autres options aujourd\u2019hui pour les gens souffrant de BSO et pour leur famille, et il est important qu\u2019ils en profitent le plus vite possible, dit le psychologue Curt Hillier de St. John\u2019s (T.-N.) dont la client\u00e8le comprend de nombreux anciens combattants et soldats qui, certains, auraient d\u00fb se faire aider des ann\u00e9es auparavant. Dans 30 \u00e0 50 p. 100 des cas on peut s\u2019attendre \u00e0 ce que \u00e7a finisse par une r\u00e9mission compl\u00e8te.\u00a0\u00bb D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les donn\u00e9es am\u00e9ricaines indiquent qu\u2019environ 30 p. 100 des gens souffrant d\u2019un TSPT \u00ab\u00a0en gardent les sympt\u00f4mes pendant six ans ou plus [&#8230;] \u00e0 jamais dans certains cas.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il esp\u00e8re que ces statistiques s\u2019am\u00e9lioreront gr\u00e2ce aux nouveaux programmes des Forces qui ont pour but de pr\u00e9parer les militaires avant les traumatismes qui arrivent en service command\u00e9, de les soigner au front quand ils souffrent d\u2019une BSO et d\u2019intervenir plus rapidement quand les sympt\u00f4mes sont observ\u00e9s.<\/p>\n<p>Des fois, les gens souffrant de BSO n\u2019en reconnaissent tout simplement pas les sympt\u00f4mes. Il arrive souvent qu\u2019ils n\u2019obtiennent de l\u2019aide qu\u2019apr\u00e8s que le conjoint a pos\u00e9 un ultimatum. Pour les anciens combattants qui refusent de se faire aider, le r\u00e9tablissement risque d\u2019\u00eatre plus long et jonch\u00e9 des vestiges d\u2019une famille bris\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Blessures invisibles<\/strong><\/p>\n<p>Le stress op\u00e9rationnel est inclus dans la des\u00adcription des fonctions des militaires. Quand ils vont au combat, qu\u2019ils maintiennent la paix ou qu\u2019ils r\u00e9pondent \u00e0 des urgences, il leur arrive d\u2019\u00eatre t\u00e9moins d\u2019\u00e9v\u00e8nements horribles, d\u2019\u00eatre terrifi\u00e9s, de se sentir impuissants, de perdre des gens pour qui ils ressentent de l\u2019affection. Des fois, ils sont oblig\u00e9s de se comporter contrairement \u00e0 leurs valeurs morales personnelles.<\/p>\n<p>La plupart n\u2019en souffrent que pendant un certain temps; quelques jours ou quelques semaines apr\u00e8s, ils acceptent ce dont ils ont fait l\u2019exp\u00e9\u00adrience et reviennent \u00e0 la normale. Mais pour certains d\u2019entre eux, ces exp\u00e9riences laissent des s\u00e9quelles\u00a0: d\u00e9pression, anxi\u00e9t\u00e9, trouble de stress post-traumatique.<\/p>\n<p>Les chercheurs s\u2019aper\u00e7oivent que de tels troubles de stress op\u00e9rationnel (BSO) suscitent des modifications physiques dans le cerveau, des blessures invisibles, des blessures caus\u00e9es par leur propre corps lors de sa r\u00e9action \u00e0 un stress bouleversant.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse du corps au stress \u2014 qu\u2019on appelle des fois la r\u00e9action d\u2019\u00e9vasion ou de lutte \u2014 offre la meilleure chance de survie dans des situations de vie ou de mort. Quand on per\u00e7oit le danger, c\u2019est comme si on appuyait sur un bouton d\u2019urgence qui inonderait le corps d\u2019adr\u00e9naline, pour augmenter la glyc\u00e9mie, \u00e9lever la pression art\u00e9rielle et acc\u00e9l\u00e9\u00adrer la fr\u00e9quence cardiaque, et de cortisol, pour lui procurer des \u00e9lans d\u2019\u00e9nergie, surexciter les sens, diminuer la sensibilit\u00e9 \u00e0 la douleur.<\/p>\n<p>Quand il n\u2019y a plus de danger, d\u2019autres produits biochimiques sont d\u00e9charg\u00e9s dans le corps pour lui redonner son \u00e9quilibre, mais, dans le cas d\u2019une BSO, c\u2019est comme si le corps ne sait plus comment le faire.<\/p>\n<p>L\u2019exposition prolong\u00e9e au cortisol tue les cellules de l\u2019hippocampe, la partie du cerveau charg\u00e9e du stockage des souvenirs et de l\u2019apprentissage. Le TSPT et la d\u00e9pression diminuent le m\u00e9tabolisme dans le cortex pr\u00e9frontal et frontal, qui r\u00e8gle les \u00e9motions et la r\u00e9ponse \u00e0 la peur. C\u2019est cet endommagement qui, pense-t-on, est responsable de la peur quand il n\u2019y a plus de danger, des cauchemars, de la revivification des souvenirs, des explosions de col\u00e8re, de la tristesse que l\u2019on ne peut contr\u00f4ler, des souvenirs importuns, de l\u2019hypervigilance.<\/p>\n<p>Les scintigraphies c\u00e9r\u00e9brales des militaires souffrant de TSPT indiquent des diff\u00e9rences dans les activit\u00e9s du cerveau par rapport \u00e0 celles des soldats qui n\u2019en souffrent pas, ce qui m\u00e8ne \u00e0 des conjectures comme quoi il serait possible un jour de d\u00e9celer les gens qui risquent d\u2019\u00eatre bless\u00e9s plus que les autres, ou d\u2019utiliser les scintigraphies c\u00e9r\u00e9brales pour les diagnostics.<\/p>\n<p>Mais \u00ab\u00a0on n\u2019est pas oblig\u00e9 de se rendre au niveau du diagnostic pour savoir qu\u2019il y a eu un impact et qu\u2019on a besoin d\u2019aide\u00a0\u00bb, dit Norman Shields, un conseiller en recherche du Centre national des BSO \u00e0 Montr\u00e9al. C\u2019est une des raisons pour lesquelles le MDN et ACC pr\u00e9f\u00e8rent le terme global blessure de stress op\u00e9rationnel plut\u00f4t que TSPT. On devrait se concentrer sur l\u2019aide aux patients plut\u00f4t que sur leur classement. \u00ab\u00a0Pour nous, c\u2019est davantage une question de savoir si on dort la nuit, si on s\u2019inqui\u00e8te [\u2026] tant que c\u2019est li\u00e9 au service command\u00e9, ils ont le droit de venir se faire aider ici.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et c\u2019est important de se faire aider, car les BSO ont des cons\u00e9quences \u00e0 long terme inattendues.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le stress en g\u00e9n\u00e9ral a une incidence immense sur notre syst\u00e8me immunitaire\u00a0\u00bb, dit Shields. Les recherches indiquent que les gens qui souffrent d\u2019une BSO risquent davantage de d\u00e9velopper un syndrome m\u00e9tabolique, pr\u00e9curseur du diab\u00e8te de type 2, l\u2019hypertension, une cardiopathie, la mala\u00addie d\u2019Alzheimer.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dicaments pour soulager les sympt\u00f4mes mis \u00e0 part, les soins comprennent la th\u00e9rapie cognitivo-comportementale, qui aide les gens \u00e0 d\u00e9celer les pens\u00e9es alt\u00e9r\u00e9es et les r\u00e9actions n\u00e9gatives et \u00e0 les remplacer par des pens\u00e9es rationnelles et un comportement plus inoffensif; l\u2019EMDR (int\u00e9gration neuro-\u00e9motionnelle par les mouvements oculaires) qui, croit-on, r\u00e8gle le syst\u00e8me de traitement de l\u2019information du cerveau qui permet aux exp\u00e9riences d\u00e9rangeantes de se faire int\u00e9grer dans la m\u00e9moire et traiter \u00e9motionnellement; la th\u00e9rapie au propranolol, o\u00f9 l\u2019on utilise un m\u00e9dicament pour l\u2019hypertension afin de refouler la reconsolidation du souvenir traumatisant; et la th\u00e9rapie de groupe et familiale, qui offre du soutien et enseigne de nouvelles aptitudes servant \u00e0 supporter les sympt\u00f4mes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>. 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