{"id":301,"date":"2010-01-01T00:01:21","date_gmt":"2010-01-01T04:01:21","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=301"},"modified":"2009-12-15T12:52:48","modified_gmt":"2009-12-15T16:52:48","slug":"cap-sur-l-avenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2010\/01\/cap-sur-l-avenir\/","title":{"rendered":"Cap sur l\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-302\" title=\"Le NCSM Calgary (2e) a \u00e9t\u00e9 mis en service en 1995. [PHOTO : FORCES CANADIENNES]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ModernNavyIntroFRENCH.jpg\" alt=\"Le NCSM Calgary (2e) a \u00e9t\u00e9 mis en service en 1995. [PHOTO : FORCES CANADIENNES]\" width=\"630\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ModernNavyIntroFRENCH.jpg 630w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ModernNavyIntroFRENCH-300x112.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le NCSM Calgary (2e) a \u00e9t\u00e9 mis en service en 1995. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : FORCES CANADIENNES<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>En 1945, le ministre de la Marine, Douglas Abbott, annon\u00e7ait qu\u2019il aimerait avoir \u00ab une bonne petite flotte maniable \u00bb. D\u2019apr\u00e8s certains, cette d\u00e9claration \u00e9tait une requ\u00eate pour cr\u00e9er une force efficace et polyvalente qui, gr\u00e2ce \u00e0 sa capacit\u00e9 d\u2019accomplir de nombreuses t\u00e2ches navales, donnerait au gouvernement autant de flexibilit\u00e9 que possible pour r\u00e9pondre aux provocations politiques de l\u2019\u00e9tranger.<\/strong><\/p>\n<p>Ce que sp\u00e9cifiait Abbott r\u00e9ellement, c\u2019\u00e9tait un paradoxe de pluridisciplina-rit\u00e9 qui allait hanter la marine cana-dienne pendant toute la p\u00e9riode de l\u2019apr\u00e8s-guerre. R\u00e9duire les budgets et les capacit\u00e9s tout en demandant \u00e0 la marine de r\u00e9agir \u00e0 toute une gamme d\u2019impr\u00e9vus semble irrationnel \u00e0 premi\u00e8re vue, mais c\u2019est ce que les gouvernements canadiens ont fait pendant les 55 derni\u00e8res ann\u00e9es. Bien que de nombreux planificateurs navals se soient sentis frustr\u00e9s alors qu\u2019ils multipliaient les efforts pour surmonter cette entrave, on ne saurait douter que c\u2019est la Marine canadienne moderne qui a le plus ressembl\u00e9 \u00e0 la flotte flexible, bien que petite et relativement abordable, que Abbott avait demand\u00e9e.<\/p>\n<p>La Marine canadienne \u00e9tait dans un pi\u00e8tre \u00e9tat quand le mur de Berlin s\u2019est \u00e9croul\u00e9, en 1989. Les premi\u00e8res tentatives de prolonger la dur\u00e9e de vie des DDH (destroyer porte-h\u00e9licopt\u00e8re) de classe Annapolis et Saint-Laurent, et celle des DDE (destroyer d\u2019escorte) de classe Restigouche et Mackenzie n\u2019ont pas chang\u00e9 le fait que ces navires \u00e9taient des vestiges d\u2019un pass\u00e9 o\u00f9 l\u2019on se pr\u00e9parait \u00e0 contrer les sous-marins sovi\u00e9tiques. La vieille flotte des sous-marins de classe Oberon et des ravitailleurs des ann\u00e9es 1960 \u00e9tait aussi compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e, et les six bateaux de patrouille de classe Bay qui servaient \u00e0 former les officiers avaient leur origine dans les ann\u00e9es 1950. M\u00eame les navires Porte (b\u00e2timents garde-barri\u00e8re), qui servaient \u00e0 la formation des r\u00e9servistes navals, semblaient sortis d\u2019un tableau de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Il n\u2019emp\u00eache que les nouvelles n\u2019\u00e9taient pas toutes mauvaises. Les navires les plus jeunes et les plus efficaces de la flotte, les DDH 280 de classe Tribal, qui avaient 17 ans, \u00e9taient en plein milieu d\u2019un programme de modernisation. Parall\u00e8lement, une nouvelle flotte pointait \u00e0 l\u2019horizon. Les navires du Programme de la fr\u00e9gate canadienne de patrouille (FCP), que l\u2019on acclamait comme une merveille technique, devaient arriver dans les ann\u00e9es 1990 et 12 navires de d\u00e9fense c\u00f4ti\u00e8re (NDC) devaient arriver peu de temps apr\u00e8s. Quoique tant que ces navires n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eats, la marine devrait s\u2019appuyer sur la flotte qu\u2019elle avait au temps de la guerre froide pour prendre en charge l\u2019instabilit\u00e9 et l\u2019incertitude naissantes d\u2019un \u00ab nouvel ordre mondial \u00bb.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas fallu attendre longtemps pour \u00e9prouver cette flotte, car l\u2019invasion iraquienne du Kowe\u00eft, le 1er aout 1990, a conduit tous les b\u00e2timents militaires du Canada \u00e0 aller \u00e0 la guerre pour la premi\u00e8re fois depuis la guerre de Cor\u00e9e. Le Canada a vite r\u00e9agi \u00e0 la crise, mais les Forces canadiennes ont eu beaucoup de mal, \u00e0 cause des ann\u00e9es de manque d\u2019entretien, \u00e0 fournir la puissance militaire qu\u2019il fallait pour \u00e9tayer la politique du gouvernement. La marine \u00e9tait le service le mieux \u00e0 m\u00eame de r\u00e9pondre et, cons\u00e9quemment, le ministre de la D\u00e9fense, Bill McKnight, annon\u00e7a que le Canada allait envoyer son propre groupe op\u00e9rationnel \u2014 qui se composerait de l\u2019Athabaskan (3e), du Restigouche (2e), et du Terra Nova, ainsi que le ravitailleur Protecteur \u2014 pour pr\u00e9venir un surcroit d\u2019agression et pour montrer qu\u2019il appuyait les sanctions commerciales contre l\u2019Iraq.<\/p>\n<p>Cette marine a d\u00fb relever d\u2019\u00e9normes d\u00e9fis m\u00eame avant que le groupe op\u00e9rationnel canadien (GOC) 302.3 soit envoy\u00e9 au Golfe. \u00c9tant donn\u00e9 la nature du conflit qui se fomentait, il a vite \u00e9t\u00e9 \u00e9vi-dent que l\u2019\u00e9quipement anti-sous-marin des navires ne servirait pas \u00e0 grand-chose contre des navires de surface et des a\u00e9ronefs. Non seulement a-t-il fallu l\u2019installation au pied lev\u00e9 d\u2019un missile surface-surface (MSS) Harpoon sur le Terra Nova, mais il a aussi fallu grandement moderniser les capacit\u00e9s d\u00e9fensives de tous les navires, notamment de l\u2019\u00e9quipement de communication et de la guerre \u00e9lectronique. Le groupe a \u00e9t\u00e9 pr\u00eat en moins de deux semaines gr\u00e2ce au personnel du chantier mari\u00adtime qui travaillait 24 heures sur 24. L\u2019entrainement intense, en route vers le golfe Persique, y compris un programme fran\u00e7ais pour se pr\u00e9parer aux attaques iraquiennes au missile Exocet, lui ont aussi permis de se pr\u00e9parer aux difficult\u00e9s op\u00e9rationnelles.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces pr\u00e9parations de circons\u00adtance, et le fait que la marine cana-dienne n\u2019avait jamais op\u00e9r\u00e9 dans cette r\u00e9gion pr\u00e9cise, le groupe op\u00e9rationnel a extr\u00eamement bien fonctionn\u00e9. Les marins de la United States Navy (USN) \u00e9taient tr\u00e8s heureux de travailler avec les Canadiens quand il s\u2019agissait d\u2019intercepter le trafic parce que leur \u00e9quipement et leurs proc\u00e9dures se ressemblaient beaucoup. Les hauts grad\u00e9s de la Marine canadienne d\u00e9siraient tout autant que leurs maitres politiciens approuvent l\u2019affectation, surtout que cela donnerait au groupe op\u00e9rationnel un r\u00f4le important dans la Force multinationale d\u2019interception (FMI) qui \u00e9tait charg\u00e9e d\u2019interdire la navigation \u00e0 destination ou en provenance d\u2019Iraq.<\/p>\n<p>Le commandant canadien sup\u00e9rieur, le commodore Ken Summers, proposa que le groupe op\u00e9rationnel soit d\u00e9di\u00e9 au r\u00e9approvisionnement. Pour citer le capitaine de vaisseau Duncan Miller qui \u00e9tait le chef d\u2019\u00e9tat-major de Summers, les \u00c9tats-Uniens \u00ab ont ador\u00e9 l\u2019id\u00e9e \u00bb et ils ont m\u00eame propos\u00e9 que les Canadiens orga\u00adnisent les efforts internationaux relatifs \u00e0 la livraison de nourriture, de carburant et de mat\u00e9riel militaire dont la coalition avait besoin pour ses op\u00e9rations. Les Am\u00e9ricains avaient plusieurs raisons de vouloir cr\u00e9er une force de logistique de combat (FLC) internationale sous un commandement canadien. Tout d\u2019abord, non seulement cette force, compos\u00e9e de plus de 30 navires d\u2019escorte et de soutien engag\u00e9s par 10 pays lib\u00e9rait-elle les b\u00e2timents de la USN pour le combat, elles rendaient utiles les forces de la coalition qui ne pouvaient s\u2019int\u00e9grer facilement aux forces \u00e9tats-uniennes. Ensuite, les Canadiens connaissaient fort bien les tactiques, la doctrine et les m\u00e9thodes de la USN, ainsi que les syst\u00e8mes cruciaux de commandement et de contr\u00f4le et de communication des Tribal, ce qui leur permettait de servir efficacement d\u2019interm\u00e9diaire entre les Am\u00e9ricains et les autres marines de la coalition.<\/p>\n<p>La nomination de Miller au poste de commandant de la FLC \u00e9tait vraiment prestigieuse. Le fait que les navires eux-m\u00eames ont extr\u00eamement bien march\u00e9 dans le cadre de la FLC a am\u00e9lior\u00e9 encore plus la r\u00e9putation de la Marine canadienne. Sur les 105 missions d\u2019escorte assign\u00e9es \u00e0 la FLC, un tiers environ ont \u00e9t\u00e9 accomplie par le Terra Nova et l\u2019Athabaskan. Et ce n\u2019\u00e9tait pas le seul point fort de la guerre pour la Marine. Le Protecteur y a acquis une r\u00e9putation respectable quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9, et, le 18 f\u00e9vrier, l\u2019Athabaskan rehaussait son prestige en faisant fi des champs de mines pour se porter \u00e0 l\u2019aide du USS Princeton en d\u00e9tresse. Toujours est-il que c\u2019est le gouvernement qui a \u00e9t\u00e9 le mieux r\u00e9compens\u00e9, car cette force navale relativement petite a affich\u00e9 un rendement maximal pour la politique \u00e9trang\u00e8re du Canada; le commandement de la FLC par Miller a pr\u00e9sent\u00e9 le pays en tant que chef de file international, d\u00e9cisif et intervenant cl\u00e9 quand il s\u2019agissait de s\u00e9curit\u00e9 mondiale.<\/p>\n<p>Toutefois, cette r\u00e9compense a \u00e9prouv\u00e9 la Marine au plus haut point, et il vaut peut-\u00eatre mieux pour elle que la guerre n\u2019ait pas dur\u00e9 longtemps. La capacit\u00e9 de changer l\u2019application des navires, d\u2019un emploi anti-sous-marins \u00e0 celui o\u00f9 ils fonctionnaient dans un environnement antia\u00e9rien et antisurface, \u00e9tait impressionnant, mais il y a lieu de douter que ces modifications auraient pu tenir t\u00eate \u00e0 une r\u00e9elle offensive des Iraquiens. Il est \u00e9vident aussi que la Marine aurait eu beaucoup de difficult\u00e9s \u00e0 maintenir un effort militaire prolong\u00e9. Plut\u00f4t que d\u2019envoyer des navires qu\u2019il faudrait modifier autant que l\u2019Athabaskan, le Terra Nova et le Protecteur, on dressa un plan dans le cadre duquel ce sont les \u00e9quipages au complet qu\u2019on remplacerait. Lors de la premi\u00e8re rotation, le 6 janvier 1991, l\u2019\u00e9quipage du Preserver changea de place avec celui du Protecteur, mais le d\u00e9but de l\u2019offensive a\u00e9rienne des alli\u00e9s mena \u00e0 la d\u00e9cision de remplacer les navires apr\u00e8s tout, et le Huron (2e) et le Restigouche devaient remplacer les deux destroyers. Le Huron fut pr\u00eat aux op\u00e9rations avant la fin des hostilit\u00e9s, mais le succ\u00e8s \u00e9blouissant de l\u2019offensive au sol de la coalition et le cessez-le-feu subs\u00e9quent, le 28 f\u00e9vrier, firent disparaitre le besoin d\u2019envoyer le Restigouche.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait \u00e9vident que le nouvel ordre mondial allait susciter des situations o\u00f9 la Marine devrait \u00eatre pourvue de capacit\u00e9s d\u00e9di\u00e9es aux op\u00e9rations antisurface et antia\u00e9riennes. Il lui faudrait attendre que les quatre navires du projet de MNCT (modernisation des navires de classe Tribal) soient termin\u00e9s et que les FCP soient livr\u00e9es, entre 1992 et 1996, pour disposer de toutes ces capacit\u00e9s, ce qui voulait dire qu\u2019elle serait oblig\u00e9e de compter sur un m\u00e9lange de vieux navires et de nouveaux pour r\u00e9pondre aux demandes de plus en plus nombreuses.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait vraiment une p\u00e9riode pleine d\u2019activit\u00e9s. Les \u00c9tats-Unis se trouvaient dans une position o\u00f9 ils pouvaient agir en tant que \u00ab police \u00bb du monde et le gouvernement Mulroney voulait que le Canada en soit un des principaux agents. En cons\u00e9quence, le Huron allait maintenir une pr\u00e9sence canadienne dans le Golfe, o\u00f9 il exer\u00e7ait des sanctions \u00e9conomiques contre l\u2019Iraq, cependant que les op\u00e9rations des Forces canadiennes Deliverance et Relief faisaient du ravitailleur Preserver un navire de transport maritime, de soutien administratif et d\u2019\u00e9tat-major des forces a\u00e9roport\u00e9es canadiennes lors de la mission d\u2019assistance humanitaire internationale et de contr\u00f4le de conflit en Somalie. Les autres op\u00e9rations, comme Sharp Guard sur l\u2019Adriatique, dans le cadre de laquelle on exer\u00e7ait des sanctions de l\u2019ONU pour r\u00e9primer la violence ethnique en ancienne Yougoslavie et les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour restaurer le gouvernement ha\u00eftien ont aussi fait remarquer l\u2019efficacit\u00e9 de la Marine. Effectivement, le fait qu\u2019aucun navire transportant des armes n\u2019ait r\u00e9ussi \u00e0 ouvrir une br\u00e8che dans le blocus de l\u2019ancienne Yougoslavie, et que les \u00e9quipages de deux navires prenant part \u00e0 l\u2019op\u00e9ration d\u2019Ha\u00efti ont r\u00e9ussi \u00e0 accoster 9 424 vaisseaux, \u00e0 faire 1 388 arraisonnements arm\u00e9s et ont \u00e9cart\u00e9 119 bateaux, a attir\u00e9 beaucoup d\u2019\u00e9loges pour la Marine.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que le premier ministre Jean Chr\u00e9tien d\u00e9sirait continuer quand son parti, le Parti lib\u00e9ral, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, en octobre 1993. Dans le livre blanc de 1994, les lib\u00e9raux disaient clairement aux Canadiens qu\u2019ils se trouvaient confront\u00e9s \u00e0 un monde fragment\u00e9 et plein d\u2019impr\u00e9vus. Pour la Marine, cela voulait dire qu\u2019il faudrait un groupe op\u00e9rationnel maritime \u00e0 chaque c\u00f4te, qui comprendrait jusqu\u2019\u00e0 quatre destroyers, fr\u00e9gates ou sous-marins.<\/p>\n<p>La Marine avait suffisamment de b\u00e2timents pour se conformer \u00e0 cette consigne, bien qu\u2019\u00e0 peine, mais l\u2019\u00e9tat financier du pays obligeait les lib\u00e9raux \u00e0 r\u00e9duire le d\u00e9ficit en priorit\u00e9. Les r\u00e9ductions ult\u00e9rieures du budget de la d\u00e9fense \u00e9taient substantielles (avec des traits communs \u00e0 celles du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980) et, \u00e9tant donn\u00e9 les couts et les besoins associ\u00e9s aux forces navales polyvalentes et \u00e0 leurs op\u00e9rations, on tombait dans l\u2019illogique.<\/p>\n<p>Pour aboutir \u00e0 une flotte vraiment polyvalente qui puisse accomplir les fonctions expos\u00e9es bri\u00e8vement dans le livre blanc, il fallait \u00e0 la Marine plus de navires, de divers types, que ce que le gouvernement lui accordait. \u00c9tant donn\u00e9 que l\u2019acquisition d\u2019actifs dont elle avait vraiment besoin \u00e9tait retard\u00e9e, la situation empirait encore. Par exemple, le remplacement des vieux h\u00e9licopt\u00e8res Sea King \u00e9tait un point d\u00e9licat depuis que Chr\u00e9tien avait annul\u00e9 le programme des EH-101 quand il avait pris le pouvoir. Effectivement, le programme avait des r\u00e9sonnances politiques si fortes que les lib\u00e9raux devaient non seulement s\u2019occuper d\u2019une s\u00e9rie d\u2019accidents de Sea King, mais il a fallu attendre que Chr\u00e9tien d\u00e9missionne, en d\u00e9cembre 2003, pour choisir le Superhawk H-92.<\/p>\n<p>En outre, \u00e9tant donn\u00e9 la bataille des lib\u00e9raux avec le d\u00e9ficit, le d\u00e9sir de la Marine de profiter d\u2019une occasion remarquable pour remplacer les Oberon vieux de 30 ans par la classe britannique Upholder relativement plus moderne a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9 jusqu\u2019en 1998. Par cons\u00e9quent, la Marine n\u2019a pas pu prendre possession du premier sous-marin, le NCSM Victoria, avant deux ans.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les r\u00e9ductions de budget et les retards du programme naval, le rythme op\u00e9rationnel de la Marine ne semblait pas du tout fl\u00e9chir. Le travail d\u2019arraisonnement maritime entre 1995 et 2002, dans le cadre des sanctions continues de l\u2019ONU contre l\u2019Iraq (les op\u00e9rations comme Tranquility, Prevention, Determination et Augmentation), \u00e9tait toujours aux premi\u00e8res lignes \u00e0 l\u2019ordre du jour internatio-nal de la Marine. Il y avait toutefois une grande diff\u00e9rence entre certaines de ces op\u00e9rations et les d\u00e9ploiements pr\u00e9c\u00e9dents dans le Golfe. Gr\u00e2ce \u00e0 la familiarit\u00e9 de leurs \u00e9quipages avec la doctrine et les tactiques des Am\u00e9ricains, ainsi qu\u2019\u00e0 la compatibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipement, les navires canadiens sont les seuls navires des alli\u00e9s qui se sont enti\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9s dans plusieurs groupes op\u00e9rationnels de porte-avions et de la force du Pacifique au Moyen-Orient am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Des inqui\u00e9tudes comme quoi les navires canadiens pourraient se faire entrainer dans les affaires \u00e9tatiques des \u00c9tats-Unis ont vite \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9es par les avantages politiques de devenir membre des groupes de la USN. Une telle int\u00e9gration donnait au gouvernement une nouvelle fa\u00e7on de pr\u00e9senter simultan\u00e9ment le d\u00e9sir du Canada de partager le fardeau en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 collective et d\u2019appuyer les r\u00e9solutions de l\u2019ONU sans \u00eatre oblig\u00e9 d\u2019envoyer un groupe op\u00e9rationnel que la Marine ne pouvait pas maintenir.<\/p>\n<p>D\u2019autres op\u00e9rations ont renforc\u00e9 le point de vue que la Marine r\u00e9ussissait fort bien avec les actifs qu\u2019elle avait \u00e0 sa disposition. Il est s\u00fbr que les destroyers, les fr\u00e9gates, et les sous-marins envoy\u00e9s renforcer le minist\u00e8re des P\u00eaches et Oc\u00e9ans en 1995, pendant la soi-disant guerre du fl\u00e9tan avec l\u2019Espagne \u00e9taient une composante essentielle d\u2019une op\u00e9ration qui non seulement montrait que le gouvernement s\u2019engageait \u00e0 prot\u00e9ger les populations de poissons, mais elle faisait aussi vibrer la corde sensible du nationalisme chez les Canadiens.<\/p>\n<p>Que ce soit en fournissant des unit\u00e9s de petits navires lors des inondations de la rivi\u00e8re Rouge ou des actifs lors de la trag\u00e9die de l\u2019avion de Swiss Air, ou en envoyant des navires aider les victimes de l\u2019ouragan Andrew en Floride en 1992 ou \u00e0 la Nouvelle-Orl\u00e9ans lors de la d\u00e9vastation de Katrina, les secours aux sinistr\u00e9s l\u2019ont aussi fait vibrer. La Marine \u00e9tait tout aussi active au front de l\u2019assistance humanitaire lors des op\u00e9rations comme la Toucan, dans le cadre de laquelle un ravi-tailleur a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9 au Timor-Oriental.<\/p>\n<p>La Marine s\u2019est aussi distingu\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Une s\u00e9rie de d\u00e9ploiements sur les Grands Lacs ont \u00e9t\u00e9 un triomphe en relations publiques lorsque la Marine est venue au c\u0153ur du pays, alors qu\u2019une s\u00e9rie d\u2019initiatives \u2014 comme nommer la fr\u00e9gate Ville de Qu\u00e9bec (2e) unit\u00e9 de langue fran\u00e7aise, accentuer la pr\u00e9sence de la R\u00e9serve au Qu\u00e9bec et instaurer une politique demandant \u00e0 tous les officiers de devenir bilingues \u2014 a servi \u00e0 faire valoir le service en tant que carri\u00e8re aux yeux des francophones.<\/p>\n<p>Les occasions dans une R\u00e9serve navale requinqu\u00e9e et \u00e9largie \u00e9taient \u00e9galement int\u00e9ressantes pour beaucoup de Canadiens. Le concept de force totale, avec lequel on voulait contrer les r\u00e9ductions, par le gouvernement, des effectifs des forces r\u00e9guli\u00e8res en donnant un r\u00f4le plus important aux r\u00e9servistes, \u00e9tait principalement responsable d\u2019un nouveau sentiment puissant de mission au sein de la R\u00e9serve navale. Missionn\u00e9e sur la d\u00e9fense des c\u00f4tes et sur le dragage des mines gr\u00e2ce \u00e0 12 nouveaux NDC (et obtenant une fonction de contr\u00f4le naval de la navigation commerciale et, par la suite, de renseignement), la R\u00e9serve navale n\u2019\u00e9tait plus rien qu\u2019une force d\u2019augmentation des r\u00e9guliers et, en cons\u00e9quence, le taux de r\u00e9duction des effectifs a baiss\u00e9 et le moral s\u2019est consid\u00e9rablement relev\u00e9. De nouveaux navires et de nouvelles politiques sur le personnel signifiaient que le moral des forces r\u00e9guli\u00e8res aussi \u00e9tait re-lativement solide, mais il y avait anguille sous roche. Les r\u00e9ductions du personnel, le rapport haute mer-terre \u00e9lev\u00e9, et le rythme op\u00e9rationnel vif commen\u00e7aient \u00e0 laisser leurs traces, encore plus quand les \u00e9v\u00e8nements du 11 septembre 2001 ont suscit\u00e9 l\u2019augmentation des demandes qu\u2019on adressait \u00e0 la Marine.<\/p>\n<p>Les attaques de terroristes aux \u00c9tats-Unis ont \u00e9t\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements gros de cons\u00e9quences : elles ont donn\u00e9 lieu \u00e0 un important d\u00e9routement de la politique de d\u00e9fense et des ressources qui ont alors \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es \u00e0 la d\u00e9faite d\u2019Al-Qa\u00efda et de la menace asym\u00e9trique plus g\u00e9n\u00e9rale qu\u2019est le terrorisme. Le gouvernement de Chr\u00e9tien s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart du th\u00e9\u00e2tre iraquien, mais il s\u2019est engag\u00e9 enti\u00e8rement \u00e0 la guerre contre le terrorisme, surtout en Afghanistan. Pourtant, sa r\u00e9ponse imm\u00e9diate, que le ministre de la d\u00e9fense Art Eggleton a annonc\u00e9e le 8 octobre 2001, fut d\u2019envoyer la Marine. En \u00e0 peine neuf jours, six navires mettaient le cap sur la mer d\u2019Oman dans le cadre de l\u2019op\u00e9ration Apollo. C\u2019\u00e9tait un exploit de pr\u00e9paration et de flexibilit\u00e9 dont la cons\u00e9quence a \u00e9t\u00e9 que le Canada y est arriv\u00e9 d\u00e9ployer ses navires tout de suite apr\u00e8s la USN. D\u2019autres triomphes ont eu lieu pendant cette mission, le d\u00e9ploiement naval canadien le plus soutenu et le plus consi-d\u00e9rable depuis la guerre de Cor\u00e9e, qui a dur\u00e9 deux ans : du 2 octobre 2001 au 15 d\u00e9cembre 2003.<\/p>\n<p>La Marine avait de quoi \u00eatre fi\u00e8re. Ayant men\u00e9 des milliers d\u2019accostages et environ 60 p. 100 des arraisonnements de la coalition, elle s\u2019est vite signal\u00e9e en tant que chef de file mondial dans le domaine des tactiques d\u2019arraisonnement. Ses comp\u00e9tences \u00e9taient notablement \u00e9tendues, au point o\u00f9 un Canadien a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 au poste de commandant de la Force op\u00e9rationnelle 151, une force internationale charg\u00e9e du blocus dans le golfe d\u2019Oman. Cependant, Apollo \u2014 comme ce fut le cas de la guerre du Golfe pr\u00e9c\u00e9dente \u2014 a aussi utilis\u00e9 au maximum les ressources dont disposait la Marine. Les fr\u00e9gates, qui n\u2019\u00e9taient pas con\u00e7ues pour commander des groupes op\u00e9rationnels, ont d\u00fb le faire \u00e0 l\u2019occasion car il n\u2019y avait pas suffisamment de destroyers de classe Tribal; et le manque de p\u00e9troliers ravitailleurs obligeait la Marine \u00e0 se tourner vers d\u2019autres pays. Par surcroit, \u00e9tant donn\u00e9 que tous ses marins, au nombre de 4 000 et 16 de ses principaux navires avaient servi dans la r\u00e9gion \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, les programmes d\u2019entretien des b\u00e2timents \u00e9taient tr\u00e8s d\u00e9cal\u00e9s.<\/p>\n<p>La Marine allait avoir un coup de veine qu\u2019elle m\u00e9ritait bien et dont elle avait fort besoin. L\u2019op\u00e9ration Altair, qui succ\u00e9dait \u00e0 l\u2019Apollo, a consid\u00e9rablement r\u00e9duit l\u2019engagement naval du Canada dans la r\u00e9gion. Cette op\u00e9ration, \u00e0 laquelle le Toronto (2e) a pris part le premier, en janvier 2004, allait se caract\u00e9riser par l\u2019envoi d\u2019un b\u00e2timent \u00e0 la fois. Bien entendu que ces navires \u00e9taient occup\u00e9s, comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 le fait que le Charlottetown (2e) \u2014 qui avait la renomm\u00e9e d\u2019\u00eatre un navire \u00ab \u00e0 tout faire \u00bb lorsqu\u2019il faisait partie du groupe a\u00e9ronaval du USS Harry S. Truman \u2014 a pass\u00e9 87 p. 100 du temps qu\u2019il \u00e9tait dans le th\u00e9\u00e2tre en mer. Cette succession de navires, qui permettait aux autres vaisseaux de reprendre leurs fonctions et leurs exercices plus habituels, a \u00e9t\u00e9 temporairement interrompue en juin 2008, quand le commodore Bob Davidson, \u00e0 bord de l\u2019Iroquois (2e), le navire de commandement, et accompa-gn\u00e9 par le Calgary (2e) et le Protecteur, a pris son tour en tant que dirigeant de la flotte de la coalition d\u2019Altair (Force op\u00e9rationnelle internationale 150).<\/p>\n<p>Bien que le rythme op\u00e9rationnel d\u2019Altair \u00e9tait beaucoup plus lent que celui d\u2019Apollo, le gouvernement conservateur du premier ministre Stephen Harper a quand m\u00eame maintenu la Marine occup\u00e9e au moyen de nouvelles missions et des nouvelles zones de responsabilit\u00e9s d\u00e9finies dans la Strat\u00e9gie de d\u00e9fense le Canada d\u2019abord (SDCD). Le document sur cette derni\u00e8re, vraiment strat\u00e9gique et formul\u00e9 clairement, disait aux Canadiens que la d\u00e9fense du pays d\u00e9pendait de sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le Canada, \u00e0 prendre part \u00e0 la d\u00e9fense du continent et \u00e0 participer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 du monde. La diff\u00e9rence entre le document de la SDCD et les autres documents de d\u00e9fense, c\u2019est que le premier garantissait les d\u00e9penses et fournissait un plan o\u00f9 il \u00e9tait indiqu\u00e9 ce dont les gens, l\u2019\u00e9quipement, la formation et l\u2019infrastructure que la Marine auraient besoin pour r\u00e9ussir.<\/p>\n<p>Mis \u00e0 part les fonds qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s pour la modernisation de la classe Halifax, pour le remplacement du Preserver et du Protecteur, dans le cadre du programme d\u2019acquisition des navires de soutien interarm\u00e9s et pour quelques nouveaux patrouilleurs \u00e0 destination de l\u2019Arctique, le gouvernement exposait bri\u00e8vement un plan d\u2019acquisition de 20 ans d\u2019apr\u00e8s lequel la Marine devait acqu\u00e9rir 15 nouveaux combattants de surface pour remplacer les classes Tribal et FCP. Et la SDCD \u00e9tait tout aussi ambitieuse en ce qui a trait aux profits que le gouvernement pouvait s\u2019attendre \u00e0 obtenir en garantissant la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la flotte de vieux navires, comme son d\u00e9sir d\u2019\u00e9tablir une pr\u00e9sence sur l\u2019Arctique canadien l\u2019a d\u00e9montr\u00e9.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte possible de ressources naturelles inexploit\u00e9es, la fonte des glaces polaires et l\u2019ouverture \u00e9ventuelle du passage du Nord-Ouest ont donn\u00e9 une importance strat\u00e9gique \u00e0 l\u2019Arctique, et la Marine ne l\u2019ignore pas. \u00c0 partir de 2002 et pendant les sept ans qui ont suivi, la Marine y a envoy\u00e9 un m\u00e9lange de FCP et de NDC et un sous-marin, de sorte qu\u2019elle garde une pr\u00e9sence en Arctique comme il n\u2019y en a pas eu depuis les croisi\u00e8res pionni\u00e8res de la fin des ann\u00e9es 1940 et des ann\u00e9es 1950. Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile \u00e0 faire. Alors qu\u2019\u00e0 la fin de la guerre froide, les planificateurs sup\u00e9rieurs ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9quilibrer les forces entre la c\u00f4te atlantique et la pacifique, l\u2019ajout de la c\u00f4te arctique pose quelques probl\u00e8mes de logistique et d\u2019affectation des forces pour une Marine qui n\u2019a m\u00eame pas re\u00e7u suffisamment de ressources pour prot\u00e9ger deux des trois oc\u00e9ans qui baignent le Canada de toute l\u2019histoire; alors que dire d\u2019un troisi\u00e8me.<\/p>\n<p>On ne s\u2019\u00e9tonnera pas qu\u2019il y ait des critiques qui se demandent comment, vu tous les r\u00f4les qu\u2019elle joue actuellement, la Marine va g\u00e9rer le nouvel engagement en Arctique. Il est s\u00fbr que le programme naval int\u00e9rieur li\u00e9 \u00e0 la souverainet\u00e9, aux p\u00eaches, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et aux patrouilles de surveillance est encore un r\u00f4le important, surtout pour les NDC. Il a fallu plusieurs fr\u00e9gates, qui collaborent bien avec d\u2019autres d\u00e9partements minist\u00e9riels tel celui de la GRC, pour ralentir le trafic des stup\u00e9fiants ill\u00e9gaux le long des c\u00f4tes du Canada et dans les eaux sud-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>La Marine canadienne a aussi contribu\u00e9 largement \u00e0 la neutralisation de la piraterie internationale qui a augment\u00e9 r\u00e9cemment au large de la Somalie. Les b\u00e2timents comme le Winnipeg (2e) ont \u00e9t\u00e9 reconnus en tant que chasseurs de pirates experts, et le Ville de Qu\u00e9bec a jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 pour maintenir les voies maritimes ouvertes afin que l\u2019ONU puisse livrer des aliments, par l\u2019entremise du Programme alimentaire mondial (PAM) aux 3,2 millions de Somaliens qui en d\u00e9pendent. Les livraisons du PAM charg\u00e9es \u00e0 bord de la fr\u00e9gate St. John\u2019s pour assister les populations affam\u00e9es en Ha\u00efti \u00e0 la suite des ouragans \u00e9taient tout aussi importantes. Et, pour finir, les affectations de navires singuliers pour la cause de la solidarit\u00e9, par le truchement des contributions au 1er Groupe de la Force navale permanente de r\u00e9action de l\u2019OTAN (SNMG1) \u2014 une force de r\u00e9action rapide qui s\u2019entraine et fonctionne en tant qu\u2019\u00e9quipe coh\u00e9rente \u2014 couronnent ce qui est vraiment une profusion de fonctions et de capacit\u00e9s.<\/p>\n<p>Par malheur, il y a des tendances \u00e0 l\u2019horizon qui risquent d\u2019affecter le niveau de versatilit\u00e9 de la Marine. Que ce soit \u00e0 cause du fait que les sous-marins de classe Victoria ne sont pas encore enti\u00e8rement op\u00e9rationnels ou que quatre \u00e0 six FCP sont retenues en m\u00eame temps \u00e0 cause de la modernisation de la classe Halifax, il y aura des moments o\u00f9 la capacit\u00e9 de la Marine de missionner des navires ou de composer des groupes op\u00e9rationnels sera s\u00e9rieusement entrav\u00e9e. Le besoin pressant de remplacer les DDG 280 (leur classification a chang\u00e9 d\u2019escorteurs d\u2019escadre porte-h\u00e9licopt\u00e8res \u00e0 destroyers lance-missiles apr\u00e8s le MNCT) inqui\u00e8te certaines personnes. Bien que les premiers navires de combat de surface canadiens (NCSC) auront des syst\u00e8mes de d\u00e9fense contre avions et de commandement et contr\u00f4le, les retards mettront la Marine dans une position o\u00f9 il faudra qu\u2019elle modernise les 280 une deuxi\u00e8me fois ou qu\u2019elle abandonne pendant un certain temps la capacit\u00e9 fondamentale qui lui permet d\u2019agir en tant que force nationale ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Les retards des NSI aussi, parce que l\u2019industrie a dit au gouvernement de soit diminuer les exigences du navire, soit augmenter le financement, menacent de priver la Marine d\u2019encore un autre besoin essentiel. Sans de nouveaux b\u00e2timents pour remplacer les Preserver et Protecteur de 40 ans, il est presque s\u00fbr que la Marine n\u2019arrivera pas \u00e0 procurer \u00e0 la flotte ce dont elle a besoin.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident aussi que le programme des NSI d\u00e9nonce des probl\u00e8mes de taille, et que ces derniers pourraient amoindrir sa capacit\u00e9 de fournir une force polyvalente. Il y a des critiques qui pr\u00e9tendent, par exemple, que le gouvernement finira par ne pas tenir ses promesses, \u00e0 moins qu\u2019il y ait aussi des r\u00e9formes importantes de l\u2019industrie \u00ab d\u2019expansion et de r\u00e9cession \u00bb du Canada.<\/p>\n<p>L\u2019armement en personnel et le recrutement aussi sont des domaines o\u00f9 des probl\u00e8mes risquent de survenir. Les importantes r\u00e9ductions d\u2019armement en personnel des ann\u00e9es 1990, un processus de recrutement des Forces canadiennes concernant principalement les troupes pour l\u2019Afghanistan et la comp\u00e9tition acharn\u00e9e pour les emplois du secteur priv\u00e9 signifient que la Marine doit s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019insuffisance de personnel qui empirera sa capacit\u00e9 de tenir les engagements op\u00e9rationnels. Le probl\u00e8me est si grave que la Marine a pr\u00e9dit qu\u2019il manquera 1 000 personnes \u00e0 son effectif en 2011.<\/p>\n<p>Le fait que la Marine a manifest\u00e9 tant de polyvalence sans les deux types de navires (croiseurs et porte-avions) dont disposent ses alli\u00e9s plus grands qu\u2019elle, et sans le m\u00eame nombre de b\u00e2timents, est la preuve qu\u2019elle est capable de r\u00e9ussir tr\u00e8s bien avec tr\u00e8s peu de ressources. Trouver des moyens d\u2019accomplir une grande gamme de t\u00e2ches malgr\u00e9 un budget comprim\u00e9 ne lui a pas \u00e9t\u00e9 facile. Pourtant, l\u2019histoire op\u00e9rationnelle et les succ\u00e8s de ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es indiquent qu\u2019un m\u00e9lange de leadership efficace des comp\u00e9tences lui permettant de s\u2019int\u00e9grer \u00e0 ses principaux alli\u00e9s (notamment la USN), son adaptabilit\u00e9, et l\u2019emploi brillant de groupes op\u00e9rationnels fond\u00e9s sur un m\u00e9lange de destroyers de commandement, de fr\u00e9gates polyvalentes, de sous-marins et de ravitailleurs, ont donn\u00e9 lieu \u00e0 ce que l\u2019historien Richard Gimblett appelle, avec raison, l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la Marine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le NCSM Calgary (2e) a \u00e9t\u00e9 mis en service en 1995. PHOTO : FORCES CANADIENNES En 1945, le ministre de la Marine, Douglas Abbott, annon\u00e7ait qu\u2019il aimerait avoir \u00ab une bonne petite flotte maniable \u00bb. 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