{"id":2824,"date":"2014-07-01T00:01:31","date_gmt":"2014-07-01T04:01:31","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=2824"},"modified":"2014-06-13T09:22:00","modified_gmt":"2014-06-13T13:22:00","slug":"face-a-face-sur-est-ce-que-la-bataille-de-la-somme-valait-la-peine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2014\/07\/face-a-face-sur-est-ce-que-la-bataille-de-la-somme-valait-la-peine\/","title":{"rendered":"Face-\u00c0-Face sur est-ce que la bataille de la Somme valait la peine?"},"content":{"rendered":"<h2><span style=\"color: #800000;\">La bataille de la Somme a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des batailles les plus horribles de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Des centaines de milliers de vies ont \u00e9t\u00e9 perdues entre juillet et novembre 1916. En valait-elle la peine?<\/span><\/h2>\n<p>L\u2019auteur <strong>Jonathan Vance<\/strong> dit que <strong><span style=\"color: #800000;\">NON<\/span><\/strong>. L\u2019auteur <strong>Andrew Iarocci<\/strong> dit que <strong><span style=\"color: #800000;\">OUI<\/span><\/strong>.<\/p>\n<p>Vance est professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Western de London, en Ontario. Il est l\u2019auteur de plusieurs articles et livres, y compris <em>Death So Noble: Memory, Meaning and the First World War<\/em> et<i> Maple Leaf Empire: Canada, Britain and Two World Wars<\/i>. Iarocci est professeur adjoint d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Western et auteur de <i>Shoestring Soldiers: The First Canadian Division, 1914-15<\/i>, ainsi que co\u00e9diteur de <i>Vimy Ridge: A Canadian Reassessment<\/i>. Il s\u2019int\u00e9resse actuellement \u00e0 la recherche sur le transport militaire et l\u2019approvisionnement.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2827\" alt=\"Le soldat Donald Johnston McKinnon du Royal Highlanders of Canada revenant du front de la Somme, 1916. [PHOTO : ARCHIVES DE LA REVUE L\u00c9GION]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/somme2.jpg\" width=\"515\" height=\"637\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/somme2.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/07\/somme2-242x300.jpg 242w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le soldat Donald Johnston McKinnon du Royal Highlanders of Canada revenant du front de la Somme, 1916. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ARCHIVES DE LA REVUE L\u00c9GION<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>JONATHAN VANCE<\/strong><\/p>\n<h2><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #800000; text-decoration: underline;\">NON<\/span><\/span><\/h2>\n<p>Le dernier acte de l\u2019offensive de la Somme se jouait pendant que le mar\u00e9chal Sir Douglas Haig assistait \u00e0 la conf\u00e9rence de Chantilly, en novembre 1916. Le 18, les bataillons canadiens ont captur\u00e9 une partie de la tranch\u00e9e <i>Desire<\/i>, et mis une autre section de la cr\u00eate d\u2019Ancre entre les mains des Alli\u00e9s pour l\u2019hiver. Il a fallu pr\u00e8s de cinq mois et plus de 600 000 victimes pour prendre ce terrain \u00e9lev\u00e9, un objectif qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019offensive, le 1<sup>er<\/sup> juillet.<\/p>\n<p>Est-ce que cela valait le coup?<\/p>\n<p>Haig en \u00e9tait certes convaincu. Dans son rapport final sur l\u2019offensive, il a conclu que ses trois objectifs importants avaient \u00e9t\u00e9 atteints : Verdun avait \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e; les principales forces allemandes avaient \u00e9t\u00e9 retenues au front occidental; et la force de l\u2019ennemi avait \u00e9t\u00e9 \u00ab tr\u00e8s fortement us\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Impressionnant, mais vide\u00a0de sens.<\/p>\n<p>Comment quantifier le mot \u00ab fortement \u00bb et dans quelle mesure \u00ab tr\u00e8s \u00bb l\u2019augmente-t-il?<\/p>\n<p>En fait, l\u2019\u00e9valuation de Haig n\u2019a que tr\u00e8s peu d\u2019importance, comme l\u2019offensive elle-m\u00eame, laquelle n\u2019a presque rien donn\u00e9 aux Alli\u00e9s \u00e0 part quelques milles de terrain dont la valeur tactique \u00e9tait incertaine. La pression sur Verdun avait-elle \u00e9t\u00e9 all\u00e9g\u00e9e? La forteresse n\u2019\u00e9tait pas tomb\u00e9e, mais ce n\u2019est que supposition que si elle a surv\u00e9cu, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019offensive de la Somme. En effet, parfois on aurait dit que Verdun \u00e9tait une op\u00e9ration servant \u00e0 d\u00e9tourner l\u2019attention des Allemands de la Somme. Le gros des forces de l\u2019Allemagne avait-il \u00e9t\u00e9 post\u00e9 dans l\u2019Ouest? Des divisions allemandes \u00e9taient all\u00e9es \u00e0 l\u2019est, la Roumanie est tomb\u00e9e aux Puissances centrales, et les Bulgares (avec l\u2019aide des Allemands) s\u2019opposaient \u00e0 une offensive alli\u00e9e au front mac\u00e9donien. Sans la Somme o\u00f9 l\u2019attention des Allemands \u00e9tait attir\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest, les choses auraient pu \u00eatre encore pires pour les Alli\u00e9s, \u00e0 l\u2019est, mais c\u2019est peu dire.<\/p>\n<p>Il reste la d\u00e9claration selon laquelle \u00ab la force de l\u2019ennemi avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s fortement us\u00e9e \u00bb. Les Alli\u00e9s avaient perdu quelque 600 000 hommes, mais l\u2019arm\u00e9e allemande aussi, un fait dont on s\u2019est servi pour d\u00e9fendre la campagne de la Somme dans le cadre de la longue guerre d\u2019usure. Et rares sont les gens qui peuvent nier la valeur des batailles d\u2019usure. Les grandes puissances \u00e9taient tout simplement trop grandes et trop puissantes pour \u00eatre vaincues d\u2019un seul coup. Il fallait les user, effriter leur nombre et leur volont\u00e9 de r\u00e9sister jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019apparaisse le point de rupture. Les op\u00e9rations servant \u00e0 \u00ab mordre et tenir bon \u00bb \u00e9taient particuli\u00e8rement efficaces \u00e0 cette fin, o\u00f9 l\u2019on capturait des objectifs limit\u00e9s afin que l\u2019ennemi y investisse ensuite un nombre immense d\u2019hommes pour les reprendre.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019\u00e9tait pas le cas \u00e0 la Somme. Comme l\u2019a observ\u00e9 l\u2019historien William Philpotts, \u00ab ce ne devait pas \u00eatre un cas de mordre et tenir bon, mais de se pr\u00e9cipiter et esp\u00e9rer \u00bb. La planification de l\u2019offensive s\u2019est faite sans entente sur l\u2019objectif : des commandants croyaient qu\u2019il s\u2019agissait de s\u2019emparer de terres, d\u2019autres pensaient qu\u2019il s\u2019agissait de tuer des Allemands. Haig embrassait l\u2019argument de l\u2019usure; jusqu\u2019au milieu de juin 1916, quand il a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il y avait eu assez d\u2019usure et qu\u2019il \u00e9tait temps de donner un coup d\u00e9cisif. Mais ce d\u00e9layage est absent de son rapport final, o\u00f9 il faisait de la n\u00e9cessit\u00e9 une vertu et d\u00e9clarait qu\u2019il s\u2019\u00e9tait toujours agi d\u2019usure \u00e0 la Somme.<\/p>\n<p>La campagne de la Somme a-t-elle affaibli fatalement les arm\u00e9es allemandes? Si donc, il a fallu tr\u00e8s longtemps pour que la faiblesse apparaisse : pr\u00e8s de deux ans, p\u00e9riode pendant laquelle l\u2019ennemi qui avait \u00e9t\u00e9 mortellement affaibli en 1916, a repouss\u00e9 l\u2019offensive de Nivelle, inflig\u00e9 des pertes \u00e9normes aux Alli\u00e9s \u00e0 Passchendaele en 1917 et mis sur pied la Kaiserschlacht d\u00e9vastatrice en 1918. Selon cette mani\u00e8re de voir les choses, Loos et Festubert faisaient partie du plan d\u2019usure, et la premi\u00e8re bataille d\u2019Ypres, en octobre 1914 en faisait partie aussi, ainsi que, d\u2019ailleurs, celles d\u2019aout et de septembre.<\/p>\n<p>Mais cela prive de sens toute la notion d\u2019une phase d\u2019usure. Compte tenu de l\u2019impasse au Front de l\u2019ouest et de la force des adversaires, l\u2019effritement \u00e9tait une strat\u00e9gie l\u00e9gitime. Mais int\u00e9grer la notion \u00e0 la bataille de la Somme, rien que pour dire que l\u2019offensive valait la peine, c\u2019est r\u00e9compenser le raisonnement confus qui a produit cette longue et sanglante campagne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>ANDREW IAROCCI<\/b><\/p>\n<h2><span style=\"text-decoration: underline; color: #800000;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">OUI<\/span><\/span><\/h2>\n<p>Dans notre souvenir\u00a0populaire sur la Premi\u00e8re Guerre mondiale, \u00ab la Somme \u00bb est \u00e9gale \u00e0 l\u2019absurdit\u00e9 du conflit.<\/p>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> juillet 1916, premier jour de la bataille, les forces de l\u2019Empire britannique ont subi 57 000 victimes en \u00e9change de gains limit\u00e9s. Cela s\u2019est mieux pass\u00e9 pour les Fran\u00e7ais qui, bien qu\u2019en ayant perdu 7 000, ont atteint leurs objectifs de la journ\u00e9e. Si la bataille s\u2019\u00e9tait termin\u00e9e le jour o\u00f9 elle a commenc\u00e9, elle n\u2019aurait servi \u00e0 rien. Mais les combats se sont poursuivis pendant cinq mois. La campagne a contribu\u00e9 sensiblement \u00e0 la victoire des Alli\u00e9s deux ans plus tard. Si la Premi\u00e8re Guerre mondiale a valu la peine, la bataille de la Somme a valu le cout.<\/p>\n<p>La Somme \u00e9tait une offensive des Alli\u00e9s. Les ministres du gouvernement britannique s\u2019attendaient \u00e0 de lourdes pertes, mais ils craignaient que l\u2019effort de guerre des Fran\u00e7ais ne s\u2019effondre si la Grande-Bretagne ne participait pas \u00e0 la campagne commune de 1916. L\u2019offensive allemande \u00e0 Verdun, qui a d\u00e9but\u00e9 en f\u00e9vrier, mettait en \u00e9vidence l\u2019importance de la Somme en tant qu\u2019entreprise des Alli\u00e9s. Alors que les soldats fran\u00e7ais s\u2019effor\u00e7aient de mettre fin \u00e0 l\u2019offensive allemande \u00e0 Verdun, ils avaient plus que jamais besoin de l\u2019appui des Britanniques \u00e0 la Somme. L\u2019alliance et donc l\u2019issue de la guerre d\u00e9pendaient des efforts conjugu\u00e9s.<\/p>\n<p>Le grand \u00e9tat-major fran\u00e7ais consid\u00e9rait la Somme non pas comme une course imm\u00e9diate pour gagner la guerre, mais comme campagne m\u00e9thodique pour effriter les Allemands. Cela devait se faire en s\u2019emparant de petites parcelles de terrain pour attirer les contrat-taques couteuses des Allemands. Le plan a r\u00e9ussi, car le grand \u00e9tat-major allemand insistait pour que chaque m\u00e8tre soit d\u00e9fendu \u00e0 tout prix, ou r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 quand il avait \u00e9t\u00e9 perdu. Les historiens estiment que les Allemands ont lanc\u00e9 330 contrattaques tout au long de la campagne, une politique qui leur a cout\u00e9 tr\u00e8s cher.<\/p>\n<p>Le rapport entre les pertes allemandes et celles des Alli\u00e9s \u00e0 la Somme est sujet \u00e0 d\u00e9bat. Mais m\u00eame si les pertes des Allemands ont \u00e9t\u00e9 moins nombreuses que celles des Alli\u00e9s, l\u2019Allemagne pouvait moins se les permettre. En effet, les combats de 1916 ont mis tant de pression sur les r\u00e9serves allemandes qu\u2019au d\u00e9but de 1917, le grand \u00e9tat-major a raccourci le front \u00e0 la Somme en effectuant un retrait strat\u00e9gique sans pr\u00e9c\u00e9dent d\u2019une profondeur de 40 km. La guerre \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9e, mais des fissures apparaissaient dans les bastions de l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>Les forces de l\u2019Empire britannique ont commis des erreurs fatales sur le terrain \u00e0 la bataille de la Somme. Pendant les premiers stades, les Britanniques ont mobilis\u00e9 une artillerie insuffisante et tir\u00e9 principalement la mauvaise sorte de munitions (obus \u00e0 balles plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 grande puissance explosive), laissant un grand nombre de d\u00e9fenses allemandes intactes. L\u2019infanterie britannique a initialement utilis\u00e9 des tactiques mal adapt\u00e9es, comme les avanc\u00e9es vers l\u2019objectif au pas de marche, au lieu de faire foncer\u00a0en avant de petites unit\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces erreurs menaient toujours \u00e0 des pertes inutiles, mais elles donnaient \u00e9galement des le\u00e7ons importantes. Pendant le d\u00e9roulement de la bataille, l\u2019artillerie britannique\u00a0a appris \u00e0 employer des barrages\u00a0\u00ab rampants \u00bb. Ces barrages roulants tapissaient le champ de bataille tout juste devant l\u2019infanterie qui s\u2019avan\u00e7ait, immobilisant les troupes ennemies dans leurs abris et leurs tranch\u00e9es. Le feu de contrebatterie des artilleurs britanniques contre l\u2019artillerie allemande s\u2019est \u00e9galement am\u00e9lior\u00e9. L\u2019infanterie a appris \u00e0 lutter plus efficacement en petites unit\u00e9s qui se soutenaient mutuellement lors de leur avanc\u00e9e, arrivant \u00e0 une meilleure utilisation des mitrailleuses l\u00e9g\u00e8res, des grenades et des mortiers de tranch\u00e9e. La tactique de 1917 \u00e0 laquelle toute une g\u00e9n\u00e9ration s\u2019est identifi\u00e9e et qui a contribu\u00e9 \u00e0 des prouesses comme la capture de la cr\u00eate de Vimy est n\u00e9e \u00e0 la Somme, \u00e0 Thiepval, Delville, Pozi\u00e8res, Courcelette, ainsi que dans d\u2019autres villages d\u2019agriculteurs fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les simples soldats de l\u2019Empire britannique qui ont combattu et sont morts \u00e0 la Somme ne pouvaient pas connaitre, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les cons\u00e9quences pr\u00e9cises de leurs actions telles que nous les connaissons aujourd\u2019hui. Ces soldats aimaient la vie comme nous l\u2019aimons aujourd\u2019hui. Et pourtant, alors m\u00eame que le nombre de victimes s\u2019\u00e9levait, il n\u2019y avait ni mutinerie,\u00a0ni refus de servir en masse. Personne ne voulait \u00eatre le prochain \u00e0 tomber, mais la plupart des hommes croyaient en la justesse de leur cause. Ils poussaient \u00e0 travers les champs d\u00e9fonc\u00e9s et les bois d\u00e9chiquet\u00e9s de la vall\u00e9e de la Somme pour accomplir leur destin\u00e9e. Et ils ont contribu\u00e9 \u00e0 la victoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bataille de la Somme a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des batailles les plus horribles de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Des centaines de milliers de vies ont \u00e9t\u00e9 perdues entre juillet et novembre 1916. En valait-elle la peine? L\u2019auteur Jonathan Vance dit que NON. L\u2019auteur Andrew Iarocci dit que OUI. 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