{"id":261,"date":"2009-09-01T00:01:28","date_gmt":"2009-09-01T04:01:28","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/index.php\/2009\/09\/le-dernier-veteran-des-plaines-dabraham\/"},"modified":"2009-08-19T11:14:54","modified_gmt":"2009-08-19T15:14:54","slug":"le-dernier-veteran-des-plaines-dabraham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2009\/09\/le-dernier-veteran-des-plaines-dabraham\/","title":{"rendered":"Le dernier v\u00e9t\u00e9ran des plaines d&#8217;Abraham"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/abrahamintro.jpg\" alt=\"La toile de sir Benjamin West The Death Of Wolfe (la mort de Wolfe) o\u00f9 l\u2019on voit les derniers moments du g\u00e9n\u00e9ral britannique, en 1759. [ILLUSTRATION : SIR BENJAMIN WEST, COLLECTION BEAVERBROOK, MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE\u201419910216-332]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La toile de sir Benjamin West The Death Of Wolfe (la mort de Wolfe) o\u00f9 l\u2019on voit les derniers moments du g\u00e9n\u00e9ral britannique, en 1759. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : SIR BENJAMIN WEST, COLLECTION BEAVERBROOK, MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE\u201419910216-332<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>En ce matin de novembre frais et ensoleill\u00e9, il y a un Union Jack qui claque au vent. Il est tout en haut de la falaise de Qu\u00e9bec o\u00f9 le Saint-Laurent se r\u00e9tr\u00e9cit. Les dignitaires se sont assembl\u00e9s au Jardin des gouverneurs, pr\u00e8s du ch\u00e2teau Saint-Louis, la forteresse o\u00f9 ont log\u00e9 les gouverneurs de la Nouvelle-France et de l\u2019Am\u00e9rique du Nord britannique pendant plus de deux si\u00e8cles depuis Champlain. Nous sommes en 1827 et les personnalit\u00e9s sont ici pour poser la pierre angulaire d\u2019un monument qu\u2019on \u00e9rige en l\u2019honneur du g\u00e9n\u00e9ral James Wolfe et du marquis Louis-Joseph de Montcalm.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la c\u00e9r\u00e9monie, dans tous leurs atours pour l\u2019occasion il y a les officiers sup\u00e9rieurs de la garnison britannique de Qu\u00e9bec et les v\u00e9n\u00e9rables maitres de la loge ma\u00e7onnique qui a assum\u00e9 la responsabilit\u00e9 du monument. Le son des cornemuses des Highlanders plane dans les rues de la ville anim\u00e9e aux 27\u00a0000 habitants. L\u2019invit\u00e9 d\u2019honneur est le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, lord Dalhousie, qui a utilis\u00e9 une bonne partie de sa fortune personnelle pour que le monument \u00e0 Wolfe \u2014 et \u00e0 Montcalm aussi, bien s\u00fbr \u2014 puisse \u00eatre construit.<\/p>\n<p>Dalhousie croit que c\u2019est une honte que, 68 ans apr\u00e8s la bataille des Plaines d\u2019Abraham, les Bas-Canadiens n\u2019aient pas encore estim\u00e9 opportun d\u2019honorer les h\u00e9ros condamn\u00e9s de la bataille.<\/p>\n<p>Au dire de Dalhousie, \u00ab\u00a0Nous sommes assembl\u00e9s aujourd\u2019hui pour poser la fondation d\u2019une Colonne en l\u2019honneur de deux hommes illustres, dont le nom a \u00e9t\u00e9 immortalis\u00e9 par leurs hauts faits et par leur mort, et qui ont rendu Qu\u00e9bec c\u00e9l\u00e8bre dans l\u2019histoire du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Peu avant le point culminant de la c\u00e9r\u00e9monie, Dalhousie se tourne vers la foule et s\u2019adresse \u00e0 un vieil homme. \u00ab\u00a0M. Thompson, nous vous honorons ici en tant que compagnon d\u2019armes et t\u00e9moin v\u00e9n\u00e9rable de la chute de Wolfe\u00a0: veuillez nous faire l\u2019honneur de t\u00e9moi\u00adgner en cette occasion aussi, au moyen du maillet que vous avez en main.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>James Thompson, qui a remarquablement v\u00e9cu 95 ans et qui a encore tout ses esprits, s\u2019avance en trainant les pieds. Le capitaine John Young du 79th Highlanders Regiment, l\u2019homme qui a con\u00e7u l\u2019ob\u00e9lisque de 60 pieds, est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Le maillet \u00ab\u00a0tenu fermement\u00a0\u00bb, Thompson frappe consciencieusement les Trois coups mystiques et c\u00e9r\u00e9moniels de la Ma\u00e7onnerie, pour inaugurer le monument aux commandants tomb\u00e9s et, dans un sens, \u00e0 lui-m\u00eame. Apr\u00e8s tout, James Thompson est renomm\u00e9 comme le dernier v\u00e9t\u00e9ran \u2014 britannique, fran\u00e7ais, autochtone ou am\u00e9ricain \u2014 de l\u2019affrontement, bref mais capital, qui a eu lieu le matin du 13 septembre 1759.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/abrahaminset1.jpg\" alt=\"Le monument en l\u2019honneur de Wolfe et Montcalm \u00e0 Qu\u00e9bec. [PHOTO : COLLECTION SIR SANDFORD FLEMING, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2014C-003440]\" align=\"middle\" height=\"654\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le monument en l\u2019honneur de Wolfe et Montcalm \u00e0 Qu\u00e9bec. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : COLLECTION SIR SANDFORD FLEMING, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2014C-003440<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Vers la fin de sa vie, Thompson a dict\u00e9 un compte rendu d\u00e9taill\u00e9 de la campagne de Qu\u00e9bec, dans lequel il fait remarquer le grand sacrifice du 78th Highlanders Regiment, dont il \u00e9tait, \u00e0 la bataille fatale o\u00f9 il poursuivait les Fran\u00e7ais en fuite. \u00ab\u00a0Une chaude \u00e9chauffour\u00e9e s\u2019en est suivie, o\u00f9 ils (les Highlanders) ont beaucoup souffert.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Thompson l\u2019avait probablement ressentie, cette souffrance, car il ne se trouvait pas aux Plaines lors de la bataille; il avait charge de transporter rapidement les bless\u00e9s de son r\u00e9giment en bas de la falaise, dans les bateaux, jusqu\u2019\u00e0 un h\u00f4pital de campagne de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve, \u00e0 L\u00e9vis. Toutefois, il avait certainement couru un grand danger lors du revers sanglant de Wolfe \u00e0 Beauport (en juillet), lors du triomphe des Fran\u00e7ais \u00e0 Sainte-Foy (qui avait eu lieu au printemps 1760) et \u00e0 la prise d\u00e9cisive de Montr\u00e9al par la suite (en \u00e9t\u00e9).<\/p>\n<p>Il \u00e9tait aussi avec Wolfe un an aupa\u00adravant, \u00e0 Louisbourg, o\u00f9, jeune soldat, il avait commenc\u00e9 \u00e0 identifier le g\u00e9ant de l\u2019histoire britannique \u00e0 l\u2019image du p\u00e8re. Thompson, pendant la d\u00e9dicace du monument, s\u2019est probablement rappel\u00e9 avec \u00e9motions de ce temps-l\u00e0 de sa vie. L\u2019une d\u2019entre elles concernait peut-\u00eatre un souvenir sp\u00e9cial o\u00f9 il consid\u00e9rait la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1758, apr\u00e8s que les Britanniques eurent pris la forteresse fran\u00e7aise de l\u2019ile du Cap-Breton.<\/p>\n<p>Thompson s\u2019est souvenu, par la suite, de la premi\u00e8re fois qu\u2019il a rencontr\u00e9 Wolfe. Dans une r\u00e9miniscence enre-gistr\u00e9e par son fils James et intitul\u00e9e General Wolfe\u2014the Soldier\u2019s Friend (l\u2019ami du soldat), Thompson remarquait que l\u2019eau du fort fran\u00e7ais \u00ab\u00a0avait des effets particuli\u00e8rement mauvais pour toute l\u2019arm\u00e9e et je ne m\u2019en suis pas sorti indemne; j\u2019ai souffert d\u2019une maladie qui, en quelques jours, ne m\u2019a plus laiss\u00e9 que la peau et les os\u00a0\u00bb. Thompson, esp\u00e9rant \u00ab\u00a0se faire un peu de muscles\u00a0\u00bb, se for\u00e7a \u00e0 aller se promener au terrain montagneux du Cap-Breton, si semblable \u00e0 celui de sa ville natale de Tain, en \u00c9cosse.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un jour, alors que je fl\u00e2nais ainsi, je vis quelqu\u2019un en civil venir vers moi; ce n\u2019\u00e9tait nul autre que le g\u00e9n\u00e9ral Wolfe. Quand il est arriv\u00e9 \u00e0 ma hauteur, il m\u2019a accost\u00e9 et m\u2019a appel\u00e9 \u201cfr\u00e8re soldat\u201d, (comme) il s\u2019adressait habituellement aux hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre enquis de sa sant\u00e9, Wolfe proposa \u00e0 Thompson de s\u2019asseoir avec lui sur une pierre, pour bavarder. \u00ab\u00a0Il m\u2019a donn\u00e9 beaucoup de bons conseils et m\u2019a dit de faire attention \u00e0 ce que je mangeais, et encore plus \u00e0 ce que je buvais. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 un certain temps [&#8230;], il m\u2019a quitt\u00e9 en me disant des mots que je n\u2019oublierai jamais\u00a0: Salut, fr\u00e8re soldat!\u00a0[&#8230;] il \u00e9tait si gentil et attentionn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de nos hommes, qu\u2019ils se seraient donn\u00e9s corps et \u00e2me pour lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 peine un an apr\u00e8s, \u00e0 Qu\u00e9bec, Thompson rendait un dernier service \u00e0 Wolfe. \u00ab\u00a0Ce fut mon sort de commander le d\u00e9tachement qui a transport\u00e9 son corps \u00e0 bord du b\u00e2timent de guerre \u2014 je ne me souviens plus de son nom \u2014 qui l\u2019a emmen\u00e9 en Angleterre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait du Royal William et, comme Thompson le raconte aussi, une temp\u00eate a failli le faire sombrer, \u00e0 son d\u00e9part, au large de l\u2019ile d\u2019Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>Si inoubliable fut-ce, le temps que Thompson a pass\u00e9 avec Wolfe n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le seul \u00e9v\u00e8nement extraordinaire pendant la longue vie, pleine d\u2019actions dramatiques, qu\u2019il a eue, au service infatigable de Qu\u00e9bec, une ville petite mais d\u2019une grande valeur strat\u00e9gique.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/abrahaminset2.jpg\" alt=\"La repr\u00e9sentation, faite par un artiste, de la prise de Qu\u00e9bec de 1759. [ILLUSTRATION : JULES-ERNEST LIVERNOIS, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2014C-001078]\" align=\"middle\" height=\"320\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La repr\u00e9sentation, faite par un artiste, de la prise de Qu\u00e9bec de 1759. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JULES-ERNEST LIVERNOIS, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2014C-001078<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Quand Thompson, un grand et solide gaillard, n\u2019avait pas bien plus de vingt ans, l\u2019envie le prit de quitter l\u2019\u00c9cosse pour aller chercher une terre et la prosp\u00e9rit\u00e9 au Nouveau-Monde. Un cousin \u00e0 lui l\u2019a encourag\u00e9 \u00e0 s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e britannique. Malheureusement pour lui, son mentor et protecteur, qui aurait pu le faire nommer officier, a \u00e9t\u00e9 parmi les premiers \u00e0 p\u00e9rir sous les canons fran\u00e7ais, \u00e0 Louisbourg.<\/p>\n<p>Bien que ses ambitions militaires avaient essuy\u00e9 un revers, Thompson a fini par cr\u00e9er un h\u00e9ritage consid\u00e9rable en tant que civil en service au Qu\u00e9bec, un h\u00e9ritage bien document\u00e9 s\u2019av\u00e8re-t-il, gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e9moire extraordinaire, et le don d\u2019\u00e9crire en anglais; la plupart des recrues de la force d\u2019invasion des trois r\u00e9giments de Highlanders (les 42e, 77e et 78e) ne parlaient que ga\u00e9lique. Ses notes, journaux et r\u00e9miniscences copieux ont \u00e9t\u00e9 pour les historiens un tr\u00e9sor de d\u00e9tails sur la vie de tous les jours au Qu\u00e9bec d\u2019apr\u00e8s 1759.<\/p>\n<p>Par exemple, \u00e9tant donn\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un homme tellement sens\u00e9, son compte rendu du 16 octobre 1785, le \u00ab\u00a0Dark Day (jour sombre) of Canada\u00a0\u00bb, fait frissonner le lecteur. \u00ab\u00a0\u00c0 quatre heures, il faisait noir \u00e0 nouveau et un coup de tonnerre des plus extraordinaires a choqu\u00e9 nos gens dans la vieille citadelle, comme de juste, et (comme on dit), a engendr\u00e9 une puanteur de souffre qui a failli les \u00e9touffer. L\u2019eau dans leurs bacs et sous les goulottes des avant-toits devint noire comme de l\u2019encre. L\u2019eau apparaissait noire partout, surtout celle qui \u00e9tait expos\u00e9e \u00e0 l\u2019air [&#8230;]. C\u2019est la premi\u00e8re fois de ma vie que j\u2019ai pris un diner, \u00e0 deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 la lueur des chandelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019historien militaire Ian Macpherson McCulloch qui fait autorit\u00e9 sur les Highlanders et qui, avec l\u2019auteur Earl Chapman, est en train d\u2019\u0153uvrer sur une biographie compl\u00e8te de Thompson l\u2019ubiquiste, son don avec la plume lui a m\u00e9rit\u00e9 le statut de \u00ab\u00a0barde officieux\u00a0\u00bb des Highlanders.<\/p>\n<p>Bien que les faits de sa jeunesse sont troubles, il semblerait que Thompson \u00e9tait, au dire de son fils, \u00ab\u00a0ing\u00e9nieur de profession\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la dissolution de son r\u00e9giment, suite \u00e0 la cessation des combats de 1763, il a trouv\u00e9 du travail aupr\u00e8s des autorit\u00e9s britanniques qui avaient alors la t\u00e2che de r\u00e9parer, fortifier et d\u00e9fendre leurs nouvelles acquisitions. \u00c9tant donn\u00e9 que les Britanniques avaient pass\u00e9 quatre mois \u00e0 raser Qu\u00e9bec, il y avait beaucoup de travail \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Thompson a supervis\u00e9 la construction de dizaines de fortifications, y compris la Citadelle, o\u00f9 le Royal 22e R\u00e9giment allait se loger et qui allait \u00eatre, des dizaines d\u2019ann\u00e9es plus tard, une r\u00e9sidence se-condaire des gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux. D\u2019apr\u00e8s ses notes, on a l\u2019impression que Thompson \u00e9tait toujours en d\u00e9placement, voyageant \u00e0 travers la campagne par tous les temps, r\u00e9glant les probl\u00e8mes de toute sorte, r\u00e9primandant les travailleurs saouls (ce qui arrivait fr\u00e9quemment). Thompson a \u00e9t\u00e9 superviseur pratiquement le reste de ses jours, jusqu\u2019en 1825.<\/p>\n<p>Dans ses journaux, \u00e0 l\u2019occasion, il arr\u00eatait de coucher les d\u00e9tails des affaires et y inscrivait ses sentiments. L\u2019entr\u00e9e du 21 novembre 1780 en est un exemple attendrissant. Il y confie avoir fait des arrangements pour se fiancer, pendant ses tourn\u00e9es d\u2019affaires. \u00ab\u00a0Pendant ce voya-ge, je suis parvenu \u00e0 convaincre mademoiselle Fanny Cooper de m\u2019accorder sa compagnie, pour qui j\u2019ai la plus grande estime depuis un certain temps et je la ressens chaque jour plus fortement, bien que je me suis forc\u00e9 de le lui cacher et au monde, jusqu\u2019\u00e0 il y a quelques jours, quand j\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019exprimer \u00e0 ma jolie fille la passion que j\u2019ai pour elle et lui ai donn\u00e9 un peu de temps pour qu\u2019elle y songe, et j\u2019ai alors pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une belle occasion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/abrahaminset3.jpg\" alt=\"La mort du g\u00e9n\u00e9ral Montgomery, en d\u00e9cembre 1775. [ILLUSTRATION : JOHN TRUMBULL, COLLECTION BEAVERBROOK, MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE\u201419930042-001]\" align=\"middle\" height=\"342\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La mort du g\u00e9n\u00e9ral Montgomery, en d\u00e9cembre 1775. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JOHN TRUMBULL, COLLECTION BEAVERBROOK, MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE\u201419930042-001<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Thompson se r\u00e9jouit que Fanny Cooper \u00ab\u00a0a compl\u00e9t\u00e9 mon bonheur en me promettant sa main\u00a0\u00bb, et puis ensuite il recommence \u00e0 documenter le c\u00f4t\u00e9 officiel de son voyage. Peu apr\u00e8s, il demanda une licence de mariage, mais il fut frapp\u00e9 \u00ab\u00a0de terreur instantan\u00e9ment\u00a0\u00bb \u00e0 cause d\u2019un retard dans les \u00e9crits. Le probl\u00e8me fut r\u00e9gl\u00e9 et le couple, mari\u00e9, qui a eu neuf enfants, dont trois sont morts en enfance, y compris William, dont la maladie et la mort, et le tourment ressenti par la m\u00e8re, sont consign\u00e9s de mani\u00e8re poignante par Thompson, dans un carnet.<\/p>\n<p>Son mariage avec Fanny n\u2019\u00e9tait cependant pas le premier de Thompson. Nous apprenons en passant, dans un compte rendu ult\u00e9rieur de sa vie, qu\u2019il s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 quelque temps apr\u00e8s la cessation des combats de 1763 et qu\u2019il avait eu six enfants avec sa premi\u00e8re \u00e9pouse. Et l\u00e0, nous tombons sur un petit myst\u00e8re \u2014 et une trag\u00e9die \u2014 dans la vie par ailleurs bien document\u00e9e de James Thompson. L\u2019\u00e9pouse et les six enfants, dont les noms nous restent inconnus, seraient morts tous en m\u00eame temps, vraisemblablement en 1776 ou \u00e0 peu pr\u00e8s car Thompson notait, en 1780, \u00ab\u00a0cela fait maintenant presque quatre ans que je suis c\u00e9libataire\u00a0\u00bb. Des comptes rendus anecdotiques nous font savoir que cette premi\u00e8re famille est morte dans un incendie.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de la m\u00e8re et des enfants, une courte plaquette biographique qu\u2019on vient de publier cette ann\u00e9e nous donne quelques indices. Il est dit dans James Thompson, A Highlander in Quebec, command\u00e9e dans le cadre de la Year of Homecoming (ann\u00e9e du retour au pays) d\u2019\u00c9cosse, par une soci\u00e9t\u00e9 historique de la ville natale de Thompson, Tain, que la premi\u00e8re \u00e9pouse Thompson \u00e9tait probablement canadienne fran\u00e7aise car \u00ab\u00a0il n\u2019y avait que fort peu de femmes britanniques au Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb. \u00c0 la m\u00eame entr\u00e9e, il est dit que le couple avait quatre fils et deux filles \u2014 la m\u00eame composition que la deuxi\u00e8me famille qui a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019enfance.<\/p>\n<p>Ironiquement, c\u2019est dans les comptes rendus d\u2019autres rencontres militaires extraordinaires qu\u2019il a eues que l\u2019on trouve une des rares r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9pouse de Thompson. Quand la guerre de l\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine a commenc\u00e9 de d\u00e9border au Canada, on avait confi\u00e9 la t\u00e2che \u00e0 Thompson de pr\u00e9parer des fortifications qui serviraient \u00e0 repousser une attaque \u00e0 deux volets men\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Richard Montgomery, vers l\u2019ouest, \u00e0 partir de Montr\u00e9al et par le g\u00e9n\u00e9ral Benedict Arnold, vers le nord, \u00e0 partir de la Nouvelle-Angleterre. Thompson \u00e9crit qu\u2019il surveillait une multitude de projets de d\u00e9fense et qu\u2019il \u00e9tait occup\u00e9, \u00ab\u00a0\u00e0 cheval du lever du jour \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lors de la c\u00e9l\u00e8bre attaque de Qu\u00e9bec pendant une temp\u00eate de neige, la veille du jour de l\u2019an 1775, Montgomery est mort. Thompson a fait enterrer le corps de Montgomery dans un cimeti\u00e8re \u00ab\u00a0pr\u00e8s de sa premi\u00e8re \u00e9pouse\u00a0\u00bb. Thompson avait eu un lien avec Montgomery\u00a0: ils avaient combattu ensemble \u00e0 Louisbourg. Quarante-deux ans apr\u00e8s, quand la veuve de Montgomery a demand\u00e9 qu\u2019on lui donne les restes de son mari, Thompson fut appel\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit exact o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 mis en bi\u00e8re.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/abrahaminset4.jpg\" alt=\"La demeure historique de James Thompson. [PHOTO : MAISON HISTORIQUE JAMES THOMPSON]\" align=\"middle\" height=\"386\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>La demeure historique de James Thompson. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MAISON HISTORIQUE JAMES THOMPSON<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Il y a une autre anecdote fascinante \u00e0 propos de l\u2019\u00e9pisode Montgomery. Thompson, croyant qu\u2019il le m\u00e9ritait pour ses r\u00e9alisations lors de la pr\u00e9paration des d\u00e9fenses de la ville, avait revendiqu\u00e9 l\u2019\u00e9p\u00e9e de Montgomery; qu\u2019il avait achet\u00e9e \u00e0 un petit tambour qui l\u2019avait piqu\u00e9e pr\u00e8s du corps du g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019\u00e9p\u00e9e a \u00e9t\u00e9 transmise aux descendants de Thompson, et l\u2019un d\u2019eux l\u2019a vendue au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, lord Lorne, en 1878, pensant que ce serait un souvenir convenant pour le repr\u00e9sentant de la reine. Lorne en a ensuite fait cadeau aux descendants am\u00e9ricains de Montgomery, \u00e0 la \u00ab\u00a0grande indi\u00adgnation\u00a0\u00bb des h\u00e9ritiers de Thompson, selon un compte rendu \u00e9crit en 1905 pour la Literary and Historical Society of Quebec.<\/p>\n<p>Le glaive de Thompson, une \u00ab\u00a0claymore\u00a0\u00bb, qu\u2019il avait apport\u00e9 d\u2019\u00c9cosse en tant que jeune Highlander et dont il s\u2019\u00e9tait servi au combat, se trouve actuellement dans la collection du Mus\u00e9e canadien de la guerre de Sept Ans, ainsi que deux de ses dagues, appel\u00e9es \u00ab\u00a0dirks\u00a0\u00bb, dont une a une poign\u00e9e taill\u00e9e par Thompson lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>S\u2019il y a un int\u00e9r\u00eat qui se maintient et m\u00eame un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat, en ce qui concerne le \u00ab\u00a0vieux sergent\u00a0\u00bb comme l\u2019appelaient les gens de la ville ainsi que les gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux, il se pourrait que ce soit pour les humbles structures que Thompson a b\u00e2ties dans la vieille ville. Les touristes d\u00e9ambulent par milliers pr\u00e8s de la grande, mais vraiment pas luxueuse, maison de Thompson, sur la rue Sainte-Ursule. Cet \u00e9difice \u00e0 trois \u00e9tages, construit en 1793, a appartenu \u00e0 la famille Thompson jusqu\u2019en 1957. Aujourd\u2019hui, le b\u00e2timent, qualifi\u00e9 de site du patrimoine, qui a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 en 1995 et r\u00e9nov\u00e9 m\u00e9ticuleusement par un pompier de Toronto \u00e0 la retraite, Greg Alexander, est un g\u00eete touristique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comme j\u2019aimerais pouvoir la faire visiter \u00e0 Thompson\u00a0\u00bb, dit Alexander \u00e0 propos de la maison qu\u2019il a sauv\u00e9e de la ruine et \u00e0 laquelle il a redonn\u00e9 son air du 18e si\u00e8cle, y installant aussi une plomberie moderne et la d\u00e9corant de sorte qu\u2019elle ait un air authentique. \u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pompier, Alexander a install\u00e9 un \u00ab\u00a0dispositif de d\u00e9tection automatique d\u2019incendie tr\u00e8s complexe\u00a0\u00bb. Il n\u2019ignore pas du tout que la premi\u00e8re \u00e9pouse de Thompson et leurs enfants sont morts dans un incendie. Thompson a surv\u00e9cu \u00e0 ce traumatisme et \u00e0 bien d\u2019autres \u00e9preuves, et a fini par avoir une vie qui, si elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une des plus dramatiques parmi celles du d\u00e9but de la nation canadienne, en a s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 une des plus productives.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En tant que soldat, il \u00e9tait intr\u00e9pide; en tant que serviteur du roi, il \u00e9tait rigoureusement fid\u00e8le\u00a0\u00bb, remarquait-on dans sa n\u00e9crologie, dans le num\u00e9ro d\u2019aout 1830 du journal Mercury de Qu\u00e9bec. On pourrait dire aussi qu\u2019en tant que personnage historique canadien, il a probablement \u00e9t\u00e9 exceptionnel quant \u00e0 la long\u00e9vit\u00e9, une vie qui a dur\u00e9 98 ans et qui s\u2019est \u00e9tendue du massacre de Culloden en \u00c9cosse jusqu\u2019aux premiers troubles relatifs \u00e0 la r\u00e9bellion au Canada. Peut-\u00eatre les conseils de sant\u00e9 que lui a donn\u00e9s le g\u00e9n\u00e9ral Wolfe lors de leur promenade \u00e0 Louisbourg, il y a longtemps, \u00e9taient-ils bien fond\u00e9s. La sant\u00e9 que Thompson a poss\u00e9d\u00e9e lui a permis d\u2019observer et de documenter nombre de merveilles qui ont fait de Qu\u00e9bec le charmant joyau qu\u2019elle est aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Le dernier v\u00e9t\u00e9ran a vraiment fait un legs durable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La toile de sir Benjamin West The Death Of Wolfe (la mort de Wolfe) o\u00f9 l\u2019on voit les derniers moments du g\u00e9n\u00e9ral britannique, en 1759. ILLUSTRATION : SIR BENJAMIN WEST, COLLECTION BEAVERBROOK, MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE\u201419910216-332 En ce matin de novembre frais et ensoleill\u00e9, il y a un Union Jack qui claque au vent. 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