{"id":260,"date":"2009-09-01T00:52:57","date_gmt":"2009-09-01T04:52:57","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/index.php\/2009\/09\/portraits-de-normandie-sept-jours-avec-sept-anciens-combattants\/"},"modified":"2009-08-19T11:03:27","modified_gmt":"2009-08-19T15:03:27","slug":"portraits-de-normandie-sept-jours-avec-sept-anciens-combattants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2009\/09\/portraits-de-normandie-sept-jours-avec-sept-anciens-combattants\/","title":{"rendered":"Portraits de Normandie : Sept jours avec sept anciens combattants"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayintro.jpg\" alt=\"L\u2019ancien combattant Murray Knowles fait une pause \u00e0 la plage Juno. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>L\u2019ancien combattant Murray Knowles fait une pause \u00e0 la plage Juno. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Le 65e anniversaire du jour J et de la campagne de Normandie est un anniversaire important. Cela fait des dizaines d\u2019ann\u00e9es que les troupes ont atterri en se battant et il se pourrait que le monde n\u2019ait plus l\u2019occasion d\u2019y accompagner les v\u00e9t\u00e9rans de cette campagne; de se souvenir avec eux.<\/strong><\/p>\n<p>Le 6 juin dernier, le premier ministre Stephen Harper, le Pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Barack Obama, le prince Charles, le premier ministre britannique Gordon Brown et le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Nicolas Sarkozy se r\u00e9unissaient \u00e0 la plage Omaha, devant les rang\u00e9es de croix, pour dire merci. Cependant, m\u00eame les discours de ce c\u00e9nacle d\u2019orateurs consomm\u00e9s ne peut se comparer aux simples souvenirs de sept anciens combattants de retour en France, membres de la d\u00e9l\u00e9gation officielle d\u2019Anciens combattants Canada.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayinset2.jpg\" alt=\"L\u2019ancienne combattante Beatrice Hunter d\u00e9pose une couronne au cimeti\u00e8re militaire canadien de Brettevile-sur-Laize. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" align=\"middle\" height=\"690\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>L\u2019ancienne combattante Beatrice Hunter d\u00e9pose une couronne au cimeti\u00e8re militaire canadien de Brettevile-sur-Laize. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Tout p\u00e8lerinage du souvenir donne lieu \u00e0 un dilemme\u00a0: on devrait prendre acte pour la post\u00e9rit\u00e9, non seulement de la chronologie, mais aussi du fardeau \u00e9motionnel et intangible de la guerre qui p\u00e8se sur les rescap\u00e9s. L\u2019artiste aquarelliste \u00e0 qui telle mission serait confi\u00e9e commencerait par appliquer sa peinture en couches transparentes jusqu\u2019\u00e0 ce que, avec le temps, on reconnaisse chaque visage, mais une bonne repr\u00e9sentation ne suffit pas en soi; quand le travail de l\u2019artiste a abouti, une vie est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Il faut du temps, il faut un surprenant m\u00e9lange de couleurs et il faut pouvoir s\u2019adapter quand les pigments aqueux s\u2019\u00e9talent dans des directions impr\u00e9vues. Et comme les aquarelles, les anciens combattants sont des clairs-obscurs qui ont surv\u00e9cu parce qu\u2019ils ont su s\u2019adapter. Tout ce que peut faire le soldat, c\u2019est de se battre de toutes ses forces jusqu\u2019\u00e0 ce que le travail soit fait, de plier mais ne pas rompre, comme le roseau et, on l\u2019esp\u00e8re, de s\u2019en sortir indemne.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayinset3.jpg\" alt=\"Le premier ministre Stephen Harper est accompagn\u00e9 des ambassadeurs de la jeunesse Blair Moro (\u00e0 g.) et Solange Saulnier. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" align=\"middle\" height=\"460\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le premier ministre Stephen Harper est accompagn\u00e9 des ambassadeurs de la jeunesse Blair Moro (\u00e0 g.) et Solange Saulnier. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Chaque ancien combattant du voyage est diff\u00e9rent des autres et chaque vieux visage est le trac\u00e9 d\u2019une vie. D\u2019abord, il y a Okill Stuart, grand et mince, dont le p\u00e9tillement oculaire \u00e9mousse les histoires; ensuite, il y a Louis Alleyn, l\u00e9gionnaire du Qu\u00e9bec \u00e0 l\u2019\u0153il vif qui brille des souliers noirs \u00e0 la coiffe sombre fris\u00e9e; il y a \u00e9galement Robert Bruce, un grand blond souriant, chaleureux et accommodant; il y a encore Beatrice Hunter, qui observe et se souvient des soins qu\u2019elle prodiguait aux gars en 1944\u00a0: \u00e0 ses yeux, ils n\u2019ont pas du tout chang\u00e9, ils sont toujours pleins \u00e0 ras bords d\u2019espi\u00e8glerie et de courage; il y a aussi Don Roach, rebelle \u00e9ternel et taquin qui souffle qu\u2019\u00e0 chaque jour il y a un discours de trop et qu\u2019apr\u00e8s tout, il en a fini depuis longtemps du protocole et pourtant il n\u2019en a pas fini; et puis il y a Murray Knowles, un homme tr\u00e8s intelligent et pimpant, en forme comme pas un; et, pour finir, il y a le r\u00e9serv\u00e9 Leonard Wilson, au visage rond et \u00e0 l\u2019humeur bienveillante.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part pour la France de la d\u00e9l\u00e9gation compos\u00e9e de 49 membres a lieu le soir du mercredi 3 juin 2009. \u00c0 sa t\u00eate se trouve Greg Thompson, ministre d\u2019Anciens combattants Canada qui, outre son personnel, est accompagn\u00e9 par deux repr\u00e9sentants de la jeunesse, six parlementaires, un v\u00e9t\u00e9ran des Forces canadiennes et trois repr\u00e9sentants d\u2019organisations d\u2019anciens combattants, dont le pr\u00e9sident national de la L\u00e9gion royale canadienne, Wilf Edmond. Ce dernier a h\u00e2te de se pr\u00e9senter aux anciens combattants du voyage. Il sourit et nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un honneur de c\u00f4toyer les anciens combattants qui ont d\u00e9barqu\u00e9 le jour J et je veux les remercier tous moi-m\u00eame de notre libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayinset1.jpg\" alt=\"Lorna Bruce et les anciens combattants Louis Alleyn et Robert Bruce se tiennent ensemble et se souviennent \u00e0 Saint-Lambert-sur-Dives. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" align=\"middle\" height=\"696\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Lorna Bruce et les anciens combattants Louis Alleyn et Robert Bruce se tiennent ensemble et se souviennent \u00e0 Saint-Lambert-sur-Dives. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Tout de suite apr\u00e8s l\u2019atterrissage, on emm\u00e8ne Stuart, le Montr\u00e9alais fringant, \u00e0 Paris, o\u00f9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique lui d\u00e9cernera la L\u00e9gion d\u2019honneur. Cette d\u00e9coration, qui va \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 deux v\u00e9t\u00e9rans du jour J pendant le p\u00e8lerinage du 65e anniversaire du jour J d\u2019ACC, est la plus haute des d\u00e9corations fran\u00e7aises. Pendant que Stuart, subrog\u00e9 du pr\u00e9sident du Conseil national des associations d\u2019anciens combattants au Canada Cliff Chadderton, s\u2019occupe de cela, le reste du groupe s\u2019engouffre dans un autocar \u00e0 destination de Caen. Six anciens combattants contemplent le paysage et leurs souvenirs, d\u2019un air r\u00eaveur. Les \u00e9difices en pierres d\u00e9lav\u00e9es sont blottis dans de verts paysages et, dans les pr\u00e9s qui les entourent, se voient ci et l\u00e0 des moutons, des chevaux, des vaches. La campagne paisible est on ne peut plus diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle \u00e9tait le 6 juin 1944, quand 15\u00a0000 Canadiens se sont battus pour atteindre la plage. Les souvenirs de cette lutte transparaissent dans le visage des anciens combattants quand ils fixent le paysage.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayinset4.jpg\" alt=\"Le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Obama bavarde avec l\u2019ancien combattant Don Roach quelques instants avant que ce dernier re\u00e7oive la L\u00e9gion d\u2019honneur. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" align=\"middle\" height=\"774\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Obama bavarde avec l\u2019ancien combattant Don Roach quelques instants avant que ce dernier re\u00e7oive la L\u00e9gion d\u2019honneur. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Louis Alleyn, membre qu\u00e9b\u00e9cois de la L\u00e9gion royale canadienne \u00e2g\u00e9 de 87 ans, a servi dans l\u2019Artillerie royale cana\u00addienne et il se souvient des jours pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019invasion du temps du d\u00e9barquement. \u00ab\u00a0On installait nos canons un peu partout, sur tout ce qui flotte, dit-il. \u00bb On allait pr\u00e8s de la c\u00f4te, on allait chez le voisin, on bougeait de tous c\u00f4t\u00e9s [\u2026] il fallait se d\u00e9placer constamment, comme toujours dans l\u2019artillerie [\u2026] on apprend \u00e0 deviner o\u00f9 ils sont pour tirer quelques obus sur la cible et tout \u00e7a change au gr\u00e9 du temps, des mar\u00e9es, des vents et des pannes. \u00bb Le retour en France a donn\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 Alleyn et il se pr\u00e9cipite d\u2019un souvenir \u00e0 l\u2019autre, press\u00e9 d\u2019expliquer son r\u00f4le et il anticipe sur les c\u00e9r\u00e9monies \u00e0 venir.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayinset5.jpg\" alt=\"Le v\u00e9t\u00e9ran de l\u2019Aviation Leonard Wilson, debout sur la plage Juno, se rem\u00e9more la guerre. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" align=\"middle\" height=\"447\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le v\u00e9t\u00e9ran de l\u2019Aviation Leonard Wilson, debout sur la plage Juno, se rem\u00e9more la guerre. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le lendemain matin, il fait beau temps et une brise souffle pendant la visite au Centre de la plage Juno. Il n\u2019y a pas qu\u2019une seule raison pour laquelle Beatrice Hunter, pr\u00e9sidente actuelle de la Nursing Sisters Association of Canada, se sent attir\u00e9e aux plages de la Normandie. Comme c\u2019est le cas pour tous les combattants qui y ont surv\u00e9cu, son \u00e2ge t\u00e9moigne du nombre de trag\u00e9dies qu\u2019elle a rencontr\u00e9es. Elle s\u2019arr\u00eate pour faire remarquer une plaque comm\u00e9morative qui porte le nom de son fr\u00e8re cadet. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en 1967, \u00e0 Chatham (N.-B.), o\u00f9 il \u00e9tait pilote d\u2019avion \u00e0 r\u00e9action, alors elle a achet\u00e9 la plaque pour honorer sa m\u00e9moire en m\u00eame temps que la m\u00e9moire des soldats bless\u00e9s qu\u2019elle a soign\u00e9s pendant les mois qui ont suivi le jour J. \u00ab\u00a0Il y avait encore tant de bless\u00e9s [\u2026] je me rappelle que, quand je servais les plateaux de nourriture, ils se lan\u00e7aient les petits pains d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la salle \u00e0 l\u2019autre\u2026 Le courage, l\u2019humour et la joie de vivre, d\u2019\u00eatre encore vivant apr\u00e8s leurs exp\u00e9riences; eh bien, ce n\u2019\u00e9tait pas une triste affaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ancien combattant qui personnifie peut-\u00eatre le mieux ces gar\u00e7ons grivois, c\u2019est Don Roach, \u00e2g\u00e9 de 82 ans, qui \u00e9tait alors ing\u00e9nieur dans la marine marchande du Canada. C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019on se prom\u00e8ne \u00e0 la plage Juno pour la premi\u00e8re fois; c\u2019est une journ\u00e9e o\u00f9 le sable fait contraste avec le ciel printanier et o\u00f9 le vent du large fait claquer les drapeaux. C\u2019est \u00e9trange, en regardant autour de soi, de voir un paysage de carte postale plut\u00f4t que le d\u00e9cor gris de la guerre. Le 6 juin 1944, Roach \u00e9tait premier maitre \u00e0 bord d\u2019un des cargos qui approvisionnaient les troupes alli\u00e9es. Maintenant, la veille du jour J, on lui dit que le pr\u00e9sident de la France, Nicolas Sarkozy, va \u00e9pingler la L\u00e9gion d\u2019honneur sur sa poitrine, le lendemain. Il hausse les \u00e9paules en souriant, comme s\u2019il se d\u00e9sint\u00e9resse de l\u2019honneur \u00e0 venir, et semble minorer l\u2019importance de son h\u00e9ro\u00efsme. \u00ab\u00a0Je vais me faire embrasser par le pr\u00e9sident de la France.\u00a0\u00bb Il a un sourire triste et, vacillant sur ses jambes, marche sur le sable mou. On lui a souvent demand\u00e9 quels sont les souvenirs qu\u2019il a du 6 juin 1944. \u00ab\u00a0Malheureusement, j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019oublier, dit-il. La guerre n\u2019a rien de romantique, quoi qu\u2019on dise. Ce n\u2019est pas comme dans les films. La r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le chagrin et les larmes.\u00a0\u00bb Il \u00e9voque ses souvenirs pendant qu\u2019il grimpe la pente en chancelant. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait ben plus facile \u00e0 20 ans \u2014 dans le temps, en 1944 \u2014 quand on courait sur le sable; et qu\u2019on \u00e9tait inspir\u00e9s par une mitrailleuse allemande dans le cul.\u00a0\u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/ddayinset6.jpg\" alt=\"Apr\u00e8s la pluie, le sourire du pr\u00e9sident national de la L\u00e9gion Wilf Edmond (\u00e0 g.) et du v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Okill Stuart, \u00e0 Caen. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]\" align=\"middle\" height=\"711\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Apr\u00e8s la pluie, le sourire du pr\u00e9sident national de la L\u00e9gion Wilf Edmond (\u00e0 g.) et du v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Okill Stuart, \u00e0 Caen. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Ce matin-l\u00e0, alors que Roach affronte ses souvenirs sur le sable de la plage Juno, Robert Bruce, lui, va faire un tour \u00e0 un petit cimeti\u00e8re fran\u00e7ais pour affronter les siens. Un sourire triste aux l\u00e8vres, cet homme amiable nous explique que son beau-fr\u00e8re, qui \u00e9tait parachutiste, est mort le matin du 6 juin 1944. \u00ab\u00a0On ne sait trop comment, le navigateur s\u2019est perdu [\u2026] et ils ont saut\u00e9 au milieu des lignes allemandes. Il n\u2019y en a que deux qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s [\u2026] les Allemands ont refus\u00e9 (aux villageois) de les enterrer, au d\u00e9but, mais au bout d\u2019un certain temps que les cadavres gisaient dans un champ, ils y sont quand m\u00eame all\u00e9s et les ont enterr\u00e9s au cimeti\u00e8re de leur \u00e9glise. On y est all\u00e9s.\u00a0\u00bb Soixante-cinq ans, ce ne semble pas si long, quand la perte est encore si proche.<\/p>\n<p>Les souvenirs montent avec la mar\u00e9e, mais la journ\u00e9e est pleine et nous n\u2019avons pas le temps de nous y arr\u00eater. Apr\u00e8s le diner, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s font un tour au centre et puis ils assistent \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie avec d\u00e9p\u00f4t de couronnes pendant laquelle on d\u00e9voile un monument \u00e0 la Marine royale du Canada. Ensuite, il y a deux c\u00e9r\u00e9monies comm\u00e9moratives\u00a0: une \u00e0 Berni\u00e8res-sur-Mer et l\u2019autre au cimeti\u00e8re militaire canadien de Beny-sur-Mer et puis, apr\u00e8s, il y a une r\u00e9ception donn\u00e9e par la commune de Reviers. La veille du retour \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, \u00e0 Caen, la d\u00e9l\u00e9gation prend un repas dans l\u2019autocar, un souper en boites.<\/p>\n<p>La d\u00e9l\u00e9gation du jour J est divis\u00e9e en deux groupes. Les sept anciens combattants, le pr\u00e9sident national Wilf Edmond et Gordon Marsh \u2014 qui repr\u00e9sente les Army, Navy and Air Force Veterans in Canada (ANAVETS) \u2014 se joignent au premier ministre, en matin\u00e9e, au M\u00e9morial de Caen. Harper ayant remerci\u00e9 les anciens combattants, il se tourne vers les jeunes. \u00ab\u00a0Dans les photographies de la Seconde Guerre mondiale ces gars \u00e9taient assez jeunes, certains d\u2019entre eux n\u2019\u00e9taient pas bien plus vieux que vous l\u2019\u00eates aujourd\u2019hui; ils avaient accept\u00e9 la plus dangereuse des t\u00e2ches qu\u2019on puisse imaginer et chang\u00e9 le cours de l\u2019histoire, et ils nous ont donn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 pacifique et prosp\u00e8re que nous avons aujourd\u2019hui. On devrait toujours garder \u00e7a en m\u00e9moire, le reconnaitre et se tenir toujours pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fendre ces choses et ces valeurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u00e0-dessus, l\u2019autocar file vers le Normandy American Cemetery and Memorial o\u00f9 Roach re\u00e7oit la L\u00e9gion d\u2019honneur des mains du pr\u00e9sident fran\u00e7ais sous les yeux de Harper, d\u2019Obama, du prince Charles et de Brown. Ce cimeti\u00e8re de la Seconde Guerre mondiale, o\u00f9 gisent 9\u00a0387 soldats am\u00e9ricains qui ont donn\u00e9 leur vie pendant la guerre, domine la plage Omaha, \u00e0 Colleville-sur-Mer. Les personnalit\u00e9s s\u2019adressent \u00e0 la foule d\u2019environ 10\u00a0000 personnes pendant quelques minutes, mais ce sont les paroles d\u2019Obama qu\u2019on \u00e9coute avec le plus de concentration. \u00ab\u00a0Les citoyens de toutes les croyances, ou sans croyance, ont fini par croire que nous ne pouvions pas demeurer des spectateurs laissant perp\u00e9trer la tuerie et la destruction. C\u2019est pourquoi nous nous sommes engag\u00e9s et avons envoy\u00e9 nos fils se battre et, souvent, mourir, afin que les hommes et les femmes qu\u2019ils n\u2019avaient jamais vus retrouvent la libert\u00e9, dit Obama. [\u2026] C\u2019est une histoire qui n\u2019est jamais facile \u00e0 dire, mais qui toujours nous rend espoir. Car en faisant face aux \u00e9preuves et aux peines de notre temps, et en arrivant au moment qui est la raison d\u2019\u00eatre de la vie, on ne peut que trouver des forces dans ces moments de l\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le petit groupe quitte la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 la plage Omaha, qui avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e \u00e0 grands cris et rejoint les autres \u00e0 la plage Juno. Une bruine transforme le ciel en une toile grise et la d\u00e9l\u00e9gation s\u2019assemble sous de brillants parapluies pour honorer les camarades. Le premier ministre prononce quelques mots avant que se joignent \u00e0 lui le ministre Thompson d\u2019ACC et le ministre d\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais Jean-Louis Borloo, pour d\u00e9poser une couronne en l\u2019honneur du Canada, et puis, \u00e0 l\u2019instar du pr\u00e9sident national Wilf Edmond aussi, les autres membres de la d\u00e9l\u00e9gation d\u00e9posent encore d\u2019autres couronnes. C\u2019est de la part de la L\u00e9gion que Edmond d\u00e9pose sa couronne \u00e0 chaque c\u00e9r\u00e9monie officielle et il fait une remarque relativement aux \u00e9v\u00e8nements comm\u00e9moratifs. \u00ab\u00a0C\u2019est excellent, tr\u00e8s solennel et \u00e9mouvant, et \u00e7a aide \u00e0 vraiment comprendre, quand on se trouve sur la plage avec ces anciens combattants. C\u2019est une excellente le\u00e7on d\u2019histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les souvenirs profonds sont compliqu\u00e9s, comme l\u2019est toute tentative de portraiture o\u00f9 l\u2019on s\u2019essaie \u00e0 \u00e9taler le c\u0153ur du sujet. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gant Murray Knowles, aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 92 ans, il est \u00e9vident que son front est rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa famille et que ses souvenirs du jour J ont \u00e9t\u00e9 adoucis. Il a servi dans la Marine royale du Canada, \u00e0 bord du HMCS Louisburg (2e) et, \u00e0 la fin de la guerre, il \u00e9tait capitaine de corvette. \u00c0 la tomb\u00e9e du soir, il se tient sur la plage, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son fils Stephen et se souvient. \u00ab\u00a0On nous a dit qu\u2019on allait faire partie d\u2019un convoi qui allait attaquer avec les forces alli\u00e9es une semaine avant le jour J [\u2026] essayer de sauver les pauvres gens qui \u00e9taient sous le joug des Allemands [\u2026]. Tout ce temps-l\u00e0, j\u2019attendais des nouvelles. Finalement, 23 jours apr\u00e8s, une d\u00e9p\u00eache m\u2019a apport\u00e9 la nouvelle. Stephen \u00e9tait n\u00e9 le 6 juin 1944, six minutes avant minuit [\u2026]. Qui aurait cr\u00fb que, 65 ans apr\u00e8s, on c\u00e9l\u00e8brerait son anniversaire ici?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le lendemain du jour J d\u00e9bute par une c\u00e9r\u00e9monie comm\u00e9morative au cimeti\u00e8re militaire canadien de Bretteville-sur-Laize, \u00e0 Cintheaux, et puis le diner est servi \u00e0 Cauvicourt. Prochaine escale, la place de l\u2019Ancienne Boucherie, \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie pendant laquelle le ciel s\u2019ouvre au-dessus de nous et il pleut le reste de la journ\u00e9e. La d\u00e9l\u00e9gation, toute mouill\u00e9e, poursuit son chemin vers le Jardin canadien du Souvenir, \u00e0 l\u2019abbaye d\u2019Ardenne, o\u00f9 lui est racont\u00e9e l\u2019histoire sinistre de l\u2019ex\u00e9cution de 20 soldats canadiens par des membres de la 12e Division SS de panzers, en juin 1944.<\/p>\n<p>Le lundi matin, elle prend le d\u00e9part pour une visite guid\u00e9e, avec escales, y compris une au village de St-Lambert-sur-Dives, o\u00f9 le major David V. Currie a m\u00e9rit\u00e9 la Croix de Victoria. Le lendemain matin, c\u2019est le vol de retour et l\u2019occasion de voir la France d\u2019en haut.<\/p>\n<p>L\u2019aviateur silencieux Leonard Wilson voyait la plage Juno d\u2019en haut pendant la campagne de Normandie. D\u2019apr\u00e8s ses souvenirs, il est arriv\u00e9 le 16 ou le 17 juillet et il \u00e9tait bas\u00e9 \u00e0 Beny-sur-Mer, d\u2019o\u00f9 il partait en reconnaissance arm\u00e9e dans un Spitfire. \u00ab\u00a0La plage \u00e9tait toujours compl\u00e8tement embrouill\u00e9e parce que la terre se faisait fouiller par les camions, les trains, les tracteurs, les bombes et tout. Il y avait toujours comme un brouillard dans l\u2019air qui grimpait jusqu\u2019\u00e0 5\u00a0000 pieds, alors quand on s\u2019approchait en avion, on voyait une surface plane, presque comme une table de billard [&#8230;]. Quand on plongeait en dedans, c\u2019\u00e9tait un tout autre monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De nombreux dignitaires sont all\u00e9s \u00e0 la c\u00f4te normande pour dire leur pens\u00e9e et essayer d\u2019inspirer le monde, mais pas un seul mot d\u2019entre tous ces discours ne peut se comparer \u00e0 ce que l\u2019on ressent quand on a pass\u00e9 sept jours en compa\u00adgnie de sept anciens combattants. M\u00eame les mots incomparables de Barack Obama ne peuvent rivaliser avec les petites anecdotes dont ils nous font part, alors quel artiste y a-t-il qui puisse \u00e9taler tant de vie avec ses pinceaux? C\u2019est d\u2019une arduit\u00e9 d\u00e9courageante, mais ce n\u2019est rien \u00e0 comparer aux chances qu\u2019il y avait contre le succ\u00e8s du jour J.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ancien combattant Murray Knowles fait une pause \u00e0 la plage Juno. ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE Le 65e anniversaire du jour J et de la campagne de Normandie est un anniversaire important. 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