{"id":26,"date":"2007-11-01T21:18:34","date_gmt":"2007-11-02T02:18:34","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=26"},"modified":"2008-02-27T13:51:40","modified_gmt":"2008-02-27T18:51:40","slug":"operation-meduse-la-bataille-du-panjwai-partie-2-la-mort-dans-une-zone-de-feu-a-volonte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/11\/operation-meduse-la-bataille-du-panjwai-partie-2-la-mort-dans-une-zone-de-feu-a-volonte\/","title":{"rendered":"Op\u00e9ration M\u00e9duse : la bataille du Panjwai \u2014 Partie 2: La mort dans une zone de feu \u00e0 volont\u00e9"},"content":{"rendered":"<h1><span class=\"style1\"><\/span><\/h1>\n<p><em>Trouver la 1re partie dans notre num\u00e9ro de septembre\/octobre                     ou au site de la toile \u00e0 https:\/\/legionmagazine.com\/francais\/<\/em><\/p>\n<p>Venant d&#8217;\u00eatre jet\u00e9 \u00e0 terre par une explosion, le caporal Richard                   Furoy est couch\u00e9 sur le sol afghan dur o\u00f9 il saigne, o\u00f9 il                   souffre \u00e9norm\u00e9ment et o\u00f9 il est probablement presque en \u00e9tat                   de choc. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui se trouve le corps de son ami, l&#8217;adjudant                   Rick Nolan. Les balles de l&#8217;ennemi d\u00e9chiqu\u00e8tent le sol ou sifflent                   au-dessus de lui en allant frapper le G-Wagen d&#8217;o\u00f9 Furoy vient                   juste de s&#8217;\u00e9chapper.<\/p>\n<p>Le caporal Sean Teal, qui r\u00e9pondait fr\u00e9n\u00e9tiquement au tir                   de l&#8217;ennemi qui surgissait des champs de marijuana en zigzaguant,                   l\u00e0-bas, au loin, pr\u00e8s de l&#8217;\u00e9cole blanche, et en tirant des                   balles en abondance vers les Canadiens, est le seul compatriote                   que Furoy pouvait voir.<\/p>\n<p>Furoy, de la 2e Ambulance de campagne, \u00e9tait l&#8217;infirmier du                   7e Peloton, qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tach\u00e9 aupr\u00e8s de la Compagnie Charles. \u00c0 son                   arriv\u00e9e, Nolan l&#8217;avait pris sous son aile et lui avait montr\u00e9 ce                   qu&#8217;il devait savoir. Nolan \u00e9tait mort et Furoy n&#8217;avait rien                   pu faire : la situation \u00e9tait tout ce qu&#8217;il y a d&#8217;horrible.<\/p>\n<p>Au flanc droit des Canadiens, le sergent Shane Stachnik \u00e9tait                   d\u00e9j\u00e0 mort et l&#8217;attaque \u00e9tait en train de se changer rondement                   en un sauve qui peut. Furoy continuait de penser \u00e0 son ami.                   Au milieu de la bataille, il s&#8217;est \u00e9tir\u00e9 vers Nolan pour lui                   serrer le bras. &#8220;D\u00e9sol\u00e9, mon fr\u00e8re, d\u00e9sol\u00e9&#8221;, dit-il.<\/p>\n<p>Teal et Furoy \u00e9taient tout seuls et leurs moyens de communication,                   en d\u00e9rangement. Furoy s&#8217;\u00e9vanouissait par moments. Il pensait                   qu&#8217;il \u00e9tait peut-\u00eatre au bout du rouleau. Ses pieds lui semblaient                   en feu et il sentait du sang sur son visage. Il perdit connaissance.                   Mais Teal ne lui permit pas de partir; il lui fit reprendre                   ses sens avec la crosse de son fusil.<\/p>\n<p>Teal mit le fusil C8 de Nolan entre les mains de Furoy et                   lui dit : &#8220;L&#8217;ennemi est \u00e0 50 m\u00e8tres droit devant, d\u00e9fends-toi&#8221;.                   Furoy en fit ainsi.<\/p>\n<p>Les secours arriv\u00e8rent soudainement. Dans le maelstrom, Teal                   avait r\u00e9ussi \u00e0 faire signe au VAL le plus pr\u00e8s, indicatif d&#8217;appel                   3-1 Charlie, lui indiquant qu&#8217;il avait besoin d&#8217;aide.<\/p>\n<p>Le sergent Scott Fawcett choisit deux de ses hommes, le caporal                   Jason Funnel et le simple soldat Michael Patrick O&#8217;Rourke,                   et partit \u00e0 la course \u00e0 travers les champs de marijuana.<\/p>\n<p>Furoy, toujours couch\u00e9 par terre, leva les yeux vers Funnel                   et vit des balles tra\u00e7antes passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la t\u00eate de son                   ami, ainsi que des fus\u00e9es, juste au-dessus. De penser Furoy                   : Funnel va certainement se faire tuer d&#8217;un instant \u00e0 l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Par la suite, Funnel dit qu&#8217;il pensait la m\u00eame chose en ce                   qui concernait Furoy, en voyant les balles sillonner le sol                   tout autour de l&#8217;infirmier bless\u00e9.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Ils sont all\u00e9s \u00e0 la guerre, ces soldats canadiens, les v\u00e9t\u00e9rans                   du Panjwai, ils sont all\u00e9s \u00e0 un monde qui n&#8217;a rien de normal.                   Ils ont vu leurs amis bless\u00e9s par terre; ils les ont vus mourir.                   Et ils ont vu leur propre mort : elle \u00e9tait juste l\u00e0, dans                   les fus\u00e9es qui passaient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;eux; la fin de tout. C&#8217;est                   un endroit o\u00f9 on ne se fait pas d&#8217;illusions; un endroit o\u00f9 la                   peur et le courage se valent : qu&#8217;on vive ou qu&#8217;on meure, on                   fait son devoir ou on ne le fait pas. C&#8217;est un endroit d&#8217;o\u00f9 on                   ne revient qu&#8217;\u00e0 grand-peine.<\/p>\n<p>Ne les prenez pas en piti\u00e9; ce n&#8217;est pas ce qu&#8217;ils veulent.                   Ce sont des guerriers professionnels et la premi\u00e8re chose que                   les hommes de la Compagnie Charles veulent vous dire \u00e0 propos                   de la bataille pour l&#8217;objectif Rugby, c&#8217;est qu&#8217;ils n&#8217;ont pas                   perdu. Ils n&#8217;ont pas perdu ce jour-l\u00e0. Ils n&#8217;ont pas perdu                   leur mission. L&#8217;attaque a \u00e9chou\u00e9 et c&#8217;\u00e9tait tout un chaos.                   C&#8217;est s\u00fbr. Mais la force op\u00e9rationnelle a donn\u00e9 une grosse                   racl\u00e9e aux taliban ce jour-l\u00e0. Les ennemis \u00e9taient align\u00e9s                   et cach\u00e9s, des centaines d&#8217;entre eux, qui tiraient de trois                   c\u00f4t\u00e9s. Et les Canadiens se sont avanc\u00e9s, malgr\u00e9 tout; ils se                   sont lanc\u00e9s \u00e0 l&#8217;attaque face aux fusils, face aux fus\u00e9es.<\/p>\n<p>La Compagnie Charles du Royal Canadian Regiment est la compagnie                   la plus d\u00e9cor\u00e9e, celle qui a \u00e9t\u00e9 la plus ensanglant\u00e9e de toutes                   les compagnies des Forces canadiennes. \u00c0 la fin de cette histoire,                   l&#8217;unit\u00e9 aura presque \u00e9t\u00e9 an\u00e9antie, mais m\u00eame \u00e7a ce n&#8217;est pas                   la fin. Sans exception, ces hommes prot\u00e8gent leurs souvenirs                   avec acharnement; ils ne racontent pas des histoires \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re,                   mais ils veulent que vous sachiez ce qu&#8217;ils ont fait, \u00e0 quoi                   ils se sont mesur\u00e9s.<\/p>\n<p>Voici ce qui est arriv\u00e9 :<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait le 3 septembre 2006, le deuxi\u00e8me jour de l&#8217;op\u00e9ration                   M\u00e9duse et la Compagnie Charles lan\u00e7ait une attaque h\u00e2tive directement                   en plein centre de l&#8217;objectif Rugby, un petit terrain fortement                   d\u00e9fendu au milieu du district de Panjwai de la province de                   Kandahar (Afghanistan).<\/p>\n<p>Bien que ce soit principalement l&#8217;histoire de la Compagnie                   Charles des 3 et 4 septembre, M\u00e9duse \u00e9tait toutefois une op\u00e9ration                   immense, le premier assaut terrestre de l&#8217;OTAN et la plus grande                   bataille men\u00e9e par des Canadiens depuis plus d&#8217;un demi-si\u00e8cle.                   D&#8217;apr\u00e8s le plan de M\u00e9duse, la Compagnie Charles, au sud, jouait                   le r\u00f4le du marteau et la Compagnie Bravo du major Geoff Abthorpe,                   au nord, celui de l&#8217;enclume. \u00c0 l&#8217;est et \u00e0 l&#8217;ouest, d&#8217;autres                   forces de la coalition, des Hollandais, des Danois et des Am\u00e9ricains,                   essayaient d&#8217;encaisser les insurg\u00e9s en bloquant les voies par                   o\u00f9 ils auraient pu s&#8217;\u00e9chapper. Bien que les forces canadiennes                   aient \u00e9t\u00e9 form\u00e9es principalement du 1er Bataillon du Royal                   Canadian Regt. de Petawawa (Ont.), il y avait aussi des contingents                   non n\u00e9gligeables du 2e R\u00e9giment du g\u00e9nie de combat, des Royal                   Canadian Dragoons, de la Princess Patricia&#8217;s Canadian Light                   Infantry, un escadron ISTAR (reconnaissance) command\u00e9 par le                   major Andrew Lussier et puis, bien entendu, il y avait les                   hommes sans nom, les forces sp\u00e9ciales alli\u00e9es et canadiennes,                   qui disparaissaient dans l&#8217;ombre \u00e0 l&#8217;occasion.<\/p>\n<p>M\u00e9duse avait pour objet de contrer la force ennemi assez importante                   qui s&#8217;\u00e9tait rassembl\u00e9e au Panjwai, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 peine                   au sud-ouest de la ville de Kandahar. L&#8217;histoire de cette terre                   en est une o\u00f9 des \u00e9trangers sont all\u00e9s pour essayer d&#8217;exercer                   de l&#8217;influence sur l&#8217;Afghanistan du Sud. Les Britanniques ont                   eu de lourdes pertes l\u00e0-bas, tout comme, plus r\u00e9cemment, les                   Russes, qui n&#8217;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 contr\u00f4ler le territoire durant                   leur guerre afghane des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas que ses habitants qui font que c&#8217;est difficile                   de conqu\u00e9rir le district (c&#8217;est le berceau des taliban ainsi                   que des tribus pashtounes), il y a le terrain-m\u00eame. Certains                   appellent la r\u00e9gion de la rivi\u00e8re Arghandab une oasis, mais                   cette image nie son \u00e9trange d\u00e9solation. Le d\u00e9sert Rouge se                   trouve \u00e0 quelques kilom\u00e8tres au sud, comme une fournaise g\u00e9ante                   o\u00f9 l&#8217;air craquant et sec extrait toute l&#8217;humidit\u00e9 de la terre.                   Ainsi, malgr\u00e9 la verdure luxuriante, la vie est dure, les gens                   sont durs et jusqu&#8217;\u00e0 la terre qui est dure.<\/p>\n<p>Le paysage autour de l&#8217;objectif Rugby est un paradis pour                   gu\u00e9rilleros, fa\u00e7onn\u00e9 par des g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;insurg\u00e9s pour en                   faire une parfaite redoute. Il y a des syst\u00e8mes de foss\u00e9s d&#8217;irrigation                   communicants qui ressemblent fort \u00e0 un grand syst\u00e8me de tranch\u00e9es.                   De plus, il y a de vrais syst\u00e8mes d&#8217;enceintes fortifi\u00e9es, de                   tunnels, de champs de ma\u00efs, de plantes de marijuana qui poussent                   si dens\u00e9ment et si haut qu&#8217;on ne voit que les antennes des                   v\u00e9hicules canadiens lorsqu&#8217;ils se d\u00e9placent autour du champ                   de bataille et o\u00f9 la limite des arbres dessine des lignes s&#8217;entrecroisant \u00e0 l&#8217;infini.<\/p>\n<p>Et Rugby, centr\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9cole blanche, \u00e9tait en plein milieu                   de toutes les activit\u00e9s des insurg\u00e9s. C&#8217;\u00e9tait donc un probl\u00e8me                   difficile \u00e0 r\u00e9soudre, peut-\u00eatre le plus difficile de tous.                   Et tout le monde le savait. Il ne s&#8217;agit pas de sagesse r\u00e9trospective                   mais bien de pr\u00e9voyance : plusieurs sources ont rapport\u00e9 que                   les renseignements obtenus par les Canadiens aux \u00e9chelons du                   groupement tactique et de la brigade indiquaient que la position                   d\u00e9fensive principale au Panjwai se trouvait \u00e0 Rugby. Mis \u00e0 part                   les renseignements, on avait prouv\u00e9 que Rugby \u00e9tait une position                   ennemie gr\u00e2ce \u00e0 du sang canadien, le 3 ao\u00fbt, un mois auparavant,                   quand la PPCLI avait perdu quatre soldats lors de sa tentative                   rat\u00e9e de prendre l&#8217;\u00e9cole blanche.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>T\u00f4t le matin, le 2 septembre, la Compagnie Charles avait pris                   Masum Ghar et Mar Ghar, deux points \u00e9lev\u00e9s qui surplombent                   l&#8217;objectif Rugby et la r\u00e9gion autour de Pashmul. Alors que                   les VAL du RCR s&#8217;alignaient et se mettaient \u00e0 tirer sur des                   cibles d&#8217;insurg\u00e9s de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re, les soldats                   du g\u00e9nie, dirig\u00e9s par le lieutenant (aujourd&#8217;hui capitaine)                   Justin Behiels, entreprirent de construire de nouvelles routes                   dans le lit de la rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>Du haut de Masum Ghar, vers le nord, on voit plusieurs caract\u00e9ristiques                   cl\u00e9s de Rugby. Une petite route jonch\u00e9e de bombes et de mines                   de l&#8217;ennemi, surnomm\u00e9e la route Comox\/Vancouver, encaisse l&#8217;objectif \u00e0 l&#8217;est                   et au nord. \u00c0 l&#8217;ouest se trouve l&#8217;\u00e9cole blanche. Et au nord, \u00e0 quelques                   centaines de m\u00e8tres \u00e0 peine, il y a le village de Pashmul lui-m\u00eame,                   qu&#8217;il allait falloir nettoyer aussi.<\/p>\n<p>Mais avant d&#8217;en arriver \u00e0 cette \u00e9tape, il y avait nombre de                   probl\u00e8mes, un immense tas de probl\u00e8mes que le major Matthew                   Sprague devait r\u00e9soudre. La besogne \u00e0 faire d&#8217;abord \u00e9tait de                   faire traverser la rivi\u00e8re Arghandab \u00e0 ses forces pour pouvoir                   atteindre l&#8217;objectif.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Ce qu&#8217;on doit savoir \u00e0 propos de Sprague, c&#8217;est que c&#8217;est                   un meneur d&#8217;hommes. Il n&#8217;h\u00e9site pas. Quand il dit que quelque                   chose doit se faire, \u00e7a se fait. Et il a aussi une autre qualit\u00e9 qui                   est indispensable chez un chef : il prend soin de ses hommes                   quoi qu&#8217;il arrive et ils savent qu&#8217;ils peuvent compter sur                   lui. En cons\u00e9quence, ses hommes ne lui envoient pas de piques,                   pas m\u00eame subtilement, et ils ne le questionnent pas.<\/p>\n<p>Pour se rendre compte de la bataille&#8211;la fureur de la malchance                   et la sempiternelle calamit\u00e9&#8211;il faut s&#8217;imaginer Sprague au                   centre du chaos, qui s&#8217;efforce d&#8217;aiguiller deux choses en m\u00eame                   temps : secourir ses soldats bless\u00e9s au champ de bataille et                   trouver une fa\u00e7on de contrer, sur le moment, l&#8217;immense force                   ennemie qui les a pi\u00e9g\u00e9s et coinc\u00e9s.<\/p>\n<p>Et l&#8217;autre chose qu&#8217;il faut garder \u00e0 l&#8217;esprit, c&#8217;est l&#8217;atmosph\u00e8re                   qu&#8217;il y avait l\u00e0-bas au sol, quand des centaines de soldats                   ennemis tiraient un nombre incroyable de coups de feu de trois                   c\u00f4t\u00e9s, ainsi que le nombre encore plus grand de coups de feu                   tir\u00e9s par les Canadiens, y compris l&#8217;artillerie presque constante                   de la coalition, l&#8217;appui a\u00e9rien rapproch\u00e9 et le feu r\u00e9pressif                   du 9e Peloton de Charles en haut de Masum Ghar.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Bien que la rivi\u00e8re Arghandab f\u00fbt peu profonde en ce temps-ci                   de l&#8217;ann\u00e9e, son lit est tr\u00e8s large, environ 1 000 m\u00e8tres par                   endroits. La force qui allait traverser \u00e9tait form\u00e9e des 7e                   et 8e pelotons de la compagnie, d&#8217;un groupe d&#8217;ing\u00e9nieurs, d&#8217;un                   petit convoi de soldats de l&#8217;arm\u00e9e nationale afghane avec leur \u00e9quipe                   int\u00e9gr\u00e9e d&#8217;entra\u00eeneurs am\u00e9ricains, une \u00e9quipe de d\u00e9gagement                   de route am\u00e9ricaine et le quartier g\u00e9n\u00e9ral tactique de Sprague,                   qui comprenait un contr\u00f4leur a\u00e9rien avanc\u00e9 pour guider l&#8217;appui                   a\u00e9rien de la coalition.<\/p>\n<p>Bon nombre de soldats savaient que l&#8217;ennemi s&#8217;attendait \u00e0 ce                   qu&#8217;ils traversent ici, mais la force d&#8217;attaque n&#8217;avait gu\u00e8re                   le choix. Le seul endroit o\u00f9 il y avait un feu de soutien ce                   matin-l\u00e0 c&#8217;\u00e9tait exactement l\u00e0, juste devant Masum Ghar. Et                   il fallait \u00e9viter Comox\/Vancouver, alors ils \u00e9taient canalis\u00e9s                   au tout d\u00e9but.<\/p>\n<p>La travers\u00e9e de la rivi\u00e8re se fit sans incident, les br\u00e8ches                   furent faites et l&#8217;avanc\u00e9e eut lieu dans les champs au-del\u00e0.                   Le sol \u00e9tait jonch\u00e9 de brochures largu\u00e9es par l&#8217;OTAN pour avertir                   les gens de la localit\u00e9 qu&#8217;une op\u00e9ration allait y avoir lieu.                   Les gens avaient aussi \u00e9t\u00e9 avertis \u00e0 la radio et tous les soldats                   afghans locaux connaissaient bien le plan. Il ne s&#8217;agissait                   pas d&#8217;une attaque surprise.<\/p>\n<p>Avant de traverser, on avait dit aux soldats que l&#8217;ennemi                   avait abandonn\u00e9 ses positions \u00e0 Rugby. Malgr\u00e9 l&#8217;avertissement                   favorable, beaucoup de soldats sentaient que quelque chose                   allait se passer, leurs sens \u00e9taient troubl\u00e9s par ils ne savaient                   quoi. Mais, pour l&#8217;instant, pas un seul coup de feu n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 et                   rien n&#8217;indiquait que la force ennemie \u00e9tait cach\u00e9e \u00e0 quelques                   centaines de m\u00e8tres.<\/p>\n<p>L&#8217;endroit de la t\u00eate de pont initiale avait \u00e0 peu pr\u00e8s la                   grandeur d&#8217;un terrain de football. Il \u00e9tait encaiss\u00e9 \u00e0 l&#8217;ouest                   par la route Comox et au nord et \u00e0 l&#8217;est par des replats, des                   foss\u00e9s et des champs de grande marijuana. Les choses se sont                   embrouill\u00e9es un petit peu, au d\u00e9but, car le 7e Peloton \u00e9tait                   parti au nord et il avait abouti \u00e0 la route Comox. S&#8217;en \u00e9tant                   aper\u00e7u, Sprague leur ordonna par radio de se r\u00e9orienter et                   de revenir tout de suite vers l&#8217;\u00e9cole. Le peloton revint \u00e0 travers                   les lignes de la compagnie pour prendre la t\u00eate de l&#8217;attaque                   de l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s que les ing\u00e9nieurs aient produit leur deuxi\u00e8me ensemble                   de br\u00e8ches, le chef du 8e Peloton, le lieutenant Jeremy Hiltz                   (qui a \u00e9t\u00e9 promu au grade de capitaine depuis), se tint sur                   le replat au bord de la position principale de la compagnie                   pour voir passer dans un foss\u00e9 le G-Wagen o\u00f9 Nolan appuyait                   son visage contre la vitre du passager pour rire, comme s&#8217;il                   essayait de s&#8217;enfuir. Ensuite, Hiltz vit le sergent Shane Stachnik                   traverser le foss\u00e9 accroupi. Stachnick lui lan\u00e7a un dr\u00f4le de                   regard, comme pour dire &#8216;c&#8217;est dingue, mais allons-y quand                   m\u00eame&#8217;.<\/p>\n<p>Le capitaine Derek Wessan donna rapidement des ordres au 7e                   Peloton, qui devait passer par la br\u00e8che des ing\u00e9nieurs et                   s&#8217;enligner avec les quatre VAL, 3-1 Alpha, Bravo et Charlie,                   et la section du g\u00e9nie \u00e0 bord d&#8217;Echo 3-2 Alpha, un peu en avant                   du G-Wagen, indicatif d&#8217;appel 3-1 W, que les soldats qui y                   montaient appelaient 3-1 &#8216;woof&#8217; pour rire, comme pour imiter                   le dernier bruit qu&#8217;on entend quand un v\u00e9hicule s&#8217;enflamme.                   Ils devaient s&#8217;avancer vers l&#8217;\u00e9cole blanche et s&#8217;arr\u00eater 30                   m\u00e8tres avant pour l&#8217;observer. Wessan, un homme imposant, comp\u00e9tent                   et infatigable, aurait d\u00fb \u00eatre dans son propre VAL, mais son                   v\u00e9hicule se trouvant entre les mains des m\u00e9caniciens, il \u00e9tait \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re                   de 3-1 Charlie.<\/p>\n<p>Les quatre VAL s&#8217;avanc\u00e8rent lentement, \u00e0 travers le canal                   d&#8217;irrigation, jusqu&#8217;aux champs de marijuana si denses que les                   chauffeurs et les tireurs n&#8217;y voyaient pas grand-chose. Derri\u00e8re                   eux, le G-Wagen franchissait la br\u00e8che, suivi par Sprague lui-m\u00eame,                   indicatif d&#8217;appel 3-9, qui s&#8217;\u00e9tait avanc\u00e9 pour augmenter la                   puissance de feu au cas o\u00f9 cela s&#8217;av\u00e8rerait n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Fawcett observait la situation par l&#8217;\u00e9coutille de la sentinelle                   arri\u00e8re de 3-1 Charlie et, quand ils s&#8217;\u00e9taient approch\u00e9s \u00e0 30                   m\u00e8tres \u00e0 peu pr\u00e8s de l&#8217;\u00e9cole, il donna l&#8217;ordre \u00e0 son chauffeur                   de stopper. Quelques secondes apr\u00e8s, Fawcett vit deux choses                   arriver presque simultan\u00e9ment. \u00c0 sa droite, la tourelle d&#8217;Echo                   3-2 sembla sauter en morceaux. Il se baissa pour rapporter \u00e0 Wessan                   ce qu&#8217;il venait de voir. Ensuite, \u00e0 sa gauche, Teal lui faisait                   signe avec les mains et criait derri\u00e8re le G-Wagen qui \u00e9tait                   noirci et d&#8217;o\u00f9 sortait de la fum\u00e9e.<\/p>\n<p>Fawcett sauta rapidement de l&#8217;\u00e9coutille dans le ventre du                   LAV o\u00f9 il mit Wessan au courant et rapporta qu&#8217;il allait se                   rendre au G-Wagen. &#8220;Suivez-moi&#8221;, cria Fawcett \u00e0 O&#8217;Rourke et                   Funnel et puis il descendit la rampe arri\u00e8re en courant.<\/p>\n<p>Durant leur course \u00e0 travers les plantes de marijuana vers                   le G-Wagen, le bruit des armes \u00e0 feu \u00e9tait assourdissant et                   le feu de l&#8217;ennemi d\u00e9chirait les grandes plantes. Il pleuvait                   de la marijuana sur les soldats qui sprintaient.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Quelques instants auparavant, sur le si\u00e8ge passager arri\u00e8re                   du G-Wagen, le caporal Furoy se penchait en avant pour mieux                   voir l&#8217;\u00e9cran de son appareil photo num\u00e9rique. Il venait de                   passer l&#8217;appareil \u00e0 Nolan, pour qu&#8217;il prenne quelques photos                   et il voulait savoir s&#8217;il y en avait des bonnes.<\/p>\n<p>Tout explosa soudainement. La premi\u00e8re chose qui est pass\u00e9e                   par l&#8217;esprit de Furoy, c&#8217;est que son appareil avait explos\u00e9 entre                   ses mains. Ce n&#8217;\u00e9tait pas le cas. C&#8217;\u00e9tait probablement une                   grenade propuls\u00e9e par fus\u00e9e qui avait explos\u00e9 \u00e0 travers le                   pare-brise en plein dans la face et la poitrine de Nolan. Des                   fragments d\u00e9chir\u00e8rent l&#8217;\u00e9paule de Furoy et bless\u00e8rent gravement                   l&#8217;interpr\u00e8te afghan assis \u00e0 sa gauche.<\/p>\n<p>Pendant que O&#8217;Rourke et Funnel soignaient Furoy et l&#8217;interpr\u00e8te,                   Fawcett et Teal port\u00e8rent leur attention sur l&#8217;ennemi qu&#8217;il                   fallait tenir \u00e0 distance. Peu de temps apr\u00e8s, Fawcett ordonna \u00e0 ses                   gars d&#8217;emporter les bless\u00e9s \u00e0 3-1 Charlie, ce qu&#8217;ils firent                   sous le feu nourri de l&#8217;ennemi, et faisant l&#8217;aller-retour deux                   fois : un acte de bravoure pour lequel on leur a d\u00e9cern\u00e9 la                   M\u00e9daille de la vaillance militaire.<\/p>\n<p>Fawcett et Teal se sont donc retrouv\u00e9s tout seuls avec le                   corps de Nolan au G-Wagen.<\/p>\n<p>Le feu venant vers eux et celui qui partait en direction inverse&#8211;des                   centaines d&#8217;armes \u00e0 feu tiraient en m\u00eame temps&#8211;\u00e9taient assourdissants.                   Au G-Wagen, les balles arrivaient de trois c\u00f4t\u00e9s et il y en                   avait m\u00eame qui passaient sous le v\u00e9hicule. Couch\u00e9 par terre,                   Fawcett se demanda : &#8220;si les balles de l&#8217;ennemi passent sous                   le G-Wagen, pourquoi suis-je couch\u00e9 par terre?&#8221;<\/p>\n<p>Il se releva d&#8217;un bond et cria \u00e0 Teal de faire comme lui,                   et ils se mirent \u00e0 l&#8217;abri du v\u00e9hicule. \u00c0 quelques douzaines                   de m\u00e8tres \u00e0 leur gauche, le canon principal de 3-1 Bravo s&#8217;enraya                   apr\u00e8s n&#8217;avoir tir\u00e9 que quelques coups, le caporal-ma\u00eetre Sean                   Niefer \u00e9tait assis \u00e0 l&#8217;\u00e9coutille, expos\u00e9 au feu ennemi, qui                   dirigeait son propre tir de barrage avec la mitrailleuse mont\u00e9e                   sur la tourelle. \u00c0 l&#8217;esprit de ceux qui ont vu Niefer dans                   la tourelle, compl\u00e8tement expos\u00e9 aux balles et aux fus\u00e9es qui \u00e9taient                   tir\u00e9es vers lui, cette image est devenue presque embl\u00e9matique                   de toute la bataille. La M\u00e9daille de la vaillance militaire                   lui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9e.<\/p>\n<p>Au flanc droit, Echo 3-2, le VAL de Stachnik, avait l&#8217;air                   bien mal-en-point. Pendant quelques instants effrayants, tout                   le monde pensait que le v\u00e9hicule avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit de fa\u00e7on                   catastrophique. Non seulement sa tourelle avait-elle \u00e9t\u00e9 mise                   en pi\u00e8ces, mais il ne bougeait plus et aucun message radio                   n&#8217;en sortait.<\/p>\n<p>Presque imm\u00e9diatement, une op\u00e9ration de sauvetage fut lanc\u00e9e                   pour accrocher Echo 3-2 afin de le sortir de la zone l\u00e9tale.                   Le chauffeur d&#8217;Echo 3-2 reprit conscience au moment o\u00f9 un soldat                   allait y fixer un c\u00e2ble et il eut la pr\u00e9sence d&#8217;esprit de faire                   marche arri\u00e8re et conduire jusqu&#8217;en arri\u00e8re de la ligne de                   combat, laissant le soldat, le c\u00e2ble \u00e0 la main, au milieu du                   champ.<\/p>\n<p>C&#8217;est au VAL de Sprague que s&#8217;arr\u00eata d&#8217;abord Echo 3-2, d&#8217;o\u00f9 le                   caporal Derick Lewis et le caporal-ma\u00eetre (aujourd&#8217;hui caporal)                   Jean-Paul Somerset saut\u00e8rent pour soigner les bless\u00e9s. Lewis                   monta dans le VAL et, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert que Stachnik \u00e9tait                   mort, il commen\u00e7a \u00e0 soigner le commandant de l&#8217;\u00e9quipage.<\/p>\n<p>Juste avant, Lewis avait vu quelque chose qu&#8217;on ne voit pas                   souvent, un combattant ennemi qui courait, \u00e0 75 m\u00e8tres environ, \u00e0 d\u00e9couvert.                   Il \u00e9paula son fusil et tira un coup de feu. Il manqua son premier                   coup. Il tira \u00e0 nouveau, et puis encore une fois. Le combattant                   ennemi s&#8217;affaissa, mort.<\/p>\n<p>Certains des gars se souviennent bien, mais pour d&#8217;autres                   tout est flou. Dans le cas de Lewis, c&#8217;est une toute autre                   histoire. Il se souvient de ces \u00e9v\u00e9nements avec un d\u00e9tail cristallin,                   il se les rappelle coup par coup, seconde par seconde, comme                   s&#8217;ils venaient de se passer.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, toutefois, Lewis avait mis son arme de c\u00f4t\u00e9 et                   il donnait des premiers soins. Un infirmier am\u00e9ricain, implant\u00e9 dans                   l&#8217;arm\u00e9e nationale afghane, arriva d&#8217;on ne sait o\u00f9 et se mit \u00e0 donner                   un coup de main pour soigner les bless\u00e9s. Quand ce fut clair                   qu&#8217;ils avaient tous \u00e9t\u00e9 soign\u00e9s, Lewis se porta volontaire                   pour raccompagner l&#8217;Am\u00e9ricain jusqu&#8217;aux lignes amies, alors                   ils se mirent en route tous les deux, une course \u00e0 travers                   pratiquement tout le champ de bataille, environ 700 m\u00e8tres,                   que Lewis dut refaire en sens inverse. Bien que les deux ont \u00e9t\u00e9 immobilis\u00e9s                   une fois en allant vers la position \u00e9tats-unienne, et que Lewis                   s&#8217;est fait jeter par terre par une explosion durant son retour,                   ils ont tous deux atteint leur objectif sans une \u00e9gratignure.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>\u00c0 la radio, Sprague avait commenc\u00e9 \u00e0 organiser le 7e Peloton                   pour battre en retraite de la zone l\u00e9tale et retourner aux                   lignes de la compagnie.<\/p>\n<p>Pour ce faire, 3-1 Bravo roula jusqu&#8217;au G-Wagen et baissa                   sa rampe. Fawcett se mit \u00e0 tirer le corps de Nolan vers lui.                   Le soldat qui sortit en premier du LAV s&#8217;arr\u00eata net pr\u00e8s du                   bas de la rampe et les autres soldats s&#8217;empil\u00e8rent derri\u00e8re                   lui.<\/p>\n<p>Ils mirent vite le corps de Nolan \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur et s&#8217;appr\u00eat\u00e8rent \u00e0 partir.                   Fawcett se rendit vite compte que \u00e7a ne marcherait pas, le                   VAL \u00e9tait plein \u00e0 craquer; il n&#8217;y restait plus de place. Fawcett                   jeta un coup d&#8217;oeil \u00e0 son coll\u00e8gue commandant de section, le                   sergent Brent Crellin, et prit une d\u00e9cision assez dure. &#8220;Va-t-en                   d&#8217;ici&#8221;, lui cria-t-il dans le bruit de la bataille. Teal et                   lui allaient rester, se battre, chercher une autre issue.<\/p>\n<p>Crellin actionna l&#8217;interrupteur pour relever la rampe du VAL. &#8220;Bonne                   chance&#8221;, cria-t-il \u00e0 Fawcett. Teal et Fawcett retourn\u00e8rent                   derri\u00e8re le G-Wagen en flammes et recommenc\u00e8rent \u00e0 tirer sur                   l&#8217;ennemi.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 qu&#8217;il se trouv\u00e2t en s\u00e9curit\u00e9 relative gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;armure                   du VAL, 3-1 Bravo allait avoir une nouvelle sorte de malchance.                   Le caporal Jason Ruffolo \u00e9tait le chauffeur du VAL. Ruffolo,                   voyez-vous, c&#8217;est le genre de gars qu&#8217;on veut de son c\u00f4t\u00e9 au                   combat. Son regard, la mani\u00e8re dont il tient sa t\u00eate, on sait                   qu&#8217;il sera l\u00e0 quand on aura besoin de lui. Faisant fi des balles                   qui frappaient le VAL, Ruffolo partit \u00e0 toute allure \u00e0 travers                   le champ de marijuana et, manquant la br\u00e8che, tomba lourdement                   dans le foss\u00e9 d&#8217;irrigation, qui avait huit \u00e0 10 pieds de profondeur.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, lors de l&#8217;\u00e9crasement dans le foss\u00e9, tout ce que                   Ruffolo pouvait entendre c&#8217;\u00e9tait les cris des gens \u00e0 l&#8217;interphone                   et il pensa d&#8217;abord qu&#8217;il venait de tuer toute sa section.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Les choses \u00e9taient devenues encore plus compliqu\u00e9es. Non seulement                   le 7e Peloton \u00e9tait pris sous un feu crois\u00e9 intense, trois                   de ses six v\u00e9hicules \u00e9taient partiellement ou enti\u00e8rement hors                   combat.<\/p>\n<p>Mais ce n&#8217;\u00e9tait pas la seule action qui avait lieu. Au flanc                   gauche, au loin, au-del\u00e0 de la zone l\u00e9tale, le 7e Peloton \u00e9tait                   coinc\u00e9, le 8e Peloton livrait une bataille embrouill\u00e9e pour                   s&#8217;assujettir un groupe d&#8217;enceintes sur la rive de l&#8217;Arghandab.                   Le peloton \u00e9tait descendu de ses VAL et il se battait d&#8217;enceinte \u00e0 enceinte,                   d\u00e9fon\u00e7ant les portes \u00e0 coups de pied et nettoyant les salles                   en abattant les combattants ennemis \u00e0 coups de feu.<\/p>\n<p>Au bout du flanc droit, les soldats de l&#8217;arm\u00e9e nationale afghane,                   qui avaient \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s dans un champ de marijuana, se battaient                   vers le nord, vers la route Comox. Bien qu&#8217;indubitablement                   agressifs, les soldats de l&#8217;ANA se tenaient un peu \u00e0 l&#8217;\u00e9cart                   de la force principale, surtout au flanc nord, parce que personne                   n&#8217;\u00e9tait s\u00fbr de sa maitrise des armes \u00e0 feu et donc les risques                   de feu ami \u00e9taient trop \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, au G-Wagen, Teal et Fawcett \u00e9taient encore                   au milieu du plus important combat de leur vie. Au moins une                   demi-douzaine de grenades propuls\u00e9es par fus\u00e9e avaient hurl\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;eux                   et leurs munitions touchaient \u00e0 leur fin. Vu leur dilemme,                   Fawcett et Teal s&#8217;\u00e9lanc\u00e8rent en un sprint de 100 m\u00e8tres vers                   l&#8217;arri\u00e8re pour rejoindre 3-1 Charlie. Malgr\u00e9 les chances plut\u00f4t                   faibles, ils y arriv\u00e8rent sans se faire toucher. Teal a obtenu                   l&#8217;\u00c9toile de la vaillance militaire et Fawcett, la M\u00e9daille                   de la vaillance militaire.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas qu&#8217;une seule sorte d&#8217;insurg\u00e9s au Panjwai. D&#8217;abord,                   il y a ceux qui le sont \u00e0 temps partiel. Ces gars-l\u00e0 sont surtout                   des fermiers ou de jeunes hommes qui n&#8217;ont rien d&#8217;autre \u00e0 faire.                   Peut-\u00eatre que les taliban les paient pour se battre, peut-\u00eatre                   que les barons de la drogue les paient pour se battre, peut-\u00eatre                   qu&#8217;ils se battent pour leurs propres raisons. En g\u00e9n\u00e9ral, ce                   sont des amateurs. Ils tirent sur une colonne blind\u00e9e avec                   un AK-47 et puis ils essaient de s&#8217;enfuir \u00e0 la course, \u00e0 travers                   champs. Ce n&#8217;est pas bien difficile pour les tireurs des VAL                   de les descendre, alors ils ne font pas long feu.<\/p>\n<p>En lan\u00e7ant l&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse, on pensait qu&#8217;environ la moiti\u00e9 des                   m\u00e9chants du district \u00e9taient des gars \u00e0 temps partiel. En grande                   partie, la raison en \u00e9tait qu&#8217;\u00e0 cause d&#8217;une s\u00e9rie de b\u00e9vues                   et de scandales par rapport \u00e0 la corruption, le gouvernement                   de l&#8217;endroit avait f\u00e2ch\u00e9 tout le monde au point o\u00f9 le Panjwai                   s&#8217;\u00e9tait presque soulev\u00e9 ouvertement.<\/p>\n<p>Toutefois, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la gamme d&#8217;ennemis il y a les                   professionnels. L&#8217;\u00e9quipe des \u00e9toiles. Ces gars ont le commandement                   et le contr\u00f4le. Ils ont des tactiques. Ils organisent des attaques                   coordonn\u00e9es. Ils sont sournois et pas tr\u00e8s faciles \u00e0 tuer.                   Au dire de tout le monde, la force qui frappait alors la Compagnie                   Charles \u00e9tait form\u00e9e des tireurs s\u00e9rieux, des professionnels.<\/p>\n<p>Les rapports du renseignement allaient confirmer par la suite                   que les Canadiens qui tiraient sur les lueurs de d\u00e9part ont                   tu\u00e9 des douzaines de ces gars-l\u00e0, au moins, y compris quelqu&#8217;un                   qui aurait \u00e9t\u00e9 un commandant de grade moyen.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Vu que l&#8217;\u00e9vacuation de la position avanc\u00e9e \u00e9tait en cours,                   c&#8217;\u00e9tait le moment de sortir 3-1 Bravo du foss\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le foss\u00e9, Ruffolo entendait le son que faisaient les                   balles de petit calibre qui frappaient le VAL et il sentit                   le v\u00e9hicule bouger quand une grenade propuls\u00e9e par fus\u00e9e et                   puis une autre, heurtaient la partie arri\u00e8re pr\u00e8s de l&#8217;\u00e9coutille.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agissait de le remorquer en utilisant un bulldozer. Pour                   ce faire, deux soldats re\u00e7urent la consigne de sortir accrocher                   le c\u00e2ble de remorquage de 3-1 Bravo. Dans le tohu-bohu, toutefois,                   ils ne purent trouver le c\u00e2ble qui avait \u00e9t\u00e9 remis\u00e9 en avant                   du v\u00e9hicule. Cons\u00e9quemment, vu qu&#8217;il ne d\u00e9sirait pas rester                   immobilis\u00e9 dans la zone l\u00e9tale, Ruffolo quitta le si\u00e8ge du                   conducteur et, s&#8217;exposant pendant quelques minutes p\u00e9rilleuses,                   accrocha le c\u00e2ble. Mais le v\u00e9hicule lourd refusa de bouger;                   rien \u00e0 faire, le VAL \u00e9tait immobile. Ayant re\u00e7u l&#8217;ordre d&#8217;abandonner                   3-1 Bravo, les hommes enferm\u00e9s en arri\u00e8re&#8211;plusieurs d&#8217;entre                   eux souffrant beaucoup \u00e0 cause de l&#8217;accident&#8211;se mirent \u00e0 sortir                   lentement, par l&#8217;\u00e9coutille arri\u00e8re car la rampe \u00e9tait bloqu\u00e9e.                   Ruffolo sortit \u00e0 nouveau, cette fois-ci pour d\u00e9tacher le c\u00e2ble                   du VAL, afin que le bulldozer puisse s&#8217;en aller, le c\u00e2ble trainant                   par terre.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, Ruffolo, sans v\u00e9hicule, courut jusqu&#8217;\u00e0 un                   autre VAL, mais on lui dit qu&#8217;il n&#8217;y avait plus de place. Alors,                   comme il n&#8217;avait plus le choix, il courut tout seul, \u00e0 travers                   la br\u00e8che, jusqu&#8217;\u00e0 la position de la compagnie.<\/p>\n<p>Dans 3-1 Charlie, qui \u00e9tait sur place pour participer \u00e0 la                   rescousse, Wessan se tourna vers Fawcett et lui dit qu&#8217;il allait                   voir si tout le monde s&#8217;\u00e9tait \u00e9chapp\u00e9 de 3-1 Bravo. Fawcett                   jure que Wessan a travers\u00e9 les 20 m\u00e8tres jusqu&#8217;au foss\u00e9 d&#8217;irrigation                   d&#8217;un seul bond.<\/p>\n<p>Le corps de Nolan \u00e9tait encore dans 3-1 Bravo, dans le foss\u00e9.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-ci, alors que Sprague se pr\u00e9parait \u00e0 contre-attaquer,                   deux choses se sont pass\u00e9es presque en m\u00eame temps, qui en r\u00e9alit\u00e9 ont                   cout\u00e9 la bataille pour l&#8217;objectif aux Canadiens.<\/p>\n<p>\u00c0 la position principale de la bataille, un point de rassemblement                   des bless\u00e9s avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te par le caporal Lewis, \u00e0 l&#8217;abri                   d&#8217;une grosse chargeuse frontale Zettlemeyer et d&#8217;un peu de                   terre entass\u00e9e. Bien que sous le feu ennemi quand m\u00eame, l&#8217;endroit                   semblait assez s\u00e9curitaire et personne ne s&#8217;attendait \u00e0 ce                   qui allait arriver ensuite.<\/p>\n<p>Un obus vola au-dessus de Hiltz et frappa le c\u00f4t\u00e9 du Zettlemeyer.                   L&#8217;explosion tua le soldat William Cushley \u00e0 peu pr\u00e8s sur le                   coup. Funnel sentit la chaleur de l&#8217;explosion et puis, tout                   d&#8217;un coup, il se trouvait par terre \u00e0 15 pieds de l\u00e0. Lewis                   aussi fut jet\u00e9 \u00e0 terre par l&#8217;explosion, un bras et une jambe \u00e0 sang.                   Le sergent-major de compagnie John Barnes aussi fut bless\u00e9 gravement                   et atterr\u00e9 par l&#8217;explosion. L&#8217;adjudant Frank Mellish \u00e9tait                   l\u00e0 aussi, il \u00e9tait venu du flanc du 8e Peloton pour voir s&#8217;il                   pouvait participer \u00e0 l&#8217;extraction de Nolan. Du dire de tous,                   Mellish \u00e9tait le meilleur ami de Nolan et il n&#8217;allait certainement                   rester inactif dans une telle situation.<\/p>\n<p>Mellish fut souffl\u00e9 loin du Zettlemeyer, bless\u00e9 gravement.                   Ruffolo venait d&#8217;arriver sur place et il se mit imm\u00e9diatement \u00e0 donner                   les premiers soins, \u00e0 d\u00e9couvert et faisant fi des balles qui                   volaient de tous c\u00f4t\u00e9s. Ruffolo essaya d&#8217;arr\u00eater le sang de                   couler, il travailla furieusement, mais au bout de quelques                   minutes il dut accepter que Mellish \u00e9tait pass\u00e9 de vie \u00e0 tr\u00e9pas.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques pieds de l\u00e0, Funnel se releva et vit Lewis qui                   rampait, \u00e9videmment bless\u00e9 gravement, dans la mauvaise direction.<\/p>\n<p>&#8220;Je suis touch\u00e9. Je suis touch\u00e9&#8221;, criait Lewis.<\/p>\n<p>Funnel lui cria qu&#8217;il allait du mauvais c\u00f4t\u00e9, vers les balles                   plut\u00f4t que vers l&#8217;abri.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0 Lewis fut atteint \u00e0 nouveau, par une balle                   qui lui poussa le bras sur lequel il s&#8217;appuyait. La premi\u00e8re                   chose qui lui vint \u00e0 l&#8217;esprit fut &#8216;t&#8211;c, je viens de me faire                   tirer&#8217; et puis tout de suite apr\u00e8s quelqu&#8217;un le soulevait par                   la taille et l&#8217;emportait \u00e0 l&#8217;abri. C&#8217;\u00e9tait Funnel.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment que la fus\u00e9e atteignait le point de rassemblement,                   Sprague entendait l&#8217;avertissement &#8216;bombes largu\u00e9es&#8217; alors qu&#8217;un                   a\u00e9ronef de la coalition passait au-dessus d&#8217;une position ennemie                   pr\u00e8s de l\u00e0. Tout le monde savait que la bombe allait venir,                   ils ne savaient simplement pas que la bombe de mille livres                   guid\u00e9e par laser allait leur tomber sur la t\u00eate. Mais c&#8217;est \u00e0 peu                   pr\u00e8s ce qui est arriv\u00e9. La bombe atterrit tout juste au nord                   de la position principale et rebondit vers les soldats de l&#8217;ANA                   et les Canadiens, s&#8217;arr\u00eatant \u00e0 quelques m\u00e8tres \u00e0 peine du quartier                   g\u00e9n\u00e9ral tactique de la compagnie.<\/p>\n<p>Sprague la vit et sa premi\u00e8re pens\u00e9e fut que c&#8217;en \u00e9tait fini                   d&#8217;eux.<\/p>\n<p>Dans le VAL des sapeurs, le chauffeur appela le lieutenant                   Behiels, le leader des sapeurs, \u00e0 l&#8217;interphone.<\/p>\n<p>&#8220;Euh, lieutenant, une bombe g\u00e9ante vient de tomber devant                   nous&#8221;, dit-il.<\/p>\n<p>&#8220;Nous sommes encore vivants&#8221;, r\u00e9pondit Behiels. &#8220;Continue                   de tirer.&#8221;<\/p>\n<p>Personne n&#8217;a jamais pu expliquer ce qui a cloch\u00e9. C&#8217;\u00e9tait                   simplement une affaire comme il en arrive.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Le flanc droit ferm\u00e9 par la bombe de 1 000 livres, le nombre                   de victimes qui augmentait, il ne restait plus grand-chose \u00e0 faire \u00e0 part                   de s&#8217;en aller et recommencer une autre fois. Mais il y avait                   encore une chose \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Sprague n&#8217;allait pas encore perdre des hommes pour aller chercher                   le corps de Nolan, mais il n&#8217;allait pas le laisser l\u00e0-bas non                   plus.<\/p>\n<p>Alors selon ses ordres, \u00e0 peu pr\u00e8s toute la force se tourna                   vers l&#8217;avant et cr\u00e9a le tir de suppression le plus nourri possible,                   ne laissant qu&#8217;un petit couloir pour qu&#8217;un VAL du 8e Peloton                   se rende \u00e0 3-1 Bravo, \u00e0 toute vitesse, chercher le corps de                   Nolan.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait la derni\u00e8re chose que Sprague pensait pouvoir accomplir,                   alors quand ce fut fait, ils commenc\u00e8rent \u00e0 battre en retraite                   vers le milieu de l&#8217;Arghandab.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Il y eut une derni\u00e8re malchance pendant que tous se pr\u00e9paraient \u00e0 battre                   en retraite. Alors que Hiltz v\u00e9rifiait que les hommes du 8e                   Peloton avaient tous \u00e9t\u00e9 pris en compte, il d\u00e9couvrit qu&#8217;une                   section se trouvait encore dans une enceinte, au flanc gauche.                   Le commandant de la section, quoi qu&#8217;il en soit, \u00e9tait revenu                   au VAL et il n&#8217;en tenait plus qu&#8217;\u00e0 Hiltz d&#8217;aller chercher ses                   hommes.<\/p>\n<p>Le capitaine Wessan, qui venait d&#8217;arriver \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Hiltz,                   sans son fusil car il l&#8217;avait perdu dans le chaos, indiqua                   d&#8217;un regard qu&#8217;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 y aller lui aussi et ils partirent                   ensemble.<\/p>\n<p>Wessan arriva au replat en premier, Hiltz sprintant dans le                   champ derri\u00e8re lui, et jurant parce qu&#8217;il portait une lourde                   radio dans son sac \u00e0 dos, ce qui le ralentissait.<\/p>\n<p>Les deux officiers, des commandants de peloton, se tenaient                   sur le replat au bord avanc\u00e9 de la position, des balles passant \u00e0 leurs                   c\u00f4t\u00e9s. Ils entendaient les soldats immobilis\u00e9s crier au secours.                   Hiltz leva son C8 et tira vers les lueurs de d\u00e9part. Wessan                   fit parler son pistolet Browning, tous deux esp\u00e9rant que le                   tir de protection, tel qu&#8217;il \u00e9tait, allait donner courage \u00e0 la                   section immobilis\u00e9e pour que ses membres se l\u00e8vent et quittent                   l&#8217;enceinte. Ils le firent.<\/p>\n<p>?La Compagnie Charles repartit \u00e0 travers l&#8217;Arghandab et retourna                   au Masum Ghar. Durant la nuit, elle \u00e9changea des coups de feu                   avec les insurg\u00e9s et regarda des a\u00e9ronefs de la coalition d\u00e9truire                   les v\u00e9hicules qui avaient \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>Dans leur rapport officiel sur la journ\u00e9e, rapport que nous                   avons obtenu dans le cadre du programme canadien d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;information,                   les militaires appellent ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 l&#8217;objectif Rugby                   une embuscade. Dans un certain sens, c&#8217;est vrai, mais commun\u00e9ment,                   ce n&#8217;est pas le mot juste. Le 3 ao\u00fbt, des membres de la PPCLI                   ont \u00e9t\u00e9 victimes d&#8217;une embuscade \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. Dire que ce qui                   est arriv\u00e9 le 3 septembre \u00e9tait une embuscade, c&#8217;est comme                   dire que ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Dieppe \u00e9tait une embuscade. Une                   petite force canadienne a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 l&#8217;attaque d&#8217;un ennemi                   sup\u00e9rieur en nombre dans une position d\u00e9fensive bien \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Ceci dit, rien n&#8217;est s\u00fbr. On ne peut pas savoir si la d\u00e9cision                   de lancer l&#8217;attaque Rugby 48 heures avant que pr\u00e9vu a co\u00fbt\u00e9 des                   vies ou en a sauv\u00e9. Toutefois, les militaires sont entra\u00een\u00e9s \u00e0 lutter                   avec les probabilit\u00e9s et, bien que rien ne soit certain, il                   est difficile de voir comment deux jours de bombardement lourd,                   de tir direct et de manoeuvres tactiques n&#8217;auraient pas affaibli                   l&#8217;ennemi.<\/p>\n<p>En fin de compte, d&#8217;apr\u00e8s les soldats, cela n&#8217;avait pas de                   sens. Ici, il y a un plan tir\u00e9 depuis longtemps qui est bas\u00e9 sur                   l&#8217;encerclement, l&#8217;avance tactique r\u00e9solue et l&#8217;usure consciencieuse                   des forces ennemies dans une zone de feu \u00e0 volont\u00e9 bien \u00e9tablie,                   qui va \u00e0 l&#8217;encontre d&#8217;un assaut frontal grossier qui d\u00e9pend                   davantage de la surprise et de la faiblesse de l&#8217;ennemi que                   de la force canadienne. Bien qu&#8217;il soit possible que les deux                   tactiques auraient pu r\u00e9ussir, ce n&#8217;\u00e9tait pas logique de les                   utiliser toutes les deux.<\/p>\n<p>L&#8217;ennemi savait que les Canadiens allaient arriver parce que                   les brochures les en avaient avertis. Il n&#8217;y eut pas de tentative                   de d\u00e9ception parce que la d\u00e9ception ne faisait pas partie du                   plan.<\/p>\n<p>L&#8217;ennemi \u00e9tait encercl\u00e9 et isol\u00e9, et il poss\u00e9dait une puissance                   de feu grandement inf\u00e9rieure. Comme le dit un soldat doucement,                   comme si de rien n&#8217;\u00e9tait, &#8220;nous avions la main gagnante mais                   nous avons jou\u00e9 leur jeu&#8221;.<\/p>\n<p>Des fois on gagne, des fois on perd.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>En fin de compte, la bataille, ce jour-l\u00e0, sous le soleil                   brillant d&#8217;Afghanistan, a dur\u00e9 environ quatre heures, la force                   s&#8217;est avanc\u00e9e \u00e0 6 h environ et la retraite a commenc\u00e9 vers                   les 9 h 20, et on sait que c&#8217;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que le caporal                   Lewis a re\u00e7u une piq\u00fbre de morphine car c&#8217;est \u00e9crit sur son                   casque, qu&#8217;il avait encore mais qu&#8217;il a l&#8217;intention de donner \u00e0 la                   filiale de la L\u00e9gion de sa localit\u00e9 un jour.<\/p>\n<p>Bien que la bataille ait co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 quatre soldats canadiens                   et que 10 autres y aient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, si vous voulez savoir                   quels ont \u00e9t\u00e9 ses co\u00fbts cach\u00e9s, et ceux de cette mission, parlez-en \u00e0 ces                   v\u00e9t\u00e9rans et ils vous apprendront quelque chose. D&#8217;abord, on                   peut souvent entendre l&#8217;exp\u00e9rience dans leur voix : elle se                   brise et tremble un peu quand ils parlent de ces \u00e9v\u00e9nements.                   Ensuite, et l\u00e0 on ne peut pas en douter, on peut le voir dans                   leurs yeux : ils regardent tout autour, en bas, au plafond,                   souvent en tressaillant, comme si l&#8217;histoire faisait mal. Bien                   entendu, ils rient encore et ils racontent des histoires dr\u00f4les \u00e0 propos                   de la journ\u00e9e, mais ils la d\u00e9crivent presque comme si c&#8217;\u00e9tait                   arriv\u00e9 \u00e0 quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Ils y sont peut-\u00eatre oblig\u00e9s.<\/p>\n<p>Quant aux autres, ceux qui s&#8217;en sont sortis sans blessure                   physique, bien qu&#8217;ils ne portent pas de galon de bless\u00e9 \u00e0 l&#8217;uniforme,                   cet endroit semble grav\u00e9 dans l&#8217;esprit de nombre d&#8217;entre eux                   comme par un \u00e9clat d&#8217;obus. Ces blessures ne sont pas visibles,                   mais elles n&#8217;en sont pas moins r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Et bien que beaucoup voudraient oublier, d&#8217;autres veulent                   se souvenir. Comme Ruffolo qui, quand il est rentr\u00e9 au pays,                   s&#8217;est fait faire un tatouage au cou pour se souvenir de son                   copain Cushley. Il se fait constamment admonester par l&#8217;Arm\u00e9e                   mais \u00e7a ne le d\u00e9range pas. Il l&#8217;a fait pour son ami qui est                   mort : pour se souvenir.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>M\u00e9duse avait mal commenc\u00e9 pour la Compagnie Charles, et elle                   empira le lendemain matin.<\/p>\n<p>En quelques secondes, le pilote d&#8217;un chasseur d&#8217;appui a\u00e9rien                   rapproch\u00e9, un Thunderbolt A-10 am\u00e9ricain, fit une erreur qui                   couta une vie de plus, celle du simple soldat Mark Anthony                   Graham, un ancien sprinteur olympique, et qui causa des blessures \u00e0 plus                   de 30 autres, certaines graves, y compris \u00e0 Sprague lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans la brume de l&#8217;aube, le pilote prenant un feu de d\u00e9chets                   allum\u00e9 par les Canadiens pour de la fum\u00e9e s&#8217;\u00e9levant d&#8217;une position                   ennemie et, manquant de connaissance situationnelle vitale,                   fit feu de sa mitrailleuse \u00e0 chaine de 30 mm contre la cible                   qui ne se m\u00e9fiait de rien.<\/p>\n<p>Quand l&#8217;avion a frapp\u00e9, Ruffolo se trouvait de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 d&#8217;une \u00e9l\u00e9vation                   avec le 7e Peloton. L&#8217;avion frappa le 8e Peloton et le quartier                   g\u00e9n\u00e9ral tactique. Ruffolo arriva en courant par-dessus la colline                   et vit ce qui ressemblait \u00e0 une fosse commune, des hommes couch\u00e9s                   partout, des flaques de sang : un carnage incroyable. Il pensa                   que tout le peloton \u00e9tait mort.<\/p>\n<p>Pour Sprague, en plein milieu de l&#8217;incident de tir ami, c&#8217;\u00e9tait                   comme de voir un grand nombre de cierges merveilleux qu&#8217;on                   allumait en m\u00eame temps qu&#8217;il mangeait une vol\u00e9e. Ce dont il                   se souvient le mieux, c&#8217;est du choc de l&#8217;explosion, ou plut\u00f4t                   la force du choc de l&#8217;explosion, un peu comme se faire donner                   un coup de poing dans le nez 100 fois.<\/p>\n<p>Sprague souffrait de graves blessures caus\u00e9es par des \u00e9clats                   d&#8217;obus, \u00e0 la t\u00eate et ailleurs au corps et il fut \u00e9vacu\u00e9 en                   Allemagne et puis ensuite au Canada avec plusieurs de ses hommes.<\/p>\n<p align=\"center\">* * *<\/p>\n<p>La Compagnie Charles \u00e9tait finie. Elle avait perdu son commandant,                   une grande partie de ses chefs subalternes et presque 50 de                   ses soldats en tout. Pendant un petit bout de temps, l&#8217;unit\u00e9 \u00e9tait                   inapte au combat et ce qui avait \u00e9t\u00e9 le marteau de M\u00e9duse avait                   largement disparu. L&#8217;\u00e9nergie passait alors \u00e0 la Compagnie Bravo,                   le nouveau marteau, qui frappait Rugby en venant du nord.<\/p>\n<p>Quant aux soldats de la Compagnie Charles, ils n&#8217;\u00e9taient pas                   tous hors de combat. Le capitaine Wessan allait rester sur                   place et sa force rafistol\u00e9e, contre toute attente, serait                   parmi les premiers Canadiens \u00e0 Rugby quand ce dernier tomberait                   entre les mains du groupement tactique 10 jours plus tard.<\/p>\n<p><strong>Dans le prochain num\u00e9ro :<\/strong> <em>l&#8217;\u00e9tape des                     combats de l&#8217;op\u00e9ration M\u00e9duse se termine par l&#8217;histoire de                     la Compagnie Bravo, venant du nord pour se joindre \u00e0 ce qui                     restait de Charles \u00e0 l&#8217;objectif Rugby.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trouver la 1re partie dans notre num\u00e9ro de septembre\/octobre ou au site de la toile \u00e0 https:\/\/legionmagazine.com\/francais\/ Venant d&#8217;\u00eatre jet\u00e9 \u00e0 terre par une explosion, le caporal Richard Furoy est couch\u00e9 sur le sol afghan dur o\u00f9 il saigne, o\u00f9 il souffre \u00e9norm\u00e9ment et o\u00f9 il est probablement presque en \u00e9tat de choc. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-26","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}