{"id":2591,"date":"2014-05-01T00:01:16","date_gmt":"2014-05-01T04:01:16","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=2591"},"modified":"2014-04-29T15:31:00","modified_gmt":"2014-04-29T19:31:00","slug":"lengagement-aux-antilles-la-ligue-royale-des-anciens-combattants-du-commonwealth-se-reunit-a-la-barbade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2014\/05\/lengagement-aux-antilles-la-ligue-royale-des-anciens-combattants-du-commonwealth-se-reunit-a-la-barbade\/","title":{"rendered":"L&#8217;engagement aux Antilles : la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth se r\u00e9unit \u00e0 la Barbade"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2598    alignnone\" alt=\"Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s quittent les s\u00e9ances pour faire une pause et observent la rel\u00e8ve de la garde \u00e0 la Main Guard, \u00e0 Bridgetown, \u00e0 la Barbade. [ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel1.jpg\" width=\"515\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel1.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel1-300x181.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s quittent les s\u00e9ances pour faire une pause et observent la rel\u00e8ve de la garde \u00e0 la Main Guard, \u00e0 Bridgetown, \u00e0 la Barbade. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #99cc00;\"><em><strong>\u00ab C\u2019est l\u00e0 que le sang coule le long de la lame, dit le vieux soldat en montrant une longue rainure <\/strong><\/em><em><strong>dans son \u00e9p\u00e9e rouill\u00e9e. Quand on va-t-en guerre, on nous dit toujours qu\u2019il faut aller \u00e0 l\u2019assaut&#8230; <\/strong><\/em><em><strong>il faut aller les tuer. Aaaaaarrrhhh! En\u2019ouai! \u00bb<\/strong> <\/em><\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette courte explication, le v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Leon Watts pare et se fend; il danse sur son plancher de contreplaqu\u00e9 comme un vieux mousquetaire.<\/p>\n<p>Watts est un des nombreux v\u00e9t\u00e9rans antillais des South Caribbean Forces qui ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel lorsque la Grande-Bretagne a eu besoin d\u2019eux aux deux guerres mondiales. Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de leurs pays, beaucoup de ces anciens combattants n\u2019ont gu\u00e8re re\u00e7u d\u2019aide de leur gouvernement, et certains pas du tout, et comme ils ne sont plus citoyens britanniques, ils doivent se d\u00e9brouiller tout seuls. Le but de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC), cr\u00e9\u00e9e en 1921, est clair : fournir un repas par jour \u00e0 chaque ancien combattant dans le besoin, et aller les voir aussi souvent que possible.<\/p>\n<p>Le Canada est membre fondateur de la LRACC, les autres \u00e9tant la Grande-Bretagne, l\u2019Australie, la Nouvelle-Z\u00e9lande et l\u2019Afrique du Sud. En 1966, la L\u00e9gion royale canadienne (LRC) a assum\u00e9 la responsabilit\u00e9 des soins aux anciens combattants antillais et \u00e0 leurs veuves. Et les l\u00e9gionnaires de tous les coins du pays contribuent g\u00e9n\u00e9reusement et loyalement. Au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, les l\u00e9gionnaires ont donn\u00e9 1 276 283 $ et ils ont donn\u00e9 315 856 $ rien qu\u2019en 2012.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2599\" alt=\"Le v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Leon Watts  montre la rainure qui permet au sang de couler le long de la lame quand on donne un coup \u00e0 l\u2019ennemi. [ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel2.jpg\" width=\"515\" height=\"662\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel2.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel2-233x300.jpg 233w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Leon Watts  montre la rainure qui permet au sang de couler le long de la lame quand on donne un coup \u00e0 l\u2019ennemi. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>La Barbade, ile la plus orientale des Antilles, a une surface de 430 kilom\u00e8tres carr\u00e9s et une c\u00f4te de 97 kilom\u00e8tres. Elle a la forme de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019envers, ce m\u00eame continent d\u2019o\u00f9 sont venus la plupart des anc\u00eatres des habitants actuels. La population de cette belle ile s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 presque 290 000 personnes, soit moins que le nombre de membres qu\u2019a la LRC.<\/p>\n<p>Un matin ensoleill\u00e9, celui du 17 janvier 2014, le pr\u00e9sident de la Direction nationale, Gordon Moore, a accompagn\u00e9 les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de sept des 15 pays antillais et les repr\u00e9sentants de l\u2019Angleterre \u00e0 la Main Guard, \u00e0 Bridgetown (Barbade), garnison de la colonie britannique en briques rouges b\u00e2tie en 1789. Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, repos\u00e9s de la s\u00e9ance d\u2019accueil de la veille au soir, se sont mis au travail. C\u2019est la toute premi\u00e8re r\u00e9union r\u00e9gionale, et la LRC est venue discuter de la mani\u00e8re de proc\u00e9der avant de faire son rapport aux l\u00e9gionnaires sur la distribution et l\u2019utilisation des fonds.<\/p>\n<p>Moore souhaite la bienvenue au groupe et parle des objectifs de cette r\u00e9union et de l\u2019avenir de la LRACC. \u00ab La distribution du soutien de la LRACC sera r\u00e9duite car le nombre d\u2019anciens militaires d\u2019avant l\u2019ind\u00e9pendance, hommes et femmes, ainsi que des veuves, diminue \u00e0 cause de leur tr\u00e9pas. \u00bb Mais le r\u00e9seau que la LRACC a mis sur pied il y a plus de 90 ans est encore inestimable pour la distribution des fonds aux gens qui en ont besoin. Les organisations de service, dont beaucoup sont militaires, qui d\u00e9sirent faire un don aux anciens combattants qui se trouvent dans des endroits difficiles d\u2019acc\u00e8s peuvent tirer parti de ces interm\u00e9diaires. On s\u2019attend \u00e0 ce que ce soit l\u00e0 la plus grande partie du travail de la Ligue au cours des cinq prochaines ann\u00e9es. La LRC sert aussi d\u2019organisme central de coordination aux Antilles.<\/p>\n<p>Le matin du dimanche 19 janvier, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s assistent \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie du souvenir au Barbados Military Cemetery. Assis sous d\u2019anciens arbres noueux et tortueux, parmi les pierres tombales \u00e0 couleur d\u2019ossements, ils baissent la t\u00eate et se souviennent de ceux qui sont morts, et de la raison pour laquelle la LRACC a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e. La LRC d\u00e9pose la premi\u00e8re couronne; elle est ensuite imit\u00e9e par des personnes de tous les pays repr\u00e9sent\u00e9s, ainsi que par le capitaine Lance Gill, v\u00e9rificateur du bien\u00eatre \u00e0 la LRACC et par Brian Watkins, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 directeur de la LRACC.<\/p>\n<p>Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s retournent aux s\u00e9ances de travail en apr\u00e8s-midi. La plupart des pays r\u00e9pondent de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale aux attentes relatives \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s, mais c\u2019est \u00e0 la Direction nationale de la LRC que revient le soin d\u2019assurer un suivi serr\u00e9. Si les demandes n\u2019\u00e9taient pas renouvel\u00e9es chaque ann\u00e9e, on n\u2019enverrait pas de fonds. Mais les iles n\u2019ont pas toutes besoin de subventions de bien\u00eatre pour leurs anciens combattants ou n\u2019en acceptent pas; la Barbade en est un exemple, comme la Jama\u00efque, les iles Ca\u00efman et les Turks et Caicos. \u00c0 la place, la LRC fournit des fournitures du coquelicot gratuitement \u00e0 ces pays pour les aider lors de leur collecte de fonds et de la sensibilisation pendant la p\u00e9riode du souvenir.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2600\" alt=\"Le pr\u00e9sident national, Gordon Moore, et le secr\u00e9taire national, Brad White, avant de d\u00e9poser une couronne au cimeti\u00e8re militaire de la Barbade. [ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel3.jpg\" width=\"515\" height=\"714\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel3.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel3-216x300.jpg 216w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le pr\u00e9sident national, Gordon Moore, et le secr\u00e9taire national, Brad White, avant de d\u00e9poser une couronne au cimeti\u00e8re militaire de la Barbade. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>La logistique concernant le transport et l\u2019entreposage de ces fournitures est au centre de d\u00e9bats anim\u00e9s. La Barbade et la Jama\u00efque se proposent comme entrep\u00f4t des coquelicots pr\u00e9vus pour les autres iles, gr\u00e2ce \u00e0 quoi la LRC \u00e9conomiserait le cout du transport annuel. La Barbade offre aussi d\u2019aborder la garde c\u00f4ti\u00e8re pour voir s\u2019il est possible de faire livrer les fournitures aux autres gratuitement.<\/p>\n<p>Les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s se disent inquiets de la diminution du nombre d\u2019adh\u00e9rents, de ce que cela coute pour prendre soin de leurs anciens combattants et du manque d\u2019aide et d\u2019engagement de la part de certains de leurs gouvernements. Ils posent des questions pr\u00e9cises \u00e0 la LRC en ce qui concerne qui a le droit d\u2019\u00eatre membre de la L\u00e9gion au Canada et qui a le droit d\u2019utiliser les fonds du coquelicot. Moore offre de leur envoyer des renseignements sur les politiques et les lignes directrices de la LRC.<\/p>\n<p>Gill donne des nouvelles d\u2019Angleterre. L\u2019ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e \u00e0 la LRACC, nombre de d\u00e9fis ayant \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s rien qu\u2019en remplissant le mandat fondamental qui est de fournir un repas par jour aux milliers d\u2019anciens combattants aux quatre coins du monde et \u00e0 leurs veuves. \u00ab Un repas par jour en Inde coute 120 \u00a3 par ann\u00e9e (219 $ CAN), en Gambie, 80 \u00a3 (146 $ CAN) et en Somaliland, 100 \u00a3 (146 $ CAN) [&#8230;] et les couts de la vie qui augmentent sans cesse affectent tous les pays que nous appuyons [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>Pour situer cela dans son contexte, les subventions en Inde se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 plus d\u2019un million de dollars, alors qu\u2019aux Antilles, la LRC appuie 119 anciens combattants qui re\u00e7oivent une subvention de 1 080 $ par ann\u00e9e et 119 veuves qui re\u00e7oivent 540 $ par ann\u00e9e. La LRC s\u2019attend \u00e0 d\u00e9penser 242 870 $ en subventions individuelles, m\u00e9dicales et administratives en 2014, et elle appuiera le foyer Curphey en Jama\u00efque et donnera des articles li\u00e9s au coquelicot.<\/p>\n<p>On s\u2019est entendu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 sur une nouvelle r\u00e9union en 2018, entre le congr\u00e8s de 2016, pr\u00e9vu en Malaisie, et le congr\u00e8s o\u00f9 l\u2019on doit c\u00e9l\u00e9brer le 100e anniversaire de la LRACC, pr\u00e9vu \u00e0 Cape Town, en Afrique du Sud, en 2020. Le seul point d\u2019achoppement concernait l\u2019endroit des Antilles o\u00f9 cette r\u00e9union aurait lieu. Bien que la Barbade acceptait de s\u2019en faire l\u2019h\u00f4tesse de nouveau, ses d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s semblaient enthousiastes de profiter de l\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019un autre pays. Le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 antiguais, Thomas Bell, surnomm\u00e9 Beresford, a accept\u00e9 de se pencher sur la p\u00e9riode de 2018.<\/p>\n<p>Pour finir, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s se sont joints \u00e0 Moore pour remercier la Barbade de sa gracieuse hospitalit\u00e9. Ce dernier a insist\u00e9 sur l\u2019importance de la communication. \u00ab Nous pouvons transmettre ces renseignements aux adh\u00e9rents de la L\u00e9gion royale canadienne au Canada, car ils se pr\u00e9occupent vraiment de vous tous, de vos anciens combattants et de vos veuves [&#8230;] la L\u00e9gion est une famille. Que Dieu vous garde tous. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les s\u00e9ances de travail, quand les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e9taient repartis, Lawrence Forde, surnomm\u00e9 Carl, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de bienfaisance de la L\u00e9gion de la Barbade, a offert de prendre la route pour aller visiter deux v\u00e9t\u00e9rans de la Seconde Guerre mondiale. Dans bien des endroits, les routes \u00e9troites ont \u00e9t\u00e9 creus\u00e9es dans un corail gris poreux qui s\u2019\u00e9levait \u00e0 presque deux m\u00e8tres de cha-que c\u00f4t\u00e9 et surmontait les champs de canne \u00e0 sucre qui servent \u00e0 retenir les quelques centim\u00e8tres de sol et \u00e0 combattre l\u2019\u00e9rosion dans cette petite ile.<\/p>\n<p>Leon Fitz Stanley Watts, ancien combattant maigre et nerveux de 91 ans, m\u2019a re\u00e7ue \u00e0 sa barri\u00e8re grillag\u00e9e puis m\u2019a guid\u00e9e \u00e0 travers les d\u00e9bris et les cages de chiens, de lapins et d\u2019oiseaux jusqu\u2019\u00e0 sa petite maison dans la paroisse de St. Michael. \u00ab J\u2019ai tout construit [&#8230;]. Je cuisine ici; \u00e7a me rend heureux. Je mange de tout. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai v\u00e9cu si longtemps \u00bb, nous explique Watts en se glissant un crayon de menuiserie derri\u00e8re l\u2019oreille et indiquant d\u2019un geste l\u2019espace ouvert qu\u2019il est en train de r\u00e9nover.<\/p>\n<p>\u00ab Je me suis engag\u00e9 \u00e0 17 ans [&#8230;] on s\u2019occupait des camions [&#8230;]. On avait des mitraillettes, on avait des canons. On devait passer \u00e0 travers le gaz avant de partir ici [&#8230;] un gars avait un masque \u00e0 gaz et c\u2019\u00e9tait vraiment terrible [&#8230;] ce qu\u2019on expire, on l\u2019aspire [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>Bien qu\u2019on l\u2019ait fait monter \u00e0 bord d\u2019un navire en partance pour la guerre en 1943, ce dernier a d\u00fb faire demi-tour avant l\u2019arriv\u00e9e. Il regrette encore de n\u2019\u00eatre pas all\u00e9 au combat. \u00ab \u00c7a a \u00e9t\u00e9 trop long, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 trop long; Hitler, on voulait le faire virer de bord [&#8230;].<\/p>\n<p>Je vais avoir 92 ans bient\u00f4t, mais c\u2019est juste un chiffre. N\u2019\u00e9coutez pas les gens qui disent qu\u2019on devrait mourir \u00e0 92 ans, ou \u00e0 100. \u00bb<\/p>\n<p>Watts d\u00e9boutonne sa chemise de coton, en met les pans derri\u00e8re lui dans sa culotte noire et gonfle la poitrine. Au milieu des jappements et des chants d\u2019oiseaux, il l\u00e8ve les bras lentement et prend une pose de culturiste. Son conseil : tout est dans la fa\u00e7on de vivre. \u00ab Il vaut mieux donner que demander.\u00a0\u00bb Il demande tr\u00e8s peu et m\u00e8ne une vie ind\u00e9pendante. \u00ab Que j\u2019aie tort ou raison, j\u2019ai pas d\u2019amis. Les seuls amis que j\u2019ai, c\u2019est les chiens et les oiseaux et les plantes. \u00bb Nous lui serrons la main peu apr\u00e8s et disons au revoir \u00e0 ce vieil ancien combattant qui retourne \u00e0 sa menuiserie.<\/p>\n<p>Nous reprenons ensuite la route pour nous rendre chez Joseph Nathaniel Bellamy dans la paroisse de St. George. Lui aussi est petit et maigre, et il est habill\u00e9 proprement d\u2019un polo blanc, une culotte \u00e0 motif et une calotte noire translucide.<\/p>\n<p>La cour \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa maison est ombrag\u00e9e par un carambolier dont les fruits murs brillent au soleil d\u2019apr\u00e8s-midi comme des lanternes chinoises. Forde en cueille une dizaine avant que nous n\u2019entrions chez lui. Le vieil ancien combattant s\u2019assied \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur son lit simple. \u00ab Il y a cinq ans que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 perdre la vue, commence-t-il par dire. J\u2019ai un glaucome; j\u2019ai essay\u00e9 de le faire op\u00e9rer, mais tout ce que le docteur m\u2019a dit, c\u2019est : \u201cJe peux pas op\u00e9rer tes yeux\u201d. \u00bb Si je pouvais, j\u2019aurais pay\u00e9 pour qu\u2019on l\u2019op\u00e8re \u00bb, c\u2019est doublement tragique, car dans la majorit\u00e9 des cas de glaucome, la perte de la vue peut \u00eatre jugul\u00e9e s\u2019il est soign\u00e9. \u00ab Il faut attendre que quelqu\u2019un vienne vous amener ci et l\u00e0, qu\u2019il s\u2019occupe de vous [&#8230;]. Hier, j\u2019ai pri\u00e9 [&#8230;]. J\u2019aimerais voir \u00e0 nouveau, mon P\u00e8re, promets-moi \u00e7a Seigneur [&#8230;] que je verrai encore, que je verrai la face des gens. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2601\" alt=\"Le v\u00e9t\u00e9ran de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale Joseph Nathaniel Bellamy se souvient du temps o\u00f9 il s\u2019est engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e.[ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel4.jpg\" width=\"515\" height=\"766\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel4.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/rcel4-201x300.jpg 201w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le v\u00e9t\u00e9ran de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale Joseph Nathaniel Bellamy se souvient du temps o\u00f9 il s\u2019est engag\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e.<\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION: JENNIFER MORSE<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Les mains du vieil homme palpitent pendant qu\u2019il parle, sur mes doigts, sur mes mains, mes poignets, mes genoux; comme des ailes de papillon qui battent contre ma peau; m\u00eame le long de mon stylo et sur mon bloc-notes. Il me dit qu\u2019il sait exactement combien p\u00e8se une femme rien qu\u2019en palpant ses poignets et ses mains. \u00ab Vous pesez 130 livres \u00bb, dit-il d\u2019un ton triomphant, et tout \u00e0 fait erron\u00e9ment.<\/p>\n<p>Nous ne sommes plus tr\u00e8s nombreux, savez-vous, poursuit-il. Je suis n\u00e9 le 1er jour du mois d\u2019aout 1923 [&#8230;]. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler dans la plantation \u00e0 13 ans [&#8230;]. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s adroit [&#8230;] j\u2019ai eu un boulot \u00e0 12 sous par jour [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait pas la radio \u00e0 la plantation, alors tous les soirs 12 gars sortaient \u00e9couter les nouvelles et, en 1943, ils ne pouvaient plus attendre. \u00ab On a entendu dire qu\u2019on se battait avec les Allemands et que les Anglais avaient une chance [&#8230;] on a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on irait s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e et qu\u2019on allait se battre pour notre roi et notre pays [&#8230;]. Je suis le num\u00e9ro six qu\u2019on a s\u00e9lectionn\u00e9 [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>On leur dit un vendredi qu\u2019ils quitteraient la Barbade le lundi, le jour de son 20e anniversaire, et on leur conseilla aussi de se marier. \u00ab Si vous \u00e9tiez mari\u00e9, on vous donnait 21 shillings par semaine et on donnait 21 shillings par semaine \u00e0 votre femme. Mais on ne donnait pas votre argent \u00e0 votre m\u00e8re, ni \u00e0 votre p\u00e8re, ni \u00e0 votre fr\u00e8re; \u00e7a vous appartenait [&#8230;]. Alors vous deviez vous marier pour que le gouvernement s\u2019occupe de votre famille [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019aimais bien une fille, alors [&#8230;]. J\u2019ai donn\u00e9 quelques-uns de mes amis, et il y en a qui m\u2019ont donn\u00e9 et tout \u00e7a; j\u2019ai sign\u00e9 pour eux tous et ils ont sign\u00e9 tout pour moi. Personne n\u2019a dormi avec sa femme cette nuit-l\u00e0. On devait aller rejoindre notre unit\u00e9. Le bateau devait venir pendant la nuit pour nous emmener \u00e0 Trinit\u00e9 [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mon num\u00e9ro [matricule] \u00e9tait le JN3865, 1st Heavy Anti-Aircraft Troop (1re troupe de d\u00e9fense contre avions lourde, NDT), Pointe-\u00e0-Pierre, Trinit\u00e9. Il fallait qu\u2019on serve les DCA pendant la nuit [&#8230;] un avion qui s\u2019en venait \u00e0 neuf milles, on avait un projecteur dessus et boum! Le projecteur \u00e9tait braqu\u00e9 et frappait l\u2019avion \u00e0 neuf milles de l\u00e0, et il fallait que le pilote arr\u00eate. Le pilote devait abandonner. Le projecteur \u00e9tait si fort que, quand il atteignait l\u2019avion, on pouvait pas voir o\u00f9 on allait [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>Bellamy n\u2019est pas all\u00e9 outre-mer. \u00ab Apr\u00e8s trois ans, les soldats britanniques et alli\u00e9s avaient tout sous contr\u00f4le et nos gars sont all\u00e9s en \u00c9gypte pour prendre les choses en main. J\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 partir avec le groupe d\u2019apr\u00e8s, mais avant qu\u2019on s\u2019en aille, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9. Ils avaient la guerre sous contr\u00f4le et les Allemands s\u2019\u00e9taient rendus. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019occasion d\u2019immigrer a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e aux hommes des services d\u2019abord, et Bellamy avait besoin de travail. \u00ab Je suis all\u00e9 en Floride [&#8230;] le soleil \u00e9tait tellement chaud en Floride, oh l\u00e0 l\u00e0, je pouvais pas rester sous le soleil de Floride o\u00f9 il faisait si chaud [&#8230;] alors j\u2019ai essay\u00e9 de me faire transf\u00e9rer et je suis all\u00e9 en Pennsylvanie [&#8230;] ramasser des pommes et des p\u00eaches et gagner un peu d\u2019argent l\u00e0-bas. \u00bb<\/p>\n<p>Les anciens combattants comme Watts et Bellamy sont la raison d\u2019\u00eatre de la LRACC, ce pour quoi la LRC soutient ces iles. Cette occasion d\u2019aller voir les vieux soldats et d\u2019entendre leurs histoires, cela revient \u00e0 capter un pass\u00e9 en voie de disparition. \u00ab J\u2019ai 91 ans maintenant, et je peux encore faire beaucoup de choses, l\u00e0. Je suis encore en forme, physiquement, dit Bellamy. Le Canada est un endroit o\u00f9 je ne suis jamais all\u00e9. Je pr\u00e9f\u00e8rerais qu\u2019il y ait de la neige plut\u00f4t que trop de soleil [&#8230;]. Des fois, quand il fait trop chaud, oh l\u00e0 l\u00e0, on peut plus respirer. Je me dis souvent : s\u2019il y avait de la neige. \u00bb<\/p>\n<p>Au moment de repartir, Bellamy me dit que, la veille, il avait pri\u00e9 pour recevoir une visite. \u00ab Ma pri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9e \u00bb, dit-il en souriant de plaisir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab C\u2019est l\u00e0 que le sang coule le long de la lame, dit le vieux soldat en montrant une longue rainure dans son \u00e9p\u00e9e rouill\u00e9e. Quand on va-t-en guerre, on nous dit toujours qu\u2019il faut aller \u00e0 l\u2019assaut&#8230; il faut aller les tuer. Aaaaaarrrhhh! En\u2019ouai! \u00bb <\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":2602,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2591","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/19"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2591\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2602"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}