{"id":259,"date":"2009-09-02T08:20:45","date_gmt":"2009-09-02T12:20:45","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/index.php\/2009\/09\/les-chasseurs-de-dragons\/"},"modified":"2009-09-02T08:22:27","modified_gmt":"2009-09-02T12:22:27","slug":"les-chasseurs-de-dragons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2009\/09\/les-chasseurs-de-dragons\/","title":{"rendered":"Les chasseurs de dragons"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/08\/responseintro.jpg\" alt=\"Les \u00ab ninjas de l\u2019espace \u00bb, au travail dans une illustration d\u2019une attaque radiologique, \u00e0 la Colline parlementaire. [ILLUSTRATION : MICHAEL WYATT]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les \u00ab ninjas de l\u2019espace \u00bb, au travail dans une illustration d\u2019une attaque radiologique, \u00e0 la Colline parlementaire. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : MICHAEL WYATT<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Au fond du Kandahar, le fantassin canadien moyen ressent envers les d\u00e9mineurs ce que la plupart des gens ressentent envers les motocyclistes de course ou les surfeurs qui nagent avec les requins; il a un regard en coin, les yeux pliss\u00e9s et pleins d\u2019appr\u00e9ciation, et il se pose principalement une question\u00a0: il est fou, ce type? Quelle personne avec tous ses moyens voudrait s\u2019approcher des explosifs pour les d\u00e9sarmer?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une bonne question. Mais enfin; il faut bien que quelqu\u2019un le fasse.<\/p>\n<p>S\u2019approcher doucement des bombes n\u2019est certes pas un jeu pour les timor\u00e9s, mais marcher sereinement \u00e0 travers un nuage de produits chimiques ou vers une bombe nucl\u00e9aire r\u00e9elle, c\u2019est une tout autre chose. Mais, cela aussi, il faut que quelqu\u2019un le fasse. Le pr\u00e9sent texte n\u2019est que l\u2019esquisse d\u2019une unit\u00e9 secr\u00e8te form\u00e9e pour faire pr\u00e9cis\u00e9ment cela.<\/p>\n<p>Imaginez une bombe atomique \u00e0 Toronto, ou des terroristes portant une bombe sale radiologique prenant le Parlement d\u2019assaut. Ce sont ces gars-l\u00e0 qu\u2019on appellerait \u00e0 la rescousse.<\/p>\n<p>Ce que le public verrait, c\u2019est tout au plus des images, prises de loin, d\u2019op\u00e9rateurs habill\u00e9s comme des ninjas de l\u2019espace, courant \u00e0 d\u00e9couvert.<\/p>\n<p>Il existe un monde tr\u00e8s secret \u2014 et plut\u00f4t effrayant \u2014 alors il n\u2019y a encore jamais eu d\u2019histoire d\u00e9taill\u00e9e sur l\u2019Unit\u00e9 interarm\u00e9es d\u2019intervention du Canada (UIIC), un \u00e9l\u00e9ment du Commandement des Forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales du Canada et l\u2019unit\u00e9 qui est litt\u00e9ralement la derni\u00e8re ligne de d\u00e9fense du Canada en cas d\u2019attaque aux armes chimique, biologique, radiologique ou nucl\u00e9aire (CBRN).<\/p>\n<p><strong>N\u2019\u00e9coutant que leur courage<\/strong><\/p>\n<p>Ces soldats, bas\u00e9s \u00e0 la BFC Trenton, ont un des emplois dont on parle le moins, mais potentiellement un des plus importants, de ceux des Forces canadien\u00adnes. Ils passent tout leur temps \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 rester froid devant n\u2019importe quel danger, car ils risquent d\u2019avoir la responsabilit\u00e9 de la vie de millions de personnes. \u00ab\u00a0Quand on nous donne une mission, nous trouvons le moyen de l\u2019accomplir. Nous sommes une unit\u00e9 qui ne peut pas \u00e9chouer. J\u2019utiliserais toutes les ressources, sans exception, pour r\u00e9gler le probl\u00e8me\u00a0\u00bb, dit le commandant de l\u2019unit\u00e9, le lieutenant-colonel Steve Nash. \u00ab\u00a0Si quelqu\u2019un lan\u00e7ait une attaque nucl\u00e9aire contre le Canada, la plupart des Canadiens s\u2019attendraient \u00e0 ce que quelqu\u2019un soit assez d\u00e9vou\u00e9 pour la neutraliser. Nous le sommes. Nous n\u2019arr\u00eaterons pas, quoi qu\u2019il arrive.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019autorit\u00e9, l\u00e9galement, d\u2019ordonner \u00e0 tous mes gens d\u2019aller \u00e0 la mort\u00a0\u00bb, dit-il en baissant les yeux.<\/p>\n<p>Avant la cartographie moderne, dans un univers o\u00f9 les b\u00eates terribles parcouraient encore l\u2019imagination, il y avait des endroits o\u00f9 s\u2019arr\u00eatait le monde connu et o\u00f9 la terra incognita commen\u00e7ait. C\u2019\u00e9taient des endroits au-del\u00e0 des connaissances, qui faisaient froid dans le dos et qui, souvent, \u00e9taient des plus p\u00e9rilleux; on les marquait sur les cartes de l\u2019inscription latine Hic sunt dracones\u00a0: Il y a des dragons ici.<\/p>\n<p>C\u2019est exactement pour cette raison que le dragon est le symbole de l\u2019UIIC \u2014 et le symbole de beaucoup, pour ne pas dire de la plupart, des unit\u00e9s CBRN alli\u00e9es \u2014 car on leur donne le soin de s\u2019aventurer dans l\u2019inconnu, encore et encore, o\u00f9 personne d\u2019autre n\u2019ose s\u2019aventurer, quand il s\u2019agit de d\u00e9sarmer, d\u00e9sactiver ou rendre inerte les armes les plus diaboliques qu\u2019il est possible d\u2019inventer. Ils ne font pas que pousser jusqu\u2019\u00e0 la terra incognita, ils y vont \u00e0 la chasse aux dragons.<\/p>\n<p><strong>Dans l\u2019unit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019UIIC se d\u00e9compose en trois points principaux\u00a0: comme la GRC, elle fait partie de l\u2019\u00e9quipe d\u2019intervention du Canada en cas d\u2019explosifs chimiques, biologiques, radiologiques et nucl\u00e9aires (ECBRN).<\/p>\n<p>Ensuite, aux c\u00f4t\u00e9s des autres \u00e9l\u00e9ments du Commandement des Forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales du Canada, l\u2019UIIC fait partie de la force op\u00e9rationnelle d\u2019intervention imm\u00e9diate qu\u2019on appellerait lors d\u2019une situation de terrorisme comme une bombe nucl\u00e9aire ou une attaque \u00e0 la Colline parlementaire.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, elle participe aux op\u00e9rations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger de plusieurs mani\u00e8res, mais surtout dans le cadre de la force d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales d\u00e9ploy\u00e9e en Afghanistan. L\u2019UIIC est aussi aux toutes premi\u00e8res lignes de n\u2019importe quel d\u00e9ploiement \u2014 \u00e9quipes d\u2019activation dans le th\u00e9\u00e2tre, Roto 0 \u2014 pour \u00e9tudier le nouvel endroit et s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y ait pas de danger.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 est pleine de sp\u00e9cialistes, plus de 30 professions en tout\u00a0: des m\u00e9t\u00e9orologues aux infirmiers, en passant par les durs v\u00e9t\u00e9rans des forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales.<\/p>\n<p>L\u2019UIIC succ\u00e8de directement \u00e0 la Compagnie de d\u00e9fense nucl\u00e9aire, bio\u00adlogique et chimique interarm\u00e9es qui \u00e9tait bas\u00e9e \u00e0 Trenton. Elle a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le Commandement des Forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales du Canada en 2006, et le changement de nom et les capacit\u00e9s accrues ont eu lieu peu apr\u00e8s.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Nash, l\u2019unit\u00e9 ressemble \u00e0 un groupe qu\u2019on trouverait sur le plateau de la Guerre des \u00e9toiles, dans un bar intergalactique; c\u2019est une m\u00e9nagerie on ne peut plus diverse et, \u00e0 l\u2019occasion, bruyante. Nash lui-m\u00eame, sous bien des rapports, m\u00e8ne la danse \u00e0 ce propos. Ancien officier d\u2019infanterie, dipl\u00f4m\u00e9 en histoire, Nash est leadeur tout autant que farceur. Par exemple, il dit pour rire que le commandant de la FOI2 l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 quelques reprises lors de briefings en disant \u00ab\u00a0si la FOI2 devait recruter dans les \u00e9coles secondaires, on irait voir l\u2019\u00e9quipe de football, mais c\u2019est au club d\u2019\u00e9checs ou au club de la Guerre des \u00e9toiles que l\u2019UIIC irait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il y a peut-\u00eatre du vrai l\u00e0-dedans. En fait, nombreux sont les op\u00e9rateurs de l\u2019UIIC qui prennent des cours de 3e niveau en science des CBRN. \u00ab\u00a0Nous nous entrainons pour r\u00e9gler des pro\u00adbl\u00e8mes qui n\u2019ont jamais exist\u00e9 o\u00f9 que ce soit dans le monde. Mais, quelles que soient les choses auxquelles on pense, ce n\u2019est probablement pas l\u00e0 qu\u2019apparaitra le danger [\u2026] quelque chose d\u2019autre en train d\u2019arriver ailleurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas facile non plus d\u2019\u00eatre admis dans l\u2019unit\u00e9. D\u2019abord, il y a une p\u00e9riode d\u2019examen de trois jours et demi, comprenant des tests sur les phobies et autres traits psychologiques. Si le candidat est re\u00e7u apr\u00e8s tout cela, il est inscrit \u00e0 un cours d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales CBRN. Ce cours de quatre mois, une introduction compl\u00e8te \u00e0 l\u2019unit\u00e9, se termine par une formation avec agent r\u00e9el, o\u00f9 le candidat doit accomplir des t\u00e2ches compliqu\u00e9es dans une zone chaude r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout cela, sur trois personnes qui posent leur candidature, il n\u2019y en a qu\u2019une qui est accept\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour comprendre pourquoi l\u2019unit\u00e9 est si s\u00e9lective, prenons les mots utilis\u00e9s par Nash pendant notre interview, plut\u00f4t courte\u00a0: le gaz sarin. Polonium 210. Charbon bact\u00e9ridien. Chlore. Gaz moutarde. Virus d\u2019Ebola. Grippe aviaire. Grippe porcine. SRAS.<\/p>\n<p>Les \u00e9motions que ressentent les gens en entendant ces mots est compl\u00e8tement au-del\u00e0, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, de leur l\u00e9talit\u00e9 relative. Et ce n\u2019est pas surprenant, vraiment, car ces choses-l\u00e0 r\u00f4daillent, souvent de mani\u00e8re invisible et elles tuent et mutilent de mani\u00e8res horribles, abominables.<\/p>\n<p>Pour donner une id\u00e9e de leurs effets psychologiques, Nash dit que pendant la Seconde Guerre mondiale, le gaz n\u2019a tu\u00e9 que bien peu de soldats par rapport aux mitrailleuses et, pourtant, tous les soldats portent encore consciencieusement un masque \u00e0 gaz.<\/p>\n<p><strong>Au devant du danger<\/strong><\/p>\n<p>Pour contrer le danger de ces armes, l\u2019UIIC se divise en trois troupes principales, essentiellement le long des lignes op\u00e9rationnelles. Les op\u00e9rateurs des troupes d\u2019\u00c9IABRC (\u00e9chantillonnage et d\u2019identification des agents biologiques, radiologiques et chimiques) sont habituellement les premiers dans les zones potentiellement chaudes. Ils examinent la situation et prennent des \u00e9chantillons afin que, comme le dit l\u2019un d\u2019entre eux, \u00ab\u00a0les gars au gros cerveau puissent l\u2019identifier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La troupe de surveillance accomplit toutes sortes de t\u00e2ches occultes, d\u2019es\u00adpion\u00adnage et d\u2019examen, mais principalement, elle fait marcher les v\u00e9hicules t\u00e9l\u00e9guid\u00e9s pleins de d\u00e9tecteurs qui ramassent les renseignements de base sur la zone chaude potentielle.<\/p>\n<p>Pour finir, il y a la troupe de d\u00e9contamination, qui est organis\u00e9e pour emmener le personnel de l\u2019UIIC \u2014 et peut-\u00eatre quelques autres personnes, comme les membres de la GRC et les dignitaires \u2014 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la zone chaude, en utilisant un proc\u00e9d\u00e9 multiple de nettoyage et d\u2019inspection.<\/p>\n<p>Le caporal-chef T., dont le nom ne peut \u00eatre divulgu\u00e9 pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, est le genre de gars qu\u2019on verrait courir \u00e0 d\u00e9couvert comme un ninja de l\u2019espace, en cas d\u2019attaque CBRN terro\u00adriste. Il fait partie de la troupe d\u2019\u00c9IABRC et il est pr\u00eat \u00e0 porter son masque noirci pendant beaucoup, beaucoup d\u2019heures, habill\u00e9 d\u2019un ensemble de protection inconfortable, en danger mortel et peut-\u00eatre m\u00eame en se battant.<\/p>\n<p>Dans un de ces ensembles, la vie est d\u00e9sagr\u00e9able, difficile et elle risque d\u2019\u00eatre courte. On hal\u00e8te, la visibilit\u00e9 est mauvaise, on entend mal et il est difficile de communiquer convenablement. Ceci dit, c\u2019est tout de m\u00eame la haute technologie. \u00ab\u00a0La science est toujours avec nous, pour qu\u2019on ait une longueur d\u2019avance. \u00c0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, on pissait dans un chiffon, dit le commandant d\u2019escadron, laconique et quelque peu f\u00e9roce. Il y a eu des progr\u00e8s depuis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En plus de leurs ensembles, les op\u00e9rateurs d\u2019\u00c9IABRC portent un grand nombre de capteurs et du mat\u00e9riel lourd \u00e0 la zone chaude. Ils ont des d\u00e9tecteurs chimiques portatifs et portent aussi des sondes \u00e0 radiation. \u00ab\u00a0Ce sont les agents biologiques qui m\u2019inqui\u00e8tent le plus parce qu\u2019on ne peut pas les d\u00e9celer tant qu\u2019on ne voit pas de sympt\u00f4mes, dit l\u2019op\u00e9rateur et il ajoute, de mani\u00e8re plut\u00f4t sto\u00efque, mais on continue.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En plus de l\u2019\u00e9chantillonnage, les gars de l\u2019\u00c9IABRC font aussi de l\u2019analyse m\u00e9dico-l\u00e9gale, comme la prise d\u2019empreintes digitales et la photographie, et ils doivent le faire avec beaucoup de pr\u00e9cision parce que leurs preuves risquent d\u2019aller \u00e0 la cour f\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le caporal S. est membre de la troupe de surveillance, un ancien fantassin qui est \u00e0 l\u2019UIIC depuis deux ans. \u00ab\u00a0\u00c7a s\u2019est av\u00e9r\u00e9 la meilleure affaire. Je joue avec des robots \u00e0 longueur de journ\u00e9e; c\u2019est vraiment pas la m\u00eame chose que de creuser des trous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019outil principal de sa profession, c\u2019est la sentinelle multi-agents tactique (SMAT) \u00e0 t\u00e9l\u00e9commande. Elle a le GPS, les cam\u00e9ras et les d\u00e9tecteurs radio\u00adlogiques et chimiques. C\u2019est essentiellement un chariot de golf robot, souvent la premi\u00e8re chose qu\u2019on envoie en aval. L\u2019op\u00e9rateur de surveillance conduit cet engin avec tant d\u2019habilet\u00e9 qu\u2019il est all\u00e9 il y a peu aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 une comp\u00e9tition d\u2019habilet\u00e9 robotique, faire concurrence \u00e0 des membres des forces am\u00e9ricaines qui ont un emploi semblable et, quelle joie! il a gagn\u00e9.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait pas d\u2019autre Canadien l\u00e0-bas. Ils jouaient tous en uniforme de combat; il a jou\u00e9 en habits civils. \u00ab\u00a0Ils savaient fort bien que je ne faisais pas partie de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re, et ils savaient fort bien qu\u2019il ne fallait pas me poser de questions\u00a0\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>La caporale-chef M. est sp\u00e9cialiste de la d\u00e9contamination. Son patron la pr\u00e9sente comme \u00e9tant la premi\u00e8re op\u00e9ratrice du Commandement des Forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales du Canada, mais les \u00e9tiquettes, quelles qu\u2019elles soient, ne plaisent pas du tout \u00e0 cette femme qui est membre de l\u2019unit\u00e9 depuis deux ans. \u201cAu d\u00e9but de ma carri\u00e8re, je ne m\u2019attendais certainement pas \u00e0 me trouver ici un jour \u00bb, dit-elle.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ratrice et le reste de son escouade se sp\u00e9cialisent dans le transport des gens vers l\u2019ext\u00e9rieur de la zone chaude et le nettoyage de tout contaminant. Le proc\u00e9d\u00e9 est des plus simples. Les op\u00e9rateurs laissent tomber leur \u00e9quipement, se d\u00e9shabillent compl\u00e8tement, se font asperger et puis prennent une douche en portant un masque \u00e0 gaz. Ce n\u2019est qu\u2019alors qu\u2019ils se font inspecter et qu\u2019on leur permet peut-\u00eatre de traverser la ligne propre. \u00ab\u00a0Si on ne faisait pas attention, nos op\u00e9rateurs pourraient ne servir qu\u2019une seule fois, dit Nash. Cette partie sans gloire, o\u00f9 on r\u00e9cure des humains nus, c\u2019est ce qui nous permet de poursuivre le travail.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et ce n\u2019est vraiment pas glorieux. Il n\u2019y a rien qui puisse faire r\u00e9\u00e9valuer sa carri\u00e8re \u00e0 un journaliste comme de se tenir presque nu devant quelques douzaines de soldats, de se faire ins\u00adpecter par un homme s\u00e9rieux avec une sonde b\u00eata-gamma.<\/p>\n<p>De plus, c\u2019est une installation unisexe, ici. \u00ab\u00a0La premi\u00e8re fois, c\u2019\u00e9tait frustrant, dit l\u2019op\u00e9ratrice, \u00e0 propos du proc\u00e9d\u00e9 qui n\u00e9cessite une nudit\u00e9 semi-publique, mais ce n\u2019est pas si mal. C\u2019est professionnel, ils respectent votre dignit\u00e9, dit-elle et elle ajoute, d\u2019un petit air espi\u00e8gle\u00a0: et il y a plus de gars que de femmes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La troupe de d\u00e9contamination comprend aussi des \u00e9quipes d\u2019extraction m\u00e9dicales qui vont sur les lieux pour stabiliser les bless\u00e9s et les faire passer \u00e0 travers le proc\u00e9d\u00e9 de d\u00e9contamination. Et c\u2019est extr\u00eamement difficile, car la personne bless\u00e9e doit \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 un degr\u00e9 de sant\u00e9 o\u00f9, comme le dit sommairement un op\u00e9rateur, \u00ab\u00a0elle n\u2019est pas en train de mourir. De toute fa\u00e7on, si elle n\u2019est pas d\u00e9contamin\u00e9e, elle ne survivra pas, car il n\u2019existe aucun h\u00f4pital o\u00f9 l\u2019on admet des patients \u201csales\u201d.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aux CBRN, c\u2019est comme d\u00e9valiser une banque\u00a0: il est facile d\u2019y entrer; c\u2019est d\u2019en sortir que c\u2019est difficile, dit Nash. Si quelqu\u2019un se fait tirer dessus, c\u2019est pas bien. Si quelqu\u2019un se fait tirer dessus et qu\u2019il est expos\u00e9 au gaz Sarin, c\u2019est l\u00e0 que \u00e7a va vraiment mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Trois p\u2019tits tours<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019UIIC est bas\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du terrain d\u2019aviation de Trenton, dans un coin de la base et prot\u00e9g\u00e9 par de multiples lignes de s\u00e9curit\u00e9 et de postes de contr\u00f4le. Une grande partie de l\u2019\u00e9difice est occup\u00e9e par des casiers en grillage remplis, o\u00f9 se trouvent les \u00ab\u00a0go-bags\u00a0\u00bb (sacs d\u2019exp\u00e9dition) des op\u00e9rateurs au cas o\u00f9 ils doivent se d\u00e9ployer sans pr\u00e9avis. \u00ab\u00a0\u00c9tant donn\u00e9 qu\u2019il y a peu de chances qu\u2019une attaque terroriste ait lieu dans cet \u00e9difice, dit le commandant d\u2019escadron, le tout premier probl\u00e8me que nous devons r\u00e9gler, c\u2019est le probl\u00e8me strat\u00e9gique concernant le moment et l\u2019endroit\u00a0: il faut y aller.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le premier stade, lors d\u2019une crise \u00e9ventuelle, est d\u2019envoyer une \u00e9quipe de liaison; elle part avec n\u2019importe quoi \u2014 que ce soit avec rien qu\u2019une veste ou avec des caisses Pelican, d\u00e9pendamment de la situation. Les \u00e9quipes de liaison partent souvent et elles doivent \u00eatre pr\u00eates \u00e0 partir sans pr\u00e9avis. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas beaucoup de majors \u00e0 envoyer \u00e0 ces affaires-l\u00e0, dit Nash. J\u2019envoie des rangs subalternes, mais ils doivent pouvoir communiquer avec les officiers g\u00e9n\u00e9raux ou les directeurs des minist\u00e8res f\u00e9d\u00e9raux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les \u00e9quipes de liaison enqu\u00eatent sur la situation et, si n\u00e9cessaire, appellent les poids lourds\u00a0: les \u00e9quipes d\u2019intervention et les n\u0153uds de commandement et contr\u00f4le. Les \u00e9quipes d\u2019intervention peuvent \u00eatre form\u00e9es \u00e0 partir d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s une douzaine de gars jusqu\u2019\u00e0 pratiquement l\u2019unit\u00e9 au complet. \u00ab\u00a0Elles sont ajustables, adaptables aux besoins et elles comprennent des \u00e9l\u00e9ments de logistique, dit Nash. Elles doivent pouvoir s\u2019entendre avec tout le monde\u00a0: avec les pompiers lors d\u2019un combat et avec les policiers lors d\u2019un incendie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce qui nous inqui\u00e8te le plus, c\u2019est ce \u00e0 quoi nous pensons pas, alors notre groupe est con\u00e7u pour r\u00e9agir et s\u2019orienter tr\u00e8s vite aux nouvelles situations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 est occup\u00e9e, occup\u00e9e que c\u2019en est quelque peu effrayant. Elle a eu \u00e0 peu pr\u00e8s deux douzaines d\u2019\u00e9v\u00e8nements op\u00e9rationnels depuis juin 2008 et il n\u2019y en a que trois qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0pr\u00e9vus\u00a0\u00bb car il s\u2019agissait de manifestations nationales importantes \u2014 comme la visite du Pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Barack Obama, on s\u2019en doutera bien \u2014 qu\u2019on savait d\u2019avance.<\/p>\n<p>Ces \u00e9v\u00e8nements op\u00e9rationnels concernent une grande gamme de situations\u00a0: des choses ouvertes, transparentes, jusqu\u2019aux op\u00e9rations compl\u00e8tement secr\u00e8tes; du genre qui resteront secr\u00e8tes pendant tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale n\u2019a le premier r\u00f4le au Canada que lors de la d\u00e9fense souveraine de la nation ou s\u2019il y a un acte de guerre. Le reste du temps, c\u2019est la GRC qui est la premi\u00e8re \u2014 en ce qui concerne \u00e0 peu pr\u00e8s n\u2019importe quoi \u2014 et l\u2019UIIC lui est adjointe en tant qu\u2019esp\u00e8ce de force \u00e0 haute technologie. C\u2019est pour cela que l\u2019UIIC est tout \u00e0 fait capable de s\u2019en aller en mission presque sans aucune marque militaire.<\/p>\n<p>La flotte bleue, comme on l\u2019appelle, a des plaques d\u2019immatriculation de l\u2019Ontario, pas des plaques militaires. Elle est con\u00e7ue pour se fondre au reste, parce qu\u2019en cas d\u2019\u00e9v\u00e8nement CBRN, on ne voudrait certainement pas causer la panique en envoyant une dizaine de v\u00e9hicules des Forces canadiennes au c\u0153ur d\u2019Ottawa. \u00ab\u00a0L\u2019habit bleu, c\u2019est pour travailler avec l\u2019\u00e9quipe nationale, afin de ne pas attirer l\u2019attention sur nous\u00a0\u00bb, dit un op\u00e9rateur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si on ressemble \u00e0 un gars de la GRC, il y a moins de stress pour tout le monde, ajoute Nash. On ne veut pas cr\u00e9er des effets n\u00e9fastes par inadvertance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien que la GRC a vraiment certaines capacit\u00e9s que l\u2019UIIC n\u2019a pas, il y a une autre raison tr\u00e8s particuli\u00e8re et quelque peu effroyable, pour laquelle les deux organismes sont partenaires. \u00ab\u00a0On fait des choses qu\u2019ils (les agents de la GRC) ne peuvent pas faire, dit Nash. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019ils ont besoin de nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre responsabilit\u00e9 n\u2019a pas de li\u00admite\u00a0\u00bb, dit un officier de l\u2019unit\u00e9 \u00e0 propos du concept qu\u2019on peut ordonner aux soldats d\u2019aller \u00e0 leur mort. \u00ab\u00a0Ils n\u2019enverront pas les agents de la GRC dans une zone chaude s\u2019ils tombent comme des mouches. Mais nous? C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on est ici. Notre r\u00f4le de soutien principal, c\u2019est de maintenir les gars de la GRC vivants, ajoute l\u2019officier. Ils ont une main-d\u2019\u0153uvre plus nombreuse pour arr\u00eater les attaques qui suivent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Op\u00e9rations sp\u00e9ciales\u00a0: la main invisible<\/strong><\/p>\n<p>Quant aux deux autres r\u00f4les, la force op\u00e9rationnelle d\u2019intervention imm\u00e9diate et le travail \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, on ne peut pas en dire grand-chose sans risquer la s\u00e9curit\u00e9. \u00ab\u00a0Nous sommes interop\u00e9rables avec les autres FOS gr\u00e2ce \u00e0 nos aptitudes \u00bb, dit le commandant de l\u2019escadron, et il mentionne la descente rapide d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re \u00e0 la corde, l\u2019assaut urbain, etc.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y en a parmi nous qui sont qualifi\u00e9s pour faire certaines affaires avec (la FOI2); il s\u2019agit d\u2019une capacit\u00e9 tr\u00e8s chirurgicale, dit l\u2019op\u00e9rateur d\u2019\u00c9IABRC. Nous ne sommes pas des tireurs, des flingueurs, mais on doit l\u2019\u00eatre aussi si les choses vont mal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme c\u2019est le cas pour toutes les unit\u00e9s des forces d\u2019op\u00e9rations sp\u00e9ciales, les op\u00e9rateurs sont toujours soucieux de leur propre s\u00e9curit\u00e9. Il est difficile de savoir o\u00f9 les m\u00e9chants vont frapper et l\u2019unit\u00e9 abonde en histoires de terroristes int\u00e9rieurs, de boutefeux solitaires d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s ou autres quidams qui pourraient vouloir les prendre pour cible. \u00ab\u00a0Dans mon quartier, les gens pensent tous que je charge et d\u00e9charge les avions de v\u00e9hicules blind\u00e9s, dit l\u2019op\u00e9rateur d\u2019\u00c9IABRC qui \u00e9tait dans un r\u00e9giment de chars d\u2019assaut avant d\u2019\u00eatre accept\u00e9 dans l\u2019unit\u00e9. \u00ab\u00a0Et si quelqu\u2019un de ma base me pose des questions, je lui dis que je fais partie de DART (l\u2019\u00e9quipe d\u2019intervention en cas de catastrophe).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand je m\u2019en vais, personne le sait. La pagette sonne et on d\u00e9marre, dit l\u2019op\u00e9rateur de l\u2019\u00c9IABRC. On ne nous appelle qu\u2019en cas de cataclysme, alors on est constamment pr\u00eats \u00e0 tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Imaginez que vous allez \u00e0 la chasse aux dragons mais que vous ne pouvez le dire \u00e0 personne. \u00ab\u00a0Ouais, je peux pas en parler, dit-il avec un sourire en coin, mais peut-\u00eatre que je pourrai le dire \u00e0 mes petits-enfants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le commandant que l\u2019on peut citer<\/strong><\/p>\n<p>Pens\u00e9es et m\u00e9ditations du lieutenant-colonel Steve Nash qui, lorsque vous lisez ceci, est probablement en train de devenir enseignant d\u2019histoire au secondaire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand le gouvernement tire sur la corde attach\u00e9e \u00e0 ma cheville, je ne peux pas r\u00e9pondre que je ne suis pas pr\u00eat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On ne peut pas \u00e9chouer, ou bien notre pays se d\u00e9sint\u00e8gre. La vraie difficult\u00e9, c\u2019est de maintenir des types qui, quand on presse le bouton, acceptent d\u2019aller au danger \u00e0 la course.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne pas changer, \u00e7a veut dire que les m\u00e9chants prennent de l\u2019avance. La plupart des organisations changent quand elles ont subi un \u00e9chec. On ne peut pas laisser faire \u00e7a.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les armes biologiques sont vivantes. Elles mutent. Elles veulent vivre. Et elle pourraient d\u00e9truire toute la vie sur terre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 quelle aiguille dans une meule de foin doit-on faire attention? Les m\u00e9chants n\u2019ont besoin d\u2019avoir de la chance qu\u2019une seule fois; nous, c\u2019est toujours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne sais pas ce qui va se passer, mais il est fort possible que ce sera une surprise. Si ce n\u2019est pas une surprise, on l\u2019aurait emp\u00each\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On peut cacher certaines choses, mais il faut que je puisse d\u00e9fendre tout ce qu\u2019on fait au tribunal, \u00e0 mon patron ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 nationale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00ab ninjas de l\u2019espace \u00bb, au travail dans une illustration d\u2019une attaque radiologique, \u00e0 la Colline parlementaire. 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