{"id":2535,"date":"2014-03-01T00:01:27","date_gmt":"2014-03-01T04:01:27","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=2535"},"modified":"2014-02-28T10:22:46","modified_gmt":"2014-02-28T14:22:46","slug":"face-a-face-sur-la-conscription","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2014\/03\/face-a-face-sur-la-conscription\/","title":{"rendered":"Face-\u00c0-Face Sur La Conscription"},"content":{"rendered":"<h2><span style=\"color: #800000;\"><b>Le gouvernement canadien a-t-il eu raison de faire passer la<i> Loi du <\/i><\/b><b><i>Service Militaire de 1917<\/i>?<\/b><\/span><\/h2>\n<p><strong>L\u2019auteur Serge Durflinger d\u2019Ottawa dit que <span style=\"color: #800000;\">NON<\/span>. L\u2019auteur J.L. Granatstein de Toronto dit que\u00a0<span style=\"color: #800000;\">OUI<\/span>.<\/strong><\/p>\n<p>Durflinger est professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa. Il a \u00e9crit entre autres <i>Veterans with a Vision: Canada\u2019s War Blinded in Peace and War <\/i>et<i> Fighting From Home: The Second World War in Verdun, Quebec<\/i>.Granatstein a \u00e9crit des dizaines de livres, dont <i>Who Killed Canadian Military History?<\/i> et <i>Canada\u2019s Army: Waging War and Keeping the Peace<\/i>. Il a \u00e9t\u00e9 directeur et chef de la direction du Mus\u00e9e canadien de la guerre.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2537\" alt=\"Des soldats canadiens se dirigeant vers le front en octobre 1917. [PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE\/BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA001994]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/face1.jpg\" width=\"515\" height=\"414\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/face1.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/face1-300x241.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des soldats canadiens se dirigeant vers le front en octobre 1917. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MINIST\u00c8RE DE LA D\u00c9FENSE NATIONALE\/BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA001994<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>SERGE DURFLINGER<\/b><\/p>\n<h2><span style=\"text-decoration: underline; color: #800000;\">NON<\/span><\/h2>\n<p>Le premier ministre Sir\u00a0Robert Borden a tout fichu en l\u2019air. Les politiques et les mesures sur le recrutement\u00a0de son gouvernement \u00e9taient chaotiques au point d\u2019en \u00eatre inefficaces, les engagements qu\u2019il a pris envers\u00a0la Grande-Bretagne, peu judicieux et, en fin de compte, son recours \u00e0 la conscription en 1917, antid\u00e9mocratique\u00a0et inutile.<\/p>\n<p>Pire encore, en plus de manquer aux promesses d\u2019exemption en 1918, la promulgation m\u00eame de la conscription a gravement fragment\u00e9 la nation selon la langue, la classe, la profession et la r\u00e9gion. Il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re logique de soutenir les lignes au front en y envoyant des milliers de Canadiens r\u00e9ticents au risque de morceler la conf\u00e9d\u00e9ration elle-m\u00eame. Cela aurait \u00e9t\u00e9 le cas classique o\u00f9 le patient meurt bien que l\u2019op\u00e9ration ait r\u00e9ussi. Le Canada a tout juste surv\u00e9cu, et les germes du nationalisme qu\u00e9b\u00e9cois, de la d\u00e9saffection du Canada de l\u2019Ouest et des conflits ouvriers qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00e9vidents avant 1914 ont alors fermement pris racine et, en 1918-1919, ils ont men\u00e9 \u00e0 l\u2019agitation sociale et \u00e0 la violence, en plus de compliquer le paysage politique du pays pendant des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Il aurait pu en \u00eatre autrement.<\/p>\n<p>En 1914, le Canada \u00e9tait une colo-nie de la Grande-Bretagne qui se gouvernait elle-m\u00eame, qui g\u00e9rait ses affaires int\u00e9rieures, mais qui ne jouissait pas de statut international officiel. Quelque 27 p. 100 de ses huit millions d\u2019habitants \u00e9taient des francophones sans lien de famille avec les Britanniques ni de lien \u00e9motif avec le roi ou l\u2019Empire britannique. Se battre aux guerres britanniques ne convenait pas \u00e0 tout le monde et les controverses occasionn\u00e9es par la participation du Canada \u00e0 la guerre d\u2019Afrique du Sud ou par la cr\u00e9ation de la Marine royale canadienne avaient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que notre unit\u00e9 nationale \u00e9tait fragile.<\/p>\n<p>Borden avait des raisons quand, en 1914, il a d\u00e9clar\u00e9 que le recrutement serait fond\u00e9 sur le volontariat seulement. Mais sa promesse pu-blique du 1<sup>er<\/sup> janvier 1916, comme quoi le Canada l\u00e8verait une arm\u00e9e de 500 000 personnes, a \u00e9t\u00e9 faite pr\u00e9cipitamment et sans bien y r\u00e9fl\u00e9-chir. En mai 1917, vu le nombre de pertes \u00e9lev\u00e9, les volontaires \u00e9taient difficiles \u00e0 trouver ailleurs que dans la population de Canadiens n\u00e9s en Grande-Bretagne (qui formaient plus de la moiti\u00e9 du Corps exp\u00e9ditionnaire canadien (CEC) \u00e0 ce moment-l\u00e0), et vu l\u2019enr\u00f4lement tr\u00e8s bas de Canadiens-Fran\u00e7ais, Borden a annonc\u00e9 qu\u2019il avait l\u2019intention de promulguer la conscription, laquelle a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. Plus de<br \/>\n90 p. 100 des conscrits canadiens, quelle que soit leur ethnie, ont fait une demande d\u2019exemption.<\/p>\n<p>Le pays \u00e9tait dangereusement divis\u00e9 selon la langue. Le gouvernement de coalition bordeniste a remport\u00e9 l\u2019\u00e9lection \u00e2prement disput\u00e9e de 1917 en partie au moyen d\u2019une l\u00e9gislation \u00e9lectorale fort douteuse, et ce faisant, il a corrompu la d\u00e9mocratie canadienne. Lors d\u2019une motion \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e du Qu\u00e9bec d\u00e9battue en janvier 1918, on se demandait si le Qu\u00e9bec devait quitter la conf\u00e9d\u00e9ration puisque le reste du Canada le consid\u00e9rait comme un obstacle \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de ses objectifs politiques. L\u2019objectif que Borden se fixait avec acharnement, soit d\u2019aider la Grande-Bretagne \u00e0 remporter la guerre apparemment interminable, et son refus cat\u00e9gorique de renier les dizaines de milliers de victimes canadiennes, l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 enr\u00f4ler encore plus d\u2019hommes, \u00e0 endeuiller encore plus de Canadiens, et le tout pour l\u2019objectif, pi\u00e8tre d\u2019un point de vue militaire, d\u2019obtenir un meilleur r\u00f4le et plus d\u2019autonomie pour le Canada \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019empire du Commonwealth en \u00e9volution. Il ne semblait gu\u00e8re que cela valait la peine d\u2019obliger les gens \u00e0 faire la guerre, et le Canada n\u2019avait certainement pas besoin de cette mesure draconienne pour devenir plus autonome; ce droit a \u00e9t\u00e9 m\u00e9rit\u00e9 en 1918.<\/p>\n<p>Les Australiens qui s\u2019\u00e9taient port\u00e9s volontaires en grand nombre avaient refus\u00e9 la conscription non pas une fois, mais deux, lors de deux r\u00e9f\u00e9-rendums. Ils avaient suffisamment donn\u00e9. Et nous aussi. Le premier ministre britannique, David Lloyd George, voulait certainement des conscrits canadiens en renfort, mais il n\u2019avait pas l\u2019intention de partager la prise de d\u00e9cisions avec les colonies. La vaillance des soldats canadiens tout au long de la guerre est incontestable et leur r\u00f4le important \u00e0 la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne pendant les trois derniers mois de la guerre est bien connu. En revanche, l\u2019h\u00e9ritage de d\u00e9saffection tenace de la conscription, surtout au Canada francophone, aurait d\u00fb \u00eatre l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 d\u2019autres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>J.L. GRANATSTEIN<\/b><\/p>\n<h2><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #800000; text-decoration: underline;\">OUI<\/span><\/span><\/h2>\n<p>La justification de la conscription du point de vue militaire est simple : le Canada \u00e9tait en guerre et les victimes, en 1917, \u00e9taient plus nombreuses que les recrues au Canada. Soit que davantage d\u2019hommes endossaient l\u2019uniforme, soit que le nombre de soldats du Corps canadien, et par le fait m\u00eame son efficacit\u00e9, diminuait. En outre, les bataillons de fantassins dont l\u2019effectif \u00e9tait incomplet subissaient plus de pertes, et ils r\u00e9ussissaient moins bien \u00e0 l\u2019attaque ou \u00e0 la d\u00e9fense, que ceux dont l\u2019effectif \u00e9tait complet ou presque.<\/p>\n<p>Le premier ministre sir Robert Borden n\u2019avait pas voulu de la conscription parce qu\u2019il savait quelles en seraient les incidences au Qu\u00e9bec et au Canada rural. Mais quand il est all\u00e9 en France, au printemps 1917, il a vite appris que la prise de la cr\u00eate de Vimy avait cout\u00e9 au Corps plus de 10 000 victimes. \u00c9branl\u00e9, il a \u00e9crit qu\u2019il avait eu \u00ab l\u2019honneur de regarder des dizaines de milliers d\u2019hommes dans les yeux au front, qui comptaient sur nous pour l\u2019effort gr\u00e2ce auquel leur sacrifice serait justifi\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Au Parlement, un d\u00e9put\u00e9 lib\u00e9ral a d\u00e9clar\u00e9 que Borden avait manqu\u00e9 \u00e0 sa promesse en imposant la conscription. Borden se f\u00e2cha et demanda si le Canada n\u2019avait pas fait une promesse aux hommes qu\u2019il avait envoy\u00e9s au combat. Pour lui, c\u2019\u00e9tait un v\u0153u sacr\u00e9.<\/p>\n<p>Le plan du gouvernement, inscrit dans la <i>Loi du Service Militaire<\/i> le\u00a029 aout 1917, \u00e9tait d\u2019appeler 100 000\u00a0hommes sous les drapeaux.\u00a0L\u2019appel aux armes a commenc\u00e9\u00a0en janvier 1918, apr\u00e8s une \u00e9lection violemment partisane en d\u00e9cembre. La grande majorit\u00e9 de ces hommes, de chaque province, ont essay\u00e9 d\u2019obtenir une exemption, mais les tribunaux d\u2019appel dans la plupart des endroits se sont rapidement occup\u00e9s de leurs cas. Le nombre d\u2019appel\u00e9s qu\u2019il fallait pour le Corps exp\u00e9ditionnaire canadien a vite \u00e9t\u00e9 atteint : 99 651 exactement selon les chiffres du minist\u00e8re de la Milice et de la D\u00e9fense. Si la guerre s\u2019\u00e9tait poursuivie en 1919, comme s\u2019y attendaient tous les strat\u00e8ges militaires, tous ces appel\u00e9s auraient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au front outre-mer. En fait, les premiers appel\u00e9s sont arriv\u00e9s en France le 10 mai 1918. Lors de l\u2019armistice du 11 novembre 1918, 24 132 appel\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 l\u2019effectif d\u2019unit\u00e9s au front.<\/p>\n<p>Un nombre d\u00e9risoire comme celui-l\u00e0 valait-il la peine de\u00a0d\u00e9chirer le Canada, d\u2019opposer\u00a0les francophones aux anglophones,\u00a0les paysans aux citadins?<\/p>\n<p>D\u2019abord, 24 132 hommes, c\u2019\u00e9tait plus que l\u2019effectif d\u2019une division d\u2019infanterie, non pas un nombre d\u00e9risoire. Ensuite, le Corps canadien avait engag\u00e9 le combat dans une s\u00e9rie d\u2019offensives cruciales \u00e0 partir du 8 aout \u00e0 Amiens et jusqu\u2019\u00e0 la fin du mois pr\u00e8s d\u2019Arras. Le 8 aout,\u00a0ils avaient d\u00e9j\u00e0 fait d\u2019\u00e9normes progr\u00e8s, et puis ils avaient fracass\u00e9 la ligne Drocourt-Qu\u00e9ant, travers\u00e9 le canal du Nord en septembre,\u00a0et lib\u00e9r\u00e9 Cambrai et Valenciennes en octobre et au d\u00e9but novembre. Ces actes des cent jours du Canada avaient r\u00e9ellement bris\u00e9 l\u2019arm\u00e9e allemande du front de l\u2019ouest, et c\u2019\u00e9tait la plus grande contribution du CEC \u00e0 la victoire contre l\u2019Allemagne et sans doute la plus grande contribution militaire qu\u2019aient jamais apport\u00e9e des troupes canadiennes \u00e0 n\u2019importe quel conflit.<\/p>\n<p>Toutefois, les cent jours du Canada ont cout\u00e9 terriblement cher :\u00a045 000 victimes en tout en un peu plus de trois mois de combats, c\u2019est-\u00e0-dire quelque 20 p. 100 du total des victimes du Canada de toute la guerre et 45 p. 100 de l\u2019effectif du Corps. Sans les conscrits, les quatre divisions du Corps n\u2019auraient tout simplement pas pu continuer de se battre. Et si le Canada avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de retirer son Corps du front, la grande r\u00e9putation que le domi-nion a m\u00e9rit\u00e9 pendant la guerre gr\u00e2ce \u00e0 sa performance sur le terrain aurait pu \u00eatre compromise.<\/p>\n<p>Alors, oui, la conscription \u00e9tait n\u00e9cessaire sous l\u2019optique militaire. Pour ce qui est de la politique int\u00e9rieure, la cause est plus difficile \u00e0 d\u00e9fendre. Mais si l\u2019on croit qu\u2019un pays qui envoie ses soldats \u00e0 la guerre doit les appuyer autant\u00a0que faire se peut, la cause de la conscription est irr\u00e9futable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gouvernement canadien a-t-il eu raison de faire passer la Loi du Service Militaire de 1917? L\u2019auteur Serge Durflinger d\u2019Ottawa dit que NON. L\u2019auteur J.L. Granatstein de Toronto dit que\u00a0OUI. 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