{"id":246,"date":"2009-05-01T00:01:19","date_gmt":"2009-05-01T04:01:19","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/index.php\/2009\/05\/sur-leau-sur-la-plage\/"},"modified":"2009-04-22T12:42:20","modified_gmt":"2009-04-22T16:42:20","slug":"sur-leau-sur-la-plage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2009\/05\/sur-leau-sur-la-plage\/","title":{"rendered":"Sur L&#8217;eau, Sur La Plage"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/crossingintro.jpg\" alt=\"Les p\u00e9niches de d\u00e9barquement mettent le cap sur la Normandie, le 6 juin 1944. Remarquez les piles de bicyclettes. [PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA135966]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les p\u00e9niches de d\u00e9barquement mettent le cap sur la Normandie, le 6 juin 1944. Remarquez les piles de bicyclettes. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA135966<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>En d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, le 5 juin 1944, nous avons pris le d\u00e9part de la c\u00f4te sud de l\u2019Angleterre. Nous n\u2019avons appris o\u00f9 nous allions qu\u2019une couple d\u2019heures apr\u00e8s, quand nous avons ouvert les ordres scell\u00e9s apr\u00e8s avoir chang\u00e9 de panne entre le continent et l\u2019\u00eele de Wight.<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019alors que nous avons appris o\u00f9 nous allions et, bien que nous ne le savions pas \u00e0 ce moment-l\u00e0, l\u2019op\u00e9ration allait modifier le cours de la guerre. Nous faisions partie de la plus grande force terrestre, a\u00e9rienne et marine jamais combin\u00e9e et nous faisions voile vers la Normandie (France).<\/p>\n<p>Maintenant, en cette ann\u00e9e de mon 88e anniversaire, dans le confort de ma maison \u00e0 Saint-Lambert (Qu\u00e9bec), je contemple cette immense p\u00e9riode \u2014 65 ans pour \u00eatre juste \u2014 qui s\u00e9pare mon aujourd\u2019hui de ce jour-l\u00e0. Bien que force d\u00e9tails se soient estomp\u00e9s, je me rappelle de certains \u00e9v\u00e8nements \u2014 et de certains visages \u2014 des 5 et 6 juin 1944.<\/p>\n<p>J\u2019avais 23 ans; je n\u2019\u00e9tais qu\u2019un gamin, avec des connaissances en trigonom\u00e9trie, dans l\u2019artillerie o\u00f9 j\u2019\u00e9tais l\u2019assistant d\u2019un officier du 14e R\u00e9giment de campagne.<\/p>\n<p>Nous traversions la Manche dans une barge de d\u00e9barquement de chars d\u2019assaut (LCT), un bateau fait pour rouler sur la terre ferme (ou tout au moins pr\u00e8s de la c\u00f4te) o\u00f9 il ferait tomber sa rampe de proue pour d\u00e9poser des hommes et des engins au c\u0153ur des combats. Je me souviens encore de la carte o\u00f9 \u00e9taient indiqu\u00e9s les endroits importants, y compris ceux o\u00f9 iraient nos premi\u00e8res pi\u00e8ces. Nous \u00e9tions \u00e0 peu pr\u00e8s 40 \u00e0 bord, y compris l\u2019\u00e9quipage de la LCT, avec quatre canons automoteurs de 105 mm, un char de commandement et une chenillette porte-Bren, ainsi qu\u2019un groupe de liaison d\u2019infanterie.<\/p>\n<p>La mer \u00e9tait houleuse ce matin-l\u00e0 et nombreux \u00e9taient les hommes qui ont d\u00fb s\u2019arr\u00eater de jouer au poker ou aux d\u00e9s, pour aller soulager leur estomac par-dessus bord.<\/p>\n<p>Des ballons de la taille de grosses voitures \u00e9taient fix\u00e9s au-dessus de nous avec des c\u00e2bles pour d\u00e9concerter les avions ennemis volant \u00e0 basse altitude.<\/p>\n<p>Nous ne pouvions pas dormir et j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 la plus grande partie de Red Dog de ma vie. C\u2019\u00e9tait une partie de poker \u00e0 mises \u00e9lev\u00e9es qui a dur\u00e9 toute la nuit. Presque tout le monde \u00e0 bord a jou\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils soient \u00ab\u00a0compl\u00e8tement fauch\u00e9s\u00a0\u00bb, y compris les officiers sup\u00e9rieurs. Les autres observaient et j\u2019ai fini avec une somme \u00e9quivalant \u00e0 3\u00a0000 $ canadiens dans les poches. C\u2019\u00e9tait beaucoup d\u2019argent en ce temps-l\u00e0 et, d\u2019avoir tant gagn\u00e9, je me sentais \u2014 \u00e0 tort ou \u00e0 raison \u2014 plut\u00f4t vuln\u00e9rable par rapport \u00e0 ceux qui avaient fait moins bien que moi. Mon succ\u00e8s \u00e9tait probablement d\u00fb \u00e0 la chance du d\u00e9butant parce que c\u2019est la seule fois que j\u2019ai jou\u00e9 au Red Dog. J\u2019avais tout pari\u00e9\u00a0: des livres anglaises et des francs fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la partie, quand le jour se levait, nous avons eu une vision fantastique. De tous les c\u00f4t\u00e9s, \u00e0 perte de vue, il y avait des navires alli\u00e9s assembl\u00e9s en une immense armada.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, on nous a donn\u00e9 la t\u00e2che de tirer un barrage devant notre infanterie qui se lan\u00e7ait \u00e0 l\u2019assaut des plages normandes de Berni\u00e8res-sur-Mer. Nous n\u2019\u00e9tions pas encore tr\u00e8s pr\u00e8s du rivage \u00e0 ce moment-l\u00e0, alors ce n\u2019\u00e9tait pas facile de tirer par-dessus la t\u00eate des fantassins qui passaient \u00e0 l\u2019attaque. La LCT \u00e9tait fortement se\u00adcou\u00e9e, alors pour obtenir une bonne ligne de tir, il fallait maintenir le cap et la vitesse. Notre boulot \u00e9tait d\u2019effectuer un tir de harc\u00e8lement pour venir en aide aux Queen\u2019s Own Rifles of Canada qui atterrissaient \u00e0 la plage Juno un peu apr\u00e8s 8 h.<\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019avoir vu des chars amphibies \u00e0 double propulsion. Ces engins \u00e9taient flottables et \u00e0 h\u00e9lices, con\u00e7us pour fendre les flots en surface jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il atteignent la plage. Malheureusement, il y en a qui ont coul\u00e9 dans la mer forte. J\u2019ai aussi remarqu\u00e9 des p\u00e9niches d\u2019o\u00f9 on lan\u00e7ait des fus\u00e9es, et j\u2019ai entendu le son de locomotive que les gros obus, lanc\u00e9s par un navire de guerre que nous ne pouvions voir, faisaient en passant au-dessus de nos t\u00eates. Vu tout le bruit qui me martelait alors, je n\u2019ai jamais eu honte de faire une demande \u00e0 Anciens combattants Canada, des ann\u00e9es plus tard, pour perte auditive.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s 9 h quand notre LCT a frapp\u00e9 une mine. L\u2019eau \u00e9tait profonde de six pieds environ et la rampe de la LCT a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite. Elle a coul\u00e9 \u00e0 pic, mais nos v\u00e9hicules n\u2019ont pas cal\u00e9 parce que leurs c\u00f4t\u00e9s et leur pot d\u2019\u00e9chappement avaient \u00e9t\u00e9 allong\u00e9s. La chenillette porte-Bren du r\u00e9giment d\u2019infanterie que nous transportions sortit de la LCT qui s\u2019enfon\u00e7ait, mais elle fut d\u00e9truite par une mine.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais dans le char, debout dans la tourelle, et j\u2019ai vu la chenillette porte-Bren sauter et retomber \u00e0 l\u2019envers. C\u2019\u00e9tait comme une immense baleine qui aurait saut\u00e9 hors de l\u2019eau et serait retomb\u00e9e. Peu de temps apr\u00e8s, nous allions nous mettre \u00e0 la recherche de survivants et peut-\u00eatre remorquer la chenillette jusqu\u2019\u00e0 la plage, mais le maitre de plage nous interdit de nous arr\u00eater. Il savait ce qu\u2019il fallait faire mieux que nous et je suppose qu\u2019il ne voulait pas nous voir subir le m\u00eame sort.<\/p>\n<p>En regardant vers la c\u00f4te, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la plage sablonneuse, je vis beaucoup de soldats morts ou mourants avant la digue en b\u00e9ton. C\u2019\u00e9tait terrible.<\/p>\n<p>Notre groupe a atteint la plage \u00e0 9 h 25 et y est rest\u00e9 une bonne heure, en proie aux obus et aux balles volant au-dessus de nos t\u00eates. Ce fut finalement notre tour de passer par une petite br\u00e8che dans la digue de Berni\u00e8res-sur-Mer. Nous n\u2019avons \u00e9t\u00e9 mitraill\u00e9s, par un avion ennemi volant en rase-mottes au-dessus de la plage, que deux fois.<\/p>\n<p>Un de nos gars a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 d\u2019une balle \u00e0 la t\u00eate pendant que nous \u00e9tions coinc\u00e9s dans un bouchon. Il \u00e9tait devant nous, et la balle \u00e9tait venue d\u2019une maison qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9molie par la suite. C\u2019est une Fran\u00e7aise qui avait tir\u00e9 et nous avons entendu une rumeur comme quoi c\u2019\u00e9tait la petite amie d\u2019un soldat allemand.<\/p>\n<p>Le champ o\u00f9 notre batterie devait se rendre \u00e9tait occup\u00e9 par une autre batterie, alors nous avons fini par entrer dans un champ qui avait \u00e9t\u00e9 min\u00e9. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 un gar\u00e7on fran\u00e7ais de 14 ou 15 ans, qui nous a dit que les Allemands l\u2019avaient oblig\u00e9 \u00e0 placer les mines, que nous avons pu man\u0153uvrer dans le champs. J\u2019ai persuad\u00e9 le jeune homme, avec mon fusil, de s\u2019assoir sur l\u2019avant du char et de nous montrer par o\u00f9 passer.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, les avions allemands sont arriv\u00e9s et ont sem\u00e9 la confusion dans les d\u00e9p\u00f4ts de munitions. C\u2019\u00e9tait tout un feu d\u2019artifice; vraiment effrayant. Nous avons aussi d\u00e9couvert \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nos francs fran\u00e7ais ne servaient pas \u00e0 grand-chose. La seule monnaie acceptable \u00e9tait la cigarette.<\/p>\n<p>Il y a eu des erreurs bien s\u00fbr, faites par tous les grades, mais nous avons triomph\u00e9. Et il ne faudrait jamais ou\u00adblier tous ces braves jeunes hommes qui ont rest\u00e9s l\u00e0-bas il y a 65 ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les p\u00e9niches de d\u00e9barquement mettent le cap sur la Normandie, le 6 juin 1944. Remarquez les piles de bicyclettes. PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA135966 En d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, le 5 juin 1944, nous avons pris le d\u00e9part de la c\u00f4te sud de l\u2019Angleterre. 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