{"id":245,"date":"2009-05-01T00:15:43","date_gmt":"2009-05-01T04:15:43","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/index.php\/2009\/05\/la-victoire-et-son-prix\/"},"modified":"2009-04-22T12:37:18","modified_gmt":"2009-04-22T16:37:18","slug":"la-victoire-et-son-prix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2009\/05\/la-victoire-et-son-prix\/","title":{"rendered":"La Victoire Et Son Prix"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/ddayintro.jpg\" alt=\"Les soldats des North Nova Scotia Highlanders et de la Highland Light Infantry marchent dans l\u2019eau jusqu\u2019au rivage \u00e0 la plage Juno, peu avant  midi le 6 juin 1944. [PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA122765]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les soldats des North Nova Scotia Highlanders et de la Highland Light Infantry marchent dans l\u2019eau jusqu\u2019au rivage \u00e0 la plage Juno, peu avant  midi le 6 juin 1944. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA122765<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>Les Queen\u2019s Own Rifles of Canada ont d\u00e9barqu\u00e9 le 6 juin 1944, \u00e0 la plage Juno, \u00e0 8 h 12, presque une demi-heure en retard. La mer \u00e9tait tr\u00e8s agit\u00e9e, beaucoup de soldats avaient le mal de mer, mais les hommes, dont la premi\u00e8re vague se composait de deux compagnies dans 10 navires de d\u00e9barquement, ont touch\u00e9 la terre ferme, \u00e0 la ville c\u00f4ti\u00e8re de Berni\u00e8res-sur-Mer, au pas de course. \u00ab\u00a0Dix navires, s\u2019\u00e9tirant sur 1\u00a0500 verges, ce n\u2019est vraiment pas beaucoup pour une force d\u2019assaut\u00a0\u00bb, \u00e9crivait le sergent de compagnie, Charlie Martin, par la suite. Sur les cartes, le Queen\u2019s Own \u00e9tait un bataillon\u00a0: presque 1\u00a0000 hommes. Mais sur la plage, au moment crucial, le r\u00e9giment avait deux compa\u00adgnies, tout au plus 250 hommes, d\u00e9ploy\u00e9 sur plus d\u2019un mille et sans communication entre les navires transportant un peloton chacun.<\/strong><\/p>\n<p>Les bombardiers lourds de la Royal Air Force, de l\u2019Aviation royale du Canada et de la United States Army Air Force avaient largu\u00e9 leur charge trop \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et manqu\u00e9 presque compl\u00e8tement les bunkers en b\u00e9ton massif du mur de l\u2019Atlantique. L\u2019artillerie des centaines de navires de guerre britanniques, am\u00e9ricains et canadiens au large \u00e9tait presque aussi inefficace et les \u00e9quipages des Typhoons qui avaient re\u00e7u l\u2019ordre de bombarder et mitrailler la plage Juno ne voyaient pas grand-chose \u00e0 cause des nuages. Aucune des positions allemandes principales de la plage du QORC n\u2019avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e.<\/p>\n<p>Les Allemands \u00e9taient tout \u00e0 fait alertes et \u00e0 leurs armes lourdes. Ce n\u2019\u00e9taient pas les meilleurs soldats de la Wehrmacht\u00a0: c\u2019\u00e9taient des hommes d\u2019un certain \u00e2ge, des appel\u00e9s peu en\u00ad-thousiastes, avec quelques ost-truppens des territoires conquis par les nazis, qui appartenaient au 736e r\u00e9giment de la 716e Division d\u2019infanterie statique. Mais dans les bunkers presque inexpugnables d\u2019o\u00f9 ils tiraient, ils \u00e9taient un probl\u00e8me s\u00e9rieux pour les Canadiens. Un canon de 88 mm terrible faucha presque tout un peloton de fusiliers avant de se faire supprimer. Une autre demi-compagnie de Cana\u00addiens fut extermin\u00e9e par une mitrailleuse situ\u00e9e dans un grand bunker en b\u00e9ton avant que les survivants se mettent \u00e0 couvert derri\u00e8re la haute digue, \u00e0 200 m\u00e8tres de l\u2019eau.<\/p>\n<p>Les pertes \u00e9taient lourdes. Jim Wilkins, un fusilier de la Compagnie B, s\u2019\u00e9tait rappel\u00e9 que son navire de d\u00e9barquement \u00ab\u00a0s\u2019est arr\u00eat\u00e9 et s\u2019est mis \u00e0 tanguer brusquement. La rampe est tomb\u00e9e et le chef de ma section, le caporal John Gibson, a saut\u00e9 dans l\u2019eau au-dessus de la taille sans h\u00e9siter.<\/p>\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00e0 quelques verges plus loin.<\/p>\n<p>On \u00e9tait arriv\u00e9 juste devant un abri fortifi\u00e9 d\u2019o\u00f9 une mitrailleuse nous canardait. On a saut\u00e9 \u00e0 l\u2019eau sans h\u00e9siter, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre; j\u2019\u00e9tais le dernier de la premi\u00e8re rang\u00e9e\u00a0\u00bb, dit Wilkins. \u00ab\u00a0O\u00f9 \u00e9taient les autres? Il n\u2019y avait que la moiti\u00e9 de ma section; il y en avait qui flottaient (morts ou bless\u00e9s) dans leur gilet de sauvetage. Mes co\u00e9quipiers de mitrailleuse Bren, Tommy Dalrymple et Kenny Scott, \u00e9taient juste devant moi quand quelque chose a frapp\u00e9 mon porte-chargeurs. La balle est pass\u00e9e \u00e0 travers deux chargeurs, dans mon c\u00f4t\u00e9 et elle est sortie dans mon dos. Kenny \u00e9tait en train de me crier de courir; j\u2019arrive! j\u2019arrive! je lui r\u00e9pondis en criant, s\u2019est rappel\u00e9 Wilkins. On \u00e9tait dans l\u2019eau jusqu\u2019aux genoux et on entendait une esp\u00e8ce de sifflement tout autour de nous, ainsi que le bruit de la mitrailleuse elle-m\u00eame. Tout \u00e0 coup, quelque chose m\u2019a atteint au c\u00f4t\u00e9 de la jambe droite et puis une balle m\u2019a frapp\u00e9 en plein centre de la cuisse droite et caus\u00e9 une fracture ouverte. \u00c0 ce moment-l\u00e0, je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 plat ventre dans l\u2019eau; j\u2019avais perdu mon fusil, j\u2019avais plus de casque [\u2026]. L\u2019homme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi \u00e9tait mort en quelques minutes.<\/p>\n<p>Tout ce temps-l\u00e0, on regardait la mitrailleuse qui tirait au-dessus de nos t\u00eates sur le reste de notre peloton et de notre compagnie, et puis le sergent de notre peloton, un de mes amis, qui avait refus\u00e9 l\u2019offre de devenir officier pour rester avec nous, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 devant moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui a fait toute la diff\u00e9rence, ce qui fait qu\u2019en fin de compte le d\u00e9barquement des Queen\u2019s Own \u00e0 la plage Juno a triomph\u00e9, c\u2019est le courage des soldats canadiens. Les fusiliers qui avaient surv\u00e9cu aux premi\u00e8res rafales des mitrailleuses se sont mis \u00e0 tirer et ont tu\u00e9 les d\u00e9fenseurs de la Wehrmacht et puis trois hommes ont mis la mitrailleuse qui avait bless\u00e9 Wilkins hors d\u2019\u00e9tat de nuire en lan\u00e7ant des grenades dans les embrasures du bunker. Le r\u00e9giment de Toronto n\u2019allait pas se faire repousser.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>La d\u00e9cision d\u2019envahir la France avait \u00e9t\u00e9 prise par le pr\u00e9sident \u00e9tats-unien Franklin Delano Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill \u00e0 la Conf\u00e9rence de Qu\u00e9bec, en aout 1943. Les deux chefs d\u2019\u00c9tat alli\u00e9s savaient que la seule mani\u00e8re de vaincre l\u2019Allemagne nazie, c\u2019\u00e9tait d\u2019envoyer de grandes arm\u00e9es en France et qu\u2019elles foncent vers le Reich hitl\u00e9rien. Ils donn\u00e8rent le commandement sup\u00e9rieur au g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tats-unien Dwight D. Eisenhower et celui des forces terrestres au g\u00e9n\u00e9ral britannique Bernard L. Montgomery.<\/p>\n<p>L\u2019assaut, une op\u00e9ration immense et complexe appel\u00e9e Overlord, comprendrait cinq divisions de fantassins et des unit\u00e9s blind\u00e9es appartenant \u00e0 trois nations, lesquelles d\u00e9barqueraient sur cinq plages de la c\u00f4te normande, ainsi que trois divisions a\u00e9roport\u00e9es sur les flancs. Il fallait coordonner des milliers d\u2019avions et presque 7\u00a0000 navires, placer les hommes et l\u2019approvisionnement aux bons endroits, et r\u00e9aliser un programme de d\u00e9ception compliqu\u00e9. En 1944, les alli\u00e9s avaient une certaine exp\u00e9rience des invasions contre une c\u00f4te d\u00e9fendue et les le\u00e7ons apprises gr\u00e2ce au d\u00e9sastre cana\u00ad-dien \u00e0 Dieppe deux ans auparavant avaient \u00e9t\u00e9 dig\u00e9r\u00e9es\u00a0: il fallait un bombardement a\u00e9rien et naval dense; l\u2019assaut devrait avoir lieu sur les plages plut\u00f4t que dans un port d\u00e9fendu; et il fallait absolument employer des v\u00e9hicules blind\u00e9s et des navires de d\u00e9barquement sp\u00e9ciaux.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/ddayinset4.jpg\" alt=\"Les fusiliers canadiens W.T. Orton et H.H. Pennell, \u00e0 bord d\u2019un transport de lance-flammes, sont pr\u00eats \u00e0 tout, pr\u00e8s de Vaucelles (France), le 29 juillet 1944. [PHOTO : LT. DONALD I. GRANT, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA190811]\" align=\"middle\" height=\"388\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les fusiliers canadiens W.T. Orton et H.H. Pennell, \u00e0 bord d\u2019un transport de lance-flammes, sont pr\u00eats \u00e0 tout, pr\u00e8s de Vaucelles (France), le 29 juillet 1944. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : LT. DONALD I. GRANT, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA190811<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Les cinq plages de l\u2019invasion \u2014 surnomm\u00e9es Gold et Sword pour les Britanniques, Juno pour la 3e Division canadienne et la 2e Brigade blind\u00e9e canadienne, et Utah et Omaha pour les Am\u00e9ricains \u2014 avaient \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es pour la d\u00e9fense par un commandant allemand capable et \u00e9nergique, le feld-mar\u00e9chal Erwin Rommel, qui avait beaucoup renforc\u00e9 le mur de l\u2019Atlantique. Tout le monde, Rommel compris, savait que l\u2019invasion allait avoir lieu, mais on ne savait ni o\u00f9 ni quand. En attaquant par mauvais temps et ailleurs qu\u2019au Pas-de-Calais, l\u2019endroit le plus pr\u00e8s de l\u2019Angleterre et o\u00f9 le feld-mar\u00e9chal et les strat\u00e9gistes ennemis attendaient l\u2019invasion, les hommes d\u2019Eisenhower ont obtenu la surprise tactique.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de courage que les Queen\u2019s Own ont trac\u00e9e \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s pareille \u00e0 celles qu\u2019il y a eu tout le long de la plage Juno et des autres plages de l\u2019invasion. Les obstacles dans l\u2019eau, les mines \u00e0 la laisse de mer, les mines terrestres, les barbel\u00e9s enchev\u00eatr\u00e9s et les armes lourdes intacts malgr\u00e9 le bombardement pr\u00e9liminaire et le plan de feu naval ont tous fait de nombreuses victimes. En revanche, le panache et le courage (et probablement la forte envie de quitter les chalands de d\u00e9barquement d\u2019infanterie qui tanguaient et bringuebalaient) ont transport\u00e9 le North Shore (New Brunswick) Regiment, les Royal Winnipeg Rifles, les Regina Rifles, les Canadian Scottish et les chars d\u2019assaut Sherman des 1st Hussars et des Fort Garry Horse de la 2e Brigade blind\u00e9e canadienne, les r\u00e9giments canadiens de la premi\u00e8re vague, \u00e0 travers les plages Juno d\u00e9couvertes. La plupart des chars, \u00e9quip\u00e9s de double propulsion et dont le dispositif de flottaison devait permettre la navigation, ont atteint la rive en retard, certains ayant coul\u00e9 dans la mer agit\u00e9e. Leurs canons, qui tiraient \u00e0 bout portant, ont servi \u00e0 soumettre les d\u00e9fenseurs dans les immenses bunkers d\u2019acier et de b\u00e9ton qui r\u00e9sistaient aux assauts de l\u2019infanterie. Soixante-cinq ans apr\u00e8s, les bunkers menacent encore les plages, mais, ces jours-ci, les enfants s\u2019amusent \u00e0 monter dessus durant les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ce sont les Am\u00e9ricains des 1re et 29e divisions, \u00e0 la plage Omaha, qui ont eu le plus de difficult\u00e9s et le plus de victimes, la malchance les ayant plac\u00e9s au mauvais endroit et devant une formation ennemie de premi\u00e8re, la 352e division d\u2019infanterie, mais toutes les plages des alli\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 prises avant la fin de la journ\u00e9e. Les vagues d\u2019hommes arrivaient \u00e0 terre l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre\u00a0: sc\u00e8nes de chaos organis\u00e9, soldats portant de lourds sacs au dos, des armes et des munitions. Certains quittaient la plage rapidement et tombaient sur un combat; d\u2019autres avaient l\u2019occasion de fumer et consommer un repas pig\u00e9 dans leurs paquets de rations. En tout, le premier jour, les alli\u00e9s ont d\u00e9barqu\u00e9 plus de 130\u00a0000 hommes, presque 6\u00a0000 v\u00e9hicules, y compris 900 chars et v\u00e9hicules blind\u00e9s et quelque 600 pi\u00e8ces d\u2019artillerie. Ils avaient 4\u00a0000 tonnes d\u2019approvisionnements en France avant la noirceur et les ing\u00e9nieurs se mirent vite \u00e0 construire le Mulberry, havre artificiel brillamment con\u00e7u qui allait leur permettre de d\u00e9charger les approvisionnements pour l\u2019invasion sans port et sans installations portuaires. Mulberry \u00e9tait en \u00e9tat de fonctionner le 9 juin et les cinq plages du jour J ont \u00e9t\u00e9 reli\u00e9es avant le 12.<\/p>\n<p>Les victimes du 6 juin avaient \u00e9t\u00e9 nombreuses, mais, heureusement, il n\u2019y avait eu qu\u2019environ la moiti\u00e9 des 20\u00a0000 que les planificateurs alli\u00e9s avaient pr\u00e9vues. Les pertes des Canadiens \u00e0 la plage Juno \u00e9taient de 340 morts, 574 bless\u00e9s et 47 prisonniers. Les Queen\u2019s Own ont eu 143 victimes, alors que les morts et les bless\u00e9s des Royal Winnipeg Rifles et du North Shore Regiment se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 128 et 125 respectivement.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>La route des alli\u00e9s vers la Normandie avait \u00e9t\u00e9 longue et difficile. Le blitzkrieg nazi de mai et juin 1940 avait pulv\u00e9ris\u00e9 les arm\u00e9es britanniques et fran\u00e7aises et il leur avait fallu des ann\u00e9es pour y retourner. La premi\u00e8re vraie victoire britannique de la guerre contre l\u2019Allemagne n\u2019a eu lieu qu\u2019en novembre 1942, \u00e0 El Alamein, en Afrique, \u00e0 peu pr\u00e8s en m\u00eame temps que l\u2019Arm\u00e9e rouge \u00e9crasait la Wehrmacht \u00e0 la bataille \u00e9pique de Stalingrad. Les Russes s\u2019avanc\u00e8rent lentement vers l\u2019ouest, leurs forces faisant face \u00e0 la majeure partie des arm\u00e9es allemandes. Les Britanniques, avec l\u2019aide des \u00c9tats-Uniens, lib\u00e9r\u00e8rent l\u2019Afrique du Nord au d\u00e9but 1943 et puis ils envahirent la Sicile, en juillet, atteignant la botte italienne en septembre. La victoire \u00e9tait enfin en vue, mais les Allemands, se battant de mani\u00e8re plus d\u00e9cid\u00e9e alors que la guerre se rapprochait du Reich, \u00e9taient encore formidables. Les Britanniques, les Am\u00e9ricains et les Canadiens devaient se rendre en France et commencer la lib\u00e9ration de l\u2019Europe de l\u2019Ouest. Leur arriv\u00e9e eut finalement lieu le jour J.<\/p>\n<p>Des hommes de la 3e Division d\u2019infanterie canadienne, la formation d\u2019assaut, avaient quitt\u00e9 le Canada plus de quatre ans auparavant. La 2e Division, non pas la 3e, avait atterri \u00e0 Dieppe en aout 1942, mais chaque soldat savait que les Allemands avaient massacr\u00e9 les combattants qui avaient attaqu\u00e9 ce petit port. Un petit nombre parmi les envahisseurs du jour J avaient servi en Italie, o\u00f9 la 1re Division d\u2019infanterie canadienne et la 5e Division blind\u00e9e cana-dienne se battaient depuis 1943. Mais la plupart des hommes qui ont d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 la plage Juno ne s\u2019\u00e9taient jamais battus; ils \u00e9taient bien entrain\u00e9s, mais novices. Les soldats voulaient tous retourner chez eux, mais ils savaient que pour revenir au Canada ils devaient passer par les champs normands.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res contre-attaques ennemies tomb\u00e8rent sur les Canadiens le 7 juin. Les divisions nazies de panzers, formations bien \u00e9quip\u00e9es et bien entrain\u00e9es, qui employaient habituellement des chars d\u2019assaut de loin sup\u00e9rieurs aux Sherman insuffisamment arm\u00e9s des alli\u00e9s, avaient \u00e9t\u00e9 stationn\u00e9s plus profond\u00e9ment dans le territoire. Les plans complexes de la d\u00e9ception alli\u00e9e obligeaient l\u2019ennemi de consid\u00e9rer l\u2019assaut en Normandie comme une diversion pour les distraire de la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb attaque au Pas-de-Calais. Mais, l\u00e0, la 3e Division canadienne allait \u00e9coper.<\/p>\n<p>\u00c0 Buron et \u00e0 Authie, les North Nova Scotia Highlanders et les chars du R\u00e9giment des Fusiliers de Sherbrooke sont tomb\u00e9s sur la 12e Division de pan\u00adzers SS, une formation d\u2019ados de la Jeunesse hitl\u00e9rienne dirig\u00e9s par des officiers exp\u00e9riment\u00e9s sans piti\u00e9 et des sous-officiers qui avaient appris la guerre en se battant contre les sovi\u00e9tiques. Les Canadiens furent repouss\u00e9s, beaucoup d\u2019entre eux, tu\u00e9s ou captur\u00e9s. Si les Canadiens n\u2019avaient pas ha\u00ef les SS avant, le meurtre gratuit et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 par les jeunesses hitl\u00e9riennes de plus de 100 prisonniers, pendant les quelques jours qui suivirent, aurait fait en sorte qu\u2019ils les ha\u00efssent d\u00e8s lors.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, la bataille de Normandie \u00e9tait devenue un combat impitoyable d\u2019attaques et de contre-attaques dont les prix \u00e9taient des petits villages et des m\u00e8tres de terrain. Les Canadiens, dont le nombre augmentait gr\u00e2ce aux 2e et 4e divisions qui arrivaient en renfort ainsi que gr\u00e2ce au 2e Corps canadien command\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Guy Simonds et \u00e0 la 1re Arm\u00e9e canadienne command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Harry Crerar, qui prit le contr\u00f4le, rendaient coup pour coup pendant les semaines qui suivirent. L\u2019avantage r\u00e9el des alli\u00e9s \u00e9tait la quantit\u00e9\u00a0: plus d\u2019hommes, beaucoup plus d\u2019avions, plus de chars et plus de canons. Les Allemands avaient l\u2019avantage du terrain. La ville de Caen, qui devait \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e le 6 juin, ne fut lib\u00e9r\u00e9e, son centre an\u00e9anti par les bombardements, que 33 jours plus tard. La pente douce de la cr\u00eate de Verri\u00e8res, qui ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve qu\u2019\u00e0 250 pieds, au sud de la vieille ville normande, fut un lieu de massacres pour plusieurs r\u00e9giments du Canada. Le Black Watch de Montr\u00e9al y fut presque enti\u00e8rement an\u00e9anti lors d\u2019une attaque brave mais infructueuse de la cr\u00eate, le 25 juillet, par une douzaine de panzers et l\u2019infanterie m\u00e9ca\u00adnis\u00e9e. \u00ab\u00a0Les hommes, \u00e9crivait piteusement un officier par la suite, \u00e9taient on ne peut plus tenaces et rien ne les arr\u00eatait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais \u00e0 la fin de la premi\u00e8re semaine du mois d\u2019aout, les Am\u00e9ricains \u00e9taient finalement sortis de leur t\u00eate de pont \u00e0 leur bocage et ils balayaient tout sur leur passage vers le sud et vers l\u2019est. Les Allemands pouvaient \u00eatre pris dans une immense poche si on r\u00e9ussissait \u00e0 la fermer. Le 2e Corps canadien, dans les rangs duquel se trouvait une division blind\u00e9e polonaise, fon\u00e7ait vers le sud, vers le carrefour crucial des routes de Falaise et Saint-Lambert-sur-Dives, dans le cadre de deux op\u00e9rations con\u00e7ues par Simonds, Totalize et Tractable et lanc\u00e9es les 8 et 14 aout. L\u2019attaque comprenait des frappes a\u00e9riennes par les bombardiers de la Royal Air Force, de l\u2019Aviation royale du Canada et de la United States Army Air Force. Ensuite, les colonnes massives de chars et de transports de troupes blind\u00e9s \u2014 une id\u00e9e nouvelle con\u00e7ue par Simonds \u2014 \u00e9taient d\u00e9ploy\u00e9es pour r\u00e9duire l\u2019ennemi \u00e9tourdi. Les op\u00e9rations r\u00e9ussirent, mais pas aussi bien que le g\u00e9n\u00e9ral avait pr\u00e9vu et \u00e0 un prix en vies canadiennes plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Du 8 au 21 aout (quand la br\u00e8che de Falaise fut ferm\u00e9e), 1\u00a0470 Canadiens ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, certains d\u2019entre eux quand les bombardiers alli\u00e9s avaient mal vis\u00e9.<\/p>\n<p>La 1re Arm\u00e9e canadienne avait ferm\u00e9 la br\u00e8che de Falaise fermement et finalement, mais pas avant que des milliers d\u2019Allemands se soient \u00e9chapp\u00e9s vers l\u2019est. Le carnage inflig\u00e9 \u00e0 l\u2019ennemi \u00e9tait n\u00e9anmoins terrible. Les forces a\u00e9\u00adriennes alli\u00e9es martelaient les Allemands sans merci pendant que les soldats canadiens et polonais en \u00e9liminaient des milliers d\u2019autres. Moins de 200 hommes des Argyll and Sutherland Highlanders of Canada et du South Alberta Regiment de la 4e Division blind\u00e9e canadienne tu\u00e8rent ou firent prisonnier quelque 3\u00a0000 ennemis \u00e0 Saint-Lambert. La 1re Division blind\u00e9e polonaise fit \u00e0 elle toute seule 6\u00a0000 prisonniers, et elle d\u00e9truisit 70 chars et 500 v\u00e9hicules \u2014 perdant 1 400 de ses hommes pour ce faire \u2014 lors d\u2019une bataille \u00e9pique \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est.<\/p>\n<p>Les formations allemandes qui s\u2019\u00e9taient battues en Normandie \u00e9taient compl\u00e8tement d\u00e9cim\u00e9es. Quand la bataille de Normandie s\u2019est termin\u00e9e, la 12e Division SS de panzers, par exemple, qui avait 20\u00a0000 soldats et 159 chars le jour J, n\u2019avait plus que 100 hommes sur leurs pieds et 10 chars qui fonctionnaient encore. Bien que 50\u00a0000 \u00e0 peu pr\u00e8s s\u2019\u00e9taient enfuis, le total des victimes allemandes \u00e0 la poche de Falaise \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 10\u00a0000 morts et 40\u00a0000 prisonniers. En tout, l\u2019\u00e9t\u00e9 en Normandie avait cout\u00e9 plus de 400\u00a0000 soldats \u00e0 la Wehrmacht alors que les alli\u00e9s en avaient perdu 206\u00a0000.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de citoyens canadiens, tous des volontaires, avait perdu 18\u00a0000 hommes pour arracher la Normandie \u00e0 Hitler. Plus de 5\u00a0000 gisent dans deux immenses cimeti\u00e8res \u00e0 B\u00e9ny-sur-Mer et \u00e0 Bretteville-sur-Laize, dans la campagne verte et luxuriante de la Normandie. Cinq mille hommes; dont beaucoup n\u2019\u00e9taient que des enfants. La plupart \u00e9taient des jeunes durs, survivants de la Crise de 1929 et plus maigres que les Canadiens riches d\u2019aujourd\u2019hui. Comme \u00e9ducation, en moyenne, ces soldats avaient \u00e0 peu pr\u00e8s une 5e ann\u00e9e. Cependant, ils savaient tous, sans exception, que la Seconde Guerre \u00e9tait importante pour le monde, pour le Canada et pour eux. S\u2019il y a jamais eu une bonne guerre, c\u2019est ce conflit, lequel devait \u00eatre gagn\u00e9 pour d\u00e9truire l\u2019incarnation du mal qu\u2019\u00e9taient Hitler et ses nazis, et pour s\u2019assurer de la conservation de la libert\u00e9 et de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>On pourrait s\u2019attendre \u00e0 ce que tous les Canadiens connaissent la lutte de 1944 en Normandie. Mais rien de tout cela n\u2019est enseign\u00e9 dans nos \u00e9coles et nombre de nos enfants n\u2019ont presque rien entendu de la guerre. Cependant, la situation actuelle est meilleure que celle d\u2019il y a quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es. Les c\u00e9r\u00e9monies du jour du Souvenir grandissent chaque ann\u00e9e, la Tombe du Soldat inconnu \u00e0 Ottawa est un rappel constant du sacrifice, le nouveau Mus\u00e9e de la guerre du Canada si\u00e8ge \u00e0 Ottawa et constitue une importante pr\u00e9sence en ligne, et les efforts d\u2019Anciens combattants Canada et de la L\u00e9gion royale canadienne rappellent aux Canadiens que les combats se poursuivent.<\/p>\n<p>Les soldats canadiens n\u2019\u00e9taient pas tous des h\u00e9ros, et rares sont ceux qui \u00e9taient des saints. Mais ils m\u00e9ritent tous que leurs compatriotes et tous ceux qui vivent en libert\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 leur courage, se souviennent d\u2019eux. Soixante-cinq ans apr\u00e8s que le jour J commence la lib\u00e9ration de la France et puis de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, leurs faits d\u2019armes retentissent encore.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2009\/04\/ddayinset4.jpg\" alt=\"Canadian riflemen W.T. Orton and H.H. Pennell sit ready in a flamethrower carrier near Vaucelles, France, July 29, 1944. [PHOTO: LT. DONALD I. GRANT, LIBRARY AND ARCHIVES CANADA\u2013PA190811]\" align=\"middle\" height=\"388\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Canadian riflemen W.T. Orton and H.H. Pennell sit ready in a flamethrower carrier near Vaucelles, France, July 29, 1944. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO: LT. DONALD I. GRANT, LIBRARY AND ARCHIVES CANADA\u2013PA190811<\/span><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les soldats des North Nova Scotia Highlanders et de la Highland Light Infantry marchent dans l\u2019eau jusqu\u2019au rivage \u00e0 la plage Juno, peu avant midi le 6 juin 1944. PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA\u2013PA122765 Les Queen\u2019s Own Rifles of Canada ont d\u00e9barqu\u00e9 le 6 juin 1944, \u00e0 la plage Juno, \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-245","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/245","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=245"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/245\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=245"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=245"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=245"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}