{"id":2426,"date":"2014-01-01T00:10:34","date_gmt":"2014-01-01T04:10:34","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=2426"},"modified":"2014-01-10T10:37:14","modified_gmt":"2014-01-10T14:37:14","slug":"pourquoi-les-choses-se-voient-une-histoire-de-bevues-de-bombes-de-dents-brisees-et-de-mauvaises-idees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2014\/01\/pourquoi-les-choses-se-voient-une-histoire-de-bevues-de-bombes-de-dents-brisees-et-de-mauvaises-idees\/","title":{"rendered":"Pourquoi les choses se voient: Une histoire de b\u00e9vues, de bombes, de dents bris\u00e9es et de mauvaises id\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p><em><span style=\"color: #888888;\">\u00b9\u00a0On enseigne aux soldats \u00e0 se camoufler lors de leur formation en techniques de campagne. On leur donne une liste de contr\u00f4le sur les principes de base qu\u2019ils doivent utiliser pour se cacher de l\u2019ennemi : \u00e9viter de montrer sa silhouette, les ombres, l\u2019espacement, le brillant, etc. La liste s\u2019intitule Pourquoi les choses se voient. Pour beaucoup de soldats canadiens, surtout ceux du Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry, l\u2019expression fait partie de la langue de tous les jours. On l\u2019utilise pour faire remarquer pourquoi quelque chose ne va pas, par exemple si un avant-poste manque de piles, qu\u2019on ne peut trouver de fournisseur, et que toutes sortes de choses essentielles ne fonctionnent plus. Un soldat qui entend parler de cette situation se moquerait en disant : \u00ab pourquoi les choses se voient\u202f\u00bb. C\u2019est un synonyme de b\u00e9vue.<\/span><\/em><\/p>\n<p><em><\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2428\" alt=\"LE PPCLI AU PANJWAYE, PROVINCE DE KANDAHAR, 2009. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan1.jpg\" width=\"515\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan1.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan1-300x218.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>LE PPCLI AU PANJWAYE, PROVINCE DE KANDAHAR, 2009. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><\/em><\/p>\n<p><b>Pour ce qui est d\u2019endurer la guerre en Afghanistan, j\u2019ai atteint mes limites en aout 2010.<\/b> Un\u00a0vendredi, je buvais de la bi\u00e8re \u00e0 Ottawa, sur la rue Elgin, et quelques jours apr\u00e8s, j\u2019\u00e9tais couch\u00e9 dans la poussi\u00e8re au Panjwaye, les balles sifflant au-dessus de ma t\u00eate, et je venais de voir une bombe faire sauter deux Canadiens.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s, j\u2019accompagnais des soldats qui allaient tuer des insurg\u00e9s et, coup de malchance, je me suis trouv\u00e9 dans la section de la patrouille qu\u2019on envoyait servir d\u2019app\u00e2t afin de respecter l\u2019exigence absurde des r\u00e8gles d\u2019engagement concernant les \u00ab\u00a0Canadiens en danger imminent \u00bb.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0. Je ne voulais plus rien savoir de tout \u00e7a. Ce n\u2019\u00e9tait pas un choix fait apr\u00e8s m\u00fbre r\u00e9flexion; c\u2019\u00e9tait simplement comme \u00e7a. J\u2019ai pass\u00e9 la semaine suivante \u00e0 jouer \u00e0 des jeux vid\u00e9os avec des ing\u00e9nieurs de la BOA (base d\u2019op\u00e9rations avanc\u00e9e), \u00e9vitant les patrouilles et manigan\u00e7ant pour trouver une place dans un h\u00e9licopt\u00e8re qui me ram\u00e8nerait \u00e0 la base a\u00e9rienne de Kandahar afin de ne plus prendre de risque avec les saloperies d\u2019EEI.<\/p>\n<p>Pendant cette semaine-l\u00e0, un combat s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la base. L\u2019ennemi attaquait un avant-poste de l\u2019arm\u00e9e nationale afghane (ANA) de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de nos barbel\u00e9s. Je n\u2019ai pas quitt\u00e9 le perron de ma tente. Les soldats me regardaient tous de travers, se demandant \u00e9videmment pourquoi il y avait l\u00e0 un reporter que la guerre ne semblait pas\u00a0int\u00e9resser.<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, il n\u2019y avait pas de trajet en h\u00e9licopt\u00e8re : les temp\u00eates de sable interdisaient tous les vols jusqu\u2019\u00e0 nouvel avis. Je devais donc partir en convoi en passant par le pays des bombes.<\/p>\n<p>Le convoi a \u00e9t\u00e9 la cible d\u2019une bombe avant d\u2019avoir fait un kilom\u00e8tre. Le v\u00e9hicule devant le mien a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par un EEI et je ne sais trop comment, je me suis frapp\u00e9 la t\u00eate contre le toit d\u2019acier, ce qui a vraiment d\u00e9senchant\u00e9 ma colonne vert\u00e9brale et quatre de mes dents ont \u00e9t\u00e9 cass\u00e9es. On ne voyait plus tr\u00e8s bien \u00e0 cause de la poussi\u00e8re. Nous sommes rest\u00e9s assis dans le VBL (v\u00e9hicule blind\u00e9 l\u00e9ger) en nous regardant les uns les autres. Des voix paniquaient \u00e0 la radio.<\/p>\n<p>Je pense que l\u2019Afghan dans la jeep qui nous pr\u00e9c\u00e9dait a perdu une partie du bas de son corps. Le Hummer avait \u00e9t\u00e9 bien maltrait\u00e9. Ou en tout cas, c\u2019est ce que m\u2019a dit un soldat. On ne m\u2019a pas laiss\u00e9 sortir du VBL, alors je ne sais pas vraiment. M\u00eame si l\u2019on m\u2019avait permis de sortir, je ne crois pas que je l\u2019aurais fait.<\/p>\n<p>J\u2019ai encore de longs r\u00eaves, des r\u00eaves complexes o\u00f9 je me trouve dans une petite base du Panjwaye : les soldats pr\u00e9parent la d\u00e9fense; l\u2019assaut arrive; la base est occup\u00e9e; chacun ne pense qu\u2019\u00e0 survivre. Les cauchemars ne me d\u00e9ran-geraient pas tant que \u00e7a si ce n\u2019\u00e9tait de leur effet \u00e9puisant.<\/p>\n<p>Une fois, j\u2019ai bavard\u00e9 avec un soldat apr\u00e8s quelques bi\u00e8res. \u00ab Il me semble que je suis mort en Afghanistan et que personne ne me l\u2019a dit, que personne ne le sait, dit-il. Et je suis quelqu\u2019un d\u2019autre maintenant, je vis la vie de quelqu\u2019un d\u2019autre. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ai fait signe que oui et je lui ai dit qu\u2019il m\u2019arrivait d\u2019avoir des cauchemars. \u00ab\u00a0Charmant \u00bb, dit-il.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2442\" alt=\"LE SERGENT DWAYNE MacDOUGALL \u00c0 SALAVAT, 2009. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan2.jpg\" width=\"515\" height=\"364\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan2.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan2-300x212.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>LE SERGENT DWAYNE MacDOUGALL \u00c0 SALAVAT, 2009. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<h3><span style=\"color: #808000;\"><b>Une visite \u00e0 Kaboul, mars 2013<\/b><\/span><\/h3>\n<p>C\u2019est au d\u00e9but du printemps qu\u2019il faut aller en Afghanistan. Il y a la fraicheur et le calme, et les insurg\u00e9s n\u2019ont pas encore atteint le summum de la malveillance; les cols par lesquels ils traversent les montagnes en provenance de leurs bases au Pakistan sont encore presque enti\u00e8rement gel\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est peut-\u00eatre pas vrai.<\/p>\n<p>Je pense que les poseurs de bombes roulent sur les routes ces jours-ci. Mais le truc des cols gel\u00e9s, c\u2019est ce que disent les gens pour expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne de la saison des combats en Afghanistan, qui est comme une ligue de sports o\u00f9 la violence n\u2019a pas de limite et toutes sortes de gens y meurent.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, au printemps, le grabuge n\u2019est que sporadique et, en cons\u00e9quence, tout le monde r\u00eave que cette ann\u00e9e sera enfin plus paisible que d\u2019habitude. Statistiquement, chaque ann\u00e9e est presque toujours pire que la pr\u00e9c\u00e9dente, mais ce n\u2019est pas grave parce que l\u2019important, \u00e0 ce moment-ci, c\u2019est l\u2019optimisme lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Actuellement, plus de dix ans depuis le d\u00e9but de la guerre, Kaboul est deve-nue une belle ville exotique. Les rues sont pleines de gens, embouteill\u00e9es sans cesse, occup\u00e9es sans rel\u00e2che. Au point o\u00f9 \u00e7a semble \u00eatre contre nature. C\u2019est pas possible que les passions soient soulev\u00e9es \u00e0 ce point-l\u00e0.<\/p>\n<p>Quand on observe tous ces gens, c\u2019est prodigieux. Il y a des mecs branch\u00e9s, habill\u00e9s dans le style des films de Bollywood avec les pantalons serr\u00e9s qui brillent, les cheveux gomin\u00e9s et qui plastronnent comme dans une disco, au beau milieu d\u2019\u00e9coli\u00e8res et de barbus r\u00e9tro pro-venant des provinces. Et n\u2019importe o\u00f9 l\u2019on porte les yeux, les gens qu\u2019on ne peut pas voir, mais qui sont l\u00e0, les gens qui veulent vous tuer.<\/p>\n<p>Je m\u2019\u00e9tais promis \u00e0 plusieurs reprises de ne jamais y retourner, mais je me trouvais de nouveau en Afghanistan, en mission donquichottesque, \u00e0 la recherche de r\u00e9ponses \u00e0 quelques grandes questions exceptionnellement idiotes. La guerre d\u2019Afghanistan est la plus longue \u00e0 laquelle le Canada ait particip\u00e9, mais on ne saurait expliquer ce qui est vraiment arriv\u00e9. Est-ce une guerre juste? Pourquoi y sommes-nous all\u00e9s? Pourquoi le\u00a0public canadien semble-t-il si confus en ce qui concerne son objectif? Quelle \u00e9tait la strat\u00e9gie du Canada en Afghanistan? Qu\u2019est-ce que tout \u00e7a voulait dire? Cela en valait-il la chandelle?<\/p>\n<p>Il est maintenant clair \u00e0 mes yeux qu\u2019on ne peut pas tr\u00e8s bien r\u00e9pondre \u00e0 ces questions. Mais je ne m\u2019en apercevais pas au moment o\u00f9 je me les posais parce que je me trouvais \u00e0 Ottawa, en r\u00e9union. Si\u00a0les guerres compliqu\u00e9es comme celle d\u2019Afghanistan nous apprennent facilement quelque chose, c\u2019est que plus on en est loin, plus on est pr\u00e9somptueux de croire les comprendre. Et ce qui n\u2019est peut-\u00eatre pas une co\u00efncidence, la plus grande partie de la planification concernant la guerre, si planification il y a eu, s\u2019est aussi pass\u00e9e loin du bruit des bombes.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #808000;\"><b>Il est fatal de mener une guerre sans la volont\u00e9 de la gagner.<br \/>\n<\/b><em>\u2014 Douglas MacArthur<\/em><\/span><\/h3>\n<p>La victoire existait surtout dans l\u2019esprit des gens qui se trouvaient loin du champ de bataille. Et c\u2019est devenu \u00e9trangement difficile \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser, quelles que soient les preuves apport\u00e9es par le champ de bataille lui-m\u00eame. C\u2019\u00e9tait une illusion entretenue par des chiffres manipul\u00e9s et des discours tellement d\u00e9magogiques qu\u2019on pourrait presque les qualifier de mensongers. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait ainsi : nous ne perdions pas, mais nous ne gagnions pas non plus. Malheureusement, cela voulait dire que nous allions perdre par manque de temps.\u00b2<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em><span style=\"color: #888888;\">\u00b2\u00a0C\u2019est un vieux dicton sur la guerre et la lutte contre l\u2019insurrection. Je suis presque s\u00fbr que ce n\u2019est pas moi qui l\u2019ai invent\u00e9, mais je ne sais pas qui.<\/span><\/em><\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 vous lisez ceci, le temps s\u2019est \u00e9coul\u00e9 : les troupes reviennent au pays. Les derniers soldats, au moins d\u2019apr\u00e8s ce qui est pr\u00e9vu actuellement, seront partis au mois de mars au plus tard, et\u00a0m\u00eame eux, ce seront les tra\u00eenards : la plupart sont d\u00e9j\u00e0 partis.<\/p>\n<p>Si bizarre que ce soit, combattre manquera \u00e0 la plupart des soldats que je connais, si \u00e7a ne leur manque pas d\u00e9j\u00e0. Mais je ne pense pas que ce soit la guerre qui va leur manquer, si \u00e7a tient la route.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une guerre dans un endroit lointain r\u00e9barbatif, dont les raisons ne sont pas tr\u00e8s bien connues par les gens au nom de qui elle a \u00e9t\u00e9 soutenue, et elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 appuy\u00e9e qu\u2019en partie par ces m\u00eames gens. En tant que reporter qui va et vient entre le Canada et l\u2019Afghanistan, il me semble qu\u2019il y a un d\u00e9calage important entre ce que le public sait de la guerre et ce qu\u2019il se passe vraiment l\u00e0-bas. En Afghanistan, la mission \u00e9tait soi-disant \u00e9vidente : les Forces canadiennes devaient aller \u00e0 la province de Kandahar, lieu de naissance des talibans et centre de la x\u00e9nophobie et du nationalisme l\u00e9gendaires pachtounes, et y assurer la s\u00e9curit\u00e9 afin que la nation puisse se r\u00e9tablir. Mais \u00e7a aussi, c\u2019est un euph\u00e9misme. Et en grande partie, c\u2019est faux. En r\u00e9alit\u00e9, les Canadiens, les infid\u00e8les, allaient essayer de d\u00e9manteler une th\u00e9ocratie fanatique et populaire de l\u2019\u00e2ge de pierre au moyen de promesses et d\u2019armes lourdes, ce qui voulait dire beaucoup de combats.<\/p>\n<p>Au pays, au cours des ann\u00e9es, l\u2019objet de la mission a d\u00e9riv\u00e9 au fil du d\u00e9veloppement politique. Le gouvernement a organis\u00e9 une s\u00e9rie de groupes de discussion pour d\u00e9cider quel message concernant la guerre \u00e9tait le plus acceptable aux yeux des Canadiens, et il a dit que telle en \u00e9tait la raison.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, en 2005 et 2006, la mission au Kandahar a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant une question de s\u00e9curit\u00e9 nationale. Les efforts entrepris en vue de stabiliser l\u2019Afghanistan \u00e9taient essentiels pour la s\u00e9curit\u00e9 du Canada.<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont des meurtriers, des ordures. Je vous le dis avant toute chose, d\u00e9clare l\u2019ancien chef d\u2019\u00e9tat-major de la d\u00e9fense, le g\u00e9n\u00e9ral Rick Hillier, lors d\u2019une entrevue r\u00e9alis\u00e9e en juillet 2005. Peu importe qu\u2019on soit en Afghanistan ou ailleurs. Ils veulent d\u00e9truire notre soci\u00e9t\u00e9. J\u2019en suis persuad\u00e9&#8230; ils d\u00e9testent nos libert\u00e9s. Ils d\u00e9testent notre soci\u00e9t\u00e9. Ils d\u00e9testent notre libre arbitre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0, la mission avait un objet strat\u00e9gique. L\u2019id\u00e9e globale relative \u00e0 la strat\u00e9gie, bonne ou mauvaise, \u00e9tait fond\u00e9e sur le vieux concept militaire d\u2019engagement avanc\u00e9, ce qui veut dire que les forces exp\u00e9ditionnaires vont \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en avant, pour combattre l\u2019ennemi afin de l\u2019emp\u00eacher de venir ici se battre sur le sol canadien.<\/p>\n<p>En juin 2006, le message de Hillier concernant la guerre en Afghanistan \u00e9tait strat\u00e9gique et agressif, deux mots qui en disent long sur son style personnel. L\u2019Afghanistan, disait-il, \u00e9tait une \u00ab boite de P\u00e9tri \u00bb o\u00f9 sont incub\u00e9s les terroristes, une sorte de trouble contagieux international; alors ils sont \u00ab d\u00e9testables\u00a0\u00bb et c\u2019est pour \u00e7a que le Canada est all\u00e9 se battre au Panjwaye, pour emp\u00eacher la progression de ce trouble infectieux.<\/p>\n<p>Le premier ministre Stephen Harper, \u00e0 la recherche d\u2019un abri politique contre les ramifications de cette violence, demandait l\u2019accord du Parlement \u00e0 cette guerre en mai 2006. Pour savoir pourquoi le Canada s\u2019est retrouv\u00e9 en Afghanistan en 2002 et pourquoi le gouvernement a poursuivi la mission de combat de 2006 \u00e0 2010, il faut \u00e9couter le discours qu\u2019il a prononc\u00e9 ce soir-l\u00e0 et qui \u00e9tait le plus clair qu\u2019il y ait jamais eu sur la justification et la raison d\u2019\u00eatre de la mission :<\/p>\n<p>\u00ab Les \u00e9v\u00e8nements du 11 septembre 2001 ont \u00e9t\u00e9 un signal d\u2019alarme, disait Harper au Parlement. Non pas seulement pour les Am\u00e9ricains, mais pour tous les peuples qui vivent dans des nations libres et d\u00e9mocratiques. Deux douzaines de Canadiennes et de Canadiens ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s dans les attaques des tours jumelles\u00a0\u2013 ce sont des citoyens ordinaires comme nous \u2013 avec leurs histoires, leurs familles et leurs r\u00eaves. Et apr\u00e8s New York et Washington, ce sont d\u2019autres villes et pays qui ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s, notamment Madrid, Bali, Londres, la Turquie et l\u2019\u00c9gypte.<\/p>\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident, nous devons \u00eatre clairs : le Canada n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri de telles attaques.<\/p>\n<p>Et nous ne serons jamais \u00e0 l\u2019abri tant que nous sommes une soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9fend la libert\u00e9, la d\u00e9mocratie et les droits de la personne. Il n\u2019est pas surprenant qu\u2019Al-Qa\u00efda ait choisi le Canada, en m\u00eame temps que d\u2019autres nations, en vue d\u2019une attaque. La m\u00eame Al-Qa\u00efda qui, de concert avec les talibans, s\u2019est empar\u00e9e d\u2019un Afghanistan non d\u00e9mocratique pour en faire un havre o\u00f9 sont planifi\u00e9es les<br \/>\nattaques terroristes dans le monde entier.<\/p>\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident, nous ne pouvons tout simplement pas laisser les talibans reprendre, avec l\u2019appui d\u2019Al-Qa\u00efda ou d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments extr\u00e9mistes semblables, le pouvoir en Afghanistan. On ne peut pas permettre cela. \u00bb<\/p>\n<p>Quand Harper s\u2019est adress\u00e9 aux Nations Unies quatre mois plus tard, il l\u2019a reformul\u00e9 comme \u00e9tant une mission humanitaire. Il disait que le Canada reconstruisait des \u00e9coles pour filles qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites par des talibans fr\u00e9n\u00e9tiques et d\u00e9testa-bles. Il parlait de reconstruire une soci\u00e9t\u00e9 en ruines, d\u2019Afghanes en politique, de cinq millions d\u2019enfants inscrits \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>\u00ab Mais soyons r\u00e9alistes, disait Harper \u00e0 l\u2019ONU le 20 septembre 2006, \u00e0 peine quelques mois apr\u00e8s qu\u2019il eut jet\u00e9 un jour si aust\u00e8re sur la guerre \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un discours au Parlement. Les d\u00e9fis auxquels nous faisons face dans ce pays sont \u00e9normes. Il n\u2019y a pas de rem\u00e8de miracle. De plus, la r\u00e9ussite ne peut venir que des seules mesures militaires [&#8230;]. Voil\u00e0 pourquoi le Canada prend part \u00e0 des travaux tels que la reconstruction des \u00e9coles de fillettes, d\u00e9truites par les talibans ivres de haine. \u00bb<\/p>\n<p>Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces canadiennes passaient leur p\u00e9riode de combats la plus longue depuis la Cor\u00e9e. Bien qu\u2019un nombre vraiment tragique de Canadiens et d\u2019Afghans allaient mourir dans cette s\u00e9rie de batailles, d\u00e9sign\u00e9e op\u00e9ration <i>M\u00e9duse<\/i>, il est ironique qu\u2019une grande partie des combats fussent centr\u00e9s sur une \u00e9cole construite quelques ann\u00e9es auparavant et dont les talibans s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s. Pendant la p\u00e9riode du 3 aout au 20 septembre, au moins 8 Canadiens<br \/>\nallaient mourir lors des combats servant \u00e0 reprendre l\u2019\u00e9cole blanche notoire.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du mois de septembre, l\u2019\u00e9cole blanche \u00e9tait en ruines. Alors quand Harper laissait entendre \u00e0 l\u2019ONU que les Canadiens se concentraient sur les \u00e9coles en Afghanistan, il disait en quelque sorte la\u00a0v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Sauf que nous \u00e9tions en train de les bombarder, pas de les construire.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2443\" alt=\"L\u2019\u00c9COLE BLANCHE NOTOIRE ATTAQU\u00c9E PENDANT L\u2019OP\u00c9RATION M\u00c9DUSE, 3 SEPTEMBRE 2006. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan3.jpg\" width=\"515\" height=\"296\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan3.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan3-300x172.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>L\u2019\u00c9COLE BLANCHE NOTOIRE ATTAQU\u00c9E PENDANT L\u2019OP\u00c9RATION M\u00c9DUSE, 3 SEPTEMBRE 2006. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, la mission \u00e9tait montr\u00e9e sous un jour nouveau. Il ne s\u2019agissait plus d\u2019une question de s\u00e9curit\u00e9 nationale : on repr\u00e9sentait la mission comme \u00e9tant humanitaire, un vaste effort pour les droits de la personne en Afghanistan. Fait plus troublant encore, l\u2019affaire \u00e9tait vendue aux Canadiens comme une mission d\u2019exportation des valeurs canadiennes. La guerre \u00e9tait alors une question de femmes et d\u2019\u00e9coles, d\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes et d\u2019\u00e9ducation de la petite enfance. Mais cette guerre-l\u00e0 n\u2019a jamais vraiment exist\u00e9.<\/p>\n<p>En 2009, pendant une des derni\u00e8res entrevues de Hillier, il s\u2019est entretenu avec quelqu\u2019un de la revue <i>Maclean\u2019s<\/i> sur la question de n\u00e9gocier avec les talibans et sur la possibilit\u00e9 de leur laisser le contr\u00f4le politique de la province de Kandahar. C\u2019est lors de cette entrevue que Hillier a presque fait une parodie de l\u2019argumentaire \u00ab humanitaire \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Il est in\u00e9vitable que certains des talibans s\u2019engagent dans le processus politique, comme ce qui est arriv\u00e9 en Irlande du Nord en quelque sorte. Mais je ne pense pas qu\u2019il soit in\u00e9vitable de c\u00e9der une partie du pays aux talibans. Peut-on dire que \u201ccette partie d\u2019Afghanistan est libre et \u00e9galitaire, mais au Kandahar on a le droit de fouetter les femmes parce qu\u2019elles se vernissent les ongles, ou parce que leurs souliers produisent un cliquetis sur les pav\u00e9s?\u201d Je ne vois pas comment nous, en tant que l\u2019un des pays chefs de file, pourrions supporter une telle chose. \u00bb<\/p>\n<p>Non seulement les pav\u00e9s sont presque inexistants au Kandahar, mais est-ce qu\u2019on devrait faire la guerre pour que les Afghanes puissent se vernir les ongles et porter des souliers \u00e0 talon haut? Toute la question est l\u00e0. Bien que la guerre pour ces raisons puisse \u00eatre plus facilement comprise et appuy\u00e9e par certains segments de la population, ce ne serait pas raisonnable sur le plan\u00a0purement strat\u00e9gique de lancer des campagnes mili-taires pour de telles raisons.<\/p>\n<p>Quelle que soit la raison d\u2019\u00eatre de la guerre, ce n\u2019est certainement pas une question d\u2019\u00e9coles, d\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes au Panjwaye ni m\u00eame de droits de la personne. La guerre concernait le trait\u00e9 de d\u00e9fense collective des pays de l\u2019OTAN et la r\u00e9solution du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU qui a envoy\u00e9 la plus grande coalition de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 une guerre contre le terrorisme international et l\u2019Afghanistan, pays sans loi o\u00f9 le trouble est actuellement bas\u00e9. La guerre concerne la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Et elle concerne un gouvernement afghan qui adh\u00e8re au droit international.<\/p>\n<p>Il ne devait jamais \u00eatre question d\u2019aller en guerre en Afghanistan pour d\u00e9fendre les droits des femmes; il n\u2019est actuellement pas question d\u2019aller en guerre en Afghanistan pour d\u00e9fendre les droits des femmes.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #808000;\"><b>Une nouvelle strat\u00e9gie sur un nouveau territoire<\/b><\/span><\/h3>\n<p>Le colonel Ian Hope se trouve au bord de la route de Jalalabad; il est 4 heures, et on g\u00e8le \u00e0 Kaboul. On est en mars 2013, et la guerre continue en Afghanistan m\u00eame si elle n\u2019est plus \u00e0 la une au Canada.<\/p>\n<p>Personne n\u2019est davantage l\u2019homme du Canada en Afghanistan que le colonel Hope. Il s\u2019est m\u00eal\u00e9 au conflit d\u00e8s le tout d\u00e9but, de plusieurs mani\u00e8res, et principalement, en 2006, en tant que commandant du premier groupement tactique envoy\u00e9 au Kandahar.<\/p>\n<p>Il est peut-\u00eatre froid \u00e0 ce moment-ci, mais il ne le montre pas. Il sourit et fume un cigare alors que 17 millions de dollars en camions et en v\u00e9hicules blind\u00e9s am\u00e9ricains transportent vers les t\u00e9n\u00e8bres un bataillon entier de recrues afghanes rapidement entrain\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e7a le travail de Hope durant cette affectation-ci : transformer un groupe de recrues afghanes en unit\u00e9 militaire. Les \u00e9quiper. Faire le n\u00e9cessaire pour qu\u2019elles aient toutes les connaissances de base. Et puis les envoyer au combat.<\/p>\n<p>Hope est commandant du Centre consolid\u00e9 de mise en service qui est la derni\u00e8re partie, la partie la plus importante, de la mission de formation en Afghanistan, laquelle est la derni\u00e8re et la meilleure chance d\u2019obtenir quelque chose qui ressemble \u00e0 une victoire en Afghanistan.<\/p>\n<p>Hope est une l\u00e9gende militaire du Canada. C\u2019est mon opinion. Dire de lui qu\u2019il est d\u2019un temp\u00e9rament d\u2019acier, c\u2019est le sous-estimer. C\u2019est l\u2019officier le plus fonceur qui se puisse \u00eatre, d\u2019une intelligence vive au plus haut point et dont l\u2019\u00e9nergie et la puissance semblent s\u2019accroitre devant les difficult\u00e9s.<\/p>\n<p>Le bureau de Hope en Afghanistan se trouve dans un de ces b\u00e2timents mobiles qu\u2019on voit partout dans les zones de guerre\u00a0: de petits cubes blancs en m\u00e9tal flottant sur une mer de gravier, meubl\u00e9s de chaises mal assorties et au plancher en linol\u00e9um.<\/p>\n<p>Hope peut parler de la mission en Afghanistan gr\u00e2ce \u00e0 une expertise et \u00e0 une exp\u00e9rience franchement stup\u00e9fiantes. Je suis venu du Canada \u00e0 Kaboul rien que pour entendre ce qu\u2019il voudrait bien me dire de la guerre : s\u2019il y avait quelqu\u2019un qui puisse r\u00e9pondre \u00e0 mes questions les plus complexes, je me disais que ce serait lui.<\/p>\n<p>Mais les r\u00e9ponses que j\u2019ai eues n\u2019\u00e9taient pas celles auxquelles je m\u2019attendais.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2444\" alt=\"LE PPCLI PR\u00c8S DE ZANGABAD, 2009. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan4.jpg\" width=\"515\" height=\"303\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan4.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan4-300x176.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>LE PPCLI PR\u00c8S DE ZANGABAD, 2009. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<h3><span style=\"color: #808000;\"><b>Un entretien avec le colonel Hope<\/b><\/span><\/h3>\n<p>Si l\u2019on se fie aux arguments avanc\u00e9s par Hope, le Canada n\u2019a jamais eu de direction strat\u00e9gique coh\u00e9rente en Afghanistan. Mais cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y a pas eu de strat\u00e9gie. Aller en Afghanistan, prendre part \u00e0 la mission et jouer notre r\u00f4le d\u2019alli\u00e9 des Am\u00e9ricains et de membre de l\u2019OTAN, telle \u00e9tait la strat\u00e9gie; la s\u00e9curit\u00e9 nationale ne reposait pas sur ce qu\u2019il arrivait au Panjwaye; ce qui comptait, c\u2019\u00e9tait simplement d\u2019\u00eatre l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019apr\u00e8s moi, les Canadiens ne se sont jamais vraiment engag\u00e9s dans la guerre, car nous avions le luxe de choisir nous m\u00eames quelle attitude prendre officiellement et officieusement. Nous pouvions d\u00e9cider, en tant que pays, de participer ou pas. Il n\u2019y a rien d\u2019essentiel pour la survie nationale en ce qui concerne notre parti-cipation. Nous n\u2019y avons aucun enjeu,\u00a0alors nous contribuons \u00e0 la mission, et nous contribuons aux efforts de nos alli\u00e9s occidentaux et aux efforts internationaux\u00a0:\u00a0ce n\u2019est qu\u2019une question de bienveillance. On n\u2019exige rien de nous, sauf un ind\u00e9fectible attachement \u00e0 l\u2019OTAN et un engagement in\u00e9branlable en ce qui a trait \u00e0 notre relation bilat\u00e9rale avec les \u00c9tats-Unis \u00bb, dit Hope. \u00ab \u00c9tant donn\u00e9 que ce n\u2019est pas obligatoire, le Canadien moyen n\u2019est pas oblig\u00e9 de se sentir impliqu\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que je sais, cependant, c\u2019est que cette bataille, c\u2019est une guerre. Quelle que soit la mani\u00e8re dont Ottawa l\u2019explique, quand on vient ici, on est en guerre. \u00c7a ne veut pas dire que le Canada est en guerre, \u00e7a veut dire que les Forces canadiennes livrent une guerre, l\u2019Arm\u00e9e canadienne principalement.<\/p>\n<p>Hope remarque que cette situation \u00e9trange, une arm\u00e9e en guerre dont le pays n\u2019est pas en guerre, engendre certaines difficult\u00e9s. Le manque de strat\u00e9gie signifie que les tactiques sur le terrain ne proviennent pas de la sorte d\u2019esprit de d\u00e9cision et de la concentration qui sont n\u00e9cessaires au succ\u00e8s.<\/p>\n<p>\u00ab Il n\u2019y avait pas du tout de mod\u00e8le d\u2019infrastructure tactique au Kandahar qui, d\u2019apr\u00e8s moi, avait de l\u2019importance. Aucun motif ne me semblait vraiment valable. Je n\u2019avais pas l\u2019impression que la population locale avait besoin d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9e plus que celle d\u2019un autre endroit. Notre mission \u00e9tait de trouver les groupes de talibans, o\u00f9 qu\u2019ils soient, et de leur r\u00e9gler leur compte \u00e0 tous. Les capturer ou les tuer. Les capturer ou les tuer. C\u2019\u00e9tait \u00e7a notre travail. Et la mani\u00e8re qu\u2019on faisait \u00e7a, ce n\u2019\u00e9tait pas d\u2019attendre qu\u2019il y en ait qui se montrent, c\u2019\u00e9tait de bouger et d\u2019agir pour qu\u2019ils r\u00e9agissent. Et quand ils r\u00e9agissaient, d\u2019user d\u2019une force \u00e9crasante contre eux, dit Hope. On les capturait, on les tuait, ou ils disparaissaient de la place. Et on a men\u00e9 une op\u00e9ration apr\u00e8s l\u2019autre rien que pour saisir et garder l\u2019initiative, en capturant ou en tuant l\u2019ennemi pour donner confiance localement, et pour gagner du temps. J\u2019ai eu une discussion une fois avec un journa-liste qui \u00e9tait boulevers\u00e9 apr\u00e8s l\u2019affectation \u00e0 cause des hommes qui mouraient aux m\u00eames endroits o\u00f9 d\u2019autres \u00e9taient morts un mois avant, deux mois avant, et je lui ai dit que ce n\u2019est pas le terrain qui compte, que \u00e7a n\u2019a rien \u00e0 voir avec un plan quadrill\u00e9 du sol, ou avec les gens qui y habitent; il s\u2019agit seulement de gagner du temps. Si on veut battre cet ennemi, il faut gagner assez de temps pour que les Afghans aient quelque chose qui nous remplace. \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Hope, notre plan fondamental qui est de d\u00e9velopper le Kandahar au moyen de gros projets, de construire des routes, des h\u00f4pitaux, des barrages et des \u00e9coles n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 structur\u00e9 correctement.<\/p>\n<p>\u00ab Notre concept op\u00e9rationnel c\u2019\u00e9tait la gouvernance en entier, la signature de projets, les villages mod\u00e8les, un cercle d\u2019acier autour de la ville de Kandahar, et rien de tout cela ne nous sert \u00e0 trouver et \u00e0 d\u00e9truire l\u2019ennemi pour gagner du temps afin de construire les institutions, dit Hope. Le d\u00e9veloppement, \u00e7a ne sert pas \u00e0 diriger. Il faut que les institutions de gouvernance avec lesquelles on traite soient cr\u00e9dibles avant qu\u2019il puisse y avoir un d\u00e9veloppement qui vaille la peine. Et le d\u00e9veloppement doit \u00eatre afghan, pas occidental, parce que le d\u00e9veloppement occidental est une cible pour les insurg\u00e9s. Ainsi, sit\u00f4t qu\u2019on creuse un puits, les insurg\u00e9s le d\u00e9truisent et les gens de l\u2019endroit ne font rien parce que ce n\u2019est pas un puits afghan. Mais si un gars de la place creuse un puits, les insurg\u00e9s h\u00e9sitent \u00e0 le d\u00e9truire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019UNESCO (l\u2019Organisation des Nations Unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture) qui avait construit la fameuse \u00e9cole blanche, \u00e0 Pashmul, que l\u2019ennemi avait transform\u00e9e en base et \u00e0 l\u2019assaut de laquelle au moins huit Canadiens sont morts. Cette \u00e9cole a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite, tout comme un grand nombre des autres \u00e9coles que l\u2019UNESCO a b\u00e2ties au Kandahar.<\/p>\n<p>\u00ab Tout \u00e7a, c\u2019est les affaires, y a pas de gloire l\u00e0-dedans. \u00c7a n\u2019a rien \u00e0 voir avec la protection de la population du Kandahar. \u00c7a n\u2019avait rien \u00e0 voir avec le renfort de la l\u00e9gitimit\u00e9 que le gouvernement afghan avait aux yeux des gens du Kandahar parce que \u00e7a ne les int\u00e9ressait pas. \u00c7a avait tout \u00e0 voir avec gagner du temps; c\u2019est tout. Et j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 me sacrifier ou \u00e0 sacrifier des soldats, et j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 parler de la mission de mani\u00e8re positive au pu-blic canadien; pas \u00e0 mentir, mais \u00e0 parler en bien de la mission qui permettrait de gagner du temps. Si je pouvais gagner six mois de plus, si je pouvais gagner un an pour que quelqu\u2019un d\u2019autre puisse construire une institution qui prenne la rel\u00e8ve de cette bataille, eh bien on aurait fait notre part. Et si tout se passait mal et qu\u2019on \u00e9chouait, au moins j\u2019aurais agi selon mes valeurs. Reprendre l\u2019\u00e9cole blanche n\u2019avait rien \u00e0 voir avec l\u2019\u00e9cole blanche, ni avec les enfants de Pashmul, \u00e7a concernait la lutte contre un groupe de talibans; les capturer ou les tuer, pour gagner un mois de plus. \u00bb<\/p>\n<p>Ce que Hope me racontait l\u00e0, c\u2019\u00e9tait l\u2019histoire in\u00e9dite du Canada \u00e0 la guerre d\u2019Afghanistan.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2445\" alt=\"LE COLONEL IAN HOPE OBSERVE LE D\u00c9PLOIEMENT D\u2019UN BATAILLON AFGHAN NOUVELLEMENT ENTRAIN\u00c9, MARS 2013. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan5.jpg\" width=\"515\" height=\"343\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan5.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan5-300x199.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>LE COLONEL IAN HOPE OBSERVE LE D\u00c9PLOIEMENT D\u2019UN BATAILLON AFGHAN NOUVELLEMENT ENTRAIN\u00c9, MARS 2013. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>\u00ab On \u00e9vitait une r\u00e9alit\u00e9 dont il faut s\u2019occuper au niveau strat\u00e9gique, qui affectait la mani\u00e8re dont on agissait au niveau tactique [&#8230;]. On a essay\u00e9 la stabilisation comme effort tactique principal sans strat\u00e9gie\u00a0: on existait malgr\u00e9 l\u2019absence de strat\u00e9gie, fait remarquer Hope. Il n\u2019y a pas eu de strat\u00e9gie coh\u00e9rente en ce qui concerne notre contribution en Afghanistan entre 2002 et 2009. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e actuelle qui est une strat\u00e9gie, b\u00e2tir une arm\u00e9e afghane qui puisse s\u2019occuper des probl\u00e8mes afghans, a commenc\u00e9 en 2009 quand la mission OTAN de formation en Afghanistan (NTM-A) a \u00e9t\u00e9 mise en place.<\/p>\n<p>\u00ab On a chang\u00e9 de mission au bon moment, dit Hope, de Kandahar \u00e0 ici, pour profiter de la vague des efforts de la NTM-A qui est de cr\u00e9er cette arm\u00e9e. \u00c7a, c\u2019est une bonne strat\u00e9gie, et il \u00e9tait temps\u00a0: il n\u2019y avait pas de strat\u00e9gie avant \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Je comprends le r\u00eave, mais je me demande s\u2019il est possible pour les forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 des districts recul\u00e9s o\u00f9 empi\u00e8tent les talibans et o\u00f9 100 000 soldats occidentaux n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 le faire. C\u2019est ce que je demande \u00e0 Hope.<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 une bonne question, dit-il. Nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi parce que nous faisons partie du probl\u00e8me. Quand nous nous installons dans un district, nous y sommes \u00e9trangers, alors ils nous prennent pour cible. Nous faisons donc partie du probl\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 du district. Notre pr\u00e9sence fait partie du probl\u00e8me. Quand il n\u2019y avait rien d\u2019autre, il fallait qu\u2019on s\u2019en occupe, parce que nous devions gagner du temps pour que les institutions pouvant le faire puissent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es. Nous avons ga-gn\u00e9 ce temps-l\u00e0 pour que la NTM-A puisse \u00eatre form\u00e9e et s\u2019occuper du probl\u00e8me. \u00bb<\/p>\n<p>Que les forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes assument leur responsabilit\u00e9 qui est de maintenir l\u2019ordre est une question \u00e0 laquelle, \u00e0 ce moment-ci, on ne peut r\u00e9pondre que de mani\u00e8re hypoth\u00e9tique.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas persuad\u00e9 que la guerre civile est in\u00e9vitable ici. Et je ne suis pas persuad\u00e9 que les talibans reprendront le pouvoir dans ce pays, dit Hope. Non, pour qu\u2019il y ait une dissolution du jour au lendemain de l\u2019ANA, il faudrait que le gouvernement s\u2019effondre tout d\u2019un coup. Vous savez, le point le plus important de la bataille que je pr\u00e9dis n\u2019a rien \u00e0 voir avec les districts et les champs de bataille, ni avec le combat entre l\u2019ANA et les talibans; il s\u2019agit du transfert de pouvoir paisible du pr\u00e9sident afghan Hamid Karza\u00ef \u00e0 son successeur, et de la l\u00e9gitimit\u00e9 de son successeur aux yeux de la population. Si c\u2019est possible, et que ce transfert se fait au moyen d\u2019une \u00e9lection et \u00e0 la suite d\u2019une \u00e9lection \u00e0 un successeur \u00e9videmment l\u00e9gitime, l\u2019ANA restera, et l\u2019ANA sera une force \u00e0 ne pas sous-estimer. \u00bb<\/p>\n<p>Bien que Hope trouve qu\u2019il y a certainement des raisons d\u2019\u00eatre optimiste quant \u00e0 l\u2019avenir de l\u2019Afghanistan, il reconnait aussi que l\u2019engagement du Canada dans ce pays soul\u00e8ve des questions angoissantes.<\/p>\n<p>\u00ab En ce qui concerne la strat\u00e9gie, il faut qu\u2019on fasse ce qu\u2019on attend de nous en tant que membre d\u2019une alliance. D\u2019un point de vue strat\u00e9gique, il faut qu\u2019on fasse ce qu\u2019on attend de nous en tant que partie d\u2019un voisinage bilat\u00e9ral. Comprenez bien que ce besoin d\u2019engagement, ce besoin de participation, ce n\u2019est pas la m\u00eame chose que r\u00e9ussir sur le terrain gr\u00e2ce \u00e0 telle ou telle tactique. C\u2019est l\u00e0 que je dois faire<br \/>\nattention. Pourquoi devrait-on supposer que toutes les choses qu\u2019on a faites au Kandahar \u00e9taient brillantes et correctes? Comment se pourrait-il qu\u2019on soit la seule arm\u00e9e du monde qui en ait tant fait et sans erreurs? Tel que vous me voyez, je vous dis que j\u2019ai fait des erreurs, que les officiers plac\u00e9s sous ma responsabilit\u00e9 ont fait des erreurs. Nos erreurs ont caus\u00e9 la mort de Canadiens; elles ont caus\u00e9 des blessures \u00e0 des Canadiens; nous avons appris gr\u00e2ce \u00e0 elles, mais nous avons fait des erreurs, et si l\u2019histoire va \u00eatre juste, comme les historiens devraient l\u2019\u00e9crire, elle reconnaitra que des erreurs ont \u00e9t\u00e9 commises.<\/p>\n<p>Je dirais que de n\u2019avoir jamais fait la guerre avec le s\u00e9rieux qu\u2019elle m\u00e9ritait est une des principales erreurs. Envoyer des Canadiens en guerre, sacrifier leur vie, c\u2019est la chose la plus s\u00e9rieuse que puisse faire un pays. Mais plut\u00f4t que d\u2019avoir un vrai d\u00e9bat sur le nombre de militaires, sur la strat\u00e9gie, sur l\u2019engagement, il n\u2019y a eu que les discours d\u00e9magogiques.<\/p>\n<p>\u00ab Alors j\u2019ai d\u00e9couvert apr\u00e8s l\u2019affectation que les gens \u00e0 qui je parlais ne pouvaient pas saisir ce que je saisissais sur la r\u00e9alit\u00e9 des combats, qu\u2019ils ne le prenaient pas\u00a0assez au s\u00e9rieux, dit Hope. D\u2019apr\u00e8s moi, ce qui compte c\u2019est le soldat, le soldat canadien qui est sur le terrain dans un pays \u00e9tranger et qui est confront\u00e9 \u00e0 un ennemi qui essaie de le tuer et qu\u2019on lui a ordonn\u00e9 de tuer. La nation devrait l\u2019appuyer; ce soldat m\u00e9rite qu\u2019on lui donne tout ce qu\u2019on peut lui donner pour qu\u2019il r\u00e9ussisse. \u00c7a ne se faisait pas. Dans certains cercles, il me semblait qu\u2019on n\u2019arrivait pas \u00e0 le prendre au s\u00e9rieux. \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s pass\u00e9es, Hope fait remarquer que les Canadiens devraient quand m\u00eame \u00eatre fiers de ce que leurs for-ces arm\u00e9es ont accompli en Afghanistan.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a de nombreuses possibilit\u00e9s d\u2019avenir, ici; il n\u2019y a pas qu\u2019une seule possibilit\u00e9 d\u2019avenir : il y a plusieurs avenirs possibles, et je pense que la majorit\u00e9 d\u2019entre eux sont bien meilleurs que ceux qu\u2019ils avaient avant. J\u2019en suis s\u00fbr. Et je suis pr\u00eat pour ces divers avenirs. Je suis pr\u00eat pour \u00e7a, et j\u2019accepterai \u00e7a. M\u00eame si tout \u00e9choue et qu\u2019on recule, je crois encore qu\u2019on a bien fait d\u2019intervenir en Afghanistan, d\u2019essayer. \u00bb<\/p>\n<p>En fin de compte, d\u2019apr\u00e8s Hope, les efforts en Afghanistan ne sont pas diff\u00e9rents des combats men\u00e9s par le Canada auparavant \u2013 il mentionne la cr\u00eate de Vimy \u2013 en ce sens qu\u2019ils ont servi \u00e0 forger un type particulier d\u2019identit\u00e9 canadienne.<\/p>\n<p>\u00ab Ce que le Canada a acquis ici \u2013 ce n\u2019est pas facile \u00e0 dire, surtout aux gens qui ont perdu une fille ou un fils \u2013, c\u2019est que notre cr\u00e9dibilit\u00e9 en tant que nation est bien meilleure, le respect envers le Canada en tant qu\u2019alli\u00e9 ou partenaire fiable est bien plus solide qu\u2019il y a 10 ans. La r\u00e9putation de nos forces arm\u00e9es n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a depuis la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2446\" alt=\"DES SOLDATS NOUVELLEMENT FORM\u00c9S PARTENT EN GUERRE, 2013. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan6.jpg\" width=\"515\" height=\"314\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan6.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Afghan6-300x182.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>DES SOLDATS NOUVELLEMENT FORM\u00c9S PARTENT EN GUERRE, 2013. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<h3><span style=\"color: #808000;\"><b>L\u2019avenir impr\u00e9visible<\/b><\/span><\/h3>\n<p>Le conflit se terminera-t-il? La r\u00e9ponse compliqu\u00e9e, c\u2019est qu\u2019\u00e0 ce moment-ci, l\u2019Afghanistan a de nombreuses possibilit\u00e9s d\u2019avenir, certaines paisibles, d\u2019autres non. La r\u00e9ponse br\u00e8ve \u00e0 savoir si la violence se terminera : c\u2019est peu probable.<\/p>\n<p>Voyez cette citation tir\u00e9e d\u2019un compte rendu de renseignement am\u00e9ricain :\u00a0\u00ab\u00a0En outre, l\u2019\u00e9conomie de l\u2019Afghanistan qui croissait \u00e0 un rythme constant ralentira probablement apr\u00e8s 2014. Il y a peu d\u2019espoir que Kaboul puisse suppl\u00e9er la diminution de l\u2019aide et des d\u00e9penses militaires de l\u2019Ouest qui ont stimul\u00e9 la croissance de la construction et des secteurs de services. Son secteur de l\u2019agriculture licite et ses petites entreprises ont aussi b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des projets de d\u00e9veloppement et d\u2019assistance d\u2019organisations non gouvernementales, mais le pays fait face \u00e0 un taux \u00e9lev\u00e9 de pauvret\u00e9 et de ch\u00f4mage, \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire et \u00e0 la culture du pavot. \u00bb<\/p>\n<p>Alors il s\u2019agit de trouver une mani\u00e8re d\u2019interpr\u00e9ter le syntagme \u00e9crit plus haut\u00a0: \u00ab Il y a peu d\u2019espoir \u00bb.<\/p>\n<p>S\u2019il y a peu d\u2019espoir de pouvoir suppl\u00e9er la diminution du financement, cela signifie qu\u2019il y a peu d\u2019espoir que le gouvernement afghan puisse couvrir ses d\u00e9penses. Ses d\u00e9penses les plus \u00e9lev\u00e9es sont, de loin, celles de l\u2019arm\u00e9e nationale afghane.<\/p>\n<p>Donc : Il y a peu d\u2019espoir que les choses ne se d\u00e9traquent pas, dans une certaine mesure.<\/p>\n<p>Les moments les plus importants de l\u2019histoire militaire du Canada sont ceux o\u00f9 de jeunes hommes fon\u00e7aient t\u00eate baiss\u00e9e en plein c\u0153ur de l\u2019action. Et c\u2019est l\u00e0 que l\u2019on trouve la vraie strat\u00e9gie de la guerre du Canada en Afghanistan. Pendant les ann\u00e9es qui ont suivi le 11 septembre, le besoin le plus urgent relatif \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale concernait les obligations envers les alli\u00e9s, \u00e0 son devoir quand son plus grand alli\u00e9 est attaqu\u00e9.<\/p>\n<p>Alors pourquoi le Canada a-t-il d\u00e9pens\u00e9 plus de 20 milliards de dollars et subi plus de 2 000 bless\u00e9s? Pourquoi perdre 158 vies pendant cette mission? Pourquoi?<\/p>\n<p>Ils sont morts pour donner un meilleur avenir \u00e0 l\u2019Afghanistan. Ou plut\u00f4t, une bonne possibilit\u00e9 de meilleur avenir. <em>Peut-\u00eatre.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ils sont morts pour consolider l\u2019OTAN et essentiellement en l\u2019honneur de notre alli\u00e9 m\u00e9ridional. <em>Peut-\u00eatre.<\/em><\/p>\n<p>Ils sont morts en essayant de tuer l\u2019ennemi. <em>Voil\u00e0; \u00e7a, c\u2019est logique.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>En tout cas, ce fut toujours la v\u00e9rit\u00e9 sur le terrain.<\/p>\n<h3><span style=\"color: #808000;\"><b>\u00c9pilogue \u2013 <\/b><b>La question de valeur<br \/>\n<\/b><em><b>(question personnelle, a-t-on d\u00e9couvert)<\/b><\/em><\/span><\/h3>\n<p>Au Canada, on trouve les restes de la guerre partout, bien qu\u2019on ne puisse pas les voir; un fl\u00e9au de c\u0153urs souffrants et de t\u00eate malsaines.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient toutes les bombes enfonc\u00e9es sous terre. Simplement une cruche de plastique remplie d\u2019engrais et de quelques morceaux de m\u00e9tal, un peu de fil m\u00e9tallique et une pile chinoise bas de gamme. Ce n\u2019est pas exactement de cela qu\u2019on fait les cauchemars. En fait, je blague. C\u2019est exactement de cela qu\u2019on fait les cauchemars.<\/p>\n<p>La guerre me laisse perplexe et j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle tiendra bient\u00f4t du mythe. D\u2019apr\u00e8s moi, il n\u2019y avait pas suffisamment de force sur le terrain pour faire ce qu\u2019il fallait, et aucun g\u00e9n\u00e9ral n\u2019acceptait de le dire d\u2019une mani\u00e8re qui fasse changer les choses. Les politiciens \u00e9taient ind\u00e9cis, et ils esp\u00e9raient obtenir des votes. Alors plut\u00f4t que de faire ce qu\u2019il fallait pour nettoyer, tenir et b\u00e2tir Kandahar, on s\u2019est racont\u00e9 des histoires les uns les autres en esp\u00e9rant que tout se passe bien. Il s\u2019agissait de soldats contre les poseurs de bombes, pas beaucoup plus que \u00e7a.<\/p>\n<p>Je me suis fait arranger les dents en janvier dernier, de la mani\u00e8re o\u00f9 l\u2019on pose de nouvelles couronnes par-dessus, ce qui me va. Je suis content que les alliances du Canada soient plus solides, mais je suis contrari\u00e9 quand, pour une raison ou une pour autre, je me rappelle comment c\u2019\u00e9tait quand je me suis retrouv\u00e9 la t\u00eate qui sonnait et la bouche pleine de dents cass\u00e9es.<\/p>\n<p>Cela en valait-il la chandelle? Je n\u2019en sais rien du tout. J\u2019esp\u00e8re que les Afghans auront un bel avenir.<\/p>\n<h3><a href=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/AfghanINFOGRAPHIC-F.jpg\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #800000;\">CLIQUEZ ICI POUR VISUALISER L&#8217;INFOGRAPHIE<\/span><\/a><\/h3>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On enseigne aux soldats \u00e0 se camoufler lors de leur formation en techniques de campagne. On leur donne une liste de contr\u00f4le sur les principes de base qu\u2019ils doivent utiliser pour se cacher de l\u2019ennemi : \u00e9viter de montrer sa silhouette, les ombres, l\u2019espacement, le brillant, etc. La liste s\u2019intitule Pourquoi les choses se voient. Pour beaucoup de soldats canadiens, surtout ceux du Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry, l\u2019expression fait partie de la langue de tous les jours. On l\u2019utilise pour faire remarquer pourquoi quelque chose ne va pas, par exemple si un avant-poste manque de piles, qu\u2019on ne peut trouver de fournisseur, et que toutes sortes de choses essentielles ne fonctionnent plus. Un soldat qui entend parler de cette situation se moquerait en disant : \u00ab pourquoi les choses se voient\u202f\u00bb. C\u2019est un synonyme de b\u00e9vue.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2426","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2426","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2426"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2426\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2426"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2426"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2426"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}