{"id":24,"date":"2007-11-01T21:16:13","date_gmt":"2007-11-02T02:16:13","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=24"},"modified":"2008-01-27T22:29:39","modified_gmt":"2008-01-28T03:29:39","slug":"mettre-ses-objets-militaires-familiaux-en-valeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/11\/mettre-ses-objets-militaires-familiaux-en-valeur\/","title":{"rendered":"Mettre ses objets militaires familiaux en valeur"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Plusieurs soldats des guerres pass\u00e9es ont conserv\u00e9 des souvenirs                   de leur passage sous les drapeaux, des objets t\u00e9moignant de                   leurs triomphes et de leur survie. On retrouve parmi eux des                   m\u00e9dailles, des photographies, des armes et d&#8217;autres pi\u00e8ces                   d&#8217;\u00e9quipement, par exemple. Puis, la guerre s&#8217;est termin\u00e9e,                   les v\u00e9t\u00e9rans sont revenus, et ils ont rang\u00e9 leurs souvenirs                   et tent\u00e9 d&#8217;oublier.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de leur d\u00e9c\u00e8s, leurs h\u00e9ritiers h\u00e9siteront parfois                   avant de statuer sur le sort de ces choses qui pourraient leur                   sembler \u00eatre des vieilleries sans int\u00e9r\u00eat. L&#8217;une des d\u00e9cisions                   les plus avis\u00e9es pourrait se traduire par un don \u00e0 un mus\u00e9e.                   Dans ces institutions, les objets sont restaur\u00e9s, \u00e9tudi\u00e9s et                   mis en valeur, et ainsi rendus \u00e0 la collectivit\u00e9 qui pourra                   les appr\u00e9cier, puis comprendre et se souvenir d&#8217;un pass\u00e9 commun.                   Mais en r\u00e9alit\u00e9, la plus grande partie sera malheureusement \u00e9limin\u00e9e                   par de nouveaux propri\u00e9taires n&#8217;ayant pas saisi la valeur historique,                   scientifique et patrimoniale, de ces papiers jaunis et de ces                   m\u00e9taux ternis.<\/p>\n<p>Pour le patrimoine national que nous partageons, les objets                   oubli\u00e9s dans les sous-sols et greniers ne vaudront gu\u00e8re mieux.                   Mais pour les d\u00e9tenteurs plus r\u00e9ticents \u00e0 se d\u00e9partir de leurs                   possessions, il existe toutefois une autre issue tr\u00e8s responsable,                   qui consiste \u00e0 mettre soi-m\u00eame en valeur le bien en question.                   Cela pourrait se traduire par une d\u00e9marche fort simple, une                   petite enqu\u00eate sur l&#8217;histoire familiale et nationale, illustr\u00e9e                   ici d&#8217;un exemple concret.<\/p>\n<p><strong>Mener l&#8217;enqu\u00eate<\/strong><\/p>\n<p>Bien qu&#8217;il n&#8217;existe pas de bonne ou de mauvaise mani\u00e8re d&#8217;entreprendre                   cette recherche, les premi\u00e8res questions surgissant dans notre                   enqu\u00eate seront toujours les plus simples. Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est?                   Quelles sont ses dimensions, de quels mat\u00e9riaux est-il fabriqu\u00e9?                   Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions sont les \u00e9l\u00e9ments que l&#8217;on devra                   retrouver dans la fiche technique de l&#8217;objet, et ce sont elles                   qui donneront une direction \u00e0 nos recherches. La fiche technique                   pourrait \u00eatre ins\u00e9r\u00e9e dans une base de donn\u00e9es ou un cartable                   pour r\u00e9f\u00e9rence ult\u00e9rieure. Il serait \u00e9galement g\u00e9n\u00e9reux de                   faire conna\u00eetre l&#8217;existence de ce t\u00e9moin mat\u00e9riel du pass\u00e9,                   par l&#8217;interm\u00e9diaire d&#8217;associations de chercheurs ou de forums                   Internet. Il pourrait ainsi \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 par des sp\u00e9cialistes                   s&#8217;il s&#8217;av\u00e9rait particulier.<\/p>\n<p>En \u00e9tudiant une d\u00e9coration, on d\u00e9crirait \u00e0 cette \u00e9tape ses                   couleurs, ses symboles et ses inscriptions, et tout autre d\u00e9tail                   piquant la curiosit\u00e9. Le cas pr\u00e9sent consiste, quant \u00e0 lui,                   en un petit livre d&#8217;environ quatre-vingt-dix pages intitul\u00e9 Livre                   de pri\u00e8res du soldat. En plus des initiales sur la couverture                   et des dates et noms de personnes \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, il offre de                   nombreux autres renseignements facilitant son identification.                   En suivant jusqu&#8217;au bout chacune de ces pistes, on forcera                   bient\u00f4t cet objet \u00e0 divulguer ses plus int\u00e9ressants secrets.<\/p>\n<p><strong>Fiche technique de l&#8217;objet<\/strong><\/p>\n<p>Nom : Livre de pri\u00e8res du soldat<\/p>\n<p>Titre complet : Livre de pri\u00e8res \u00e0 l&#8217;usage des soldats et                   des marins<\/p>\n<p>Dimensions : 12 X 8.5 X 0.8 cm (hauteur X largeur X \u00e9paisseur)<\/p>\n<p>Couleurs :<\/p>\n<p>\u00b7 Ext\u00e9rieur : caract\u00e8res et symboles en brun sur fond olive<\/p>\n<p>\u00b7 Int\u00e9rieur : \u00e9criture noire sur papier jauni, illustrations                   en noir et blanc<\/p>\n<p>Mat\u00e9riaux : encre et papier, colle et tissu sur carton rigide<\/p>\n<p>Imprim\u00e9s particuliers :<\/p>\n<p>\u00b7 Devant : l&#8217;inscription Livre de pri\u00e8res du soldat et le                   symbole du &#8220;Sacr\u00e9 Coeur&#8221; (un coeur encercl\u00e9 d&#8217;une couronne d&#8217;\u00e9pines                   et surmont\u00e9 d&#8217;une couronne traditionnelle)<\/p>\n<p>&#8212; Derri\u00e8re : le dessin d&#8217;une feuille d&#8217;\u00e9rable, sur laquelle                   sont inscrits le symbole &#8220;Paix&#8221; (un &#8220;P&#8221; et un &#8220;x&#8221; superpos\u00e9s)                   et le mot &#8220;Canada&#8221;, puis, dessous, le sigle &#8220;C.A.H.&#8221;<\/p>\n<p>&#8212; Int\u00e9rieur : pri\u00e8res, images pieuses<\/p>\n<p>Date de fabrication : 1918<\/p>\n<p>Autres d\u00e9tails : 88 pages<\/p>\n<p>Notice bibliographique compl\u00e8te de l&#8217;ouvrage : CASGRAIN, Abb\u00e9 P.H.D.,                   Livre de pri\u00e8res \u00e0 l&#8217;usage des soldats et des marins, Qu\u00e9bec,                   S.E., 1918, 88 pages.<\/p>\n<p><strong>Conception de l&#8217;objet<\/strong><\/p>\n<p>Avant m\u00eame d&#8217;avoir eu une vie utile, l&#8217;objet a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9,                   et fabriqu\u00e9. Dans le cas d&#8217;artisanat ou d&#8217;articles de fortune                   (les briquets et armes blanches en sont deux bons exemples),                   les proc\u00e9d\u00e9s peuvent ne pas avoir \u00e9t\u00e9 document\u00e9s. En contrepartie,                   la fabrication de la plupart des produits courants, tels les                   v\u00eatements et photographies, n&#8217;a plus de secrets et a \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment \u00e9tudi\u00e9e.                   Il sera ainsi beaucoup plus simple d&#8217;accumuler de l&#8217;information                   sur une arme \u00e0 feu que sur une peinture, par exemple.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9tude de l&#8217;histoire de l&#8217;\u00e9crit au pays permet de comprendre                   le contexte industriel et commercial dans lequel aurait \u00e9t\u00e9 manufactur\u00e9 le                   Livre de pri\u00e8res du soldat. Le Canada v\u00e9cut la multiplication                   des imprimeries vers le milieu du XIXe si\u00e8cle, et \u00e0 l&#8217;exception                   de la maison Beauchemin, les maisons d&#8217;\u00e9dition modernes n&#8217;apparurent                   qu&#8217;au cours du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Les ouvrages, auparavant, \u00e9taient                   confi\u00e9s \u00e0 des imprimeurs, et non \u00e0 des \u00e9diteurs, et chaque \u00e9tape                   de la production et de la mise en march\u00e9 d&#8217;un livre \u00e9tait confi\u00e9e \u00e0 une                   entreprise diff\u00e9rente, sans interm\u00e9diaire. Quant aux techniques,                   le proc\u00e9d\u00e9 classique faisait place \u00e0 la presse cylindrique,                   qui appara\u00eet dans les colonies vers 1830, et l&#8217;\u00e9nergie humaine                   est remplac\u00e9e par la vapeur, puis par l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. Les premiers                   ouvrages imprim\u00e9s en sol canadien seront en majorit\u00e9 scolaires                   ou religieux. En 1918, lorsqu&#8217;est imprim\u00e9 le Livre de pri\u00e8res                   du soldat, les proc\u00e9d\u00e9s sont sensiblement les m\u00eames.<\/p>\n<p>De cet imprimeur dont il est fait mention \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, J.A.K.                   Laflamme, de Qu\u00e9bec, peu de traces ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es, malgr\u00e9 des                   investigations pouss\u00e9es. Malgr\u00e9 tout, une recherche pratique                   laisse croire qu&#8217;il aurait \u00e9t\u00e9 actif au d\u00e9but du si\u00e8cle, principalement                   entre les ann\u00e9es 1900 et 1930 environ, \u00e0 Qu\u00e9bec et \u00e0 L\u00e9vis,                   et qu&#8217;il se serait sp\u00e9cialis\u00e9 dans les \u00e9crits folkloriques                   et religieux. On peut appr\u00e9cier son excellent travail de reliure :                   solidement assembl\u00e9, ce livre, qui v\u00e9cut la guerre des tranch\u00e9es                   dans l&#8217;humidit\u00e9, la boue et les gaz, sous les ba\u00efonnettes,                   les balles et les obus&#8211;des conditions tellement p\u00e9nibles que                   soixante mille Canadiens en moururent&#8211;est encore, plus de quatre-vingts                   ans apr\u00e8s, en un seul morceau.<\/p>\n<p>Selon une lettre sign\u00e9e et imprim\u00e9e dans les premi\u00e8res pages,                   les textes du Livre de pri\u00e8res du soldat auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits&#8211;ou                   assembl\u00e9s&#8211;dans leur plus grande partie par le pr\u00eatre Philippe-Henri                   Duperron Casgrain (1864-1942), major honoraire et premier aum\u00f4nier                   du Royal 22e R\u00e9giment (canadien-fran\u00e7ais), durant la p\u00e9riode                   entourant le 15 novembre 1914, aux Casernes de St-Jean. Durant                   les trois jours qui suivirent, L. Lindsay, Censor deputatus                   (repr\u00e9sentant censeur) parcourut le manuscrit et n&#8217;eut aucune                   objection d&#8217;ordre doctrinal \u00e0 son impression (nil obstat),                   qui re\u00e7ut l&#8217;imprimatur du Cardinal B\u00e9gin.<\/p>\n<p>Le sigle &#8220;C.A.H.&#8221; retrouv\u00e9 sur la couverture du livre signifie &#8220;Catholic                   Army Huts&#8221; (huttes catholiques de l&#8217;Arm\u00e9e), une institution                   caritative cr\u00e9\u00e9e par les Chevaliers de Colomb, qui agirent                   donc ici \u00e0 titre d&#8217;\u00e9diteurs : apr\u00e8s avoir command\u00e9 le manuscrit,                   ils le confi\u00e8rent \u00e0 l&#8217;imprimeur, puis aux C.A.H. qui distribu\u00e8rent                   le produit fini; il sera question plus loin de cette derni\u00e8re \u00e9tape.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9tails nous r\u00e9v\u00e8lent donc, de prime abord, que le Livre                   de pri\u00e8res du soldat est un document religieux chr\u00e9tien et                   catholique tr\u00e8s officiel ayant \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9 et approuv\u00e9 par                   la censure religieuse de l&#8217;\u00e9poque. On peut \u00e9galement pr\u00e9sumer                   qu&#8217;au moins quelques centaines d&#8217;exemplaires auraient \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9s.                   Ses dimensions, la solidit\u00e9 de sa couverture et sa couleur                   laissent croire qu&#8217;on l&#8217;a voulu facile \u00e0 transporter et adapt\u00e9 aux                   dures conditions de la vie militaire.<\/p>\n<p><strong>Contexte<\/strong><\/p>\n<p>Pour bien comprendre l&#8217;environnement dans lequel l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tude                   a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9, toute piste peut apporter des \u00e9l\u00e9ments r\u00e9v\u00e9lateurs                   et doit \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e. Des dictionnaires th\u00e9matiques seront                   ici d&#8217;une grande utilit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le cas pr\u00e9sent, l&#8217;inscription C.A.H. (qui se r\u00e9f\u00e8re aux                   huttes catholiques de l&#8217;Arm\u00e9e des Chevaliers de Colomb) est                   particuli\u00e8rement significative. Avant 1917, les soldats catholiques                   (dont une majorit\u00e9 de Canadiens fran\u00e7ais) n&#8217;avaient aucune                   possibilit\u00e9 de c\u00e9l\u00e9brer leur foi en masse, ni au front, ni                   en Angleterre (o\u00f9 ils \u00e9taient fr\u00e9quemment et pendant de longues                   p\u00e9riodes, stationn\u00e9s), alors que la plupart des autres groupes                   religieux jouissaient pleinement de leurs propres \u00e9glises,                   chapelles et autres institutions. De l\u00e0 prenaient naissance                   un profond malaise, du m\u00e9contentement et un sentiment d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis                   d&#8217;autres confessions, et c&#8217;\u00e9tait l\u00e0 fort l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Pour pallier ce besoin, l&#8217;Ordre des Chevaliers de Colomb&#8211;dont                   les buts sont Dieu et la Patrie&#8211;cr\u00e9e une filiale appel\u00e9e Catholic                   Army Huts (Huttes catholiques de l&#8217;Arm\u00e9e) en 1917. Gr\u00e2ce \u00e0 quelques                   grandes campagnes de financement men\u00e9es avec beaucoup de succ\u00e8s                   au Canada la m\u00eame ann\u00e9e, on cr\u00e9e le C.C.S. (Catholic Chaplain                   Service), responsable d&#8217;envoyer des pr\u00eatres catholiques c\u00e9l\u00e9brer                   l&#8217;eucharistie avec les fid\u00e8les servant outre-mer. Dans le m\u00eame                   ordre d&#8217;id\u00e9es, les C.A.H. exportent vers l&#8217;Europe des tentes                   gigantesques, les &#8220;huttes&#8221;. Celles-ci serviront, selon les                   heures, de chapelles pour les soldats catholiques, de salles                   de r\u00e9cr\u00e9ation ou de repos, ou m\u00eame de th\u00e9\u00e2tre, pour tous les                   soldats. Dans ces seconds cas, la fraternit\u00e9 de ceux qui servent                   sous les drapeaux \u00e9tait le seul test \u00e0 passer pour avoir acc\u00e8s                   aux huttes. Un \u00e9criteau \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e mentionnait d&#8217;ailleurs : &#8220;All                   Soldiers and Sailors Welcome&#8221; (bienvenue \u00e0 tous les soldats                   et marins). \u00c0 ce titre, les huttes canadiennes acquirent une                   grande renomm\u00e9e d&#8217;hospitalit\u00e9, chez les soldats alli\u00e9s de toutes                   nationalit\u00e9s et religions.<\/p>\n<p>En tant que lieu de rassemblement de soldats et marins, les                   C.A.H. permettaient l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 une cantine, des tables de billard,                   gramophones, livres, etc. Aussi, on y offrait gratuitement                   de la gomme \u00e0 m\u00e2cher, du caf\u00e9, des cigarettes et du papier \u00e0 lettres \u00e0 tout                   soldat, sans \u00e9gard \u00e0 son ethnie ou \u00e0 ses convictions religieuses.                   De plus, aux soldats de confession catholique, on distribuait                   fr\u00e9quemment et abondamment des rosaires, m\u00e9dailles scapulaires,                   chapelets, ainsi que des Livres de pri\u00e8res du soldat. C&#8217;est                   donc probablement dans l&#8217;une de ces nombreuses huttes que Wilfrid                   Vall\u00e9e, jeune soldat canadien fran\u00e7ais de la Grande Guerre                   et premier propri\u00e9taire du livre, se procura le sien.<\/p>\n<p><strong>Premier propri\u00e9taire et vie utile de l&#8217;objet<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;une des \u00e9tapes les plus palpitantes de l&#8217;enqu\u00eate consiste \u00e0 amasser                   des informations sur le premier propri\u00e9taire de l&#8217;objet. Quelques                   discussions avec la parent\u00e9 plus \u00e2g\u00e9e permettront de r\u00e9colter                   des donn\u00e9es int\u00e9ressantes. On peut en plus consulter les dossiers                   d&#8217;anciens militaires conserv\u00e9s aux Archives nationales du Canada,                   notamment. Parfois, d&#8217;autres documents conserv\u00e9s avec l&#8217;objet                   faciliteront son identification. Dans le cas pr\u00e9sent, un livret                   de paie et une m\u00e9daille ont livr\u00e9 des renseignements pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p>Le Livre de pri\u00e8res du soldat a appartenu \u00e0 l&#8217;origine \u00e0 Wilfrid                   Vall\u00e9e (1897-1978), un homme tr\u00e8s pieux, para\u00eet-il. Lorsque                   ce dernier s&#8217;enr\u00f4la dans le Corps exp\u00e9ditionnaire canadien                   (par l&#8217;interm\u00e9diaire du 57e Bataillon d&#8217;infanterie, sous le                   matricule 448 369) pour aller rejoindre ses fr\u00e8res en Europe,                   le 3 novembre 1915, il n&#8217;avait pas dix-huit ans. Il \u00e9tait l&#8217;un                   des cinq cent deux volontaires qui venaient renforcer le c\u00e9l\u00e8bre                   22e Bataillon (canadien-fran\u00e7ais). Comme la plupart des jeunes                   de son \u00e2ge nouvellement sous les drapeaux, il ne s&#8217;attendait                   pas \u00e0 se retrouver bient\u00f4t au beau milieu de l&#8217;enfer.<\/p>\n<p>Il y eut les charges contre les positions ennemies, sous le                   feu nourri de l&#8217;artillerie et des mitrailleuses allemandes,                   dans les champs de mines, dans la boue des champs de bataille.                   Que l&#8217;issue fut victorieuse ou non, chaque bataille \u00e9tait un                   drame en soi, \u00e9preuve peut-\u00eatre ultime dans la vie d&#8217;un homme.                   Parall\u00e8lement, il y eut les mis\u00e8res quotidiennes, auxquelles                   on ne s&#8217;habituait jamais : les \u00e9pid\u00e9mies, propag\u00e9es par des                   rats qu&#8217;on disait \u00e9normes, engraiss\u00e9s par la chair humaine;                   la maladie des tranch\u00e9es, douloureuse et d\u00e9go\u00fbtante; la d\u00e9composition, \u00e9coeurante                   et naus\u00e9abonde, des corps qu&#8217;on n&#8217;avait pu enterrer; les poux,                   dont la morsure cruelle \u00e9tait, dit-on, la pire des calamit\u00e9s;                   la boue, toujours et partout; l&#8217;\u00e9ventualit\u00e9 omnipr\u00e9sente de                   la mort, qu&#8217;elle f\u00fbt la sienne ou celle des camarades; les                   bless\u00e9s, dont les cris et souffrances pouvaient briser le moral                   le plus solide; l&#8217;absence de bonne nourriture, d&#8217;hygi\u00e8ne et                   de repos; les pr\u00e9jug\u00e9s, railleries ou moquerie, dirig\u00e9s vers                   les Canadiens, ces &#8220;coloniaux&#8221;, par les Britanniques; les atrocit\u00e9s                   et crimes de guerre dont on \u00e9tait victime ou t\u00e9moin; et tout                   l&#8217;affreux reste.<\/p>\n<p>Devant toutes ces difficult\u00e9s, sa foi en Dieu fut peut-\u00eatre                   la motivation qui permit \u00e0 Wilfrid Vall\u00e9e, comme \u00e0 d&#8217;autres,                   de survivre, bien que choqu\u00e9 \u00e0 vie. Si le Livre de pri\u00e8res                   du soldat s&#8217;ins\u00e8re parfaitement dans les poches d&#8217;une vareuse,                   c&#8217;est que les soldats croyants en auraient besoin constamment                   : c&#8217;\u00e9tait un lien avec le Tr\u00e8s-Haut, presque un porte-bonheur,                   qu&#8217;on pouvait avoir constamment avec soi.<\/p>\n<p>L&#8217;usure du livre d\u00e9montre que Wilfrid l&#8217;a souvent consult\u00e9.                   La tranche est fatigu\u00e9e, les pages sont d\u00e9fra\u00eechies. Manifestement,                   on les a lues, relues et m\u00eame re-relues. Tellement, qu&#8217;encore                   aujourd&#8217;hui, le livre s&#8217;ouvre de lui-m\u00eame, et de fa\u00e7on tr\u00e8s                   marqu\u00e9e, aux pages 52 et 53 : &#8220;M\u00e9moire des vivants&#8221;, &#8220;\u00c0 l&#8217;\u00e9l\u00e9vation&#8221;, &#8220;Apr\u00e8s                   la cons\u00e9cration&#8221;, et &#8220;M\u00e9moire des morts&#8221;, tels sont les passages                   qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 le plus souvent consult\u00e9s. La pliure                   et l&#8217;usure, distinctes, dans le coin sup\u00e9rieur droit de chaque                   page impaire, nous laissent facilement deviner le mouvement                   des pouce et index de l&#8217;homme qui chercha dans ce livre des                   forces, du courage, voire son salut. Le Livre de pri\u00e8res du                   soldat fut certainement une des possessions les plus estim\u00e9es                   de Wilfrid Vall\u00e9e. Le jour de son anniversaire, o\u00f9 mille hommes                   moururent, Wilfrid eut pour cadeau &#8220;la meilleure blessure&#8221;.                   Atteint d&#8217;un \u00e9clat d&#8217;obus \u00e0 la hanche, pour lui, la guerre,                   avec son cort\u00e8ge de mis\u00e8res, prenait fin en avril 1918.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9mobilisation, Wilfrid Vall\u00e9e \u00e9pousa Bernadette                   Savard qui, elle l&#8217;avouera elle-m\u00eame, avait pri\u00e9, tout au long                   de ces ann\u00e9es de tourmente, pour son futur mari qui se battait                   peut-\u00eatre en Europe. Comme bien des rescap\u00e9s de l&#8217;enfer, Wilfrid&#8211;on                   le comprend&#8211;fut avare de ses dures exp\u00e9riences pass\u00e9es au front,                   qu&#8217;il ne partagea, somme toute, qu&#8217;avec son \u00e9pouse parfois,                   et avec d&#8217;autres v\u00e9t\u00e9rans qu&#8217;il rencontrait chaque semaine                   au &#8220;mess&#8221;. Sans doute conscient de sa chance, et croyant en                   la bienveillance qu&#8217;eut le Bon Dieu \u00e0 son \u00e9gard, Wilfrid, de                   toute sa vie, ne manqua-t-il une seule messe le dimanche. Le                   Livre de pri\u00e8res du soldat, quant \u00e0 lui, ne fut jamais rang\u00e9 bien                   loin, et resta toujours \u00e0 port\u00e9e de main. Apr\u00e8s la mort de                   Wilfrid puis de Bernadette, leur fille C\u00e9cile en h\u00e9rita.<\/p>\n<p><strong>L&#8217;objet dans notre patrimoine<\/strong><\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re qu&#8217;un fusil pourrait s&#8217;ins\u00e9rer dans l&#8217;\u00e9tude                   de l&#8217;\u00e9volution technologique des armements, un livre peut \u00e9clairer                   les chercheurs int\u00e9ress\u00e9s par l&#8217;histoire culturelle d&#8217;un peuple.                   Le Livre de pri\u00e8res du soldat a donc une port\u00e9e tr\u00e8s vaste                   puisqu&#8217;il se rapporte \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9licate au Qu\u00e9bec du d\u00e9but                   du si\u00e8cle : la religion, longtemps l&#8217;un des principaux symboles                   de l&#8217;identit\u00e9 canadienne-fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Les Canadiens furent nombreux, sur les champs de bataille                   d&#8217;Europe, durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. D\u00e9sign\u00e9s sous                   le terme g\u00e9n\u00e9rique de &#8220;Britanniques&#8221;, vu leur appartenance \u00e0 l&#8217;Empire,                   ils en perdirent, du moins dans certaines litt\u00e9ratures et bon                   nombre de documentaires, une partie de leur identit\u00e9. Pourtant,                   ses six cent mille soldats, sur une population totale de huit                   millions et demi d&#8217;habitants, firent du Canada l&#8217;un des pays                   (proportionnellement) les plus fortement militaris\u00e9s. Les Britanniques                   oublient souvent, d&#8217;ailleurs, que plus de la moiti\u00e9 de leurs                   effectifs \u00e9taient compos\u00e9s de &#8220;coloniaux&#8221;, du Canada (environ                   40 % de l&#8217;arm\u00e9e britannique) ou d&#8217;ailleurs. D&#8217;entre eux, environ                   une dizaine de milliers de soldats canadiens-fran\u00e7ais ont su\u00e9 eau                   et sang sur les terres d\u00e9vast\u00e9es de France et de Belgique.                   Plusieurs n&#8217;en sont jamais revenus. Lorsque l&#8217;on s&#8217;interroge                   sur la religion des Canadiens fran\u00e7ais en Europe, on d\u00e9couvre                   la plus totale absence d&#8217;ouvrages, sp\u00e9cialis\u00e9s ou non, sur                   le sujet. Pourtant, et c&#8217;\u00e9tait particuli\u00e8rement vrai un demi-si\u00e8cle                   avant la R\u00e9volution tranquille, le Canada fran\u00e7ais \u00e9tait farouchement                   catholique, et m\u00eame, souvent, fervent pratiquant. Le culte                   ne perdait donc aucune valeur dans cet environnement hostile,                   au contraire, il en gagnait.<\/p>\n<p>Le Livre de pri\u00e8res du soldat r\u00e9pondit donc au besoin, s\u00e9rieux,                   qu&#8217;avaient nos valeureux de continuer \u00e0 vivre pleinement leur                   foi outre-mer. Ils \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral les seuls francophones                   de l&#8217;Empire, et \u00e0 part les Irlandais, les seuls catholiques.                   Ainsi, l&#8217;ouvrage&#8211;\u00e9crit en fran\u00e7ais et dans la plus pure tradition                   religieuse de l&#8217;\u00c9glise catholique romaine&#8211;a certes une tr\u00e8s                   grande valeur au sein du patrimoine qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Le Livre de pri\u00e8res du soldat repr\u00e9sente bien le d\u00e9but du                   si\u00e8cle qu\u00e9b\u00e9cois. On y reconna\u00eet, par l&#8217;interm\u00e9diaire des C.A.H.,                   la place des bonnes oeuvres dans la vie sociale. Plus encore,                   il d\u00e9montre l&#8217;attachement qu&#8217;on avait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque pour le culte                   religieux catholique. Les diff\u00e9rentes autorisations de publication                   d\u00e9livr\u00e9es par les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques rappellent \u00e9galement                   la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des contr\u00f4les. D&#8217;un point de vue mat\u00e9riel et technique,                   c&#8217;est \u00e9galement un livre qui repr\u00e9sente bien les proc\u00e9d\u00e9s industriels                   et commerciaux de l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n<p><strong>Conservation de l&#8217;objet<\/strong><\/p>\n<p>La dur\u00e9e de vie des objets d\u00e9pend des mat\u00e9riaux utilis\u00e9s dans                   leur fabrication et des conditions dans lesquelles ils furent                   conserv\u00e9s. Il est donc important de se questionner sur la mani\u00e8re                   d&#8217;exposer ou entreposer ces tr\u00e9sors : si on ne peut s&#8217;improviser                   conservateur de mus\u00e9e, des sites Internet et des livres existent                   sur le sujet et fourniront des conseils pr\u00e9cieux. Par exemple,                   il est essentiel de savoir que lumi\u00e8re, taux d&#8217;humidit\u00e9, insectes                   et manipulation inappropri\u00e9e sont les principaux responsables                   de la d\u00e9gradation d&#8217;un objet. On pourrait aussi \u00eatre tent\u00e9 de                   r\u00e9parer soi-m\u00eame un article en mauvais \u00e9tat, ce qui n&#8217;est pas                   recommand\u00e9. Les sp\u00e9cialistes de la restauration form\u00e9s \u00e0 cet                   effet font parfois de petits miracles!<\/p>\n<p>Certains produits de conception industrielle n\u00e9cessiteront                   peu de soin. Un casque en acier, par exemple, se contentera                   d&#8217;un coin sec, tout simplement. Les livres, quant \u00e0 eux, requi\u00e8rent                   une attention toute particuli\u00e8re. Dans ce cas-ci, les pages                   sont d\u00e9j\u00e0 jaunies et us\u00e9es par leur s\u00e9jour dans les tranch\u00e9es;                   il serait important, puisqu&#8217;on ne peut faire r\u00e9gresser les                   dommages d\u00e9j\u00e0 port\u00e9s, d&#8217;au moins \u00e9viter d&#8217;en causer davantage.<\/p>\n<p>Une lumi\u00e8re blanche mais filtr\u00e9e, purg\u00e9e des rayons ultraviolets                   et d&#8217;au plus 50 lux (unit\u00e9 de mesure de l&#8217;\u00e9clairage, tr\u00e8s faible                   dans ce cas-ci) serait n\u00e9cessaire si l&#8217;on souhaitait exposer                   le livre, ouvert sur un support. Dans ce cas, on devrait en                   tourner les pages tous les jours, afin de r\u00e9duire l&#8217;exposition \u00e0 la                   lumi\u00e8re et la d\u00e9coloration subs\u00e9quente des pages. Rang\u00e9 dans                   une biblioth\u00e8que, on trouvera au livre un coin sombre, afin                   d&#8217;\u00e9viter de d\u00e9colorer la tranche. On doit \u00e9viter les contacts                   des mains nues avec le vieux papier : les huiles retrouv\u00e9es                   sur la peau salissent et d\u00e9gradent le papier, comme certaines                   encres. On utilisera, au besoin, des gants de coton : un proc\u00e9d\u00e9 habituel                   dans les institutions mus\u00e9ologiques. La chaleur et l&#8217;humidit\u00e9 doivent \u00eatre                   soigneusement contr\u00f4l\u00e9es : un taux d&#8217;humidit\u00e9 oscillant entre                   30 et 50 % assorti \u00e0 la temp\u00e9rature la plus basse possible                   (vers 21\u00b0 C). Dans un milieu trop humide, le livre moisira;                   dans un milieu trop sec, la colle s\u00e9chera et les pages tomberont.                   Les mus\u00e9es, bien s\u00fbr, offrent des environnements parfaitement                   contr\u00f4l\u00e9s aux objets qu&#8217;ils abritent, gr\u00e2ce \u00e0 des instruments                   de mesure sp\u00e9cialis\u00e9s et tr\u00e8s pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Dans les mus\u00e9es, les objets expos\u00e9s ayant un historique sont                   accompagn\u00e9s d&#8217;une &#8220;vignette&#8221;. Si le Livre de pri\u00e8res du soldat \u00e9tait                   pr\u00e9sent\u00e9 dans l&#8217;une de ces institutions, sa vignette contiendrait                   ces \u00e9l\u00e9ments :<\/p>\n<p>&#8220;Livre de pri\u00e8res du soldat<\/p>\n<p>Possession originelle du soldat Wilfrid Vall\u00e9e (1897-1978)<\/p>\n<p>12 X 8.5 X 0.8 cm<\/p>\n<p>Brun et olive<\/p>\n<p>Encre et papier, colle, et tissu sur carton rigide, 88 pages<\/p>\n<p>Imprim\u00e9 en 1918 par J.A.K. Laflamme, \u00e0 Qu\u00e9bec<\/p>\n<p>Collection priv\u00e9e de C\u00e9cile Vall\u00e9e&#8221;<\/p>\n<p>On retrouverait \u00e9galement un panneau contenant des informations                   semblables \u00e0 celles-ci, et qui r\u00e9sument notre enqu\u00eate :<\/p>\n<p>&#8220;Possession originelle du soldat Wilfrid Vall\u00e9e (1897-1978),                   le Livre de pri\u00e8res du soldat lui fut fourni gratuitement par                   les C.A.H. (&#8220;Huttes catholiques de l&#8217;Arm\u00e9e&#8221;), filiale et oeuvre                   de guerre des Chevaliers de Colomb. \u00c9crit ou assembl\u00e9 \u00e0 la                   fin de 1914 \u00e0 Saint-Jean (Canada) par l&#8217;abb\u00e9 Philippe-Henri                   Duperron Casgrain, premier aum\u00f4nier du Royal 22e R\u00e9giment,                   les textes furent ensuite imprim\u00e9s \u00e0 Qu\u00e9bec par J.A.K. Laflamme                   au tout d\u00e9but de 1918, puis envoy\u00e9 aux soldats canadiens-fran\u00e7ais                   catholiques envoy\u00e9s en Europe. Outil de culte, il permit \u00e0 ces                   derniers, outre de vivre leur religion dans leur propre langue,                   de conserver le moral, le courage et l&#8217;espoir, dans les conditions \u00e9pouvantables                   engendr\u00e9es par la guerre des tranch\u00e9es, durant la Premi\u00e8re                   Guerre mondiale (1914-1918).&#8221;<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Le Livre de pri\u00e8res du soldat n&#8217;est qu&#8217;un seul des millions                   d&#8217;objets ayant une valeur historique potentielle, mais il illustre                   bien la petite d\u00e9marche sugg\u00e9r\u00e9e dans cet article. Bien s\u00fbr,                   un livre offre une certaine facilit\u00e9 d&#8217;\u00e9tude, vu le nombre                   de mots et symboles&#8211;autant d&#8217;indices potentiels&#8211;qu&#8217;il contient.                   Certains objets livreront leurs secrets avec beaucoup plus                   de parcimonie, mais leur valeur en sera augment\u00e9e.<\/p>\n<p>Une vieillerie peut \u00eatre charg\u00e9e de signification, de valeur,                   de force, et \u00eatre finalement bien plus qu&#8217;une babiole. Le Livre                   de pri\u00e8res du soldat nous rappelle que beaucoup de Canadiens                   fran\u00e7ais v\u00e9curent les horreurs de la Premi\u00e8re Guerre mondiale,                   malgr\u00e9 l&#8217;\u00e9loignement du conflit, et le fait que c&#8217;\u00e9tait &#8220;la                   guerre des autres&#8221;. Il nous illustre \u00e9galement l&#8217;un des r\u00f4les                   jou\u00e9s par les Chevaliers de Colomb durant la Premi\u00e8re Guerre                   mondiale. \u00c0 une \u00e9chelle moindre, c&#8217;est peut-\u00eatre dans ce livre                   que mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re trouva la force de survivre aux                   tranch\u00e9es et \u00e0 l&#8217;\u00e9clat d&#8217;obus qui l&#8217;a accompagn\u00e9 dans la tombe,                   soixante ans plus tard.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9tude d&#8217;un objet permet d&#8217;\u00e9tablir des ponts entre les patrimoines                   familial, national et personnel. C&#8217;est un exercice identitaire                   stimulant, une enqu\u00eate historique enrichissante. C&#8217;est \u00e9galement, \u00e0 une                   toute petite \u00e9chelle, l&#8217;un des aspects du travail des arch\u00e9ologues                   et des historiens professionnels. Pour ceux-ci, chacune de                   ces trouvailles est potentiellement l&#8217;\u00e9l\u00e9ment qui bouleversera                   une th\u00e9orie \u00e9tablie ou en confirmera une nouvelle. Il est donc                   primordial de faire conna\u00eetre l&#8217;existence, \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique,                   des objets pouvant faire avancer les connaissances d&#8217;un peuple                   sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>En conclusion, \u00e0 la valeur familiale d&#8217;un vieil objet est                   jumel\u00e9e une valeur patrimoniale \u00e0 bien plus grande \u00e9chelle,                   et en ce sens, l&#8217;objet est un bien collectif. En cons\u00e9quence                   de quoi, sa possession est un droit accompagn\u00e9 du devoir d&#8217;en                   prendre soin et de le mettre en valeur. Ce devoir se transformera                   m\u00eame, chez plusieurs, en passion, d&#8217;autant plus que le commerce                   par Internet permet d\u00e9sormais l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 encore plus de vari\u00e9t\u00e9s                   d&#8217;antiquit\u00e9s. Ceux qui ach\u00e8teront ces objets et sauront les                   mettre en valeur au profit de tous auront la cote!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plusieurs soldats des guerres pass\u00e9es ont conserv\u00e9 des souvenirs de leur passage sous les drapeaux, des objets t\u00e9moignant de leurs triomphes et de leur survie. On retrouve parmi eux des m\u00e9dailles, des photographies, des armes et d&#8217;autres pi\u00e8ces d&#8217;\u00e9quipement, par exemple. 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