{"id":2185,"date":"2013-07-12T12:00:19","date_gmt":"2013-07-12T16:00:19","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=2185"},"modified":"2013-10-31T10:15:31","modified_gmt":"2013-10-31T14:15:31","slug":"dommages-collateraux-les-familles-dans-le-sillage-de-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2013\/07\/dommages-collateraux-les-familles-dans-le-sillage-de-la-guerre\/","title":{"rendered":"Dommages Collat\u00e9raux : Les familles dans le sillage de la guerre"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2234\" alt=\"[ILLUSTRATION : OWEN FREEMAN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD1.jpg\" width=\"515\" height=\"154\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD1.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD1-300x89.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : OWEN FREEMAN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>C\u2019est la premi\u00e8re fois de la fin de semaine que le sergent \u00e0 la retraite Ted Peacock sourit, et c\u2019est un sourire factice qui ne touche pas ses yeux.<\/strong><\/p>\n<p>Sa famille s\u2019est rassembl\u00e9e pour une photo, et il y a obligation de se composer un visage heureux. Son fils, Callum, a une expression comme la sienne : trop vieux chez un gar\u00e7on de 10 ans. La m\u00e8re, Angelle, a un sourire p\u00e2le. Il n\u2019y a que le visage de Dominic, huit ans, qui s\u2019\u00e9panouit. La famille Peacock illustre la permanence de l\u2019amour, mais pas besoin de la connaitre depuis longtemps pour s\u2019apercevoir que la joie ne dure qu\u2019un instant, que l\u2019espoir est une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Quelques clich\u00e9s plus tard, le vrai portrait de la famille apparait : Ted s\u2019est d\u00e9tach\u00e9. Callum demande de partir, r\u00e9p\u00e9tant sans cesse sa demande comme font les gamins. Mais cette tactique ne fonctionne pas avec Ted qui a un trouble de stress post-traumatique (TSPT) et qui se retire quand il se sent d\u00e9pass\u00e9, comme maintenant. Il erre dans les replis de son esprit. Ce ne sera pas long non plus avant qu\u2019il se replie physiquement, \u00e0 sa pi\u00e8ce au-dessus du garage. Ses doigts sont agit\u00e9s : signe infaillible qu\u2019il en a assez. Callum se retire aussi quand il s\u2019en aper\u00e7oit.<\/p>\n<p>Les clich\u00e9s montrent Angelle en train de rengager tout le monde. Elle fait bonne figure si souvent que c\u2019en est devenu son expression habituelle. Dominic la regarde pour savoir comment r\u00e9agir, ce qu\u2019il a peut-\u00eatre fait toute sa vie. Il a probablement adopt\u00e9 une d\u00e9marche circonspecte avant m\u00eame de faire ses premiers pas.<\/p>\n<p>Le foyer des Peacock, une jolie maison entour\u00e9e d\u2019une v\u00e9randa et d\u2019une cl\u00f4ture blanche et au milieu d\u2019un bosquet, est \u00e0 une demi-heure de voiture au nord de Morinville, en Alberta. En cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi hivernale, on n\u2019entend que le meuglement du b\u00e9tail. Dans ce cadre paisible, une famille ordinaire se bat au jour le jour avec un ennemi infatigable qui a bless\u00e9 tous ses membres.<\/p>\n<p>Les terres sont \u00e0 parts \u00e9gales un investissement dans l\u2019avenir de la famille Peacock et la sant\u00e9 de Ted, sergent \u00e0 la retraite du 1er R\u00e9giment du g\u00e9nie de combat, de son \u00e9pouse Angelle, enseignante, et de leurs fils. Ted fonctionne le mieux dans un cadre paisible. La compensation d\u2019invalidit\u00e9 qu\u2019il a re\u00e7ue pour son TSPT lui a permis d\u2019acheter cet endroit paisible. Ted, ancien guerrier qui ne croit pas qu\u2019il gu\u00e9rira suffisamment un jour pour gagner sa vie, a 42 ans. \u00ab Cette vie, c\u2019est [&#8230;] \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que je peux supporter. Rien qu\u2019avec ma famille de quatre personnes, je me sens d\u00e9contenanc\u00e9 pratiquement tous les jours. \u00bb<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas du tout comme \u00e7a autrefois. \u00ab On allait danser \u00bb, dit Angelle, et elle nous montre une photographie de son mariage : beau soldat, jolie femme, pr\u00e9voyant un avenir sans nuages. Ils se sont rencontr\u00e9s avant sa deuxi\u00e8me affectation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en Croatie, en 1994. Ils se sont mari\u00e9s le 20 juillet 1996. Angelle \u00e9tait enceinte de sept mois quand il est revenu de sa troisi\u00e8me affectation, en Bosnie en 2002. \u00ab Tout le monde me disait que Ted avait vraiment chang\u00e9, dit Angelle. Il \u00e9tait devenu plus silencieux et r\u00e9serv\u00e9. Il buvait davantage. \u00bb Mais il a pris un cong\u00e9 parental apr\u00e8s la naissance de Callum, et ils ont nou\u00e9 un lien tr\u00e8s \u00e9troit. Dominic est n\u00e9 avant que Ted ne revienne de sa premi\u00e8re affectation en Afghanistan, en 2005. Il \u00e9tait devenu distant, crisp\u00e9. \u00ab J\u2019en suis venue au point o\u00f9 je me disais que j\u2019\u00e9tais pr\u00eate \u00e0 le quitter. Alors nous sommes all\u00e9s en th\u00e9rapie, et \u00e7a a aid\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Tout a chang\u00e9 apr\u00e8s l\u2019affectation suivante.<\/p>\n<p>Ted avait demand\u00e9 un cong\u00e9 apr\u00e8s sa deuxi\u00e8me affectation en Afghanistan en 2007, mais il a plut\u00f4t obtenu une promotion et son cong\u00e9 a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9. Il a alors subi son premier effondrement li\u00e9 au TSPT. \u00ab J\u2019ai dit [&#8230;] que je sentais que j\u2019allais faire mal \u00e0 quelqu\u2019un; qu\u2019il y avait quelque chose qui n\u2019allait pas chez moi. \u00bb On lui a donn\u00e9 des pilules pour dormir et une journ\u00e9e de cong\u00e9. \u00ab Je suis rentr\u00e9 chez moi, je me suis saoul\u00e9 et je me suis effondr\u00e9. \u00bb Enrag\u00e9, il a d\u00e9truit le garage qui lui tenait lieu de refuge.<\/p>\n<p>Angelle a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de Ted : \u00ab Que dois-je faire? Que dois-je faire? \u00bb Et la personne \u00e0 l\u2019autre bout du fil lui a demand\u00e9 : \u00ab Pourquoi est-ce que vous m\u2019appelez? \u00bb Le lendemain, Angelle est devenue guerri\u00e8re elle aussi. \u00ab Je me suis battue parce que Teddy n\u2019avait pas la parole. \u00bb Elle a accompagn\u00e9\u00a0 Ted \u00e0 la base et les batailles ont commenc\u00e9. \u00ab Je refusais de consulter un travailleur social. Je refusais de partir tant que je n\u2019avais pas vu un psychologue. \u00bb Quelqu\u2019un des services de sant\u00e9 mentale a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9, qui a dit que Ted ne pouvait pas encore souffrir de TSPT parce que c\u2019\u00e9tait trop t\u00f4t. \u00ab J\u2019ai dit, \u201cVraiment? Alors dites-moi ce que c\u2019est.\u201d \u00bb On a dit \u00e0 Angelle que Ted avait re\u00e7u un diagnostic de trouble d\u2019adaptation et de trouble d\u00e9pressif majeur apr\u00e8s sa premi\u00e8re affectation en Afghanistan. \u00ab Vraiment? \u00bb Angelle se moque et fait remarquer que Ted a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 l\u00e0-bas de nouveau, sans traitement, peu apr\u00e8s ce diagnostic. Angelle, qui respectait beaucoup les hauts grad\u00e9s auparavant, est sortie de ses gonds quand cette m\u00eame personne peu serviable s\u2019est mise \u00e0 lui faire la le\u00e7on. \u00ab Quand cet homme a ouvert sa gueule [&#8230;] je me suis f\u00e2ch\u00e9e, j\u2019ai attrap\u00e9 Teddy et je l\u2019ai emmen\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les d\u00e9buts conflictuels, Ted et Angelle chantent les louanges du soutien et de l\u2019encouragement que Ted a re\u00e7us des Forces arm\u00e9es canadiennes, surtout de son sergent-major r\u00e9gimentaire. On a vite diagnostiqu\u00e9 un TSPT \u00e0 Ted et il a obtenu une th\u00e9rapie et des m\u00e9dicaments. Il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 pour raison m\u00e9dicale apr\u00e8s 20 ans de service, ce qui lui a donn\u00e9 droit \u00e0 une pension militaire enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Angelle \u00e9levait deux petits enfants pendant que son \u00e9poux luttait avec ses d\u00e9mons. \u00ab C\u2019est comme si j\u2019avais trois gamins \u00bb, dit-elle. Aux premiers jours, elle devait lui rappeler de manger, de se doucher, de prendre ses m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Elle devait vivre avec ses sympt\u00f4mes. Il passait \u00e0 tra-vers les fen\u00eatres pendant la nuit pour aller se battre avec des ennemis fant\u00f4mes dans la cour. Il cherchait des fils de d\u00e9tente pendant qu\u2019il tondait le gazon. Il donnait des coups pendant son sommeil. Il est parti de la chambre, d\u2019abord en bas, finalement au garage. \u00ab Il me disait qu\u2019il ne se faisait pas confiance dans la maison avec moi \u00bb, dit Angelle. Il m\u2019\u00e9crivait des notes disant qu\u2019il allait se faire mal. \u00ab Je ne savais jamais \u00e0 quoi m\u2019attendre en rentrant \u00e0 la maison. \u00bb Sa voix se serre. \u00ab J\u2019obligeais les enfants \u00e0 rester dans la fourgonnette pendant que je rentrais [&#8230;]. \u00bb Des larmes noient ses yeux et elle d\u00e9glutit. \u00ab \u00c7a laisse un gout dans la gorge, dans la bouche.\u00a0\u00bb Il n\u2019y a pas que les soldats qui ont des flashbacks.<\/p>\n<p>La m\u00e8re d\u2019Angelle et ses amis lui disaient de partir. \u00ab Je leur disais qu\u2019il n\u2019allait pas me faire mal. Je n\u2019avais pas peur pour moi-m\u00eame, parce qu\u2019honn\u00eatement, j\u2019\u00e9tais sa planche de salut. \u00bb Mais elle \u00e9tait certaine que si elle le quittait, Ted finirait par se faire du mal.<\/p>\n<p>Cela n\u2019a pas du tout \u00e9t\u00e9 facile de trouver le bon m\u00e9lange de m\u00e9dicaments pour maitriser ses sympt\u00f4mes. \u00ab Il y a des jours o\u00f9 Ted ne pouvait pas descendre du lit. Il s\u2019enfon\u00e7ait de plus en plus dans les t\u00e9n\u00e8bres. Et j\u2019allais m\u2019enfermer pour pleurer parce que si Teddy m\u2019avait vue, il l\u2019aurait pris comme un affront. Je n\u2019avais pas le droit d\u2019\u00eatre en col\u00e8re, d\u2019\u00eatre triste; je devais \u00eatre heureuse tout le temps. \u00bb<\/p>\n<p>Les m\u00e9dicaments de Ted ont fini par \u00eatre ajust\u00e9s au Homewood Health Centre, \u00e0 Guelph, en Ontario.<\/p>\n<p>Sa famille pr\u00e9sente des sympt\u00f4mes semblables aux siens. Ils sont hypervigilants, surtout conscients des humeurs les uns des autres et des situations qui pourraient d\u00e9clencher les sympt\u00f4mes de Ted. Callum, parti-culi\u00e8rement, a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9, accabl\u00e9 par le d\u00e9m\u00e9nagement, le changement d\u2019\u00e9cole, le TSPT de Ted, le d\u00e9c\u00e8s d\u2019une grand-m\u00e8re. Ted et Callum \u00e9taient tr\u00e8s proches, mais maintenant, Ted n\u2019est plus aussi enjou\u00e9 ou r\u00e9ceptif qu\u2019avant. Il dort beaucoup, disparait dans son grenier. \u00ab Je vois quelqu\u2019un qui se retire de tout, exactement ce que Ted a fait. Et il est d\u00e9prim\u00e9 \u00bb, dit Angelle. Il s\u2019isole, se livre \u00e0 des jeux en ligne : sujet d\u00e9licat pour ses parents.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2239\" alt=\"[ILLUSTRATION : OWEN FREEMAN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD2.jpg\" width=\"515\" height=\"155\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD2.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD2-300x90.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : OWEN FREEMAN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le TPST et les m\u00e9dicaments ont rendu Ted distant \u00e9motivement. Il est irascible et il s\u2019\u00e9loigne tout simplement quand il est froiss\u00e9. Lorsque Ted se retire, Callum pousse. Angelle est le joint d\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 entre ces deux pi\u00e8ces qui fonctionnent \u00e0 chaud. Elle prend des antid\u00e9presseurs depuis plus de trois ans. \u00ab Je ne peux pas me d\u00e9tendre. Je pense que c\u2019est parce que je suis toujours inqui\u00e8te des r\u00e9actions de Ted. \u00bb<\/p>\n<p>Ted conduit sa famille aux parties de hockey des enfants un samedi. Il est agit\u00e9 quand ils arrivent, alors Angelle lui sugg\u00e8re d\u2019aller chercher du caf\u00e9. De gros caf\u00e9s, avec plein de cr\u00e8me et de sucre, et un th\u00e9. Angelle envoie la commande par message texte, car elle sait que Ted ne s\u2019en souviendra pas au bout de la marche de deux p\u00e2t\u00e9s jusqu\u2019au Tim Hortons. Elle lui sourit quand il revient, s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il est encore d\u00e9contenanc\u00e9, et l\u2019envoie faire une autre emplette afin qu\u2019il puisse \u00e9viter le bavardage des autres parents.<\/p>\n<p>Angelle le surveille du coin de l\u2019\u0153il tout en frayant avec les autres, pr\u00eate l\u2019oreille quand il parle aux gar\u00e7ons. Elle prend note du moment o\u00f9 il sort fumer quand il se sent d\u00e9pass\u00e9. Ted est un spot omnipr\u00e9sent sur le radar d\u2019Angelle.<\/p>\n<p>Quand le parcours du TSPT a commenc\u00e9 pour Angelle, elle faisait partie de la foule de conjoints militaires qui ne savent pas ce qui leur est offert pour s\u2019occuper de quelqu\u2019un qui a un TSPT, ou qui n\u2019arrivent pas \u00e0 trouver le bon type d\u2019aide, ou suffisamment. Il a fallu beaucoup de temps pour mettre sur pied les services destin\u00e9s aux gens qui ont un TSPT militaire, et l\u2019aide aux familles a encore plus tard\u00e9. Ces services vont-ils continuer \u00e0 prendre de l\u2019ampleur maintenant que les Forces et Anciens Combattants Canada (ACC) sont en train de r\u00e9duire les budgets? Survivront-ils m\u00eame?<\/p>\n<p>Il est ind\u00e9niable qu\u2019au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, les Forces arm\u00e9es canadiennes ont am\u00e9lior\u00e9 les services aux familles. Mais les bonnes intentions ne peuvent pas affronter les probl\u00e8mes inh\u00e9rents, notamment le fait que plus de 80 p. 100 des familles militaires n\u2019habitent pas dans une base militaire. \u00ab Une de nos principales difficult\u00e9s, c\u2019est de faire connaitre nos services actuels aux familles \u00bb, dit le colonel Russell Mann, directeur des services aux familles des militaires. Le counselling en cas de crise ou \u00e0 court terme est offert aux familles dans le cadre du Programme d\u2019aide aux membres des Forces, et on peut aussi l\u2019organiser au moyen de la ligne d\u2019information pour les familles.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019imagine qu\u2019il y a du soutien quelque part, dit Kathryn Linford de Victoria. \u00ab Je ne me suis simplement jamais [&#8230;] renseign\u00e9e. \u00bb Mari\u00e9e en 1986, elle a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 une dizaine de fois \u00e0 mesure que son mari, Chris, montait en grade. Il s\u2019est battu deux fois avec le TSPT, d\u2019abord dans les ann\u00e9es 1990, et puis la reprise en 2012 a mis fin \u00e0 sa carri\u00e8re. \u00ab Je sais que l\u2019arm\u00e9e n\u2019arr\u00eate pas de dire que le soutien existe, mais je ne sais tout simplement pas o\u00f9 en trouver. \u00bb Chris, venant d\u2019Edmonton, a \u00e9t\u00e9 post\u00e9 \u00e0 Victoria en 2010. \u00ab La premi\u00e8re ann\u00e9e ici, c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer \u00bb, dit Kathryn. Chris suivait une th\u00e9rapie et son enfant qui \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 Edmonton pour aller \u00e0 l\u2019universit\u00e9 lui manquait. Kathryn n\u2019est pas all\u00e9e au Centre de ressources pour les familles des militaires d\u2019Esquimalt parce qu\u2019elle croyait que ses programmes concernaient les jeunes enfants. Elle ne savait rien du Soutien social aux victimes de blessures de stress op\u00e9rationnel (SSVBSO) qui est au service des conjoints des anciens combattants.<\/p>\n<p>L\u2019ombudsman militaire, Pierre Daigle, a mis en doute, dans un rapport de 2012, l\u2019efficacit\u00e9 de ce soutien pour les familles affrontant les blessures de stress op\u00e9rationnel. Il a r\u00e9primand\u00e9 l\u2019arm\u00e9e de ne pas avoir communiqu\u00e9 directement avec les familles, et de ne pas communiquer suffisamment de renseignements aux centres de ressources pour les familles des militaires, principale voie d\u2019information pour les familles.<\/p>\n<p>Les centres de ressources pour les familles des militaires, qui sont financ\u00e9s en partie par les Forces et situ\u00e9s dans les bases, sont le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9volution du r\u00e9seau de soutien social populaire d\u2019autrefois, et ils offrent des services de counselling et d\u2019orientation. Ils fournissent un appui sp\u00e9cialis\u00e9 aux familles qui se battent avec le TSPT, notamment la vid\u00e9o p\u00e9dagogique Le pouvoir de l\u2019esprit et des programmes de groupe pour les jeunes. Mais leurs services ne sont pas encore solides, dit Greg Lubimiv, directeur administratif du Centre Phoenix pour les enfants et les familles de Pembroke, en Ontario, \u00e0 20 minutes de voiture de la BFC Petawawa. Les services ne sont pas normalis\u00e9s d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays, et certains n\u2019ont qu\u2019un seul travailleur social sans appui m\u00e9dical. Il y a aussi des familles qui ont peur du stigmate et qui pr\u00e9f\u00e8rent les services de sant\u00e9 mentale civils.<\/p>\n<p>Avant 2006, il n\u2019y avait qu\u2019une dizaine de familles militaires parmi les 1 000 cas dont s\u2019occupait le Centre Phoenix. Mais il n\u2019en est plus de m\u00eame depuis que les soldats canadiens ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 de Kaboul \u00e0 Kandahar, en novembre 2005, o\u00f9 leur mission de moderniser les forces militaires et polici\u00e8res afghanes et de d\u00e9busquer les talibans \u00e9tait bien plus dangereuse. \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2006, huit soldats canadiens ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, soit plus que pendant les quatre ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Le nombre de morts au combat s\u2019est \u00e9lev\u00e9 \u00e0 32 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e et celui des bless\u00e9s, \u00e0 180.<\/p>\n<p>Le Centre Phoenix avait soudainement 100 familles militaires, et entre 15 et 20 inscrites sur une liste d\u2019attente. \u00ab C\u2019\u00e9tait un probl\u00e8me sp\u00e9cial, on avait besoin de fonds \u00bb, dit Lubimiv. Mais la province a dit que c\u2019\u00e9tait le probl\u00e8me du minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale, et ce dernier a dit que la province \u00e9tait responsable des soins de sant\u00e9 des familles militaires. L\u2019ombudsman provincial a d\u00fb d\u00e9m\u00ealer la dispute d\u2019attributions. En fin de compte, les gouvernements provincial et f\u00e9d\u00e9ral ont partag\u00e9 le financement.<\/p>\n<p>L\u2019an dernier, l\u2019arm\u00e9e a mis un terme \u00e0 ce financement afin de pouvoir accroitre les services dans les bases, et la province a fait de m\u00eame, croyant que les familles militaires s\u2019y rendraient pour obtenir de l\u2019aide. Le Centre Phoenix a donc perdu les fonds qu\u2019il lui faut pour servir les familles militaires, mais il n\u2019a pas perdu ses familles militaires. De nouveaux clients militaires se sont joints \u00e0 la queue des services financ\u00e9s par les deniers publics, et ils doivent attendre jusqu\u2019\u00e0 six mois avant d\u2019obtenir de l\u2019aide.<\/p>\n<p>Une grande partie des services de soutien aux familles militaires, notamment les soins m\u00e9dicaux et l\u2019\u00e9ducation, sont fournis par les provinces, et non par les minist\u00e8res f\u00e9d\u00e9raux. \u00ab En cons\u00e9quence, les solutions [&#8230;] sont rarement simples \u00bb, disait l\u2019ombudsman dans son rapport de 2012. Bien que l\u2019arm\u00e9e mette au point ses programmes pour les familles, il y a des r\u00e9ductions de personnel et des r\u00e9organisations de l\u2019administration du soutien aux familles \u00e0 un moment o\u00f9 on a besoin de stabilit\u00e9 et de concentration pour s\u2019occuper des retomb\u00e9es de la mission de combat en Afghanistan. On estime \u00e0 10 000 le nombre de personnes qui auront des probl\u00e8mes mentaux et \u00e0 3 000 le nombre de cas de TSPT graves qui feront surface au cours des prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Les familles aux prises avec le TSPT, ext\u00e9nu\u00e9es \u00e0 cause des crises de tous les jours, n\u2019ont pas l\u2019\u00e9nergie qu\u2019il faut pour chercher des services, ni la patience pour la pape-rasse. \u00ab Ils vous donnent une chance \u00bb, dit la travailleuse sociale Helena Gillespie, coordonnatrice de la liaison avec les familles \u00e0 l\u2019Unit\u00e9 interarm\u00e9es de soutien au personnel, \u00e0 la base d\u2019Edmonton. S\u2019ils sont envoy\u00e9s \u00e0 quelqu\u2019un qui ne comprend pas la culture militaire, s\u2019ils sont mal avis\u00e9s ou si on leur donne le mauvais num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone, ou bien s\u2019ils appellent et qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9ponse, ils disparaissent.<\/p>\n<p>Les familles seraient mieux servies, dit Gillespie, si elles prenaient part au programme de soins du militaire d\u00e8s le d\u00e9but, et si l\u2019on reconnaissait que les familles affect\u00e9es par les TSO ont besoin de plus que les services de base. \u00ab Il leur faut leur propre soutien m\u00e9dical. \u00bb Et il faudrait les soigner en m\u00eame temps que le militaire.<\/p>\n<p>Bien que les Canadiens aient tous acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9 de leur province, le syst\u00e8me de soins des Forces a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour les militaires. On s\u2019est lentement aper\u00e7u que les familles militaires ont des besoins particuliers elles aussi qui sont reli\u00e9es au service militaire, des besoins que le syst\u00e8me civil ne peut pas satisfaire. Comme la mani\u00e8re de s\u2019occuper du TSPT dans la culture militaire, o\u00f9 l\u2019autonomie et l\u2019endurance malgr\u00e9 la douleur et les difficult\u00e9s sont des vertus, m\u00eame dans la famille.<\/p>\n<p>Pendant que Ted s\u2019effondrait, Angelle endurait, elle assumait malgr\u00e9 tout son comportement bizarre et effrayant, coordonnait ses besoins m\u00e9dicaux et ses rendez-vous, jonglait avec son emploi et l\u2019\u00e9ducation de leurs deux gar\u00e7ons. Elle devait remplir une montagne de formulaires, chacun comportant des acronymes qu\u2019elle ne comprenait pas, et tous ayant une date butoir. Ted ne pouvait pas s\u2019en occuper. Elle ne pouvait pas compter sur les services \u00e0 la base parce qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient offerts que pendant les heures o\u00f9 elle \u00e9tait au travail, et il y avait une heure d\u2019autoroute \u00e0 parcourir pour se rendre \u00e0 la base. Les uniformes militaires aussi \u00e9taient des d\u00e9clencheurs pour Ted.<\/p>\n<p>Les choses n\u2019allaient pas beaucoup mieux apr\u00e8s que Ted a prit sa retraite, quand les Peacock ont commenc\u00e9 \u00e0 traiter avec Anciens Combattants Canada.<\/p>\n<p>La nouvelle Charte des anciens combattants, qui est entr\u00e9e en vigueur en 2006, donne \u00e0 ACC une plus grande marge de man\u0153uvre en ce qui a trait \u00e0 la prestation des services aux membres des familles, dit Anne-Marie Pellerin, directrice de la gestion des cas, de la r\u00e9adaptation et des services de sant\u00e9 mentale. Les conjoints peuvent tirer parti de la nouvelle formation si l\u2019ancien combattant ne le peut pas, et le counselling leur est offert par l\u2019entremise du Service d\u2019aide d\u2019ACC. Les services des cliniques pour blessures de stress op\u00e9rationnel sont aussi \u00e0 la disposition des familles quand les probl\u00e8mes mentaux sont li\u00e9s aux maladies des anciens combattants ou font partie des plans de traitement. Si l\u2019ancien combattant a choisi le R\u00e9gime de soins de sant\u00e9 de la fonction publique quand il a quitt\u00e9 l\u2019uniforme, des programmes d\u2019avantages exhaustifs couvrent une partie du cout des traitements de la famille. Les familles des anciens combattants peuvent aussi tirer parti du r\u00e9seau de soutien par les pairs du programme de SSVBSO.<\/p>\n<p>Mais les familles des anciens combattants ignorent souvent l\u2019aide qui leur est offerte, surtout si l\u2019ancien combattant n\u2019a pas fait de demande d\u2019avantages aupr\u00e8s d\u2019ACC.<\/p>\n<p>En 2011, l\u2019ombudsman des v\u00e9t\u00e9rans, Guy Parent, a re\u00e7u 600 appels concernant les probl\u00e8mes des familles. \u00ab Les familles appellent souvent en situation de crise : elles ont un besoin d\u2019aide urgent et elles ne savent pas vers qui se tourner, disait-on dans un rapport en 2013. Durant la p\u00e9-riode de transition de la vie militaire \u00e0 la vie civile, c\u2019est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 les services de soutien sont les plus n\u00e9cessaires, la famille de membres des Forces canadiennes bless\u00e9s ou malades ne devrait pas avoir \u00e0 subir la r\u00e9duction ou l\u2019\u00e9limination de services. \u00bb ACC est en train de fermer huit bureaux de district, dans le cadre des compressions budg\u00e9taires du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, et de supprimer 800 postes, presque 20 p. 100 des 4 153 fonctionnaires qu\u2019il avait en mars 2009. \u00c0 ce moment-l\u00e0, il comptait 219 150 clients. Il en avait 211 675 \u00e0 la fin de 2012. Le minist\u00e8re dit que les r\u00e9ductions n\u2019affecteront pas le service, car sa client\u00e8le diminue \u00e0 mesure que les v\u00e9t\u00e9rans de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Cor\u00e9e s\u2019\u00e9teignent. Mais les critiques argumentent que la complexit\u00e9 des cas des anciens combattants modernes suppl\u00e9e \u00e0 cette perte, et les r\u00e9ductions contribuent \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration du service.<\/p>\n<p>\u00ab Anciens Combattants Canada manque beaucoup de puissance, dit Angelle. Il y a trois ou quatre travailleurs sociaux qui ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de notre cas. \u00bb Chaque fois qu\u2019il y a un changement, Ted doit r\u00e9expliquer son dossier, et il en est troubl\u00e9, alors Angelle doit dire au nouveau charg\u00e9 de cas de l\u2019appeler, elle, plut\u00f4t que Ted. \u00ab Il faudrait peut-\u00eatre lire le dossier avant d\u2019appeler \u00bb, dit Angelle.<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019un c\u00f4t\u00e9, j\u2019aimerais dire qu\u2019ils font un travail excellent, dit Angelle, et d\u2019un autre, je dirais que c\u2019est comme une compagnie d\u2019assurance qui va vous ponctionner tant qu\u2019elle peut. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2240\" alt=\"[ILLUSTRATION : OWEN FREEMAN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD3.jpg\" width=\"515\" height=\"155\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD3.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/PTSD3-300x90.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : OWEN FREEMAN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Anciens Combattants Canada d\u00e9cide des allocations selon la gravit\u00e9 de l\u2019invalidit\u00e9 et de la mesure dans laquelle elle a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par le service militaire. L\u2019invalidit\u00e9 de Ted a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e \u00e0 36 p. 100. \u00ab D\u2019apr\u00e8s moi, quand on est bless\u00e9 \u00e0 36 p. 100, on peut encore fonctionner dans la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb Il ne s\u2019agirait pas de quelqu\u2019un qui ne peut pas occuper un emploi ni prendre part au m\u00e9nage. Angelle a fait appel de l\u2019\u00e9valuation et a fini devant le Tribunal des Anciens combattants (r\u00e9vision et appel). \u00ab C\u2019\u00e9tait horrible. Trois \u00e9trangers s\u2019assoient devant vous pour vous juger. Et ils vous donnent ce qui, d\u2019apr\u00e8s eux, est une compensation raisonnable selon la perception qu\u2019ils ont de votre vie apr\u00e8s une heure ou deux pass\u00e9es avec vous. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019invalidit\u00e9 de Ted a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9e \u00e0 73 p. 100. Les avantages d\u2019ACC auxquels il a eu droit comprennent le paiement forfaitaire pour invalidit\u00e9 et l\u2019entretien du m\u00e9nage et du terrain du Programme d\u2019autonomie des anciens combattants. Il n\u2019a pas profit\u00e9 des services de transition de carri\u00e8re, ne croyant pas qu\u2019il puisse un jour occuper un autre emploi. Les revenus de la famille sont moins \u00e9lev\u00e9s, mais Ted dit qu\u2019Angelle m\u00e8ne une carri\u00e8re de professionnelle et qu\u2019il a droit \u00e0 une pleine pension.<\/p>\n<p>L\u2019argent risque d\u2019\u00eatre plus probl\u00e9matique pour le caporal-chef Jake Wilkinson de l\u2019escadron des transmissions du quartier g\u00e9n\u00e9ral du 1er Groupe-brigade m\u00e9canis\u00e9 du Canada. Jake pourrait \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 pour raison m\u00e9dicale avant d\u2019avoir droit, dans quatre ans, \u00e0 une pleine pension militaire, et son \u00e9pouse, Sherrie, n\u2019a pas un emploi bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. S\u2019il est lib\u00e9r\u00e9, il veut profiter de la formation de carri\u00e8re en vertu de la nouvelle Charte des anciens combattants.<\/p>\n<p>Les Wilkinson habitent \u00e0 quelque 15 minutes de la BFC Edmonton, une maison pleine de fouillis, de rires et de bonne humeur. Et d\u2019amour. Beaucoup d\u2019amour. C\u2019est \u00e9vident de par les plaisanteries, les contacts, la mani\u00e8re dont ils terminent les phrases de l\u2019autre, les rires. Jake, Sherrie et leur famille, Connor, 20 ans, Lucas, 14 ans et Ethan, 11 ans, supportent les exp\u00e9riences en TSPT dans l\u2019humour et l\u2019honn\u00eatet\u00e9. Mais ils ne rient pas du manque d\u2019appui. \u00ab Il me d\u00e9plait de dire que les services en sant\u00e9 mentale militaires nous ont fait d\u00e9faut. Comme immens\u00e9ment \u00bb, dit Jake.<\/p>\n<p>Jake a perdu un \u0153il en Afghanistan, en 2008. Apr\u00e8s la gamme\u00a0 de tests et de traitements du d\u00e9but, sa m\u00e9moire a flanch\u00e9, il ne pouvait plus supporter de se trouver dans une foule, il se f\u00e2chait rapidement. Les Forces ont envoy\u00e9 les Wilkinson chez un conseiller matrimonial \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la base. Mais les sympt\u00f4mes n\u2019ont fait que s\u2019aggraver. Jake est devenu suicidaire. Quand, en 2010, il est all\u00e9 passer des tests, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 d\u2019apprendre qu\u2019on lui avait diagnostiqu\u00e9 un TSPT et un trouble d\u00e9pressif majeur en 2008. \u00ab On m\u2019a dit qu\u2019il est pass\u00e9 entre les mailles du filet \u00bb, dit Sherrie.<\/p>\n<p>Leur exp\u00e9rience pour obtenir de l\u2019aide pour Jake n\u2019en est pas une qui inspire la confiance.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis all\u00e9 \u00e0 la clinique de la d\u00e9tresse quatre ou cinq fois \u00bb, dit Jake. On lui promit des appels de suivi. \u00ab Une semaine apr\u00e8s, j\u2019y allais demander pourquoi personne ne m\u2019avait appel\u00e9, et j\u2019apprenais qu\u2019on m\u2019avait oubli\u00e9. Comment peut-on oublier? \u00bb Il a fallu des mois pour que Jake obtienne de l\u2019aide des Forces. En attendant, leur conseiller matrimonial a envoy\u00e9 Jake chez une th\u00e9rapeute \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la base. \u00ab Si je n\u2019\u00e9tais pas all\u00e9 la voir, je n\u2019aurais pas pu endurer ces mois suppl\u00e9mentaires. \u00bb<\/p>\n<p>Jake a fini par obtenir une th\u00e9rapie et des m\u00e9dicaments par l\u2019entremise des Forces. \u00ab Quand je suis retourn\u00e9 travailler, ils ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s obligeants. \u00bb Jake est encore dans les Forces, travaillant \u00e0 temps partiel selon une ordonnance m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Leur fils a\u00een\u00e9 a aussi obtenu des services de th\u00e9rapie \u00e0 court terme dans le cadre du programme d\u2019aide aux militaires. Lorsque Jake s\u2019en allait \u00e0 vau-l\u2019eau, \u00e0 son retour d\u2019Afghanistan, Connor a \u00e9prouv\u00e9 de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, et il est devenu protecteur \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. \u00ab Je restais toujours \u00e0 la maison, je ne sortais jamais. Je ne faisais rien du tout. Il fallait que je m\u2019assure que tout allait bien pour Jake. \u00bb Par la suite, Connor pensait encore \u00e0 Jake, mais il ne se sentait plus oblig\u00e9 de rester \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Sherrie aussi avait besoin d\u2019aide. \u00ab Mais vu le temps d\u2019attente, mes occupations, et d\u2019\u00eatre oblig\u00e9e de tout recommencer avec quelqu\u2019un de nouveau; rien que d\u2019y penser, c\u2019\u00e9tait beaucoup trop. \u00bb\u00a0 Un programme pour enfants dont les parents ont \u00e9t\u00e9 victimes d\u2019un traumatisme a aid\u00e9 les gar\u00e7ons plus jeunes.<\/p>\n<p>Plus de 50 jeunes ont pris part \u00e0 ce programme cr\u00e9\u00e9 au Centre de ressources pour les familles des militaires d\u2019Edmonton par Helena Gillespie et sa s\u0153ur jumelle Jerris Popik, travailleuse sociale sp\u00e9cialiste du soutien aux familles, en collaboration avec la L\u00e9gion royale canadienne et la direction des Services de sant\u00e9 de l\u2019Alberta. Le programme, qui s\u2019appelle maintenant iSTEP (Individual Success Through Empowered Peers (succ\u00e8s individuel gr\u00e2ce \u00e0 des pairs qui se prennent en charge, NDT)), est offert dans des centres d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du pays. Il s\u2019agit d\u2019un\u00a0 endroit o\u00f9 les enfants se sentent \u00e0 l\u2019aise pour parler. Un blogue permet aux enfants plus \u00e2g\u00e9s de poser des questions de mani\u00e8re anonyme.<\/p>\n<p>\u00ab Le programme les aide \u00e0 cr\u00e9er leur propre syst\u00e8me d\u2019appui et \u00e0 acqu\u00e9rir des aptitudes pratiques pour composer avec leurs sentiments et leur stress \u00bb, nous explique Gillespie.<\/p>\n<p>Sherrie Wilkinson dit que c\u2019\u00e9tait un endroit o\u00f9 ses gar\u00e7ons pouvaient parler librement de leurs sentiments. Mais les Wilkinson n\u2019ont toujours pas enti\u00e8rement confiance \u00e0 l\u2019engagement de la D\u00e9fense envers les militaires pour ce qui est des probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale, et encore moins envers les familles. Maintenant que le r\u00f4le de combat du Canada a pris fin, Sherrie a peur que les r\u00e9ductions de service affectent les militaires bless\u00e9s \u00e0 venir. Jake ajoute : \u00ab Et si c\u2019est pas l\u00e0 pour les militaires, c\u2019est pas l\u00e0 non plus pour les conjoints ni pour les enfants. \u00bb<\/p>\n<p>Plusieurs termes ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9s pour d\u00e9crire l\u2019assaut contre la sant\u00e9 mentale des familles : TSPT par personne interpos\u00e9e ou secondaire, \u00e9puisement des soignants ou usure de compassion, syndrome de stress traumatique secondaire. Les membres des familles manifestent les m\u00eames cat\u00e9gories de sympt\u00f4mes \u2013 rem\u00e9moration de l\u2019exp\u00e9rience, \u00e9vitement, \u00e9veil \u2013 que les personnes souffrant d\u2019un TSPT. Ces derni\u00e8res revivent le traumatisme au moyen de flashbacks et de cauchemars. Pour \u00e9viter les d\u00e9clencheurs, elles deviennent distantes \u00e9motivement, et elles sont irascibles et nerveuses. Conscientes des d\u00e9clencheurs, les familles prot\u00e8gent ou assistent la personne souffrante, elles se d\u00e9saffectionnent ou d\u00e9priment, et elles sont facilement pouss\u00e9es \u00e0 la col\u00e8re, au ressentiment et \u00e0 la culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab On peut dire sans avoir peur de se tromper qu\u2019entre 30 et 50 p. 100 des membres des familles exp\u00e9rimen-tent des retomb\u00e9es quand ils habitent avec quelqu\u2019un qui a une maladie mentale grave \u00bb, dit le psychologue clinicien Norman Shields, directeur de la recherche du r\u00e9seau national des traumatismes li\u00e9s au stress op\u00e9rationnel.<\/p>\n<p>La d\u00e9pression est la plus commune des retomb\u00e9es, dit Shields. Les conjoints ont l\u2019impression de ne pas avoir de contr\u00f4le sur les sympt\u00f4mes, et les enfants ont l\u2019impression que le monde \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le. Les th\u00e9rapies et les programmes qui aident les familles \u00e0 se concentrer sur ce qu\u2019elles peuvent contr\u00f4ler sont utiles.<\/p>\n<p>Et puis il y a la col\u00e8re.<\/p>\n<p>La fourgonnette de la famille est au bord de l\u2019autoroute. Ted a les mains sur les oreilles; ses yeux sont ferm\u00e9s. Il ne peut plus supporter de conduire, ni d\u2019entendre les enfants qui s\u2019agitent et Angelle qui veut discuter d\u2019un achat qui, d\u2019apr\u00e8s elle, \u00e9tait malavis\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Arr\u00eatez donc de vous disputer \u00bb, dit Callum.<\/p>\n<p>\u00ab On ne se dispute pas, r\u00e9pond Angelle. Tout va bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce que papa va battre quelqu\u2019un? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. As-tu d\u00e9j\u00e0 vu papa battre quelqu\u2019un? Pourquoi demandes-tu \u00e7a? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne sais pas, r\u00e9pond Callum. Parce qu\u2019il est f\u00e2ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Les enfants savent que la col\u00e8re peut mener \u00e0 la violence : ils l\u2019ont vu assez souvent dans les bandes dessin\u00e9es et les \u00e9missions polici\u00e8res \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, ainsi qu\u2019aux nouvelles et dans la cour d\u2019\u00e9cole. Il y en a qui la voient \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Comment les exc\u00e8s de col\u00e8re de Jake affectent-ils sa famille? Ethan dit d\u2019une voix flut\u00e9e : \u00ab C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 \u00e7a que je sais comment r\u00e9parer les panneaux de rev\u00eatement. \u00bb La famille manie l\u2019humour m\u00eame ici. La visiteuse voudrait-elle voir les trous que Jake a faits \u00e0 coups de poing? Ils rient \u00e0 propos de la mani\u00e8re dont Jake a \u00ab r\u00e9par\u00e9 \u00bb la porte de la salle de bain qui \u00e9tait coinc\u00e9e; il l\u2019a ouverte d\u2019un coup de pied. La porte doit \u00eatre r\u00e9par\u00e9e \u00e0 nouveau : maintenant, on ne peut pas la fermer. Les r\u00e9actions pr\u00e9cipit\u00e9es de Jake affectent la mani\u00e8re dont les enfants jouent. Connor et Jake s\u2019approchaient autrefois doucement l\u2019un de l\u2019autre pour se surprendre. La premi\u00e8re fois que Connor a essay\u00e9 apr\u00e8s le retour de Jake d\u2019Afghanistan, il a \u00ab presque re\u00e7u un coup de poing \u00bb. Bien que Jake n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 violent chez lui, les gar\u00e7ons sont sur leurs gardes \u00e0 cause de ce qui pourrait arriver si Jake avait une r\u00e9action de TSPT pendant qu\u2019ils se bagarrent.<\/p>\n<p>Mais les gamins ne sont pas les seuls que la col\u00e8re d\u00e9range. Caitlyn, \u00e9pouse d\u2019un major \u00e0 la retraite qui se fait encore soigner pour le TSPT, h\u00e9site en choisissant ses mots. \u00ab La col\u00e8re de Philip est tr\u00e8s&#8230; facile&#8230; \u00e0 attiser. J\u2019en avais vraiment peur avant&#8230; et des fois je m\u2019en inqui\u00e8te encore. \u00bb<\/p>\n<p>Son \u00e9poux s\u2019alarme quand il entend cela. \u00ab Ma col\u00e8re est-elle dirig\u00e9e contre toi? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non, dit-elle. Mais des fois \u00e7a en a tout l\u2019air. [&#8230;] C\u2019est juste que je suis dans la zone des retomb\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>Les Forces arm\u00e9es canadiennes ont une politique contre la violence familiale. La police militaire a remarqu\u00e9 des hausses de la violence lorsque des unit\u00e9s sont revenues d\u2019Afghanistan. En 2005 et 2006, 39 militaires ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s de voies de fait sur le conjoint ou une personne \u00e0 charge. Ce chiffre a grimp\u00e9 \u00e0 132 au cours des deux ann\u00e9es qui ont suivi. La violence familiale des militaires est probablement sous-rapport\u00e9e, dit-on au minist\u00e8re f\u00e9d\u00e9ral de la Justice, parce que les victimes sont r\u00e9ticentes ou incapables de divulguer les mauvais traitements; les conjoints militaires demandent d\u2019abord de l\u2019aide \u00e0 la famille et aux amis. Des recherches aux \u00c9tats-Unis indiquent une violence et des agressions accrues dans les familles militaires qui supportent le TSPT, et que la violence augmente en m\u00eame temps que la gravit\u00e9 des sympt\u00f4mes. Dans un groupe d\u2019anciens combattants ayant un TPST, 42 p. 100 ont dit avoir \u00e9t\u00e9 violents physiquement contre leurs partenaires et 92 p. 100 ont admis une agressivit\u00e9 verbale.<\/p>\n<p>Il y a une br\u00e8ve p\u00e9riode de lune de miel apr\u00e8s un retour d\u2019affectation. \u00ab Dieu merci, maman est revenue, papa est revenu, nous voulons la paix \u00bb, dit Lubimiv. Et puis la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019impose. \u00ab C\u2019est difficile pour n\u2019importe quelle famille, mais pour une famille o\u00f9 il y a le TSPT, il peut y avoir des explosions. \u00bb<\/p>\n<p>Jessica, dont nous ne r\u00e9v\u00e9lerons pas le nom v\u00e9ritable, n\u2019a pas eu la lune de miel, mais elle a certainement endur\u00e9 l\u2019explosion. Elle a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 plusieurs fois depuis. L\u2019homme qui est revenu de son affectation n\u2019est pas l\u2019\u00e9poux qui \u00e9tait all\u00e9 en guerre. Il avait un TSPT et une blessure \u00e0 la partie du cerveau li\u00e9e au comportement sexuel, au discernement, \u00e0 la sympathie et \u00e0 l\u2019empathie. On lui avait dit de s\u2019attendre \u00e0 des changements, mais personne ne lui avait indiqu\u00e9 o\u00f9 trouver de l\u2019aide lorsque son conjoint deviendrait violent, refuserait de suivre une th\u00e9rapie, ne prendrait pas ses m\u00e9dicaments et se sao\u00fblerait. \u00ab Je me suis demand\u00e9 : dans quel monde je vis? \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un monde cauchemardesque.<\/p>\n<p>\u00ab De me trouver dans le m\u00eame lit que lui, j\u2019en avais froid dans le dos, parce que je ne savais jamais quand il allait avoir un \u00e9pisode de TSPT \u00bb, dit Jessica, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il risquerait de l\u2019\u00e9trangler. Quand il la tenaillait, elle devait se d\u00e9battre. \u00ab C\u2019est comme si je me battais pour vivre. \u00bb<\/p>\n<p>Et les choses se sont aggrav\u00e9es. Il partait pendant des journ\u00e9es enti\u00e8res, et il r\u00e9agissait violemment si elle lui demandait o\u00f9 il \u00e9tait all\u00e9. Il revenait \u00e0 la maison, au milieu de la nuit, ivre et nu, et Jessica \u00e9tait convaincue qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas all\u00e9 nager. Elle subissait des tests pour d\u00e9tecter des infections transmises sexuellement et les r\u00e9sultats \u00e9taient n\u00e9gatifs. Jessica ne nageait pas en eau trouble, elle marchait dans un champ de mines.<\/p>\n<p>Jessica a fini par r\u00e9pudier son mariage. \u00ab Au d\u00e9but, c\u2019est la d\u00e9n\u00e9gation. Ensuite, c\u2019est le mode \u201cBon! \u00e7a peut s\u2019arranger\u201d. Et puis c\u2019est le mode \u201cO! mon Dieu. Il faut que je nous prot\u00e8ge, mes enfants et moi\u201d. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la s\u00e9paration, Jessica a trouv\u00e9 un emploi, puis elle a eu des pr\u00eats aux \u00e9tudiants pour obtenir une formation. Ses enfants et elle ont re\u00e7u des dizaines de s\u00e9ances de th\u00e9rapie au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es pay\u00e9es par le r\u00e9gime de sant\u00e9 provincial. Jessica prend des antid\u00e9presseurs et l\u2019un de ses enfants prend des m\u00e9dicaments. Elle s\u2019inqui\u00e8te de leur avenir. \u00ab Quand on grandit pr\u00e8s du TSPT, on n\u2019a pas d\u2019enfance. \u00bb<\/p>\n<p>Jessica est en col\u00e8re contre les Forces. \u00ab Quand c\u2019est quelque chose dont vous \u00eates responsable, vous devriez nous aider. \u00bb Et elle trouve f\u00e2cheux de ne pas avoir droit \u00e0 l\u2019aide d\u2019Anciens Combattants Canada parce qu\u2019elle est s\u00e9par\u00e9e, bien que ses enfants aient droit \u00e0 certains avanta-ges par l\u2019entremise de son mari. Dans les cas comme celui-l\u00e0, o\u00f9 la violence li\u00e9e au TSPT est la cause de la s\u00e9paration, les services aux familles ne devraient pas \u00eatre offerts par l\u2019entremise de l\u2019ancien combattant ou du militaire, dit-elle.<\/p>\n<p>Maintenant, ce que Jessica veut, ce sont des excuses, ou \u00e0 tout le moins un aveu de responsabilit\u00e9. \u00ab Je veux que quelqu\u2019un de la D\u00e9fense, un homme, pas une femme, mais un homme, me dise \u201cnous savons ce que vous \u00eates en train d\u2019endurer et nous sommes navr\u00e9s. Nous sommes d\u00e9sol\u00e9s qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019aide pour vous\u201d. \u00bb<\/p>\n<p>Il existe une th\u00e9orie selon laquelle il y a trois composantes \u00e0 l\u2019amour, trois c\u00f4t\u00e9s d\u2019un triangle qu\u2019on appelle la passion, l\u2019intimit\u00e9 et l\u2019engagement. Le juste \u00e9quilibre en plein milieu, l\u2019endroit o\u00f9 se cr\u00e9ent les mariages qui durent, est un m\u00e9lange parfait d\u2019intimit\u00e9 \u00e9motionnelle, d\u2019attirance sexuelle et de r\u00e9solution de maintenir l\u2019union. Il est pratiquement impossible pour le mariage d\u2019un militaire de garder cet \u00e9quilibre \u00e0 cause des longues s\u00e9parations lors des affectations et de l\u2019entrainement, des d\u00e9m\u00e9nagements fr\u00e9quents, des longues heures o\u00f9 l\u2019on a le devoir avant tout \u00e0 l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Le TSPT accroit les difficult\u00e9s. Le sentiment d\u2019engourdissement et le recul \u00e9motif causent des ravages pour ce qui est de l\u2019intimit\u00e9. Les sympt\u00f4mes d\u00e9plaisants et les m\u00e9dicaments sont souvent la cause de dysfonction \u00e9rectile et de la baisse de libido, ce qui \u00e9crase la passion. La col\u00e8re, le ressentiment et la culpabilit\u00e9 sapent l\u2019engagement. Depuis le d\u00e9but de la guerre en Afghanistan, le taux de divorce des militaires aux \u00c9tats-Unis a augment\u00e9 de 68 p. 100. Un ancien combattant souffrant de TSPT risque deux fois plus de divorcer, selon le U.S. National Center for PTSD, et trois fois plus de divorcer deux fois ou plus.<\/p>\n<p>Le recul \u00e9motionnel est particuli\u00e8rement difficile \u00e0 endurer. \u00ab On donne, on donne, on donne et on donne, dit Angelle, et on ne re\u00e7oit rien en \u00e9change. C\u2019est vraiment dur. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019engourdissement et l\u2019isolement peuvent servir \u00e0 maitriser la col\u00e8re et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, mais ils emp\u00eachent aussi les \u00e9motions positives comme la joie. \u00ab On ne peut pas bien rire avec quelqu\u2019un \u00e0 qui on ne parle pas \u00bb, dit Shields. Les gens qui ont un TSPT \u00e9vitent les fr\u00e9quentations, ce qui signifie que le plaisir et l\u2019amiti\u00e9 manquent aussi \u00e0 leurs conjoints. La th\u00e9rapie centr\u00e9e sur les \u00e9motions peut aider les couples, dit Shields. Elle concerne surtout les liens entre les conjoints et sert \u00e0 reb\u00e2tir l\u2019intimit\u00e9.<\/p>\n<p>Demandez \u00e0 Angelle ce qui l\u2019aide \u00e0 endurer, et elle vous r\u00e9pondra \u00ab l\u2019espoir \u00bb. L\u2019espoir, et le compromis et l\u2019accommodation, des outils utilis\u00e9s fr\u00e9quemment dans les mariages affect\u00e9s par le TSPT.<\/p>\n<p>Ted Peacock accompagne Angelle aux f\u00eates, mais \u00e0 un moment donn\u00e9 il s\u2019excuse et cherche un endroit tranquille. \u00ab Nos amis savent qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019impolitesse. \u00bb Ted reste plus longtemps qu\u2019il voudrait; Angelle part avant qu\u2019elle ne le souhaiterait. Et ils jonglent avec les parties de sport et les jeux des gar\u00e7ons.<\/p>\n<p>Les Wilkinson ont d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019aversion de Jake \u00e0 l\u2019\u00e9gard des foules ne nuirait pas au plaisir des gar\u00e7ons de prendre part chaque ann\u00e9e aux K-Days (exposition estivale d\u2019Edmonton). Ils choisissent simplement les journ\u00e9es et les heures les moins achaland\u00e9es. Jake a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019arr\u00eater d\u2019entrainer les \u00e9quipes des gar\u00e7ons, et chez eux, Sherrie veille \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019ait pas besoin de s\u2019occuper de plus d\u2019un enfant \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Composer avec le manque de passion n\u2019est pas si faci-le que \u00e7a. C\u2019est difficile de ne pas prendre le manque de r\u00e9ponse sexuelle comme autre chose que du rejet. \u00ab Je pourrais porter quelque chose d\u2019aguichant et je n\u2019aurais pas de r\u00e9action \u00bb, dit une \u00e9pouse qui veut que son nom, et le nom de son mari, ne soient pas divulgu\u00e9s.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude am\u00e9ricaine, 85 p. 100 des v\u00e9t\u00e9rans de combats se faisant soigner pour le TSPT ont une dysfonction \u00e9rectile, alors que ce n\u2019est le cas que pour 22 p. 100 de ceux sans TSPT. Les couples qui \u00e9prouvent des probl\u00e8mes de passion devraient en parler \u00e0 leur m\u00e9decin, dit Shields. Une modification de m\u00e9dicaments pourrait aider. Le probl\u00e8me, c\u2019est que le syst\u00e8me qui r\u00e9git la r\u00e9action d\u2019\u00e9vasion ou de lutte r\u00e9git aussi le d\u00e9sir sexuel, alors les m\u00e9dicaments qui r\u00e9duisent l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et l\u2019hypervigilance diminuent aussi la r\u00e9ponse sexuelle.<\/p>\n<p>Pour la plupart des familles, les temp\u00eates passent. Une nouvelle normalit\u00e9 s\u2019\u00e9tablit.<\/p>\n<p>Caitlyn et Philip ont une relation romantique autour des sympt\u00f4mes de TSPT, d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de fleurs et po\u00e9sie. Leurs yeux s\u2019adoucissent quand leurs regards se rencontrent, ils se touchent souvent : des attouchements doux qui s\u2019attardent. Le parler de Philip est jonch\u00e9 de quolibets et de citations, et Caitlyn est souvent ravie de ses plaisanteries.<\/p>\n<p>Ils sont tranquilles et d\u00e9contract\u00e9s quand ils discutent des difficult\u00e9s li\u00e9es au TSPT. Ils se sont rencontr\u00e9s avant qu\u2019il commence ses traitements et ils ont cohabit\u00e9 pendant quelques ann\u00e9es avant de se marier, il y a deux ans. Philip dit que le mariage l\u2019a beaucoup aid\u00e9 \u00e0 se r\u00e9tablir. \u00ab Elle est mon refuge. Sans elle, je serais an\u00e9anti.<\/p>\n<p>Les cauchemars et les flashbacks de Philip ont pratiquement arr\u00eat\u00e9, mais il suit encore une th\u00e9rapie, il lutte encore avec ses d\u00e9mons. Il doit souvent quitter les activit\u00e9s sociales en plein milieu, il a toujours des probl\u00e8mes de m\u00e9moire et il se met facilement en col\u00e8re. \u00ab La vie est une s\u00e9rie de compromis, dit Caitlyn. C\u2019est rien que des affaires qu\u2019il faut endurer. \u00bb<\/p>\n<p>Le mariage de Ted et d\u2019Angelle dure toujours. La question \u00e0 savoir si Angelle s\u2019en irait a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e il y a des ann\u00e9es, apr\u00e8s la premi\u00e8re affectation de Ted en Afghanistan. \u00ab C\u2019est une des choses quand on \u00e9pouse un militaire : on sait pouvoir vivre sans l\u2019autre, dit Angelle. Une fois, j\u2019ai dit \u00e0 Ted : \u201cJe t\u2019aime et je veux faire partie de ta vie. Je choisis de te garder dans ma vie.\u201d \u00bb<\/p>\n<p>Le ressentiment s\u2019est estomp\u00e9 quand elle s\u2019est aper\u00e7ue que la normalit\u00e9 manque aussi \u00e0 Ted, qu\u2019il a grandement envie d\u2019\u00e9quilibre. \u00ab Mon mari ne boit pas, ne prend pas de drogues, ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 la pornographie dans Internet, il\u00a0 ne joue pas, il ne se bat pas. Nous n\u2019avons pas de disputes \u00e0 grands cris. Il ne prend pas de cong\u00e9 de m\u00e9dicaments; il \u00e9coute les m\u00e9decins. Il se rend \u00e0 la th\u00e9rapie et il veut gu\u00e9rir. Alors je sais que, chaque jour, Ted fait tout ce qu\u2019il peut, et on ne peut pas en demander davantage. \u00bb<\/p>\n<p>Ted Peacock sait pourquoi son mariage survit. \u00ab Le plus important, c\u2019est la communication et le respect. On parle. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne mentionne pas l\u2019amour, mais on le voit sur son corps. Les tatouages de Ted les plus visibles se trouvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des bras : les noms et dates de naissance de ses fils. Il arbore une feuille d\u2019\u00e9rable avec un A majuscule entre les \u00e9paules : ses arri\u00e8res sont toujours prot\u00e9g\u00e9s par Angelle, dit-il.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois de la fin de semaine que le sergent \u00e0 la retraite Ted Peacock sourit, et c\u2019est un sourire factice qui ne touche pas ses yeux.<\/p>\n<p>Sa famille s\u2019est rassembl\u00e9e pour une photo, et il y a obligation de se composer un visage heureux. Son fils, Callum, a une expression comme la sienne : trop vieux chez un gar\u00e7on de 10 ans. La m\u00e8re, Angelle, a un sourire p\u00e2le. Il n\u2019y a que le visage de Dominic, huit ans, qui s\u2019\u00e9panouit. La famille Peacock illustre la permanence de l\u2019amour, mais pas besoin de la connaitre depuis longtemps pour s\u2019apercevoir que la joie ne dure qu\u2019un instant, que l\u2019espoir est une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2239,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2185","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2185"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2185\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2239"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2185"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2185"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}