{"id":21,"date":"2007-03-01T15:57:24","date_gmt":"2007-03-01T20:57:24","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/index.php\/2007\/03\/01\/au-bord-de-lenfer\/"},"modified":"2007-03-01T15:57:24","modified_gmt":"2007-03-01T20:57:24","slug":"au-bord-de-lenfer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2007\/03\/au-bord-de-lenfer\/","title":{"rendered":"Au bord de l&#8217;enfer"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<h3>by Tim Cook<\/h3>\n<p><em>Mon tr\u00e8s cher p\u00e8re,<br \/>\nC\u2019est Vendredi saint et je passe la journ\u00e9e \u00e0 ceindre                   mes reins pour le combat. Le dimanche de P\u00e2ques, avec                   la paix sur la terre et les hommes de bonne volont\u00e9,                   je participe \u00e0 la plus grande bataille de l\u2019histoire                   du Canada, et peut-\u00eatre de l\u2019histoire du monde.                   Alors adieu, au cas o\u00f9 j\u2019y reste.<\/em><\/p>\n<p>Cette &#8216;derni\u00e8re lettre&#8217; fut post\u00e9e le 7 avril 1917 par le                   lieutenant Gregory Clark \u00e0 son p\u00e8re, quelques jours \u00e0 peine                   avant qu&#8217;il prenne part \u00e0 sa premi\u00e8re bataille. C&#8217;est \u00e0 la                   cr\u00eate de Vimy, un nom qu&#8217;il ne pouvait pas mentionner \u00e0 sa                   famille pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, mais aussi un nom qu&#8217;elle                   n&#8217;aurait pas reconnu de toute fa\u00e7on. Cela allait changer durant                   les ann\u00e9es qui suivraient car Vimy allait prendre une place                   sublime dans le panth\u00e9on des indicateurs historiques canadiens.<\/p>\n<p>En avril 1917, toutefois, Clark et ses compagnons appartenant                   au Corps canadien n&#8217;ont vu la cr\u00eate qu&#8217;en tant qu&#8217;obstacle                   dominateur, grandement fortifi\u00e9 et presque imprenable. Trois                   attaques contre la cr\u00eate de sept kilom\u00e8tres faites auparavant                   par les troupes fran\u00e7aises et anglaises avaient \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9es.                   La tentative des Fran\u00e7ais avait eu lieu au d\u00e9but de l&#8217;\u00e9t\u00e9 1915,                   quand les Canadiens se trouvaient \u00e0 Festubert et \u00e0 Givenchy.                   Les Fran\u00e7ais avaient lanc\u00e9 plusieurs divisions contre la cr\u00eate                   et ils avaient \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s lors d&#8217;une boucherie ensanglant\u00e9e                   o\u00f9 plus de 100 000 soldats fran\u00e7ais et environ 80 000 soldats                   allemands \u00e9taient morts.<\/p>\n<p>Clark comprenait fort bien l&#8217;ampleur de la t\u00e2che \u00e0 laquelle                   les Canadiens faisaient face, et il \u00e9tait possible qu&#8217;il ne                   retourne jamais chez lui.<\/p>\n<p>Il avait 24 ans quand le Canada est entr\u00e9 en guerre, en ao\u00fbt                   1914. En ce temps-l\u00e0, il \u00e9tait \u00e0 son chalet avec son amie Helen.                   Ils se courtisaient depuis \u00e0 peu pr\u00e8s un an et ils s&#8217;aimaient \u00e9norm\u00e9ment.                   Gregory et Helen sont retourn\u00e9s \u00e0 Toronto le 15 ao\u00fbt, o\u00f9 ils                   ont \u00e9t\u00e9 pas mal surpris d&#8217;apprendre que le Dominion \u00e9tait en                   guerre depuis presque deux semaines. Ils \u00e9taient perplexes \u00e0 propos                   des \u00e9v\u00e9nements et Clark, un \u00e9crivain et homme du grand air                   inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, retourna \u00e0 son poste au journal Toronto Star. Il \u00e9crivait                   dans son journal intime\u00a0: &#8220;La guerre fait toujours rage. Elle                   ne nous excite pas vraiment beaucoup&#8230; Elle semble si lointaine.&#8221;<\/p>\n<p>Clark s&#8217;est occup\u00e9 de la chronique criminelle du journal durant                   toute l&#8217;ann\u00e9e 1914, mais il s&#8217;int\u00e9ressait de plus en plus \u00e0 la                   famille des soldats. Toronto fut secou\u00e9e par les chiffres terribles                   des victimes apr\u00e8s la bataille d&#8217;Ypres titanesque, en avril                   1915, o\u00f9 les Allemands ont utilis\u00e9 le chlore gazeux pour la                   premi\u00e8re fois de l&#8217;histoire de la guerre et plus de 6 000 Canadiens                   ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, bless\u00e9s ou faits prisonniers. Clark interviewait                   des parents et racontait leurs histoires dans ses articles.                   La guerre arrivait chez nous. Son p\u00e8re et son fr\u00e8re \u00e9taient                   tr\u00e8s patriotes; son fr\u00e8re, Joe, s&#8217;est vite engag\u00e9 et leur p\u00e8re                   exhortait les hommes physiquement aptes \u00e0 faire leur devoir                   par l&#8217;entremise d&#8217;\u00e9ditoriaux dans les journaux qui faisaient                   grand tapage. Clark ressentait de plus en plus la pression                   d&#8217;aller servir son pays, mais son amour pour Helen \u00e9tait puissant                   et il ne pouvait se r\u00e9soudre \u00e0 la quitter.<\/p>\n<p>Le stress de savoir que d&#8217;autres se battaient pour lui finit                   par pousser Clark \u00e0 prendre la d\u00e9cision d\u00e9chirante; il s&#8217;engagea                   le 27 mars 1916, en tant que simple soldat, dans le 170e Bataillon.                   Ne mesurant qu&#8217;\u00e0 peine cinq pieds deux pouces et demi et ne                   pesant que 110 livres, il avait quand m\u00eame l&#8217;\u00e9ducation et la                   conduite qu&#8217;il fallait pour pouvoir devenir officier. Il fut                   promu rapidement, et puis nomm\u00e9 officier, et il passa une grande                   partie de 1916 dans des \u00e9coles de formation d&#8217;officiers au                   Canada. Toutefois, il \u00e9pousa sa bien-aim\u00e9e Helen. Bien que                   n&#8217;ayant presque jamais \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9 d&#8217;elle plus d&#8217;un jour, il                   s&#8217;embarquait pour l&#8217;Angleterre quatre jours apr\u00e8s les noces                   et il ne la reverrait que 1 039 jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de 1916, Clark fut transf\u00e9r\u00e9 aux 4th Canadian Mounted                   Rifles, une ancienne unit\u00e9 de cavalerie qui avait \u00e9t\u00e9 convertie                   en unit\u00e9 de fantassins car le front occidental avait d\u00e9montr\u00e9 que                   les cavaliers n&#8217;avaient gu\u00e8re de chance contre les explosifs,                   les shrapnells et le feu mortel des armes l\u00e9g\u00e8res. Clark est                   arriv\u00e9 en France \u00e0 la fin de 1916, et il a tout de suite rejoint                   son unit\u00e9 dans le monde \u00e9trange, ravag\u00e9 et ent\u00e9n\u00e9br\u00e9 des tranch\u00e9es.<\/p>\n<p>Comme la plupart des soldats, Clark a trouv\u00e9 le combat au                   front occidental \u00e9trange et dangereux. Durant l&#8217;hiver 1916-1917,                   son exp\u00e9rience des tranch\u00e9es \u00e9tait en grande partie la monotonie                   et le labeur, mais il a souffert de bombardements terribles                   de l&#8217;artillerie qui faisait trembler les hommes et les obligeait \u00e0 s&#8217;\u00e9taler                   dans la boue. &#8220;J&#8217;avais vu la terreur&#8221;, \u00e9crivait-il dans son                   journal, &#8220;le grand tumulte terrible de la bataille qui paralyse\u00a0:                   quelque chose si \u00e9loign\u00e9 de l&#8217;humanit\u00e9 qu&#8217;on aurait dit que                   tous les dieux et tous les diables \u00e9taient devenus fous et                   se battaient entre eux, oubliant les faibles mortels sous leurs                   pieds.&#8221; Mais on apprit la nouvelle qu&#8217;une offensive contre                   Vimy se planifiait, et tous savaient que le combat allait \u00eatre                   encore plus intense et meurtrier.<\/p>\n<p>Les 4th CMR, un des bataillons d&#8217;infanterie qui seraient parmi                   les premiers \u00e0 passer \u00e0 l&#8217;attaque, pass\u00e8rent plusieurs mois                   en pr\u00e9paration, planification et entra\u00eenement pour leur r\u00f4le.                   Clark allait commander le 15e Peloton (environ 45 hommes) lors                   de la bataille. Les Canadiens commenc\u00e8rent \u00e0 se rassembler                   dans les tranch\u00e9es de l&#8217;arri\u00e8re le soir du 7 avril. Pendant                   les cinq derniers jours, les obus avaient hurl\u00e9 au-dessus des                   t\u00eates, jour et nuit, lanc\u00e9s par les canons qui martelaient                   les positions ennemis.<\/p>\n<p>Le dimanche de P\u00e2ques, le 8 avril 1917, les premi\u00e8res unit\u00e9s                   des 4th CMR partirent au front \u00e0 minuit, en empruntant une                   des merveilles d&#8217;ing\u00e9nierie de combat, le tunnel Goodman. Durant                   la longue \u00e9tape de pr\u00e9paration, les Canadiens avaient construit                   plus d&#8217;une douzaine de tunnels pour que les troupes puissent                   se rendre au front au moment de l&#8217;attaque. La plupart avaient                   quelques centaines de m\u00e8tres de longueur, et Goodman mesurait                   plus d&#8217;un kilom\u00e8tre. Il \u00e9tait assez haut pour que les hommes                   puissent s&#8217;y tenir debout, mais il n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 construit                   pour des timor\u00e9s ou des claustrophobes.<\/p>\n<p>Durant les heures froides et noires du 9 avril, Clark rassembla                   son peloton dans ce qu&#8217;on appelait les &#8220;tranch\u00e9es de d\u00e9part&#8221; \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur                   du tunnel Goodman. Chaque homme \u00e9tait laiss\u00e9 tranquille avec                   ses pens\u00e9es. Est-ce que ce serait son dernier jour sur Terre?                   On faisait ses pri\u00e8res, on manipulait les f\u00e9tiches-porte-bonheur,                   on \u00e9crivait les derni\u00e8res lettres aux \u00eatres chers au pays.                   Au-dessus de leur t\u00eate, les obus hurlaient vers les lignes                   allemandes. Le temps s&#8217;\u00e9coulait lentement jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;heure z\u00e9ro.<\/p>\n<p>\u00c0 5 h 30, le lundi de P\u00e2ques, toute la puissance de l&#8217;artillerie                   se mettait \u00e0 bombarder les lignes allemandes de ses 983 canons,                   obusiers et mortiers qui lan\u00e7aient un flot de mort et de destruction.                   Les Canadiens, qui s&#8217;\u00e9taient exerc\u00e9s pendant des semaines avant                   la bataille, allaient suivre le barrage d&#8217;artillerie jusqu&#8217;aux                   lignes ennemies. Ce mur d&#8217;obus et d&#8217;explosions qui bougeait                   fendait l&#8217;air alors qu&#8217;il se tra\u00eenait sur le champ de bataille.                   Mais il y avait une grande diff\u00e9rence avec les exercices d&#8217;assaut                   d&#8217;avant la bataille (o\u00f9 les officiers avaient transport\u00e9 des                   drapeaux pour indiquer o\u00f9 se trouvait le barrage, avan\u00e7ant                   d&#8217;une centaine de verges toutes les trois minutes) et la r\u00e9alit\u00e9 quand                   on suivait le barrage assourdissant qui d\u00e9chirait la terre.<\/p>\n<p>Trois minutes apr\u00e8s l&#8217;heure z\u00e9ro, Clark sortit de la tranch\u00e9e                   en criant &#8220;Allez les gars!&#8221; m\u00eame si ses mots disparurent dans                   le tumulte des explosions. Son peloton vint \u00e0 sa suite, tout                   comme les douzaines d&#8217;autres qui \u00e9taient visibles, et les centaines                   d&#8217;autres le long de la cr\u00eate. Les Canadiens avaient d\u00e9marr\u00e9.<\/p>\n<p>Gregory Clark a racont\u00e9 ce qu&#8217;il ressentit\u00a0: &#8220;D&#8217;une certaine                   fa\u00e7on, c&#8217;\u00e9tait une vue resplendissante. Il faisait encore assez                   noir. La giboul\u00e9e tombait. L\u00e0, devant nous, horriblement pr\u00e8s,                   se trouvait le bord de l&#8217;enfer. Il flambait et lan\u00e7ait des \u00e9clairs                   et des \u00e9tincelles, les obus \u00e9clataient; il y avait des fus\u00e9es                   blanches et color\u00e9es lanc\u00e9es par un ennemi d\u00e9stabilis\u00e9. Et                   les lumi\u00e8res \u00e9clairantes et \u00e9tincelantes montraient un mur                   infernal de fum\u00e9e qui se tordait, qui bouillait, et dans lequel                   se trouvaient des silhouettes d&#8217;hommes qui avan\u00e7aient.&#8221;<\/p>\n<p>Ils s&#8217;avanc\u00e8rent de fa\u00e7on mesur\u00e9e, \u00e0 pied, derri\u00e8re le barrage                   rampant qui d\u00e9chiquetait les lignes ennemies. Ils pass\u00e8rent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de                   crat\u00e8res gros comme une maison; le fil barbel\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9;                   des Allemands morts gisaient sinistrement \u00e7a et l\u00e0. Le tout                   se voyait en passant lors de la marche jusqu&#8217;en haut de la                   cr\u00eate. La discipline rigide des troupes vint \u00e0 leur secours.                   Toutes les trois minutes, les soldats s&#8217;arr\u00eataient, se couchaient,                   et attendaient que le barrage s&#8217;avance de cent verges de plus.                   Ils s&#8217;avanc\u00e8rent plus de douze fois et, chaque fois, ils se                   blottissaient, tendus, sous la couverture d&#8217;obus. \u00c0 l&#8217;occasion,                   le son des MG-08 lourds allemands qui tiraient s&#8217;entendait                   malgr\u00e9 le fracas, mais devant Clark il n&#8217;y avait pas d&#8217;Allemand                   except\u00e9 les prisonniers qui s&#8217;\u00e9chappaient en courant, les mains                   en l&#8217;air.<\/p>\n<p>Mais des hommes \u00e9taient tu\u00e9s tout autour de Clark alors que                   les balles et les shrapnells sifflaient au-dessus du champ                   de bataille. Pendant 35 minutes, ils ont continu\u00e9 de s&#8217;avancer,                   jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;ils atteignent la tranch\u00e9e de r\u00e9serve ennemie.                   L\u00e0, le barrage d&#8217;artillerie fit une pause pendant 45 minutes,                   balayant les lignes ennemies et permettant aux unit\u00e9s retardataires                   de les rattraper. Il n&#8217;y avait pas grand-chose \u00e0 faire pour                   les fantassins, alors ils creus\u00e8rent dans les crat\u00e8res, fum\u00e8rent                   des cigarettes et vid\u00e8rent leur vessie, laquelle en avait bien                   besoin.<\/p>\n<p>Pendant qu&#8217;ils attendaient, Clark et un petit groupe d&#8217;hommes                   se trouvaient dans un crat\u00e8re d&#8217;o\u00f9 ils \u00e9tudiaient le front,                   jetant un coup d&#8217;oeil \u00e0 leur montre pour savoir quand il allait                   falloir s&#8217;avancer \u00e0 nouveau. Un obus de l&#8217;ennemi atterrit dans                   le fond du crat\u00e8re, dissipant la superstition selon laquelle                   un obus n&#8217;atterrit jamais dans le trou d&#8217;un autre. De dire                   Clark\u00a0: &#8220;il nous lan\u00e7a tous en l&#8217;air, d\u00e9truisit l&#8217;\u00e9tui \u00e0 cigarettes                   que le sergent Windsor avait \u00e0 la main, coupant le fusil de                   Bertrand en deux \u00e0 la culasse et nous laissant retomber de                   tous c\u00f4t\u00e9s&#8221;. Abasourdi et secou\u00e9, le petit groupe de Clark                   se tapotait les jambes et les bras pour s&#8217;assurer que rien                   ne manquait. De fa\u00e7on presque miraculeuse, personne n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 son peloton, Clark remarqua un changement                   dans le son du barrage. Clark s&#8217;\u00e9lan\u00e7a en avant, glissant sur                   le terrain boueux plein de crat\u00e8res, pour suivre le barrage. \u00c0 7                   h 5, ils avaient atteint leur objectif final sans que Clark                   et ses hommes aient tir\u00e9 un seul coup de feu. Ce n&#8217;\u00e9tait pas                   la m\u00eame chose dans le cas des autres pelotons de sa compagnie,                   ni dans celui des 22 autres bataillons qui \u00e9taient pass\u00e9s \u00e0 l&#8217;attaque                   tout le long de la ligne lors de la premi\u00e8re vague. C&#8217;\u00e9tait                   toutefois loin d&#8217;\u00eatre termin\u00e9. La capture de la cr\u00eate n&#8217;\u00e9tait                   que la moiti\u00e9 de la bataille; les Canadiens avaient \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s                   pour se pr\u00e9parer \u00e0 la contre-attaque des Allemands qui, s&#8217;attendait-on,                   allaient essayer de reprendre le terrain si important.<\/p>\n<p>Clark et ses hommes se retranch\u00e8rent le long de leur ligne,                   cr\u00e9ant une s\u00e9rie de places fortes pour r\u00e9sister \u00e0 l&#8217;attaque                   allemande. De la cr\u00eate, ils pouvaient voir la plaine de Douai                   et les Allemands qui y reculaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment leurs unit\u00e9s                   d&#8217;artillerie. La ligne avanc\u00e9e fut \u00e9tablie sur la pente est                   de la cr\u00eate, ce qui leur donnait de bons champs de tir. Mais                   les Allemands n&#8217;avaient pas encore \u00e9t\u00e9 tous nettoy\u00e9s du front                   et la bataille continuait \u00e0 faire rage loin \u00e0 gauche o\u00f9 la                   4e Division se battait avec acharnement pour capturer le point                   le plus \u00e9lev\u00e9 de Vimy \u00e0 la colline 145. M\u00eame au front des 4th                   CMR, des troupes allemandes \u00e9taient retranch\u00e9es et cach\u00e9es                   sur la pente plus basse que les canons canadiens n&#8217;avaient                   pas pu bombarder.<\/p>\n<p>Durant toute la journ\u00e9e, le peloton de Clark et plusieurs                   autres ont soutenu le combat avec ces Allemands. Le feu de                   l&#8217;artillerie avait aussi commenc\u00e9 \u00e0 frapper la cr\u00eate, venant                   de l&#8217;ennemi et des obus canadiens qui tombaient trop vite.                   Au d\u00e9but de l&#8217;apr\u00e8s-midi, son ami le lieutenant W.G. Butson                   se trouvait \u00e0 environ 20 verges de Clark o\u00f9 il essayait d&#8217;organiser                   ses hommes dans des trous de tirailleurs quand il tomba par                   terre. Clark courut l&#8217;aider et, horreur, il vit qu&#8217;une balle                   lui avait travers\u00e9 la t\u00eate, lui ayant fait exploser les deux                   yeux. Clark faillit vomir. Pendant qu&#8217;un des hommes bandait                   la t\u00eate de Butson, Clark tenait la main de son ami qui r\u00e9clamait                   sa m\u00e8re dans son d\u00e9lire.<\/p>\n<p>Vu que tous ses sup\u00e9rieurs avaient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s ou tu\u00e9s, il                   n&#8217;en tenait qu&#8217;\u00e0 lui de coordonner la d\u00e9fense. Le reste de                   la journ\u00e9e servit \u00e0 creuser des retranchements parmi les explosions                   d&#8217;obus ennemis. Il y eut quelques contre-attaques le long des                   lignes, mais les canonniers canadiens, dirig\u00e9s par leurs observateurs                   post\u00e9s sur la cr\u00eate, faisaient pleuvoir un bombardement nourri                   sur eux. Quelques avions allemands vol\u00e8rent au-dessus de la                   colline \u00e0 basse altitude, l&#8217;arrosant \u00e0 la mitrailleuse, mais                   il n&#8217;y eut pas vraiment d&#8217;attaque.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 soumis au feu de l&#8217;artillerie pendant une                   grande partie du 10, les CMR avaient tr\u00e8s h\u00e2te au 11, quand                   devait arriver la rel\u00e8ve, et Clark et la plupart de ses hommes                   venaient de passer trois jours sans dormir. La neige tombait                   fortement. \u00c9reint\u00e9, affam\u00e9, les yeux inject\u00e9s de sang, Clark                   continua de visiter ses hommes dans leurs tranch\u00e9es peu profondes                   et leurs trous \u00e0 canon, les rassurant, que la rel\u00e8ve allait                   arriver bient\u00f4t.<\/p>\n<p>Un autre officier, le lieutenant L.C. Johnston, l&#8217;invita \u00e0 quitter                   la fange pour prendre un d\u00eener avec lui sur la colline, dans                   le sous-sol d&#8217;un \u00e9difice en ruines surnomm\u00e9 Cable House. Clark                   pensait que ce serait trop dangereux car les Allemands en avaient                   bombard\u00e9 les alentours toute la journ\u00e9e, alors il retourna \u00e0 sa                   tranch\u00e9e boueuse quand il ne put convaincre Johnston de se                   joindre \u00e0 lui. Il \u00e9tait assis l\u00e0, \u00e0 m\u00e2cher de la viande en                   bo\u00eete froide avec un de ses sergents de confiance, trop fatigu\u00e9 pour                   parler, quand il entendit un obus frapper Cable House.<\/p>\n<p>&#8220;Alors la jambe de Johnston, s\u00e9par\u00e9e \u00e0 la hanche, atterrit                   dans la tranch\u00e9e, frappant le casque de Mackie et mes pieds&#8221;, \u00e9crivait                   Clark. &#8220;Je ne me souviens de rien de plus horrible que \u00e7a.                   Et puis le reste de Johnston vola au-dessus de notre t\u00eate et                   atterrit \u00e0 40 verges de l&#8217;endroit o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9.&#8221; Sous                   le choc, ils jet\u00e8rent la jambe de Johnston \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de                   la tranch\u00e9e, mais quand leurs nerfs se calm\u00e8rent un peu, ils                   all\u00e8rent la chercher et la d\u00e9pos\u00e8rent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Johnston qui \u00e9tait &#8220;mutil\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 en \u00eatre                   m\u00e9connaissable&#8221;.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait le d\u00e9but d&#8217;un bombardement infernal de l&#8217;ennemi tout                   le long du front. Clark et ses hommes se tendirent pour la                   contre-attaque. On entendait des cris de douleur et des appels                   aux brancardiers entre les explosions. L&#8217;attaque ne se r\u00e9alisa                   pas, bien que les CMR perdirent un nombre important d&#8217;hommes                   parce que leurs membres group\u00e9s, se pr\u00e9parant \u00e0 repousser l&#8217;attaque,                   offraient des cibles plus importantes durant le bombardement                   de saturation. Ce dernier se termina au cr\u00e9puscule et Clark                   s&#8217;est souvenu de l&#8217;image \u00e9trange d&#8217;un aum\u00f4nier qui suivait                   le front, s&#8217;arr\u00eatant aux fosses communes pleines de cadavres                   o\u00f9 il administrait le dernier sacrement en commun.<\/p>\n<p>Au coucher du soleil, le 11, la rel\u00e8ve des 4th CMR arriva                   enfin. Clark et ses hommes partirent vers l&#8217;arri\u00e8re en tr\u00e9buchant.                   Bien que certains des hommes acclamaient et chantaient la victoire,                   bien plus \u00e9taient ceux qui, silencieux, avaient des larmes                   aux yeux. Ils avaient laiss\u00e9 bien trop d&#8217;amis derri\u00e8re eux                   sur la cr\u00eate. D&#8217;apr\u00e8s les rapports sur le champ de bataille,                   les victimes des 4th CMR furent de 43 morts, 118 bless\u00e9s et                   18 disparus. &#8220;Quand je me suis endormi cette nuit-l\u00e0, il ne                   m&#8217;importait pas du tout si j&#8217;allais me r\u00e9veiller et, pourtant,                   mon esprit ressentait, \u00e0 peine, une exultation lointaine. J&#8217;\u00e9tais                   en vie.&#8221;<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>La Croix militaire fut d\u00e9cern\u00e9e au lieutenant Gregory Clark                   pour sa bravoure et son leadership stimulant durant la bataille                   de la cr\u00eate de Vimy. Sa citation est comme suit\u00a0: &#8220;Pour son                   remarquable courage et son sens du devoir au combat. Il prit                   le commandement de sa compagnie et la dirigea avec beaucoup                   de comp\u00e9tence, atteint son objectif et consolida sa position.                   Il montra un bon exemple de courage et d&#8217;initiative.&#8221; Effectivement,                   c&#8217;est ce qu&#8217;il a fait, mais la bataille l&#8217;avait presque compl\u00e8tement                   us\u00e9, et il admettait qu&#8217;il \u00e9tait presque \u00e0 bout de nerfs et                   qu&#8217;il souffrait d&#8217;une toux s\u00e8che \u00e0 cause du gaz toxique. Un                   officier commandant compatissant l&#8217;envoya en arri\u00e8re pour qu&#8217;il                   puisse se reposer pendant quelques semaines, mais il retourna                   au front et servit jusqu&#8217;au d\u00e9but du mois d&#8217;ao\u00fbt. Il fut retir\u00e9, \u00e0 nouveau, \u00e0 un                   poste &#8220;\u00e0 l&#8217;\u00e9preuve des bombes&#8221; au quartier g\u00e9n\u00e9ral du bataillon,                   mais il retourna au front, avec le grade de major, en tant                   que commandant de compagnie pour la s\u00e9rie de combats d\u00e9vastateurs                   qu&#8217;on a surnomm\u00e9s les Cent jours du Canada, lesquels ont dur\u00e9 d&#8217;ao\u00fbt \u00e0 novembre                   1918. Il \u00e9vita la mort de justesse \u00e0 plusieurs occasions et,                   durant ces heures moroses, &#8220;dans mon esprit, j&#8217;\u00e9tais tout \u00e0 fait                   pr\u00eat \u00e0 para\u00eetre devant Dieu et j&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s triste pour Helen,                   ainsi que pour mes p\u00e8re et m\u00e8re&#8221;. Mais il surv\u00e9cut et fut renvoy\u00e9 au                   Canada en septembre 1918, o\u00f9 il allait \u00eatre journaliste de                   guerre. L&#8217;armistice eut lieu avant qu&#8217;il n&#8217;ait l&#8217;occasion d&#8217;\u00e9crire \u00e0 titre                   officiel, alors il fut rendu \u00e0 la vie civile, et reprit sa                   vie avec Helen.<\/p>\n<p>Mais la guerre l&#8217;avait chang\u00e9. Gregory Clark retourna \u00e0 son                   poste au Toronto Star, mais ensuite il s&#8217;en alla au Star Weekly                   du journal. \u00c9crire pour la chronique criminelle ne le contentait                   plus, alors il se tourna vers l&#8217;humour. Clark commen\u00e7a \u00e0 raconter                   des histoires de Canadiens avec son partenaire caricaturiste                   Jimmie Frise qui, comme lui, \u00e9tait un v\u00e9t\u00e9ran de la guerre.                   Il s&#8217;agissait d&#8217;histoires joviales et anodines sur les curiosit\u00e9s                   des hommes, et les Canadiens de partout au pays les trouvaient                   charmantes. Il se livra aussi \u00e0 la p\u00eache et la vie de plein                   air pour lesquelles il se passionnait. Clark allait devenir                   un des \u00e9crivains les plus aim\u00e9s de sa g\u00e9n\u00e9ration avant son                   d\u00e9c\u00e8s, lequel eut lieu en 1977.<\/p>\n<p>La bataille de la cr\u00eate de Vimy avait \u00e9t\u00e9 le moment d\u00e9terminant                   de sa jeune vie, comme elle l&#8217;avait \u00e9t\u00e9 pour le Canada \u00e0 ce                   point-l\u00e0 de sa jeune histoire. Des ann\u00e9es apr\u00e8s la guerre,                   Clark r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 son exp\u00e9rience\u00a0: &#8220;Je suis revenu de la                   guerre plus grand en esprit, en intellect et en personnalit\u00e9.                   J&#8217;\u00e9tais un rat de biblioth\u00e8que, un petit rat de biblioth\u00e8que                   tranquille, quand je suis parti et, quand je suis revenu, j&#8217;\u00e9tais                   plut\u00f4t coriace.&#8221; On pourrait dire que la m\u00eame chose s&#8217;est pass\u00e9e                   pour le Canada en g\u00e9n\u00e9ral. Le Dominion &#8220;coriace&#8221; a chang\u00e9 \u00e0 tout                   jamais quand il a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 dans le feu de la Premi\u00e8re Guerre                   mondiale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>by Tim Cook Mon tr\u00e8s cher p\u00e8re, C\u2019est Vendredi saint et je passe la journ\u00e9e \u00e0 ceindre mes reins pour le combat. Le dimanche de P\u00e2ques, avec la paix sur la terre et les hommes de bonne volont\u00e9, je participe \u00e0 la plus grande bataille de l\u2019histoire du Canada, et peut-\u00eatre de l\u2019histoire du monde. 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