{"id":2031,"date":"2013-05-10T04:40:54","date_gmt":"2013-05-10T08:40:54","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=2031"},"modified":"2013-07-02T08:35:29","modified_gmt":"2013-07-02T12:35:29","slug":"noublions-jamais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2013\/05\/noublions-jamais\/","title":{"rendered":"N\u2019oublions jamais"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2081\" title=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" alt=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSDLead.jpg\" width=\"630\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSDLead.jpg 630w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSDLead-300x112.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>La crise qui frappe nos anciens combattants bless\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Andrew se cache dans son blouson. Renfrogn\u00e9, il se tient le ventre : il est \u00e9videmment angoiss\u00e9. Il a la t\u00eate baiss\u00e9e et son visage est cach\u00e9 par une casquette de baseball \u00e0 grande visi\u00e8re. Un des premiers arriv\u00e9s, il a pris une chaise dans le coin, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte : l\u2019endroit le plus s\u00fbr de la pi\u00e8ce. C\u2019est une petite salle, et \u00e0 ce moment-l\u00e0, on y couve la col\u00e8re.<\/p>\n<p>Neuf hommes \u2013 soldats, marins, aviateurs, anciens combattants \u2013, sont venus \u00e0 cette rencontre \u00e0 Halifax pour parler de la vie quand on a le TSPT : le trouble de stress post-traumatique. Ils l\u2019ont tous, et ils ont l\u2019intention d\u2019en discuter, mais ils n\u2019arrivent pas encore \u00e0 puiser dans les \u00e9motions n\u00e9cessaires pour ce faire. Certains des plus f\u00e2ch\u00e9s ont monopolis\u00e9 la conversation et on ne peut les emp\u00eacher de se r\u00e9pandre en r\u00e9criminations contre le syst\u00e8me. C\u2019est ainsi que, dans une pi\u00e8ce remplie d\u2019\u00e9trangers, ils pr\u00e9viennent la r\u00e9ouverture de leurs blessures.<\/p>\n<p>Seuls quelques-uns se connaissent, s\u2019\u00e9tant d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9s pendant leur carri\u00e8re militaire ou en th\u00e9rapie. Ils connaissent tous M. John Whelan, le psychologue et chercheur en TSPT qui a r\u00e9serv\u00e9 la pi\u00e8ce o\u00f9 ils sont r\u00e9unis. \u00c9lectronicien naval dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, il a acquis par la suite une formation en psychologie. \u0152uvrant anciennement pour les Forces canadiennes (FC) \u00e0 titre de directeur pour l\u2019Atlantique des services cliniques des d\u00e9pendances, il a, en 2004, ouvert un cabinet priv\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9 en traitement des gens ayant le TSPT. Les membres pr\u00e9sents lui accordent une certaine cr\u00e9dibilit\u00e9; c\u2019est pour cela qu\u2019ils ont accept\u00e9 de raconter leurs histoires devant une journaliste et de l\u2019aider \u00e0 compl\u00e9ter une gamme d\u2019entrevues que lui ont accord\u00e9es des anciens combattants de tous les coins du pays.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2089\" title=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" alt=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD1-french3.jpg\" width=\"515\" height=\"764\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD1-french3.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD1-french3-202x300.jpg 202w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Trois de ces hommes seulement ne demandent pas l\u2019anonymat. Le premier est l\u2019ancien adjudant-chef d\u2019escadre Jean-Guy Trudel, dont la voix douce et l\u2019attitude calme d\u00e9mentissent son apparence de dur. Le deuxi\u00e8me, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, est l\u2019adjudant-maitre \u00e0 la retraite Steve Dornan, ancien op\u00e9rateur de capteurs \u00e9lectroniques a\u00e9roport\u00e9s et analyste du renseignement. Dornan est un contrepoint calmant du troisi\u00e8me\u00a0: l\u2019ancien parachutiste Bill Maguire qui pique une col\u00e8re au moindre pr\u00e9texte. Les anciens combattants qui se trouvent dans cette salle sont de tous les \u00e2ges, entre la trentaine et le milieu de la soixantaine, et ils repr\u00e9sentent les trois services. Certains d\u2019entre eux ont m\u00eame servi dans les trois. Maguire, dont la carri\u00e8re s\u2019est \u00e9tendue sur 37 ans et deux services, est le plus vieux. Il a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 \u00e0 Chypre, au Moyen-Orient et en Somalie, et il a d\u00fb ex\u00e9cuter des fonctions merdeuses au pays aussi. Il n\u2019a gu\u00e8re de patience pour la rectitude politique, et il dit ce qu\u2019il pense sans se pr\u00e9occuper de la sensibilit\u00e9 de ses interlocuteurs. Parmi les causeurs anonymes, il y a un sous-marinier qui a servi \u00e0 bord du NCSM Chicoutimi en 2004, lorsqu\u2019il y eut un incendie; un ancien officier du renseignement; un v\u00e9t\u00e9ran de l\u2019arm\u00e9e qui se bat actuellement pour l\u2019obtention d\u2019avantages; et quelques anciens combattants qui ne veulent pas d\u00e9voiler leur profession ni leur service de peur qu\u2019on ne les identifie. Certains d\u2019entre eux n\u2019ont m\u00eame pas racont\u00e9 leurs exp\u00e9riences \u00e0 leur famille.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2055\" title=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" alt=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD2-french.jpg\" width=\"515\" height=\"717\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD2-french.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD2-french-215x300.jpg 215w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le groupe plonge dans la col\u00e8re, les voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent et les blasph\u00e8mes se multiplient, mais Andrew n\u2019a toujours pas dit un mot. \u00c0 un moment donn\u00e9, quelqu\u2019un dit qu\u2019il doit absolument aller fumer, et on fait une pause. La tension \u00e9motive se retire de la pi\u00e8ce comme l\u2019air s\u2019\u00e9chappe d\u2019un ballon crev\u00e9. Andrew est le premier dehors, et tout le monde pense qu\u2019on ne le reverra plus. Il est pourtant le premier \u00e0 rentrer, la peur remplac\u00e9e par quelque chose qui ressemble \u00e0 de la d\u00e9termination. \u00c0 moins que ce ne soit le d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>\u00ab Je pensais que c\u2019\u00e9tait normal d\u2019\u00eatre en col\u00e8re tout le temps, de passer toute la vie \u00e0 l\u2019int\u00e9rioriser au point o\u00f9 j\u2019exploserais, dit Andrew. J\u2019aurais donn\u00e9 ma vie pour mon pays, ajoute-t-il, et j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e7a \u00e0 ce qui m\u2019arrive. \u00bb<\/p>\n<p>Il a le TSPT depuis la moiti\u00e9 de sa vie, depuis sa premi\u00e8re affectation en Bosnie, en 1993, alors qu\u2019il n\u2019avait que 19 ans. Un de ses copains et lui furent bless\u00e9s par ce qu\u2019on appelait alors un pi\u00e8ge et qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui un engin explosif improvis\u00e9 (EEI). L\u2019autre soldat fut gri\u00e8vement bless\u00e9 par des \u00e9clats, a\u00e9roport\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, puis ramen\u00e9 au Canada. Andrew avait \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9 par un \u00e9difice; prot\u00e9g\u00e9 des \u00e9clats, mais pas de l\u2019onde de choc, et il perdit connaissance. \u00c0 son r\u00e9veil, il avait un gros mal de t\u00eate, un tintement aux oreilles, une vue embrouill\u00e9e. On voulait le ramener au pays, lui aussi. \u00ab Mais j\u2019avais 19 ans : j\u2019ai tout fait pour rester l\u00e0-bas \u00bb, dit-il. Apr\u00e8s quelques jours, sa vue s\u2019est \u00e9claircie et le mal de t\u00eate a disparu. Et puis les cauchemars ont commenc\u00e9. On ne savait pas tr\u00e8s bien \u00e0 cette \u00e9poque quels dommages les ondes de choc pouvaient causer. Les cauchemars s\u2019accumulaient, et ils s\u2019aggravaient au fil du temps. Andrew a servi dans la poche de Medak pendant la p\u00e9riode la plus sanglante de la guerre civile en Bosnie. Bien qu\u2019ils fussent arm\u00e9s, les Canadiens envoy\u00e9s \u00e0 cette mission des Nations Unies ne pouvaient pas intervenir au massacre qu\u2019ils savaient avoir lieu. Les forces serbes et croates accept\u00e8rent de cesser le feu, et les soldats fran\u00e7ais et canadiens re\u00e7urent la consigne de surveiller le retrait des forces oppos\u00e9es. Bien qu\u2019on entendait des coups de feu et des explosions dans les villages avoisinants, les forces croates refusaient l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la r\u00e9gion aux Canadiens et ils tiraient sur les v\u00e9hicules de l\u2019ONU.<\/p>\n<p>C\u2019est pendant cette mission qu\u2019a commenc\u00e9e la lente descente d\u2019Andrew, et la brillante carri\u00e8re dont il avait r\u00eav\u00e9 se dissipait. Les autres hommes du groupe gromm\u00e8lent pour signifier leur appui pendant qu\u2019il d\u00e9crit la mani\u00e8re dont sa vie s\u2019est effondr\u00e9e, comment ses sympt\u00f4mes se sont aggrav\u00e9s et son rendement a diminu\u00e9 pendant le reste de ses six affectations \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il s\u2019efforce de retenir ses larmes en parlant des jours o\u00f9 on croyait que c\u2019\u00e9tait simplement un cabot qui avait un probl\u00e8me d\u2019alcool. Il se sentait seul et trahi. \u00ab Le pire, dans tout \u00e7a, c\u2019est que tous les gens avec qui je travaillais me connaissaient et qu\u2019ils savaient que j\u2019\u00e9tais travaillant. Tout s\u2019effondre tout \u00e0 coup, et il n\u2019y en a pas un seul d\u2019entre eux qui se soit lev\u00e9 pour dire : \u201cEh! Qu\u2019est-ce qui se passe?\u201d J\u2019aurais couru \u00e0 la rescousse de n\u2019importe lequel d\u2019entre eux dans un tel moment. \u00bb \u00c7a lui a fait mal que personne ne soit venu \u00e0 la sienne.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2058\" title=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" alt=\"[ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD3-french.jpg\" width=\"515\" height=\"738\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD3-french.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/PTSD3-french-209x300.jpg 209w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"credit\"><span>ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Il raconte le combat qu\u2019il a men\u00e9 pour qu\u2019on le diagnostique et son exp\u00e9rience avec le psychiatre civil qui pensait qu\u2019il mentait quand il d\u00e9crivait ses exp\u00e9riences. \u00ab Comment aurait-il pu savoir? Il \u00e9tait all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole des psys. Son fils de 19 ans allait \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et courait les filles\u00a0\u00bb. Les batailles auxquelles Andrew a pris part \u00e9taient dures, le TSPT \u00e9tait difficile, mais c\u2019est la bataille pour obtenir de l\u2019aide qui a failli \u00eatre mortelle pour lui. Il raconte la nuit o\u00f9 il a r\u00e9sist\u00e9 avec acharnement contre la tentation de se suicider. Apr\u00e8s un court silence, quelqu\u2019un demande \u00e0 la ronde qui connait quelqu\u2019un qui se soit suicid\u00e9. Ils l\u00e8vent tous la main. Qui parmi eux a pens\u00e9 \u00e0 se suicider? La plupart l\u00e8vent la main.<\/p>\n<p>Andrew a trac\u00e9 la voie et, un par un, les autres parlent de l\u2019isolement, de la peine, de se sentir trahi. Ils d\u00e9crivent les sympt\u00f4mes qui ont r\u00e9duit leur vie en cendres. Ils parlent des sympt\u00f4mes de leur enfer : la perte de sommeil, les cauchemars qui semblent r\u00e9els \u00e0 en faire peur, le temp\u00e9rament qui devient col\u00e9reux. Et les traitements qui, bien qu\u2019\u00e9tant un supplice, ont fini par les mener un peu au calme. \u00c0\u00a0la fin de la rencontre, tout le monde est physiquement et \u00e9motivement \u00e9puis\u00e9. Ils \u00e9taient peut-\u00eatre des \u00e9trangers les uns pour les autres au d\u00e9but, mais en racontant leurs histoires, ils ont appris qu\u2019ils sont sur la m\u00eame voie. Ils sont tous entr\u00e9s dans un monde des plus \u00e9tranges, et\u00a0ils ont eu de la difficult\u00e9 \u00e0 rebrousser chemin.<\/p>\n<p>De nombreuses personnes des milieux militaires dans ce pays se sont trouv\u00e9es dans ce monde, et leur vie a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e par le paysage int\u00e9rieur autant que par l\u2019endroit o\u00f9 elles vivent. Un ancien combattant, \u00e0 Calgary, affirme que peu importe o\u00f9 il se trouve ou ce qu\u2019il fait, il passe une partie de chaque journ\u00e9e en Afghanistan. Ce n\u2019est pas seulement que leur exp\u00e9rience les ait chang\u00e9s : certains disent qu\u2019ils ont l\u2019impression d\u2019avoir perdu une partie d\u2019eux-m\u00eames. Le public est habitu\u00e9 \u00e0 voir des amput\u00e9s militaires qui ont des jambes ou des bras artificiels, mais peut-on fabriquer une proth\u00e8se pour remplacer une partie du moi?<\/p>\n<p>Les valeurs qui poussent les soldats \u00e0 aider les bless\u00e9s pendant les combats sont les m\u00eames que celles qui poussent les anciens combattants victimes du TSPT \u00e0 raconter leurs histoires. Ils veulent encourager les autres \u00e0 aller chercher de l\u2019aide, \u00e0 comprendre qu\u2019ils ne sont pas tout seuls et que les choses peuvent s\u2019arranger. Ils veulent d\u2019autres services et des meilleurs, pour les militaires, les anciens combattants et leur famille. Ils veulent que les conditions changent afin de pr\u00e9venir le TSPT dans un plus grand nombre de cas, et ils veulent une am\u00e9lioration des traitements et un soutien accru. \u00ab Je suis quelqu\u2019un de tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9, dit Andrew. Mais je ne veux pas que d\u2019autres subissent ce que j\u2019ai subi. Rien que d\u2019y penser, je trouve \u00e7a insupportable. [Mon histoire] pourrait servir \u00e0 aider quelqu\u2019un d\u2019autre. \u00bb<\/p>\n<p>Au cours des cinq prochaines ann\u00e9es, environ 30 000 militaires prendront leur retraite. On s\u2019attend \u00e0 ce qu\u2019un tiers d\u2019entre eux aient des probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale comme la d\u00e9pression, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, des d\u00e9pendances et des troubles de sommeil. Presque 3 000 auront un TSPT grave. Personne ne sait combien de v\u00e9t\u00e9rans des anciens conflits ont un TSPT. Quand la prochaine Bosnie, les prochains Afghanistan, Chypre ou Rwanda arriveront, il y aura une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de victimes du TSPT, et les anciens combattants qui ont racont\u00e9 leurs histoires veulent que l\u2019aide leur soit encore disponible.<\/p>\n<p>Les premiers comptes rendus de guerre recelaient des descriptions du TSPT, bien qu\u2019il ait chang\u00e9 de nom bien des fois au cours des si\u00e8cles\u00a0: le regard hant\u00e9, l\u2019\u00e9puisement au combat, la n\u00e9vrose traumatique, le stress de combat. Des dizaines de milliers de v\u00e9t\u00e9rans des deux guerres mondiales \u00e9taient atteints de TSPT, mais peu apr\u00e8s ces deux conflits, les politiciens, l\u2019arm\u00e9e et le public se sont tourn\u00e9s vers d\u2019autres priorit\u00e9s. Les recherches sur les causes et les traitements du TSPT s\u2019arr\u00eat\u00e8rent peu apr\u00e8s. Les anciens combattants d\u2019aujourd\u2019hui ont peur qu\u2019on s\u2019int\u00e9resse moins au TSPT quand on commencera \u00e0 oublier leurs batailles. Ils s\u2019inqui\u00e8tent de la r\u00e9duction du financement : que les recherches s\u2019estompent.<\/p>\n<p>Il y a de quoi s\u2019inqui\u00e9ter. Le syst\u00e8me est en train de montrer ses limites. Le rapport de 2011 des Services de sant\u00e9 des FC intitul\u00e9 \u00c9tude sur l\u2019incidence cumulative du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et d\u2019autres troubles mentaux nous pr\u00e9vient que les p\u00e9nuries constantes de personnel et le financement vuln\u00e9rable compromettent les services de sant\u00e9 mentale. Des nouvelles ont couru qu\u2019il risquait d\u2019y avoir des fermetures, m\u00eame de l\u2019unit\u00e9 des sp\u00e9cialistes de la pr\u00e9vention des suicides, et une r\u00e9duction du personnel dans la section concern\u00e9e par les recherches sur les probl\u00e8mes de TSPT, de d\u00e9pression et de suicide.<\/p>\n<p>\u00ab Le fardeau associ\u00e9 aux TSO [traumatismes li\u00e9s au stress op\u00e9rationnel] est encore tr\u00e8s lourd et il le demeurera pendant plusieurs ann\u00e9es \u00bb, dit l\u2019ombudsman de la D\u00e9fense nationale et des Forces canadiennes, Pierre Daigle, dans T\u00e9nacit\u00e9 dans l\u2019adversit\u00e9, son \u00e9valuation du syst\u00e8me de soins en sant\u00e9 mentale des FC. Bien que les politiques et programmes cr\u00e9\u00e9s entre 2002 et 2008 aient r\u00e9duit le stigmate et am\u00e9lior\u00e9 le d\u00e9pistage et le traitement, les FC ont de la difficult\u00e9 \u00e0 satisfaire aux besoins. Il y a un manque chronique de professionnels de la sant\u00e9 mentale, dit Daigle. En 2005, 98 millions de dollars ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s au cours de cinq ans pour augmenter de 229 \u00e0 447 le nombre de dispensateurs de soins en sant\u00e9 mentale. Malheureusement, il y a un manque \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays de travailleurs dans le domaine. On en comptait 378, militaires et civils, dans les FC en septembre.<\/p>\n<p>Et en septembre aussi, le ministre de la D\u00e9fense nationale, Peter MacKay, a augment\u00e9 de 11,4 millions de dollars le budget affect\u00e9 aux soins en sant\u00e9 mentale des FC, ce qui fait \u00e0 peu pr\u00e8s 50 millions de dollars par ann\u00e9e. Les nouveaux fonds doivent servir \u00e0 recruter des professionnels de la sant\u00e9 mentale. Dans un discours prononc\u00e9 en novembre au Forum de recherche sur la sant\u00e9 des militaires et des v\u00e9t\u00e9rans canadiens \u00e0 Kingston, en Ontario, il a parl\u00e9 de l\u2019importance des partenariats entre les minist\u00e8res, les chercheurs universitaires et les alli\u00e9s dont les soldats ont des probl\u00e8mes semblables. Mais la situation \u00e9conomique a touch\u00e9 tous ces partenaires aussi\u00a0: les budgets se font r\u00e9duire partout. \u00ab Il ne s\u2019agit pas seulement de coupures concernant les chars d\u2019assaut et les cuirass\u00e9s : il y a la recherche m\u00e9dicale, les soins de sant\u00e9 et les soins d\u2019invalidit\u00e9 \u00bb, dit le psychologue Bret Moore, coauteur de Treating PTSD in Military Personnel (Le traitement du TSPT chez les militaires). V\u00e9t\u00e9ran et ancien psychologue de la U.S. Army, il a bien vu comment la r\u00e9duction du financement affecte la recherche.<\/p>\n<p>\u00ab Nous ne comprenons la maladie [&#8230;] que de mani\u00e8re imparfaite \u00bb, disait-on dans un rapport de 2011 de la Biblioth\u00e8que du Parlement sur le TSPT, \u00ab et rien n\u2019est certain, sauf que ceux qui en sont affect\u00e9s sont en d\u00e9tresse \u00bb. Les malades du TSPT ont d\u00fb composer avec cette d\u00e9tresse tout seuls pendant une grande partie de l\u2019histoire militaire canadienne.<\/p>\n<p>Le v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Stewart MacDonald s\u2019est battu tout seul avec le TSPT pendant plus de soixante ans. Cet homme du Cape Breton avait \u00e0 peine 18 ans quand il est parti en guerre. C\u2019est ce que faisaient les ados en 1944, ou ce qu\u2019ils voulaient faire. Patriotisme et devoir except\u00e9s, c\u2019\u00e9tait une occasion qu\u2019ils avaient de prouver quelque chose, de prendre part \u00e0 quelque chose de plus grand que soi, et une occasion d\u2019aventure, ce qui \u00e9tait rare dans la vie d\u2019un jeune d\u2019une petite ville des Maritimes. Il a pass\u00e9 deux ann\u00e9es en Europe o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e canadienne a lib\u00e9r\u00e9 la Hollande et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 jusqu\u2019en Allemagne.<\/p>\n<p>La mort \u00e9tait toujours proche, comme elle l\u2019\u00e9tait de la plupart des soldats au combat. Le feu d\u2019une mitrailleuse avait travers\u00e9 de part en part le sac \u00e0 dos qu\u2019il portait contre l\u2019\u00e9pine dorsale. Un soldat avait march\u00e9 sur une mine pr\u00e8s de lui et un obus avait pulv\u00e9ris\u00e9 des hommes dans la pi\u00e8ce voisine de celle o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 l\u2019abri. On lui donna la t\u00e2che de fouiller les sous-sols pour d\u00e9busquer l\u2019ennemi. Il n\u2019en a pas trouv\u00e9, mais il y avait des cadavres de femmes et ceux des enfants qu\u2019elles avaient essay\u00e9 de prot\u00e9ger de leurs bras. Il a vu d\u2019autres m\u00e8res et d\u2019autres enfants morts le long des routes, dans les champs. Il a vu des Allemands de son \u00e2ge frapp\u00e9s par balle alors qu\u2019ils essayaient de se rendre. Tout \u00e7a avant son 20e anniversaire.<\/p>\n<p>Il est revenu au Canada et \u00e0 la paix, mais la guerre ne l\u2019a jamais vraiment abandonn\u00e9. \u00ab J\u2019ai eu des cauchemars pendant de nombreuses ann\u00e9es, dit-il. Ils \u00e9taient horribles. Des bombardements. Des coups de feu. Mes draps \u00e9taient tout mouill\u00e9s quand je me r\u00e9veillais. [&#8230;] \u00c7a a continu\u00e9 apr\u00e8s que je me suis mari\u00e9. Ma femme, elle a d\u00fb beaucoup supporter. \u00bb Il n\u2019avait jamais bu une goutte d\u2019alcool avant la fin de la guerre, mais il s\u2019est mis \u00e0 prendre un coup quand il est retourn\u00e9 chez lui. \u00ab Je ne veux pas parler de ce temps-l\u00e0. C\u2019\u00e9taient les pires, vraiment les pires jours de ma vie. \u00bb Il ne savait pas o\u00f9 trouver de l\u2019aide, alors comme des milliers d\u2019autres, il allait aux tavernes et aux salles de la L\u00e9gion royale canadienne o\u00f9 il racontait ses histoires et demandait aux copains ce qu\u2019ils faisaient \u00e0 propos de leurs cauchemars. On lui conseilla de mettre une bible sous son oreiller.<\/p>\n<p>Un ancien combattant terre-neuvien dit qu\u2019il accepte de raconter son histoire parce qu\u2019il veut que quelqu\u2019un dise ce qu\u2019il en est vraiment du TSPT. Mais il semble qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019une seule v\u00e9rit\u00e9, et parler ne sera pas facile. Le TSPT peut \u00eatre caus\u00e9 par diverses sortes de traumatismes, mais ce n\u2019est pas tout le monde chez qui il se d\u00e9veloppe apr\u00e8s en avoir subi un. Il se peut que des ann\u00e9es passent avant que n\u2019apparaissent les premiers sympt\u00f4mes. Deux personnes \u00e0 qui le m\u00eame \u00e9v\u00e8nement a caus\u00e9 un TSPT peuvent avoir des sympt\u00f4mes diff\u00e9rents. Il n\u2019y a pas de traitement unique, pas de m\u00e9dicament unique, pas de combinaison de m\u00e9dicaments et de traitement qui fonctionne pour tout le monde, alors il peut se passer beaucoup de temps avant qu\u2019on trouve une th\u00e9rapie qui soit relativement efficace. M\u00eame apr\u00e8s les traitements, il y a une minorit\u00e9 de personnes chez qui les sympt\u00f4mes persistent et les emp\u00eachent de reprendre une vie normale. Il n\u2019y a pas de gu\u00e9rison et peut-\u00eatre qu\u2019il ne peut pas y en avoir. \u00ab Le TSPT n\u2019est pas une maladie \u00bb, dit John Whelan. Existe-t-il une inoculation qui prot\u00e8ge le soldat des blessures? un baume qui efface les cicatrices de balle? une m\u00e9decine qui restitue les membres? Comme les blessures corporelles, le TSPT laisse des cicatrices, mais elles ne sont pas visibles.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, le TSPT \u00e9tait souvent rejet\u00e9 comme \u00e9tant une faiblesse du caract\u00e8re, m\u00eame de la couardise. L\u2019id\u00e9e a finalement \u00e9t\u00e9 d\u00e9mentie en 1980, quand le TSPT a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, sa cause inscrite comme \u00e9tant un \u00e9v\u00e8nement traumatique suivi par des manifestations \u00e9motives graves comme la panique, la terreur, le chagrin ou la r\u00e9pugnance. Il a fallu beaucoup de temps pour que l\u2019arm\u00e9e accepte le TSPT comme \u00e9tant une blessure et instaure des services pour le soigner. Maintenant, les Forces canadiennes reconnaissent quatre causes de traumatismes li\u00e9s au stress op\u00e9rationnel, dont le TPST est le plus grave. Il n\u2019est pas rare que quelqu\u2019un en ait de plusieurs sortes, m\u00eame des quatre.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e8nements qui provoquent la terreur, l\u2019horreur ou le d\u00e9sespoir. L\u2019adjudant-maitre \u00e0 la retraite Steve Dornan ne fait que donner des indices sur les horreurs de son affectation en Bosnie, o\u00f9 il devait chercher des fosses communes pleines de victimes des massacres. \u00ab C\u2019\u00e9tait facile \u00e0 voir, dit-il, parce qu\u2019il y avait des restes humains qui ressortaient du sol. \u00bb L\u2019adjudant-chef \u00e0 la retraite Jean-Guy Trudel croit que l\u2019accumulation lente du stress pendant sa carri\u00e8re de 37 ans, les d\u00e9m\u00e9nagements incessants, les responsabilit\u00e9s augmentant sans cesse, la vue de trop de choses troublantes pendant ses p\u00e9riodes de service, ont entrain\u00e9 chez lui le TSPT. Pendant une affectation \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, il a appris qu\u2019un de ses amis avait tu\u00e9 son \u00e9pouse \u00e0 la hache et s\u2019\u00e9tait pendu. \u00ab Je l\u2019ai compartimen-t\u00e9 : je l\u2019ai mis de c\u00f4t\u00e9, dit-il. R\u00e9trospectivement, je comprends que je n\u2019avais pas gu\u00e9ri comme il faut. \u00bb La premi\u00e8re nuit apr\u00e8s son retour d\u2019une p\u00e9riode de service, il a eu un cauchemar terrifiant o\u00f9 il tuait sa propre \u00e9pouse. \u00ab\u00a0J\u2019ai mis toutes mes haches dans le coffre de ma voiture, je suis all\u00e9 \u00e0 la base et je les ai mises dans une benne \u00e0 ordure. J\u2019avais peur \u00e0 ce point-l\u00e0, mon cauchemar \u00e9tait p\u00e9n\u00e9trant \u00e0 ce point-l\u00e0. \u00bb En Bosnie, il a vu les murs d\u2019une \u00e9cole qui avaient \u00e9t\u00e9 cribl\u00e9s de balles \u00e0 une hauteur de 50 cm. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u00e0 qu\u2019ils tuaient les gamins, juste les petits gars. \u00bb \u00c0 Ha\u00efti, il a vu des enfants fouiner dans des piles d\u2019ordures de la hauteur d\u2019un \u00e9tage \u00e0 la recherche de choses \u00e0 vendre pour se nourrir. \u00ab \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le comble. \u00bb Il s\u2019est vraiment mis \u00e0 chercher des soins, et il a pris sa retraite plus vite que pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Le stress accumul\u00e9 au fil du temps. Le sergent Ted Peacock n\u2019avait pas retrouv\u00e9 son souffle en revenant d\u2019Afghanistan en 2005, o\u00f9 son unit\u00e9 avait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9t\u00e9 victime d\u2019attaques, qu\u2019on lui a demand\u00e9 d\u2019y retourner. \u00ab J\u2019ai dit : \u201c\u00e7a fait six ans maintenant, et j\u2019arr\u00eate pas de carburer, alors \u00e0 mon retour, j\u2019aimerais faire une pause. Et on m\u2019a dit : \u201couais, tout le monde a besoin d\u2019une pause\u201d. \u00bb Cet Albertain dut accomplir des fonctions encore plus accaparantes apr\u00e8s que son adjudant eut \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par un EEI. Quand il est rentr\u00e9 chez lui, \u00e0 la place du r\u00e9pit qu\u2019il demandait, on l\u2019a soumis \u00e0 une nouvelle affectation. \u00ab Le vendredi, on m\u2019a dit que j\u2019allais \u00eatre adjudant des op\u00e9rations d\u2019un escadron de campagne. Le lundi, j\u2019ai dit que j\u2019avais besoin d\u2019aide et on m\u2019a r\u00e9pondu : \u201cOK, voici quelques pilules pour dormir.\u201d Alors je suis rentr\u00e9 chez moi, je me suis saoul\u00e9 et je me suis effondr\u00e9. J\u2019ai d\u00e9truit mon garage. Un jour j\u2019\u00e9tais tellement \u00e9motif que j\u2019en pleurais, je criais, et puis&#8230; plus rien. \u00bb<\/p>\n<p>Le chagrin. \u00ab Tout le monde commence avec une certaine quantit\u00e9 [de r\u00e9silience] en banque, et il y en a qui en ont plus que les autres\u00a0\u00bb, dit Philip, un major des Prairies qui a servi pendant un certain temps en Afghanistan il y a une demi-douzaine d\u2019ann\u00e9es. Son unit\u00e9 devait, entre autres, r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019\u00e9quipement et faire le nettoyage apr\u00e8s l\u2019explosion d\u2019un EEI, de coups de feu, d\u2019un accident de la circulation. Il se rappelle qu\u2019une fois, il est entr\u00e9 dans un v\u00e9hicule d\u2019assaut l\u00e9ger qui avait \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par un EEI. \u00ab Il y avait un gros trou o\u00f9 le si\u00e8ge du chauffeur aurait d\u00fb \u00eatre. J\u2019ai regard\u00e9 en haut et dit : \u201cAh. Bien s\u00fbr. La cervelle.\u201d \u00bb Un jour, la communication informatique a \u00e9t\u00e9 interrompue brusquement. Quelques ann\u00e9es auparavant, il y avait eu une fuite vers le Canada, par courriel, concernant la nouvelle d\u2019un d\u00e9c\u00e8s et le public avait \u00e9t\u00e9 mis au courant avant la famille. Depuis, le silence des ordinateurs \u00e9tait un pr\u00e9sage de mort. Son unit\u00e9 s\u2019est rassembl\u00e9e, en attendant l\u2019annonce du nom, et lorsqu\u2019elle est arriv\u00e9e, c\u2019\u00e9tait non seulement quelqu\u2019un qu\u2019ils connaissaient tous, mais un jeune caporal que Philip trouvait sympathique et qu\u2019il respectait. Quelqu\u2019un devait aller r\u00e9cup\u00e9rer son \u00e9quipement. Lisant la stup\u00e9faction sur le visage de ses hommes, Philip leur dit : \u00ab Je vais y aller.\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9quipement avait \u00e9t\u00e9 mis dans un sac en plastique jaune ferm\u00e9, par une chaleur de 41 degr\u00e9s. Quand il l\u2019a ouvert, il a \u00e9t\u00e9 envelopp\u00e9 par la puanteur de la mort, laquelle s\u2019est grav\u00e9e dans son esprit et a marqu\u00e9 son \u00e2me au fer rouge. Le chagrin vida son compte de r\u00e9silience. Il est encore en th\u00e9rapie.<\/p>\n<p>La blessure morale. Elle peut \u00eatre \u00e9vidente, comme chez les Casques bleus en Bosnie qu\u2019on emp\u00eachait d\u2019intervenir dans un massacre. L\u2019ancien combattant bourru Bill Maguire a \u00e9t\u00e9 grandement \u00e9branl\u00e9 par la crise d\u2019octobre, quand le premier ministre Pierre Trudeau fit appel \u00e0 l\u2019arm\u00e9e en invoquant la Loi sur les mesures de guerre. On demandait alors aux soldats de prendre les armes contre leurs concitoyens. Ou ce peut \u00eatre plus subtil. \u00ab Je me suis toujours vu comme un soldat dur de dur [&#8230;] mission, mission, mission \u00bb, dit le lieutenant-colonel Chris Linford, ancien commandant de la clinique du Pacifique des Services de sant\u00e9 des FC et second de l\u2019h\u00f4pital militaire \u00e0 Kandahar, qui habite maintenant \u00e0 Victoria. Mais une fois, en regardant le cadavre d\u2019un soldat canadien, il s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019il avait chang\u00e9. \u00ab Je me suis mis \u00e0 vraiment douter de la mission. Je me suis mis \u00e0 me demander [&#8230;] quel est ce prix que nous semblons accepter de payer? \u00bb<\/p>\n<p>Le TSPT n\u2019est pas un prix que paient tous les soldats qui sont de service ou qui vont au combat. Le risque augmente en m\u00eame temps que le contact avec les traumatismes, le nombre d\u2019affectations et l\u2019exp\u00e9rience des combats, mais la plupart des militaires ne d\u00e9veloppent pas de TSPT malgr\u00e9 leur exp\u00e9rience des traumatismes ou du stress, leurs affectations ou leurs combats. Dans l\u2019arm\u00e9e, gr\u00e2ce aux recherches qui s\u2019accumulent, on commence \u00e0 comprendre combien de membres du personnel envoy\u00e9 en Afghanistan ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s. L\u2019\u00e9tude d\u2019un \u00e9chantillon de dossiers m\u00e9dicaux du personnel d\u00e9ploy\u00e9 entre 2001 et 2008, pr\u00e9lev\u00e9 au hasard, a d\u00e9montr\u00e9 que 8 p. 100 \u00e9taient ceux de militaires chez qui on avait diagnostiqu\u00e9 un TSPT relatif \u00e0 une mission et 5,2 p. 100 d\u2019un autre trouble mental comme la d\u00e9pression. En observant de pr\u00e8s les soldats d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 partir de Gagetown en 2007, on a remarqu\u00e9 que le risque de TSPT augmente selon les envois au combat : presque 20 p. 100 d\u2019entre eux ont d\u00e9velopp\u00e9 un TSPT, et la carri\u00e8re de ceux \u00e0 qui on l\u2019avait dia-gnostiqu\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 interrompue pr\u00e9matur\u00e9ment.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt peut donc \u00eatre \u00e9lev\u00e9 pour ceux qui ont un TSPT. Leur vie va \u00e0 la d\u00e9rive lorsque s\u2019aggravent leurs sympt\u00f4mes. L\u2019insomnie, les cauchemars et les flashbacks sont communs, et beaucoup se mettent \u00e0 boire. \u00ab Il \u00e9tait \u00e9vident que si je buvais assez, je ne r\u00eaverais pas \u00bb, dit un v\u00e9t\u00e9ran d\u2019Afghanistan qui habite la c\u00f4te ouest. \u00ab Je comprends tr\u00e8s bien que beaucoup de gars prennent cette tangente. \u00bb Pour certains, les beuveries se transforment en d\u00e9pendances : une obstruction de plus sur la voie de la gu\u00e9rison.<\/p>\n<p>L\u2019isolement est commun aussi. Il y en a qui \u00e9vitent simplement les gens, les endroits et les activit\u00e9s qui leur rappellent le traumatisme, d\u2019autres qui sont isol\u00e9s par des \u00e9motions comme la d\u00e9pression, la culpabilit\u00e9 ou le souci. Certains sont constamment en alerte, se sentent toujours d\u00e9prim\u00e9s, au bord de la col\u00e8re ou des larmes. Ce tourbillon de sympt\u00f4mes peut leur couter leur emploi, leurs amiti\u00e9s, leur mariage, ou faire du tort \u00e0 leurs relations avec leurs enfants. Il y en a qui, leurs sympt\u00f4mes persistant, ne travaillent plus jamais.<\/p>\n<p>Steve Dornan avait des sautes d\u2019humeur apr\u00e8s son affectation en Bosnie, en 1995. \u00ab Il n\u2019y avait pas moyen de d\u00e9comprimer, m\u00eame pas de pape-rasse \u00e0 faire, dit-il. Je suis litt\u00e9ralement descendu de l\u2019avion, je suis rentr\u00e9 (chez moi) et j\u2019ai enlev\u00e9 mon uniforme. On est heureux d\u2019\u00eatre chez soi : c\u2019est fini. C\u2019est termin\u00e9.\u00a0\u00bb Mais tout n\u2019\u00e9tait pas comme avant. \u00ab Une fois, quand ma fille est venue me dire qu\u2019elle \u00e9tait affam\u00e9e, je me suis mis \u00e0 crier apr\u00e8s elle. J\u2019avais vu des gamins qui n\u2019avaient pas de nourriture, qui avaient perdu des jambes ou des bras, qui avaient pil\u00e9 sur des mines, qui \u00e9taient morts dans mes bras; et elle, qui \u00e9tait en sant\u00e9 et en s\u00e9curit\u00e9, se plaignait. \u00bb<\/p>\n<p>Il y eut d\u2019autres exc\u00e8s de col\u00e8re extr\u00eames. \u00ab Mon \u00e9pouse m\u2019a dit qu\u2019il fallait que je fasse quelque chose, qu\u2019elle ne pouvait pas me permettre d\u2019\u00eatre comme \u00e7a avec notre famille. \u00bb Il est donc all\u00e9 voir son patron. \u00ab Je lui ai dit que \u00e7a allait mal \u00e0 la maison. Et il m\u2019a dit qu\u2019il n\u2019y avait pas grand-chose qu\u2019on pouvait faire \u00e0 ce sujet. Quelques semaines apr\u00e8s, j\u2019\u00e9tais \u00e0 mon affectation suivante, dit Dornan. Dans les ann\u00e9es 1990, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on faisait. \u00bb Il avait des flashbacks et s\u2019irritait facilement, mais il n\u2019en parlait pas. \u00ab J\u2019enfermais presque tout \u00e7a dans une petite boite dans ma t\u00eate. On n\u2019en parle pas, c\u2019est pas quelque chose \u00e0 \u00e9changer, c\u2019est pas quelque chose que les gens peuvent comprendre. \u00bb On lui a finalement diagnostiqu\u00e9 un TSPT en 2010, quand Anciens Combattants Canada (ACC) a entrepris de lui prodiguer des soins. Il avait \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 des FC pour raison m\u00e9dicale, mais une autre raison m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Un TSPT a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 \u00e0 Bill Maguire apr\u00e8s son d\u00e9part de l\u2019arm\u00e9e au bout d\u2019une carri\u00e8re de 37 ans, pendant laquelle il avait r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019isoler \u00e0 cause d\u2019une personnalit\u00e9 acari\u00e2tre et en travaillant autant qu\u2019il le pouvait. \u00ab J\u2019\u00e9tais un bourreau de travail, dit-il. Je rageais. J\u2019\u00e9tais en col\u00e8re apr\u00e8s tout le monde, j\u2019\u00e9tais toujours pr\u00eat \u00e0 me battre, j\u2019avais pas de respect de l\u2019autorit\u00e9. Je faisais pas confiance \u00e0 mes sup\u00e9-rieurs; je pense que c\u2019est une des choses importantes, la confiance, et je me plaisais \u00e0 piquer des col\u00e8res. \u00bb<\/p>\n<p>Les choses n\u2019allaient pas mieux chez lui. \u00ab\u00a0J\u2019avais des cauchemars horribles. \u00bb Il s\u2019agitait tellement pendant le sommeil que son \u00e9pouse et lui durent faire chambre \u00e0 part. Le son ou la vue d\u2019un camion-benne le reportait \u00e0 Chypre, o\u00f9 les bless\u00e9s et les cadavres \u00e9taient transport\u00e9s dans de gros camions. \u00ab Une fois, j\u2019ai vu les bless\u00e9s et les morts empil\u00e9s les uns sur les autres. Sapristi, quel g\u00e2chis, et le sang coulait de la benne comme du liquide hydraulique. C\u2019est un de mes cauchemars. \u00bb<\/p>\n<p>Les Forces canadiennes ont invent\u00e9 le terme traumatisme li\u00e9 au stress op\u00e9rationnel (TSO) pour nommer les probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale (la d\u00e9pression, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, le TSPT) engendr\u00e9s par le travail exigeant des guerriers et des Casques bleus. Le diagnostic et le traitement sont devenus bien plus accessibles au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Le minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale et Anciens Combattants Canada ont cr\u00e9\u00e9 un r\u00e9seau national de cliniques en sant\u00e9 mentale et de centres de soutien pour trauma et stress op\u00e9rationnels. Du soutien est offert aux militaires, aux anciens combattants et \u00e0 leur famille aux Unit\u00e9s interarm\u00e9es de soutien au personnel dans les bases et les escadres au moyen du programme de soutien social aux bless\u00e9s de stress op\u00e9rationnel (SSBSO) et dans les Centres de ressources pour les familles des militaires. Le programme des FC En route vers la pr\u00e9paration mentale sert \u00e0 r\u00e9duire le stigmate en conscientisant le public sur les sympt\u00f4mes, en expliquant quelle aide est offerte, et en encourageant les gens \u00e0 demander des soins. Il sert aussi \u00e0 fournir une instruction sur la r\u00e9silience. \u00ab Quand de mauvaises choses arrivent, les gens doivent r\u00e9agir, dit Whelan. C\u2019est normal pour l\u2019\u00eatre humain que d\u2019\u00eatre horrifi\u00e9 ou afflig\u00e9. L\u2019instruction sur la r\u00e9silience leur donne des strat\u00e9gies relativement \u00e0 cette r\u00e9action; elle leur permet de savoir qu\u2019il n\u2019y a pas de mal \u00e0 en parler. \u00bb<\/p>\n<p>Ces \u00e9tapes ont r\u00e9duit le stigmate qu\u2019il y avait en ce qui concerne la demande d\u2019aide, mais elles n\u2019ont pas effac\u00e9 l\u2019h\u00e9sitation que ressentent les gens. Les militaires sont pr\u00e9sum\u00e9s durs, r\u00e9silients, capables de se prendre en main tout seuls. \u00ab On ne veut pas \u00eatre celui qui l\u00e8ve la main pour dire qu\u2019il a un probl\u00e8me, dit Chris Dupee, un caporal qui a servi en Afghanistan. \u00ab Je suis de l\u2019infanterie. Quand on a des probl\u00e8mes, on boit, on va f\u00eater avec les gars. On s\u2019occupe de ses propres probl\u00e8mes. \u00bb<\/p>\n<p>Et quand on demande de l\u2019aide alors qu\u2019on est encore en service, on se ronge les sangs en attendant le diagnostic. \u00ab Entre la demande d\u2019aide et le diagnostic, il y a six mois, dit Dupee. Ce qui arrive entre ces deux moments-l\u00e0, c\u2019est tr\u00e8s, tr\u00e8s dur. Et il n\u2019y a pas de latitude, pas de sympathie par rapport \u00e0 ce qu\u2019on fait, parce que tant qu\u2019il n\u2019y a pas de diagnostic, il n\u2019y a pas de protection. Je connais un gars qui est all\u00e9 en prison pendant ce temps-l\u00e0. C\u2019est de la foutaise. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019attente du diagnostic est esseulante, et le traitement aussi. Et apr\u00e8s, la vie avec le TSPT l\u2019est \u00e9galement. C\u2019est une des raisons pour lesquelles Dupee a cr\u00e9\u00e9 le site MilitaryMinds.ca dans la Toile, o\u00f9 les gens peuvent \u00e9changer leurs exp\u00e9riences relatives au TSPT. Le site a beaucoup d\u2019images de gens qui affichent ce message : \u00ab We Are Not Alone \u00bb [Nous ne sommes pas tout seuls]. Ensemble, ils repr\u00e9sentent un puissant message. \u00ab Il y a beaucoup de gens qui disent qu\u2019ils consultent [le site Web] depuis le d\u00e9but, et qu\u2019ils sont finalement pr\u00eats \u00e0 parler. \u00bb<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es peuvent passer apr\u00e8s le d\u00e9but des sympt\u00f4mes et avant que d\u2019aucuns soient pr\u00eats \u00e0 parler. Certains d\u2019entre eux, comme le major que nous appellerons Philip, voulaient s\u2019occuper d\u2019abord de leurs responsabilit\u00e9s. D\u2019autres, comme Bill Maguire, n\u2019ont pas su pendant des dizaines d\u2019ann\u00e9es ce qui n\u2019allait pas chez eux. Et il y en a encore d\u2019autres qui pensent qu\u2019ils peuvent s\u2019en tirer tout seuls. Un jeune caporal, qui veut qu\u2019on l\u2019appelle John, \u00e9tait revenu r\u00e9cemment d\u2019Afghanistan quand il a appris qu\u2019un de ses amis avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. \u00ab\u00a0Je me suis mis \u00e0 me rappeler tout ce qui m\u2019est arriv\u00e9 durant mon affectation\u00a0\u00bb, dit-il. Les patrouilles dangereuses, les morts, la tension qui use quand on doit \u00eatre vigilant sans cesse. Les sympt\u00f4mes du TSPT ont commenc\u00e9 \u00e0 se manifester deux ou trois jours apr\u00e8s\u00a0: les cauchemars, les flashbacks, la d\u00e9pression. \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais r\u00e9ticent \u00e0 demander de l\u2019aide parce que je pensais qu\u2019il me suffisait d\u2019un peu de temps.\u00a0\u00bb Ensuite, il s\u2019est mis \u00e0 penser au suicide, et il a tendu la main. \u00ab On m\u2019a tout de suite assign\u00e9 un travailleur social et un psychologue. \u00bb On lui procura des somnif\u00e8res, des antid\u00e9presseurs et une psychoth\u00e9rapie. La combinaison a commenc\u00e9 \u00e0 fonctionner au bout de six semaines.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a une obligation morale comme quoi, lorsqu\u2019on envoie des soldats se battre, qu\u2019on les expose au danger, et qu\u2019ils sont bless\u00e9s, on doit les soigner du mieux qu\u2019on peut, avec les meilleurs traitements dont on dispose \u00bb, dit le major Paul Sedge, psychiatre de la Direction des services de sant\u00e9 mentale des FC \u00e0 Ottawa, lors d\u2019un forum au mois de novembre. \u00ab Il y a maintenant un argument \u00e9conomique qui sous-tend l\u2019obligation morale. \u00bb Les FC ont d\u00e9pens\u00e9, en trois ans, 1,2 million de dollars pour soigner 67 soldats envoy\u00e9s en mission en 2007 (presque 18 000 $ pour chacun) et chez qui on avait diagnostiqu\u00e9 un TSPT pendant la premi\u00e8re ann\u00e9e apr\u00e8s leur retour. Chaque lib\u00e9ration pour raison m\u00e9dicale n\u2019est pas seulement une perte de talent pour les FC, mais bien une perte d\u2019investissement en comp\u00e9tences et en formation : un quart de million de dollars par militaire en service. Les particuliers perdent leur carri\u00e8re, certains perdent leur capacit\u00e9 de gagner leur vie. ACC assume la responsabilit\u00e9 des traitements si l\u2019ancien combattant souffre d\u2019un TSPT reli\u00e9 au service apr\u00e8s qu\u2019il a quitt\u00e9 les Forces. \u00ab Il y a eu une augmentation constante du nombre de clients qui ont un TSPT au cours des six derni\u00e8res ann\u00e9es \u00bb, dit le psychologue Norman Shields, chercheur du Centre national pour traumatismes li\u00e9s au stress op\u00e9rationnel de l\u2019H\u00f4pital Sainte-Anne, pr\u00e8s de Montr\u00e9al. En septembre 2012, ACC avait \u00e0 peu pr\u00e8s 11 000 clients touch\u00e9s par le TSPT qui recevaient des pensions li\u00e9es \u00e0 une invalidit\u00e9 ou des avantages sociaux, en vertu de la nouvelle Charte des anciens combattants, pour des blessures li\u00e9es \u00e0 leur service.<\/p>\n<p>Il en va de l\u2019int\u00e9r\u00eat de tout le monde que les traitements fonctionnent, et qu\u2019ils fonctionnent bien. Et les recherches l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9, recherches qui, dans le cas du TSPT, sont encore \u00e0 leurs balbutiements. On ne sait pas encore pr\u00e9cis\u00e9ment comment [le TSPT se d\u00e9veloppe] \u00bb, dit le colonel Rakesh Jetly, conseiller du m\u00e9decin-chef des FC sur la sant\u00e9 mentale et la psychiatrie. Mais notre compr\u00e9hension devient de plus en plus approfondie. \u00bb L\u2019id\u00e9e couramment admise est qu\u2019il y a quelque chose qui cloche relativement \u00e0 la communication entre les parties du cerveau qui r\u00e9gissent la r\u00e9action \u00e0 la peur, le classement et la r\u00e9cup\u00e9ration des souvenirs, et l\u2019apaisement.<\/p>\n<p>Quand on se sent en danger, le cerveau se met en \u00e9tat d\u2019alerte, \u00e9value le danger et pr\u00e9pare le corps \u00e0 s\u2019en occuper. De puissantes hormones de stress sont produites pour pr\u00e9parer les muscles \u00e0 fonctionner, et rapidement. Le c\u0153ur bat plus vite, les vaisseaux sanguins se dilatent, la tension art\u00e9rielle monte, les poumons enflent. Le foie, les cellules graisseuses et les os lib\u00e8rent des nutriments pour alimenter les muscles et le cerveau. De peur qu\u2019il y ait des blessures, les vaisseaux sanguins de la peau se contractent pour limiter la perte de sang et des plaquettes sont produites pour h\u00e2ter la coagulation. On est pr\u00eat \u00e0 se battre en un clin d\u2019\u0153il, ou \u00e0 fuir. Si la situation n\u2019est pas dangereuse apr\u00e8s tout, un signal de fin d\u2019alerte est \u00e9mis et des hormones de d\u00e9tente inondent le cerveau. Mais apr\u00e8s avoir eu une exp\u00e9rience dangereuse, la m\u00e9moire et les \u00e9motions fortes qui les accompagnent sont rang\u00e9es, afin de pouvoir juger du danger et r\u00e9agir encore plus vite la fois suivante.<\/p>\n<p>Dans le TSPT, ce syst\u00e8me ne fonctionne pas bien. On pense que certaines structures c\u00e9r\u00e9brales peuvent \u00eatre endommag\u00e9es par une surdose d\u2019hormones, le r\u00e9sultat d\u2019un danger omnipr\u00e9sent, comme c\u2019\u00e9tait le cas pour le caporal Dupee en patrouille tous les jours en Afghanistan. Ou pour le v\u00e9t\u00e9ran de l\u2019aviation Dornan qui a vu des horreurs au jour le jour en Bosnie \u00e0 la recherche de fosses communes. Ou l\u2019augmentation constante du niveau de stress chez Peacock \u00e0 cause des longues journ\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 faire un travail o\u00f9 une erreur coute des vies. Dans les images de cerveau affect\u00e9 par le TSPT, l\u2019hippocampe, partie du cerveau qui s\u2019occupe du classement et de la r\u00e9cup\u00e9ration des souvenirs, est r\u00e9tr\u00e9ci, et l\u2019amygdale, celle qui sert \u00e0 apprendre \u00e0 avoir peur ou pas de certaines choses, est plus grosse. Le cortex pr\u00e9frontal, la partie charg\u00e9e d\u2019amortir la r\u00e9ponse au stress, de calmer le corps apr\u00e8s le danger ou quand il faut agir malgr\u00e9 le danger, comme courir sous les coups de feu ou aller \u00e0 la rescousse d\u2019un camarade bless\u00e9, est r\u00e9duit. En outre, les souvenirs ne sont pas rang\u00e9s comme il faut. Les exp\u00e9riences mal rang\u00e9es et les \u00e9motions connexes sont interpr\u00e9t\u00e9es comme \u00e9tant des \u00e9v\u00e8nements actuels par le syst\u00e8me d\u2019alerte avanc\u00e9e du cerveau. Chez une personne qui a un TSPT, le rat\u00e9 d\u2019allumage d\u2019une voiture peut faire en sorte qu\u2019elle se baissera vivement, courra \u00e0 l\u2019abri ou tirera les autres vers un refuge parce que ce bruit est associ\u00e9 \u00e0 une \u00e9motion qu\u2019elle a ressentie auparavant sous les coups de feu, une \u00e9motion qui est associ\u00e9e au danger dans son cerveau. Chaque fois que ce souvenir et cette \u00e9motion sont rappel\u00e9s, le lien entre eux se renforce. C\u2019est pour cela qu\u2019il est important de le soigner au plus vite.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il y ait divers traitements pour le TSPT, il n\u2019y en a que quatre pour l\u2019instant qui fonctionnent la plupart du temps. On les appelle th\u00e9rapies fond\u00e9es sur des donn\u00e9es probantes, et ce sont celles que pr\u00e9f\u00e8re l\u2019arm\u00e9e dans les cas de TSPT. La th\u00e9rapie d\u2019exposition prolong\u00e9e d\u00e9sensibilise les gens aux \u00e9motions accablantes du TSPT et s\u2019occupe du comportement d\u2019\u00e9vitement. La th\u00e9rapie du traitement cognitif se charge des effets des traumatismes sur les croyances et les pens\u00e9es. La th\u00e9rapie de l\u2019int\u00e9gration neuro\u00e9motionnelle par les mouvements oculaires aide le traitement des souvenirs. La pharmacoth\u00e9rapie utilise des m\u00e9dicaments pour contr\u00f4ler ou att\u00e9nuer les sympt\u00f4mes.<\/p>\n<p>Selon des recherches pr\u00e9sent\u00e9es au Forum de recherche sur la sant\u00e9 des militaires et des v\u00e9t\u00e9rans canadiens en novembre dernier, les deux psychoth\u00e9rapies, celle de l\u2019exposition prolong\u00e9e et celle du traitement cognitif, r\u00e9duisent la gravit\u00e9 des sympt\u00f4mes d\u2019entre 60 et 80 p. 100 au cours des traitements dont le nombre peut aller jusqu\u2019\u00e0 une douzaine. Toutefois, elles ne fonctionnent pas chez tous les patients, et un quart ou plus d\u2019entre eux abandonnent la th\u00e9rapie parce qu\u2019il faut y raconter et revivre l\u2019\u00e9v\u00e8nement traumatisant encore et encore. Les effets secondaires de la pharmacoth\u00e9rapie poussent certains \u00e0 l\u2019abandonner aussi.<\/p>\n<p>Quand le traitement est efficace, la vie de ceux qui souffrent de TSPT est moins douloureuse. \u00ab Il y a une cicatrice, bien s\u00fbr \u00bb, dit le psychologue de Vancouver Marv Westwood. Toucher \u00e0 cette cicatrice entra\u00eene une r\u00e9action qu\u2019on nomme \u00ab d\u00e9clenchement \u00bb : la renaissance des sympt\u00f4mes. Les gens supportent mieux apr\u00e8s le traitement. \u00ab Les gens savent quels sont les d\u00e9clencheurs. Ils se disent : \u201cOh! Je sais d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient; c\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai eu cette r\u00e9action.\u201d Ils regardent autour d\u2019eux, s\u2019aper\u00e7oivent qu\u2019ils sont en s\u00e9curit\u00e9 et reprennent leurs activit\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>John, le r\u00e9serviste, a trouv\u00e9 que les traitements \u00e9taient douloureux, mais ses sympt\u00f4mes ont \u00e9t\u00e9 att\u00e9nu\u00e9s relativement vite. Les premiers m\u00e9dicaments qu\u2019on lui a prescrits ont diminu\u00e9 son insomnie, son anxi\u00e9t\u00e9 et sa d\u00e9pression. Mais il y avait les effets secondaires. \u00ab Les quatre premiers jours, c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer, dit-il. J\u2019avais la naus\u00e9e, la diarrh\u00e9e, la fi\u00e8vre, des migraines abominables au point o\u00f9 j\u2019en perdais la vue, il y avait des lumi\u00e8res blanches, des vertiges, tout. Vraiment difficile. \u00bb Mais il s\u2019est ent\u00eat\u00e9 et, au bout de six semaines, les m\u00e9dicaments ont port\u00e9 fruit. La psychoth\u00e9rapie aussi l\u2019a aid\u00e9. \u00ab C\u2019est plut\u00f4t surr\u00e9el, dit-il. C\u2019est comme si quelqu\u2019un vous lit une histoire, votre histoire, et c\u2019est comme bizarre. On s\u2019effondre plus souvent parce que le corps doit l\u2019\u00e9vacuer du cerveau. Mais apr\u00e8s on se sent mieux plus souvent. \u00bb La th\u00e9rapie d\u2019exposition a fonctionn\u00e9 pour son intol\u00e9rance envers les foules, et il a pu s\u2019habituer peu \u00e0 peu au transport public pour aller travailler \u00e0 Toronto. \u00c7a fait deux ans maintenant, et il esp\u00e8re en avoir bient\u00f4t fini de toute la th\u00e9rapie.<\/p>\n<p>Revivifier les \u00e9v\u00e8nements traumatisants pendant les s\u00e9ances de th\u00e9rapie en d\u00e9crivant les sons, les images, les couleurs et les odeurs, c\u2019\u00e9tait douloureux et fatigant pour Chris Linford. \u00ab Il fallait que je raconte la m\u00eame histoire trois ou quatre fois. Quand l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 montait, [le th\u00e9rapeute] me faisait employer les techniques de d\u00e9tente et de respiration. Avec le temps [&#8230;] je r\u00e9ussissais \u00e0 les exp\u00e9rimenter et \u00e0 les supporter jusqu\u2019au bout, et elles ne m\u2019affectaient plus du tout au m\u00eame degr\u00e9. \u00bb Ses devoirs l\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 se d\u00e9sensibiliser lentement par rapport aux d\u00e9clencheurs dans son environnement. L\u2019odeur du sang ou de la viande crue \u00e9tait une de ces choses, au point o\u00f9 il ne pouvait plus entrer dans une \u00e9picerie. Son \u00e9pouse, Kathryn, dit que ce fut un processus lent, comprenant de nombreux d\u00e9placements au magasin et une approche graduelle du rayon de la boucherie. \u00ab Des fois, maintenant, je vais au magasin et j\u2019en repars sans m\u2019apercevoir que je suis all\u00e9 au rayon des viandes, \u00bb dit-il.<\/p>\n<p>Les m\u00e9dicaments et la psychoth\u00e9rapie qu\u2019il a re\u00e7us aux FC ont att\u00e9nu\u00e9 ses sympt\u00f4mes, mais c\u2019est en int\u00e9grant la communaut\u00e9 qu\u2019il a ressenti une toute autre gu\u00e9rison. \u00ab J\u2019avais une vie tr\u00e8s isol\u00e9e \u00bb, dit-il. La vie militaire, c\u2019est surtout celle d\u2019un membre d\u2019une \u00e9quipe; on aborde les probl\u00e8-mes et on les r\u00e9sout ensemble; on s\u2019appuie entre co\u00e9quipiers et on veille les uns sur les autres. \u00ab Quand on d\u00e9veloppe un TSPT, pour de vraiment bonnes raisons, on vous retire de \u00e7a. \u00bb Il a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 loin de son unit\u00e9 durant le traitement, \u00e0 une unit\u00e9 interarm\u00e9es de soutien au personnel. Les militaires sont affect\u00e9s \u00e0 ces unit\u00e9s pour les soins et la r\u00e9adaptation, et pour l\u2019attribution des t\u00e2ches que leurs unit\u00e9s d\u2019appartenance ne peuvent pas leur confier. \u00ab Mais ce qui arrive aussi, c\u2019est qu\u2019on vous retire d\u2019une grande partie de l\u2019\u00e9l\u00e9ment de soutien que vous aviez et sur lequel vous avez compt\u00e9 pendant toute votre carri\u00e8re \u00bb, dit Linford. Il a essay\u00e9 un certain nombre de programmes, notamment Outward Bound, Sans limites, et le programme de transition des anciens combattants, qui rassemble les anciens combattants pour des activit\u00e9s de groupe en vue de leur fournir un appui \u00e9motif pendant qu\u2019ils s\u2019attaquent \u00e0 leurs probl\u00e8mes de TSPT. Ils \u00e9changent leurs histoires, leurs d\u00e9fis, leurs r\u00e9ussites, leurs id\u00e9es pendant qu\u2019ils descendent une rivi\u00e8re en cano\u00eb ou qu\u2019ils escaladent un mont de l\u2019Himalaya ou des Rocheuses, ou qu\u2019ils acqui\u00e8rent des comp\u00e9tences interpersonnelles. \u00ab J\u2019ai vite appris que je n\u2019\u00e9tais pas tout seul, dit-il. \u00c7a m\u2019a vraiment donn\u00e9 le genre de sentiment agr\u00e9able qu\u2019on a quand on fait partie d\u2019une \u00e9quipe. \u00bb<\/p>\n<p>Linford a triomph\u00e9 de son isolement en se tournant vers l\u2019ext\u00e9rieur, et il a trouv\u00e9 un appui pour pouvoir se tourner vers l\u2019int\u00e9rieur. La culture militaire produit gens sto\u00efques, qui savent qu\u2019ils risquent d\u2019\u00eatre bless\u00e9s ou tu\u00e9s en service command\u00e9. Ils mettent autrui avant soi, et la mission et le service pour leur pays au-dessus de tout. Ils s\u2019efforcent de surmonter tout obstacle, de ne pas avoir de faiblesse. Le TSPT est une blessure terrible pour des gens qui s\u2019attendent \u00e0 avoir une telle force. Par cons\u00e9quent, ils ne demandent pas de l\u2019aide facilement. \u00ab Ils n\u2019aiment pas ce sentiment de [&#8230;] peut-\u00eatre une faiblesse, ou une faille dans la cuirasse. Je dois m\u2019inclure dans cette liste, dit Linford. Je sais que je ne suis pas gu\u00e9ri; j\u2019aurai toujours un TSPT. Mais je comprends qu\u2019identifier et accepter, et \u00eatre honn\u00eate envers moi-m\u00eame par rapport \u00e0 ma vuln\u00e9rabilit\u00e9 m\u2019a apport\u00e9 une force incroyable. C\u2019est dr\u00f4le que quelque chose qu\u2019on supposerait nous affaiblir nous rend au contraire beaucoup plus forts. Quand j\u2019ai compris \u00e7a, les portes se sont ouvertes devant moi et ma sant\u00e9 s\u2019est rapidement am\u00e9lior\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Une chose importante dont on se rend compte, c\u2019est que le proc\u00e9d\u00e9 de r\u00e9tablissement apr\u00e8s un TSPT n\u2019a pas un seul stade, et qu\u2019on ne peut pas y avoir recours tout seul. \u00ab Il n\u2019existe pas de magie surpuissante, dit Linford. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019acqu\u00e9rir une \u00e9paisseur \u00e0 la fois. \u00bb<\/p>\n<p>La th\u00e9rapie, la m\u00e9dication, et l\u2019appui des pairs, de la famille et de la collectivit\u00e9 jouent tous un r\u00f4le dans la gu\u00e9rison. Le TSPT est l\u2019affaire de tout le monde. Les soldats ont besoin de l\u2019appui des collectivit\u00e9s civiles auxquelles ils reviennent \u00e0 la fin de leur carri\u00e8re militaire. Mais ce n\u2019est pas un sens unique. La collectivit\u00e9 peut aussi s\u2019enrichir gr\u00e2ce \u00e0 ce que l\u2019arm\u00e9e a appris sur les mani\u00e8res de pr\u00e9venir, de soigner et de se remettre d\u2019un TSPT. \u00ab Le TSPT n\u2019existe pas seulement dans l\u2019arm\u00e9e, dit Jetly. Dire que le pays a une obligation morale d\u2019aider les jeunes gens qui ont tant sacrifi\u00e9, \u00e7a ne peut durer que pendant quelques \u00e9lections. \u00bb Le TSPT se produit dans la communaut\u00e9 des civils aussi, ajoute-t-il. Des recherches ont conclu que 10 p. 100 des civils ont un TSPT \u00e0 un certain moment dans leur vie, \u00e0 cause d\u2019accidents de la circulation, d\u2019incendies, de d\u00e9sastres naturels, de viols, de violence faite aux enfants, de passages \u00e0 tabac, de coups de feu. Plus de trois millions de civils canadiens doivent composer avec l\u2019insomnie, des cauchemars, des flashbacks, un engourdissement \u00e9motif, un temp\u00e9rament col\u00e9rique et de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 incessante.<\/p>\n<p>Les civils aussi entrent dans ce monde \u00e9trange, et ils \u00e9prouvent les m\u00eames difficult\u00e9s \u00e0 rebrousser chemin. Mais les m\u00e9decins de famille ne sont pas bien renseign\u00e9s sur le TSPT et sur les mani\u00e8res de le soigner. Contrairement \u00e0 ce qui se passe dans la communaut\u00e9 militaire, rares sont les amis d\u2019un civil, ses voisins et sa famille qui assistent \u00e0 une s\u00e9ance d\u2019instruction sur la sant\u00e9 mentale. Le stigmate relatif \u00e0 la sant\u00e9 mentale est encore pr\u00e9sent partout dans le monde civil. Jetly croit que l\u2019arm\u00e9e peut l\u2019aider \u00e0 \u00e9liminer ces obstacles. Le programme militaire utilis\u00e9 pour r\u00e9duire le stigmate peut servir de mod\u00e8le aux programmes des communaut\u00e9s, et les recherches sur les meilleurs traitements pour les militaires garantiront aussi aux civils des programmes qui auront fait leurs preuves. Et pour finir, dit Jetly, les militaires qui ont un TSPT peuvent raconter leurs exp\u00e9riences.<\/p>\n<p>Et on en revient donc aux neuf hommes dans cette salle d\u2019Halifax. Le sentiment du devoir les a peut-\u00eatre oblig\u00e9s \u00e0 raconter leurs histoires, afin qu\u2019il y ait des services, et peut-\u00eatre d\u2019autres qui soient meilleurs, pour cette g\u00e9n\u00e9ration de militaires victimes du TSPT et pour les prochaines. Chaque fois qu\u2019un ancien combattant redouble de courage pour raconter ses histoires, il am\u00e9liore les chances que, cette fois-ci, le TSPT ne soit pas rel\u00e9gu\u00e9 aux oubliettes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ILLUSTRATION : DAVID JUNKIN La crise qui frappe nos anciens combattants bless\u00e9s Andrew se cache dans son blouson. Renfrogn\u00e9, il se tient le ventre : il est \u00e9videmment angoiss\u00e9. Il a la t\u00eate baiss\u00e9e et son visage est cach\u00e9 par une casquette de baseball \u00e0 grande visi\u00e8re. 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