{"id":192,"date":"2008-07-08T01:01:57","date_gmt":"2008-07-08T05:01:57","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/index.php\/2008\/07\/mission-afghanistan-operation-ateesh-bazi\/"},"modified":"2008-07-08T09:00:17","modified_gmt":"2008-07-08T13:00:17","slug":"mission-afghanistan-operation-ateesh-bazi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2008\/07\/mission-afghanistan-operation-ateesh-bazi\/","title":{"rendered":"Mission Afghanistan: Op\u00e9ration Ateesh Bazi"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2008\/06\/afghanlead.jpg\" alt=\"Une petite r\u00e9sidente de Regay observe la patrouille qui passe. [PHOTO : ADAM DAY]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Une petite r\u00e9sidente de Regay observe la patrouille qui passe. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>En d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi du deuxi\u00e8me jour de l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi, alors que notre patrouille chancelait durant sa 10e heure \u00e0 ce qu\u2019on soup\u00e7onnait \u00eatre, pour la troisi\u00e8me fois, un bastion d\u2019insurg\u00e9s, la chaleur \u00e9tait plus frappante et envahissante qu\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne climatique devrait \u00eatre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les chiffres ne comprennent ni ne racontent les effets du soleil de midi dans le d\u00e9sert afghan sur les cerveaux et les corps de Canadiens n\u00e9s pour le froid. Il fait si chaud que le mot lui-m\u00eame ne dit pas combien il fait chaud. On suce l\u2019air. Le gilet de protection balistique nous fait cuire comme des plaques chauffantes fix\u00e9es \u00e0 la poitrine, au dos et \u00e0 la t\u00eate, et on est \u00e0 peine cons\u00ad\u00adcient que nos syst\u00e8mes sont surcharg\u00e9s. On se sent comme si on devrait griffer quelque chose.<\/strong><\/p>\n<p>Mais nous continuions la marche. Quelqu\u2019un dit qu\u2019il faisait 42\u00b0 C; quelqu\u2019un dit qu\u2019il fait 44 \u00e0 l\u2019ombre. Le paysage de village et de murs en boue, de pavots et sable perdait tout contraste et saturation jusqu\u2019\u00e0 ce que tout ait l\u2019air surexpos\u00e9 et indistinct.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, on parlait de nombre de choses pour att\u00e9nuer l\u2019inconfort. Ensuite, on voyait des mirages. Et puis notre vision devenait trouble, alors on r\u00eavait de mirages.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration allait de l\u2019avant. On nous a avertis que des hommes en \u00e2ge de combattre se d\u00e9pla\u00e7aient sinistrement devant nous. Les soldats canadiens haletaient litt\u00e9ralement. La sueur descendait jusqu\u2019en bas de leurs pantalons lourds. Ils suaient tellement qu\u2019ils arr\u00eataient de suer. \u00c0 ce moment-l\u00e0, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 cuire. Tout bavardage inutile s\u2019est arr\u00eat\u00e9. La patrouille avance de 50 m\u00e8tres et fait une pause de 30 minutes. La patrouille avance de 50 m\u00e8tres de plus et fait une pause de 40 minutes. Ces distances ne sont pas grandes. Tout le monde s\u2019affale dans n\u2019importe quelle ombre qu\u2019on peut trouver.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2008\/06\/afghaninset1.jpg\" alt=\"Des soldats afghans entrent dans le village de Regay, au district de Panjwai. [PHOTO : ADAM DAY]\" align=\"middle\" height=\"221\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Des soldats afghans entrent dans le village de Regay, au district de Panjwai. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas facile d\u2019arriver ici, au village de Khenjakak, au milieu du district de Panjwai de la province de Kandahar. Et maintenant que les Canadiens et tous les soldats afghans qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 rassembler sont finalement arriv\u00e9s, la seule chose \u00e0 laquelle n\u2019importe qui peut penser c\u2019est d\u2019essayer de faire durer l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la fin du jour afin de ne pas s\u2019\u00e9crouler.<\/p>\n<p>Le contact avec l\u2019ennemi, n\u2019importe quand durant l\u2019apr\u00e8s-midi, aurait vraiment \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement affreux et inopportun. \u00c7a aurait \u00e9t\u00e9 un chaos au ralenti; une course de 20 secondes aurait brul\u00e9 l\u2019homme dans la meilleure forme qui soit. Heureusement pour nous, ce n\u2019est pas arriv\u00e9, bien que tout le monde s\u2019attendait \u00e0 ce que \u00e7a arrive. Plut\u00f4t que des talibans, les Canadiens ont surtout trouv\u00e9 des villages d\u00e9serts, comme si tout le monde \u00e9tait parti en vacances, probablement quelque part o\u00f9 il fait frais. Les talibans, s\u2019il y avait des talibans ici, ont apparemment vu le grand nombre de soldats afghans et une certaine quantit\u00e9 d\u2019armure canadienne convergeant vers eux \u00e0 travers la province et les h\u00e9licopt\u00e8res de combat d\u00e9crivant des cercles au-dessus d\u2019eux, et ils ont d\u00e9cid\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas le meilleur moment de se battre.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la chaleur, les talibans ont probablement bien choisi parce que personne n\u2019\u00e9tait de tr\u00e8s bonne humeur pour le combat.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Une unit\u00e9 d\u2019Afghans de l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait men\u00e9e par un homme que les Canadiens ont surnomm\u00e9 Al-Qaeda.<\/p>\n<p>Le lieutenant Matiullah a ce surnom \u00e0 cause de sa barbe menue, sa d\u00e9votion \u00e0 la pri\u00e8re et son habitude de r\u00e9pondre \u00ab inshallah \u00bb \u2014 traduction : \u00e7a arrivera si Dieu le veut \u2014 \u00e0 chaque d\u00e9claration ou demande, mais il ne fait que rire chaque fois que quelqu\u2019un l\u2019appelle Al-Qaeda.<\/p>\n<p>Il a le commandement de la 1re Compagnie du 1er Bataillon, du 1er Kandak du 205e Corps de l\u2019arm\u00e9e nationale afghane, une unit\u00e9 bas\u00e9e \u00e0 la Base d\u2019op\u00e9rations avanc\u00e9e Sperwan Ghar, base dirig\u00e9e par les Canadiens dans le district de Panjwai du Kandahar. Son autre surnom, c\u2019est Shumps. En fait, personne ne l\u2019appelle Matiullah; on l\u2019appelle toujours Shumps, et personne ne m\u2019a jamais dit pourquoi.<\/p>\n<p>Shumps est un soldat afghan typique de bien des fa\u00e7ons : il est fier et brave, habituellement jovial mais quelque peu imp\u00e9n\u00e9trable; n\u2019importe \u00e0 quel point on l\u2019observe, on ne sait jamais \u00e0 quoi il pense ou comment il se sent. Il sourit souvent quand il est contrari\u00e9 et c\u2019est quand il raconte des farces qu\u2019il a l\u2019air le plus f\u00e2ch\u00e9. Quatre Canadiens ont \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s \u00e0 sa compagnie de soldats afghans en tant que conseillers. Les Canadiens font partie de l\u2019\u00c9quipe de liaison et de mentorat professionnel (\u00c9LMP), qui est form\u00e9e de petits groupes de soldats canadiens affect\u00e9s aux unit\u00e9s afghanes, des fantassins habituellement, mais des fois des unit\u00e9s de policiers ou d\u2019autres.<\/p>\n<p>Durant deux jours \u00e0 la fin du mois d\u2019avril 2008, Shumps et ses mentors canadiens ont rejoint une autre compagnie afghane et une grosse force de Canadiens lors de l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi, une man\u0153uvre compliqu\u00e9e de deux jours dans une r\u00e9gion du Panjwai appel\u00e9e \u00ab bastion d\u2019insurg\u00e9s \u00bb, une s\u00e9rie de villages o\u00f9 il n\u2019y a pas eu de pr\u00e9sence importante de l\u2019OTAN depuis neuf mois. Bien que les villages cibl\u00e9s par Ateesh Bazi, Adamzai, Khenjakak et Salavat, ne se trouvent qu\u2019\u00e0 quelques kilom\u00e8tres au sud d\u2019un axe de ravitaillement canadien important, l\u2019OTAN ne se souciait pas de cette r\u00e9gion auparavant.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de ces villages se trouve un endroit appel\u00e9 Nakhonay qui, au d\u00e9but du printemps 2008, \u00e9tait souvent le sujet dont s\u2019entretenaient les soldats cana\u00addiens autour du Panjwai. Nakhonay \u00e9tait un endroit dont les gens parlaient discr\u00e8tement la nuit. Des centaines de talibans \u00e9taient l\u00e0, le bruit courait, qui op\u00e9raient ouvertement dans les rues; ils avaient instaur\u00e9 un gouvernement parall\u00e8le, avaient leur propre monnaie et leurs propres tribunaux. C\u2019\u00e9tait si farfelu, tout le monde \u00e9tait d\u2019accord, qu\u2019il fallait pratiquement que ce soit vrai.<\/p>\n<p>En tout cas, Shumps n\u2019\u00e9tait pas in\u00adquiet. Ou bien il l\u2019\u00e9tait. C\u2019est difficile \u00e0 dire. Des fois, il avait l\u2019air impatient, mais il s\u2019ennuyait peut-\u00eatre. La barri\u00e8re linguistique m\u2019emp\u00eachait de le d\u00e9couvrir, bien que m\u00eame l\u00e0, \u00e0 propos de la langue anglaise, Shumps \u00e9tait difficile \u00e0 lire. Son aisance en ce qui concernait l\u2019anglais laissait perplexe m\u00eame le capitaine Matt Aggus, le mentor de l\u2019\u00c9LMP assign\u00e9 \u00e0 Shumps depuis quelques mois et son ombre durant cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Aggus est un officier intellectuel, presque pensif, de la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry et il croit que l\u2019officier afghan comprend bien plus l\u2019anglais qu\u2019il ne le laisse entendre, mais qu\u2019il ne r\u00e9agit que si c\u2019est quelque chose d\u2019important qui arrive ou qu\u2019il veut vraiment savoir. Par la suite, durant l\u2019op\u00e9ration, par exemple, quand un des soldats de Shumps s\u2019est mis \u00e0 critiquer ouvertement l\u2019aptitude d\u2019Aggus en ce qui concernait la lecture d\u2019une carte, ce dernier a r\u00e9ussi \u00e0 tr\u00e8s bien comprendre la situation sans interpr\u00e8te.<\/p>\n<p>Aggus, qui semble \u00eatre assez en forme pour pouvoir courir trois marathons d\u2019affil\u00e9e, n\u2019\u00e9tait pas du tout d\u00e9rang\u00e9 par cela. Le bilinguisme \u00e9trangement inconstant de Shumps n\u2019\u00e9tait qu\u2019un fait de la vie pour Aggus, quelque chose \u00e0 quoi r\u00e9fl\u00e9chir pendant qu\u2019il observait l\u2019horizon.<\/p>\n<p>Dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019University Queen\u2019s de Kingston (Ont.), le capitaine Aggus voulait \u00e0 l\u2019origine \u00eatre m\u00e9decin mais, comme il le dit, il a d\u00e9cid\u00e9 de briser les gens plut\u00f4t que de les arranger. Il ne veut pas vraiment dire \u00e7a, bien s\u00fbr, il fait simplement preuve d\u2019humour noir, mais c\u2019est ce qu\u2019il dit.<\/p>\n<p>Son r\u00f4le en tant qu\u2019officier de l\u2019\u00c9LMP n\u2019est pas facile du tout. Il ne commande pas Shumps. Et il n\u2019est pas charg\u00e9 de le former non plus. Il est simplement l\u00e0 pour le conseiller, peut-\u00eatre pour lui servir d\u2019exemple et peut-\u00eatre, ce qui est le plus important, pour servir de liaison avec les autres forces de l\u2019OTAN et le support a\u00e9rien durant les op\u00e9rations comme Ateesh Bazi.<\/p>\n<p>Le plan de man\u0153uvre g\u00e9n\u00e9ral pour l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi, c\u2019\u00e9tait que le major de l\u2019\u00c9LMP Mark Campbell et Aggus emm\u00e8nent la force principalement afghane de Sperwan Ghar, \u00e0 travers un village soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019appartenir aux insurg\u00e9s, et de rejoindre la force canadienne de chars d\u2019assaut et de blind\u00e9s venant de la Base d\u2019op\u00e9rations avanc\u00e9e Masum Ghar. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre rencontr\u00e9s, les deux groupes devaient mener un exercice de tir r\u00e9el \u00e0 leur port\u00e9e en fin d\u2019apr\u00e8s-midi avant de camper pour la nuit, \u00e0 un certain endroit dans le d\u00e9sert, et puis prendre la route de Nakhonay \u00e0 l\u2019aube.<\/p>\n<p>Le matin du 24 avril 2008, le 1er jour de l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi, alors que la compagnie afghane de Shumps sortait de Sperwan Ghar pour ce qui allait \u00eatre la plus grosse op\u00e9ration \u00e0 laquelle elle avait particip\u00e9, Aggus montait \u00e0 bord d\u2019un Nyala RG-31 avec le reste de son \u00e9quipe d\u2019\u00c9LMP \u00e0 la recherche de la guerre. L\u2019\u00e9quipe comprenait un infir\u00admier et un chauffeur\/tireur qui \u00e9tait aussi commandant en second d\u2019Aggus, l\u2019adjudant John McNabb.<\/p>\n<p>Ce dernier, un ancien soldat du r\u00e9giment a\u00e9roport\u00e9 qui en est \u00e0 son troisi\u00e8me voyage en Afghanistan, semble avoir d\u00e9couvert la fa\u00e7on dont on endure, avec beaucoup d\u2019humour, n\u2019importe quelle calamit\u00e9 ou malchance qui arrive. En plus de cela, surtout dans une op\u00e9ration comme celle-ci, on sent quand on se tient pr\u00e8s de lui qu\u2019il sait ce qu\u2019il fait et, par cons\u00e9quent, je ne le quitte pas d\u2019une semelle pendant les deux jours qui suivent.<\/p>\n<p>Bien entendu, aller \u00e0 la recherche de la guerre comme Shumps, Aggus et McNabb en ont l\u2019intention, n\u2019a rien de facile, surtout en Afghanistan, o\u00f9 on peut \u00eatre certain que les choses ne vont pas se passer comme on les a pr\u00e9vues et, en plus de tout \u00e7a, la mani\u00e8re parti\u00adculi\u00e8re dont les choses arrivent est toujours surprenante, pour ne pas dire malicieuse.<\/p>\n<p>Le premier arr\u00eat de l\u2019op\u00e9ration arrive au village de Regay qu\u2019il faut nettoyer et qu\u2019on a \u00e9valu\u00e9 comme ayant une certaine connexion avec les m\u00e9chants qui se trouvent peut-\u00eatre dans la r\u00e9gion de Nakhonay. Lorsque le convoi prend le d\u00e9part, McNabb claque la porti\u00e8re du Nyala et semble un peu confus en voyant la longue porti\u00e8re en acier se mouvoir librement avec sa main. Le loquet s\u2019est bris\u00e9 et il en vient \u00e0 tenir \u00e0 la main quelques kilogrammes d\u2019acier, tr\u00e8s important mais maintenant inutile.<\/p>\n<p>Il secoua la t\u00eate et regarda autour de lui, comme s\u2019il se demandait si quelqu\u2019un \u00e9tait en train de faire une farce \u00e0 ses d\u00e9pens. \u00ab Oh ben, tabar\u2014k \u00bb, dit l\u2019infirmier, assis en face de lui, qui regarde la porti\u00e8re qui va et vient. \u00ab C\u2019est pas possible. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2008\/06\/afghaninset8.jpg\" alt=\"Le capitaine Matt Aggus (\u00e0 g.) et le lieutenant Matiullah (Shumps) discutent de leur travers\u00e9e d'Adamzai. [PHOTO : ADAM DAY]\" align=\"middle\" height=\"411\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le capitaine Matt Aggus (\u00e0 g.) et le lieutenant Matiullah (Shumps) discutent de leur travers\u00e9e d<\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>En peu de temps, l\u2019adjudant avait trouv\u00e9 une fa\u00e7on d\u2019\u00e9tirer la jambe pour coincer son pied contre un petit coffre et tenir ainsi la porti\u00e8re ferm\u00e9e, mais il \u00e9tait probablement extr\u00eamement inconfortable, vu qu\u2019il \u00e9tait boucl\u00e9 fermement dans un harnais \u00e0 cinq branches. Il ne dit pas un seul mot. Il ne faisait que secouer la t\u00eate et il semblait attendre la prochaine chose qui irait mal.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas eu besoin d\u2019attendre longtemps. D\u2019abord, les radios ne fonctionnent pas, ensuite, une couple de v\u00e9hicules de l\u2019arm\u00e9e nationale afghane (ANA) sont embourb\u00e9s dans un oued, et puis il y a des rapports que la grosse force canadienne qu\u2019on devait rencon\u00adtrer pr\u00e8s de Regay avait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de retard \u00e0 cause de probl\u00e8mes de navigation \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019est et elle \u00e9tait en train d\u2019envoyer des v\u00e9hicules chenill\u00e9s \u00e0 travers des murs de boue pour trouver une issue. \u00c0 la radio, on demandait le d\u00e9ploiement des sp\u00e9cialistes canadiens charg\u00e9s de compenser les fermiers afghans quand leurs biens sont endommag\u00e9s par l\u2019OTAN.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, la porti\u00e8re du Nyala s\u2019ouvrait toute seule durant notre tangage \u00e0 travers les routes aux profondes orni\u00e8res. L\u2019adjudant McNabb ne pouvait que secouer la t\u00eate d\u2019un air grave.<\/p>\n<p>\u00ab Un soldat m\u2019a enseign\u00e9 un adage l\u2019autre jour \u00bb, lui dis-je.<\/p>\n<p>Il me regarde et soul\u00e8ve son menton un millim\u00e8tre \u00e0 peine; \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, il voulait l\u2019entendre. C\u2019\u00e9tait un adage s\u00e9v\u00e8re, le genre de choses que disent les soldats quand il s\u2019agit de d\u00e9crire la vie \u00e0 la guerre toujours accablante.<\/p>\n<p>\u00ab F\u2014kery knows no bounds (la putasserie n\u2019a pas limites) \u00bb, lui dis-je.<\/p>\n<p>Il sourit en coin, \u00e9videmment tr\u00e8s amus\u00e9. Et puis il a l\u2019air de r\u00e9fl\u00e9chir. \u00ab Les Afghans ont un adage comme celui-l\u00e0 aussi \u00bb, dit-il calmement. \u00ab C\u2019est \u201cinshallah\u201d. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne faut pas oublier que cela se passe durant la premi\u00e8re demi-heure de l\u2019op\u00e9ration, quand la base Sperwan Ghar que nous venions de quitter \u00e9tait encore bien visible. La friction. C\u2019est comme \u00e7a que les gars qui se sp\u00e9cialisent en planification appellent \u00e7a. Cela signifie que dans une manifestation aussi compliqu\u00e9e que l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi, il y a toujours beaucoup de petites choses qui vont mal, alors il faut \u00e9chafauder un plan robuste qui puisse supporter les petites \u00e9ventualit\u00e9s sans se faire d\u00e9manteler enti\u00e8rement. Pour cette op\u00e9ration, les planificateurs devaient \u00eatre bons, alors il n\u2019y a pas eu de divagation malgr\u00e9 une friction importante.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques heures de retard et de battage, la grosse force afghane de deux compagnies s\u2019est rendue \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de Regay, o\u00f9 elle descend des v\u00e9hicules et se pr\u00e9pare \u00e0 entrer au village \u00e0 pied. Mais les soldats s\u2019assoient un peu partout avant que les patrouilles prennent le d\u00e9part, et se demandent ce qui va se passer durant les quelques prochains jours, si les talibans vont se battre ou rester tapis. En g\u00e9n\u00e9ral, ils pensent qu\u2019ils vont rester tapis, mais personne n\u2019est vraiment s\u00fbr. \u00ab C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019on va fouiller du c\u00f4t\u00e9 sud-ouest de Nakhonay \u00bb, dit le major Campbell. \u00ab On veut le d\u00e9finir d\u2019abord, ou tout au moins essayer.<\/p>\n<p>\u00ab Si on s\u2019avance avec une puissance de combat \u00e9crasante, ils ne vont pas accepter le combat. Ils ne sont pas stupides \u00bb, dit-il, finissant sa phrase presque comme si c\u2019\u00e9tait une question. L\u00e0-dessus, l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait lanc\u00e9e officiellement et les soldats afghans, avec leurs mentors canadiens, commenc\u00e8rent \u00e0 marcher, en trois longues colonnes, vers Regay, le soleil d\u00e9j\u00e0 haut dans le ciel, qui tapait sur les montagnes d\u00e9coup\u00e9es non loin de l\u00e0.<\/p>\n<div class=\"caption_img middle\"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.legionmagazine.com\/en\/wp-content\/uploads\/2008\/06\/afghaninset6.jpg\" alt=\"Un soldat de la 1re compagnie avec son arme improvis\u00e9e. [PHOTO : ADAM DAY]\" align=\"middle\" height=\"343\" width=\"515\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Un soldat de la 1re compagnie avec son arme improvis\u00e9e. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Quant \u00e0 Regay, comme cela se fait commun\u00e9ment pour d\u00e9crire un endroit dans un pays \u00e9tranger, il est \u00ab au bord du d\u00e9sert \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, Regay est m\u00eame encore plus au bord du d\u00e9sert que \u00e7a. Dans ce cas-ci, c\u2019est le d\u00e9sert du Registan, qu\u2019on appelle des fois le d\u00e9sert Rouge \u00e0 cause de sa couleur ocre fonc\u00e9e, et le village de Regay en est \u00e0 la fin du processus o\u00f9 il en devient une partie.<\/p>\n<p>La p\u00e9riph\u00e9rie de Regay est une s\u00e9rie de dunes d\u2019o\u00f9 sortent des murs en ruine. Il n\u2019y a pas d\u2019adultes autour, mais des enfants courent librement parmi les dunes, peut-\u00eatre jouent-ils. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du village, des dunes plus petites couvrent les petites all\u00e9es entre les enceintes et nombre d\u2019\u00e9difices en ruines semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9s avec des gravures complexes par quelque force \u00e9trange d\u2019une autre plan\u00e8te, et puis bombard\u00e9s par une autre force. En g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019endroit semble appartenir \u00e0 un temps tout de suite apr\u00e8s la fin du monde; ou peut-\u00eatre avant elle.<\/p>\n<p>Aggus et Shumps guident les soldats afghans dans la bonne direction. Shumps, bien qu\u2019il semble \u00eatre attentif, ne s\u2019int\u00e9resse gu\u00e8re \u00e0 la carte d\u2019Aggus, ni aux plans tactiques dont il parle, ni aux conseils de navigation qu\u2019il lui donne; \u00e0 la place, il semble content d\u2019aller dans le sens du courant, quel qu\u2019il soit.<\/p>\n<p>La patrouille s\u2019avance en plein milieu du village et s\u2019\u00e9tablit sur une dune, \u00e0 d\u00e9couvert. L\u2019autre compagnie afghane est visible au loin, qui contourne la p\u00e9riph\u00e9rie de Regay et vient vers nous. \u00ab 7-1 Alpha \u00bb, dit Aggus \u00e0 la radio. \u00ab La 1re Compagnie a d\u00e9pass\u00e9 l\u2019objectif Little Mountain et s\u2019est dispos\u00e9e au point 31256. \u00c0 vous. \u00bb<\/p>\n<p>Le capitaine se laisse tomber, d\u00e9sireux de conserver son \u00e9nergie dans cette chaleur accablante. \u00ab C\u2019est insupportable \u00bb, dit-il. \u00ab Il y a encore trois heures avant la partie la plus chaude de la journ\u00e9e; \u00e7a va \u00eatre une h\u2014tie de fournaise. \u00bb<\/p>\n<p>Shumps n\u2019est pas convaincu que ce soit une bonne id\u00e9e de garder sa patrouille ici. Et vu que sa compagnie est \u00e9tal\u00e9e en petits groupes \u00e0 des centaines de m\u00e8tres dans toutes les directions, sa br\u00e8ve h\u00e9sitation est cause de confusion, car nombre d\u2019entre eux ont continu\u00e9 de marcher, ne sachant pas que nous avions atteint l\u2019objectif que nous nous \u00e9tions fix\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e8te dit \u00e0 Aggus que Shumps veut emmener la compagnie \u00e0 la limite des arbres \u00e0 500 m\u00e8tres de l\u00e0, o\u00f9 des soldats afghans attendent d\u00e9j\u00e0, et il semble d\u00e9j\u00e0 demander que sa compa\u00adgnie prenne le d\u00e9part. \u00ab Je sais qu\u2019ils attendent \u00bb, r\u00e9plique Aggus imm\u00e9diatement, \u00ab mais on ne peut pas y aller. On ne peut pas y aller avant d\u2019avoir rejoint le commandant de Kandak et qu\u2019il nous dise ce qu\u2019il veut qu\u2019on fasse. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e8te dit \u00e7a \u00e0 Shumps qui semble y r\u00e9fl\u00e9chir un instant avant de porter son regard \u00e0 la limite des arbres avec indiff\u00e9rence. Il trouve probablement le besoin constant des Canadiens de tra\u00adcer et contr\u00f4ler les positions et de v\u00e9rifier tous les mouvements avec les sup\u00e9rieurs, plut\u00f4t ennuyeux. La limite des arbres \u00e9tait sans doute une meilleure position que de rester assis \u00e0 d\u00e9couvert, comme c\u2019\u00e9tait le cas \u00e0 ce moment-l\u00e0, alors il lui a probablement sembl\u00e9 \u00e9trange que les Canadiens veuillent tenir cette position simplement parce que c\u2019est la position choisie sur une carte quelques jours auparavant.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e8te, un jeune Afghan du Nord, ne parle probablement pas l\u2019anglais beaucoup mieux que Shumps. Malgr\u00e9 cela, il prenait de grands risques en se trouvant ici, car les interpr\u00e8tes, au contraire des soldats de l\u2019ANA, sont souvent injuri\u00e9s par beaucoup d\u2019Afghans. Quelques instants auparavant, l\u2019interpr\u00e8te se vantait que m\u00eame sa propre m\u00e8re ne sait pas comment il gagne sa vie.<\/p>\n<p>Shumps et l\u2019interpr\u00e8te parlent quelques secondes et puis ce dernier dit \u00e0 Aggus que la radio du commandant de Kandak est en d\u00e9rangement, et que Shumps n\u2019arrive pas \u00e0 le joindre. Aggus soupire et appelle lui-m\u00eame, sachant d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9ponse qu\u2019on va lui donner. \u00ab L\u2019indicatif d\u2019appel ici a l\u2019intention d\u2019avancer jusqu\u2019\u00e0 un bosquet au bord de l\u2019objectif Big Mountain \u00bb, dit-il au major Campbell par radio, \u00ab et je voudrais savoir si le commandant de Kandak est d\u2019accord, vu que l\u2019indicatif d\u2019appel ici ne peut pas communiquer avec lui. \u00c0 vous. \u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse embrouill\u00e9e arrive tout de suite. Aggus transmet le message \u00e0 Shumps par le truchement de l\u2019interpr\u00e8te. \u00ab Alors on va rester ici jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019autre compagnie soit dans le village et on pourra alors aller jusqu\u2019\u00e0 la limile des arbres. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le but de donner une le\u00e7on suite \u00e0 la petite conversation, il ajoute : \u00ab Si la 2e Compagnie vous dit d\u2019aller la rejoindre dans le village, vous devriez lui dire que \u00e7a ne fait pas partie du plan, et elle n\u2019a pas le droit de vous dire \u00e7a, et que vous allez ob\u00e9ir aux ordres de votre commandant. \u00bb<\/p>\n<p>Shumps regarde le sol, et puis le ciel, presque comme un petit gar\u00e7on quand son p\u00e8re essayait de corriger sa fa\u00e7on d\u2019agir : il \u00e9coute peut-\u00eatre, mais il n\u2019est pas tr\u00e8s content. Quoi qu\u2019il en soit, en fin de compte, Shumps a fait ce qu\u2019il voulait et la patrouille au complet s\u2019est avanc\u00e9e jusqu\u2019aux arbres o\u00f9 tout le monde s\u2019assoit pour faire une longue pause.<\/p>\n<p>D\u00e9tendus sur le sable, Aggus et McNabb \u00e9coutent la radio o\u00f9 les \u00ab tankers \u00bb du Lord Strathcona\u2019s Horse grommellent \u00e0 propos de leurs chars Leopard qui sont coinc\u00e9s et de trouver une issue au terrain du Panjwai compliqu\u00e9 au point qu\u2019ils en ont des cauchemars. Il y a des rires compatissants d\u2019Aggus et de McNabb \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<p>En attendant, la seule friction, pratiquement, \u00e0 Regay arrive d\u2019une mani\u00e8re des plus nonchalantes, quand la patrouille s\u2019est arr\u00eat\u00e9e dans l\u2019ombre en attendant qu\u2019on vienne la chercher. \u00ab Est-ce qu\u2019on a le temps de bouffer? \u00bb L\u2019adjudant demandait cela \u00e0 son capitaine.<\/p>\n<p>\u00ab Probablement \u00bb, r\u00e9pondit Aggus.<\/p>\n<p>Mais, que pourrait-il arriver d\u2019autre, aussit\u00f4t que McNabb avait mis sa ration de pain de viande avec sauce dans le sac de cuisson, les v\u00e9hicules se pointent \u00e0 l\u2019horizon, venant nous chercher \u00e0 toute allure. \u00ab C\u2019est pas croyable \u00bb, gronde McNabb pour rire. \u00ab Vous avez dit qu\u2019on avait le temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ben, c\u2019est la guerre, vous prenez vos risques \u00bb, r\u00e9pondit Aggus en gloussant doucement, tout en regardant McNabb enfoncer son sac \u00e0 ration qui fumait encore dans son sac \u00e0 dos.<\/p>\n<p>Toutefois, il n\u2019a pas fallu longtemps \u00e0 la malchance pour rattraper McNabb, et au milieu du chemin vers la route o\u00f9 les tankers du Strathcona arrivent, notre Nyala subit une sorte de crise \u00e9pileptique sur le sable brulant du d\u00e9sert. Quoi que fit le chauffeur, le Nyala refusait d\u2019avancer. L\u2019\u00e9quipage au complet des\u00adcend et de l\u2019ext\u00e9rieur, il semble que les freins sont coinc\u00e9s. Chaque fois que le chauffeur appuyait sur l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur, le Nyala sautait verticalement sur le sable, tout en crachant de la fum\u00e9e noire comme un animal de l\u2019\u00e2ge du p\u00e9trole qui se meurt.<\/p>\n<p>Aggus et McNabb ont pass\u00e9 une grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 observer leur Nyala d\u2019un air triste, appelant \u00e0 l\u2019aide de temps en temps, une aide qui a fini par arriver gr\u00e2ce \u00e0 un v\u00e9hicule de d\u00e9pannage du Strathcona d\u2019o\u00f9 sort un m\u00e9canicien de chars du Strathcona d\u00e9j\u00e0 harcel\u00e9 qui, apr\u00e8s avoir entendu les sympt\u00f4mes de la panne du Nyala, admet tout de suite qu\u2019il ne peut ni r\u00e9parer le v\u00e9hicule ni nous remorquer.<\/p>\n<p>McNabb secouait simplement la t\u00eate.<\/p>\n<p>Le m\u00e9canicien de chars demande quand m\u00eame \u00e0 Aggus de d\u00e9marrer le Nyala, rien que pour voir le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Comme pr\u00e9vu, le Nyala d\u00e9marre et s\u2019avance presque comme s\u2019il n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 endommag\u00e9.<\/p>\n<p>McNabb secouait simplement la t\u00eate.<\/p>\n<p>En conclusion, on pense que le pro\u00adbl\u00e8me \u00e9tait caus\u00e9 par la chaleur, et nous avons tous h\u00e2te de rejoindre tout le monde pour faire le dernier exercice du jour, le tir r\u00e9el de port\u00e9e. Le major Campbell dit que \u00ab c\u2019est toujours bien de savoir si les canons fonctionnent \u00bb.<\/p>\n<p>Durant l\u2019exercice sur cible, les armes lourdes de la compagnie de Shumps, des mitrailleuses de 12,7 mm et de 14,5 mm mont\u00e9es \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de camions Ford Ranger, ont des rat\u00e9s et se bloquent au point o\u00f9 sur les quatre qui ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es, il n\u2019y en a qu\u2019une qui tire et, on ne sait trop comment, elle manque compl\u00e8tement la montagne et les balles s\u2019en vont vers le Pakistan. Les chars canadiens, quant \u00e0 eux, lan\u00e7aient des obus qui explosaient sur la montagne de fa\u00e7on impressionnante, faisant sauter des morceaux de pierre et donnant un spectacle de bruit et de puissance qu\u2019on ne pouvait ignorer \u00e0 des milles \u00e0 la ronde.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du tir, le convoi au complet, qui avait alors plusieurs kilom\u00e8tres de longueur et qui \u00e9tait plus large que jamais, s\u2019\u00e9lan\u00e7a en grondant autour de la montagne, en direction d\u2019un emplacement pr\u00e8s de Nakhonay.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>La question qu\u2019on se pose, bien s\u00fbr, c\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas eu de pr\u00e9sence de la coalition d\u2019importance \u00e0 Nakhonay et ses environs pendant si longtemps.<\/p>\n<p>C\u2019est difficile de comprendre comment permettre le d\u00e9veloppement d\u2019un \u00ab bastion d\u2019insurg\u00e9s \u00bb \u00e0 10 kilom\u00e8tres seulement d\u2019une importante base canadienne pouvait \u00eatre bon pour la stabilit\u00e9 du Kandahar. \u00ab Nous ne sommes pas encore all\u00e9s nettoyer l\u2019endroit, et le tenir, alors c\u2019est quelque chose sur laquelle nous sommes en train de nous pencher \u00bb, dit le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Guy Laroche, de retour au terrain d\u2019aviation de Kandahar, peu de temps apr\u00e8s l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi.<\/p>\n<p>Bien que certains officiers canadiens se plaisent \u00e0 dire que le fait que l\u2019ennemi ne combatte plus de front, qu\u2019il ne s\u2019engage plus dans des tactiques conventionnelles, est une indication du succ\u00e8s de l\u2019OTAN, on se demande ce qui arriverait si un convoi canadien allait directement \u00e0 Nakhonay. Il est fort pro\u00adbable qu\u2019il y aurait un gros combat conventionnel, mais ce n\u2019est pas couru d\u2019avance. \u00ab Nous sommes all\u00e9s l\u00e0-bas pour voir si l\u2019ennemi y \u00e9tait \u00bb, dit Laroche. \u00ab Nous ne savons pas s\u2019il y avait vraiment des m\u00e9chants dans la r\u00e9gion, et il n\u2019y a pas eu d\u2019engagement direct. \u00bb<\/p>\n<p>En fin de compte, le facteur crucial, c\u2019est la main-d\u2019\u0153uvre. Cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile d\u2019assembler les forces pour Ateesh Bazi; il a fallu la planifier pendant presque un mois. Pour atteindre les objectifs de base de la strat\u00e9gie contrinsurrectionnelle rien que dans le district de Panjwai \u2014 nettoyer une r\u00e9gion d\u2019insurg\u00e9s, la tenir et construire l\u00e0-dessus \u2014 il faudrait \u00e9videmment d\u2019autres troupes.<\/p>\n<p>M\u00eame si les troupes ne sont pas habituellement en assez grand nombre, au moins pendant quelques semaines, en avril, on avait des raisons d\u2019esp\u00e9rer, au terrain d\u2019aviation de Kandahar, parce que les marines \u00e9tats-uniens \u00e9taient arriv\u00e9s en grand et ils \u00e9taient arm\u00e9s et pr\u00eats \u00e0 combattre.<\/p>\n<p>La 24th Marine Expeditionary Unit est une force de combat autonome de presque 3 000 hommes de troupe et elle arrivait avec autant d\u2019armes lourdes qu\u2019il lui \u00e9tait possible d\u2019apporter; difficile de ne pas avoir de piti\u00e9 pour l\u2019ennemi quand on observe les rang\u00e9es \u00e0 n\u2019en plus finir de blind\u00e9s, de chasseurs \u00e0 r\u00e9action et d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res d\u2019attaque des marines.<\/p>\n<p>De fait, il n\u2019y a pas d\u2019aura exactement comme celle d\u2019un grand groupe de jeunes marines des \u00c9tats-Unis endurcis qui font le pied de grue tout autour du terrain d\u2019aviation, en attendant que les commandants s\u2019occupent de la paperasserie et les lancent au combat. (Cependant, lorsque vous lisez ceci, ils ont vraiment pris part aux combats, ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 l\u2019ouest o\u00f9 ils aident les Britanniques, dans la province de Helmand.)<\/p>\n<p>Ces marines sont les seules personnes que j\u2019ai jamais rencontr\u00e9es, j\u2019ai l\u2019impression, pour qui mourir au combat serait une partie de plaisir. Ou, tout au moins, ce serait plus amusant que de patienter au terrain d\u2019aviation de Kandahar pendant deux mois, ce qu\u2019ils ont fait pour l\u2019instant.<\/p>\n<p>Il faut le dire, le terrain d\u2019aviation n\u2019est pas le meilleur endroit o\u00f9 passer sa vie. Tout le n\u00e9cessaire s\u2019y trouve, mais il ne s\u2019agit pas d\u2019une existence joyeuse, assez pr\u00e8s du chez soi pour rappeler \u00e0 quel point il manque mais pas assez pr\u00e8s pour qu\u2019on soit heureux.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, le bar \u00e0 expresso o\u00f9 l\u2019on peut boire du caf\u00e9 \u00e0 volont\u00e9 apporte un peu de calme. Mais m\u00eame comme \u00e7a, il faut \u00eatre patient pour se tenir debout et appuyer sur le bouton \u00e0 plusieurs repri\u00adses pour obtenir une tasse pleine, sans parler de la volont\u00e9 de fer pour endurer les regards hostiles des soldats europ\u00e9ens en manque de caf\u00e9ine qui attendent leur tour.<\/p>\n<p>Mais m\u00eame au terrain d\u2019aviation, les hostilit\u00e9s, disons qu\u2019elles font intrusion, dans le malaise climatis\u00e9. M\u00eame au terrain d\u2019aviation, on ne peut le dire plus d\u00e9licatement, on peut exploser \u00e0 tout moment, car les roquettes tombent du ciel avec une r\u00e9gularit\u00e9 d\u00e9concertante. Et quand on sait qu\u2019une roquette pourrait foncer sur soi \u00e0 tout instant, la vie devient tout autre. C\u2019est un changement subtil, un petit d\u00e9clic dans le fond du cerveau. On passe, tout doucement, de la vie normale au simple espoir qu\u2019on va survivre. Pour pouvoir l\u2019endu\u00adrer de cette fa\u00e7on-l\u00e0, on dirait qu\u2019il faut abandonner un tout petit peu, de s\u2019abandonner au sort, ou au destin, ou inshallah, ou quelle que soit la mani\u00e8re qu\u2019on veuille l\u2019exprimer. Et m\u00eame la cr\u00e8me glac\u00e9e \u00e0 volont\u00e9 n\u2019aide pas beaucoup en ce qui concerne cette r\u00e9alit\u00e9, surtout apr\u00e8s sept, huit ou neuf mois de service, comme c\u2019est le cas pour bien des membres du personnel du quartier g\u00e9n\u00e9ral canadien.<\/p>\n<p>Toutefois, le gros danger de mort ce n\u2019est pas une roquette dans la t\u00eate, dit-on aux soldats canadiens \u00e0 leur arriv\u00e9e pour les rassurer, ce serait plut\u00f4t la sorte d\u2019h\u00e9morragie art\u00e9rielle qui arrive quand, disons, les jambes sont arrach\u00e9es.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat, la plupart des soldats ont un savoir-faire des plus impressionnant en ce qui concerne le garrot militaire \u00e0 la fine pointe de la technologie qui sert \u00e0 comprimer circulairement le membre. Bien que le garrot arr\u00eate l\u2019h\u00e9morragie dans la plupart des cas, la probabilit\u00e9 de sauver le membre est loin d\u2019\u00eatre excellente. Et des fois, m\u00eame le garrot ne suffit pas, ce qui veut dire qu\u2019il ne reste qu\u2019\u00e0 essayer la solution du dernier ressort : le pansement Quick Clot. Il s\u2019agit d\u2019un produit chimique qu\u2019on saupoudre sur la blessure comme si c\u2019\u00e9tait de la liti\u00e8re pour chat et qui caut\u00e9rise le tout si fort qu\u2019il arrive r\u00e9guli\u00e8rement que la personne qui applique l\u2019agent coagulant souffre de brulures, alors imaginez le pauvre sur qui il est appliqu\u00e9. L\u2019agent est si puissant qu\u2019on ne peut l\u2019utiliser que sur les membres car on sait qu\u2019il rongerait des organes en entier.<\/p>\n<p>Et ce ne sont l\u00e0 que les renseignements de la s\u00e9ance d\u2019information \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>Pendant ce temps, pr\u00e8s de Nakhonay, le deuxi\u00e8me jour de l\u2019Op\u00e9ration Ateesh Bazi, le soleil commen\u00e7ait \u00e0 poindre \u00e0 l\u2019horizon un peu apr\u00e8s 5 h, et tout le monde se levait, personne n\u2019ayant succomb\u00e9 durant la nuit aux vip\u00e8res, aux scorpions ou aux talibans.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le plan, il fallait conduire jusqu\u2019\u00e0 une position \u00e0 peu pr\u00e8s au centre de tous les villages et placer les chars d\u2019assaut et les v\u00e9hicules cana\u00addiens pour qu\u2019ils puissent offrir un tir de couverture pendant que les Afghans et l\u2019\u00c9LMP nettoyaient les villages une enceinte \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Lorsque le convoi arriva, au grand complet, au centre de la position de combat, il fallut r\u00e9ajuster le tout, alors pendant un certain temps, les gens dans les villages pouvaient voir ce d\u00e9ploie\u00adment effrayant de puissance de feu qui tournait en rond, litt\u00e9ralement, \u00e0 travers leurs champs. \u00ab Maintenant, ils ne vont pas se battre avec nous, c\u2019est s\u00fbr \u00bb, dit McNabb. \u00ab Ils vont croire qu\u2019on est tous des h\u2014ties de fous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si on n\u2019a pas de plan, c\u2019est s\u00fbr que l\u2019ennemi ne pourra pas deviner ce qu\u2019on va faire \u00bb, dit joyeusement un autre soldat.<\/p>\n<p>\u00ab Planifiera bien qui planifiera le dernier \u00bb, dit un autre.<\/p>\n<p>Cependant, en fin de compte, tout est r\u00e9gl\u00e9 et les \u00c9LMP s\u2019assemblent pour leur derni\u00e8re s\u00e9ance d\u2019information. \u00ab Bon, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre question, je vous souhaite \u00e0 tous un tab\u2014e de bon temps \u00bb, dit le major Campbell aux \u00c9LMP assembl\u00e9s. \u00ab Allez-y lentement et s\u00fbrement, c\u2019est pas un h\u2014ie de sprint, c\u2019est un marathon : aujourd\u2019hui, on avance pas plus de six ou sept kilom\u00e8tres si on finit par atteindre tous les cal\u2014ces d\u2019objectifs. Et pour ceux qui n\u2019ont pas encore engag\u00e9 l\u2019ennemi, rappelez-vous que c\u2019est pour de vrai, alors vous n\u2019avez pas l\u2019occasion de recommencer; manquez pas votre h\u2014ie de coup. Bon, allons-y. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la p\u00e9riph\u00e9rie du premier village, Aggus arr\u00eate la patrouille pour dire \u00e0 Shumps qu\u2019il vient d\u2019entendre un rapport \u00e0 la radio que des insurg\u00e9s sont en train de planter des dispositifs explosifs de circonstance (DEC) dans le village devant nous. Des h\u00e9licopt\u00e8res vrombissent au-dessus de nos t\u00eates.<\/p>\n<p>Shumps ne r\u00e9agit pas. Il demande \u00e0 un villageois qui passe par l\u00e0 avec un \u00e2ne s\u2019il y a des m\u00e9chants dans le village. Le villageois aurait dit que non. Shumps fait encore comme s\u2019il allait chez le d\u00e9panneur. Il continue de jeter des coups d\u2019\u0153il aux alentours comme s\u2019il allait prendre l\u2019autobus. C\u2019est un peu d\u00e9routant.<\/p>\n<p>Aggus profite de cette courte pause pour essayer de convaincre Shumps qu\u2019il faut qu\u2019il soit assez loin devant pour pouvoir influencer la direction que les premiers \u00e9l\u00e9ments de la patrouille vont prendre dans le village.<\/p>\n<p>Bien que Shumps finit par faire ce qu\u2019Aggus lui conseille de faire, il appert que ce n\u2019est pas vraiment suffisant. Le proc\u00e9d\u00e9 de man\u0153uvres des patrouilles \u00e0 travers les villages, bien qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas sorciers, \u00e9taient assez compliqu\u00e9s pour causer des probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>Les deux compagnies de l\u2019ANA devaient avancer en parall\u00e8le et en quinconce, une compagnie avan\u00e7ant d\u2019abord, puis prenant position en attendant que l\u2019autre la d\u00e9passe et prenne position aussi. De cette mani\u00e8re, elles auraient progress\u00e9 par bonds \u00e0 travers les trois villages.<\/p>\n<p>Mais lorsque les deux compagnies de l\u2019ANA sont entr\u00e9es dans le premier village, Adamzai, elles commencent \u00e0 se chevaucher, et elles essaiment pratiquement dans le village.<\/p>\n<p>Au sol, quand on voyait les soldats de l\u2019ANA aller dans toutes les directions en m\u00eame temps, on savait bien que si l\u2019ennemi se mettait \u00e0 tirer, on n\u2019aurait pu faire mieux que de se jeter par terre et essayer de tenir parce que les balles auraient certainement vol\u00e9 dans toutes les directions.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas fallu longtemps au major Campbell pour rejoindre Aggus et Shumps. \u00ab La g\u00e9om\u00e9trie du feu est compl\u00e8tement cal\u2014c\u00e9e \u00bb, dit Campbell, et il indiqua qu\u2019une compagnie allait devoir avancer pendant que l\u2019autre resterait sur place.<\/p>\n<p>L\u2019op\u00e9ration s\u2019est d\u00e9nou\u00e9e lentement, et les difficult\u00e9s de navigation qui avaient caus\u00e9 le probl\u00e8me furent extr\u00eamement p\u00e9nibles \u00e0 r\u00e9soudre. Alors que les premiers \u00e9l\u00e9ments de la compagnie de Shumps n\u2019\u00e9taient qu\u2019\u00e0 50 m\u00e8tres devant le groupe de commandement porteur de cartes, la distance \u00e9tait suffisante pour causer une confusion incessante.<\/p>\n<p>\u00c0 un moment donn\u00e9, Shumps s\u2019est fatigu\u00e9 des encombrements et il a d\u00e9cid\u00e9 de mener la patrouille lui-m\u00eame. Aggus le retint imm\u00e9diatement.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que l\u2019op\u00e9ration allait de l\u2019avant, tout le monde souffrait des probl\u00e8mes de navigation incessants.<\/p>\n<p>Un jeune soldat afghan qui avait pass\u00e9 la journ\u00e9e parmi les premiers \u00e9l\u00e9ments vint \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Aggus apr\u00e8s un autre renversement de direction et fit semblant de lui prendre la carte, comme pour se moquer. \u00ab Vous devriez parler \u00e0 ce gars \u00bb, dit McNabb \u00e0 Shumps en rugissant.<\/p>\n<p>\u00ab Il n\u2019a pas d\u2019\u00e9ducation \u00bb, r\u00e9pondit Shumps, dans un anglais tr\u00e8s courant. \u00ab C\u2019est un soldat fou. Tous les soldats sont fous. \u00bb<\/p>\n<p>McNabb secouait simplement la t\u00eate.<\/p>\n<p>Il dit que la patience est une chose cl\u00e9 qu\u2019il a apprise en travaillant avec l\u2019ANA. \u00ab Ils m\u2019ont certainement appris \u00e0 \u00eatre patient \u00bb, dit-il. \u00ab C\u2019est une chose que j\u2019aurais d\u00fb apprendre il y a 10 ans. \u00bb<\/p>\n<p>Et il se tient sur ses gardes avec patience pour tout le monde, surtout pour Aggus, s\u2019assurant que ce dernier soit assez hydrat\u00e9 et qu\u2019il mange ses rations. Mais il le fait aussi pour Shumps qui, vers la fin de la journ\u00e9e, devient de plus en plus malade \u00e0 cause de la chaleur, bien qu\u2019il refuse constamment de se faire soigner.<\/p>\n<p>Il est indubitable que la chaleur est l\u2019ennemi le plus dur auquel se mesure la force de coalition durant Ateesh Bazi, mais il y a aussi d\u2019autres difficult\u00e9s mi\u00adlitaires de base dont il faut tenir compte quand on veut relier les deux cultures de combattants. Les soldats afghans ne semblent pas s\u2019int\u00e9resser \u00e0 notre mani\u00e8re de faire la guerre, nos cartes, nos plans, nos tactiques. Ils ont leur propre syst\u00e8me, beaucoup plus d\u00e9contract\u00e9, qui semble s\u2019asseoir sur l\u2019instinct autant que sur la raison. Mais comme tout le monde le remarque, la culture afghane est pleine de guerre et les hommes sont des combattants extraordinaires, alors ce n\u2019est pas facile \u00e0 dire si leur fa\u00e7on de guerroyer est mauvaise ou incorrecte.<\/p>\n<p>Cependant, il est \u00e9vident que le fata\u00adlisme calme personnifi\u00e9 par les \u00ab inshallah \u00bb de Shumps a un mauvais c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Par exemple, un des soldats de la compagnie de Shumps a un fusil AK-47 embelli par des additions super comme un lance-grenade, un capiton de crosse et m\u00eame une belle lunette, une am\u00e9lioration rarement utile car le AK-47 est une arme notoirement inexacte \u00e0 la distance o\u00f9 une lunette serait n\u00e9cessaire. De toute fa\u00e7on, comme le dit un des Canadiens, la lunette ne devrait pas \u00eatre mont\u00e9e sur ce fusil et le capiton est bancal, alors toute l\u2019installation de fortune a l\u2019air remarquable mais \u00ab on manquerait son coup \u00e0 bout portant \u00bb.<\/p>\n<p>Mais pour l\u2019Afghan qui porte l\u2019arme, s\u2019il atteint la cible ou non d\u00e9pend pro\u00adbablement davantage de la volont\u00e9 de Dieu que de quelque question technique comme une lunette bien pr\u00e9cise. Malgr\u00e9 cela, ce n\u2019est pas la comp\u00e9tence tactique afghane dont Aggus se soucie le plus. En fait, comme il le dit lui-m\u00eame, la chose la plus importante \u00e0 propos de laquelle il travaille avec Shumps et la compagnie n\u2019est pas le combat mais la persistance et la logistique.<\/p>\n<p>Mais m\u00eame l\u00e0-dessus, il n\u2019y a pas de doute que le penchant qu\u2019ont les soldats afghans de laisser les choses de base au hasard les opprime. Par exemple, Shumps et sa compagnie savaient que leur g\u00e9n\u00e9rateur d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 allait tomber en panne, mais ils n\u2019ont pas remis la paperasserie au quartier g\u00e9n\u00e9ral de leur bataillon pour qu\u2019on le leur r\u00e9pare ou pour le faire remplacer malgr\u00e9 les exhortations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de leurs mentors. Alors il est tomb\u00e9 en panne et ils ont pass\u00e9 une semaine sans \u00e9lectricit\u00e9, en se plaignant aux Canadiens sans arr\u00eat.<\/p>\n<p>McNabb dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019apprendre \u00e0 la dure \u00e9cole. Et m\u00eame si c\u2019est une mani\u00e8re difficile d\u2019apprendre, comme il le fait remarquer, c\u2019est comme \u00e7a \u00e0 propos de tout ce qu\u2019ils font, m\u00eame l\u2019entretien des armes, ce qui est \u00e9videmment quelque chose dont on devrait se soucier si on tient compte du tir des armes lourdes des Afghans la veille. \u00ab On leur dit de nettoyer les armes. On donne l\u2019exemple \u00bb, dit McNabb. \u00ab Mais je vais certainement pas les nettoyer pour eux, leurs h-oties d\u2019armes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c7a risque d\u2019\u00eatre une \u00e9cole vraiment dure.<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, \u00e0 la fin d\u2019une longue journ\u00e9e de patrouilles sans voir d\u2019ennemi, le convoi se pr\u00e9pare \u00e0 repartir et McNabb passe la consigne \u00e0 Shumps : \u00ab Quand on avance, vous nous suivez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Inshallah \u00bb : telle est la r\u00e9ponse de Shumps.<\/p>\n<p>McNabb secoue la t\u00eate, un sourire r\u00e9sign\u00e9 aux l\u00e8vres. \u00ab J\u2019adore \u00e7a \u00bb, dit-il. \u00ab C\u2019est comme quand je dis \u00e0 ma fille de 16 ans de faire quelque chose et qu\u2019elle me r\u00e9pond \u201ccomme tu veux\u201d \u00bb. Au bout d\u2019un certain temps, tout le monde est pr\u00eat \u00e0 partir, mais lorsque le convoi quitte Nakhonay vers le nord, une explosion a un effet de vague le long des blind\u00e9s canadiens. Un v\u00e9hicule cana\u00addien de devant a saut\u00e9. C\u2019est un autre VAL et, ce qui est \u00e9trange, c\u2019est le quatri\u00e8me v\u00e9hicule de la file, derri\u00e8re deux chars avec des rouleaux de d\u00e9minage et un char avec une lame qui racle la route.<\/p>\n<p>Personne ne peut nous dire comment ce DEC a pu survivre au passage des d\u00e9mineurs, mais en g\u00e9n\u00e9ral on semble croire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tonn\u00e9 par un taliban qui se trouve dans le coin. Il y a eu des bless\u00e9s, mais rien de tr\u00e8s grave, bien qu\u2019il faille si longtemps \u00e0 l\u2019op\u00e9ration de r\u00e9cup\u00e9ration que la nuit tombe et le convoi au complet doit passer par un chemin tr\u00e8s fastidieux pour le retour au bercail en se servant d\u2019\u00e9quipement d\u2019imagerie thermique.<\/p>\n<p>La friction ne se fait pas attendre. Les heures passent pendant que le convoi vire d\u2019un c\u00f4t\u00e9, puis de l\u2019autre, dans la noirceur, essayant de rester loin de la route et du risque de DEC, mais devenant de plus en plus coinc\u00e9. \u00c7a n\u2019en finit plus dans le noir. Quatre, cinq, six heures. On n\u2019arrivait pas \u00e0 trouver un chemin et on pi\u00e9tinait. Au loin, on remarque des mouvements ennemis. Je ne pouvais pas le voir, mais je savais que McNabb \u00e9tait l\u00e0, dans le noir, en train de secouer la t\u00eate.<\/p>\n<p>Il est s\u00fbr qu\u2019une mission d\u2019\u00c9LMP n\u2019a rien de facile. Ce sont des gens qui s\u2019occupent d\u2019instruction de base dans une zone de tir r\u00e9el et, en fait, sans avoir l\u2019autorit\u00e9 de diriger l\u2019instruction. Malgr\u00e9 cela, Aggus insiste beaucoup que le syst\u00e8me des \u00c9LMP est un bon syst\u00e8me et qu\u2019il va finir par fonctionner. De fait, Ateesh Bazi a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9ussite. L\u2019op\u00e9ration \u00e9tait compliqu\u00e9e et dure \u00e0 souhait mais sa raison d\u2019\u00eatre, l\u2019obtention de renseignements sur la possibilit\u00e9 d\u2019une pr\u00e9sence ennemie \u00e0 Nakhonay, a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9e.<\/p>\n<p>Tout au moins, personne ne pourra jamais douter de la bravoure d\u2019hommes comme Aggus, McNabb et Campbell, qui, quelque part au-del\u00e0 des lignes du front, risquent tout pour aider l\u2019arm\u00e9e afghane \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer.<\/p>\n<p>Notre VAL repart et nous entendons un dr\u00f4le de rapport. \u00ab Je ne pense pas que le syst\u00e8me d\u2019armes fonctionne \u00bb, dit le commandant du VAL \u00e0 l\u2019interphone.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi? \u00bb demande la sentinelle a\u00e9rienne arri\u00e8re du VAL.<\/p>\n<p>\u00ab Parce qu\u2019il indique qu\u2019on va vers le sud-ouest. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est bien vers le sud-ouest qu\u2019on va \u00bb r\u00e9pond le soldat.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u00e0 un probl\u00e8me car, le sud-ouest, c\u2019\u00e9tait la direction d\u2019o\u00f9 nous venions.<\/p>\n<p>La consigne in\u00e9vitable nous parvint alors \u00e0 la radio : si on n\u2019arrive pas \u00e0 sortir d\u2019ici au prochain coup, il va falloir former un p\u00e9rim\u00e8tre d\u00e9fensif ici pour la nuit. Il y a un g\u00e9missement g\u00e9n\u00e9ral, sauf chez les gars du quartier g\u00e9n\u00e9ral, qui passent une grande partie de leur temps au terrain d\u2019aviation et qui seraient contents de l\u2019aventure d\u2019une nuit dans le territoire des m\u00e9chants.<\/p>\n<p>Ensuite, quelqu\u2019un dit \u00e0 la radio qu\u2019il vaudrait mieux abandonner le syst\u00e8me d\u2019imagerie thermique. C\u2019est logique car on pouvait nous entendre et voir l\u2019ANA, qui n\u2019avait pas de syst\u00e8me d\u2019imagerie thermique et allumait ses lampes, \u00e0 10 kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde. Alors la consigne fut donn\u00e9e et le convoi alluma ses lampes blanches.<\/p>\n<p>Quelques secondes apr\u00e8s, un rire doux et perplexe bruit \u00e0 l\u2019interphone. \u00ab C\u2019est un h\u2014stie d\u2019embouteillage g\u00e9ant \u00bb, dit la sentinelle arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Tout le monde \u00e9tait d\u00e9sorient\u00e9 dans la noirceur et, quand les lampes furent allum\u00e9es, on voyait une \u00e9trange image : tout le convoi \u00e9tait \u00e9gren\u00e9 et m\u00e9lang\u00e9, des lampes dirig\u00e9es de tous c\u00f4t\u00e9s; difficile \u00e0 dire s\u2019il y en avait deux qui pointaient du m\u00eame c\u00f4t\u00e9. Tout le monde, semblait-il, avait une id\u00e9e diff\u00e9rente \u00e0 propos de comment nous tirer du pas o\u00f9 nous nous trouvions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une petite r\u00e9sidente de Regay observe la patrouille qui passe. 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