{"id":1533,"date":"2012-05-01T08:00:42","date_gmt":"2012-05-01T12:00:42","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=1533"},"modified":"2012-04-13T15:19:43","modified_gmt":"2012-04-13T19:19:43","slug":"lissue-a-kaboul-partie-2-instruire-larmee-afghane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2012\/05\/lissue-a-kaboul-partie-2-instruire-larmee-afghane\/","title":{"rendered":"L&#8217;issue \u00e0 Kaboul: Partie 2 &#8211; Instruire l&#8217;arm\u00e9e Afghane"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1547\" title=\"Recrues afghanes en rang \u00e0 l\u2019instruction. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingLead2.jpg\" alt=\"Recrues afghanes en rang \u00e0 l\u2019instruction. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"630\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingLead2.jpg 630w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingLead2-300x112.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Recrues afghanes en rang \u00e0 l\u2019instruction. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>\u00ab Voyez-vous \u00bb, dit le Canadien en jetant un coup d\u2019\u0153il au groupe de 30 recrues afghanes assises sur le gravier qui ont l\u2019air de s\u2019ennuyer, de m\u00e2cher quelque chose ou de jouer avec leur nouvelle casquette.<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est&#8230; \u00bb l\u2019officier s\u2019interrompt et, regardant toujours les Afghans, il l\u00e8ve les mains et \u00e9met un long soupir.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une salle de classe improvis\u00e9e, \u00e0 l\u2019air libre, au centre de Kaboul, capitale de l\u2019Afghanistan, en plein c\u0153ur de la nouvelle et derni\u00e8re chance qu\u2019a l\u2019OTAN de se sortir de cette guerre d\u2019une mani\u00e8re qui puisse \u00eatre un tant soit peu gr\u00e2cieuse.<\/p>\n<p>Il explique comment c\u2019est que d\u2019amener ce groupe d\u2019Afghans inscrutables &#8211; des hommes que le g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tats-unien David Petraeus a surnomm\u00e9 des \u00ab cam\u00e9l\u00e9ons professionnels \u00bb &#8211; , des civils indolents, \u00e0 devenir des soldats pr\u00eats \u00e0 \u00eatre envoy\u00e9s au combat pratiquement \u00e0 la fin de l\u2019instruction de base.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est comme d\u2019attrouper des chats \u00bb, finit-il par conclure.<\/p>\n<p>Il y a une machine immense, qu\u2019il a fallu des ann\u00e9es \u00e0 fa-briquer, qui esp\u00e8re-t-on produira une force de s\u00e9curit\u00e9 afghane pouvant assumer la responsabilit\u00e9 du pays, presque enti\u00e8rement toute seule, en 2014. Cette machine a beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments mobiles et elle peut se d\u00e9traquer \u00e0 tout moment : le moment du recrutement; de l\u2019alphab\u00e9tisation; de l\u2019instruction de base individuelle, de compagnie ou d\u2019avant le d\u00e9ploiement; et, bien entendu, de la formation sur le tas, c\u2019est-\u00e0-dire au combat.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le du Canada dans cette machine &#8211; la mission de formation de l\u2019OTAN en Afghanistan &#8211; a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 op\u00e9ration Attention et elle consiste en \u00e0 peu pr\u00e8s 950 militaires canadiens bas\u00e9s principalement \u00e0 Kaboul et dans ses environs, mais aussi \u00e0 Mazar-e-Sharif, au nord, et \u00e0 Herat, \u00e0 l\u2019ouest.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1550\" title=\"Les recrues afghanes obtiennent une instruction en  premiers secours \u00e0 Kaboul, sous les yeux des Canadiens. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingInset1.jpg\" alt=\"Les recrues afghanes obtiennent une instruction en  premiers secours \u00e0 Kaboul, sous les yeux des Canadiens. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"324\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingInset1.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingInset1-300x188.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les recrues afghanes obtiennent une instruction en  premiers secours \u00e0 Kaboul, sous les yeux des Canadiens. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Cette machine a plusieurs parties cl\u00e9s. Le Centre consolid\u00e9 de mise en service de l\u2019\u00e9quipement, pr\u00e8s du chemin Jalalabad, \u00e0 l\u2019est de Kaboul, o\u00f9 les efforts de formation de l\u2019OTAN convergent, en est un. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 les compagnies de la nouvelle arm\u00e9e afghane sont mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve avant d\u2019\u00eatre envoy\u00e9es dehors. \u00c0 la fin de 2011, un groupe d\u2019environ 100 soldats canadiens du 3e Bataillon de la Princess Patricia\u2019s Canadian Light Infantry (3PPCLI) \u00e9tait plus ou moins responsable de la supervision du Centre. Leur r\u00f4le, aux c\u00f4t\u00e9s de partenaires de la coalition provenant des \u00c9tats-Unis, de la Jordanie, de la Grande-Bretagne et de bien d\u2019autres pays, se limitait \u00e0 conseiller et \u00e0 guider l\u2019\u00e9quipe afghane soi-disant responsable du Centre. Il s\u2019agissait de former le formateur.<\/p>\n<h2>Centre consolid\u00e9 de mise en service de l\u2019\u00e9quipement<\/h2>\n<p>Il reste \u00e0 peu pr\u00e8s deux mois au personnel de ce centre pour pr\u00e9parer des unit\u00e9s militaires au combat. En plus des compa-gnies de fantassins, ils forment aussi des unit\u00e9s d\u2019ing\u00e9nieurs, d\u2019artilleurs, de nettoyeurs de routes, de service et de soutien.<\/p>\n<p>Leur travail, \u00e0 leurs yeux, n\u2019est pas vraiment de cr\u00e9er des unit\u00e9s qui puissent assurer une population ou gagner une guerre, mais simplement de cr\u00e9er des unit\u00e9s qui puissent survivre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elles sont d\u00e9ploy\u00e9es.<\/p>\n<p>Le capitaine Al Younghusband, un des officiers canadiens qui travaillent au Centre, est un v\u00e9t\u00e9ran de Kandahar. \u00ab Nous b\u00e2tissons des unit\u00e9s qui peuvent se d\u00e9fendre pendant qu\u2019elles se d\u00e9ploient. Quand elles arrivent [\u00e0 leur destination], elles obtiennent une formation plus pouss\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Younghusband dit que les priorit\u00e9s sont la formation des unit\u00e9s en mesures d\u00e9fensives &#8211; contre les EEI, les embuches, etc. &#8211; et l\u2019enseignement des tactiques et des comp\u00e9tences en communication de base qu\u2019il leur faut pour survivre. \u00ab Et ce n\u2019est que pour leur faire atteindre leur corps \u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>Il semble y avoir quelques probl\u00e8mes qui tourmentent le Centre et, par extension, les forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes. Quiconque a pass\u00e9 un peu de temps avec l\u2019arm\u00e9e ou la police afghane reconnaitra imm\u00e9diatement ces probl\u00e8mes. D\u2019abord, le commandement est inconsistant. Ensuite, la discipline est sporadique et difficile \u00e0 imposer.<\/p>\n<p>Younghusband connait tr\u00e8s bien ces probl\u00e8mes. On pourrait dire qu\u2019il vit avec ces probl\u00e8mes au jour le jour.<\/p>\n<p>Le dernier bataillon de fantassins qui est pass\u00e9 par le Centre \u00ab a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme re\u00e7u \u00bb, mais tout juste, dit-il. Le probl\u00e8me r\u00e9sidait dans le commandement. \u00ab Dans beaucoup de cas, leurs commandants de compagnie, de divers milieux, sont choisis par le ministre de la D\u00e9fense. Le gars le plus fort ici, nous l\u2019avions conseill\u00e9 en Kandahar en 2008, du 205e Corps, et il \u00e9tait \u00e9norm\u00e9ment en avance sur les autres par rapport \u00e0 son acquis tactique et \u00e0 ses capacit\u00e9s de maintenir sa concentration. Tandis que beaucoup de ces gars, ils obtiennent leur poste parce qu\u2019ils connaissent quelqu\u2019un ou quelque chose comme \u00e7a. Ainsi, dans certains cas, on en a un bon, et dans d\u2019autres, on a un gars qui a r\u00e9ussi \u00e0 venir on ne sait comment et qui a beaucoup de difficult\u00e9. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1553\" title=\"Les Afghans s\u2019exercent aux op\u00e9rations de convoi sur un plateau pr\u00e8s de Kaboul. [PHOTO : ADAM DAY]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingInset2.jpg\" alt=\"Les Afghans s\u2019exercent aux op\u00e9rations de convoi sur un plateau pr\u00e8s de Kaboul. [PHOTO : ADAM DAY]\" width=\"515\" height=\"343\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingInset2.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/TrainingInset2-300x199.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les Afghans s\u2019exercent aux op\u00e9rations de convoi sur un plateau pr\u00e8s de Kaboul. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : ADAM DAY<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Et ce n\u2019est pas seulement les commandants de compagnies qui ont des probl\u00e8mes. \u00ab La majorit\u00e9 des commandants de peloton arrivent directement de l\u2019acad\u00e9mie nationale de formation d\u2019ici, alors ils n\u2019ont pas beaucoup d\u2019exp\u00e9rience quant \u00e0 ce qui se passe vraiment ici, dit Younghusband. Le corps des sous-officiers, c\u2019est pareil [&#8230;], je ne dirais pas vraiment que les sous-officiers sont sous-d\u00e9velopp\u00e9s; je dirais plut\u00f4t qu\u2019ils sont fragiles. Ils n\u2019ont pas d\u2019acquis tactique. C\u2019est un d\u00e9fi, pour ne pas dire plus, quand on essaie de les perfectionner. Les unit\u00e9s sont simplement toutes neuves. Il n\u2019y a personne qui ait des acquis. \u00bb<\/p>\n<p>Bien que ce soit relativement facile pour les Canadiens de cerner les probl\u00e8mes comme le patronage et le d\u00e9ficit dans le commandement qui en r\u00e9sulte, ce n\u2019est pas facile de s\u2019y attaquer, et cela ne cadre pas avec la politique de recul, de se tenir \u00e0 distance qu\u2019on suit pour faire en sorte que les Afghans soient vraiment capables d\u2019acqu\u00e9rir l\u2019ind\u00e9pendance en 2014.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me probl\u00e8me, celui de la discipline, est plus ou moins reli\u00e9 au premier.<\/p>\n<p>\u00ab Certains de ces gars ont l\u2019impression que, comme ils sont officiers, ils n\u2019ont pas besoin de prendre part \u00e0 la formation, dit Younghusband. Alors on les voit apparaitre tout \u00e0 coup juste avant la validation. Et leur rendement \u00e0 la validation refl\u00e8te bien la quantit\u00e9 d\u2019instruction qu\u2019ils ont re\u00e7ue. Ils essaient de se justifier en disant : \u201cJ\u2019ai du travail \u00e0 faire; j\u2019ai du travail \u00e0 faire; j\u2019ai du travail \u00e0 faire\u201d, mais en r\u00e9alit\u00e9, je pense savoir ce qu\u2019ils font, et ce n\u2019est pas grand-chose. \u00bb<\/p>\n<p>Bien que des efforts aient \u00e9t\u00e9 entrepris pour corriger la discipline militaire afghane, c\u2019est encore un probl\u00e8me que Younghusband n\u2019a simplement pas les outils pour r\u00e9gler, de sorte que, dit-il, \u00ab c\u2019est un probl\u00e8me auquel nous sommes confront\u00e9s actuellement. Je ne pense pas qu\u2019il y ait encore une vraie solution \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment qu\u2019est la discipline. Les gars arrivent et s\u2019en vont, selon s\u2019ils partent sans permission en vacances ou quelque chose comme \u00e7a; on essaie encore de d\u00e9couvrir comment ils disciplinent leurs propres soldats. \u00c9videmment, on essaie de minimiser l\u2019\u00e9l\u00e9ment culturel selon lequel il leur est permis de tout simplement frapper un de leurs gars. \u00c7a ne se fait pas. Mais en ce qui concerne de les tenir responsables &#8211; la prison, les amendes, les mesures administratives &#8211; je pense qu\u2019ils peuvent d\u00e9duire leur paie, et c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s tout. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab M\u00eame ici, je ne sais pas pourquoi, mais on doit escorter tout le monde pratiquement partout pour savoir o\u00f9 ils se trouvent \u00e0 n\u2019importe quel moment, parce que si on les perd de vue, ils disparaissent. C\u2019est un probl\u00e8me institutionnel qu\u2019ils doivent r\u00e9gler. Attrouper des chats : c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<h2>Le c\u0153ur de la machine<\/h2>\n<p>Le Centre de formation militaire de Kaboul (CFMK) est en plein centre de la machine bruyante. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 de grands nombres de nouvelles recrues re\u00e7oivent leur instruction de base sur les armes, les techniques de survie et m\u00eame, dans certains cas, des cours d\u2019alphab\u00e9tisation. Plus de 200 Canadiens s\u2019y trouvent pour superviser le processus. L\u2019endroit est des plus anim\u00e9s. Il y a des groupes d\u2019Afghans portant un nouvel uniforme qui courent le long des routes \u00e0 n\u2019importe quelle heure.<\/p>\n<p>\u00ab Le CFMK est le premier centre de formation en Afghanistan, dit le colonel Mike Minor, le Canadien responsable des forces de la coalition du camp. Ils font passer quelque 60 000 soldats, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 peu pr\u00e8s le nombre de militaires dans les Forces canadiennes, chaque ann\u00e9e. Ils forment des soldats, des sous-officiers et des officiers, et \u00e0 cause de la quantit\u00e9, la qualit\u00e9 de la formation n\u2019est pas vraiment optimale, mais comme le disaient les Russes, des fois, la quantit\u00e9 m\u00eame est une qualit\u00e9. Et c\u2019est juste. Quand on a au moins 7 000 recrues en formation, les ressources risquent de manquer. Le cours ne dure que huit semaines, alors le temps vient \u00e0 manquer. Le rapport instructeur-\u00e9tudiant n\u2019est pas le meilleur. \u00bb<\/p>\n<p>Le nombre total des forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes pr\u00e9vu pour 2014 n\u2019est pas toujours le m\u00eame, mais il devrait \u00eatre d\u2019environ 300 000. En attendant, c\u2019est le sprint pour se pr\u00e9parer \u00e0 la transition. \u00ab Une course vers 2014, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la mani\u00e8re la plus juste d\u2019appeler \u00e7a, dit Minor. Comme on vient de nous en faire part, pour 2013; un raccourci d\u2019un an. Le cr\u00e9neau s\u2019est rapproch\u00e9 un petit peu; on leur aura remis la s\u00e9curit\u00e9 et les institutions comme celle-ci, donc toutes les fonctions de la formation. Mais il pourrait y avoir des op\u00e9rations en cours pour surveiller ce qu\u2019ils font. C\u2019est ce que nous comprenons sur le plan militaire. Il y aura quelque chose ici, que ce soit de l\u2019OTAN, des Am\u00e9ricains, ou des autres pays, peut-\u00eatre du Canada, si le Canada d\u00e9cide d\u2019allonger la mission. \u00bb<\/p>\n<p>Les Afghans eux-m\u00eames sont vraiment conscients des implications de 2014. Non seulement les soldats de l\u2019OTAN partiront-ils en grande partie, mais il y aura in\u00e9vitablement une r\u00e9duction de l\u2019aide et des fonds de reconstruction, une source de revenus qui constitue actuellement un immense pourcentage du budget du gouvernement afghan. \u00ab C\u2019est un point important parce que les Afghans per\u00e7oivent aussi que nous partons tous et que, tout d\u2019un coup, ils se retrouveront tout seuls. Ce qui a malheureusement donn\u00e9 un climat o\u00f9 ils ressentent le besoin de s\u2019attrouper : ils se pr\u00e9parent \u00e0 un avenir sans nous. Et dans un certain sens, \u00e7a nuit un peu \u00e0 la mission parce qu\u2019ils ne comprennent pas qu\u2019il devrait y avoir un soutien international pendant un certain temps, dit Minor. C\u2019est \u00e9vident \u00e0 tous les niveaux. Une partie de l\u2019augmentation de la corruption pourrait provenir de \u00e7a, les gens essaient de se pr\u00e9parer \u00e0 un avenir pire.<\/p>\n<p>En attendant, le travail se poursuit sur le terrain au Centre de formation. D\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s semblable \u00e0 celle du centre de mise en service, les Canadiens n\u2019ont pas vraiment un r\u00f4le direct dans la formation des recrues afghanes, tout au moins formellement. \u00ab Il y a un tout petit peu plus de 400 conseillers, de 10 pays, qui travaillent pour moi directement, dont environ 200, je dirais&#8230; 210 Canadiens, mais il y en a environ 280 dans le camp \u00e0 ce moment-ci. Mais notre r\u00f4le est consultatif, alors actuellement, nous sommes comme une force fant\u00f4me qui offre des conseils. La seule mani\u00e8re de faire \u00e7a efficacement, c\u2019est de cr\u00e9er de tr\u00e8s bonnes relations, et pour faire \u00e7a, il faut passer du temps avec eux.<\/p>\n<p>Le travail de Minor comprend aussi la consultation de son homologue afghan au niveau du commandement (actuellement le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Patiani) sur les probl\u00e8mes qu\u2019il doit r\u00e9gler pour diriger un grand \u00e9tablissement d\u2019instruction.<\/p>\n<p>\u00ab Le temps en quantit\u00e9 finit par mener \u00e0 un temps de qualit\u00e9, dit-on, et ils commencent \u00e0 \u00e9couter, ils commencent \u00e0 poser des questions. Mais la r\u00e9alisation de notre plan de transition ici m\u00eame commence l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain et il doit durer \u00e0 peu pr\u00e8s un an, pendant lequel le CFMK sera transmis \u00e0 Patiani, et je suis pas mal certain qu\u2019ils seront pr\u00eats \u00e0 ce moment-l\u00e0. Le CFMK est une nouvelle vraiment bonne. \u00bb<\/p>\n<p>En attendant, Minor se concentre sur l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 du commandement afghan autant que possible, selon les param\u00e8tres qu\u2019on lui a donn\u00e9s. \u00ab En ce qui concerne la formation des officiers, on a d\u00e9j\u00e0 vu une am\u00e9lioration subite de la qualit\u00e9 des officiers, dont le nombre aux cours est tomb\u00e9 d\u2019environ 150 \u00e0 50 parce que leur s\u00e9lection \u00e9tait devenue plus rigoureuse et que le rapport instructeur-\u00e9l\u00e8ve s\u2019\u00e9tait am\u00e9lior\u00e9. Voyez-vous, les Afghans ne sont pas incapables d\u2019apprendre, ils peuvent m\u00eame exceller, mais l\u2019importance de la t\u00e2che veut dire que leur qualit\u00e9 est suffisante plut\u00f4t qu\u2019excellente.<\/p>\n<p>\u00ab Quant au brigadier-g\u00e9n\u00e9ral Patiani, il sait comment il veut mener son monde, et il n\u2019a pas besoin d\u2019\u00e9norm\u00e9ment de conseils. Quoi qu\u2019il en soit, je passe quelques heures par jour avec lui. Le syst\u00e8me judiciaire de l\u2019Arm\u00e9e nationale afghane (ANA) est un domaine que j\u2019aborde avec lui ces temps-ci. Il ne comprend pas tr\u00e8s bien les pouvoirs qu\u2019il a en tant que commandant pour instiller la discipline par des moyens autres que d\u2019enfermer les gars ou de les envoyer \u00e0 Kandahar, ou \u00e0 l\u2019occasion, de les gifler. Pas de violence, les soldats ne sont pas battus ni rien de \u00e7a, mais les commandants afghans ont l\u2019impression d\u2019\u00eatre restreints par leur syst\u00e8me judiciaire, alors, actuellement, on fait venir des sp\u00e9cialistes de l\u2019\u00e9cole de droit de l\u2019ANA pour les en informer, lui et son personnel; pour leur faire comprendre qu\u2019il existe un tout nouveau syst\u00e8me judiciaire qu\u2019ils peuvent utiliser pour discipliner les soldats : des m\u00e9thodes moins draconiennes que celles d\u2019autrefois.<\/p>\n<p>Il va sans dire que Minor ressent les m\u00eames frustrations que Younghusband au Centre de mise en service de l\u2019\u00e9quipement et, comme lui, il a l\u2019espoir que les choses s\u2019am\u00e9lioreront. Le code de la discipline, dit-il, \u00ab n\u2019est pas compris. Ils en ont un maintenant, mais pas dans l\u2019arri\u00e8re-pays \u00bb.<\/p>\n<p>Chose int\u00e9ressante, au niveau de Minor, un tout autre d\u00e9fi se pr\u00e9cise : les capacit\u00e9s des Afghans relativement aux approvisionnements et \u00e0 la logistique sont, dirait-on, notoirement sous-d\u00e9velopp\u00e9es. \u00ab Il nous faut nous appliquer beaucoup en ce qui concerne leurs propres syst\u00e8mes et leurs propres processus, de fa\u00e7on \u00e0 am\u00e9liorer leur efficacit\u00e9. La logistique est un v\u00e9ritable probl\u00e8me; c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 je fais le plus d\u2019efforts en ce moment-ci. C\u2019est dr\u00f4le, mais quand je vois des soldats passer trois ou quatre semaines en petites sandales et en habits civils sur un cours de huit semaines, je trouve que \u00e7a ne va pas assez bien. Et nous avons la responsabilit\u00e9 morale de les aider, parce que certains de ces soldats vont au corps et au combat au bout de huit semaines alors qu\u2019ils ne sont pas pr\u00eats. \u00bb<\/p>\n<h2>La vengeance du cam\u00e9l\u00e9on<\/h2>\n<p>Il y a un autre probl\u00e8me qui complique les efforts d\u2019instruction actuels que d\u00e9ploie le Canada : les forces de s\u00e9curit\u00e9 afghanes ont une propension \u00e0 attaquer leurs alli\u00e9s de l\u2019OTAN avec n\u2019importe quelle arme qui leur tombe sous la main. Cela ne va pas exactement changer la donne, mais on peut dire sans crainte de se tromper que c\u2019est un important sujet de pr\u00e9occupation pour tout Canadien entour\u00e9 d\u2019Afghans en possession d\u2019armes \u00e0 feu.<\/p>\n<p>Il y a eu au moins 40 incidents de violence d\u2019Afghans contre alli\u00e9s au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. La France a m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 de retirer des troupes apr\u00e8s un incident, en janvier, o\u00f9 quatre ressortissants fran\u00e7ais sont morts.<\/p>\n<p>Les causes de la violence sont vari\u00e9es et souvent abstruses. Des fois, les talibans s\u2019attribuent le m\u00e9rite et pr\u00e9tendent que le tireur \u00e9tait un des leurs qui s\u2019\u00e9tait infiltr\u00e9; des fois, il semble qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un grief personnel. Quoi qu\u2019il en soit, il est clair que les Canadiens se m\u00e9fient beaucoup. Minor, par exemple, a d\u00e9j\u00e0 ressenti le besoin de d\u00e9bloquer son \u00e9tui \u00e0 pistolet lors d\u2019une confrontation avec un militaire haut grad\u00e9 dans une salle de conf\u00e9rence. Un autre officier canadien qui se rend r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 un stand de tir avec des Afghans dit qu\u2019il est toujours pr\u00eat \u00e0 tirer et qu\u2019il avertit les Afghans que s\u2019ils lui font face avec une arme charg\u00e9e, il leur tirera dessus. Le major Travis McKeen du 3PPCLI a rapport\u00e9 qu\u2019au Centre de l\u2019\u00e9quipement, ils ne donnent des munitions aux Afghans que juste avant leur d\u00e9part au camp et que, durant cette p\u00e9riode, tous les Canadiens ont des armes charg\u00e9es en plus de porter leurs v\u00eatements pare-balles et leurs casques. \u00ab Le moment le plus dangereux pour la coalition, dit McKeen, c\u2019est probablement quand on donne aux Afghans leurs munitions, juste avant leur d\u00e9part. \u00c0 cause de ce risque, on porte tous nos v\u00eatements pare-balles les soirs de d\u00e9ploiement. \u00bb<\/p>\n<h2>Le moment de partir<\/h2>\n<p>La question fondamentale vise \u00e0 savoir si cette arm\u00e9e que le Canada contribue \u00e0 former sera en mesure d\u2019assurer l\u2019Afghanistan. Personne ne le sait. Ce dont on est \u00e0 peu pr\u00e8s certain, c\u2019est qu\u2019il y a peu de risques d\u2019une d\u00e9faite catastrophique. Malgr\u00e9 ce que pr\u00e9disent les proph\u00e8tes de malheur, par exemple, il est difficile d\u2019imaginer les talibans prendre Kaboul par la force en 2016; il y a trop de militaires de l\u2019ANA bien arm\u00e9s pour que cela puisse se produire. Comme dit Minor, la quantit\u00e9 m\u00eame est une qualit\u00e9.<\/p>\n<p>En outre, le d\u00e9bat qui tourne autour de la date de la fin, en 2014, est un peu trompeur. Selon des entrevues qui ont eu lieu en Afghanistan et ailleurs, il semblerait que, tout comme l\u2019arriv\u00e9e de 2014 signalera une nouvelle dynamique de la guerre terrestre &#8211; la guerre men\u00e9e par l\u2019OTAN deviendra une guerre men\u00e9e par l\u2019Afghanistan &#8211; elle signalera aussi une nouvelle strat\u00e9gie des \u00c9tats-Unis envers l\u2019Afghanistan. La strat\u00e9gie de stabilisation de l\u2019Afghanistan au moyen d\u2019un d\u00e9ploiement d\u2019un grand nombre de soldats a \u00e9t\u00e9 difficile \u00e0 mettre en \u0153uvre; apr\u00e8s plus de 10 ans, il n\u2019y a aucune indication que la violence s\u2019att\u00e9nue. Le changement de strat\u00e9gie en est donc un d\u2019engagement politique, sp\u00e9cialis\u00e9 en assistance militaire des alli\u00e9s afghans et, nul n\u2019en doute, dans la r\u00e9tention de la capacit\u00e9 de mener des raids et m\u00eame des bombardements si la situation devenait incontr\u00f4lable. Bref, la strat\u00e9gie en 2014 en sera une d\u2019\u00e9touffement.<\/p>\n<p>Mais, m\u00eame l\u00e0, l\u2019issue est incertaine. Ce que sera le contexte politique \u00e0 Kaboul en 2018 est impr\u00e9visible : les droits des femmes, l\u2019\u00e9ducation des enfants, la d\u00e9mocratie elle-m\u00eame, rien n\u2019est s\u00fbr \u00e0 la suite de la nouvelle strat\u00e9gie. Tant que le gouvernement afghan fait de son mieux pour ob\u00e9ir aux lois internationales, c\u2019est-\u00e0-dire pas de cerveaux ou de camps d\u2019instruction du terrorisme, la nouvelle strat\u00e9gie sera dite triomphale.<\/p>\n<p>Ce sera la p\u00e9riode du jugement dernier pour l\u2019Afghanistan. Les temps o\u00f9 il \u00e9tait conseill\u00e9, ou m\u00eame rentable, de se faire cam\u00e9l\u00e9on professionnel touchent \u00e0 leur fin. Ce sera aux Afghans de d\u00e9cider de leur propre sort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Voyez-vous \u00bb, dit le Canadien en jetant un coup d\u2019\u0153il au groupe de 30 recrues afghanes assises sur le gravier qui ont l\u2019air de s\u2019ennuyer, de m\u00e2cher quelque chose ou de jouer avec leur nouvelle casquette.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est&#8230; \u00bb l\u2019officier s\u2019interrompt et, regardant toujours les Afghans, il l\u00e8ve les mains et \u00e9met un long soupir.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1533","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1533","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1533"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1533\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1533"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1533"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}