{"id":147,"date":"2008-03-03T08:40:30","date_gmt":"2008-03-03T13:40:30","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/index.php\/2008\/03\/le-devoir-en-afghanistan\/"},"modified":"2008-03-03T09:14:13","modified_gmt":"2008-03-03T14:14:13","slug":"le-devoir-en-afghanistan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2008\/03\/le-devoir-en-afghanistan\/","title":{"rendered":"Le devoir en Afghanistan"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/wp-content\/uploads\/2008\/02\/perspectivesintro.jpg\" alt=\"Tir nocturne de l\u2019artillerie canadienne au nord de Kandahar. [Adam Day]\" class=\"top\" height=\"236\" width=\"630\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Tir nocturne de l\u2019artillerie canadienne au nord de Kandahar. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>Adam Day<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Le temps est venu pour les responsables politiques et militaires du Canada de prendre une d\u00e9cision. Et la question \u00e0 laquelle ils doivent r\u00e9pondre n\u2019a rien de facile. En fait, il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9cision qui pourrait couter la vie \u00e0 beaucoup de gens. La question est la suivante : quel r\u00f4le le Canada va-t-il prendre dans l\u2019effort de l\u2019OTAN servant \u00e0 stabilizer l\u2019Afghanistan?<\/p>\n<p>La fin de l\u2019engagement de trois ans pris par le Canada\u2014en tant que leader dans la province de Kandahar\u2014arrivant au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2009, Ottawa bourdonne de d\u00e9bats \u00e0 propos de ce qu\u2019on devrait faire.<\/p>\n<p>Bien que les options soient nombreuses\u2014allant de continuer le r\u00f4le de combattant jusqu\u2019\u00e0 se retirer enti\u00e8rement\u2014le nouveau r\u00f4le qui est mentionn\u00e9 le plus souvent en est un o\u00f9 l\u2019on se concentrerait sur le c\u00f4t\u00e9 plus tranquille de la mission, surtout l\u2019apport d\u2019aide et de reconstruction, et sur la formation des forces afghanes.<\/p>\n<p>Or, vu que la situation de la s\u00e9curit\u00e9 dans le pays empire, on doute de la viabilit\u00e9 de ce r\u00f4le plus tranquille car le d\u00e9veloppement et la reconstruction ne peuvent pas avoir lieu sans un certain degr\u00e9 de paix.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, la simple continuation du r\u00f4le actuel du Canada est peu probable, non seulement pour des raisons politiques mais aussi parce que les Forces canadiennes trouveraient fort difficile de continuer l\u2019intensit\u00e9 op\u00e9rationnelle actuelle, dans le cadre de laquelle environ 2 500 soldats sont d\u00e9ploy\u00e9s, 2 500 de plus se pr\u00e9parent \u00e0 \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s et 2 500 autres r\u00e9cup\u00e8rent apr\u00e8s leur d\u00e9ploiement r\u00e9cent.<\/p>\n<p>Pour faire un choix avis\u00e9 dans le but de r\u00e9gler le probl\u00e8me qu\u2019est l\u2019Afghanistan, il faut comprendre ce qui s\u2019y passe actuellement.<\/p>\n<p>Ainsi, partie du d\u00e9bat sur la mission, le Comit\u00e9 s\u00e9natorial permanent de la s\u00e9curit\u00e9 nationale et de la d\u00e9fense, pr\u00e9sid\u00e9 par le s\u00e9nateur Colin Kenny, a entendu, ces derniers temps, un grand nombre de sp\u00e9cialistes et de t\u00e9moins sur la situation en Afghanistan. Pour obtenir les renseignements dont il a besoin pour faire ses rapports p\u00e9riodiques sur les probl\u00e8mes concernant la s\u00e9curit\u00e9 nationale, le comit\u00e9 entend des sp\u00e9cialistes de fa\u00e7on routini\u00e8re.<\/p>\n<p>Le 3 d\u00e9cembre 2007, il a entendu deux repr\u00e9sentants du Senlis Council, un cercle de r\u00e9flexion international fond\u00e9 en 2002 qui a des bureaux, entre autres, \u00e0 Kaboul et \u00e0 Kandahar. Le Senlis Council est reconnu principalement pour ses comptes rendus r\u00e9guliers sur l\u2019Afghanistan concernant ce qui se passe sur le terrain, probl\u00e8mes de politique et de strat\u00e9gie inclus.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidente du Senlis Council et chercheuse r\u00e9gionale en chef Norine MacDonald, une Canadienne, habite et travaille en Afghanistan du Sud depuis trois ans. Son t\u00e9moignage devant le comit\u00e9 concernait surtout un rapport qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par Senlis en novembre et dont le titre \u00e9tait Stumbling into Chaos : Afghanistan on the Brink (tr\u00e9bucher vers le chaos : l\u2019Afghanistan au bord de l\u2019abime).<\/p>\n<p>Comme le remarquait Mme MacDonald, le rapport de Senlis \u00e9tait principalement bas\u00e9 sur des entretiens avec des Afghans qui vivaient dans les villages et les camps de r\u00e9fugi\u00e9s aux alentours de Kandahar.<\/p>\n<p>\u00ab Les conclusions que nous avons induites dans notre rapport sont que les insurg\u00e9s talibans occupent actuellement de grandes \u00e9tendues incontest\u00e9es en Afghanistan du Sud : des r\u00e9gions rurales, des r\u00e9gions frontali\u00e8res, quelques centres de district et d\u2019importantes voies de communication \u00bb, dit Mme MacDonald. \u00ab Nous avons calcul\u00e9 quel \u00e9tait le pourcentage de cette masse terrestre afghane et nous avons conclu qu\u2019il y a une pr\u00e9sence permanente des talibans sur 54 pour 100 de l\u2019Afghanistan et la pr\u00e9sence est substantielle sur 38 pour 100.<\/p>\n<p>\u00ab Ce sont les gouvernants de fait dans d\u2019importants territoires du Sud et ils commencent \u00e0 r\u00e9gner sur des parties de l\u2019\u00e9conomie et de l\u2019infrastructure cl\u00e9, comme les routes et l\u2019approvisionnement en \u00e9nergie.<\/p>\n<p>\u00ab La p\u00e9nible conclusion c\u2019est que malgr\u00e9 de grandes mises de fonds par la communaut\u00e9 internationale et beaucoup d\u2019efforts militaires, dont ceux de nos troupes, ainsi que malgr\u00e9 notre d\u00e9sir universel de r\u00e9ussir, l\u2019\u00c9tat est \u00e0 nouveau en danger de se scinder, le Sud tombant entre les mains des talibans. \u00bb<\/p>\n<p>Mme MacDonald, \u00e9videmment quelqu\u2019un qui ne m\u00e2che pas ses mots, a donn\u00e9 aux s\u00e9nateurs les preuves de l\u2019influence croissante des talibans dans le Sud que Senlis a ramass\u00e9es. \u00ab Il y a des stations de radio talibanes et, triste \u00e0 dire, il y a des passeports talibans en circulation \u00bb, dit-elle tout en distribuant ce qui semblait \u00eatre un passeport taliban, imprim\u00e9 au Pakistan, donnant droit au titulaire de voyager en Afghanistan du Sud.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est parce que nous sommes sur le terrain \u00bb, dit Mme MacDonald, \u00ab que nous comprenons tr\u00e8s bien la situation. \u00bb Les militaires canadiens font du bon travail dans des circonstances de plus en plus difficiles. Cependant, le nombre de troupes de l\u2019OTAN sur place \u00e9tant trop petit, (elles) ne peuvent pas s\u2019emparer et garder de territoire en Afghanistan du Sud.<\/p>\n<p>\u00ab La r\u00e9ponse, inad\u00e9quate, donn\u00e9e \u00e0 la croissance de la r\u00e9sistance des talibans par plusieurs \u00e9tats membres de l\u2019OTAN \u00e9quivaut, d\u2019apr\u00e8s nous, \u00e0 l\u2019abandon du gouvernement de Karzai de l\u2019Afghanistan du Sud.<\/p>\n<p>\u00ab Nous recommandons de doubler les effectifs des pays dont la contribution n\u2019est pas conforme et d\u2019enlever les limites et les mises en garde concernant le mouvement des troupes.<\/p>\n<p>\u00ab Nous faisons face \u00e0 un ennemi qui peut se regrouper au Pakistan quand \u00e7a lui chante et profiter d\u2019un nombre presque infini de recrues. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est pour \u00e7a, dit Mme MacDonald, que Senlis \u00ab a recommand\u00e9 d\u2019entrer au Pakistan aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e pakistanaise pour s\u2019y occuper des bases des talibans et d\u2019Al-Qa\u00efda. \u00bb<\/p>\n<p>Bien que nombre d\u2019analystes et de commentateurs seraient probablement d\u2019accord avec Mme MacDonald qu\u2019il n\u2019y a pas suffisamment de soldats pour stabiliser l\u2019Afghanistan du Sud et, en outre, que la cl\u00e9 du probl\u00e8me se trouve au Pakistan, rares sont ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 approuver officiellement la croissance de la mission de l\u2019OTAN pour y inclure des incursions militaires dans ce pays-l\u00e0.<\/p>\n<p>Une semaine apr\u00e8s, soit le 10 d\u00e9cembre, le comit\u00e9 entendait la r\u00e9ponse officielle des Forces canadiennes \u00e0 la proposition de Mme MacDonald, quand le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral P.J. Atkinson offrait son t\u00e9moignage. Il est directeur g\u00e9n\u00e9ral des op\u00e9rations de l\u2019\u00e9tat-major strat\u00e9gique du minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale. \u00ab Le Pakistan est un \u00c9tat souverain \u00bb, dit-il. \u00ab C\u2019est presque comme si nous menions des op\u00e9rations militaires chez nos voisins du sud. \u00c9videmment, le commandant de la Force op\u00e9rationnelle interarm\u00e9es d\u2019Afghanistan a des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res avec les troupes pakistanaises de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re. C\u2019est quelque chose de crucial. Le chef d\u2019\u00e9tat-major de la D\u00e9fense et d\u2019autres gens ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9 que la solution en Afghanistan se trouve au Pakistan. Il n\u2019y a l\u00e0 rien de nouveau, c&#8217;est s\u00fbr. Nous voulons refouler notre zone de d\u00e9veloppement afghan jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re. C\u2019est pourquoi certaines de nos unit\u00e9s travaillent aux fronti\u00e8res de la r\u00e9gion de Spin Boldak. L\u2019importance de cette r\u00e9gion est cruciale.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est en r\u00e9ussissant \u00e0 administrer leur propre fronti\u00e8re que l\u2019\u00e9volution et le r\u00e9tablissement des Afghans auront lieu. \u00c7a n\u2019arrivera pas du jour au lendemain, mais c\u2019est \u00e9videmment un \u00e9tat o\u00f9 ils veulent parvenir afin de d\u00e9montrer qu\u2019ils peuvent assurer leur souverainet\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>La strat\u00e9gie officielle, telle qu\u2019Atkinson en a bross\u00e9 un tableau, est de stopper l\u2019infiltration \u00e0 la fronti\u00e8re et travailler avec les Pakistanais dans le but d\u2019\u00e9liminer le danger de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un rapport fait l\u2019an dernier, ce m\u00eame comit\u00e9 s\u00e9natorial attirait l\u2019attention sur le probl\u00e8me du Pakistan et, comme suggestion, disait que la fermeture de la fronti\u00e8re serait une bonne mesure tactique.<\/p>\n<p>Toutefois, arr\u00eater l\u2019infiltration sera presque impossible, du moins d\u2019apr\u00e8s M. Seth Jones, l\u2019expert sur l\u2019Afghanistan de l\u2019\u00e9quipe am\u00e9ricaine d\u2019analystes RAND Corporation. \u00ab Je ne crois pas que ce soit une solution pratique \u00bb, dit M. Jones \u00e0 propos de la fermeture de la fronti\u00e8re. \u00ab Pour vous dire l\u2019exp\u00e9rience am\u00e9ricaine \u00e0 sa fronti\u00e8re mexicaine : les \u00c9tats-Unis ne peuvent pas emp\u00eacher les Mexicains de passer la fronti\u00e8re, pas m\u00eame avec un mur.<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019id\u00e9e d\u2019en construire un dans un des endroits les plus montagneux du monde n\u2019est tout simplement pas pratique d\u2019apr\u00e8s moi, surtout quand il y a des gens qui d\u00e9sirent passer d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre et qu\u2019il y a des gouvernements d\u00e9sireux de les assister. En ce sens, c\u2019est impossible de les emp\u00eacher. S\u2019il y a un appui de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, vous n\u2019arriverez pas \u00e0 emp\u00eacher les gens qui veulent traverser la fronti\u00e8re de passer. \u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0, M. Jones \u00e9tait d\u2019accord avec Mme MacDonald que la situation militaire-s\u00e9curit\u00e9 en Afghanistan est sombre et qu\u2019elle s\u2019assombrit de plus en plus. \u00ab C\u2019est s\u00fbr que las\u00e9curit\u00e9 a empir\u00e9 au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es : au moins \u00e0 travers  la moiti\u00e9 de l\u2019Afghanistan. Je pense que la conjoncture est manifeste \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>\u00ab Le nombre d\u2019attaques lanc\u00e9es par les insurg\u00e9s a augment\u00e9 de 400 pour 100 entre 2002 et 2006. Le nombre de morts a augment\u00e9 de 800 pour 100 durant cette p\u00e9riode-l\u00e0. La violence a empir\u00e9 particuli\u00e8rement entre 2005 et 2006.<\/p>\n<p>Le nombre d\u2019attaques suicides a quadrupl\u00e9, celui des bombes t\u00e9l\u00e9command\u00e9es a double et celui des attaques arm\u00e9es, tripl\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Les donn\u00e9es de 2007 ne sont pas encore compl\u00e9t\u00e9es, mais la tendance semble indiquer que les chiffres vont \u00eatre sup\u00e9rieurs dans presque toutes ces cat\u00e9gories. Par exemple, le nombre d\u2019attaques suicides en Afghanistan en 2007 va probablement \u00eatre le plus grand de l\u2019histoire du pays. \u00bb<\/p>\n<p>Mme MacDonald et M. Jones ont dit au comit\u00e9, comme exemple de d\u00e9t\u00e9rioration de la situation concernant la s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019ils ne pouvaient plus conduire sur les routes qui \u00e9taient sans danger peu de temps auparavant.<\/p>\n<p>M. Jones croit qu\u2019il y a plusieurs facteurs occasionnant cet accroissement des activit\u00e9s et de l\u2019instabilit\u00e9, le premier \u00e9tant reli\u00e9 \u00e0 la gouvernance. Je pense qu\u2019on peut dire, sans risques de contradiction, qu\u2019il y a eu un certain affaissement de la gouvernance en Afghanistan \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>\u00ab Le probl\u00e8me principal est reli\u00e9 \u00e0 ce que pensent les Afghans dans leurs villages. Il ne faut pas oublier qu\u2019en Afghanistan, et c\u2019est comme \u00e7a depuis au moins 30 ann\u00e9es de violence, c\u2019est-\u00e0-dire depuis l\u2019invasion (russe) de 1979, la politique est enti\u00e8rement locale. Peu importe ce qui se passe \u00e0 Kaboul ou \u00e0 Kandahar. Ce qui importe, c\u2019est ce qui se passe dans les zones rurales du pays, parce que c\u2019est l\u00e0 que les efforts anti-insurrectionnels se gagnent ou se perdent. Les villages dans ces r\u00e9gions ne sont pas assez prot\u00e9g\u00e9s par les forces nationales de s\u00e9curit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>M. Almas Bawar Zakhilwal, un Afghan qui occupe le poste d\u2019administrateur canadien du pays au Senlis Council, est d\u2019accord avec M. Jones \u00e0 propos de ce qui se passe en Afghanistan : \u00ab En tant qu\u2019Afghan, je peux vous dire que pour r\u00e9ussir en Afghanistan, surtout en Afghanistan du Sud, il va falloir aider les gens davantage.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai parl\u00e9 \u00e0 beaucoup d\u2019entre eux; je leur ai demand\u00e9 : \u201cQu\u2019est-ce que la communaut\u00e9 internationale peut faire pour vous? Qu\u2019est-ce que votre gouvernement peut faire pour vous?\u201d Et la seule r\u00e9ponse qu\u2019on me donne c\u2019est : \u201cCe gouvernement et la communaut\u00e9 internationale sont au pouvoir depuis six ans. Ma vie n\u2019a chang\u00e9 en rien. Ma vie est comme elle \u00e9tait il y a six ans. Il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9cole dans mon village ni dans mon district;je n\u2019ai pas de travail. Mes routes sont encore mauvaises; mon syst\u00e8me d\u2019irrigation est toujours le m\u00eame. Les talibans sont encore l\u00e0. M\u00eame s\u2019ils ne sont pas au pouvoir, ils sont dans les villages. Qu\u2019est-ce que la communaut\u00e9 internationale a fait pour nous? Rien. Comment pourrais-je l\u2019appuyer?\u201d<\/p>\n<p>\u00ab Quand nous parlons d\u2019une strat\u00e9gie de c\u0153urs et d\u2019esprit \u00bb, poursuivit M. Zakhilwal,\u00ab nous ne vous demandons pas de leur donner des grosses voitures ou des grosses maisons. Nous vous demandons les choses \u00e9l\u00e9mentaires de la vie. Quand je m\u2019entretenais avec les gens, je leur demandais : \u201cDites-moi trois choses que vous aimeriez demander \u00e0 la communaut\u00e9 internationale ou au gouvernement de Karzai.\u201d<\/p>\n<p>\u00ab Les trois premi\u00e8res choses sur la liste, parmi les milliers d\u2019entretiens que nous avons eus, sont l\u2019eau potable, la nourriture et l\u2019abri. Est-ce vraiment si difficile de leur donner \u00e7a pour pouvoir r\u00e9ussir? Je ne pense pas que ce soit si difficile. Sommes-nous dispos\u00e9s \u00e0 le faire? Faisons-nous de notre mieux pour le faire? Je pense que nous n\u2019essayons pas. \u00bb<\/p>\n<p>Effectivement, une grande partie du t\u00e9moignage de M. Jones et de Mme MacDonald concernait la p\u00e9nurie relative des efforts internationaux servant \u00e0 la stabilisation et \u00e0 la reconstruction de l\u2019Afghanistan. \u00ab Il y a une histoire riche qui a trait \u00e0 ce qu\u2019on appelle souvent construction d\u2019\u00c9tat \u00bb, dit-il. \u00ab Je dirais que m\u00eame l\u2019histoire r\u00e9cente de la construction d\u2019\u00c9tat\u2014m\u00eame au milieu de situations qui dans certains cas sont tr\u00e8s violentes ou qui ont un potentiel de violence comme on l\u2019a vu aux Balkans\u2014peut servir de le\u00e7on sans \u00e9quivoque : on ne peut pas faire \u00e7a pour pas cher.<\/p>\n<p>\u00ab Le nombre d\u2019effectifs et le montant d\u2019assistance au d\u00e9veloppement \u00e9taient \u00e9norm\u00e9ment plus \u00e9lev\u00e9s aux Balkans que ceux qu\u2019on a en Afghanistan. Franchement, c\u2019est embarrassant que le montant de ressources fournies ici ait \u00e9t\u00e9 aussi bas. Il y a deux le\u00e7ons importantes : \u00e7a peut se faire, mais \u00e7a ne peut pas \u00eatre fait pour pas cher. Malheureusement, c\u2019est ce que nous avons essay\u00e9 de faire en Afghanistan. Je ne crois pas ce qu\u2019on dit, que ce genre de strat\u00e9gie est particuli\u00e8rement optimiste. \u00bb<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Mme MacDonald, elle croit aussi qu\u2019il n\u2019y a pas suffisamment de troupes, mais elle va plus loin et dit que celles qui sont l\u00e0-bas devraient aussi se concentrer sur la distribution de nourriture, un r\u00f4le qui n\u2019est normalement pas donn\u00e9 aux militaires dans des situations comme celle-l\u00e0. \u00ab Une des raisons pour lesquelles nous avons recommand\u00e9 que les militaires livrent l\u2019assistance\u2014la nourriture en particulier\u2014c\u2019est qu\u2019\u00e0 court terme c\u2019est une strat\u00e9gie anti-insurrectionnelle, mais c\u2019est aussi comme \u00e7a qu\u2019on peut s\u2019assurer qu\u2019elle parvienne au bon endroit \u00bb, dit-elle. \u00ab La nourriture, en Afghanistan du Sud, c\u2019est comme l\u2019argent. Nous n\u2019enverrions pas un camion transportant 1 million de dollars comptant \u00e0 quelqu\u2019un au Canada sans des mesures de s\u00e9curit\u00e9 ad\u00e9quates; et nous ne devrions pas le faire en Afghanistan non plus. \u00bb<\/p>\n<p>La proposition de Mme MacDonald n\u2019est toutefois pas irr\u00e9futable. Beaucoup de gens, dont le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral, disent plut\u00f4t que la seule solution au probl\u00e8me est une solution afghane, et que cette fa\u00e7on de penser \u00e0 court terme devrait \u00eatre rejet\u00e9e afin de d\u00e9velopper des institutions afghanes qui pourront survivre au d\u00e9part de l\u2019OTAN. \u00ab C\u2019est tr\u00e8s bien tout \u00e7a, qu\u2019on s\u2019occupe de la gestion de projets et de toute l\u2019organisation, et que l\u2019argent coule \u00e0 flots, mais pour que ce soit efficace, il faut que les Afghans se voient eux-m\u00eames dans cet avenir \u00bb, dit-il. \u00ab Il faut que ce soient des Afghans qui construisent les routes et les ponts, qui r\u00e9parent l\u2019infrastructure \u00e9lectrique, les stations de radio et de t\u00e9l\u00e9vision, toutes ces choses-l\u00e0. \u00bb<\/p>\n<p>Mme MacDonald, qui a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de la souffrance elle-m\u00eame, est r\u00e9solue malgr\u00e9 les arguments contre son mod\u00e8le militaire de distribution. \u00ab Je comprends la politique et la base th\u00e9orique de ces objections, mais o\u00f9 sont les plans pour nourrir les gens? Ce sont nos fr\u00e8res et nos s\u0153urs afghans qui se battent aux c\u00f4t\u00e9s de nos militaires contre les talibans et Al-Qa\u00efda pour un Afghanistan paisible et prosp\u00e8re et pour un Canada en s\u00fbret\u00e9, et nous sommes en train de les abandonner.  Il faut faire quelque chose. \u00bb<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis ayant annonc\u00e9 r\u00e9cemment qu\u2019ils allaient renforcer leur force op\u00e9rationnelle avec un contingent de pr\u00e8s de 3 000 marines, il semble que certaines personnes au pouvoir ont compris que les efforts r\u00e9alis\u00e9s pour stabiliser l\u2019Afghanistan risquent de ne pas \u00eatre couronn\u00e9s de succ\u00e8s. Et bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de solution incontestable au probl\u00e8me du Pakistan ni \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019\u00e9quilibrer les int\u00e9r\u00eats \u00e0 court et \u00e0 long terme de l\u2019Afghanistan, au S\u00e9nat canadien et ailleurs on reconnait que la situation en Afghanistan est principalement un probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019apr\u00e8s moi, l\u2019Afghanistan a une importance strat\u00e9gique \u00e9norme \u00bb dit M. Jones. \u00ab Je sugg\u00e8re la prudence, car j\u2019ai suivi le d\u00e9bat canadien, et cette question de r\u00e9duire ou de retirer des forces d\u2019Afghanistan doit \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e avec beaucoup de s\u00e9rieux. Il faut comprendre ce qu\u2019en seraient les couts et je soutiens que ce qui est arriv\u00e9 le 11 septembre 2001 aux \u00c9tats-Unis est arriv\u00e9 parce que Al-Qa\u00efda avait un refuge et des relations avec les talibans en Afghanistan. De quoi l\u2019Afghanistan aurait-il l\u2019air dans les r\u00e9gions du pays o\u00f9 les talibans continueraient de gagner du terrain et de s\u2019\u00e9tablir sur le territoire? Cela aurait des implications extr\u00eamement dangereuses\u2014pour la r\u00e9gion, bien s\u00fbr, mais aussi internationalement. La question se pose s\u00e9rieusement, \u00e0 savoir si nous acceptons de vivre ainsi. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tir nocturne de l\u2019artillerie canadienne au nord de Kandahar. Adam Day Le temps est venu pour les responsables politiques et militaires du Canada de prendre une d\u00e9cision. Et la question \u00e0 laquelle ils doivent r\u00e9pondre n\u2019a rien de facile. En fait, il s\u2019agit d\u2019une d\u00e9cision qui pourrait couter la vie \u00e0 beaucoup de gens. La [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-147","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=147"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/147\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=147"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=147"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}