{"id":130,"date":"2006-01-01T22:37:37","date_gmt":"2006-01-02T03:37:37","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=130"},"modified":"2006-01-01T22:37:37","modified_gmt":"2006-01-02T03:37:37","slug":"un-retour-spirituel-au-pays","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/01\/un-retour-spirituel-au-pays\/","title":{"rendered":"Un retour spirituel au pays"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<h3>photographies de Natalie Salat<\/h3>\n<p>Leur esprit \u00e9gar\u00e9 a finalement \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 chez eux. Leurs                   restes gisent peut-\u00eatre encore en terre europ\u00e9enne mais, suite \u00e0 une                   c\u00e9r\u00e9monie sp\u00e9ciale sur la terre m\u00eame o\u00f9 ils se sont battus,                   l&#8217;esprit de centaines de soldats aborig\u00e8nes canadiens qui ont                   donn\u00e9 leur vie aux deux guerres mondiales est accueilli \u00e0 leur                   foyer ancestral, au Canada.<\/p>\n<p>Parmi ces \u00e2mes se trouve celle de grands-oncles de Dakota                   Brant, une jeune femme de 18 ans. L&#8217;adolescente au parler bien                   articul\u00e9, une descendante du chef mohawk du 18e si\u00e8cle Joseph                   Brant qui s&#8217;est battu aux c\u00f4t\u00e9s des troupes britanniques \u00e0 la                   guerre de sept ans, faisait partie des 13 jeunes Canadiens                   qui s&#8217;\u00e9taient joints \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation de 300 personnes lors                   d&#8217;un voyage spirituel en France et en Belgique, lequel a eu                   lieu du 26 octobre au 4 novembre. Pour Brant, qui \u00e9tudie actuellement                   la langue mohawke et qui donne un coup de main \u00e0 la L\u00e9gion                   pr\u00e8s de chez elle \u00e0 Ohsweken (Ont.), c&#8217;\u00e9tait non seulement                   une occasion de rencontrer d&#8217;autres anciens combattants, mais                   de se rattacher \u00e0 son pass\u00e9. &#8220;Je veux demander \u00e0 ma famille                   d&#8217;organiser un festin pour mes oncles. Dans la culture mohawke,                   on honore les morts par des festins. (Mes oncles) sont morts                   il y a plus de 60 ans, mais on n&#8217;en a peut-\u00eatre jamais fait.&#8221;<\/p>\n<p>Pendant bien des ann\u00e9es, les peuples indig\u00e8nes du Canada n&#8217;avaient                   pas les m\u00eames droits que la plupart des citoyens. Leurs cultures \u00e9taient                   aussi en danger \u00e0 cause, entre autres, du pensionnat obligatoire                   d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par le gouvernement. Ils n&#8217;avaient pas le droit de                   vote avant 1960 et, maintenant encore, ils continuent \u00e0 chercher                   des r\u00e8glements de revendications territoriales et \u00e0 obtenir                   des indemnit\u00e9s suite aux injustices pass\u00e9es. Toutefois, quand                   les appels \u00e0 la guerre ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s, en 1914, 1939 et 1950,                   les Canadiens aborig\u00e8nes ont r\u00e9pondu en grand nombre. \u00c0 Anciens                   combattants Canada, on dit que plus de 7 000 personnes appartenant                   aux Premi\u00e8res Nations ont servi \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, \u00e0 la                   Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et \u00e0 la guerre de Cor\u00e9e, et on ne                   sait combien d&#8217;Inuits et de M\u00e9tis ont \u00e9galement servi. Un groupe                   d&#8217;anciens combattants autochtones estime \u00e0 12 000 le nombre                   des Canadiens aborig\u00e8nes qui ont servi aux trois guerres. Parmi                   ceux qui sont all\u00e9s outre-mer \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale,                   300 ne sont jamais revenus. Plus de 200 ont perdu la vie \u00e0 la                   Deuxi\u00e8me Guerre mondiale.<\/p>\n<p>C&#8217;est le sage spirituel Ed Borchert, un M\u00e9tis qui a \u00e9t\u00e9 major                   dans la Princess Patricia&#8217;s Canadian Light Infantry et qui                   est actuellement \u00e0 la retraite, qui a eu la vision en 1998                   concernant le rapatriement de ces \u00e2mes. &#8220;Cette vision m&#8217;est                   venue sur les ailes d&#8217;un aigle, un cri des anc\u00eatres&#8230;qu&#8217;il                   fallait ramener les esprits de nos guerriers morts chez nous&#8221;,                   dit Borchert. L&#8217;aigle a une place sp\u00e9ciale dans nombre de cultures                   autochtones, o\u00f9 il est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant le messager du                   Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>&#8220;Aux deux guerres mondiales, il y avait des c\u00e9r\u00e9monies quand                   on envoyait nos soldats \u00e0 la guerre&#8221;, dit-il, &#8220;mais, ceux qui                   ne sont pas revenus chez nous, nous n&#8217;avons jamais eu l&#8217;occasion                   d&#8217;assembler leurs esprits et de les ramener chez nous. (La                   c\u00e9r\u00e9monie) est une chose vraiment n\u00e9cessaire. Elle va permettre \u00e0 nos                   familles d&#8217;en finir avec leur deuil.&#8221;<\/p>\n<p>Le voyage spirituel, financ\u00e9 par Anciens combattants Canada                   et organis\u00e9 conjointement avec un groupe de travail aborig\u00e8ne                   et Affaires indiennes et du Nord Canada, comprenait des sages                   spirituels, des anciens combattants aborig\u00e8nes, des soignants,                   des membres du personnel minist\u00e9riel et des dignitaires comme                   la ministre Albina Guarnieri d&#8217;Anciens combattants Canada,                   la Gouverneure g\u00e9n\u00e9rale Micha\u00eblle Jean et la pr\u00e9sidente nationale                   Mary Ann Burdett. Nombre des 52 groupes culturels composant                   les Premi\u00e8res Nations du Canada \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s, comme                   l&#8217;\u00e9taient les Inuits et les M\u00e9tis.<\/p>\n<p>\u00c0 la mi-octobre, la premi\u00e8re vague de participants, dont Borchert,                   arrivait en Belgique pour construire une longue maison et des                   tipis qui allaient servir de site c\u00e9r\u00e9monial dans les bois                   du mont Kemmel. Situ\u00e9 au sud d&#8217;Ypres, l&#8217;endroit avait \u00e9t\u00e9 une                   installation militaire auparavant, et il se trouve dans une                   r\u00e9gion o\u00f9 ont eu lieu des combats parmi les plus importants                   de la Premi\u00e8re Guerre mondiale : la Flandre.<\/p>\n<p>Trevor Gladue, un M\u00e9tis d&#8217;Edmonton qui a servi en tant que                   soutien c\u00e9r\u00e9monial, croit mieux comprendre maintenant ce que                   les soldats canadiens doivent avoir endur\u00e9. &#8220;Quand je suis                   arriv\u00e9 ici, il pleuvait, le temps \u00e9tait morne et humide; nous                   avons travaill\u00e9 dans la boue pendant les 10 premiers jours.                   (Pour venir ici) il nous a fallu conduire \u00e0 travers ces tombes                   (militaires) tous les jours. C&#8217;\u00e9tait vraiment difficile, et                   on sentait vraiment cet esprit de mort et de tristesse.&#8221;<\/p>\n<p>Heureusement que les Belges ont ouvert leur coeur \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation,                   et qu&#8217;ils ont donn\u00e9 la permission de d\u00e9signer le terrain du                   mont Kemmel territoire canadien pour la c\u00e9r\u00e9monie, ainsi que                   fourni du mat\u00e9riel et un soutien logistique.<\/p>\n<p>Bernard Heens, le maire de la ville avoisinante de Heuvelland,                   dit que c&#8217;\u00e9tait &#8220;un grand honneur&#8221; pour lui et ses concitoyens                   de participer \u00e0 la pr\u00e9paration de la c\u00e9r\u00e9monie et apprendre                   la culture des Premi\u00e8res Nations, des M\u00e9tis et des Inuits.<\/p>\n<p>Ce p\u00e8lerinage in\u00e9dit a commenc\u00e9 officiellement \u00e0 Ottawa lors                   d&#8217;une c\u00e9r\u00e9monie de d\u00e9part, \u00e0 l&#8217;aube, \u00e0 l&#8217;\u00eele de Victoria. L&#8217;\u00eele,                   situ\u00e9e au pied de la chute des Chaudi\u00e8res, servait autrefois                   d&#8217;escale aux peuples indig\u00e8nes. Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie eut lieu                   un d\u00eener au Rideau Hall auquel assistaient le Premier ministre                   Paul Martin et la nouvelle Gouverneure g\u00e9n\u00e9rale, laquelle venait                   d&#8217;\u00eatre install\u00e9e dans ses fonctions. Le lendemain, un a\u00e9robus                   des Forces canadiennes d\u00e9posait la d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 Lille (France)                   sur une piste ensoleill\u00e9e. Le chant et le son du tambour de                   Sam Wolf Leg et d&#8217;Adrian Goulet, des aides de c\u00e9r\u00e9monie des                   Premi\u00e8res Nations de l&#8217;Alberta, ont raviv\u00e9 les voyageurs au                   moins pendant un certain temps.<\/p>\n<p>L&#8217;occasion permit \u00e0 Goulet d&#8217;avoir une r\u00e9union de famille \u00e0 laquelle                   il ne s&#8217;attendait pas et il put refaire connaissance avec son                   oncle Leo, un v\u00e9t\u00e9ran du jour J qu&#8217;il avait perdu de vue des                   ann\u00e9es auparavant. L&#8217;a\u00een\u00e9 Goulet, un M\u00e9tis de l&#8217;Alberta, \u00e9tait                   l&#8217;un des deux douzaines de participants autochtones anciens                   combattants. Ce l\u00e9gionnaire de 81 ans n&#8217;a toutefois pas eu                   beaucoup de temps pour bavarder car il a vite \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 \u00e0 un                   point de presse pour les m\u00e9dias du Canada et de la Belgique.<\/p>\n<p>La mairie magnifique o\u00f9 avait lieu le point de presse a rappel\u00e9 de                   mauvais souvenirs \u00e0 Goulet. Elle lui rappelait le ch\u00e2teau d&#8217;Audrieu                   en Normandie, o\u00f9 les Allemands ont ex\u00e9cut\u00e9 un certain nombre                   de prisonniers de guerre peu de temps apr\u00e8s le jour J, y compris                   22 qui comme lui \u00e9taient membres des Royal Winnipeg Rifles. &#8220;Nous \u00e9tions                   pr\u00e8s (du ch\u00e2teau) quand nous avons \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s. Je ne sais                   pourquoi, les Allemands ont d\u00e9cid\u00e9 de ne pas nous ex\u00e9cuter.&#8221;<\/p>\n<p>Goulet se rappelle de la situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e dans laquelle                   son r\u00e9giment s&#8217;est trouv\u00e9, le 8 juin 1944, \u00e0 15 kilom\u00e8tres \u00e0 peu                   pr\u00e8s des plages o\u00f9 il avait atterri. &#8220;Nous nous sommes fait                   massacrer. Ils avaient des chars et nous n&#8217;en avions aucun.                   Nous avions un PIAT (lance-bombes anti-chars d&#8217;infanterie).                   (Notre homme qui avait le PIAT) d\u00e9molit un char, mais il a \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9 par                   l&#8217;autre et il s&#8217;est fait descendre. Et c&#8217;en \u00e9tait fini de notre                   anti-char.&#8221; Goulet a pass\u00e9 10 mois cauchemardesques en tant                   que prisonnier des Allemands avant que la guerre finisse.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les atrocit\u00e9s commises par les gens de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9,                   Borchert a remarqu\u00e9 que les anciens n&#8217;ont pas honor\u00e9 que les                   soldats alli\u00e9s. &#8220;Selon notre tradition [&#8230;] nous honorons nos                   ennemis parce que ce sont des guerriers aussi. Il y a un (cimeti\u00e8re)                   un peu plus loin le long de la route, celui de Langemarck.                   Quand on y entre, les esprits hurlent pour se faire reconna\u00eetre.                   Nous les avons d\u00e9j\u00e0 honor\u00e9s avec nos chansons, pour qu&#8217;ils                   puissent se reposer.&#8221; Quant \u00e0 la mani\u00e8re dont on proc\u00e8de pour                   les ramener chez nous, dit Borchert, &#8220;nous allons chanter,                   nous allons les honorer. Nos pipes vont ramener ces esprits                   chez nous afin que nos collectivit\u00e9s puissent gu\u00e9rir.&#8221;<\/p>\n<p>Les pipes, qui sont sacr\u00e9es pour les c\u00e9r\u00e9monies aborig\u00e8nes,                   servent de r\u00e9cipient pour rassembler les esprits. Les m\u00e9decines                   traditionnelles, la glyc\u00e9rie septentrionale, la sauge, le tabac                   et le c\u00e8dre, allaient \u00eatre br\u00fbl\u00e9es, et il y aurait des chansons,                   des danses, le son des tambours, des sueries et des pri\u00e8res                   en plusieurs langues.<\/p>\n<p>Bien que la c\u00e9r\u00e9monie spirituelle fut interdite aux m\u00e9dias,                   nous avons \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s au lieu de la c\u00e9r\u00e9monie par la suite;                   il ne restait pas grand-chose \u00e0 part quelques foyers et un                   ensemble color\u00e9 de drapeaux avec des offres de tabac.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s Borchert et les autres participants, la c\u00e9r\u00e9monie                   a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ussie. Il reconna\u00eet qu&#8217;il se peut que ce soit difficile                   pour des non-aborig\u00e8nes de comprendre le concept du rappel                   chez soi. &#8220;Nous invitons les esprits \u00e0 se joindre \u00e0 nous et \u00e0 voyager                   avec chaque transporteur de pipe jusqu&#8217;\u00e0 chez lui, l\u00e0 o\u00f9 les                   esprits d&#8217;autres guerriers attendent pour les recevoir.&#8221;<\/p>\n<p>Adrian Goulet dit que l&#8217;exp\u00e9rience \u00e9tait &#8220;extr\u00eame&#8221;, et qu&#8217;elle                   a servi \u00e0 unir les participants. &#8220;Nous sommes tous pareils,                   qui que l&#8217;on soit. N&#8217;importe si l&#8217;on transporte la pipe ou                   pas.&#8221; Le plus jeune membre de la d\u00e9l\u00e9gation, Richard Eagle, \u00e2g\u00e9 de                   12 ans, \u00e9tait plus succinct quand on lui a demand\u00e9 de quoi                   avait l&#8217;air la c\u00e9r\u00e9monie. &#8220;Longue&#8221; dit-il avec un sourire espi\u00e8gle.                   Il avait aid\u00e9 son grand-p\u00e8re, Tom, de Yellowknife, tout au                   long des quatre jours.<\/p>\n<p>Nombre de membres de famille accompagnaient les anciens combattants                   et les anciens en tant que soignants ou aides. \u00c0 la fin des                   10 jours, le sentiment familial s&#8217;\u00e9tait r\u00e9pandu \u00e0 travers toute                   la d\u00e9l\u00e9gation. Les figures \u00e9taient devenues famili\u00e8res, on                   s&#8217;embrassait \u00e0 la place de se serrer la main, et bien qu&#8217;il                   y ait eu beaucoup de larmes, les anciens combattants et les                   anciens ont aussi apport\u00e9 de l&#8217;humour \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement avec leurs                   farces et leurs histoires. Non seulement les participants en                   ont-ils appris davantage sur leurs propres cultures, ils en                   ont aussi appris davantage sur l&#8217;\u00e9ventail des langues et traditions                   que continuent de cr\u00e9er les peuples aborig\u00e8nes du Canada.<\/p>\n<p>Comme dans toutes les familles, toutefois, il y a eu des hauts                   et des bas. Des questions de longue date ont \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9es,                   en particulier le traitement des peuples autochtones par le                   Canada et l&#8217;alcool, ainsi que le protocole de la c\u00e9r\u00e9monie.                   Ces questions ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des discussions approfondies                   parmi les gens de la d\u00e9l\u00e9gation. Certaines ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9es                   plus facilement que d&#8217;autres, comme l&#8217;ordre o\u00f9 l&#8217;on d\u00e9poserait                   les couronnes. D&#8217;autres, comme l&#8217;indemnisation pour les 700                   M\u00e9tis \u00e0 peu pr\u00e8s qui vivent encore, ne sont pas encore r\u00e9gl\u00e9es.<\/p>\n<p>Les exp\u00e9riences des soldats aborig\u00e8nes du Canada, parmi eux                   le tireur d&#8217;\u00e9lite prolifique de la Premi\u00e8re Guerre mondiale                   Henry Norwest, surnomm\u00e9 Ducky, et le h\u00e9ros de la Deuxi\u00e8me Guerre                   mondiale et de la guerre de Cor\u00e9e Tommy Prince, \u00e9taient nombreuses                   et vari\u00e9es pendant et apr\u00e8s les guerres. Certains, comme le                   transmetteur de la Seconde Guerre mondiale Elmer Sinclair,                   un Cri originaire de Selkirk (Man.) qui habite actuellement                   en Colombie-Britannique, pensent qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s de                   mani\u00e8re \u00e9quitable, et ils se disaient chanceux d&#8217;avoir appris \u00e0 quels                   avantages ils ont droit par l&#8217;entremise de la L\u00e9gion. &#8220;Le probl\u00e8me,                   c&#8217;\u00e9tait que beaucoup (d&#8217;anciens combattants autochtones) vivaient                   dans des habitations lointaines o\u00f9 la L\u00e9gion n&#8217;est pas et o\u00f9 il                   n&#8217;y a pas de communication&#8221;, dit Sinclair, un homme plein d&#8217;esprit                   qui appelle ses fils les Magnificent Seven (le titre anglais                   du film Les sept mercenaires n. d. t.).<\/p>\n<p>Dans bien des cas, les agents des sauvages n&#8217;ont pas d\u00e9voil\u00e9 aux                   anciens combattants les avantages qu&#8217;ils pouvaient obtenir                   dans le cadre de la Charte des anciens combattants. En 2002,                   le ministre d&#8217;Anciens combattants d&#8217;alors, Rey Pagtakhan, a                   annonc\u00e9 un r\u00e8glement de 39 millions de dollars aux anciens                   combattants des Premi\u00e8res Nations pour r\u00e9gler leurs vieux griefs.<\/p>\n<p>Les sages spirituels eux-m\u00eames ont mis la politique de c\u00f4t\u00e9 pour                   s&#8217;occuper de la c\u00e9r\u00e9monie de rappel, et ils insistaient que                   l&#8217;on fasse la m\u00eame chose \u00e0 propos de l&#8217;alcool. D&#8217;observer Sam                   Adolph, un sage spirituel de Lillooet (C.-B.) : &#8220;J&#8217;en connais                   beaucoup sur l&#8217;alcool et les drogues, et ce qu&#8217;ils ont fait \u00e0 notre                   peuple. Lors d&#8217;une c\u00e9r\u00e9monie comme celle-ci, je me sens assez                   triste quand les gens ne peuvent les mettre de c\u00f4t\u00e9 durant                   les 10 jours, que nous puissions faire notre travail. L&#8217;alcool                   et les drogues ne s&#8217;incorporent pas bien aux sacrements indiens.&#8221;<\/p>\n<p>Alors qu&#8217;Adolph et les autres anciens s&#8217;isolaient au mont                   Kemmel, les trois autres groupes de la d\u00e9l\u00e9gation, les anciens                   combattants, les jeunes et les interpr\u00e8tes, suivaient leur                   propre chemin. Des fois, ils se s\u00e9paraient, comme lorsque les                   musiciens, les chanteurs et les danseurs ont donn\u00e9 des repr\u00e9sentations                   follement populaires dans des \u00e9coles, des parcs et des mairies. \u00c0 l&#8217;affiche                   se trouvaient des interpr\u00e8tes de chant gutural inuits, la Saskatchewan                   First Nations Drum and Dance Troupe, des danseurs m\u00e9tis de                   Duck Bay (Man.), et le guitariste Danny Flett accompagn\u00e9 par                   la violoniste de 15 ans Sierra Noble, qui ont envo\u00fbt\u00e9 les foules                   gr\u00e2ce \u00e0 leur musique vive.<\/p>\n<p>Les interpr\u00e8tes se sont joints aux anciens combattants et                   aux jeunes lors des c\u00e9r\u00e9monies aux m\u00e9moriaux de la Premi\u00e8re                   Guerre mondiale en Belgique (la Colline 62, Passchendaele et                   Saint-Julien) et aux sites importants de la Seconde Guerre                   mondiale en Normandie (le cimeti\u00e8re militaire canadien de Beny-sur-Mer                   et le Centre de la plage Juno \u00e0 Courseulles-sur-Mer). Ces \u00e9v\u00e9nements                   ont \u00e9t\u00e9 mis en valeur gr\u00e2ce aux traditions aborig\u00e8nes, y compris                   l&#8217;allumage de la lampe inuite et le son du sifflet de l&#8217;aigle.<\/p>\n<p>La Gouverneure g\u00e9n\u00e9rale Micha\u00eblle Jean a intensifi\u00e9 la compassion                   et le charisme durant les deux jours qu&#8217;elle a pass\u00e9s avec                   la d\u00e9l\u00e9gation en Normandie. Il s&#8217;agissait de son premier voyage                   outre-mer en tant que repr\u00e9sentante canadienne de Sa Majest\u00e9 la                   reine. En plus d&#8217;assister \u00e0 un d\u00eener informel donn\u00e9 pour les                   anciens combattants, Jean a r\u00e9vis\u00e9 son emploi du temps et pass\u00e9 davantage                   de temps avec les 13 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la jeunesse lors d&#8217;une visite                   au Centre de la plage Juno et \u00e0 la fameuse plage. L\u00e0, Brant                   lui a offert une plume d&#8217;aigle, un cadeau qu&#8217;elle a accept\u00e9 avec                   une \u00e9treinte.<\/p>\n<p>Le lendemain, Jean s&#8217;est jointe \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation et aux dignitaires                   fran\u00e7ais \u00e0 deux c\u00e9r\u00e9monies bien diff\u00e9rentes. Dans la lumi\u00e8re                   du matin, entour\u00e9e par les tombes bien entretenues de Beny-sur-Mer,                   Jean parla solennellement. &#8220;Je crois vraiment que la gu\u00e9rison                   a lieu quand on reconna\u00eet et qu&#8217;on transcende notre chagrin                   et nos pertes, et quand on s&#8217;engage \u00e0 faire triompher les forces                   cr\u00e9atrices contre les forces destructrices.&#8221;<\/p>\n<p>Pour le v\u00e9t\u00e9ran de la Seconde Guerre mondiale Howard Anderson,                   chef de longue date de la Premi\u00e8re Nation Gordon en Saskatchewan,                   le point culminant a eu lieu quand il a trouv\u00e9 la tombe de                   son neveu Kenneth Wilfred Pratt, qui est mort le 7 juin 1944.<\/p>\n<p>En apr\u00e8s-midi, au Centre de la plage Juno, Jean a dans\u00e9 avec                   les danseurs m\u00e9tis \u00e0 la suite d&#8217;une c\u00e9r\u00e9monie pittoresque en                   l&#8217;honneur du d\u00e9voilement de l&#8217;inukshuk b\u00e2ti par Peter Irniq,                   l&#8217;ancien commissaire du Nunavut. Irniq dit que le voyage a                   beaucoup servi \u00e0 unifier les peuples aborig\u00e8nes du Canada,                   et il expliqua que cet &#8220;inukshuk messager&#8221; aurait une fen\u00eatre &#8220;\u00e0 travers                   laquelle on peut regarder pour relier les tombes des guerriers                   qui gisent en Europe avec leurs parents, amis et compatriotes                   au Canada&#8221;.<\/p>\n<p>Les jeunes d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, pensant qu&#8217;il y avait eu moins d&#8217;occasions                   de spiritualit\u00e9 qu&#8217;ils n&#8217;en auraient aim\u00e9, r\u00e9gl\u00e8rent leur propre                   c\u00e9r\u00e9monie matini\u00e8re \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de l&#8217;h\u00f4tel de Lille; ils                   avaient aussi demand\u00e9 la permission de se joindre aux anciens                   combattants dans les autocars et aux repas.<\/p>\n<p>Le lieutenant-gouverneur de l&#8217;Ontario James Bartleman, un                   membre de la Premi\u00e8re Nation Mnjikaning, s&#8217;est adress\u00e9 surtout                   aux jeunes au M\u00e9morial de Saint-Julien. &#8220;Beaucoup de choses                   ont \u00e9t\u00e9 accomplies mais il en reste encore plus \u00e0 faire. Honorez                   ceux qui ont donn\u00e9 leur vie en acceptant le flambeau et en                   terminant le travail qui a \u00e9t\u00e9 commenc\u00e9 par vos arri\u00e8re-grands-p\u00e8res,                   vos grands-p\u00e8res, et vos p\u00e8res. Vous avez le droit de vote,                   ce que les soldats (aborig\u00e8nes) n&#8217;avaient pas. Servez-vous-en                   et d\u00e9fendez les droits des peuples aborig\u00e8nes et de tous les                   Canadiens au Parlement.&#8221;<\/p>\n<p>Les interpr\u00e8tes et la garde d&#8217;honneur aborig\u00e8ne&#8211;des membres                   des Forces canadiennes et de la GRC&#8211;commenc\u00e8rent \u00e0 former des                   cercles pour discuter de leurs exp\u00e9riences spirituelles, dont                   certaines \u00e9taient profondes et inhabituelles. &#8220;Il y en a qui                   sont venus ici en pensant que ce seraient des vacances&#8221;, dit                   Sherry Noble. &#8220;Mais cela les a chang\u00e9s.&#8221; Pour sa fille Sierra,                   comme pour bien d&#8217;autres, il n&#8217;y a pas eu d&#8217;\u00e9v\u00e9nement plus                   accablant que la fameuse c\u00e9r\u00e9monie de la sonnerie aux morts \u00e0 la                   porte de Menin, \u00e0 Ypres. Le monument comporte les noms de 54                   896 soldats du Commonwealth qui sont morts au saillant d&#8217;Ypres                   durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et dont la tombe n&#8217;est pas                   connue. Les habitants d&#8217;Ypres y r\u00e8glent une c\u00e9r\u00e9monie tous                   les couchers du soleil depuis le 11 novembre 1929 (sauf lors                   de l&#8217;occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale).<\/p>\n<p>Jamais auparavant les Belges n&#8217;avaient-ils \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins d&#8217;un                   contingent enti\u00e8rement aborig\u00e8ne qui dansait, sous les arches                   colossales, au chant autochtone. Deux mille personnes se tenaient                   c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et regardaient les interpr\u00e9tations dans un silence                   r\u00e9v\u00e9rencieux. \u00c0 la suite de la sonnerie aux morts, Sierra Noble                   a jou\u00e9 la complainte, Grandma Blanche, qu&#8217;elle avait compos\u00e9e                   pour feu son arri\u00e8re-grand-m\u00e8re. Ensuite, elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9confort\u00e9e                   quand sa m\u00e8re l&#8217;a embrass\u00e9e et que trois enfants belges lui                   ont montr\u00e9 spontan\u00e9ment leur affection.<\/p>\n<p>Des centaines de coquelicots ont volet\u00e9 jusqu&#8217;au sol depuis                   les ouvertures en haut du monument pendant que jouait la Musique                   centrale des Forces canadiennes. Lorsque apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie                   les gens s&#8217;entassaient de mani\u00e8re exub\u00e9rante, la Belge Julie                   H\u00fcbrecht de 14 ans disait que &#8220;c&#8217;\u00e9tait spectaculaire. \u00c7a vous                   prend au coeur.&#8221;<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait aussi un moment sp\u00e9cial pour Dakota Brant. Au monument,                   elle a trouv\u00e9 le nom de son grand-oncle, le lieutenant Cameron                   Brant. \u00c0 28 ans, il \u00e9tait commandant d&#8217;un peloton du 4e Bataillon                   d&#8217;infanterie du Canada et il perdit la vie en 1915, pr\u00e8s d&#8217;Ypres,                   en contre-attaquant des tranch\u00e9es ennemies \u00e0 la t\u00eate de ses                   hommes. &#8220;Il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne rien ressentir&#8221;,                   dit-elle.<\/p>\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie comm\u00e9morative du lendemain, au cimeti\u00e8re canadien                   sur le terrain du Monument comm\u00e9moratif de Vimy (qu&#8217;on est                   en train de restaurer), est celle qui a frapp\u00e9 le plus la pr\u00e9sidente                   nationale Burdett. &#8220;On peut dire que ce sont les esprits, on                   peut dire que c&#8217;est l&#8217;\u00e9nergie, on peut l&#8217;appeler comme on voudra,                   mais on ressentait quelque chose de sp\u00e9cial l\u00e0-bas&#8221;, disait-elle                   par la suite. Burdett dit que le voyage a \u00e9t\u00e9 une exp\u00e9rience                   tr\u00e8s touchante, et que &#8220;le sentiment de spiritualit\u00e9 dans celui-ci,                   pour nous tous, autochtones et non-autochtones, \u00e9tait beaucoup                   plus fort que tous les autres voyages auxquels j&#8217;ai particip\u00e9&#8221;.<\/p>\n<p>Quand la d\u00e9l\u00e9gation revenait \u00e0 Ottawa, le 3 novembre, l&#8217;atmosph\u00e8re \u00e9tait                   vraiment diff\u00e9rente durant le vol\u00a0: plus anim\u00e9e et plus coh\u00e9sive.                   Le lendemain, les anciens combattants, les jeunes et les anciens                   se sont joints \u00e0 Albina Guarnieri pour lancer la semaine de                   l&#8217;ancien combattant \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie annuelle du S\u00e9nat. Apr\u00e8s                   que le parfum du foin d&#8217;odeur fumant et le retentissement des                   pri\u00e8res et des chansons aborig\u00e8nes se soient estomp\u00e9s, Guarnieri,                   surnomm\u00e9e r\u00e9cemment Dame Wapiti, parla du voyage spirituel. &#8220;Ce                   qui m&#8217;a impressionn\u00e9e le plus a \u00e9t\u00e9 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d&#8217;esprit                   de ces gens. Pour des gens \u00e0 qui nous essayions de donner un                   soup\u00e7on de reconnaissance, qui leur \u00e9tait d\u00fb depuis fort longtemps                   et qu&#8217;ils avaient bien m\u00e9rit\u00e9, on dirait que ce sont eux qui                   ont nous fait des offrandes.&#8221;<\/p>\n<p>Pour Brant, qui portait la robe de mariage en peau de daim                   de sa tante \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du S\u00e9nat, il y avait un certain                   soulagement d&#8217;\u00eatre de retour au Canada. Apr\u00e8s tout, elle retournait                   chez elle pour s&#8217;assurer que les esprits ancestraux puissent                   enfin reposer avec la famille. &#8220;En (Europe), m\u00eame quand je                   me trouvais dans une pi\u00e8ce vide, je sentais que (les esprits)                   se pressaient autour de moi. Maintenant que nous sommes de                   retour au Canada, je pense qu&#8217;une grande partie de ce sentiment                   accablant s&#8217;en va, et je vais \u00eatre plus confortable. Mais il                   va encore me rester, parce que mon travail n&#8217;est pas fini tant                   que je ne serai pas chez moi.&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>photographies de Natalie Salat Leur esprit \u00e9gar\u00e9 a finalement \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 chez eux. 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