{"id":129,"date":"2006-03-01T22:36:47","date_gmt":"2006-03-02T03:36:47","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=129"},"modified":"2006-03-01T22:36:47","modified_gmt":"2006-03-02T03:36:47","slug":"une-guerre-mondiale-au-saguenay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/03\/une-guerre-mondiale-au-saguenay\/","title":{"rendered":"Une guerre mondiale au Saguenay"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Le 10 septembre 1939, le Canada d\u00e9clare la guerre \u00e0 l&#8217;Allemagne,                   soit sept jours seulement apr\u00e8s la Grande-Bretagne, la France,                   l&#8217;Australie et la Nouvelle-Z\u00e9lande. D\u00e8s lors, ce qui deviendra                   le plus grand conflit arm\u00e9 de l&#8217;histoire se passe aussi au                   Saguenay. Au milieu de ses montagnes, outre-Atlantique, c&#8217;\u00e9tait                   pourtant avec recul, presque d\u00e9tachement, que la r\u00e9gion avait                   suivi les tensions europ\u00e9ennes, en ignorant le r\u00f4le primordial                   qu&#8217;elle serait appel\u00e9e \u00e0 jouer dans la victoire des Alli\u00e9s.<\/p>\n<p>Si son industrie lourde et ses ressources hydro\u00e9lectriques,                   moteurs de son d\u00e9veloppement \u00e9conomique, furent \u00e0 la base de                   la participation du Saguenay au plus grand conflit de l&#8217;histoire,                   elles ne sauraient r\u00e9sumer \u00e0 elles seules tous les retentissements                   du conflit sur la vie de ses habitants. Propagande et censure,                   mariages pr\u00e9cipit\u00e9s, d\u00e9part des volontaires, mort d&#8217;un fils,                   d&#8217;un fr\u00e8re, rationnement, etc. La liste est longue de ce qui                   viendra concr\u00e9tiser ce drame pourtant distant de milliers de                   kilom\u00e8tres. Cet article se veut donc un survol des cons\u00e9quences                   de la Guerre de 39 sur la r\u00e9gion saguen\u00e9enne.<\/p>\n<p>Recrutement et conscription<\/p>\n<p>Par l&#8217;interm\u00e9diaire du R\u00e9giment du Saguenay, plusieurs jeunes                   hommes s&#8217;enr\u00f4lent librement pour le service outre-mer d\u00e8s le                   d\u00e9but du conflit, en 1939. En juillet 1940 et 1941, \u00e0 l&#8217;occasion                   des campagnes de recrutement volontaire men\u00e9es par le gouvernement                   f\u00e9d\u00e9ral, les candidats se pr\u00e9sentent sur les terrains du Port                   de Chicoutimi, o\u00f9 se trouve le camp militaire du Royal 22e                   R\u00e9giment. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;ils subissent un examen m\u00e9dical et signent                   leur engagement. Les recrues y suivent ensuite un entra\u00eenement                   de base de trente jours avant d&#8217;\u00eatre transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 Valcartier                   (pr\u00e8s de Qu\u00e9bec) ou en Ontario pour parfaire leur formation.<\/p>\n<p>Le nombre d&#8217;enr\u00f4l\u00e9s saguen\u00e9ens demeure n\u00e9anmoins modeste.                   L&#8217;institution militaire et l&#8217;industrie lourde, toutes deux                   en expansion, s&#8217;arrachent le peu d&#8217;hommes disponibles. N&#8217;atteignant                   pas un effectif satisfaisant, le R\u00e9giment demeure r\u00e9serviste                   durant toute la dur\u00e9e de la guerre. En outre, la condition                   physique sup\u00e9rieure de ces hommes ne compense pas leur peu                   d&#8217;habilet\u00e9 dans le maniement des armes et dans l&#8217;ex\u00e9cution                   des man?uvres, cons\u00e9quence d&#8217;un manque de manuels d&#8217;entra\u00eenement                   et d&#8217;instructeurs qualifi\u00e9s. Les installations appropri\u00e9es                   (baraquements et champs de tir, notamment) font \u00e9galement d\u00e9faut.<\/p>\n<p>En juin 1940, l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence en Europe am\u00e8ne le gouvernement \u00e0 voter                   la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, laquelle                   pr\u00e9voit le service obligatoire pour la d\u00e9fense territoriale.                   S&#8217;ensuit l&#8217;annonce de la mobilisation prioritaire des hommes                   c\u00e9libataires dans un d\u00e9lai de trois jours. Comme tous les Canadiens,                   les Saguen\u00e9ens apprennent ainsi que les hommes qui se marieront                   le 15 juillet 1940 ou apr\u00e8s, seront consid\u00e9r\u00e9s comme c\u00e9libataires                   par le service de recrutement. Le 14 juillet, comme partout                   au Qu\u00e9bec, le nombre de mariages pulv\u00e9rise les statistiques.                   Les c\u00e9libataires enr\u00f4l\u00e9s ne font pas le poids et le nombre                   de volontaires est faible, l&#8217;effectif des recrues demeure insuffisant.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;approche du pl\u00e9biscite national pr\u00e9vu pour le 27 avril                   1942 et portant sur l&#8217;\u00e9largissement de l&#8217;enr\u00f4lement obligatoire                   au service outre-mer, tous les conseils municipaux du Saguenay                   incitent leurs citoyens \u00e0 voter n\u00e9gativement. Les nombreux                   immigrants anglophones, cadres dans l&#8217;aluminerie, emm\u00e8nent                   celui d&#8217;Arvida \u00e0 faire exception. \u00c0 l&#8217;oppos\u00e9, les cultivateurs,                   qui souffrent plus particuli\u00e8rement de la p\u00e9nurie de main-d&#8217;?uvre,                   craignent de voir leurs fils \u00eatre appel\u00e9s sous les drapeaux.                   Sensibles \u00e0 ce probl\u00e8me, leurs \u00e9lus municipaux recherchent                   aupr\u00e8s du gouvernement des exemptions pour les fils d&#8217;agriculteurs.                   Peine perdue. Or, le Canada se prononce majoritairement en                   faveur de la conscription. Des \u00e9tudiants du S\u00e9minaire de Chicoutimi                   r\u00e9agissent en escaladant le bureau de poste pour arracher et                   d\u00e9chirer l&#8217;Union Jack. Plusieurs jeunes hommes d\u00e9sertent, trouvant                   refuge dans les vastes et denses for\u00eats de la r\u00e9gion. D&#8217;autres                   utilisent des stratag\u00e8mes, tels l&#8217;ingestion de pilules pour                   acc\u00e9l\u00e9rer le rythme cardiaque \u00e0 l&#8217;examen. D\u00e9sertions et stratag\u00e8mes                   ne sont pas particuliers au Saguenay. Nombre de Qu\u00e9b\u00e9cois ont                   ainsi voulu \u00e9chapper \u00e0 cet enfer&#8230;<\/p>\n<p>\u00c9conomie et industrie de guerre<\/p>\n<p>La guerre exige une hausse de la production industrielle,                   particuli\u00e8rement de l&#8217;aluminium utilis\u00e9 entre autres dans la                   fabrication des avions. Comme le march\u00e9 int\u00e9rieur de la Grande-Bretagne,                   th\u00e9\u00e2tre d&#8217;une bataille a\u00e9rienne ininterrompue, ne peut combler                   la demande, de nombreuses commandes sont pass\u00e9es au Canada                   et forcent l&#8217;agrandissement, en plusieurs \u00e9tapes, de l&#8217;usine                   Alcan d&#8217;Arvida. La construction de nouvelles centrales hydro\u00e9lectriques&#8211;dont                   celle de Shipshaw, l&#8217;une des plus puissantes de l&#8217;\u00e9poque&#8211;assure                   l&#8217;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique. De plus, le Saguenay est drain\u00e9 et                   canalis\u00e9, et des centaines de kilom\u00e8tres de route sont construits                   pour relier les infrastructures. Entre 1939 et 1942, ces travaux                   ont co\u00fbt\u00e9 150 millions de dollars. En raison du rationnement,                   l&#8217;approvisionnement en mat\u00e9riaux, outillages et vivres constitue                   un d\u00e9fi colossal.<\/p>\n<p>Pendant la seule ann\u00e9e 1943, quelque 23 000 ouvriers, surtout                   canadiens-fran\u00e7ais, travaillent dans les chantiers, alors que                   les femmes, une centaine tout au plus, sont employ\u00e9es dans                   les caf\u00e9t\u00e9rias. Avec ses 10 000 travailleurs, le chantier de                   Shipshaw est le plus grand de son \u00e9poque. La moiti\u00e9 des effectifs                   est compos\u00e9e de simples manoeuvres qui re\u00e7oivent le salaire                   minimum, bloqu\u00e9 pour trois ans.<\/p>\n<p>La propagande presse les ouvriers : de leurs efforts d\u00e9pend                   la production industrielle de guerre, peut-\u00eatre m\u00eame l&#8217;issue                   du conflit. Pour prot\u00e9ger les travaux d&#8217;\u00e9ventuels saboteurs,                   des soldats sillonnent les chantiers jour et nuit.<\/p>\n<p>Les conditions de travail sont p\u00e9nibles, voire dangereuses                   : une rumeur, \u00e9touff\u00e9e par la censure, r\u00e9pand que la centrale                   contient les corps de travailleurs tomb\u00e9s dans le b\u00e9ton de                   ses fondations. Personne n&#8217;oubliera, non plus, ce qu&#8217;on appela &#8220;l&#8217;h\u00e9catombe                   du Saguenay&#8221;, survenue le samedi 11 janvier 1942. Bien que                   47 personnes aient pu fuir, l&#8217;incendie d&#8217;un dortoir pour ouvriers                   a alors tu\u00e9 15 hommes et en a bless\u00e9 30 autres. Une cigarette                   est \u00e0 l&#8217;origine du brasier.<\/p>\n<p>De 30 000 tonnes de m\u00e9tal, \u00e0 sa fondation en 1927, la production \u00e0 l&#8217;usine                   d&#8217;Arvida est pass\u00e9e \u00e0 100 000 au d\u00e9but de la guerre, puis \u00e0 360                   000 \u00e0 son apog\u00e9e, en 1943. L&#8217;apport \u00e9nerg\u00e9tique, d&#8217;environ                   850 000 chevaux-vapeur en 1932, augmente jusqu&#8217;\u00e0 2 millions                   en 1943. En contrepartie, les bateaux de minerai destin\u00e9s \u00e0 la                   r\u00e9gion sont redirig\u00e9s vers les \u00c9tats-Unis depuis 1943, apr\u00e8s                   plusieurs torpillages. Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me, des centaines                   de trains marchands monopolisent l&#8217;unique voie Montr\u00e9al-Arvida                   du Canadian National Railway (CNR).<\/p>\n<p>De 1 790 employ\u00e9s, en 1939, les effectifs passent \u00e0 12 000                   au plus fort de la production, en 1943, r\u00e9sorbant ainsi le                   ch\u00f4mage qui s\u00e9vissait dans la r\u00e9gion. En 1944, l&#8217;usine emploie                   9 400 travailleurs pour n&#8217;en plus compter que de 3 000 en 1946.                   Pour leur part, les profits de la soci\u00e9t\u00e9 passent de 2,3 millions                   de dollars en 1929, \u00e0 15 millions entre 1939 et 1942, mais                   reculent \u00e0 12 millions, en 1946. La stabilit\u00e9 des salaires,                   au cours des trois premi\u00e8res ann\u00e9es du conflit, a favoris\u00e9 la                   fondation de plus d&#8217;une vingtaine de caisses populaires.<\/p>\n<p>Physiquement exigeant, le travail en usine d\u00e9courage plusieurs                   ouvriers qui d\u00e9missionnent parfois m\u00eame apr\u00e8s seulement un                   ou deux quarts. De plus, la paye, dont le tiers est bas\u00e9 sur                   un calcul complexe et impr\u00e9visible, est amput\u00e9e par de nombreux                   pr\u00e9l\u00e8vements, tels assurances, caisse de retraite, d\u00eeme retenue \u00e0 la                   source, et imp\u00f4t. L&#8217;inflation vient aussi diminuer le pouvoir                   d&#8217;achat r\u00e9el.<\/p>\n<p>Fin juillet 1941, la canicule rend insoutenable la temp\u00e9rature                   d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e des salles de cuves. Des travailleurs s&#8217;\u00e9vanouissent.                   Un travailleur manquant \u00e0 l&#8217;appel, la besogne est divis\u00e9e entre                   les autres, sous les railleries d&#8217;un sup\u00e9rieur abusif. Le jeudi                   24 juillet 1941, lors du changement de quart de 16 h, les cuvistes                   quittent le travail et exigent la r\u00e9vision des salaires et                   l&#8217;am\u00e9lioration des conditions. L&#8217;affaire est grave : si le                   m\u00e9tal refroidit et durcit dans les cuves, il faudra d\u00e9monter                   ces derni\u00e8res au prix d&#8217;une perte de plusieurs mois d&#8217;activit\u00e9.                   Le ministre des Munitions et Approvisionnement, C.D. Howe,                   accuse les ouvriers de sabotage et de trahison et, sur cette                   base, refuse les pourparlers. Les notables et la population                   de la r\u00e9gion supportent leurs travailleurs en d\u00e9brayage, lesquels                   sont pass\u00e9s de 150 \u00e0 8 000 en trois jours seulement.<\/p>\n<p>C&#8217;est l&#8217;impasse. Dimanche matin, l&#8217;arm\u00e9e intervient pour faire \u00e9vacuer                   l&#8217;usine, mais le R\u00e9giment du Saguenay n&#8217;est pas sollicit\u00e9.                   Les gr\u00e9vistes cessent l&#8217;occupation, l&#8217;affrontement n&#8217;aura pas                   lieu. D&#8217;intenses discussions permettent un retour au travail                   progressif, les gr\u00e9vistes r\u00e9int\u00e8grent les salles de cuves le                   mardi au quart de 16 h. La reprise est ardue, une partie du                   m\u00e9tal s&#8217;est fig\u00e9e dans les cuves; 10 000 tonnes ont \u00e9t\u00e9 perdues.                   Avec l&#8217;arbitrage, le d\u00e9brayage a finalement port\u00e9 fruit. Le                   calcul du salaire s&#8217;est simplifi\u00e9 en faveur des travailleurs.                   La coh\u00e9sion sociale r\u00e9gionale est renforc\u00e9e par le front commun                   des \u00e9lites et des travailleurs, et le syndicat est confirm\u00e9 dans                   son r\u00f4le de repr\u00e9sentant institutionnel. Cependant, un d\u00e9cret                   permet d\u00e9sormais l&#8217;intervention rapide de l&#8217;arm\u00e9e en cas de                   sabotage dans une usine de guerre. La censure lev\u00e9e et les                   r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements d\u00e9voil\u00e9s, des journaux anglophones, outr\u00e9s                   de l&#8217;atteinte \u00e0 l&#8217;effort de guerre, fustigent les gr\u00e9vistes,                   lesquels sont d\u00e9fendus notamment par Le Devoir. La Commission                   royale d&#8217;enqu\u00eate L\u00e9tourneau-Bond blanchira ces derniers de                   tout soup\u00e7on.<\/p>\n<p>Infanterie, canons antia\u00e9riens et avions de chasse<\/p>\n<p>Il devient vital, pour le Canada et le Commonwealth, de prot\u00e9ger                   les zones strat\u00e9giques telles que le complexe industriel d&#8217;Arvida.                   D\u00e8s 1940, l&#8217;usine est ceintur\u00e9e de canons antia\u00e9riens l\u00e9gers.                   Puis, le 12 juin 1941, la 14e Batterie antia\u00e9rienne de l&#8217;Artillerie                   royale du Canada s&#8217;y installe et monte ses pi\u00e8ces lourdes.<\/p>\n<p>En 1943, on compte plus de 3 000 militaires dans la ville.                   Outre leur participation \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie, les militaires servent                   la propagande, notamment lors de la parade pour l&#8217;emprunt de                   la victoire, en novembre 1943. Pour conscientiser la population,                   des cours sur les gaz de guerre sont aussi donn\u00e9s dans les \u00e9coles                   protestantes d&#8217;Arvida \u00e0 partir de janvier 1942.<\/p>\n<p>De plus, dans le cadre du PEACB (Plan d&#8217;entra\u00eenement a\u00e9rien                   du Commonwealth britannique), on construit un a\u00e9roport militaire \u00e0 Bagotville,                   o\u00f9 l&#8217;entra\u00eenement d\u00e9bute en juillet 1942. L&#8217;Escadron 130 Panth\u00e8re&#8211;dont                   la devise est &#8220;D\u00e9fendez le Saguenay&#8221;&#8211;est responsable de la                   d\u00e9fense a\u00e9rienne r\u00e9gionale, relev\u00e9 en octobre 1943 par l&#8217;Escadron                   129 (C). L&#8217;apparente protection apport\u00e9e par la pr\u00e9sence des                   avions de chasse n&#8217;emp\u00eache pas le conseil municipal de Jonqui\u00e8re                   de faire pression, le 31 septembre 1942, pour que cessent les                   vols au-dessus des \u00e9glises, le dimanche, parce qu&#8217;ils perturbent                   les c\u00e9l\u00e9brations liturgiques. Les op\u00e9rations d&#8217;entra\u00eenement \u00e0 la                   base de Bagotville se poursuivent jusqu&#8217;en octobre 1944, presqu&#8217;\u00e0 l&#8217;issue                   du conflit, au moment o\u00f9 le besoin en pilotes est r\u00e9sorb\u00e9.                   Venus de partout, 940 pilotes y ont obtenu leur dipl\u00f4me, mais                   41 aviateurs ont perdu la vie durant leur entra\u00eenement.<\/p>\n<p>\u00c0 cause des incursions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des sous-marins allemands                   dans le fleuve, le R\u00e9giment du Saguenay est charg\u00e9 d\u00e8s mai                   1943 d&#8217;en surveiller la c\u00f4te, \u00e0 l&#8217;est de l&#8217;embouchure du Saguenay.                   En octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, le R\u00e9giment rel\u00e8ve la 14e Batterie                   dans son r\u00f4le antia\u00e9rien : il devient bient\u00f4t \u00e9vident que l&#8217;Allemagne                   repr\u00e9sente de moins en moins une menace pour le pays. Si la                   pr\u00e9sence militaire a \u00e9t\u00e9 bien accept\u00e9e, et m\u00eame souhait\u00e9e,                   plusieurs civils furent surpris, voire insult\u00e9s, qu&#8217;en pleine                   r\u00e9gion francophone, les commandements militaires soient donn\u00e9s                   en anglais.<\/p>\n<p>Logement et rationnement<\/p>\n<p>L&#8217;immigration massive de chercheurs d&#8217;emplois provoque une                   crise du logement. Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me, la compagnie                   Alcan et la soci\u00e9t\u00e9 Wartime Housing Incorporated, font construire                   en un temps record des centaines de maisons, quelques mod\u00e8les                   produits en s\u00e9rie. Elles sont ensuite lou\u00e9es aux ouvriers.                   Les militaires anglophones souffrant eux aussi de la p\u00e9nurie,                   un petit village o\u00f9 l&#8217;on vit dans la langue et les coutumes                   anglaises est rapidement \u00e9rig\u00e9 \u00e0 Chicoutimi.<\/p>\n<p>Le rationnement am\u00e8ne aussi son lot de difficult\u00e9s. En mai                   1943, r\u00e9pondant \u00e0 l&#8217;appel du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, un comit\u00e9 de                   citoyens d&#8217;Arvida met sur pied la campagne des Jardins de la                   Victoire. Le produit de pr\u00e8s de mille jardins nourrit alors                   Arvida durant toute une ann\u00e9e. De plus, en r\u00e9ponse au rationnement                   de l&#8217;essence et du caoutchouc, un plus grand nombre de trains                   est r\u00e9serv\u00e9 au transport des ouvriers entre les municipalit\u00e9s                   saguen\u00e9ennes par la CNR.<\/p>\n<p>L&#8217;apr\u00e8s-conflit<\/p>\n<p>Le 8 juin 1945, tous les clochers de la r\u00e9gion r\u00e9sonnent en                   choeur et les drapeaux sont hiss\u00e9s sur tous les b\u00e2timents importants.                   Une journ\u00e9e de cong\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e pour f\u00eater la fin                   de la guerre sur le sol europ\u00e9en. Ainsi prend fin l&#8217;engagement                   du Saguenay dans la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Le conflit a principalement profit\u00e9 \u00e0 l&#8217;aluminerie, car il                   a financ\u00e9 son agrandissement et sa visibilit\u00e9 tout en contribuant \u00e0 sa                   prosp\u00e9rit\u00e9. Par ailleurs, la baisse de la production a laiss\u00e9 un                   surplus \u00e9nerg\u00e9tique exportable en plus d&#8217;attirer de nouvelles                   entreprises.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;\u00e9poque, la ville d&#8217;Arvida a tir\u00e9 elle aussi de nombreux                   avantages. \u00c0 la suite des passions engendr\u00e9es par la gr\u00e8ve                   de 1941, la ville a acquis une r\u00e9putation internationale. En                   quinze ans, le dortoir de l&#8217;usine a vu sa population et sa                   superficie se multiplier. On retrouve encore aujourd&#8217;hui, dans                   la paroisse Saint-Mathias, quelques maisons de la Wartime Housing.                   Au sud-est de Jonqui\u00e8re, le Quartier des V\u00e9t\u00e9rans fut r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement                   des anciens combattants. Le caract\u00e8re purement canadien-fran\u00e7ais                   de la r\u00e9gion a progressivement repris le dessus apr\u00e8s son anglicisation                   par les cadres de l&#8217;aluminerie et les militaires.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence militaire, pour sa part, laisse encore des traces.                   Certains man\u00e8ges militaires ont \u00e9t\u00e9 convertis en \u00e9coles. La                   base de Bagotville fut rouverte pour les avions de l&#8217;OTAN.                   Convertie ensuite en a\u00e9roport civil, elle donne place, r\u00e9guli\u00e8rement, \u00e0 des                   spectacles a\u00e9riens. En quelques endroits, des batteries antia\u00e9riennes                   continuent, encore aujourd&#8217;hui, d&#8217;attendre des avions qui ne                   viendront plus.<\/p>\n<p>\u00c0 Chicoutimi, en 1959, est inaugur\u00e9 un monument aux morts,                   cr\u00e9ation de l&#8217;artiste Armand Vaillancourt. En 1964, dans le                   Quartier des V\u00e9t\u00e9rans, est \u00e9rig\u00e9 un monument aux morts des                   deux guerres mondiales. En 1969, un autre monument du m\u00eame                   type, mais constitu\u00e9 exclusivement d&#8217;aluminium, sera construit                   au centre du Carr\u00e9 Davis, \u00e0 Arvida.<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>En conclusion, le Saguenay aura donc \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement                   impliqu\u00e9 dans la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Propagande, censure, \u00e9conomie                   de guerre, pr\u00e9sence militaire, restrictions des libert\u00e9s civiles,                   rationnement et m\u00eame des victimes, lors de l&#8217;incendie de 1942,                   permettront l&#8217;entretien d&#8217;une vision concr\u00e8te de la guerre.                   Par son implication industrielle, la r\u00e9gion saguen\u00e9enne a su                   se d\u00e9marquer dans l&#8217;effort de guerre des Alli\u00e9s. De plus, la                   population a d\u00e9montr\u00e9 ferveur et solidarit\u00e9 pendant toute la                   dur\u00e9e du conflit.<\/p>\n<p>Finalement, il serait impossible de d\u00e9nombrer toutes les retomb\u00e9es                   de la Seconde Guerre mondiale au Saguenay, particuli\u00e8rement                   dans le cadre d&#8217;un article aussi court. Un travail assidu en                   archives permettrait certainement de d\u00e9voiler de nombreux secrets                   encore bien gard\u00e9s, surtout que nonobstant le travail de quelques                   chercheurs, le plus gros reste encore \u00e0 faire. Quoi qu&#8217;il en                   soit, si les lieux communs sauront perp\u00e9tuer le souvenir de                   la Seconde Guerre mondiale, m\u00eame au Saguenay, c&#8217;est au niveau                   des acteurs sociaux de l&#8217;\u00e9poque, qui disparaissent rapidement,                   qu&#8217;on devrait maintenant s&#8217;int\u00e9resser.<\/p>\n<p>Daniel Pomerleau est un \u00e9tudiant \u00e0 la ma\u00eetrise en histoire,                   UQAM.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 10 septembre 1939, le Canada d\u00e9clare la guerre \u00e0 l&#8217;Allemagne, soit sept jours seulement apr\u00e8s la Grande-Bretagne, la France, l&#8217;Australie et la Nouvelle-Z\u00e9lande. D\u00e8s lors, ce qui deviendra le plus grand conflit arm\u00e9 de l&#8217;histoire se passe aussi au Saguenay. 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