{"id":124,"date":"2006-03-01T22:31:50","date_gmt":"2006-03-02T03:31:50","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=124"},"modified":"2006-03-01T22:31:50","modified_gmt":"2006-03-02T03:31:50","slug":"les-morts-de-grosse-ile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/03\/les-morts-de-grosse-ile\/","title":{"rendered":"Les morts de Grosse \u00cele"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Un grand nombre de personnes \u00e0 la recherche d&#8217;une vie meilleure                   immigrent au Canada durant le 19e si\u00e8cle. La plus grande partie                   l&#8217;ont trouv\u00e9e. Mais pour certains, le voyage vers un nouveau                   d\u00e9but s&#8217;est termin\u00e9 de mani\u00e8re brusque. Des milliers sont morts                   peu de temps apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le pays natal, soit dans des                   bateaux bond\u00e9s, soit dans des postes de quarantaine sordides.                   La cause de la plupart des morts \u00e9tait la maladie, surtout                   les grands niveleurs que sont le chol\u00e9ra et le typhus.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, la paix et la beaut\u00e9 d&#8217;une petite \u00eele situ\u00e9e                   au milieu du fleuve St-Laurent, pr\u00e8s de Qu\u00e9bec, jurent avec                   la grande trag\u00e9die qui y a eu lieu il y a presque 160 ans.                   Les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9chirants de la saison du transport maritime                   de 1847 font partie des plus tristes histoires du Canada, des \u00e9v\u00e9nements                   qui font que l&#8217;\u00eele minuscule a \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9e le cimeti\u00e8re irlandais                   le plus \u00e0 l&#8217;ouest du monde.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses petites dimensions, \u00e0 peine un kilom\u00e8tre de largeur                   et trois kilom\u00e8tres de longueur, l&#8217;\u00eele porte le nom de Grosse \u00cele.                   Au d\u00e9but, pendant une bonne partie de son existence, les collines                   de l&#8217;\u00eele couvertes d&#8217;\u00e9paisses for\u00eats \u00e9taient pratiquement inhabit\u00e9es.                   Ensuite, des \u00e9v\u00e9nements ayant lieu en Europe ont concouru pour                   faire augmenter sa population de mani\u00e8re spectaculaire. \u00c0 partir                   de 1815, apr\u00e8s la fin des guerres napol\u00e9oniennes, de plus en                   plus d&#8217;immigrants quittaient les \u00eeles britanniques pour s&#8217;\u00e9tablir                   en Am\u00e9rique du Nord britannique, comme on appelait alors le                   Canada. Beaucoup venaient des classes pl\u00e9b\u00e9iennes, d\u00e9sireux                   de fuir les conditions sordides des villes surpeupl\u00e9es ou l&#8217;agriculture                   de subsistance. Les gens pauvres, sous-aliment\u00e9s et ch\u00e9tifs, \u00e9taient                   pr\u00e9dispos\u00e9s aux maladies, surtout les \u00e9pid\u00e9mies des maladies                   infectieuses mortelles r\u00e9pandues qui faisaient alors des ravages                   en Europe.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la grande \u00e9ruption de chol\u00e9ra de 1831 en Grande-Bretagne,                   les autorit\u00e9s canadiennes avaient peur que les immigrants arrivant                   par la voie du St-Laurent l&#8217;ann\u00e9e suivante allaient apporter                   la maladie au pays. En f\u00e9vrier 1832, l&#8217;Assembl\u00e9e du Bas-Canada                   (Qu\u00e9bec) d\u00e9cidait d&#8217;\u00e9tablir un poste de quarantaine \u00e0 la Grosse \u00cele.                   En ce temps-l\u00e0, la plupart des immigrants qui venaient au Canada                   arrivaient au port de Qu\u00e9bec. La Grosse \u00cele \u00e9tait un endroit                   id\u00e9al pour les examiner parce qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;\u00e0 48 kilom\u00e8tres                   de Qu\u00e9bec, qu&#8217;elle se trouvait sur la voie maritime et qu&#8217;elle \u00e9tait \u00e0 une                   assez grande distance de s\u00e9curit\u00e9 de la population locale.<\/p>\n<p>Au printemps 1832, le personnel m\u00e9dical, les soldats et les                   ouvriers commen\u00e7aient \u00e0 arriver sur l&#8217;\u00eele pour construire le                   poste, y compris un h\u00f4pital et deux &#8220;hangars&#8221;, chacun pouvant                   abriter 300 personnes en sant\u00e9. Les premiers cas de chol\u00e9ra \u00e9taient                   d\u00e9couverts cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, et il fallut aux autorit\u00e9s m\u00e9dicales                   jusqu&#8217;au mois de novembre pour ma\u00eetriser la maladie. Le poste                   de quarantaine avait surv\u00e9cu \u00e0 son premier test et, durant                   les 15 ann\u00e9es suivantes, on r\u00e9ussit \u00e0 s&#8217;y acquitter de ses                   responsabilit\u00e9s de mani\u00e8re relativement paisible, malgr\u00e9 une                   autre \u00e9ruption de chol\u00e9ra en 1834. Mais rien n&#8217;aurait pu pr\u00e9parer                   le personnel aux \u00e9v\u00e9nements de 1847.<\/p>\n<p>*\u00a0\u00a0*\u00a0\u00a0*<\/p>\n<p>On pourrait dire que l&#8217;humble patate en a \u00e9t\u00e9 la cause. Durant                   l&#8217;occupation de l&#8217;Irlande par Oliver Cromwell au milieu du                   17e si\u00e8cle, les Irlandais avaient \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 l&#8217;Ouest de                   l&#8217;\u00eele, o\u00f9 il y avait trop d&#8217;humidit\u00e9 pour que le grain m\u00fbrisse.                   La patate \u00e9tait la solution. Elle permit aux Irlandais de survivre,                   mais les obligea \u00e0 ne compter que pratiquement sur une seule                   r\u00e9colte. La patate permit aussi \u00e0 la population irlandaise                   de cro\u00eetre rapidement. En 1841, \u00e0 plus de huit millions, elle                   avait tripl\u00e9 en moins de 100 ans. L&#8217;Irlande \u00e9tait devenue le                   pays le plus populeux d&#8217;Europe, les locations \u00e0 ferme devenant                   si serr\u00e9es qu&#8217;on ne pouvait les diviser davantage.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses nombreux avantages, la patate avait un grand inconv\u00e9nient                   : elle \u00e9tait sujette aux maladies. En 1845, le mildiou causa                   une r\u00e9colte d\u00e9ficitaire presque totale. C&#8217;est l&#8217;Irlande qui                   souffrit le plus parce qu&#8217;elle d\u00e9pendait plus de la patate                   que n&#8217;importe quel autre pays. Les propri\u00e9taires anglais et                   leurs agents impitoyables firent empirer la situation. Leur                   r\u00e9ponse, et celle du gouvernement, fut lente et insuffisante.                   En 1846, la r\u00e9colte fit encore plus d\u00e9faut que celle de l&#8217;ann\u00e9e                   pr\u00e9c\u00e9dente, et elle fut suivie par le pire hiver de m\u00e9moire                   d&#8217;homme. Les gens mangeaient n&#8217;importe quoi, des patates pourries,                   des algues, des orties&#8230; et puis ils mouraient de faim. Le                   point de vue au gouvernement d&#8217;alors, impitoyable, \u00e9tait que                   l&#8217;Irlande devrait \u00eatre autosuffisante, et l&#8217;approvisionnement                   de nourriture gratuite ou bon march\u00e9 priverait le secteur priv\u00e9 des                   b\u00e9n\u00e9fices auxquels il avait droit.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s finirent par organiser des soupes populaires,                   mais elles fournissaient de la soupe au prix le plus bas possible,                   sans s&#8217;occuper de la valeur nutritive. D&#8217;autres atrocit\u00e9s s&#8217;ensuivirent.                   Certains propri\u00e9taires expuls\u00e8rent les locataires afin de transformer                   la terre en p\u00e2turage. Des agents malhonn\u00eates escroquaient les                   pauvres fermiers. Pour ceux qui le pouvaient, la seule solution \u00e9tait                   de quitter l&#8217;Irlande. Beaucoup d&#8217;Irlandais choisirent le Canada,                   esp\u00e9rant se glisser aux \u00c9tats-Unis \u00e0 la premi\u00e8re occasion apr\u00e8s                   qu&#8217;on y eut promulgu\u00e9 plusieurs r\u00e8glements ayant pour but d&#8217;emp\u00eacher                   les navires d&#8217;immigrants britanniques d&#8217;entrer dans les ports                   am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Des milliers d&#8217;immigrants, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 affaiblis, tomb\u00e8rent                   malades en attendant de s&#8217;embarquer ou dans les cales surpeupl\u00e9es                   des bateaux, dont la plupart n&#8217;avaient pas suffisamment d&#8217;eau                   potable ou de nourriture comestible. Un navire transportant                   400 passagers ou plus pouvait en avoir perdu 100 durant les                   six \u00e0 neuf semaines qu&#8217;il fallait pour traverser l&#8217;Atlantique.                   La plupart des immigrants s&#8217;embarquaient dans des navires transporteurs                   de grumes, des vaisseaux qui apportaient du bois de sciage                   en Grande-Bretagne et qui normalement \u00e9taient vides au retour.                   Maintenant, ils transportaient du lest vivant qui avait pay\u00e9,                   dans des cales de stockage qui n&#8217;\u00e9taient pas faites pour des                   humains.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit d&#8217;un pr\u00eatre anonyme \u00e0 la Grosse \u00cele t\u00e9moigne des                   conditions terribles dans les navires d&#8217;immigrants\u00a0: &#8220;Il est                   impossible de d\u00e9crire la salet\u00e9 et la puanteur de ces porcheries.                   On peut trouver deux, trois, m\u00eame quatre cents malades dans                   un seul navire, attaqu\u00e9s par la fi\u00e8vre typho\u00efde et la dysenterie,                   la plupart couch\u00e9s sur les ordures qui se sont accumul\u00e9es sous                   eux au cours du voyage; en plus des malades et des mourants,                   il y avait les cadavres qui n&#8217;avaient pas encore \u00e9t\u00e9 inhum\u00e9s                   en mer. Sur les ponts, il y avait tellement de salet\u00e9 qu&#8217;on                   pouvait facilement y voir les traces de pas. \u00c0 tout ceci, ajoutons                   la mauvaise qualit\u00e9 de l&#8217;eau, la p\u00e9nurie de nourriture et vous                   pourrez vous imaginer un peu les conditions o\u00f9 se trouvaient                   les gens durant le long et dur voyage.<\/p>\n<p>\u00c0 la Grosse \u00cele, de nouveaux h\u00f4pitaux pouvaient recevoir jusqu&#8217;\u00e0 200                   patients (il n&#8217;y en avait jamais eu plus de 100 \u00e0 la fois auparavant),                   alors que d&#8217;autres hangars servaient \u00e0 abriter 800 personnes.                   Le directeur m\u00e9dical \u00e9tait le docteur George Mellis Douglas.                   Son fils, le docteur Campbell Mellis Douglas, s&#8217;est engag\u00e9 dans                   l&#8217;Arm\u00e9e britannique et on lui a d\u00e9cern\u00e9 la Croix de Victoria                   en 1867, aux \u00eeles Andaman.<\/p>\n<p>Le 14 mai 1847, le voilier Syria de Liverpool arrivait \u00e0 la                   Grosse \u00cele au bout d&#8217;un voyage de 46 jours. Neuf de ses 245                   passagers \u00e9taient morts en route, et 52 autres souffraient                   de la dysenterie ou du typhus. Le 23 mai, il y avait 530 malades                   dans les h\u00f4pitaux de l&#8217;\u00eele, et on comptait 40 \u00e0 50 morts par                   jour. Au cours de l&#8217;\u00e9t\u00e9, un flot incessant d&#8217;immigrants continuait                   d&#8217;arriver, dont la plupart \u00e9taient affaiblis par la faim et                   ravag\u00e9s par les maladies, surtout le typhus.<\/p>\n<p>Quand la saison du transport maritime se terminait, six mois                   plus tard, plus de 440 vaisseaux avaient apport\u00e9 presque 100                   000 personnes au Canada. Six sur sept \u00e9taient irlandais. Le                   nombre des morts qui avaient eu lieu durant la travers\u00e9e ou                   en quarantaine dans leurs navires s&#8217;\u00e9levait \u00e0 5 293, et 3 452 \u00e9taient                   morts au poste. Il y a eu aussi 8 732 qui sont morts dans les                   h\u00f4pitaux \u00e0 travers le Qu\u00e9bec et l&#8217;Ontario. Presque deux immigrants                   sur 10, la plupart \u00e9tant des Irlandais, n&#8217;ont pas eu l&#8217;occasion                   de s&#8217;\u00e9tablir dans leur nouveau pays.<\/p>\n<p>Alors que de plus en plus de b\u00e2timents arrivaient avec de                   plus en plus de passagers, dont beaucoup \u00e9taient malades, le                   docteur Douglas, son personnel et les installations sur l&#8217;\u00eele                   se sont vite trouv\u00e9s d\u00e9bord\u00e9s. Durant l&#8217;\u00e9t\u00e9 et le d\u00e9but de                   l&#8217;automne, les autorit\u00e9s ont essay\u00e9 de s&#8217;en sortir en fournissant                   imm\u00e9diatement des tentes, et puis d&#8217;autres h\u00f4pitaux et d&#8217;autres                   hangars. Malheureusement, il n&#8217;y avait pas assez de gens pour                   monter les tentes car nombreux \u00e9taient les travailleurs qui                   refusaient de s&#8217;approcher des h\u00f4pitaux.<\/p>\n<p>Des centaines de patients attendaient sur l&#8217;\u00eele et il y en                   avait tout autant dans les navires \u00e0 l&#8217;ancre. Des milliers                   d&#8217;autres \u00e9taient retenus, y compris, ce qui \u00e9tait le plus triste,                   des douzaines de nouveaux orphelins. Des familles de bons Canadiens                   fran\u00e7ais adopt\u00e8rent la plupart des orphelins, dont beaucoup                   purent garder leur nom de famille irlandais, comme Kelly, O&#8217;Connor                   et Ryan. Le nombre de morts qu&#8217;on ensevelissait chaque jour,                   de 50 \u00e0 60, s&#8217;\u00e9leva jusqu&#8217;\u00e0 85. Robert Whyte, un immigrant,                   d\u00e9crivait ainsi la sc\u00e8ne : &#8220;Une autre sc\u00e8ne, encore plus affreuse, \u00e9tait                   celle o\u00f9 une ligne continue de bateaux faisait un cort\u00e8ge fun\u00e8bre                   sans fin, chacun transportant sa cargaison de morts au cimeti\u00e8re.&#8221;<\/p>\n<p>Il y a trois cimeti\u00e8res \u00e0 la Grosse \u00cele, o\u00f9 ont eu lieu 7                   756 enterrements. Le plus grand, celui qu&#8217;on appelle le cimeti\u00e8re                   irlandais, est dans la partie ouest. Plus de 6 000 victimes                   y ont \u00e9t\u00e9 ensevelies, y compris 5 424 rien qu&#8217;en 1847. Auparavant,                   les enterrements sur l&#8217;\u00eele se faisaient dans des tombes individuelles.                   D\u00e9bord\u00e9s par le nombre d&#8217;enterrements \u00e0 faire en 1847, les                   autorit\u00e9s durent avoir recours aux fosses communes. Les corps \u00e9taient                   plac\u00e9s dans des cercueils, lesquels \u00e9taient alors empil\u00e9s trois                   de haut dans la terre. Il y avait si peu de terre sur l&#8217;\u00eele                   pour couvrir les fosses communes que des bateaux durent en                   apporter du continent.<\/p>\n<p>Le m\u00eame pr\u00eatre anonyme qui d\u00e9crivait les conditions dans les                   vaisseaux donnait des soins aux malheureux bourr\u00e9s dans les                   tentes : &#8220;\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de chaque tente se trouvent des ordures en                   fermentation que personne n&#8217;a le temps d&#8217;enlever et, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur,                   en deux ou trois rang\u00e9es, gisent des squelettes vivants; avec \u00e0 peine                   assez de paille o\u00f9 \u00e9tendre leurs membres, hommes, femmes et                   enfants p\u00eale-m\u00eale; et si serr\u00e9s qu&#8217;il est presque impossible                   d&#8217;y faire un pas sans marcher sur quelque partie de la masse                   qui respire encore. Presque tous souffrent de la dysenterie                   ainsi que de la fi\u00e8vre, et ils sont trop faibles pour se tra\u00eener                   dehors, alors ils ne peuvent faire autrement que de se vautrer                   dans leur propre crasse. Ajoutez \u00e0 cela la salet\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale                   des malades, la puanteur des loques dont ils sont couverts,                   et vous aurez une petite id\u00e9e de la contamination \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur                   de ces taudis.<\/p>\n<p>Sa description \u00e9tait tout aussi horrible pour les pauvres                   gens dans les \u00e9difices : &#8220;Dans les hangars les conditions ne                   sont gu\u00e8re tol\u00e9rables pour les malades; les fen\u00eatres qui ont                   pour objet de laisser p\u00e9n\u00e9trer l&#8217;air frais laissent aussi p\u00e9n\u00e9trer                   la pluie et le vent; il m&#8217;est arriv\u00e9 plusieurs fois de voir                   de l&#8217;eau tomber abondamment sur les malheureux \u00e0 l&#8217;agonie.                   L&#8217;air infectieux contient une puanteur \u00e9paisse qui \u00e9branlerait                   les esprits les plus robustes. Ces abris ont entre cent et                   deux cents pieds de longueur. Au centre se trouvent deux rang\u00e9es                   de lits superpos\u00e9s, alors les mati\u00e8res f\u00e9cales de celui qui                   est dans le lit du haut tombent sur celui qui est couch\u00e9 dans                   le lit du bas.&#8221;<\/p>\n<p>D&#8217;autres m\u00e9decins, travailleurs et eccl\u00e9siastiques continuaient \u00e0 arriver                   dans le chaos, mais c&#8217;\u00e9tait souvent un cas de &#8220;trop peu et                   trop tard&#8221;. Quand le logement \u00e0 terre ne suffisait pas, les                   gens en sant\u00e9 devaient rester \u00e0 bord avec les malades et les                   morts jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;on les autorise \u00e0 d\u00e9barquer. M\u00eame les chapelles                   catholique et anglicane avaient \u00e9t\u00e9 converties en h\u00f4pitaux.                   En juin, 91 navires faisaient escale \u00e0 la Grosse \u00cele, ce qui                   donnait 15 000 immigrants en quarantaine en m\u00eame temps. Parmi                   eux, au moins 2 000 \u00e9taient malades. Le typhus si contagieux                   fit des victimes parmi le personnel alors que m\u00e9decins, aide-infirmiers,                   infirmi\u00e8res, travailleurs, policiers et membres du clerg\u00e9 tombaient                   malades. Plusieurs en moururent. Quand on apprit quelles \u00e9taient                   les conditions sur l&#8217;\u00eele, il devint de plus en plus difficile                   de recruter un nouveau personnel.<\/p>\n<p>D&#8217;autres b\u00e2timents arriv\u00e8rent en juillet et en ao\u00fbt; et encore                   d&#8217;autres immigrants malades. Le nombre dans les h\u00f4pitaux, d&#8217;environ                   1 450 en juillet, s&#8217;\u00e9levait jusqu&#8217;\u00e0 plus de 2 000 le mois suivant.                   Malgr\u00e9 des r\u00e8glements de quarantaine de plus en plus stricts                   au milieu du mois de juillet, de nouvelles \u00e9ruptions de typhus                   continuaient \u00e0 avoir lieu, et 225 \u00e0 325 personnes mouraient                   chaque semaine durant le mois d&#8217;ao\u00fbt. Finalement, en septembre,                   le nombre d&#8217;immigrants commen\u00e7a \u00e0 baisser et la moyenne de                   malades dans les h\u00f4pitaux diminua \u00e0 1 330. Les chapelles reprenaient                   leur r\u00f4le d&#8217;origine et le nombre de membres du personnel m\u00e9dical \u00e9tait                   r\u00e9duit. \u00c0 l&#8217;approche de l&#8217;hiver et de la fin de la saison du                   transport maritime, les autorit\u00e9s \u00e9vacuaient le reste des patients                   vers Montr\u00e9al et Qu\u00e9bec et la plus grande partie du personnel                   quittait l&#8217;\u00eele. La saison d&#8217;enfer \u00e0 la Grosse \u00cele \u00e9tait finie.<\/p>\n<p>* * *<\/p>\n<p>La Grosse \u00cele est rest\u00e9e le lieu d&#8217;un poste de quarantaire                   jusqu&#8217;en 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale et apr\u00e8s,                   c&#8217;est devenu l&#8217;endroit d&#8217;un \u00e9tablissement du Conseil de recherches                   pour la d\u00e9fense o\u00f9 l&#8217;on faisait des exp\u00e9riences de guerre biologique.                   En 1956, le minist\u00e8re de l&#8217;Agriculture obtenait l&#8217;\u00eele pour                   s&#8217;en servir de poste de quarantaine pour les animaux import\u00e9s.<\/p>\n<p>Vu l&#8217;importance de la Grosse \u00cele dans l&#8217;histoire de l&#8217;immigration                   canadienne, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a recommand\u00e9 en 1984 d&#8217;y \u00e9tablir                   un lieu historique national. La planification d\u00e9buta de la                   fa\u00e7on la plus appropri\u00e9e pour comm\u00e9morer l&#8217;histoire de l&#8217;\u00eele                   autour du th\u00e8me le Canada : terre d&#8217;accueil et d&#8217;espoir. Lors                   des consultations publiques qui allaient suivre, une grande                   partie de la collectivit\u00e9 irlandaise du Canada et d&#8217;autres                   gens ont exprim\u00e9 leur col\u00e8re \u00e0 propos de ce qui \u00e0 leurs yeux \u00e9tait                   une tentative d&#8217;att\u00e9nuer les \u00e9v\u00e9nements p\u00e9nibles de 1847.<\/p>\n<p>Leurs p\u00e9titions obtinrent du succ\u00e8s et aujourd&#8217;hui l&#8217;\u00eele,                   connue sous le nom de Lieu historique national du Canada de                   la Grosse-\u00cele-et-le-M\u00e9morial-des-Irlandais, sert \u00e0 raconter                   toute l&#8217;histoire des \u00e9v\u00e9nements qui s&#8217;y sont d\u00e9roul\u00e9s. Pr\u00e8s                   de 30 000 personnes la visitent chaque ann\u00e9e, voyageant par                   navette d&#8217;un bout de l&#8217;\u00eele \u00e0 l&#8217;autre et s&#8217;arr\u00eatant \u00e0 plusieurs \u00e9difices                   qui y sont pr\u00e9serv\u00e9s, et dont plusieurs contiennent des artefacts                   et des expositions.<\/p>\n<p>La partie la plus \u00e9mouvante de l&#8217;\u00eele est peut-\u00eatre celle de                   l&#8217;ouest, qui touche surtout aux \u00e9v\u00e9nements de 1847. Le cimeti\u00e8re                   des Irlandais s&#8217;y trouve, lequel est marqu\u00e9 par quelques croix                   blanches d\u00e9sol\u00e9es. Les tertres et les sillons longs et ondulants                   du cimeti\u00e8re t\u00e9moignent des fosses communes. Non loin de l\u00e0 se                   trouve le Monument aux m\u00e9decins, une petite st\u00e8le \u00e9rig\u00e9e par                   le docteur Douglas en l&#8217;honneur des six m\u00e9decins qui sont morts                   entre 1832 et 1847. La croix celtique, un des plus importants                   symboles irlandais, \u00e9rig\u00e9e par l&#8217;Ancient Order of Hibernians                   en 1909 est un des monuments qu&#8217;on trouve sur l&#8217;\u00eele. Le monument                   en granite de 14 m\u00e8tres \u00e9rig\u00e9 en haut de Telegraph Hill, l&#8217;endroit                   le plus \u00e9lev\u00e9 de l&#8217;\u00eele, sert \u00e0 comm\u00e9morer les gens qui ont                   fui la Grande Famine irlandaise. Le dernier honneur date de                   1998, quand on a d\u00e9voil\u00e9 un m\u00e9morial qui donne sur le cimeti\u00e8re.                   Il sert \u00e0 honorer les immigrants, surtout irlandais, et les                   employ\u00e9s du poste qui ont \u00e9t\u00e9 ensevelis dans l&#8217;\u00eele entre 1832                   et 1847.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;engagement et au d\u00e9vouement de plusieurs personnes,                   la Grosse \u00cele aujourd&#8217;hui repr\u00e9sente une des histoires les                   plus tristes de l&#8217;histoire canadienne, tout en comm\u00e9morant                   respectueusement ceux qui sont morts \u00e0 la recherche d&#8217;une meilleure                   vie dans une nouvelle terre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un grand nombre de personnes \u00e0 la recherche d&#8217;une vie meilleure immigrent au Canada durant le 19e si\u00e8cle. La plus grande partie l&#8217;ont trouv\u00e9e. Mais pour certains, le voyage vers un nouveau d\u00e9but s&#8217;est termin\u00e9 de mani\u00e8re brusque. 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