{"id":120,"date":"2006-03-01T22:26:44","date_gmt":"2006-03-02T03:26:44","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=120"},"modified":"2006-03-01T22:26:44","modified_gmt":"2006-03-02T03:26:44","slug":"la-mission-de-lonu-au-soudan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/03\/la-mission-de-lonu-au-soudan\/","title":{"rendered":"La mission de l&#8217;ONU au Soudan"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Sur un sentier d\u00e9fonc\u00e9 \u00e0 trois heures au nord-ouest de Juba,                   profond\u00e9ment dans l&#8217;int\u00e9rieur du territoire soudanais encore                   livr\u00e9 \u00e0 l&#8217;anarchie, le lieutenant-commander Hugh Son voit le                   premier groupe de guerriers dinkas de Bor. Ces membres de la                   tribu nomade Dinka, grands et d\u00e9braill\u00e9s, sont bien arm\u00e9s et                   impr\u00e9visibles. L&#8217;un d&#8217;eux porte un AK-47 \u00e0 l&#8217;\u00e9paule et il tient                   une longue lance argent\u00e9e, un autre a un AK-47 au dos et \u00e0 la                   main une hache noircie, l&#8217;acier de la lame \u00e9tant aiguis\u00e9 et                   luisant.<\/p>\n<p>Son, en tenue de corv\u00e9e du d\u00e9sert des Forces canadiennes,                   conduit lentement le camion blanc des Nations unies. Les Dinkas                   s&#8217;arr\u00eatent et le regardent fixement. Le navigateur de Son,                   le lieutenant-colonel Edwin Sanchez d&#8217;El Salvador, sourit aux                   terroristes. Ils restent de marbre. Tous dans le camion font                   silence. En tant qu&#8217;observateurs des Nations unies, ni Son                   ni Sanchez ne sont arm\u00e9s.<\/p>\n<p>Quelque part, peut-\u00eatre \u00e0 deux minutes derri\u00e8re le v\u00e9hicule                   de Son, la force de s\u00e9curit\u00e9 bangladaise bien arm\u00e9e s&#8217;efforce                   de les rattraper.<\/p>\n<p>Le gros tout-terrain de Son avance au ralenti devant le premier                   groupe. \u00c0 droite il y a d&#8217;autres membres des tribus qui se                   tiennent quelque peu strat\u00e9giquement dans l&#8217;herbe haute \u00e0 une                   certaine distance de la route. Personne ne bouge et il n&#8217;arrive                   rien.<\/p>\n<p>Son a pass\u00e9 les premiers guerriers dinkas de Bor mais sa mission                   est loin d&#8217;\u00eatre termin\u00e9e. Il a encore deux heures de route \u00e0 faire                   dans cette savane ondulante avant d&#8217;atteindre le village de                   Rokon qui se trouve en premi\u00e8re ligne o\u00f9 il va discuter de                   l&#8217;avenir avec un colonel de l&#8217;arm\u00e9e soudanaise nomm\u00e9 Ali.<\/p>\n<p>Il savait depuis le d\u00e9but que cette patrouille serait dangereuse.                   Les Dinkas de Bor, d\u00e9plac\u00e9s par la guerre, conduisaient quelque                   1,5 million de bestiaux \u00e0 travers le Sud du Soudan lors d&#8217;une                   longue marche jusqu&#8217;\u00e0 chez eux. La veille de la patrouille,                   les Dinkas participaient \u00e0 une fusillade durant laquelle plusieurs                   personnes de la localit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es. De plus, les routes                   sont min\u00e9es et selon les rumeurs, le groupe rebelle terrifiant                   du nom d&#8217;Arm\u00e9e de r\u00e9sistance du Seigneur (ARS) serait dans                   les parages. Deux agents de police de l&#8217;ONU ont refus\u00e9 d&#8217;accompagner                   la patrouille de Son, soutenant que le risque d&#8217;une attaque                   de l&#8217;ARS \u00e9tait trop grand.<\/p>\n<p>Rien de simple au Soudan. Du Nord arabe poussi\u00e9reux au Sud                   luxuriant, le plus grand pays d&#8217;Afrique est d\u00e9chir\u00e9 par les                   tensions religieuses, ethniques et \u00e9conomiques. Un petit peu                   plus grand que le Qu\u00e9bec, le Soudan a 40 millions d&#8217;habitants,                   134 langues et des douzaines de tribus dont de nombreuses ont                   une longue histoire d&#8217;animosit\u00e9. Non seulement le pays est-il                   vaste mais, situ\u00e9 en Afrique du Nord-Est, il chevauche la division                   entre l&#8217;Afrique du Nord islamique et le Sud tribal chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Toutefois, la tension entre le Nord et le Sud n&#8217;est pas seulement                   caus\u00e9e par la religion et l&#8217;ethnie. La d\u00e9couverte d&#8217;importants                   gisements p\u00e9troliers au Soudan, et les revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par                   les pays voulant exploiter ces nouvelles ressources \u00e0 n&#8217;importe                   quel prix, a jet\u00e9 de l&#8217;huile sur le feu. Le gouvernement islamique                   de Khartoum, qui a appuy\u00e9 l&#8217;Iraq \u00e0 la premi\u00e8re guerre du Golfe                   et donn\u00e9 asile \u00e0 Oussama ben Laden durant les ann\u00e9es 1990,                   a une longue histoire de marginalisation des r\u00e9gions isol\u00e9es,                   comme le Sud, et il r\u00e9serve les ressources nationales pour                   la population concentr\u00e9e dans la capitale. La situation \u00e0 Darfur,                   au Soudan de l&#8217;Ouest, o\u00f9 les conflits ont caus\u00e9 la mort de                   centaines de milliers de personnes ces derni\u00e8res ann\u00e9es, est                   la plus longue des guerres civiles brutales.<\/p>\n<p>Il y a \u00e0 peine plus d&#8217;un an qu&#8217;une paix fragile s&#8217;est install\u00e9e                   au Sud-Soudan. Apr\u00e8s presque 50 ans de guerre sporadique et                   plus de deux millions de morts, les combats entre le gouvernement                   du nord et les rebelles du sud ont quasiment arr\u00eat\u00e9. L&#8217;accord                   de paix sign\u00e9 en janvier 2005 est la raison pour laquelle des                   troupes canadiennes sont actuellement au Soudan.<\/p>\n<p>En mars 2005 l&#8217;ONU acceptait d&#8217;envoyer 10 000 mainteneurs                   de la paix pour surveiller l&#8217;accord, faciliter la d\u00e9mobilisation                   paisible de soldats et aider des millions de personnes d\u00e9plac\u00e9es,                   comme les Dinkas de Bor, \u00e0 retourner chez eux.<\/p>\n<p>Lorsque le d\u00e9ploiement sera termin\u00e9, il y aura 750 observateurs                   militaires de l&#8217;ONU (OMONU) et une force de protection de quelque                   4 500 soldats. Le reste des 10 000 font partie du personnel                   de soutien, logistique et civil.<\/p>\n<p>L&#8217;ONU va \u00eatre au Soudan au moins durant les prochains six                   ans. Actuellement, des soldats de plus de 50 pays sont d\u00e9ploy\u00e9s                   tranquillement \u00e0 travers le Sud. Il y a des Mongols, des \u00c9gyptiens,                   des Boliviens, des Chinois, des Russes, des Grecs et beaucoup                   d&#8217;autres. Vers la fin de 2005, quand la premi\u00e8re vague de soldats                   y sont all\u00e9s, c&#8217;\u00e9tait clair aux yeux de beaucoup d&#8217;entre eux                   que la situation \u00e9tait encore instable. On a simplement un                   sentiment, tout au moins \u00e0 Juba, la capitale du Sud, que le                   conflit n&#8217;est pas compl\u00e8tement termin\u00e9. Tous les jours les                   deux c\u00f4t\u00e9s apportent les mortiers, s&#8217;approchent de leurs canons                   et se pr\u00e9parent \u00e0 d\u00e9fendre leur territoire. &#8220;Ils ont une longue                   histoire de guerre, c&#8217;est tout ce qu&#8217;ils savent&#8221;, dit le capitaine                   Sam Perreault, un OMONU d&#8217;Ottawa. &#8220;Ils sont arm\u00e9s et ils sont                   agressifs. Il ne manque qu&#8217;une \u00e9tincelle.&#8221;<\/p>\n<p>Son, Perreault et plus de 20 autres OMONU sont aux premi\u00e8res                   lignes de l&#8217;effort ayant pour but d&#8217;emp\u00eacher cette \u00e9tincelle                   de rallumer le Sud-Soudan. Les OMONU, vivant en petits groupes                   parmi les Soudanais, sont les yeux et les oreilles du Conseil                   de s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;ONU. Les OMONU v\u00e9rifient que les deux anciennes                   parties du conflit ob\u00e9issent \u00e0 l&#8217;accord de paix et que d&#8217;autres                   groupes arm\u00e9s, comme les Dinkas de Bor, ne causent pas trop                   de probl\u00e8mes, en patrouillant, en parlant aux soldats locaux                   et en inspectant les sites militaires.<\/p>\n<p>Mais les OMONU ont un autre r\u00f4le \u00e0 jouer qui est peut-\u00eatre                   plus important que la collecte de renseignements. Ils sont                   une indication pour les gens de la localit\u00e9 qui ont souffert                   si longtemps, rien que par leur pr\u00e9sence, que la communaut\u00e9 internationale                   est vraiment l\u00e0, qu&#8217;elle aide vraiment. &#8220;La situation est vraiment                   compliqu\u00e9e ici&#8221;, dit Alan Bones, un charg\u00e9 d&#8217;affaires de l&#8217;ambassade                   canadienne \u00e0 Khartoum. &#8220;La guerre civile vraiment horrible                   qui a eu des cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices pour le Sud a dur\u00e9 longtemps.                   Il est d\u00e9pourvu d&#8217;infrastructure et plusieurs g\u00e9n\u00e9rations ont                   perdu leurs moyens d&#8217;existence, leur \u00e9ducation et leurs familles.                   Alors c&#8217;est vraiment important que la communaut\u00e9 internationale                   soit consid\u00e9r\u00e9e comme servant \u00e0 consolider la paix maintenant                   que les parties se sont mises d&#8217;accord de d\u00e9poser les armes.<\/p>\n<p>Malheureusement, le groupe le plus hostile au Sud-Soudan,                   l&#8217;ARS, n&#8217;a pas accept\u00e9 de d\u00e9poser les armes. Surnomm\u00e9 &#8216;tong-tong&#8217;                   dans la r\u00e9gion, l&#8217;ARS est un retour de souffle d&#8217;un ancien                   effort europ\u00e9en qui devait servir \u00e0 stabiliser le Soudan. Leur                   leader, un sauvage messianique appel\u00e9 Joseph Kony, croit qu&#8217;il                   est poss\u00e9d\u00e9 par l&#8217;esprit d&#8217;un missionnaire italien qui a v\u00e9cu                   dans la r\u00e9gion. L&#8217;ARS, renomm\u00e9e pour son barbarisme incroyable                   (ses membres attaquent les b\u00e9b\u00e9s \u00e0 la machette, sont cannibales                   et forcent des enfants \u00e0 tuer leurs parents), est un r\u00e9sultat                   qu&#8217;aucun missionnaire n&#8217;aurait d\u00e9sir\u00e9.<\/p>\n<p>Le but suppos\u00e9 de Kony est de renverser le gouvernement de                   l&#8217;Ouganda, le pays voisin, et d&#8217;y imposer une sorte de fondamentalisme                   chr\u00e9tien. Kony, bas\u00e9 au Sud-Soudan depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es                   1990, a form\u00e9 une arm\u00e9e en kidnappant des milliers d&#8217;enfants                   et commenc\u00e9 \u00e0 attaquer des cibles de l&#8217;ONU, ayant tu\u00e9 derni\u00e8rement                   un d\u00e9mineur suisse. &#8220;L&#8217;ARS est un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9voy\u00e9 particuli\u00e8rement                   brutal qui, d&#8217;apr\u00e8s moi, devrait \u00eatre supprim\u00e9&#8221;, dit le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral                   canadien Greg Mitchell, qui a pass\u00e9 six mois en 2005 au poste                   de commandant de la mission de l&#8217;ONU au Soudan. &#8220;Mais ce n&#8217;est                   pas facile \u00e0 faire parce que le territoire est vaste, les capacit\u00e9s                   de l&#8217;ARS sont plut\u00f4t grandes et ses capacit\u00e9s de terrorisme                   sont encore plus grandes, alors ses membres ont une r\u00e9putation                   qui fait que les gens en ont peur; m\u00eame les militaires ont                   peur d&#8217;eux. Mais il faut qu&#8217;on s&#8217;en occupe, d&#8217;une fa\u00e7on ou                   d&#8217;une autre, et le plus vite possible.&#8221;<\/p>\n<p>La mission de l&#8217;ONU au Soudan est essentiellement d&#8217;emp\u00eacher                   le chaos de gagner du terrain. Dans n&#8217;importe quelle situation                   d&#8217;apr\u00e8s-conflit, il y a une p\u00e9riode o\u00f9 l&#8217;espoir point et o\u00f9 la                   paix est possible. Si le progr\u00e8s est lent ou irr\u00e9gulier, l&#8217;espoir                   risque de dispara\u00eetre et les nations de l&#8217;Ouest ne veulent                   absolument pas faire partie des hostilit\u00e9s au Soudan. C&#8217;est                   pour \u00e7a que le r\u00f4le des OMONU est si important. Ils sont, chichement \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 travers                   toute la largeur du Soudan du Sud, des pr\u00e9sages de paix sans                   armes qui se servent de raisonnement et de bienveillance pour                   amener les anciens combattants r\u00e9ticents et des fois m\u00e9fiants \u00e0 renoncer \u00e0 se                   battre. Ses OMONU sans armes vont dans les endroits o\u00f9 les                   arm\u00e9es ont peur d&#8217;aller, litt\u00e9ralement. &#8220;Normalement, on voit                   les militaires comme des gens porteurs de fusils et tueurs,                   alors que quand on est OMONU, on n&#8217;a pas ce sentiment-l\u00e0, on                   nous consid\u00e8re comme des gens qui essaient de leur apporter                   de l&#8217;aide&#8221;, dit Son, qui \u00e9tait officier naval de lutte au-dessus                   de la surface avant d&#8217;\u00eatre mut\u00e9 au directorat de la politique                   d&#8217;instruction et d&#8217;\u00e9ducation des Forces canadiennes \u00e0 Ottawa.<\/p>\n<p>&#8220;Nous sommes ici pour les aider \u00e0 maintenir la paix. Nous                   ne les obligeons pas \u00e0 faire quoi que ce soit. Nous voulons                   simplement les aider \u00e0 r\u00e9tablir leur pays, les aider s&#8217;il y                   a un d\u00e9saccord entre deux factions, les aider \u00e0 aplanir les                   difficult\u00e9s, sinon ils recommencent la guerre.&#8221;<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas la premi\u00e8re fois que les Canadiens ont montr\u00e9 le                   chemin au Soudan. Durant les ann\u00e9es 1880, quand le Soudan \u00e9tait                   une fronti\u00e8re de l&#8217;empire britannique, un groupe de quelques                   centaines de voyageurs canadiens ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s pour diriger                   une colonne le long du Nil dans le but de relever un g\u00e9n\u00e9ral                   anglais du nom de Charles Gordon. Malheureusement, Gordon a \u00e9t\u00e9 transperc\u00e9 d&#8217;un                   coup de lance et d\u00e9capit\u00e9 avant que les Canadiens n&#8217;arrivent                   pour lui sauver la mise. Les Britanniques se sont veng\u00e9s quelques                   ann\u00e9es plus tard quand ils ont repris Khartoum, cette fois-l\u00e0 avec                   l&#8217;aide de la nouvelle mitraillette Maxim et un jeune soldat                   de cavalerie du nom de Winston Churchill.<\/p>\n<p>Il est clair que cette mission de l&#8217;ONU au Soudan n&#8217;est pas                   la premi\u00e8re fois que des \u00e9trangers ont essay\u00e9 de r\u00e9tablir l&#8217;ordre                   dans cette partie de l&#8217;Afrique. Les Europ\u00e9ens ont essay\u00e9 de                   sauver le Soudan de temps en temps durant plus d&#8217;un si\u00e8cle.                   Durant le r\u00e8gne britannique jusqu&#8217;en 1956, le Soudan \u00e9tait                   officiellement divis\u00e9 en Nord et Sud. En cons\u00e9quence, il y                   a eu une guerre p\u00e9riodique entre les deux moiti\u00e9s du Soudan                   depuis que les Britanniques sont partis.<\/p>\n<p>Mais maintenant l&#8217;ONU est arriv\u00e9 \u00e0 Khartoum et cette fois-ci                   on a l&#8217;intention de faire les choses comme il faut. Bien entendu,                   l&#8217;Afrique fait de dr\u00f4les de choses aux meilleures intentions                   des \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Khartoum, o\u00f9 le Nil blanc et le Nil bleu se joignent, tout                   juste au sud du d\u00e9sert du Sahara, est une ville de 4,5 millions                   de personnes. Bien qu&#8217;elle soit loin de la guerre qu&#8217;il y a \u00e0 Darfur,                   de l&#8217;agitation tribale du Sud et de la violence de l&#8217;Est, la                   tension est encore \u00e9vidente. \u00c0 l&#8217;ext\u00e9rieur des \u00e9difices du                   gouvernement il y a des camionnettes Toyota dans la benne desquelles                   une mitrailleuse lourde a \u00e9t\u00e9 boulonn\u00e9e. Il y a partout des                   gens myst\u00e9rieux et press\u00e9s. C&#8217;est le genre d&#8217;endroit o\u00f9 les                   journalistes se font arr\u00eater par la police secr\u00e8te pour avoir                   photographi\u00e9 des arbres.<\/p>\n<p>Dans la partie particuli\u00e8rement ensabl\u00e9e de Khartoum absurdement                   appel\u00e9e la ville jardin, la mission de l&#8217;ONU au Soudan (UNMIS)                   s&#8217;est install\u00e9e et y a grandi jusqu&#8217;\u00e0 devenir un enclos cern\u00e9 de                   fil de fer barbel\u00e9 et d&#8217;un mur tr\u00e8s haut. Sous une tente \u00e0 la                   caf\u00e9t\u00e9ria ext\u00e9rieure, des soldats et des employ\u00e9s de l&#8217;ONU                   venus du monde entier s&#8217;assemblent pour boire un th\u00e9 laiteux                   et penser \u00e0 leurs options. Le nombre de motifs de camouflage                   est d\u00e9routant. Indien, bangladais, australien, pakistanais,                   rwandais. Certains des dessins les plus int\u00e9ressants semblent                   servir \u00e0 se faire remarquer plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 se cacher. Le bleu                   et le violet vifs des paramilitaires soudanais en sont un bon                   exemple. Au milieu de ce cirque multinational se trouvent les                   Canadiens, portant un uniforme con\u00e7u par ordinateur comparativement                   raisonnable.<\/p>\n<p>Un r\u00e9serviste aimable et \u00e9nerg\u00e9tique du King&#8217;s Own Calgary                   Regiment, le major Joe Howard, au quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;UNMIS \u00e0 Khartoum,                   travaille aux relations civiles-militaires. Tous les jours                   il marche 40 minutes \u00e0 travers la circulation folle de la ville                   pour arriver \u00e0 son bureau \u00e0 air climatis\u00e9, dans un conteneur                   d&#8217;exp\u00e9dition, au milieu de l&#8217;enclos des Nations unies. Quand                   cela faisait deux ou trois mois qu&#8217;Howard \u00e9tait l\u00e0, il a entrepris                   une nouvelle routine o\u00f9 il s&#8217;arr\u00eate prendre le th\u00e9 avec une                   dame \u00e9dent\u00e9e, pourchass\u00e9 par une meute de chiens et se fait                   souvent apostropher par un gars du coin qui crie &#8220;Yankee go                   home&#8221;.<\/p>\n<p>&#8220;Il n&#8217;y a pas de probl\u00e8me au Soudan&#8221;, dit l&#8217;aimable Howard,                   qui n&#8217;a pas encore r\u00e9ussi \u00e0 emp\u00eacher le servant de son propri\u00e9taire \u00e0 utiliser                   sa salle de bain. &#8220;Tout est simplement &#8216;pas de probl\u00e8me&#8217;. Et                   on n&#8217;a qu&#8217;\u00e0 adopter cette attitude parce qu&#8217;il se pourrait                   fort bien qu&#8217;on n&#8217;ait pas les moyens de r\u00e9soudre le probl\u00e8me                   de toute fa\u00e7on.&#8221;<\/p>\n<p>Le major-g\u00e9n\u00e9ral bangladais Fazle Akbar est probablement d&#8217;accord                   avec Howard qu&#8217;il n&#8217;existe pratiquement rien de plus difficile                   qu&#8217;un probl\u00e8me soudanais. En tant que commandant de l&#8217;UNMIS,                   Akbar, en fin de compte, est responsable de toutes les op\u00e9rations                   militaires de l&#8217;ONU au Soudan, y compris le d\u00e9ploiement des                   OMONU.<\/p>\n<p>Vers la fin de 2005, l&#8217;UNMIS avait 60 pour cent de retard                   en ce qui concerne le d\u00e9ploiement et Akbar commen\u00e7ait \u00e0 s&#8217;inqui\u00e9ter                   que l&#8217;UNMIS perdait de sa cr\u00e9dibilit\u00e9 sur les lieux. Un des                   probl\u00e8mes principaux \u00e9tait que l&#8217;\u00e9quipement pour les milliers                   de soldats de l&#8217;ONU qui attendaient d&#8217;\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s devait \u00eatre                   transport\u00e9 par voie terrestre du Kenya. Mais les routes sont                   min\u00e9es et un vrai bouchon avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 cause des attaques                   des d\u00e9mineurs par l&#8217;ARS. &#8220;C&#8217;est un effet s\u00e9quentiel&#8221;, dit Akbar. &#8220;Si                   le d\u00e9minage est arr\u00eat\u00e9, nous ne pouvons pas d\u00e9gager la route,                   alors nous n&#8217;avons pas l&#8217;\u00e9quipement, alors nous ne pouvons                   pas avoir les soldats. Actuellement, nous n&#8217;avons qu&#8217;une seule                   compagnie de soldats et nous devons nous occuper de la protection                   des d\u00e9mineurs, et bien entendu, celle des OMONU, vu qu&#8217;on ne                   peut pas les laisser aller n&#8217;importe o\u00f9 se faire attaquer ou                   tuer par l&#8217;ARS. Alors nous sommes plut\u00f4t handicap\u00e9s.&#8221;<\/p>\n<p>Effectivement, il y a toute une liste de probl\u00e8mes dont Akbar                   a la responsabilit\u00e9 mais dont il n&#8217;a gu\u00e8re le contr\u00f4le. Il                   lui faut des h\u00e9licopt\u00e8res, mais tr\u00e8s peu sont disponibles.                   Il lui faut des fonds pour financer les nouvelles unit\u00e9s militaires                   mixtes, mais il n&#8217;y en a pas. Il lui faut se d\u00e9barrasser de                   l&#8217;ARS, mais il ne peut trouver de fa\u00e7on de le faire. Parmi                   tous ces probl\u00e8mes, toutefois, en l&#8217;occurrence, rien ne frustre                   Akbar davantage que l&#8217;inefficacit\u00e9 de l&#8217;ONU elle-m\u00eame. &#8220;Le                   syst\u00e8me de l&#8217;ONU a sa propre logistique, qui fait partie de                   la division du soutien des missions, et la responsabilit\u00e9 de                   d\u00e9ployer les gens sur le terrain lui appartient. Savez-vous,                   dans l&#8217;arm\u00e9e, tous les \u00e9l\u00e9ments sont sous un m\u00eame commandement,                   et quand un commandant fait un plan, il s&#8217;assure qu&#8217;il y ait                   le soutien dont il a besoin et ensuite il peut r\u00e9guler le plan.                   Mais ici je n&#8217;ai pas les services de soutien dont j&#8217;ai besoin                   sous mon commandement, alors il ne s&#8217;accorde ni ne fonctionne                   jamais en tandem. C&#8217;est \u00e7a qui m&#8217;a frustr\u00e9 le plus.&#8221;<\/p>\n<p>Cette division de la logistique de l&#8217;ONU a eu une cons\u00e9quence                   directe pour plusieurs OMONU canadiens, car Akbar a ordonn\u00e9 une                   modification de la proc\u00e9dure qui risque de s&#8217;av\u00e9rer dangereuse \u00e0 cause                   des retards constants. &#8220;D&#8217;apr\u00e8s le concept op\u00e9rationnel, les \u00e9l\u00e9ments                   de protection sont les premiers, les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9dicaux suivent                   et les OMONU sont les derniers. Dans une telle situation, je                   ne pouvais pas attendre infiniment pour arriver sur le terrain,                   pour faire acte de pr\u00e9sence&#8221;, dit Akbar. &#8220;Alors j&#8217;ai pris le                   risque de mettre les OMONU en premier, le m\u00e9dical ensuite et                   la force de protection en dernier. Si j&#8217;avais suivi le concept                   op\u00e9rationnel, croyez-moi, nous ne comprendrions qu&#8217;un dixi\u00e8me                   de ce que nous comprenons maintenant en ce qui concerne la                   situation.&#8221;<\/p>\n<p>Cons\u00e9quemment, quand le capitaine Sam Perreault a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9 en                   octobre \u00e0 Maridi, \u00e0 l&#8217;ouest de Juba, les autres OMONU et lui                   vivaient dans des huttes pr\u00e9caires sans force de protection                   ni de soutien m\u00e9dical rapproch\u00e9.<\/p>\n<p>Les gens de Maridi se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s extr\u00eamement aimables envers                   Perreault et les autres OMONU, et pas une seule fois n&#8217;a-t-il                   senti qu&#8217;ils \u00e9taient dangereux. Les mines, d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9,                   l&#8217;ont inqui\u00e9t\u00e9; mais m\u00eame les mines n&#8217;\u00e9taient pas aussi mauvaises                   que la perspective d&#8217;une attaque de l&#8217;ARS. &#8220;Je ne pouvais faire                   autrement que d&#8217;y penser, \u00e0 la situation concernant l&#8217;ARS,                   parce qu&#8217;elle a attaqu\u00e9 une ou deux fois pendant que j&#8217;\u00e9tais \u00e0 Maridi, \u00e0 20                   ou 30 kilom\u00e8tres de l\u00e0-bas&#8221;, dit Perreault, qui vient de finir                   ses \u00e9tudes de droit et pour qui c&#8217;\u00e9tait le premier d\u00e9ploiement                   dans les Forces canadiennes. &#8220;Pendant la journ\u00e9e, quand on \u00e9tait                   en patrouille, je n&#8217;y pensais pas beaucoup. M\u00eame si au fond                   de moi-m\u00eame c&#8217;\u00e9tait comme, est-ce que c&#8217;est aujourd&#8217;hui mon                   dernier jour sur terre? La nuit, le seul temps o\u00f9 je pensais \u00e0 l&#8217;ARS                   c&#8217;\u00e9tait quand toutes les lumi\u00e8res \u00e9taient \u00e9teintes et qu&#8217;on                   allait se coucher, et que la seule chose entre elle et nous                   c&#8217;\u00e9tait un mur en bambou.&#8221;<\/p>\n<p>Avant d&#8217;\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s au Soudan, les OMONU canadiens ont un                   mois de pr\u00e9paration intense au Centre de formation des Forces                   canadiennes pour le soutien de la paix \u00e0 Kingston (Ont.). C&#8217;est                   l\u00e0 que Perreault a appris les trucs du m\u00e9tier : quoi dire pour                   traverser les postes de contr\u00f4le, d\u00e9samorcer les situations                   hostiles, m\u00e9riter la confiance des combattants locaux et des                   douzaines d&#8217;autres habilet\u00e9s. &#8220;Je crois que tout pays qui d\u00e9sire                   la paix, m\u00e9rite la paix. Nous sommes chanceux au Canada, alors                   il faut que les gens comme moi et tous mes coll\u00e8gues viennent                   le faire, quelqu&#8217;un doit le faire. Et si c&#8217;est la mani\u00e8re qu&#8217;il                   faut le faire, sans armes, eh bien c&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;on va                   le faire. C&#8217;est pour \u00e7a que je me suis engag\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Bien que l&#8217;id\u00e9e d&#8217;envoyer des soldats en uniforme sans arme \u00e0 des                   endroits comme le Soudan soit un peu \u00e9trange, il y a peut-\u00eatre                   de bonnes raisons de le faire. D&#8217;apr\u00e8s la th\u00e9orie, tout au                   moins, donner des armes courtes ou des fusils aux OMONU ne                   ferait qu&#8217;augmenter les risques. Afin de les prot\u00e9ger vraiment                   contre une force arm\u00e9e hostile, il leur faudrait bien plus                   qu&#8217;une arme personnelle. &#8220;Les observateurs sont sans arme par                   expr\u00e8s et militaires par expr\u00e8s&#8221;, nous explique le brigadier-g\u00e9n\u00e9ral                   Mitchell. &#8220;Il faut une expertise militaire, mais en \u00e9tant sans                   arme, on ne constitue une menace pour personne. Quant aux individus                   eux-m\u00eames, leur protection c&#8217;est qu&#8217;ils ne sont pas une menace.                   C&#8217;est la th\u00e9orie et \u00e7a marche dans bien des endroits et il                   y a des endroits o\u00f9 \u00e7a ne marche pas.&#8221;<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la patrouille du lieutenant-commander Hugh Son devant                   les guerriers dinkas de Bor et jusqu&#8217;\u00e0 Rokon, personne n&#8217;\u00e9tait                   d\u00e9sireux de tester la th\u00e9orie selon laquelle \u00eatre d\u00e9sarm\u00e9 est                   une protection. \u00c0 la place, deux camions de soldats bangladais                   avaient re\u00e7u l&#8217;ordre d&#8217;accompagner la patrouille. Chose inqui\u00e9tante,                   ils avaient 40 minutes de retard au d\u00e9but de la patrouille. &#8220;Ce                   n&#8217;est pas la meilleure chose que d&#8217;avoir un contingent de la                   force de protection en retard&#8221;, dit Son, &#8220;car ce sont l\u00e0 les                   gens sur qui il faut compter. Alors le simple fait qu&#8217;ils ne                   pouvaient pas \u00eatre \u00e0 l&#8217;heure m&#8217;inqui\u00e9tait; pouvons-nous compter                   sur ces gars au moment crucial?&#8221;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cinq heures de soubresauts le long des chemins de terre,                   Son a finit pas arriver \u00e0 Rokon, un petit village qui est essentiellement                   une base de l&#8217;arm\u00e9e soudanaise. L\u00e0, apr\u00e8s quelques civilit\u00e9s                   tendues, Son est all\u00e9 faire une petite promenade avec le commandant                   de la base, le grand et \u00e9nigmatique colonel Ali. Ils ont parl\u00e9 de                   la force des troupes, des red\u00e9ploiements et aussi de ce que                   l&#8217;avenir pouvait r\u00e9server \u00e0 Ali. &#8220;Un des messages que j&#8217;esp\u00e9rais                   lui transmettre, et je le lui ais r\u00e9ellement dit, c&#8217;est qu&#8217;un                   jour lui et moi pourrions peut-\u00eatre aller en mission pour l&#8217;ONU                   ensemble, qu&#8217;un jour le Soudan pourrait envoyer des troupes,                   tout comme le Rwanda envoie des troupes au Soudan&#8221;, dit Son.<\/p>\n<p>Selon un autre exemple de proc\u00e9dures op\u00e9rationnelles de l&#8217;ONU                   qui risquent d&#8217;\u00eatre d\u00e9sastreuses, apr\u00e8s \u00eatre revenu de patrouille,                   Son est harangu\u00e9 dans la caf\u00e9t\u00e9ria par une Australienne v\u00e9h\u00e9mente                   du bureau de l&#8217;ONU qui s&#8217;occupe de l&#8217;alerte au danger des mines \u00e0 Juba.                   Elle pr\u00e9tend que la route vers Rokon n&#8217;\u00e9tait pas d\u00e9min\u00e9e et                   que l&#8217;on y avait d\u00e9couvert des mines \u00e0 peine quelques jours                   avant. Bien s\u00fbr, Son \u00e9tait pass\u00e9 par le bureau avant d&#8217;aller                   en patrouille, mais l&#8217;Australienne n&#8217;y \u00e9tait pas et il semblerait                   qu&#8217;elle n&#8217;avait dit \u00e0 personne, pas m\u00eame \u00e0 son patron, qu&#8217;elle                   savait que la route de Rokon \u00e9tait dangereuse. Selon un hasard \u00e9trange,                   aucun des membres du personnel de l&#8217;alerte au danger des mines                   ne pouvait pr\u00e9ciser o\u00f9 et pourquoi les communications avaient \u00e9t\u00e9 interrompues,                   ni qui avait la responsabilit\u00e9 de faire en sorte que \u00e7a ne                   se renouvelle plus jamais. &#8220;Au moins maintenant nous savons                   que la route \u00e9tait d\u00e9gag\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 Rokon, en ce jour particulier.                   Je ne sais pas si on peut dire la m\u00eame chose pour demain, mais                   au moins nous savons qu&#8217;en ce jour-l\u00e0 il n&#8217;y avait pas de mines&#8221;,                   dit Son en grommelant, visiblement m\u00e9content \u00e0 propos de l&#8217;incident.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas facile de s&#8217;imaginer le Soudan. Les mots nous                   font d\u00e9faut pour d\u00e9crire ce qui se passe aux abords d&#8217;un endroit                   comme Juba. Tout est boulevers\u00e9 et rat\u00e9. Il y a des ordures                   et des eaux-vannes partout, les maisons sont en boue, et beaucoup                   d&#8217;entre elles sont bris\u00e9es. Les enfants, bien dans la troisi\u00e8me                   g\u00e9n\u00e9ration de guerre brutale, vous d\u00e9visagent avec un m\u00e9lange                   d&#8217;incompr\u00e9hension et d&#8217;\u00e9merveillement. &#8220;C&#8217;est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent                   du Canada&#8221;, dit le lieutenant-colonel Michael Goodspeed, un                   OMONU de Kingston qui a un poste d&#8217;officier d&#8217;\u00e9tat-major au                   quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;ONU \u00e0 Juba. &#8220;Le degr\u00e9 de souffrance et                   de douleur est incroyable. Je vois des gens qui ont \u00e9videmment                   tr\u00e8s faim et qui sont malades.&#8221;<\/p>\n<p>Goodspeed, comme nombre de soldats \u00e0 Juba, est tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9 quand                   il s&#8217;agit d&#8217;aider les enfants aux deux orphelinats locaux.                   Mais m\u00eame maintenant, apr\u00e8s toute l&#8217;assistance, ces gamins                   vivent encore dans des conditions sordides. Ils sont couverts                   de crasse et de mouches, ils n&#8217;ont que tr\u00e8s peu de nourriture                   et la maladie est vraiment un probl\u00e8me. Goodspeed fait tout                   ce qu&#8217;il peut pour les aider, mais les fonds sont peu abondants.                   Au plus petit orphelinat, o\u00f9 les gamins font des sculptures                   pour le commerce touristique inexistant, Goodspeed a pass\u00e9 une                   grosse commande pour des sculptures servant de cadeaux officiels                   de l&#8217;ONU. &#8220;Ce sont certainement les populations les plus vuln\u00e9rables.                   Ces enfants, pour diverses raisons, ont v\u00e9cu des horreurs terribles                   et maintenant ils se retrouvent compl\u00e8tement seuls. Et on peut                   faire quelque chose durant nos heures libres, alors c&#8217;est ce                   qu&#8217;on fait. On est en train de r\u00e9parer leur orphelinat&#8221;, dit                   Goodspeed.<\/p>\n<p>Voir ces tout petits, des b\u00e9b\u00e9s avec le ventre gonfl\u00e9 et des                   petites filles en robes sales et d\u00e9chir\u00e9es, nous fait voir                   d&#8217;un autre oeil la r\u00e9alit\u00e9 que sont les efforts du Canada en                   vue d&#8217;aider un endroit comme le Soudan. La nouvelle politique                   officielle d&#8217;Ottawa c&#8217;est que le Canada est responsable de                   la protection des innocents en danger. Elle est bas\u00e9e sur le                   principe que nous devons les aider parce que nous le pouvons.                   Quand on voit ces orphelins, il est clair que c&#8217;est une bonne                   id\u00e9e, mais dans un cas comme \u00e0 Darfur, o\u00f9 la protection des                   civils risque de vouloir dire qu&#8217;il faut se battre, les cons\u00e9quences                   ont une grande port\u00e9e. &#8220;Sans trop y r\u00e9fl\u00e9chir, j&#8217;ai beaucoup                   d&#8217;affinit\u00e9s avec la responsabilit\u00e9 concernant le projet, mais                   je pense que la guerre, comme le disait L\u00e9nine, est un pas                   dans la noirceur&#8221;, dit un Goodspeed pensif, qui a publi\u00e9 un                   livre sur la guerre moderne. &#8220;Quand on va en guerre, et admettons-le,                   quand on prot\u00e8ge quelqu&#8217;un, il s&#8217;agit de combattre, on r\u00e9alise \u00e0 quel                   point la guerre est complexe, qu&#8217;on vient de multiplier toutes                   les variables et, sans mentionner sp\u00e9cifiquement le Soudan,                   je pense qu&#8217;il faut faire tr\u00e8s tr\u00e8s attention \u00e0 la fa\u00e7on dont                   on choisit les combats o\u00f9 s&#8217;engager.<\/p>\n<p>Au Sud-Soudan tout au moins, le combat a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Malgr\u00e9 la                   bureaucratie de l&#8217;ONU, il est tout \u00e0 fait possible qu&#8217;avec                   l&#8217;aide des OMONU, le Sud finisse par passer \u00e0 travers et devenir                   un endroit o\u00f9 un jour les touristes pourront aller faire un                   safari. Bien entendu, en premier lieu il faut s&#8217;occuper de                   l&#8217;ARS.<\/p>\n<p>En plus des d\u00e9fis pratiques, toutefois, il y a aussi, en arri\u00e8re-plan                   qui persiste, l&#8217;histoire des tentatives manqu\u00e9es de faire le                   bien au Soudan, et ailleurs en Afrique. Les probl\u00e8mes dans                   ces endroits ont tendance \u00e0 \u00eatre tenaces et les meilleures                   intentions ne suffisent pas. &#8220;C&#8217;est un pays aux complexit\u00e9s                   infinies et subtiles&#8221;, dit Bones, le chef de l&#8217;ambassade du                   Canada au Soudan. &#8220;S&#8217;il existait des r\u00e9ponses faciles aux probl\u00e8mes                   d&#8217;ici, on les aurait trouv\u00e9es il y a longtemps. La raison pour                   laquelle le Soudan est toujours un probl\u00e8me \u00e0 tous points de                   vue c&#8217;est parce qu&#8217;il n&#8217;existe pas de r\u00e9ponse facile. Ce qu&#8217;on                   doit faire c&#8217;est le mieux qu&#8217;on puisse dans les circonstances                   et esp\u00e9rer, comme les m\u00e9decins, que ce qu&#8217;on fait n&#8217;empire                   pas les choses.&#8221;<\/p>\n<p>Le Soudan soul\u00e8ve des questions importantes. Des millions                   de personnes y sont d\u00e9j\u00e0 mortes et la violence continue. Qu&#8217;est-ce                   que les Canadiens repr\u00e9sentent? Pour quelles causent accepteraient-ils                   de se battre? Les Canadiens ont-ils la responsabilit\u00e9 de prot\u00e9ger                   les petites filles africaines du mal?<\/p>\n<p>Pour les soldats canadiens au Soudan, ceux qui se sont port\u00e9s                   volontaires et qui ont accept\u00e9 de risquer leur vie, les r\u00e9ponses                   franches \u00e0 ces grandes questions sont crues. &#8220;Dans ce monde&#8221;,                   dit Goodspeed, &#8220;dans ce monde globalis\u00e9 o\u00f9 nous vivons, on                   ne peut pas se d\u00e9tourner en disant &#8216;Il y a un trou dans votre                   c\u00f4t\u00e9 du bateau, qu&#8217;est-ce que vous allez faire?&#8217; Nous sommes                   dans le m\u00eame bateau.&#8221;<\/p>\n<p>Aux yeux des soldats, il s&#8217;agit d&#8217;un devoir qui ressemble                   beaucoup au sauvetage de l&#8217;Europe contre les nazis ou de la                   Cor\u00e9e contre les communistes. Il s&#8217;agit de prot\u00e9ger l&#8217;innocent                   du mal et de le lib\u00e9rer de l&#8217;oppression, malgr\u00e9 les risques.                   Il s&#8217;agit d&#8217;un travail pour des soldats. &#8220;D&#8217;apr\u00e8s mois, tout                   ceci fait partie de la mission des Forces canadiennes qui est                   d&#8217;apporter la paix et la s\u00e9curit\u00e9 dans le monde&#8221;, dit Son. &#8220;Si                   on ne s&#8217;en m\u00eale pas, personne d&#8217;autre va le faire. C&#8217;est comme                   si vous voyez quelqu&#8217;un qui se fait attaquer et que vous ne                   fassiez rien, parce que vous ne voulez pas vous en m\u00ealer, parce                   que vous ne voulez pas vous faire faire mal. Voyez-vous, ces                   gens ont besoin d&#8217;aide et on doit contribuer, on ne peut pas                   en parler seulement, on doit vraiment faire quelque chose.&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur un sentier d\u00e9fonc\u00e9 \u00e0 trois heures au nord-ouest de Juba, profond\u00e9ment dans l&#8217;int\u00e9rieur du territoire soudanais encore livr\u00e9 \u00e0 l&#8217;anarchie, le lieutenant-commander Hugh Son voit le premier groupe de guerriers dinkas de Bor. Ces membres de la tribu nomade Dinka, grands et d\u00e9braill\u00e9s, sont bien arm\u00e9s et impr\u00e9visibles. 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