{"id":1134,"date":"2011-11-01T00:01:11","date_gmt":"2011-11-01T04:01:11","guid":{"rendered":"https:\/\/legionmagfren.wpengine.com\/?p=1134"},"modified":"2011-10-20T14:50:28","modified_gmt":"2011-10-20T18:50:28","slug":"hong-kong","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2011\/11\/hong-kong\/","title":{"rendered":"Hong Kong"},"content":{"rendered":"<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:630px\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1149\" title=\"Les prisonniers canadiens et britanniques attendent d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s par la compagnie de d\u00e9barquement du NCSM Prince Robert, \u00e0 Hong Kong, en aout 1945. [PHOTO : OM JACK HAWES, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA114811]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongLead2.jpg\" alt=\"Les prisonniers canadiens et britanniques attendent d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s par la compagnie de d\u00e9barquement du NCSM Prince Robert, \u00e0 Hong Kong, en aout 1945. [PHOTO : OM JACK HAWES, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA114811]\" width=\"630\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongLead2.jpg 630w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongLead2-300x112.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les prisonniers canadiens et britanniques attendent d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s par la compagnie de d\u00e9barquement du NCSM Prince Robert, \u00e0 Hong Kong, en aout 1945. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : OM JACK HAWES, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA114811<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p><strong>L\u2019histoire du r\u00f4le du Canada dans une garnison condamn\u00e9e racont\u00e9e par ceux qui y \u00e9taient<\/strong><\/p>\n<p>Comment cela avait-il commenc\u00e9? Le bureau du chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Ottawa n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s somptueux en aout 1941, mais le major-g\u00e9n\u00e9ral Crerar y re\u00e7ut chaleureusement son coll\u00e8gue de l\u2019Upper Canada College et du Royal Military College. Le major-g\u00e9n\u00e9ral Arthur Grasett, commandant \u00e0 Hong Kong depuis 1938, \u00e9tait en route pour la Grande-Bretagne o\u00f9 il servait dans les Royal Engineers depuis 1909. Les deux vieux amis \u00e9voqu\u00e8rent des souvenirs et bavard\u00e8rent, et Grasett parla des d\u00e9fenses de Hong Kong, des fa\u00e7ons de les renforcer et du moral de la colonie de la Couronne, remont\u00e9 en y envoyant quelques bataillons. Tout le monde savait, dit Grasett, que les Japonais qui ravageaient la Chine ne pouvaient tout simplement pas se mesurer \u00e0 des soldats blancs. \u00ab Ils se sont bien battus avec les Chinois de troisi\u00e8me ordre, dit-il, mais ils n\u2019ont pas encore fait face \u00e0 des soldats de premi\u00e8re classe comme ceux de mes bataillons, qui leur donneront une bonne racl\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Crerar a toujours ni\u00e9 qu\u2019une telle suggestion eut \u00e9t\u00e9 faite par Grasett, mais il n\u2019y a aucun doute qu\u2019il en arriva \u00e0 croire que quelques milliers de soldats renforceraient suffisamment la garnison de Hong Kong pour qu\u2019elle puisse repousser n\u2019importe quelle attaque.<\/p>\n<p>Nonobstant ce que la vieille clique en pensait, Crerar aurait d\u00fb savoir qu\u2019il \u00e9tait impossible de d\u00e9fendre Hong Kong. Lors de ses \u00e9tudes au Imperial Defence College, en 1934-1935, il avait \u00e9tudi\u00e9 la situation militaire probl\u00e9matique de la colonie. Toutefois, quand une demande de soldats parvint de Londres, le 19 septembre, le chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral (C\u00c9MG), amadou\u00e9 par Grasett, d\u00e9cida qu\u2019il \u00e9tait en faveur du d\u00e9ploiement. Le gouvernement le fut aussi parce que persuad\u00e9 par le C\u00c9MG. Tout d\u2019abord, il \u00e9tait possible, semblait-il, que le Japon ne se fut pas encore tout \u00e0 fait engag\u00e9 \u00e0 faire la guerre. Renforcer Hong Kong, et renforcer en m\u00eame temps les garnisons de Malaisie, montrerait \u00e0 Tokyo que la Grande-Bretagne \u00e9tait s\u00e9rieusement d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre ses possessions d\u2019Extr\u00eame-Orient. Cette raison psychologique \u00e9tait importante. Tout comme l\u2019\u00e9taient les raisons politiques int\u00e9rieures. \u00c9tant donn\u00e9 que les soldats n\u2019\u00e9taient pas encore \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et que les conservateurs, \u00e0 l\u2019opposition, se pr\u00e9paraient \u00e0 demander la conscription et \u00e0 accuser implicitement le gouvernement Mackenzie King de ne pas vouloir combattre, refuser une demande directe d\u2019envoyer des hommes \u00e9tait pratiquement impossible du point de vue politique. Dans ces circonstances, et sans opposition significative, le Cabinet de guerre approuva le d\u00e9ploiement et ordonna \u00e0 Crerar de trouver deux bataillons d\u2019infanterie pour Hong Kong. Les origines de la d\u00e9cision d\u2019envoyer des soldats \u00e9taient donc militaires et politiques.<\/p>\n<p>Fait r\u00e9v\u00e9lateur, l\u2019Arm\u00e9e canadienne n\u2019avait pas de renseignement ind\u00e9pendant sur les intentions des Japonais en 1941 ni de force en Extr\u00eame-Orient. Crerar, comptant sur ce qu\u2019il avait entendu de Grande-Bretagne, comme quoi il ne semblait pas y avoir de risque imminent de guerre, choisit ses deux bataillons parmi une liste d\u2019unit\u00e9s qui n\u2019\u00e9taient pas jug\u00e9es pr\u00eates au combat. Il choisit les Royal Rifles of Canada, un bataillon de Qu\u00e9bec form\u00e9 en grande partie de francophones, et les Winnipeg Grenadiers. Les deux unit\u00e9s \u00e9taient en garnison, l\u2019une \u00e0 Terre-Neuve et l\u2019autre en Jama\u00efque, et l\u2019\u00e9tat-major de l\u2019Arm\u00e9e croyait que leur mission \u00e0 Hong Kong ne serait pas bien diff\u00e9rente. Aucun des deux r\u00e9giments n\u2019avait acquis la formation normale de 1941, ni n\u2019avait d\u2019effectifs complets, mais on pouvait pallier les insuffisances, remplir les rangs en leur envoyant des hommes du Canada, et leur formation pouvait se terminer \u00e0 bord des navires ou sur le terrain \u00e0 Hong Kong. C\u2019est du moins ce que croyaient Crerar et son \u00e9tat-major. Le Cabinet de guerre demanda peu apr\u00e8s \u00e0 Ottawa de fournir un QG de brigade le plus rapidement possible, ce qu\u2019Ottawa accepta de faire sans h\u00e9siter, d\u00e9l\u00e9guant la t\u00e2che au brigadier J.K. Lawson, officier de la force permanente comp\u00e9tent. La force \u00ab C \u00bb, comme on la baptisa, \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 partir.<\/p>\n<p>Les erreurs commenc\u00e8rent rapidement \u00e0 se multiplier. Les renforts envoy\u00e9s aux r\u00e9giments comprenaient, comme l\u2019\u00e9crivit \u00e2prement le major Kenneth Baird des Grenadiers dans un journal qu\u2019il cachait au camp de prisonniers, \u00ab certaines des ordures les plus trouillardes qu\u2019on [put] obliger une unit\u00e9 \u00e0 endurer \u00bb. Les centres de formation \u00ab nous ont envoy\u00e9 leurs balayures, [ils] ne valent pas la poudre avec laquelle on les enverrait en enfer \u00bb.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1156\" title=\"Les soldats canadiens \u00e0 l\u2019inspection \u00e0 Hong Kong, peu apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, en novembre 1941. [PHOTO : BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014C049745]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset11.jpg\" alt=\"Les soldats canadiens \u00e0 l\u2019inspection \u00e0 Hong Kong, peu apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, en novembre 1941. [PHOTO : BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014C049745]\" width=\"515\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset11.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset11-300x211.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les soldats canadiens \u00e0 l\u2019inspection \u00e0 Hong Kong, peu apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, en novembre 1941. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014C049745<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Une grande partie des 436 soldats absorb\u00e9s par les Grenadiers n\u2019avaient pas beaucoup de formation sur les armes l\u00e9g\u00e8res ou sur les tactiques, et aucun des deux r\u00e9giments n\u2019avait particip\u00e9 \u00e0 des exercices \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du bataillon, leurs fonctions pr\u00e9c\u00e9dentes en garnison n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 que monter la garde. Il ne faisait aucun doute que les deux unit\u00e9s n\u2019avaient jamais eu l\u2019occasion de faire des exercices ensemble. En outre, selon les \u00e9crits du lieutenant Leonard Corrigan, les 15 officiers subalternes affect\u00e9s aux Winnipeg Grenadiers se firent mal recevoir par les vieux routiers, dont un bon nombre avaient pris part \u00e0 la Grande guerre et avaient servi ensemble longtemps dans la milice en temps de paix. Cela ne semblait pas prometteur. Et pire encore, le quartier g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Arm\u00e9e, inefficace, n\u2019envoya pas \u00e0 temps les v\u00e9hicules de la force \u00ab C \u00bb \u00e0 la c\u00f4te du Pacifique pour qu\u2019on en charge le plus possible \u00e0 bord de l\u2019Awatea, le b\u00e2timent de transport des soldats. Les v\u00e9hicules partirent une semaine apr\u00e8s, \u00e0 bord du Don Jose, un navire am\u00e9ricain qui arriva \u00e0 Manille apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre du Pacifique; les forces am\u00e9ricaines, on ne s\u2019en \u00e9tonnera pas, se les appropri\u00e8rent et aucun ne fut remis aux bataillons canadiens. Cela ne serait pas sans importance.<\/p>\n<p>La force canadienne de 96 officiers, dont deux infirmi\u00e8res, et de 1 877 hommes d\u00e9barqua le 16 novembre \u00e0 Hong Kong, o\u00f9 elle rejoignit une garnison form\u00e9e de quelque 14 000 soldats britanniques et indiens et de volontaires de Hong Kong. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre install\u00e9s, les nouveaux se rendirent aux lieux de plaisir. Comme l\u2019\u00e9crivit par la suite un Winnipeg Grenadier, Don MacPherson, ses copains et lui visit\u00e8rent une piste de quilles \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de laquelle \u00ab il y avait une bonne dizaine de belles prostitu\u00e9es chinoises \u00bb. Elles approchaient les soldats et leur disaient \u00ab Un dollar, on s\u2019amuse? \u00bb. Il ajouta, avec un peu de vague \u00e0 l\u2019\u00e2me : \u00ab Et dire qu\u2019on allait quand m\u00eame jouer aux quilles! \u00bb.<\/p>\n<p>Les soldats canadiens, quand ils \u00e9taient en devoir, allaient en reconnaissance et \u00e9coutaient les instructions. Il n\u2019y avait que 5 000 soldats japonais dans les environs, qui \u00e9taient mal \u00e9quip\u00e9s, n\u2019avaient pas suffisamment d\u2019artillerie, et n\u2019\u00e9taient pas habitu\u00e9s au combat de nuit, et leurs avions d\u00e9pass\u00e9s, peu nombreux, \u00e9taient pilot\u00e9s par des myopes; c\u2019est du moins ce que disait \u00e0 ses officiers le major-g\u00e9n\u00e9ral C.M. Maltby, le commandant de Hong Kong. Ce genre de point de vue ethnocentrique, pour ne pas dire raciste, \u00e9tait courant dans les milieux militaires occidentaux, la plupart des observateurs n\u2019\u00e9tant gu\u00e8re intimid\u00e9s par les aptitudes au combat montr\u00e9es par les soldats japonais qui se mesuraient aux nationalistes chinois de Thang Ka\u00ef-chek; et les soldats japonais avaient \u00e9t\u00e9 encore moins impressionnants quand ils s\u2019\u00e9taient facilement fait malmener par les soldats sovi\u00e9tiques, en 1938 et 1939, lors de grandes \u00ab escarmouches \u00bb frontali\u00e8res. Cette attitude affecta la plupart des Canadiens qui venaient d\u2019arriver. \u00ab Je r\u00e9alisais que si les Japonais nous attaquaient, ils nous an\u00e9antiraient \u00bb, se souvint l\u2019un d\u2019entre eux. \u00ab On n\u2019a pas d\u2019aviation. Pas de marine, pas d\u2019endroit o\u00f9 aller \u00bb, dit-il. \u00ab Nous n\u2019avons rien \u00e0 craindre, Wilf \u00bb, lui r\u00e9pondaient ses camarades. \u00ab Ce sont eux qui vont s\u2019enfuir. \u00bb<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1165\" title=\"Le camp du North Point. [PHOTO : MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE-19770323-019]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset21.jpg\" alt=\"Le camp du North Point. [PHOTO : MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE-19770323-019]\" width=\"515\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset21.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset21-300x234.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Le camp du North Point. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE-19770323-019<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Hong Kong, dont la population actuelle est tr\u00e8s dense (sept millions d\u2019habitants), est un centre manufacturier, mais en 1941, elle \u00e9tait encore inexploit\u00e9e et ne comptait gu\u00e8re plus de 1,5 million d\u2019habitants. Les gens des Nouveaux Territoires, sur le continent, s\u2019agglom\u00e9raient autour de Kowloon, alors que la Gin Drinkers\u2019 Line (ligne des buveurs de gin, n. d. t.) sur les collines du nord n\u2019\u00e9tait pas encore termin\u00e9e et ne comptait que peu de d\u00e9fenseurs : une situation d\u2019imprudence \u00e9tant donn\u00e9 que les r\u00e9servoirs d\u2019eau de la colonie se trouvaient tous sur le continent. La plus grande partie de la population relativement faible de l\u2019ile de Hong Kong se trouvait \u00e0 Victoria, \u00e0 la c\u00f4te nord, en face de Kowloon.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le plan d\u00e9fensif des Britanniques dress\u00e9 par Maltby, le successeur de Grasett, la ligne des buveurs de gin devait \u00eatre d\u00e9fendue par trois bataillons qui devaient tenir pendant au moins une semaine. Les autres soldats, un bataillon de mitrailleurs britanniques travaillant dans des casemates et les deux bataillons canadiens, d\u00e9fendraient les c\u00f4tes de l\u2019ile de Hong Kong en cas d\u2019attaque venant de la mer. La force de Maltby \u00e9tait donc tr\u00e8s dispers\u00e9e et faible partout. La 38e Division japonaise, bien entrain\u00e9e et bien command\u00e9e, ayant attaqu\u00e9 le 8 d\u00e9cembre et ayant battu les d\u00e9fenses du continent, les d\u00e9fenseurs qui restaient se mirent \u00e0 \u00e9vacuer leurs positions le soir du 10 d\u00e9cembre, le dernier d\u2019entre eux partant le 13. La d\u00e9b\u00e2cle sur le continent \u00e9crasa le moral du personnel britannique et les Japonais remportaient tous les combats, mais Maltby refusa quand m\u00eame de leur abandonner la colonie. L\u00e0, les Canadiens et leurs camarades britanniques et indiens allaient trinquer.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s le plan de d\u00e9fense nouvellement improvis\u00e9 par Maltby, l\u2019ile se divisait en deux et il y avait un bataillon de Canadiens dans chacune de ses deux brigades. Les Royal Rifles se trouv\u00e8rent dans la brigade de l\u2019Est, command\u00e9e par C. Wallis, un lieutenant-colonel de l\u2019arm\u00e9e indienne qui avait le grade local de brigadier; les Winnipeg Grenadiers servaient dans la brigade de l\u2019Ouest command\u00e9e par Lawson. Il fut \u00e9crit dans le journal de guerre des Rifles, le 11 d\u00e9cembre, que m\u00eame avant que les Japonais ne lancent leur assaut \u00e0 travers le port, le 18 d\u00e9cembre, les membres du nouvel \u00e9tat-major de brigade de Wallis \u00ab \u00e9taient dans un \u00e9tat tr\u00e8s nerveux et semblaient tr\u00e8s fatigu\u00e9s \u00bb, probablement un euph\u00e9misme de dire que les officiers \u00e9taient souls. Pratiquement la m\u00eame chose avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite dans le journal de Baird : \u00ab les puissants du jour [\u2026] tellement ineptes. C\u2019\u00e9tait vraiment pitoyable, le chaos qu\u2019il y avait \u00e0 l\u2019\u00e9tat-major pendant la bataille [&#8230;]. \u00bb<\/p>\n<p>La semaine suivante fut sanglante. Apr\u00e8s son d\u00e9barquement amphibie, l\u2019infanterie japonaise s\u00e9para rapidement la d\u00e9fense de l\u2019\u00eele en deux pendant que son artillerie pilonnait les d\u00e9fenseurs et que les a\u00e9ronefs volaient librement au-dessus. Une cinqui\u00e8me colonne sabotait tout ce qu\u2019elle pouvait. L\u2019eau se mettait \u00e0 manquer. \u00ab Ce n\u2019\u00e9tait partout que confusion d\u00e9sor\u00adganis\u00e9e, se rappela un Winnipeg Grenadier. Personne n\u2019\u00e9tait pr\u00eat \u00e0 \u00e7a. Il n\u2019y avait pas de communication. Il n\u2019y avait pas de transport. On portait tout sur le dos. \u00bb Les v\u00e9hicules laiss\u00e9s au Canada leur manquaient \u00e9norm\u00e9ment, l\u2019ennemi ayant la sup\u00e9riorit\u00e9 a\u00e9rienne; ils ne savaient pas combien de temps ils pourraient durer.<\/p>\n<p>Les deux bataillons canadiens avaient perdu d\u2019avance. Les hommes de Lawson essay\u00e8rent de tenir le col de Wong-Nei-Chong au centre de l\u2019ile, et son quartier g\u00e9n\u00e9ral fut s\u00e9par\u00e9 de sa brigade le 19 d\u00e9cembre. Dans son dernier message radio \u00e0 Maltby, Lawson dit qu\u2019il allait \u00ab sortir [se] battre \u00bb avec un pistolet dans chaque main. Il tomba peu apr\u00e8s et son courage fut reconnu par les Japonais qui l\u2019enterr\u00e8rent de mani\u00e8re c\u00e9r\u00e9monieuse \u00ab sur le champ de bataille o\u00f9 il \u00e9tait mort si h\u00e9ro\u00efquement \u00bb, comme le remarqua un colonel japonais.<\/p>\n<p>Les Grenadiers se battirent pendant trois jours dans la r\u00e9gion du col de Wong-Nei-Chong o\u00f9 il y eut 800 morts et bless\u00e9s japonais. Le lieutenant-colonel J.L.R. Sutcliffe, commandant du bataillon, avait organis\u00e9 sa compagnie d\u2019\u00e9tat-major en trois \u00ab colonnes volantes \u00bb et ces sous-unit\u00e9s essay\u00e8rent de venir en aide aux hommes assi\u00e9g\u00e9s sur un terrain sur\u00e9lev\u00e9 surnomm\u00e9 Jardine\u2019s Lookout (belv\u00e9d\u00e8re de Jardine, n. d. t.). Ils \u00e9chou\u00e8rent, et la Compagnie A des Grenadiers, amen\u00e9e au nord pour renforcer cette pouss\u00e9e et pour prendre le mont Butler, fut d\u00e9truite par un bataillon japonais. \u00ab Tous les officiers, sous-officiers et simples soldats furent tu\u00e9s, bless\u00e9s ou fait prisonniers \u00bb, et en essayant de ramener les quelques survivants au col de Wong-Nei-Chong, le sergent-major de compagnie J.R. Osborn renvoya des grenades de l\u2019ennemi, puis se jeta sur l\u2019une d\u2019elles pour sauver cinq ou six hommes. Ceux qui surv\u00e9curent furent fait pri\u00adsonniers peu apr\u00e8s, et la Croix de Victoria fut d\u00e9cern\u00e9e \u00e0 Osborn de mani\u00e8re posthume apr\u00e8s la d\u00e9faite des Japonais.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1168\" title=\"Les marins envahissent les ponts du NCSM Prince Robert apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Hong Kong, en aout 1945. [PHOTO : MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE-2002 0045-2772]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset3.jpg\" alt=\"Les marins envahissent les ponts du NCSM Prince Robert apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Hong Kong, en aout 1945. [PHOTO : MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE-2002 0045-2772]\" width=\"515\" height=\"486\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset3.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset3-300x283.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les marins envahissent les ponts du NCSM Prince Robert apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Hong Kong, en aout 1945. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : MUS\u00c9E CANADIEN DE LA GUERRE-2002 0045-2772<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>D\u2019autres batailles d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es suivirent au centre de l\u2019ile. Le 20 d\u00e9cembre, la Compagnie B des Grenadiers lan\u00e7a une contrattaque en direction de Wong-Nei-Chong, mais elle tomba sur un bataillon japonais au mont Nicholson. Apr\u00e8s qu\u2019elle eut perdu deux officiers et 20 simples soldats, la compagnie se replia, puis s\u2019avan\u00e7a de nouveau aux premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube du 21. Elle fut d\u00e9chiquet\u00e9e par les Japonais de nouveau : tous ses officiers, son sergent-major, six sous-officiers et 29 simples soldats sur les 98 qui \u00e9taient pass\u00e9s \u00e0 l\u2019attaque furent tu\u00e9s, bless\u00e9s ou captur\u00e9s. Les Grenadiers concentr\u00e8rent alors les ressources qu\u2019il leur restait au mont Cameron avoisinant et tinrent leurs positions sous un feu d\u2019artillerie f\u00e9roce pendant plus d\u2019une journ\u00e9e, puis finirent par se faire repousser par un bataillon de Japonais. Le 23 d\u00e9cembre, alors que les combats se poursui\u00advaient dans le secteur des Grenadiers, un message \u00e0 Ottawa et \u00e0 Londres annon\u00e7a clairement qu\u2019il ne restait plus de d\u00e9fense organis\u00e9e : \u00ab Le reste des combats seront incontr\u00f4l\u00e9s et limit\u00e9s \u00e0 des centres de r\u00e9sistance [\u2026]. Manque d\u2019eau et tous les hommes \u00e9puis\u00e9s apr\u00e8s plusieurs journ\u00e9es de combats incessants. Feu de mortiers tr\u00e8s intense et bombardement en piqu\u00e9 [\u2026]. \u00bb Sutcliffe avait annonc\u00e9 \u00e0 Ottawa par radio, le 22, que Lawson et le colonel Pat Hennessy, son second, avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. \u00ab Situation critique. Soldats canadiens prisonniers en partie et reste au combat; lourdes pertes [\u2026]. Soldats ont \u00e9t\u00e9 magnifiques, esprit de travail excellent. \u00bb<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que les Winnipeg Grenadiers tentaient de sauver leur vie, les Royal Rifles aussi livraient de f\u00e9roces combats \u00e0 l\u2019est de l\u2019ile. Ayant d\u00e9couvert qu\u2019une cinqui\u00e8me colonne (o\u00f9 des soldats japonais habill\u00e9s en \u00ab chapeaux pointus \u00bb chinois) s\u2019\u00e9taient empar\u00e9s du fort de Sai Wan, une vieille redoute, la Compagnie C du r\u00e9giment, command\u00e9e par la major W.A. Bishop, organisa, pour reprendre la position, une contrattaque de deux pelotons, qui \u00e9choua malgr\u00e9 des efforts extraordinaires. En milieu de matin\u00e9e, le 19 d\u00e9cembre, Wallis avait donn\u00e9 l\u2019ordre de se replier vers le sud et les Royal Rifles avaient pris de nouvelles positions avant de lancer des contrattaques inutiles contre l\u2019ennemi qui avan\u00e7ait. Il y eut des succ\u00e8s, caract\u00e9ris\u00e9s par un courage extraordinaire, \u00e0 certains endroits. Mais les Canadiens et les hommes du Hong Kong Volunteer Defence Corps allaient manquer de munitions, surtout d\u2019obus pour les mortiers, l\u2019artillerie avait \u00e9t\u00e9 pratiquement \u00e9limin\u00e9e, et les Japonais les surpassaient en nombre partout.<\/p>\n<p>Le 24 d\u00e9cembre, il \u00e9tait s\u00fbrement clair, comme ce l\u2019avait \u00e9t\u00e9 depuis au moins trois jours, que la reddition \u00e9tait in\u00e9vitable. Le lieutenant-colonel W.J. Home, commandant des Royal Rifles, \u00ab demandait avec insistance que le bataillon soit remplac\u00e9, sinon il ne r\u00e9pondait de rien \u00bb, car ses hommes \u00e9taient en mauvais \u00e9tat. La plupart des Rifles se repli\u00e8rent donc au fort Stanley, mais la journ\u00e9e de No\u00ebl, l\u2019\u00e9tat-major de Wallis ordonna \u00e0 la Compagnie D de mener une attaque inutile, suicidaire, contre les positions japonaises du village de Stanley. Les ordres concernant cette \u00ab derni\u00e8re charge glorieuse \u00bb furent re\u00e7us par les soldats dans le silence. \u00ab Aucun d\u2019entre eux n\u2019arrivait \u00e0 croire qu\u2019on eut donn\u00e9 un ordre si absurde, \u00e9crivait le sergent George MacDonnel longtemps apr\u00e8s, mais il dit \u00e0 ses hommes qu\u2019au moins c\u2019\u00e9tait mieux que d\u2019attendre l\u2019in\u00e9vitable \u00bb. Leur attaque \u00e0 la ba\u00efonnette r\u00e9ussit, fait incroyable et ils saisirent la position, mais les pertes de la Compagnie D s\u2019\u00e9taient \u00e9lev\u00e9es \u00e0 26 morts et 75 bless\u00e9s. Wallis et les Royal Rifles apprirent peu apr\u00e8s que Maltby s\u2019\u00e9tait rendu.<\/p>\n<p>Les Canadiens, soldats mal entrain\u00e9s, avec des armes inad\u00e9quates, sans transport et sans avoir eu le temps de s\u2019adapter au climat de Hong Kong, s\u2019\u00e9taient tr\u00e8s bien battus, ce que l\u2019ennemi reconnut dans ses rapports. Ils avaient inflig\u00e9 d\u2019importantes pertes aux Japonais, principalement au col de Wong-Nei-Chong, et leurs contrattaques sauvages avaient caus\u00e9 du retard \u00e0 l\u2019ennemi. Les Japonais avaient tu\u00e9 293 hommes de l\u2019\u00e9tat-major de la brigade, des Grenadiers et des Royal Rifles pendant les combats et par la suite, et ils en avaient bless\u00e9 493. C\u2019\u00e9tait un taux de pertes de 40 p. 100, une proportion extraordinairement \u00e9lev\u00e9e en une semaine de combats f\u00e9roces.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e japonaise qui avait eu des pertes s\u2019\u00e9levant, de son propre aveu, \u00e0 2 096 morts et bless\u00e9s, s\u2019\u00e9tait battue avec beaucoup de courage et d\u2019habilet\u00e9, mais apr\u00e8s la reddition, sa discipline s\u2019effondra compl\u00e8tement et les soldats se livr\u00e8rent \u00e0 une orgie de viols et de meurtres. Dans un h\u00f4pital au St. Stephen College, des soldats donn\u00e8rent des coups de ba\u00efonnette aux patients alit\u00e9s, viol\u00e8rent les infirmi\u00e8res et les aides b\u00e9n\u00e9voles, et en tu\u00e8rent un certain nombre. Des soldats captur\u00e9s furent ex\u00e9cut\u00e9s ou mutil\u00e9s, la langue coup\u00e9e. \u00ab Ils se sont saisis de nous, \u00e9crivait un simple soldat canadien par la suite, nous ont arrach\u00e9 l\u2019insigne, nous ont enlev\u00e9 les souliers, la ceinture, les photos et les bracelets-montres [\u2026]. Ils ont fait sortir DesLaurier et deux ou trois autres gars et s\u2019en sont servi pour s\u2019exercer \u00e0 la ba\u00efonnette toute la nuit. On les entendait. \u00bb Mais \u00e0 un autre h\u00f4pital, rapporta un autre, \u00ab le commandant japonais faisait tout en son pouvoir pour que les traitements soient les plus attentionn\u00e9s et les plus courtois \u00bb. Tout d\u00e9pendait, semble-t-il, de la nature du commandant.<\/p>\n<p>Les prisonniers de guerre de Hong Kong allaient apprendre que tout d\u00e9pendait des Japonais. Ces derniers n\u2019avaient pas ratifi\u00e9 la Convention de Gen\u00e8ve de 1929 qui prescrivait le traitement des prisonniers et ils croyaient que les soldats qui se rendaient \u00e9taient des couards. Un \u00ab prisonnier de guerre n\u2019est pas un invit\u00e9 \u00bb, \u00e9crivait un intellectuel japonais en 1942, et les Canadiens intern\u00e9s au camp du North Point ou \u00e0 celui de Samshuipo, \u00e0 Hong Kong, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s comme s\u2019ils l\u2019\u00e9taient. Les rations \u00e9taient invariablement maigres et on peut lire dans le journal secret que tenait Baird des Grenadiers une histoire de famine lente; en fait, c\u2019est un compte-rendu de nourriture mang\u00e9e ou r\u00eav\u00e9e. \u00ab Nous semblons tous penser, r\u00eaver et parler de nourriture \u00bb, \u00e9crivait-il 20 jours apr\u00e8s sa capture, et il allait encore y passer plus de trois ans et demi. Le fusilier D.L. Welsh des Royal Rifles aussi tenait un journal et y inscrivait ses rations quotidiennes : \u00ab Le 1er mai 1942 : D\u00e9jeuner \u2014 riz, cassonade, petit pain et th\u00e9 noir. Diner \u2014 deux petits pains et th\u00e9 noir. Souper \u2014 riz, aubergine et eau froide \u00bb. Pour des hommes aux travaux forc\u00e9s, allongeant les pistes d\u2019atterrissage de l\u2019a\u00e9roport de Hong Kong au d\u00e9but, transportant le gravier dans des paniers, c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement insuffisant relativement aux facteurs calorique et vitaminique. Welsh mourut le 5 octobre 1942. Ses camarades \u00e9taient tous en mauvaise sant\u00e9, sans presque aucun m\u00e9dicament pour leurs maladies; beaucoup moururent de la dipht\u00e9rie.<\/p>\n<div class=\"caption_img \"\tstyle=\"width:515px\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1171\" title=\"Les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s se rassemblent pour en fumer une. [PHOTO : OM JACK HAWES, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA151738]\" src=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset4.jpg\" alt=\"Les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s se rassemblent pour en fumer une. [PHOTO : OM JACK HAWES, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA151738]\" width=\"515\" height=\"346\" srcset=\"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset4.jpg 515w, https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/HongKongInset4-300x201.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 515px) 100vw, 515px\" \/><\/p>\n<div class=\"caption\"><span>Les prisonniers lib\u00e9r\u00e9s se rassemblent pour en fumer une. <\/span><\/div>\n<div class=\"credit\"><span>PHOTO : OM JACK HAWES, BIBLIOTH\u00c8QUE ET ARCHIVES CANADA\u2014PA151738<\/span><\/div>\n<\/div>\n<p>Empirant la mis\u00e8re des Canadiens, il y avait Kanao Inouye, \u00ab caporal honoraire \u00bb et interpr\u00e8te pour la Kempeita\u00ef, la police secr\u00e8te japonaise, qui r\u00f4dait dans le camp de prisonniers. Inouye, n\u00e9 \u00e0 Kamloops, en Colombie-Britannique et sur\u00adnomm\u00e9 le Kamloops Kid, se vengeait sur les prisonniers de la discrimination dont il avait \u00e9t\u00e9 victime pendant son enfance. Trois moururent \u00e0 la suite de ses attentions sp\u00e9ciales, d\u2019autres re\u00e7urent de grosses racl\u00e9es et un soldat se rappela qu\u2019il \u00e9tait \u00ab sadique, c\u2019est s\u00fbr \u00bb. Il y eut des ch\u00e2timents apr\u00e8s la d\u00e9faite du Japon : Inouye comparut en justice et il fut jug\u00e9 et pendu. Les officiers responsables de la torture et de l\u2019ex\u00e9cution de quatre Winnipeg Grenadiers qui avaient essay\u00e9 de s\u2019\u00e9chapper en aout 1942 furent aussi punis apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n<p>En 1943, 1 184 prisonniers de guerre canadiens furent transport\u00e9s par bateau au Japon et oblig\u00e9s de travailler dans des conditions r\u00e9pugnantes dans des mines et des chantiers navals. La nourriture, normalement \u00e0 peu pr\u00e8s 800 calories par jour et les m\u00e9dicaments \u00e9taient rares, et 136 prisonniers moururent dans les camps. Heureusement, les bombes atomiques \u00e0 Hiroshima et Nagasaki mirent fin \u00e0 la guerre et lib\u00e9r\u00e8rent les prisonniers apr\u00e8s presque quatre ans d\u2019emprisonnement, en aout 1945. MacPherson des Grenadiers se souvint qu\u2019\u00e0 Oeyama, le commandant du camp dit aux prisonniers \u00ab que la guerre \u00e9tait termin\u00e9e et [qu\u2019ils seraient] de nouveau tous amis. Il fit alors livrer un cochon \u00e0 la porte et le laissa entrer librement dans l\u2019enceinte. Je ne pense pas qu\u2019il eut le temps de couiner avant d\u2019aller au pot \u00bb. Quelques jours apr\u00e8s, les B17 de la USAAF larguaient cent barils \u00e0 huile pleins de nourriture aux prisonniers affam\u00e9s. \u00ab J\u2019ai mang\u00e9 32 grosses barres de chocolat Hershey, se rappela MacPherson, et 11 grosses boites de p\u00eaches en deux jours! Je ne faisais que manger et vomir, manger et vomir. \u00bb Comme beaucoup de prisonniers qui \u00e9taient sujets au b\u00e9rib\u00e9ri, \u00e0 la pellagre, aux \u00ab pieds \u00e9lectriques \u00bb, et \u00e0 d\u2019autres maladies caus\u00e9es par la carence vitaminique, MacPherson avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 perdre la vue.<\/p>\n<p>Quelques-uns des Canadiens captur\u00e9s ont pardonn\u00e9 aux Japonais leurs mauvais traitements et la mort de 264 de leurs camarades dans les cages \u00e0 prisonnier au Hong Kong et au Japon. La plupart des 1 418 Canadiens qui ont surv\u00e9cu \u00e0 la guerre et sont revenus au pays ne le feraient jamais, et l\u2019incapacit\u00e9 du Japon d\u2019offrir r\u00e9paration ou de pr\u00e9senter des excuses sinc\u00e8res n\u2019a rien fait pour temp\u00e9rer l\u2019amertume de longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1998, j\u2019ai obtenu le poste de directeur et chef de la direction du Mus\u00e9e canadien de la guerre. \u00c0 ce moment-l\u00e0, dans les locaux compl\u00e8tement inad\u00e9quats qui donnaient sur la promenade Sussex d\u2019Ottawa, le mus\u00e9e avait une petite exposition sur la bataille de Hong Kong de d\u00e9cembre 1941, laquelle sugg\u00e9rait que la colonie de la couronne britannique et ses d\u00e9fenseurs, dont presque 2 000 Canadiens, avaient facilement succomb\u00e9 aux soldats japonais qui \u00e9taient mieux entrain\u00e9s. L\u2019exposition utilisait une grande partie de son espace pour d\u00e9noncer le trai\u00adtement des prisonniers de guerre par le Japon, une exposition si insultante envers l\u2019ambassade du Japon que le mus\u00e9e recevait des offres de donations de soci\u00e9t\u00e9s japonaises pour en adoucir le ton. Je n\u2019ai rien chang\u00e9 \u00e0 l\u2019exposition.<\/p>\n<p>Un jour, au milieu de mon mandat de deux ans, David Golden, fonctionnaire distingu\u00e9 \u00e0 la retraite qui avait \u00e9t\u00e9 sous-ministre de la production de d\u00e9fense puis de l\u2019industrie et dirigeant de T\u00e9l\u00e9sat Canada, vint me voir. En 1941, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 21 ans, il avait \u00e9t\u00e9 officier des Winnipeg Grenadiers, me dit-il, et il avait surv\u00e9cu \u00e0 la bataille et \u00e0 quatre ans de d\u00e9tention. Il me demanda, exprimant l\u2019avis de ses camarades, si le mus\u00e9e pouvait pr\u00e9senter la bataille de mani\u00e8re plus pr\u00e9cise. Il y avait eu de nombreuses victimes canadiennes et japonaises lors des combats, ce qui indiquait clairement que les d\u00e9fenseurs de Hong Kong avaient r\u00e9sist\u00e9 vigoureusement. Cela avait \u00e9t\u00e9 une d\u00e9faite, oui, mais les Canadiens s\u2019\u00e9taient bien battus contre toute attente lors d\u2019une lutte qui m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre mieux reconnue. Golden avait tout \u00e0 fait raison, au contraire du fonctionnaire de l\u2019ambassade. Le Mus\u00e9e canadien de la guerre pr\u00e9sente aujourd\u2019hui la bataille de la force \u00ab C \u00bb d\u2019une mani\u00e8re bien plus juste. Et j\u2019esp\u00e8re que ce compte-rendu le fait aussi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment cela avait-il commenc\u00e9? Le bureau du chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Ottawa n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s somptueux en aout 1941, mais le major-g\u00e9n\u00e9ral Crerar y re\u00e7ut chaleureusement son coll\u00e8gue de l\u2019Upper Canada College et du Royal Military College. Le major-g\u00e9n\u00e9ral Arthur Grasett, commandant \u00e0 Hong Kong depuis 1938, \u00e9tait en route pour la Grande-Bretagne o\u00f9 il servait dans les Royal Engineers depuis 1909. Les deux vieux amis \u00e9voqu\u00e8rent des souvenirs et bavard\u00e8rent, et Grasett parla des d\u00e9fenses de Hong Kong, des fa\u00e7ons de les renforcer et du moral de la colonie de la Couronne, remont\u00e9 en y envoyant quelques bataillons. Tout le monde savait, dit Grasett, que les Japonais qui ravageaient la Chine ne pouvaient tout simplement pas se mesurer \u00e0 des soldats blancs. \u00ab Ils se sont bien battus avec les Chinois de troisi\u00e8me ordre, dit-il, mais ils n\u2019ont pas encore fait face \u00e0 des soldats de premi\u00e8re classe comme ceux de mes bataillons, qui leur donneront une bonne racl\u00e9e. \u00bb <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1134","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-principaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1134","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1134"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1134\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1134"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1134"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1134"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}