{"id":107,"date":"2006-07-01T22:13:04","date_gmt":"2006-07-02T03:13:04","guid":{"rendered":"http:\/\/28330.vws.magma.ca\/fr\/?p=107"},"modified":"2006-07-01T22:13:04","modified_gmt":"2006-07-02T03:13:04","slug":"la-croix-rouge-et-la-captivite-de-guerre-1939-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/legionmagazine.com\/fr\/2006\/07\/la-croix-rouge-et-la-captivite-de-guerre-1939-1945\/","title":{"rendered":"La Croix-Rouge et la captivit\u00e9 de guerre, 1939-1945"},"content":{"rendered":"<h1><\/h1>\n<p>Aussi ancienne que la guerre elle-m\u00eame, la captivit\u00e9 de                   guerre a connu de nombreuses variations, progr\u00e8s ou reculs,                   selon les lieux et les \u00e9poques. Au cours de l&#8217;Humanit\u00e9, des                   prisonniers de guerre furent sacrifi\u00e9s aux dieux, d&#8217;autres                   ex\u00e9cut\u00e9s pour l&#8217;exemple. Certains furent asservis, soumis \u00e0 un                   labeur perp\u00e9tuel et ext\u00e9nuant, alors que d&#8217;autres furent recrut\u00e9s                   et combattirent par la suite au sein de l&#8217;arm\u00e9e qui les avait                   captur\u00e9s. Des captifs furent lib\u00e9r\u00e9s sans condition, d&#8217;autres, \u00e9chang\u00e9s                   contre ran\u00e7on. En fait, durant la plus grande partie de l&#8217;histoire                   humaine, le sort des soldats captur\u00e9s a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 la bonne                   ou \u00e0 la mauvaise volont\u00e9 du ge\u00f4lier, sans restriction aucune. \u00c0 la                   fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe, \u00e0 l&#8217;instigation du Comit\u00e9 international                   de la Croix-Rouge, des lois internationales sont n\u00e9anmoins                   instaur\u00e9es dans le but de r\u00e9glementer la conduite de la guerre                   : la Convention de Gen\u00e8ve de 1864 et celles de La Haye de 1899                   et 1907. Celles-ci tentent timidement de prot\u00e9ger les victimes                   de la guerre, particuli\u00e8rement les civils et les prisonniers                   de guerre. Mises \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve lors de la Grande Guerre, elles                   d\u00e9montrent bient\u00f4t de nombreuses lacunes que l&#8217;on tente de                   compenser par la Conf\u00e9rence de Gen\u00e8ve de 1929. Imparfaits,                   ignor\u00e9s et bafou\u00e9s par certaines nations, ces accords d\u00e9montrent                   tout de m\u00eame une volont\u00e9 &#8220;d&#8217;humaniser&#8221; les conflits.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;\u00e9clatement de la Seconde Guerre mondiale, si la captivit\u00e9 de                   guerre continue d&#8217;\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralement mal v\u00e9cue, particuli\u00e8rement                   par les officiers, la plupart des nations ne consid\u00e8rent plus                   le soldat captur\u00e9 comme un paria. Bien s\u00fbr, des exceptions                   existent : les Sovi\u00e9tiques consid\u00e8rent leurs soldats captur\u00e9s                   comme des tra\u00eetres \u00e0 la patrie, pendant que les Japonais voient                   les leurs&#8211;et ceux de l&#8217;ennemi&#8211;comme \u00e9tant d\u00e9shonor\u00e9s, indignes.                   Par ailleurs, le front de l&#8217;Est, qui oppose deux &#8220;races&#8221; et                   deux id\u00e9ologies ennemies, voit se d\u00e9rouler les pires barbaries,                   au m\u00e9pris de toute l\u00e9gislation. D&#8217;autres entorses se produisent                   et des massacres continuent d&#8217;avoir lieu, la plupart du temps                   aussit\u00f4t apr\u00e8s la capture, lorsque la fureur des soldats, cons\u00e9cutive \u00e0 la                   bataille, ne s&#8217;est pas encore estomp\u00e9e.<\/p>\n<p>Cela dit, dans la plupart des pays occidentaux engag\u00e9s dans                   le conflit, des structures sont mises en place afin d&#8217;aider                   physiquement et psychologiquement les soldats captur\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger.                   Au Canada, le YMCA met sur pied la War Prisoners&#8217; Aid (aide                   aux prisonniers de guerre) et des parents de prisonniers s&#8217;associent                   et forment la Canadian Prisoners of War Relatives Association                   (association canadienne des parents des prisonniers de guerre).                   Mais de toutes les organisations non gouvernementales (ONG)                   du pays s&#8217;\u00e9tant impliqu\u00e9es dans l&#8217;aide aux captifs, c&#8217;est la                   Soci\u00e9t\u00e9 canadienne de la Croix-Rouge (SCCR) qui s&#8217;est, de loin,                   la plus d\u00e9marqu\u00e9e. Elle a consacr\u00e9 47 des 121 millions de dollars                   de son budget de guerre aux prisonniers de guerre provenant                   du Canada et du reste du Commonwealth et, dans une moindre                   mesure, aux intern\u00e9s civils et aux autres prisonniers alli\u00e9s.                   Ses interventions prendront deux dimensions : l&#8217;une mat\u00e9rielle,                   directement fournie aux captifs, et l&#8217;autre plut\u00f4t technique,                   g\u00e9n\u00e9ralement destin\u00e9e \u00e0 leurs parents.<\/p>\n<p>L&#8217;aide mat\u00e9rielle s&#8217;est principalement traduite par trois                   sortes de &#8220;colis&#8221;, ainsi que par quelques autres envois. Chronologiquement,                   le premier colis re\u00e7u par le prisonnier canadien est le &#8220;colis                   de captif&#8221; : un paquet contenant de menus objets&#8211;brosse \u00e0 dents,                   rasoir, savon&#8211;et des sous-v\u00eatements, notamment. Il fournit                   au prisonnier le strict n\u00e9cessaire en attendant les premiers                   colis personnels envoy\u00e9s par sa famille, pour lesquels les                   d\u00e9lais d&#8217;exp\u00e9ditions sont beaucoup plus longs.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me type de paquet, le plus connu, est le &#8220;colis de                   vivres&#8221;. Les \u00c9tats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et quelques                   autres pays du Commonwealth en ont produit, avec de l\u00e9g\u00e8res                   diff\u00e9rences entre eux. Selon des sondages men\u00e9s aupr\u00e8s d&#8217;anciens                   captifs de diverses origines, peu apr\u00e8s leur lib\u00e9ration, c&#8217;est                   le colis canadien qui aurait \u00e9t\u00e9 le plus appr\u00e9ci\u00e9. Le Canada                   en a produit plus de 16 000 000 durant la guerre, \u00e0 Toronto,                   Montr\u00e9al, Hamilton, London, Winnipeg et Windsor. \u00c0 son apog\u00e9e,                   au cours de l&#8217;ann\u00e9e 1944, la production a atteint pr\u00e8s de 200                   000 colis hebdomadairement, soit suffisamment pour que les                   prisonniers provenant du Commonwealth en re\u00e7oivent, en principe,                   un par semaine.<\/p>\n<p>Co\u00fbtant en moyenne 2,50 $, le &#8220;colis de vivres&#8221;, qui pesait                   5 kilos, contenait 15 articles de nourriture et 1 savon. Son                   contenu avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 pour \u00eatre le plus nutritif possible,                   tout en consid\u00e9rant les contraintes de poids et d&#8217;espace. Il                   contenait 2000 calories quotidiennes pour 7 jours. Des livres                   de recettes furent m\u00eame r\u00e9dig\u00e9s sp\u00e9cialement et envoy\u00e9s aux                   captifs pour leur permettre de tirer le meilleur parti possible                   de son contenu. Des colis sp\u00e9ciaux, contenant plus de vitamines,                   ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mis au point pour les malades et les convalescents.                   Un syst\u00e8me d&#8217;accus\u00e9s de r\u00e9ception et de listes de v\u00e9rification                   servait \u00e0 s&#8217;assurer que le colis \u00e9tait re\u00e7u en bon \u00e9tat et                   par la bonne personne. Comme ils \u00e9taient tr\u00e8s bien con\u00e7us et                   solidement emball\u00e9s, on pouvait en empiler des quantit\u00e9s incroyables                   et les conserver plus de 15 mois \u00e0 des temp\u00e9ratures extr\u00eames,                   notamment sous le soleil du d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Ces colis ont d\u00e9pass\u00e9 leur objectif qui \u00e9tait la nutrition.                   Par exemple, les bo\u00eetes de conserve de lait, une fois vid\u00e9es,                   martel\u00e9es, d\u00e9coup\u00e9es et assembl\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es par les                   prisonniers pour fabriquer des trousseaux de cuisine complets,                   avec assiettes, bols, chaudrons et po\u00eales. Elles \u00e9taient \u00e9galement                   utilis\u00e9es pour l&#8217;a\u00e9ration des tunnels creus\u00e9s pour les \u00e9vasions.                   On rapporte m\u00eame qu&#8217;un syst\u00e8me de chauffage fut construit par                   des captifs en trois mois, gr\u00e2ce \u00e0 ces bo\u00eetes, et qu&#8217;il aurait                   suscit\u00e9 l&#8217;admiration des autorit\u00e9s du camp. Par ailleurs, les                   soldats captur\u00e9s ont pu, \u00e0 l&#8217;occasion, corrompre certains de                   leurs ge\u00f4liers en leur offrant nourriture et cigarettes.<\/p>\n<p>Finalement, en 1945, la SCCR s&#8217;est mise \u00e0 la production du                   troisi\u00e8me type de colis : le &#8220;colis de la lib\u00e9ration&#8221;. Probablement \u00e0 cause                   de la longueur du voyage de retour, beaucoup plus importante,                   seuls les captifs d&#8217;Asie en ont re\u00e7u. Ce paquet aurait contenu                   des v\u00eatements et des accessoires d&#8217;hygi\u00e8ne, de quoi tenir le                   temps du voyage.<\/p>\n<p>Outre ces trois colis, la SCCR a achemin\u00e9 aux prisonniers,                   en collaboration avec la Croix-Rouge britannique, des vitamines,                   des m\u00e9dicaments et du mat\u00e9riel m\u00e9dical. Elle leur a aussi fait                   parvenir des v\u00eatements, et m\u00eame de l&#8217;\u00e9quipement sportif, des                   instruments de musique, des livres et des jeux de soci\u00e9t\u00e9.                   Parfois, de l&#8217;argent \u00e9tait fourni \u00e0 la Croix-Rouge britannique                   afin que ce mat\u00e9riel soit achet\u00e9 en Europe. L&#8217;apport loisir                   fut toutefois n\u00e9gligeable puisqu&#8217;il relevait plut\u00f4t du YMCA.                   De concert avec d&#8217;autres organismes, la SCCR a contribu\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation                   des prisonniers en fournissant des manuels et du mat\u00e9riel scolaire.                   Gr\u00e2ce \u00e0 la participation de la presse canadienne, un journal                   d&#8217;information a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 sp\u00e9cialement pour eux.<\/p>\n<p>Le raccompagnement des soldats canadiens lib\u00e9r\u00e9s, depuis l&#8217;Europe                   ou l&#8217;Asie, a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 par des responsables qui les suivaient                   avec jeux et cantines, pour s&#8217;assurer qu&#8217;ils mangeaient bien                   et ne s&#8217;ennuyaient pas. Ce m\u00eame service fut aussi fourni aux                   Britanniques rapatri\u00e9s depuis l&#8217;Asie et transitant par le Canada.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l&#8217;aide indirecte s&#8217;est souvent faite par l&#8217;interm\u00e9diaire                   des familles des captifs. Par exemple, le Bureau d&#8217;investigation                   de la Croix-Rouge fut cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Ottawa en janvier 1942, avec la                   collaboration du minist\u00e8re des Affaires ext\u00e9rieures et du Comit\u00e9 international                   de la Croix-Rouge. Son principal mandat \u00e9tait de r\u00e9pondre gratuitement                   aux demandes de renseignements, \u00e9manant de la population canadienne,                   sur le sort d&#8217;un prisonnier de guerre, d&#8217;un intern\u00e9 civil ou                   d&#8217;un disparu.<\/p>\n<p>Aussi, par l&#8217;interm\u00e9diaire de nombreuses publications, la                   SCCR divulguait une grande quantit\u00e9 de renseignements pratiques.                   Des brochures, par exemple, ont trait\u00e9 des fa\u00e7ons de communiquer                   avec les prisonniers ou de ce qu&#8217;il \u00e9tait possible de leur                   envoyer. On distribuait aussi aux parents le journal The Prisoner                   of War (le prisonnier de guerre), qui contenait des consignes,                   des caricatures, des nouvelles des camps, des extraits de lettre,                   et beaucoup d&#8217;autres choses. \u00c0 l&#8217;origine, le journal \u00e9tait                   exclusivement produit par la Croix-Rouge britannique, mais \u00e0 partir                   de novembre 1942, on retrouve une \u00e9dition \u00e0 moiti\u00e9 canadienne.                   Avant cette date, 15 000 exemplaires du journal \u00e9taient envoy\u00e9s                   d&#8217;Angleterre lors de chaque parution, mais ce mois-l\u00e0, le bateau                   assurant la livraison fut coul\u00e9 par un sous-marin. Seul un                   exemplaire, envoy\u00e9 en catastrophe par avion, est arriv\u00e9 au                   Canada. Avant que des copies en soient tir\u00e9es, le journal fut                   modifi\u00e9. Par la suite, vu le succ\u00e8s et l&#8217;int\u00e9r\u00eat suscit\u00e9, la                   SCCR a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 l&#8217;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>La SCCR a \u00e9galement ?uvr\u00e9 aupr\u00e8s des parents des captifs pour                   la confection des &#8220;colis du plus proche parent&#8221;, un colis personnel                   envoy\u00e9 tous les trois mois par la famille du soldat captur\u00e9.                   C&#8217;\u00e9tait un paquet contenant des v\u00eatements, de menus objets                   et, \u00e0 une certaine \u00e9poque, de la nourriture. La SCCR a facilit\u00e9 ces                   envois en rempla\u00e7ant les articles qui avaient \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s                   par la censure par des articles autoris\u00e9s, en ajoutant des                   produits si le paquet n&#8217;atteignait pas la limite de poids permise                   et en donnant des formations et des conseils sur la confection                   de ce paquet. Si un prisonnier n&#8217;avait pas de parent ou si                   ce dernier \u00e9tait trop pauvre, la Croix-Rouge le prenait en                   charge en attendant qu&#8217;il soit &#8220;adopt\u00e9&#8221; par quelqu&#8217;un d&#8217;autre.<\/p>\n<p>Cela dit, aider les prisonniers n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 une mince affaire,                   puisque plusieurs probl\u00e8mes ont surgi, particuli\u00e8rement dans                   la confection et l&#8217;envoi des colis de vivres. Mat\u00e9riellement,                   on a d\u00fb faire face \u00e0 des p\u00e9nuries qui ont oblig\u00e9 les responsables \u00e0 trouver                   des substituts ou \u00e0 acheter des denr\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. On a                   m\u00eame rationn\u00e9 le personnel militaire au Canada pour avoir davantage                   de nourriture \u00e0 offrir aux captifs. Sur le plan technique, \u00e0 part                   quelques exceptions, le Japon a refus\u00e9 toute coop\u00e9ration jusqu&#8217;aux                   derniers mois de la guerre. De leur c\u00f4t\u00e9, l&#8217;Allemagne et l&#8217;Italie                   ont g\u00e9n\u00e9ralement bien r\u00e9pondu, mais on a tout de m\u00eame \u00e9prouv\u00e9 certaines                   difficult\u00e9s. La censure allemande a, par exemple, refus\u00e9 certains                   emballages qu&#8217;elle ne pouvait contr\u00f4ler, et il est arriv\u00e9 que,                   dans les camps, la distribution des vivres serve de monnaie                   d&#8217;\u00e9change \u00e0 la bonne conduite des captifs. Pour \u00e9viter l&#8217;emmagasinage                   de vivres pouvant servir lors d&#8217;une \u00e9ventuelle \u00e9vasion, les                   autorit\u00e9s ont parfois poin\u00e7onn\u00e9 les conserves afin que leur                   contenu soit consomm\u00e9 rapidement. Et il ne s&#8217;agit l\u00e0 que d&#8217;une                   partie des nombreuses difficult\u00e9s rencontr\u00e9es. On pourrait \u00e9galement \u00e9voquer                   les relations parfois houleuses de la SCCR avec d&#8217;autres ONG,                   et m\u00eame avec le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>La productivit\u00e9 et l&#8217;efficacit\u00e9 de l&#8217;aide aux prisonniers                   de guerre peuvent \u00eatre attribu\u00e9es \u00e0 plusieurs facteurs, dont                   le premier est certainement la participation populaire. La                   SCCR a su mobiliser un grand nombre de b\u00e9n\u00e9voles, les transportant                   dans des autobus emprunt\u00e9s ou leur confiant quelque ouvrage \u00e0 faire                   chez eux, \u00e0 temps perdu. C&#8217;est ainsi que des femmes au foyer                   accomplissaient certains petits travaux entre une lessive et                   un repas, alors que des \u00e9coliers besognaient pendant les r\u00e9cr\u00e9ations.                   Tout \u00e7a a donc permis que la plus grande partie du travail                   soit faite gratuitement et que les fonds soient vraiment utilis\u00e9s                   dans l&#8217;achat de denr\u00e9es plut\u00f4t que dans leur transformation.                   De plus, les locaux ont \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter les                   pertes de temps et d&#8217;espace, et \u00e0 ce que les colis de vivres                   soient empaquet\u00e9s \u00e0 la cha\u00eene. De grosses compagnies ont \u00e9galement                   pu se donner une bonne image publique en assurant le transport                   des denr\u00e9es \u00e0 peu de frais ou en les fournissant. Finalement,                   des campagnes de financement bien mont\u00e9es et convaincantes                   ont permis d&#8217;amasser les sommes n\u00e9cessaires \u00e0 l&#8217;entreprise.                   La SCCR a donc tir\u00e9 le maximum de chaque dollar tout en amenant                   pr\u00e8s du sixi\u00e8me de la population \u00e0 s&#8217;engager dans ses activit\u00e9s                   : une logistique efficace a \u00e9t\u00e9 mise au point, sans \u00eatre bureaucratique                   et co\u00fbteuse.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, les effets de cette aide ont \u00e9t\u00e9 positifs; de                   nombreuses lettres, conf\u00e9rences et entrevues en t\u00e9moignent.                   Ils furent d&#8217;abord b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 court terme en permettant la                   survie d&#8217;un grand nombre de prisonniers qui, autrement, auraient                   certainement succomb\u00e9 \u00e0 la faim, au froid, \u00e0 la maladie ou                   aux blessures. En leur offrant des loisirs, en leur montrant                   que leur pays ne les avait pas oubli\u00e9s, la SCCR a \u00e9galement                   contribu\u00e9 au maintien du moral des prisonniers. Cela a pu amoindrir,                   chez certains, les effets du &#8220;syndrome des barbel\u00e9s&#8221;, qui se                   traduisent par un \u00e9tat d\u00e9pressif et un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de tout.                   L&#8217;aide prodigu\u00e9e par la Croix-Rouge fut aussi b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 moyen                   terme, c&#8217;est-\u00e0-dire apr\u00e8s le retour des soldats lib\u00e9r\u00e9s. D&#8217;abord,                   l&#8217;\u00e9ducation des prisonniers dans les camps a permis de r\u00e9cup\u00e9rer                   une jeunesse perdue en fournissant les outils n\u00e9cessaires \u00e0 l&#8217;obtention                   d&#8217;un bon emploi. En diminuant l&#8217;\u00e9cart, autant que possible,                   entre la vie dans les camps et la vie civile, ces actions ont                   permis de maintenir le moral et la sant\u00e9 des soldats captur\u00e9s                   et de faciliter leur retour \u00e0 la vie civile.<\/p>\n<p>On peut aussi croire aux effets \u00e0 long et \u00e0 tr\u00e8s long terme,                   non seulement pour les prisonniers, mais \u00e9galement pour la                   soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Effectivement, cette aide a permis une                   diminution des co\u00fbts sociaux dans l&#8217;apr\u00e8s-guerre parce que                   plusieurs anciens prisonniers, en relativement bonne forme                   physique et mentale, n&#8217;ont pas dus \u00eatre pris en charge par                   l&#8217;\u00c9tat. Donc, plus d&#8217;argent a pu \u00eatre investi dans la reconstruction,                   et on a pu compter sur la participation et sur l&#8217;expertise                   de ces anciens combattants rescap\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut tout de m\u00eame prendre en compte que, l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;aide \u00e9tait                   fournie, donc accept\u00e9e par les autorit\u00e9s des camps concern\u00e9s,                   les captifs \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement bien trait\u00e9s. Leur bon \u00e9tat                   n&#8217;est donc pas d\u00fb exclusivement \u00e0 l&#8217;aide apport\u00e9e mais aussi                   aux conditions de vie relativement acceptables d\u00e9j\u00e0 instaur\u00e9es.                   Or, l\u00e0 o\u00f9 les prisonniers de guerre \u00e9taient assujettis aux                   pires conditions de vie, ni la SCCR, ni aucune des autres Croix-Rouge                   alli\u00e9es, ne sont parvenues \u00e0 s&#8217;imposer. Leur secours y auraient                   pourtant \u00e9t\u00e9 d&#8217;autant plus salutaire. Ce fut par exemple le                   cas dans les camps japonais.<\/p>\n<p>En conclusion, l&#8217;aide fournie par la Soci\u00e9t\u00e9 canadienne de                   la Croix-Rouge aux prisonniers de guerre a pris diverses formes.                   Des millions de colis et des tonnes de denr\u00e9es en vrac envoy\u00e9s                   aux camps ont assur\u00e9 aux prisonniers canadiens, \u00e0 ceux provenant                   des autres pays du Commonwealth, et dans une moindre mesure,                   aux autres Alli\u00e9s, une alimentation vari\u00e9e et \u00e9quilibr\u00e9e. Ils                   ont facilit\u00e9 leur convalescence et leur ont permis de garder                   le moral dans les moments les plus durs. Malgr\u00e9 des obstacles                   r\u00e9currents&#8211;dus principalement \u00e0 des p\u00e9nuries de mat\u00e9riel, \u00e0 la                   destruction des infrastructures et \u00e0 la mauvaise volont\u00e9 des                   pays ge\u00f4liers&#8211;cette aide a pu \u00eatre men\u00e9e \u00e0 bien, du moins                   sur le th\u00e9\u00e2tre europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Beaucoup reste encore \u00e0 dire. L&#8217;aide apport\u00e9e par la SCCR                   aux prisonniers alli\u00e9s, et particuli\u00e8rement \u00e0 ceux provenant                   de la France Libre, n&#8217;a \u00e9t\u00e9 le sujet d&#8217;aucune recherche, malgr\u00e9 la                   disponibilit\u00e9 des sources. Le r\u00f4le de la population et des                   m\u00e9dias dans l&#8217;?uvre de la Croix-Rouge a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 sous-\u00e9valu\u00e9 et                   il m\u00e9riterait d&#8217;\u00eatre reconnu \u00e0 sa juste valeur. Les liens unissant                   la Croix-Rouge canadienne aux autres Croix-Rouge alli\u00e9es demeurent                   n\u00e9buleux, de m\u00eame que ses relations avec le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>En fait, le r\u00f4le de la plupart des organismes humanitaires                   canadiens durant la Seconde Guerre mondiale a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement                   n\u00e9glig\u00e9 par les historiographes, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s.                   Jonathan Vance est l&#8217;un des seuls historiens s\u00e9rieux \u00e0 avoir                   apport\u00e9 un \u00e9clairage sur cette dimension de l&#8217;histoire militaire.                   Pourtant, alors que le d\u00e9roulement&#8211; parfois \u00e0 la minute pr\u00e8s&#8211;des                   grandes batailles n&#8217;a plus rien de secret, il para\u00eet incongru                   que les activit\u00e9s de ceux et celles ayant permis la survie                   de millions d&#8217;individus, une fois que les canons se sont tus,                   demeurent inconnues. Leur travail et leur d\u00e9vouement ont \u00e9t\u00e9,                   et demeurent cruciaux, durant les conflits, car \u00e0 leur mani\u00e8re, \u00e0 d\u00e9faut                   de l&#8217;avoir enray\u00e9e, ils ont su humaniser la pire des calamit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aussi ancienne que la guerre elle-m\u00eame, la captivit\u00e9 de guerre a connu de nombreuses variations, progr\u00e8s ou reculs, selon les lieux et les \u00e9poques. 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