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	<title>Articles principaux &#8211; La revue Légion</title>
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		<title>Le dernier espoir de la Nouvelle-France</title>
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		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 19:11:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Les Français perdirent le Canada malgré leur victorieuse bataille d’avril 1760 à Sainte-Foy]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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            <span>Le colonel britannique James Murray et le maréchal de camp François-Gaston de Lévis guerroyèrent à Québec en avril 1760. (Le colonel britannique James Murray) &#8211; National Portrait Gallery/Wikimedia</span>
            
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        <div class="caption">
            <span>Le colonel britannique James Murray et le maréchal de camp François-Gaston de Lévis guerroyèrent à Québec en avril 1760. (maréchal de camp François-Gaston de Lévis) &#8211; MNBAQ/Wikimedia</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<p class="p1"><span class="s1"><b>Probablement peu de </b>gens savent que <i>deux</i> grandes batailles eurent lieu sur les plaines d’Abraham, aux portes de Québec, pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). La victoire des Britanniques à la bataille du 13 septembre 1759 avait certes scellé le destin de la Nouvelle-France, mais rien n’était alors évident. Les hostilités reprirent à peine sept mois plus tard, le 28 avril 1760, et se soldèrent par une éclatante victoire des Français.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">La plupart des soldats français et canadiens s’étaient retirés à Montréal après les combats de 1759. Leur commandant, </span><span class="s1">le lieutenant-général Louis-Joseph de Montcalm, avait été tué. Le maréchal de camp François-Gaston de Lévis l’avait remplacé. Le commandant britannique, le major-général James Wolfe avait lui aussi péri. Le colonel James Murray, son successeur, occupait Québec.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La plus grande partie de la flotte britannique quitta cependant la ville en octobre 1759 et, cet hiver-là, la garnison de Murray souffrit du froid glacial. La faim, le scorbut et la dysenterie faisaient des ravages dans les rangs. Le soldat britannique James Miller raconta plus tard que « l’épuisement face à l’hiver [était] si terrible </span>que les vivants en [venaient] presque à envier les morts ».</p>
<p class="p1">Au mois d’octobre, Murray disposait de 5 077 fantassins et artilleurs, mais en avril, <span class="s1">667 </span>soldats britanniques ayant péri, il ne lui restait que 2 829 <span class="s1">hommes en mesure de combattre. Il leur fallait survivre jusqu’au retour de la Marine royale.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pendant ce temps, à Montréal, Lévis rassemblait des forces de réguliers venant d’ailleurs en Nouvelle-France et levait pratiquement toute la milice canadienne. Il espérait reprendre Québec et y attendre des renforts de France. Il en allait de l’avenir du Canada, et il savait que ce serait probablement sa seule chance de le sauver. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il avait sous ses ordres 6 970 hommes en santé et expérimen-</span>tés : 3 950 soldats réguliers français, 2 750 miliciens <span class="s1">canadiens et 270 alliés membres de Premières Nations. Mais, pas plus de 5 000 de ces hommes prirent part à la bataille. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les forces françaises et canadiennes descendirent le fleuve en bateau le 20 avril 1760. Le 26, elles débarquèrent à Saint-Augustin, à 22 kilomètres au sud-ouest de Québec. Le lendemain, la plus grande partie des forces avança jusqu’à la paroisse de Sainte-Foy à quelques kilomètres à l’ouest de la ville. Après une échauffourée, les Britanniques se retirèrent de leurs avant-postes. </span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Murray décida</b>, à l’instar de Montcalm au mois de septembre précédent, de quitter la protection des remparts de Québec pour combattre sur les plaines. Le matin du 28 avril, les forces britanniques occupaient la Butte-à-Neveu de 15 mètres de hauteur, le lieu le plus élevé des plaines, situé à quelques centaines de mètres à l’ouest des murs de la ville. Le temps était frais et ensoleillé, et la terre était </span><span class="s1">couverte d’une épaisse couche de neige, de gadoue et d’eau. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Murray commandait 3369 hommes, certains tirés des hôpitaux. Il fit rapidement installer ses 22 canons sur la butte et déploya ses fantassins. Le sergent John Johnson écrivit que bien des soldats britanniques étaient des « squelettes scorbutiques affamés ».</span></p>
<blockquote>
<p class="p1">La bataille de Sainte-Foy <span class="s1">fut l’une des plus sanglantes </span>livrées sur le territoire canadien.</p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Murray lança effrontément une attaque préventive contre les Français avant qu’ils n’aient pris position. Le pari fut tout d’abord gagnant : l’artillerie britannique infligea de lourdes pertes aux Français et força leur flanc de gauche (au nord) à battre </span><span class="s1">en retraite. Mais, à la suite d’une puissante contrattaque des Français contre son propre flanc gauche (au sud), au bout de deux heures de combats rapprochés, Murray se mit à craindre que ses forces ne soient coupées de Québec. Il donna l’ordre de se replier derrière les murs de la ville, laissant à Lévis la maitrise des plaines.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’armée britannique recensa 1 182 victimes : 292 morts, 837 blessés et 53 capturés. Il y avait eu 266 morts et 733 blessés parmi les forces françaises, canadiennes et autochtones. La bataille de Sainte-Foy fut l’une des plus sanglantes livrées sur le territoire canadien.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les deux côtés attendirent alors les premiers navires remontant le fleuve. James Johnstone, qui avait fait partie de l’état-major de Montcalm, remarqua que « les Canadiens […] étaient résolus à sauver leur pays et ne perdirent jamais espoir… ». Mais, il n’allait pas en être ainsi. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le HMS <i>Lowestoft</i> contourna l’ile d’Orléans le 9 mai. C’était le premier de nombreux bâtiments britanniques, et Lévis se replia de nouveau à Montréal, qui capitula en septembre 1760. Le Canada était désormais aux mains des Britanniques.</span></p>
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            <span>Bien que les Britanniques furent défaits, les Français se replièrent à Montréal qui capitula en septembre. &#8211; Royal Museums Greenwich/Wikimedia</span>
            
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		<title>L’invasion américaine</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/linvasion-americaine-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 17:17:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Serge Durflinger]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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            <span>La mort du général américain Richard Montgomery lors de l’invasion de Québec en 1775, selon l’artiste John Trumbull. &#8211; John Trumbull/Galerie d’art de l’Université de Yale/Wikimédia</span>
            
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            <span></span>
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<blockquote>
<p class="p1">COMMENT LES BRITANNIQUES ET LEURS SUJETS CANADIENS ONT REPOUSSÉ L’ATTAQUE DE 1775-1776 CONTRE LA PROVINCE DE QUÉBEC</p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1"><b>En 1775-1776</b>, le Canada faillit devenir une colonie américaine. Son destin allait dépendre d’une froide bataille matinale dans une tempête </span>de neige aux portes de Québec.</p>
<p class="p2">Seize ans plus tôt, les forces britanniques avaient vaincu les <span class="s1">Français sur les plaines d’Abraham et occupé la forteresse de Québec. La France avait cédé le Canada à la Grande-Bretagne lors du traité de Paris de 1763 et abandonné les habitants de la Nouvelle-France, près de 70 000 désormais sous le joug des protestants britanniques. La Grande-Bretagne avait ainsi gagné une colonie catholique francophone, la province de Québec (alors communément appelée Canada), sans loyauté envers le nouveau régime et son roi. Les Canadiens craignaient </span>de perdre leur mode de vie.</p>
<p class="p2"><span class="s1">Guy Carleton, le major-général gouverneur de Québec, s’inquiétait </span>du mécontentement croissant dans les colonies américaines. Il ignorait également comment les Canadiens réagiraient à une éventuelle révolte américaine. <span class="s1">La province avait peu de défenses. Carleton avait besoin du soutien de gens influents, du clergé catholique </span><span class="s1">et de l’aristocratie locale, qui, sentait-il, pourraient dissuader les Canadiens de se joindre à une éventuelle insurrection américaine.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Carleton joua donc un rôle déterminant quand le Parlement britannique adopta l’<i>Acte de Québec </i>de 1774, qui garantissait les droits de l’Église catholique, le droit des catholiques d’exercer des fonctions, et le maintien des systèmes juridiques et fonciers français au Québec. La loi élargissait aussi </span>considérablement les frontières de la province de Québec pour englober la région des Grands Lacs à l’ouest jusqu’au confluent des rivières Mississippi et Ohio. La mesure servait essentielle<span class="s1">ment à empêcher les 13 colonies américaines, principalement côtières, de s’étendre vers l’ouest. Mais, l’<i>Acte de Québec </i>était une trahison aux yeux des Américains </span>rebelles. Ils considéraient la Grande-Bretagne comme l’ennemi et le Canada comme une proie potentiellement facile.</p>
<p class="p1">Carleton était également parfaitement conscient qu’il y avait des sympathisants américains parmi les 2 000 colons britanniques de la province, surtout que beaucoup étaient venus des <span class="s1">colonies américaines du sud. C’était particulièrement le cas de la classe marchande britannique, fâchée de l’<i>Acte de Québec </i>qui menaçait son pouvoir commercial et politique.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">En 1774-1775, des agents américains diffusèrent de la propagande anti-britannique auprès des Canadiens, arguant que la révolution les libèrerait de la domination. La menace à peine voilée leur rappelait que les Canadiens étaient « un petit peuple, comparé à celui qui leur ouvrait grand les bras ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les rebelles américains pourraient donc venir en conquérants plutôt qu’en libérateurs.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le meilleur cas de figure pour les Britanniques et les Américains serait la neutralité des Canadiens, qui voyaient leurs anciens ennemis s’orienter vers un conflit fratricide.</span></p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le major-général britannique Guy Carleton, gouverneur de Québec, dirigea la défense du Canada. &#8211; Wikimédia</span>
            
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<p class="p1"><span class="s1">La Révolution américaine commença en avril 1775 par les combats à Concord et à Lexington. Puis, les événements se précipitèrent. En mai, les forces américaines s’emparèrent des forts britanniques de Ticonderoga et de Crown Point, </span>points de départ classiques des attaques sur le Canada.</p>
<p class="p1"><span class="s1">Le Congrès continental américain décida d’envahir le Canada pour y encourager la révolte et empêcher les Britanniques de s’en servir comme base d’attaques contre les rebelles à New York ou au Massachusetts. Le Congrès ordonna au major-général Philip Schuyler de Ticonderoga de s’emparer du fort britannique de Saint-Jean, puis de Montréal.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Carleton ne commandait</b> que 944 soldats réguliers répartis au Québec, la plupart dans des forts de garnison situés le long de la rivière Richelieu. Le soutien de la milice composée de Canadiens et de colons britanniques loyaux était un besoin impératif. Mais, malgré l’appel aux armes du clergé, les francophones hésitaient.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Sur un plan plus positif, Allan Maclean, lieutenant-colonel expé-rimenté, leva une nouvelle unité de réguliers très fiable composée principalement de colons écossais des Highlands recrutés au Canada : le Royal Highland Emigrants. Beaucoup étaient d’anciens combattants, prêts à défendre immédiatement la province.</span></p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le brigadier-général Richard Montgomery prit le commandement de l’attaque américaine en septembre 1775. &#8211; Collection d’images historiques par Bildagentur-en ligne/Alamy/2WBJ916</span>
            
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<p class="p1">Une force d’environ 2 000 <span class="s1">New-Yorkais, dont un grand nombre étaient inexpérimentés, partit de Crown Point pour Saint-Jean le 30 aout. Ils arrivèrent cinq jours plus tard, leur nombre réduit par la maladie. Même leur commandant, Schuyler, était trop malade pour continuer. Le brigadier-général Richard Montgomery prit le commandement et assiégea le fort.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Carleton misa presque tout sur la défense de la fortification de Saint-Jean, car il était peu probable que les médiocres murs de Montréal résistent à une attaque déterminée. Il y avait au fort de Saint-Jean 512 réguliers, 20 émigrants et 90 miliciens canadiens. Son commandant, le major Charles Preston, tint aussi longtemps qu’il le put.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Mais, à 20 kilomètres au nord, le 17 octobre, les Britanniques se rendirent rapidement à une petite force américaine. Les envahisseurs s’étaient emparés d’une grande partie de son ravitaillement, donc tout espoir de relever Saint-Jean s’était évanoui. Preston rendit les armes le 3 novembre après une résistance héroïque, et la plupart de ses meilleurs soldats furent faits prisonniers.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Sentant peut-être le cours des choses se renverser, certains des 900 miliciens canadiens de Montréal commencèrent à se </span><span class="s1">détacher de la situation, à la grande déception de Carleton. Entretemps, d’autres Canadiens se joignaient aux envahisseurs. L’attitude de la population était le résultat de la perception de faiblesses chez les Britanniques et de la probabilité de leur défaite. Selon Carleton, « chaque individu semblait ressentir [sa] situation d’impuissance actuelle ». Pourquoi prendre les armes pour les Britanniques et ensuite encourir la colère des vainqueurs? La plupart des Canadiens restaient plutôt sur la touche.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pis encore, Carleton apprit qu’une force d’Américains commandée par le colonel Benedict Arnold avait atteint le fleuve Saint-Laurent à Pointe-Lévy, en face de Québec, le 8 novembre. Elle avait parcouru quelque 500 kilomètres en bateau et à pied dans la nature sauvage accidentée et en grande partie inhabitée du haut Massachusetts </span><span class="s1">(aujourd’hui le Maine) en suivant les rivières Kennebec et Chaudière.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’historien George Stanley s’est émerveillé du remarquable « exploit d’endurance » des Américains et de leur capacité à manœuvrer « dans les marécages sans chemin, à travers les rivières glacées et sur les rapides dangereux, les hommes souffrant du froid, de la faim et du mauvais temps ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il leur avait fallu sept semaines, et sur les 1 050 hommes du Massachusetts, de Pennsylvanie et de Virginie qu’il y avait au début du trajet, il n’en restait qu’environ 700, les autres ayant fait demi-tour, s’étant égarés ou ayant péri. Ils étaient épuisés et affamés, leurs vêtements en lambeaux, et pour survivre, certains avaient mangé de la soupe qu’ils avaient faite avec leurs chaussures et leurs ceintures en cuir. Nombreux étaient ceux qui souffraient de dysenterie.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Arrivés au Canada, ils s’approvi-sionnèrent auprès des Canadiens </span>à des prix exorbitants. La force d’Arnold rassembla 40 petites embarcations et traversa le <span class="s1"><br />
Saint-Laurent les 13 et 14 novembre. Leur nombre étant insuffisant pour assiéger Québec. Les envahisseurs établirent un camp quelques jours après à Pointe-aux-Trembles, à 32 kilomètres à l’ouest, où ils attendirent Montgomery qui devait venir du sud-ouest.</span></p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le colonel américain Benedict Arnold dirigea une force distincte à Québec, qui fut attaquée le 31 décembre 1775. &#8211; Niday Picture Library/Alamy/E9M50A</span>
            
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<p class="p3"><span class="s1"><b>Montréal était indéfendable<br />
</b></span>et se rendit sans combat le <span class="s1">13 novembre. Carleton, déguisé en fermier, s’enfuit à Trois-Rivières dans une barque avec des Canadiens aux rames, puis continua son voyage à bord d’un petit bateau. Il arriva à Québec le 19 novembre.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Entretemps, comme il lui fallait placer des soldats en garnison à Montréal ou ailleurs, en plus des séquelles de maladie et de la fin du service d’un bon nombre de ses soldats, Montgomery n’avait plus sous ses ordres qu’à peu près 660 hommes : 300 des régiments de New York, 200 Canadiens recrutés à la hâte et 160 autres d’ici et là. Il disposait de quatre canons de 9 ou de 12 livres et six mortiers, ainsi que des vêtements d’hiver et des provi</span>sions pour les hommes d’Arnold.</p>
<p class="p1">Montgomery rejoignit finalement Arnold en début décembre. Quelques jours plus tard, ils tentèrent d’assiéger la ville de<span class="s1"> Québec. Mais, les armes légères et les mortiers des Américains n’eurent aucun effet, car les canons de la ville étaient d’un calibre et d’une portée supérieurs à ceux des assaillants.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La ville de Québec, essentielle à la défense du Canada, était presque dépourvue de soldats réguliers. Ainsi, Carleton devait </span>compter sur la milice, les <span class="s1">Emigrants, les équipages de navire alors dans le port et les citoyens volontaires sans expérience.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Je devrais m’encenser », écrivit-il au comte de Dartmouth, du fait que « nous puissions tenir bon, </span><span class="s1">jusqu’à l’ouverture de la navigation au printemps prochain, au moins jusqu’à ce que quelques troupes remontent la rivière. » Mais, il désespérait : « Je pense que notre destin est extrêmement incertain ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">C’était un triste constat.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pourtant, en sécurité dans la ville d’où il n’envisageait certainement pas de partir, Carleton avait près de 1 800 hommes à sa disposition, dont 70 réguliers, 230 du Highland Emigrants, 35 Royal Marines, 120 artificiers, 543 miliciens canadiens, 330 miliciens britanniques, environ 395 marins et divers autres soldats. La ville de 8 000 habitants était également bien approvisionnée en nourriture et en bois de chauffage. Et Carleton éjecta tous les Britanniques et Américains qui, selon lui, étaient déloyaux.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il y avait à peine 1 000 Américains, et ils se trouvaient devant une tâche redoutable. Ils étaient éprouvés par le froid et la maladie (notamment la variole mortelle), et ils ne disposaient pas de suffisamment d’abris. Plus de 100 mousquets appartenant aux hommes d’Arnold étaient inutilisables et les soldats manquaient tous de munitions, de poudre et de fournitures. Les 200 Canadiens dans ses rangs ne semblaient pas très enthou</span>siastes, et certains désertèrent.</p>
<p class="p1">Les conditions dans lesquelles beaucoup de ses hommes avaient été enrôlés aggravaient les problè-mes de Montgomery. Certains, dont le service se terminerait le <span class="s1">31 décembre, avouaient leur intention de partir. Leur départ mettrait </span><span class="s1">fin aux espoirs des Américains de s’emparer de la capitale du Canada. Montgomery devait attaquer la ville dès que possible.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">L’attaque fut lancée le 31 décembre à 4 heures. Il faisait froid, il y avait du vent et il neigeait abondamment, ce qui masquait l’avance des Américains. Montgomery organisa un mouvement en tenaille au bas des falaises et des remparts de Québec pour s’emparer de la Basse-Ville avant d’escalader le promontoire pour surmonter les fortifications et atteindre la Haute-Ville. C’était un plan très ambitieux et désespéré, comme il le savait surement.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les Canadiens de Montgomery organisèrent une feinte sur les plaines d’Abraham pendant qu’il menait 300 New-Yorkais par l’ouest le long du chemin fluvial sous les positions dominantes du Cap Diamant. Pendant ce temps, les 600 soldats d’Arnold, au nord-ouest, tournèrent vers la falaise dans le quartier de Saint-Roch aux rues sinueuses bordées d’entrepôts portuaires.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Le désastre fut immédiat</b>. Au premier croisement de routes de la Basse-Ville, la force de Montgomery tomba sur une haute palissade qui allait de la falaise au bord de l’eau. De l’autre côté, il y avait un blockhaus abritant 30 miliciens canadiens et 17 miliciens et marins britanniques, ces derniers se servant de quatre petits canons qui dominaient les approches.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les Américains firent une brèche dans la palissade et certains s’avancèrent vers le blockhaus, Montgomery en tête. Les défenseurs déclenchèrent des tirs concentrés de mitraille et de mousquet dès que les assaillants furent à 45 mètres, tuant Montgomery, deux officiers et plusieurs autres </span>hommes. Les Américains battirent en retraite; cette phase de l’attaque était terminée.</p>
<div class="caption_img">
        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6976 size-large" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/PA3DYC-1024x739.jpg" alt="" width="810" height="585" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/PA3DYC-1024x739.jpg 1024w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/PA3DYC-300x217.jpg 300w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/PA3DYC-768x555.jpg 768w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/PA3DYC-1536x1109.jpg 1536w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/PA3DYC-2048x1479.jpg 2048w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" />
        <div class="caption">
            <span>Un artiste dépeint des soldats britanniques et canadiens combattant les Américains, rue du Sault-au-Matelot, à Québec, le 31 décembre 1775. &#8211; Collection historique/Alamy/KCT70B</span>
            
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<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Un officier britannique se réjouit que cela ait été : « </span><span class="s2">Un jour glorieux pour nous</span><span class="s1">, car nous avons remporté une petite victoire comme jamais auparavant. »</span></p>
</blockquote>
<p class="p1">Arnold n’eut guère meilleure<br />
fortune. Ses hommes tombèrent sur leur première barricade de l’autre côté de l’étroite rue du <span class="s1"><br />
Sault-au-Matelot. Elle était défendue par 30 miliciens et trois canons. Les Américains capturèrent la position après un combat acharné, mais Arnold fut atteint d’une balle à la jambe et évacué. Le capitaine Daniel Morgan prit le commandement et passa à la barricade suivante, qui n’était pas gardée.</span></p>
<p class="p1">Pendant que Morgan attendait que le reste de ses hommes le rattrape, les 200 Britanniques, Emigrants et Canadiens eurent le temps de se rallier, et ils défendirent efficacement la position. Ne pouvant pas escalader le mur de 3,6 mètres avec leurs échelles sous le feu nourri, les assaillants furent coincés dans les étroites rues où ils subirent de lourdes pertes.</p>
<p class="p1">Les soldats canadiens et britanniques sortirent ensuite par la porte du Palais, reprirent la première barricade et attaquèrent les envahisseurs par-derrière. Les combats durèrent plusieurs heures, mais se rendant compte que leur situation était désespérée les Américains déposèrent les armes à 10 heures.</p>
<p class="p1"><span class="s1">Au total, quelque 400 personnes furent capturées, dont Morgan, et il est probable qu’une centaine avaient été tuées ou blessées. Les pertes britanniques et canadiennes, en revanche, s’élevèrent à cinq morts et 14 blessés. Un officier britannique se réjouit que cela ait été : « Un jour glorieux pour nous, car nous avons remporté une petite victoire </span>comme jamais auparavant. »</p>
<p class="p1">C’était la première défaite des rebelles lors de la guerre de l’Indépendance américaine.</p>
<p class="p1"><span class="s1">Carleton choisit de ne pas quitter Québec et d’achever son ennemi, bien que les forces britanniques fussent trois plus nombreuses que les forces américaines.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Arnold, qui commandait alors, avait perdu une centaine d’hommes de plus lorsqu’ils partirent à la fin de leur service, et il ne lui en restait qu’à peine 700, dont les malades et les Canadiens sans enthousiasme. Il maintint les tirs d’artillerie légère contre la ville en attendant des renforts de Montréal. Ces derniers arrivèrent régulièrement au cours des mois suivants.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les nouvelles troupes totalisèrent finalement 2 500 hommes, mais beaucoup n’étaient pas en état de combattre et ne pouvaient pas entreprendre un siège critique.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le général George Washington, commandant en chef américain, insista pour que le Canada soit capturé avant que ne commence la saison de navigation. Cela n’allait pas se passer ainsi.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le premier navire de guerre britannique transportant des renforts surgit près de Québec le 5 mai 1776. « La nouvelle est parvenue rapidement aux oreilles de la ville; les gens à moitié habillés ont accouru […] ravis de voir un navire arborant le drapeau de l’Union », déclara un officier britannique d’alors. Les Américains se retirèrent en quasi-panique jusqu’à Sorel, prêts à remonter la Richelieu. Quarante autres navires britanniques transportant 9 000 soldats arrivèrent à Québec peu après.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les forces renforcées de Carleton prirent le chemin de Trois-Rivières. Les Américains, qui avaient aussi reçu des renforts, renouvelèrent leur offensive en juin, mais les<br />
solides défenses britanniques les repoussèrent, et quelque 200 Américains furent capturés. Il y avait encore 5 000 Américains au Canada, mais la variole con-<br />
</span>tinuait de faire des ravages, les désertions étaient légion, et les Canadiens étaient devenus beaucoup moins amicaux.</p>
<p class="p1"><span class="s1">À Montréal, Arnold écrivit au général John Sullivan, le nouveau commandant américain au Canada : « Abandonnons […] et sécurisons notre propre pays avant qu’il ne soit trop tard ».</span></p>
<p class="p1">Les envahisseurs évacuèrent Sorel et Montréal, prirent le chemin du sud le long de la Richelieu et retournèrent à leur propre territoire. Le Canada avait rejeté la Révolution américaine.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Seconde Guerre mondiale</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/seconde-guerre-mondiale-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 15:26:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Les deux derniers étages d’un bâtiment de pierre et de brique de quatre étages surplombant le front de mer de St. John’s, à quelques mètres seulement du Monument commémoratif national de guerre de Terre-Neuve, accueillent un morceau de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui n’a nul pareil. En haut des 59 marches de l’escalier branlant à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><b>Les deux derniers</b> étages d’un bâtiment de pierre et de <span class="s1">brique de quatre étages surplombant le front de mer de St. John’s, </span>à quelques mètres seulement du Monument commémoratif <span class="s1"><br />
</span><span class="s2">national de guerre de Terre-Neuve,<br />
</span>accueillent un morceau de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui n’a nul pareil.</p>
<p class="p2">En haut des 59 marches de<span class="s1"> l’escalier branlant à l’arrière de l’ancien entrepôt se trouve le légendaire Seagoing Officers’ Club fondé </span>par le capitaine Rollo Mainguy, <span class="s1">natif de la Colombie-Britannique, commandant de contretorpilleurs de la marine canadienne de la colo-nie britannique de Terre-Neuve.</span></p>
<p class="p2">Lieu de refuge et de repos pour les officiers de marine militaire ou marchande des Alliés entre deux traversées de l’Atlantique Nord, il fut surnommé le <i>Crow’s Nest</i> (nid de pie, NDT) après qu’un colonel de l’armée cana<span class="s1">dienne, haletant en fin de montée, s’épongea le front perlé de sueur et s’exclama : « Mince! c’est vraiment un petit nid de pie bien douillet ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ouvert en janvier 1942, ce confortable refuge aux planchers en bois et aux plafonds à poutres apparentes recueillit un nombre </span><span class="s2">croissant d’insignes, de gravures et </span><span class="s1">d’artéfacts déposés par ses clients </span>en l’honneur de leurs navires.</p>
<p class="p1">Sur pratiquement chaque surface verticale prit vie une galerie spéciale de la bataille de l’Atlantique à l’époque où Terre-Neuve était, à toutes fins utiles, le « Gibraltar de l’Amérique », <span class="s1">comme son ancien premier minis-</span>tre, Robert Bond, l’avait prédit.</p>
<p class="p1">La guerre changeait le monde, y compris cette grande ile affectueusement surnommée <i>The Rock</i> (le rocher, NDT).</p>
<p class="p1">« Nulle part peut-être […] n’existait-il de pigeonnier exactement comme le <i>Crow’s Nest</i>, écrivit Joseph Schull dans son livre <i>Lointains navires</i> publié en 1950. Les souvenirs de la <span class="s1">salle bruyante et enfumée où les insignes, les cloches et les trophées de navire couvraient les murs et qui était interdite aux femmes sauf le mardi soir – à condition qu’elles n’encombrent pas le bar – ont fait le tour du monde, et ils voguent sans doute toujours. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le club est encore là, aujourd’hui </span>un lieu historique national du Canada et un témoignage vivant des navires et des hommes qui prirent part à la plus longue bataille de la guerre et qui, par <span class="s1">leur seule présence, ont servi de catalyseurs pour faire entrer l’ile au monde moderne.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Parmi les artéfacts du <i>Crow’s Nest </i>se trouve le périscope de<br />
l’<i>U-190</i> (cf. « Artefacts » [en anglais seulement], page 99), l’un des derniers sous-marins allemands à se rendre le 11 mai 1945, trois jours après le jour de la Victoire en Europe. Les navires de guerre canadiens amenèrent le sous-marin à St. John’s. Il fut ensuite déplacé, examiné et sabordé au large d’Halifax, mais pas avant que le périscope ne soit récupéré et finalement ramené au port où, pour beaucoup de gens, la guerre avait commencé et s’était terminée.</span></p>
<p class="p1">Protubérance sur le toit du bâtiment, cet instrument caractéristique de la guerre des sous-marins n’offre plus la silhouette <span class="s1">d’une autre victime, mais une vue imprenable sur le centre-ville de St. John’s et un port tranquille rempli de chalutiers, de navires de services pétroliers et de navires de la garde côtière. Tout cela est bien différent de ce qui s’est passé avant.</span></p>
<p class="p1">Pour les gens qui ont l’occasion de franchir sa porte, le <i>Crow’s Nest </i>révèle l’histoire intime d’une ère de grande agitation et de transformation. Toutefois, on retrouve l’héritage vivant de la Seconde Guerre mondiale dans pratiquement tous les coins de la province, où les forces mili-taires du Canada et celles des <span class="s1">États-Unis ont changé, de manière très tangible et durable, le cours de l’histoire de cette ancienne colonie.</span></p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le capitaine Rollo Mainguy au Seagoing Officers’ Club en septembre 1942. &#8211; Gerald M. Moses/MDN/BAC/PA-204634</span>
            
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<p class="p3"><b>Le télégramme</b> qu’un magis-trat de l’avant-port de Burgeo, Terre-Neuve, envoya à l’autre côté de l’ile au ministre de la Justice le 24 janvier 1934 résonnait comme un appel à l’aide désespéré.</p>
<p class="p1"><span class="s1">« UNE QUARANTAINE D’HOMMES AFFAMÉS [SONT VENUS] ME VOIR, disait-il. J’AI CONSULTÉ L’AGENT DE RELÈVE QUI M’INFORME QUE RIEN NE PEUT SE FAIRE LEUR </span><span class="s1">INDEMNITÉ NE SERA PAS DUE AVANT LES 8 ET 9 FÉVRIER STOP IMPOSSIBLE CES FAMILLES EXISTENT QUATORZE JOURS SANS NOURRITURE STOP PEUT ON PRENDRE DES DISPOSITIONS POUR CORRIGER LA SITUATION SINON JE CRAINS LES CONSÉQUENCES. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il y avait peu de téléphones. Il faudra encore 31 ans avant que le grand arc en forme de « U » de la Transcanadienne ne relie Port aux Basques, au sud-ouest de l’ile, à St. John’s, à 900 kilomètres au sud-est.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Isolée, battue par les éléments et habitée par une population soumise </span>aux caprices de la pêche contrôlée par une poignée de marchands de St. John’s, Terre-Neuve était, à l’époque de la Dépression, un cauchemar dickensien ou pire pour un grand nombre de ses 289 000 résidents.</p>
<p class="p1"><span class="s2">« Terre-Neuve a été très durement touchée par la Grande Dépression », a écrit Carmelita McGrath dans <i>Desperate Measures : The Great Depression in Newfoundland and Labrador </i>(Mesures désespérées : la Grande Dépression à Terre-Neuve-</span>et-Labrador, NDT), une histoire éditée en 1996 par un collectif des écrivains de la province.</p>
<p class="p1">« Beaucoup de gens étaient sans emploi ou avaient un très <span class="s1">petit salaire. La faim était un vrai </span>problème […]. De plus en plus de personnes étaient obligées de demander l’aide publique. »</p>
<p class="p1">« The dole » (le chômage, <span class="s2">NDT), comme on l’appelait, ne se présentait pas sous forme d’argent comptant : il se composait essentiellement de bons alimentaires à échanger chez les marchands contre des articles bien précis.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">« Beaucoup de gens disaient que le “dole” ne suffisait pas pour vivre. Ils étaient souvent à court de nourriture avant l’arrivée de leur prochaine “commande de secours”. La plupart des gens détestaient le “dole”. Ils voulaient travailler. Ils voulaient choisir eux-mêmes ce qu’ils mangeraient. »</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Des documents du gouvernement d’Ottawa décrivaient Terre-Neuve comme la « première ligne de défense » du Canada et « la clé du système de défense de l’Ouest ».</span></p>
</blockquote>
<p class="p1">Carmelita McGrath a décrit comment la dépression bouleversa l’équilibre délicat qu’était<span class="s1"> la survie à Terre-Neuve à l’époque : </span>la vie au bord du gouffre.</p>
<p class="p1"><span class="s1">« D’un côté du gouffre, il y a une certaine sécurité, explique-t-elle. Il y a assez de nourriture, un logement convenable, la chaleur et le confort. De l’autre côté, il y a peu de sécurité, la faim, un logement médiocre, le froid et l’inconfort.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« De plus en plus de gens étaient précipités dans le gouffre pendant la Grande Dépression. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Issus en grande partie de pêcheurs britanniques, français, espagnols ou portugais, les Terre-Neuviens sont des gens résistants et passionnés. Mais, le mécontentement – en fait, le désespoir – finit par déborder. Il y eut des manifestations, des émeutes, même du pillage.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Et le gouvernement était endetté </span><span class="s1">jusqu’au cou.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Terre-Neuve avait renoncé à son statut de dominion de l’Empire britannique en 1934 pour être gouvernée par une commission de six membres nommés à Londres. Étant alors une colonie, elle était maintenue à flot grâce à des prêts et à des subventions du Trésor britannique.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Tout cela changea</b> au printemps 1940 lorsqu’après avoir vaincu pra</span>tiquement toute l’Europe occiden<span class="s2">tale, les forces d’Hitler se préparaient</span> à envahir la Grande-Bretagne.</p>
<p class="p1">De ce côté-ci de l’océan, des documents du gouvernement d’Ottawa décrivaient Terre-Neuve comme la « première ligne de défense » du Canada et « la clé <span class="s1">du système de défense de l’Ouest » si les nazis s’avançaient jusqu’ici.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Quant à Terre-Neuve elle-même, la colonie était pratiquement sans défense. Elle n’avait presque pas de soldats, d’armes à feu, ni de fortifications, et le gouvernement n’avait pas les fonds nécessaires pour les fournir. La Grande-Bretagne n’était pas en mesure de l’aider.</span></p>
<p class="p1">Le 10 novembre 1940, sept bombardiers Hudson fabriqués à Burbank, en Californie, décollèrent de l’aéroport de Gander et firent route de nuit vers l’autre côté de l’Atlantique. Il s’agissait des premiers vols <span class="s1">transatlantiques de la guerre; 13 ans après la célèbre traversée en solitaire de Charles Lindbergh.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Quand les équipages débarquè-</span>rent le lendemain matin – jour du Souvenir – à Aldergrove, en Irlande du Nord, ils portaient des coquelicots. « Terre-Neuve était devenue tout à coup « une <span class="s1">des portes fortifiées de la liberté ».</span></p>
<p class="p1">En effet, « en très peu de temps, a écrit l’historien Paul W. Collins en 2015, dans un <span class="s1">document pour le gouvernement provincial, Terre-Neuve comptait cinq aérodromes militaires et civils, deux bases navales, deux bases d’hydravions et cinq </span>bases de l’armée de terre ».</p>
<p class="p1">Des dizaines de milliers de militaires canadiens et américains furent affectés partout <span class="s1">dans l’ile et au Labrador au cours des cinq années suivantes.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Comme la population de la colonie s’élevait à moins de 300 000 habitants et que la capitale (et plus grande ville) de Terre-Neuve ne </span><span class="s1">comptait que 40 000 âmes, a écrit Collins, cette “invasion amicale” eut d’énormes répercussions économiques, sociales et politiques à Terre-Neuve – que l’on ressent encore beaucoup aujourd’hui. »</span></p>
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        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6964 size-large" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/090223-F-0304D-003-1024x543.jpg" alt="" width="810" height="430" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/090223-F-0304D-003-1024x543.jpg 1024w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/090223-F-0304D-003-300x159.jpg 300w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/090223-F-0304D-003-768x407.jpg 768w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/090223-F-0304D-003-1536x814.jpg 1536w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/090223-F-0304D-003-2048x1085.jpg 2048w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" />
        <div class="caption">
            <span>Des dizaines d’avions, principalement des bombardiers, bordent le tarmac de la base de l’Aviation royale canadienne à Gander, Terre-Neuve, en 1944. &#8211; U.S. Air Force/090223-F-0304D-003</span>
            
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<p class="p1"><span class="s1">Négligée et étiquetée « fardeau » lors de la création de la Confédération, en 1867 (les Terre-Neuviens ne voulaient pas non plus du Canada), l’ile était alors considérée comme un « intérêt canadien essentiel » et une partie importante de « l’orbite canadienne ». En septembre 1939, le premier ministre Mackenzie King fit valoir que non seulement la défense de Terre-Neuve était « essentielle à la sécurité du Canada », mais que garantir l’intégrité de la colonie contribuerait de fait à l’effort de guerre de la Grande-Bretagne.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ottawa, cependant, n’agit que lorsque l’Allemagne nazie envahit la France et que les soldats britanniques furent chassés des plages de Dunkerque. C’est là que fut envoyé à Terre-Neuve un bataillon du Black Watch of Canada pour protéger la base d’hydravions de Botwood et l’aérodrome de Gander, où furent aussi stationnés cinq bombardiers Douglas Digby de la 10<sup>e</sup> Escadrille de l’Aviation royale du Canada et leurs équipages.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Peu après, des entrepreneurs canadiens se mirent à construire Camp Lester, en périphérie de St. John’s. Le brigadier Philip Earnshaw, récemment nommé commandant des Forces militaires combinées de Terre-Neuve et du Canada, y arriva en novembre.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Fin 1940, près de 800 soldats canadiens étaient postés dans la capitale terre-neuvienne et ses environs afin de repousser de potentielles attaques des Allemands.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les soldats canadiens protè-geraient également Lewisporte (considérée comme un point d’insertion probable de l’ennemi), Rigolet et la base aérienne de Goose Bay (le plus grand aéroport du monde en 1943). Ils se servaient également d’installations </span><span class="s1">d’artillerie et de radar le long des côtes de l’ile et du continent.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La Marine royale canadienne arriva à Terre-Neuve et mit en place un service d’examen naval pour contrôler la navigation entrant au port de St. John’s.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Les Britanniques</b> étaient cruellement à court de contretorpilleurs pour escorter les convois, car ils avaient perdu un nombre important de bâtiments lors de la campagne norvégienne qui avait échoué l’hiver précédent, de l’évacuation à Dunkerque en mai et au début de la bataille d’Angleterre lorsque la Luftwaffe attaquait les navires dans la Manche.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le premier ministre Winston Churchill demanda « quarante ou cinquante de [ses] anciens contretorpilleurs » au président américain Franklin D. Roosevelt en mai 1940 pour prendre la relève jusqu’à ce que de nouvelles cons-tructions remplacent les pertes.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Roosevelt y était favorable. Toutefois, l’attaque des Japonais sur la base américaine de Pearl Harbor n’aurait lieu que plus de 18 mois </span><span class="s1">plus tard, et les États-Unis étaient officiellement neutres. Un simple transfert enfreindrait le code international et exacerberait le sentiment isolationniste aux États-Unis.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Comme solution, Churchill proposa que la Grande-Bretagne, en signe d’amitié, loue aux Américains des sites de base sur le territoire britannique dans l’hémisphère occidental, et que Washington lui rende la pareille pour les contretorpilleurs.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Malheureusement, une telle solution était un peu trop subtile pour les décideurs américains qui préféraient un échange plus direct et documenté, a écrit Collins. Cela soulevait des difficultés pour les Britanniques, car un échange direct d’actifs pourrait aliéner les territoires concernés et contrarier de nombreux habitants du Royaume-Uni. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">En fin de compte, un compromis permit de donner aux Britanniques ce qu’ils voulaient et aux Américains un accord commercial. Des baux furent conclus « librement et sans contrepartie » à Terre-Neuve et aux Bermudes, tandis </span>que des installations similaires <span class="s1">furent échangées en Jamaïque, à </span>Trinité, en Guyane britannique, à Sainte-Lucie et à Antigua contre les 50 contretorpilleurs.</p>
<p class="p1"><span class="s2">Les États-Unis mettraient ensuite sur pied des installations à Terre-Neuve, à St. John’s (Fort Pepperell, Camp Alexander), à Argentia (Argentia Naval-Air Station, Fort McAndrew), à Gander, à Stephenville (Harmon Air Force Base, Camp Morris) et à Goose Bay.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Il y avait également de nombreux sites d’artillerie et radar accordés autour de l’ile. À la fin de la guerre, des dizaines de milliers de militaires américains étaient stationnés à Terre-Neuve-et-Labrador, et des centaines de milliers de militaires et de passagers américains étaient </span>passés par les diverses installations américaines de la colonie.</p>
<p class="p1">En été 1942, a rapporté Collins, les Canadiens transformèrent<br />
St. John’s en un port bien défendu et une base d’attache pour les cinq corvettes, deux dragueurs de mines et quatre patrouilleurs Fairmile de la force de défense de Terre-Neuve.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le personnel naval du vapeur Miss Kelvin pose avec une mine récupérée à St. John’s, Terre-Neuve, en juillet 1942. &#8211; MDN/BAC/PA-161614</span>
            
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<p class="p1"><b>Il abritait également</b> la Force d’escorte de Terre-Neuve, rebaptisée Force d’escorte de haute mer : environ 70 navires de guerre protégeant les convois transatlantiques qui transportaient du personnel et du matériel aux fronts de la guerre. Des escortes britanniques quittant la base navale américaine d’Argentia, sur la côte sud de Terre-Neuve, y seraient aussi incluses.</p>
<p class="p2">Deux corvettes canadiennes, la <i>Chambly et la Moose Jaw</i>, inscrivirent le premier U-boot coulé par la force, l’<i>U-501</i>, au large de la côte sud-est du Groenland, en septembre 1941. C’est au cours de cette action que la <i>Moose Jaw</i>, mise en service peu avant, percuta le sous-marin endommagé et mit ainsi fin à la première et dernière patrouille de guerre du sous-marin allemand (11 des 48 membres d’équipage périrent).</p>
<p class="p2">Près de Torbay, à l’extérieur de St. John’s, l’ARC avait commencé à construire une base aérienne qui allait devenir le principal aéroport de la province après la guerre. Des aéronefs militaires canadiens protégeaient la ville et les mines de fer de l’ile Bell, et patrouillaient dans les voies maritimes des convois à l’est de Terre-Neuve.</p>
<p class="p1">L’état-major du groupe de l’ARC établit son quartier général à côté de celui de la marine à l’hôtel Newfoundland de St. John’s. La base aérienne de l’ARC à Torbay avait deux pistes quand elle fut implantée en octobre 1941; quatre bombardiers Hudson arrivèrent de la Nouvelle-Écosse en novembre.</p>
<p class="p1">Le trafic de passagers entre le Canada et Terre-Neuve et le chemin de fer surnommé « Newfie Bullet » (balle terre-neuvienne, NDT) étaient si encombrés qu’en février 1942, la commission gouvernementale approuva un service régulier des Lignes aérien-nes Trans-Canada à destination et en provenance du Canada.</p>
<p class="p1">L’ARC aménagea d’autres installations à Gander et à Goose Bay et se servit des deux aérodromes américains de l’ile. Le personnel de <span class="s1">l’ARC utilisa également un nombre croissant de stations de radar et un système d’alerte précoce.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">En 1943, quelque 5 000 membres de la marine canadienne étaient stationnés à St. John’s. Des milliers d’autres se trouvaient à la caserne navale de Buckmasters Field, aux abords de la ville. D’autres allaient être hébergés dans de nouvelles installations à Harbour Grace, à Bay Bulls, à Botwood, à Corner Brook et à Red Bay, ainsi qu’à Goose Bay, au Labrador.</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">« Cette injection de liquidités dans l’économie de </span><span class="s2">Terre-Neuve</span><span class="s1"> eut un impact énorme, directement ou indirectement, sur la population de </span><span class="s2">Terre-Neuve</span><span class="s1">. »</span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1"><b>« L’impact le plus étonnant </b>de toute cette activité militaire fut économique, a déclaré Collins. En automne 1943 (année de pointe de la construction), plus de 20 000 Terre-Neuviens furent employés à la construction des diverses installations.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">“Au cours des années de guerre, les États-Unis investirent 114 000 000 $ (USD) dans leurs installations à Terre-Neuve, et les Canadiens, 65 000 000 $ (CAN). En outre, le nombre de militaires passa à plus de 29 000 (13 000 étasuniens, 16 000 canadiens) en 1943, qui tous achetaient des biens et des services sur place.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">“Cette injection de liquidités dans l’économie de Terre-Neuve eut un impact énorme, directement ou indirectement, sur la population de Terre-Neuve. »</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">En 1939, poursuivait Collins, près de 50 000 Terre-Neuviens </span>recevaient de l’aide du gouvernement; en 1942, pour la <span class="s1">première fois depuis la création de la Commission du gouvernement en 1934, le chômage était « pratiquement éliminé ».</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Des dizaines de milliers de Terre-Neuviens travaillaient dans la construction, le soutien et l’approvisionnement des bases. Alors que les Américains avaient tendance à expédier les provisions pour leurs bases directement des États-Unis, les Canadiens s’approvisionnaient localement.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Le cout de la vie augmenta considérablement pendant les années de guerre. Bien que la Commission du gouvernement ait essayé de contrôler les salaires et les prix, les employeurs locaux étaient toujours obligés d’égaler les salaires payés par les militaires pour ne pas perdre leurs employés.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">« Alors qu’avant la guerre, seule l’élite marchande, professionnelle, politique et bureaucratique de la colonie pouvait se permettre un niveau de vie comparable à celui des États-Unis et du Canada, en 1942, la plupart des résidents de Terre-Neuve goutaient eux aussi aux avantages de l’économie en plein essor. »</span></p>
<p class="p2">Les recettes publiques, provenant principalement des taxes de douane et d’accises, augmentèrent également considérablement pendant les années de guerre. En 1939, <span class="s1">on prévoyait un déficit de 4 millions</span> de dollars (84,6 millions en dollars canadiens de 2025). L’exercice 1940-1941 se solda par un excé-dent de 796 531 $ (15,3 M) sur des revenus de 16,3 M.</p>
<p class="p2">En 1941-1942, la commission enregistra un excédent de 7,2 millions de dollars (environ 131,8 millions de dollars de 2025) sur des revenus de 23,3 millions; en 1942-1943, elle enregistra un excédent de 3,7 millions de dollars (66,3 M) sur des revenus de 19,5 M; en 1943-1944, elle enregistra un excédent de 6,4 millions de dollars (113,9 M) sur des revenus de 28,6 M; et au cours du dernier exercice financier de la guerre, elle enregistra un excédent de 7 millions de dollars (123,8 M) sur des revenus de 33,3 M.</p>
<p class="p1"><span class="s1">À la fin de la guerre, le gouvernement de Terre-Neuve avait un excédent budgétaire cumulatif d’à peu près 29 millions de dollars (environ 512 millions de dollars de 2025).</span></p>
<p class="p3"><b>Le 8 mai 1945</b> à 10 h 30, la sirène au sommet de l’hôtel Newfoundland retentit comme tous les jeudis matin depuis 1939, rappelant aux citoyens qu’ils étaient en guerre. En ce mardi joyeux, cependant, elle marquait la fin du plus grand conflit que le monde eut jamais connu.</p>
<p class="p1">Dans les maisons de la ville, dans les avant-ports côtiers et dans les avant-postes du Labrador, les familles, le personnel de service et d’autres personnes se rassemblèrent autour des radios pour écouter Aubrey MacDonald de la Broadcasting Corporation of Newfoundland, qui tenait un microphone par la fenêtre de son studio au dernier étage de l’hôtel Newfoundland. Les rues de la ville étaient pleines de gens en liesse.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le personnel passe le temps à la station de l’Aviation royale canadienne Gander, T.-N., vers 1945. &#8211; MCG/197660597-013</span>
            
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<p class="p1"><span class="s1">« On entend les réjouissances, les réjouissances sans relâche des citoyens de St. John’s qui ont suivi spontanément la grande annonce </span>faite par le premier ministre, <span class="s2">M. Winston Churchill, que la guerre</span><span class="s1"> en Europe s’est conclue par la victoire des Alliés », déclara-t-il.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Écoutez les sifflets, les vapeurs, </span>les cloches d’église, alors que nos collectivités les accueillent avec allégresse. La ville s’est parée de fanions. Les drapeaux flottent. Et à l’instant, nos citoyens expriment leurs sentiments longtemps refoulés dans un torrent d’émotions joyeuses.</p>
<p class="p1"><span class="s1">La guerre en Europe est terminée! »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Et il en allait de même, dans une large mesure, pour l’époque de l’économie défaillante et de la faim pour la population de Terre-Neuve.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les revenus de son boum du temps de la guerre avaient permis à la commission de faire des investissements importants dans l’édu-cation, les infrastructures, les soins de santé, les pensions pour les anciens combattants handicapés et pour leurs familles, et même des prêts et des cadeaux à la Grande-Bretagne.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La colonie hérita également de vastes quantités de biens et d’infrastructures militaires. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Rien qu’à St. John’s, il y avait notamment deux hôpitaux, des quartiers généraux de la MRC et de l’ARC, un complexe de casernes navales, un centre d’entrainement tactique et de nombreuses autres propriétés de la région.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La base aérienne de l’ARC à Torbay finit par devenir l’aéroport international de St. John’s.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Le port de St. John’s aussi avait été transformé. La MRC avait mis les points d’amarre du côté sud du port, ce que Collins a décrit comme « un enchevêtrement de quais et d’épis de quais délabrés », aux normes navales : dans la plupart des cas, elle avait amélioré les biens-fonds des propriétaires au moyen de pavage, de clôtures, de voies d’accès, etc. La marine avait fait construire de nouvelles installations, telles que le chantier naval HMC, désormais le terminal maritime du port de St. John’s, et un parc de réservoirs de carburant qui fut vendu à Imperial Oil en 1946.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Trois hôpitaux – à Gander, à Botwood et à Lewisporte – furent </span>ajoutés au système de soins de santé. Un quatrième, l’U.S. Memorial Hospital, cadeau du gouvernement américain aux habitants de St. Lawrence et de <span class="s1">Lawn en remerciement des secours et des soins qu’ils avaient prodigués </span><span class="s1">aux survivants de la catastrophe de février 1942 où deux navires de la marine américaine, le <i>Pollux </i>et le <i>Truxtun</i>, avaient heurté des rochers lors d’une tempête, fut officiellement ouvert à St. Lawrence le jour du 10<sup>e</sup> anniversaire du jour J.</span></p>
<p class="p1">Des centaines de kilomètres de routes avaient été construits pendant la guerre. Le système ferroviaire de Terre-Neuve s’était développé grâce à la construction de nouvelles lignes de chemin de <span class="s1">fer et à l’apport de matériel roulant. Des systèmes de communication modernes avaient été installés et les anciens, renforcés, des balises de navigation avaient été perfectionnées et la navigation à longue portée (LORAN) avait été ajoutée.</span></p>
<p class="p1">Au cours des décennies <span class="s1">sui-vantes, les Américains – et dans une moindre mesure les Canadiens – ont fermé des installations à<br />
St. John’s, à Argentia, à Botwood, à Lewisporte, à Gander, à Stephenville et à Goose Bay, cé-<br />
dant les titres aux gouvernements fédéral, provincial ou municipaux.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Collins dit que</b> l’impact social de « l’invasion amicale » de la guerre fut également substantiel.</span></p>
<p class="p1">« Vu l’arrivée de milliers de jeunes hommes dans des communautés partout à Terre-Neuve, de nombreux loin de chez eux pour la première fois, l’interaction sociale entre les sexes était inévitable », a-t-il écrit.</p>
<p class="p1"><span class="s1">« Des dizaines de femmes de la place assistaient à diverses activités à la fois dans les bases elles-mêmes […] et dans les installations de divertissement et les auberges locales qui avaient vu le jour à St. John’s et dans les autres agglomérations de l’ile. »</span></p>
<p class="p1">Le nombre de mariages, de grossesses et de maladies sexuellement transmissibles a <span class="s1">considérablement augmenté, au point où les autorités américaines sont intervenues en interdisant les mariages locaux, condamnant </span>même de jeunes gens éperdus d’amour à des peines de prison.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Des danseurs célèbrent le jour de la victoire en Europe à bord du NCSM Burlington à St. John’s, Terre-Neuve. &#8211; Crow’s Nest Military Artifacts Association</span>
            
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<p class="p1">« Les Canadiens, bien que n’encourageant pas de telles unions, ne les interdisaient pas non plus, et il était rare que <span class="s1">l’<i>Evening Telegram</i> de St. John’s n’annonce pas de fiançailles ou de mariage entre “une fille locale” et un militaire en visite. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">À la fin, les habitants avaient tendance à rejoindre leurs conjoints au Canada ou aux États-Unis. Certains </span>allaient retourner à Terre-Neuve où ils élèveraient leurs enfants.</p>
<p class="p1">L’invasion amicale avait changé Terre-Neuve et ses habitants, qui à leur tour, avaient changé les « envahisseurs », dont beaucoup n’avaient jamais quitté leur village ou leur ville.</p>
<p class="p1"><span class="s1">La colonie n’a jamais repris son état de dominion. En 1948, craignant que les États-Unis ne tentent de s’approprier ce qui était maintenant reconnu comme une partie stratégique du territoire nord-américain, la Grande-Bretagne et le Canada conspirèrent pour omettre l’option américaine de deux référendums sur l’avenir de la colonie.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Avec Joey Smallwood à la barre, la confédération avec le Canada éclipsa la domination britannique et l’indépendance pure et simple dans un résultat dont la légitimité est encore débattue dans certains milieux. Terre-Neuve rejoignit la Confédération le 31 mars 1949.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Pendant des années, elle a été considérée comme une province « démunie », éleveuse de travailleurs du pétrole pour l’Alberta et bénéficiaire de milliards de dollars en paiements de péréquation provenant des autres membres plus riches de sa fratrie. Ou du moins jusqu’à ce que le pétrole et le gaz extracôtiers transforment la pro-vince de Terre-Neuve-et-Labrador en payeuse entre 2008 et 2024.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Dans le monde de plus en plus instable d’aujourd’hui, l’importance </span>stratégique de la province, située à l’intersection des approches arctique et orientale du continent, ne peut être surestimée.</p>
<p class="p1">La valeur de son peuple qui, en 75 ans, a changé le Canada ne le peut pas non plus.</p>
<p class="p1"><span class="s1">« Parmi les Canadiens anglais, du moins », a écrit l’auteure et historienne Gwynne Dyer, Terre-Neuvienne de souche, dans un rapport de la commission royale de 2003 sur la place de la province au Canada, « les Terre-Neuviens en sont venus à être considérés comme une race d’êtres humains légèrement </span>différente qui améliore l’intérêt et la valeur du mélange canadien.</p>
<p class="p1">« Il y a une perception évidente parmi les Canadiens urbains en particulier que l’endroit et ses habitants sont en quelque sorte spéciaux. Si vous leur demandiez ce que cela signifie vraiment, ils répondraient en utilisant des mots comme “authentique”, mais aussi comme “éloquents”, que ce ne sont pas des idiots ruraux pittoresques, mais des gens dont les idées et les valeurs ont de la substance et qui savent comment les exprimer.</p>
<p class="p1">« Si votre possession la plus importante est votre réputation, alors les Terre-Neuviens ne se sont pas mal comportés au cours du dernier demi-siècle – ou du moins, nous avons bien réussi à détourner l’attention de ce que nous avons fait de mal. »</p>
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            <span>Des navires marchands alliés dans le port décorés de drapeaux marquent la fin de la guerre en Europe. &#8211; MCG/19840030-100</span>
            
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			</item>
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		<title>La Guerre de Corée</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/la-guerre-de-coree/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 13:05:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Sil’on demande aux vétérans de la guerre de Corée quels sont leurs souvenirs les plus vivaces de leur présence près du 38e parallèle, ils ne vous parleront probablement pas de la topographie, ni de la chaleur étouffante ou du froid mordant. Demandez aux 1 500 hommes du 3e Bataillon du Royal Australian Regiment (3 RAR) ou à ceux [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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            <span>Des hommes du 2 PPCLI effectuent une patrouille le 11 mars 1951. &#8211; Bill Olson/BAC/SF-840</span>
            
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<p class="p1"><b>Sil’on demande</b> aux vétérans de la guerre de Corée quels sont leurs souvenirs les plus vivaces de leur présence près du 38<sup>e</sup> parallèle, ils<br />
<span class="s1">ne vous parleront probablement pas</span><br />
de la topographie, ni de la chaleur étouffante ou du froid mordant.</p>
<p class="p2">Demandez aux 1 500 hommes du 3<sup>e</sup> Bataillon du Royal Australian Regiment (3 RAR) ou à ceux du 2<sup>e</sup> Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2 PPCLI) ce dont ils se souviennent le plus, et ceux qui sont <span class="s1">encore en vie évoqueront surement </span>les sommets surplombant la pittoresque vallée de la Kapyong.</p>
<p class="p2">C’est là, sur la route de Séoul, que la 118<sup>e</sup> Division de l’Armée des volontaires du peuple chinois lança le principal élément de son offensive du printemps en avril 1951.</p>
<p class="p2">Les Canadiens et les Australiens étaient à la pointe de la lance de défense, prêts à supporter les trois jours d’assaut des soldats chinois, qui furent jusqu’à 20 000. Aujourd’hui, la bataille est géné-ralement considérée comme l’affrontement le plus important mené par l’une ou l’autre des armées alliées en Corée, et la bataille la plus célèbre du Canada après la Seconde Guerre mondiale.</p>
<p class="p1">Les pertes chinoises allaient croissant sous les implacables frappes d’artillerie ordonnées par le général américain Matthew B. Ridgway, nouvellement nommé commandant suprême allié de la péninsule.</p>
<p class="p1">La dynamique de la guerre était en train de s’inverser, et Kapyong fut le moment charnière de ce retournement.</p>
<p class="p1">Les troupes sud-coréennes établissaient leurs positions à l’extrémité nord de la vallée de la Kapyong lorsque, le 22 avril à 17 h, les 118<sup>e</sup> et 60<sup>e</sup> divisions de l’Armée des volontaires du peuple chinois se lancèrent à l’attaque.</p>
<p class="p1">Vu la pression exercée sur tout le front, les Sud-Coréens cédèrent rapidement le terrain. Ils s’enfuirent au sud en abandonnant leur matériel dans les montagnes.</p>
<p class="p1">À 23 h, le commandant sud-coréen avait perdu toute communication avec ses unités. Le lendemain, à 4 h, les troupes néo-zélandaises de soutien furent retirées, renvoyées ensuite au front, puis retirées à nouveau au crépuscule. Les défenses des Sud-Coréens s’étaient effondrées et, en s’en allant, ils avaient annoncé l’arrivée des Chinois aux Canadiens.</p>
<p class="p1">« C’est alors que, vers le milieu de l’après-midi, la rumeur de l’effondrement du front a pris un sens », écrivit le capitaine Owen R. Browne, commandant de la compagnie « A », dans le journal régimentaire du 2 PPCLI.</p>
<p class="p1">« Depuis mon arrivée jusqu’à ce moment-là, la vallée principale de la Kapyong et la vallée latérale qui traversait le front avaient été vides. Et soudain, en longeant la vallée latérale, vinrent des hordes d’hommes qui couraient, qui marchaient, entrecoupées de véhicules militaires, le tout dans le plus grand désordre. Il s’agissait d’éléments de la 6<sup>e</sup> Division de la République de Corée, qui était censée combattre les Chinois à dix milles devant. Mais, ils ne combattaient pas les Chinois. Ils fuyaient!</p>
<p class="p1">« C’est une déroute que je voyais, continua Browne. La vallée était remplie d’hommes. Certains quittaient la route et s’enfuyaient par-delà les bords avancés des positions de la compagnie “A”. Certains se tuaient sur les différents pièges que nous avions posés, et cet élément des défenses qui y avait été disposé a perdu toute son utilité […].</p>
<p class="p1">Nous avons alors compris que nous n’étions plus à 10-12 milles derrière la ligne : nous étions en première ligne. »</p>
<p class="p3"><b>Quelque 40 millions de</b> personnes sont mortes pendant la Première Guerre mondiale; au moins 70 millions pendant la Seconde. Au moment où les forces nord-coréennes soutenues par les Soviétiques franchirent le 38<sup>e</sup> parallèle en Corée du Sud, le 25 juin 1950, les gens ne voulaient plus entendre parler de guerre.</p>
<p class="p1">Et donc, lorsqu’une coalition des Nations Unies dirigée par les États-Unis intervint dans la péninsule coréenne, le président Harry S. Truman et le premier ministre Louis St-Laurent<br />
qualifièrent cela d’« action policière », d’« intervention ».</p>
<p class="p1">Ces termes ne convenaient pas à ceux qui s’y trouvaient.</p>
<p class="p1">« Cinq-cent-seize militaires<br />
[canadiens] sont morts là-bas, nous rappelle George Guertin, à l’époque opérateur radio à bord du NCSM <i>Huron</i>.</p>
<p class="p1">Je n’appelle pas cela une <span class="s1">“action policière”. Juste une vilaine </span>petite guerre. »</p>
<p class="p1">En fait, il n’y eut jamais de déclaration de guerre, et pendant une quarantaine d’années, les événements dans la péninsule coréenne furent officiellement appelés le « conflit coréen ». Il y avait certes la guerre froide, mais que Dieu nous préserve, pas de guerre ouverte.</p>
<p class="p1"><span class="s1">Pour la plupart des gens, sauf ceux qui y ont combattu, la guerre de Corée était « la guerre oubliée ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Au Canada, les combattants ne furent officiellement reconnus comme anciens combattants qu’à la fin des années 1980, lorsqu’Ottawa décida que la guerre avait en fait été une guerre. Et ce n’est qu’en 1991 que d’anciens combattants reçurent des médailles de service de la guerre de Corée.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Sept ans plus tard, aux États-Unis, pays qui avait fourni la majeure partie des ressources à l’effort de guerre, le président Bill Clinton signa la loi publique 105-261, dont la section 1 067 déclarait que le « conflit coréen » s’appellerait désormais la « guerre de Corée ».</span></p>
<p class="p1">De la simple sémantique? Non. Le changement eut une incidence dans tous les pays de la coalition qui constituaient la force de l’ONU en Corée. Des répercussions se firent sentir sur des choses telles que les pensions et l’indemnisation des anciens combattants, dont celles des 26 791 Canadiens qui y servirent.</p>
<p class="p1">Des groupes, tels que l’Association canadienne des anciens combattants de la guerre de Corée, qui ne fut formée que dans les années 1980, redoublèrent d’efforts pour leur obtenir le soutien dont ils avaient besoin, et qu’ils méritaient. Son nombre diminuant, le groupe s’est dissout en 2021 et a été remplacé par la Korean War Veterans Association of Canada (Association des vétérans de la guerre de Corée du Canada, NDT), plus centralisée et plus descriptive.</p>
<p class="p1">La reconnaissance a profondément affecté beaucoup de ceux qui avaient longtemps estimé que leur service avait été pris pour acquis, même si il avait été reconnu. Si les vétérans de la guerre du Vietnam allaient recevoir un accueil hostile dans l’Amérique antiguerre des années 1960 et du début des années 1970, pratiquement personne n’avait accueilli les vétérans de la guerre de Corée dans les années 1950.</p>
<p class="p1">Les vétérans de la Corée endurèrent une hostilité latente : les organisations d’anciens combat-<br />
ants refusaient de reconnaitre leur service, résistaient à l’ajout de la guerre de Corée sur les cénotaphes, et minimisaient généralement leurs contributions, tout en négligeant le fait qu’environ 16 % de ceux qui avaient servi en Corée avaient également servi lors de la Seconde Guerre mondiale. Ils savaient ce que c’était que la guerre, et ce qui s’était passé à la péninsule coréenne entre le 25 juin 1950 et le 27 juillet 1953 constituait, selon tous les récits faits à la première personne, une guerre.</p>
<p class="p3"><b>Et les membres</b> du Patricia étaient décidément en plein dedans.</p>
<p class="p1">Devant la perspective déconcertante qu’une force supérieure se rapprochait d’eux rapidement et avec des soldats sud-coréens qui continuaient à affluer en passant près d’eux, les Canadiens se mirent à creuser des tranchées et à prendre position sur la côte 677 et le long de la crête de 1,5 kilomètre qui y est reliée.</p>
<p class="p1">Ils étaient du côté ouest de la rivière Kapyong. Les Australiens se trouvaient en haut de la côte 504, de l’autre côté de la 677, où ils étaient retranchés et prêts à se battre.</p>
<p class="p1">Le 16<sup>e</sup> Régiment d’artillerie de campagne de la Nouvelle-Zélande servait d’appui, avec des fantassins du 1<sup>er</sup> Bataillon du Middlesex Regiment britannique, situés aux arrières avec trois pelotons du 72<sup>e</sup> Bataillon de chars lourds des États-Unis (15 chars) le long de la route principale qui coupait la vallée.</p>
<p class="p1">« Pas de retraite, pas de reddition », dit à ses hommes le colonel James Riley Stone, d’origine britannique, qui commandait le Patricia.</p>
<p class="p1">Les Chinois frappèrent la 504 d’abord, engageant le combat contre les Australiens du 3 RAR, infiltrant la position de la brigade, puis tombant sur le front canadien.</p>
<p class="p1">« Ils sont silencieux comme des souris grâce à leurs chaussures en caoutchouc, et puis il y a un coup de sifflet, déclara le sergent Roy Ulmer de Castor, en Alberta. Ils se lèvent en criant à environ 10 pieds de nos positions et se ruent vers nous. »</p>
<p class="p1">Des vagues de soldats chinois multiplièrent les attaques pendant toute la nuit du 23 au 24 avril. La 118<sup>e</sup> Division chinoise au complet affrontait les Australiens et les Canadiens. La bataille incessante dura toute la journée du 24 avril.</p>
<p class="p1">« Les Chinois ont utilisé toutes leurs procédures de combat fami-lières dans l’attaque – sifflets, clairons, cris de “banzaï”; une action concertée sur les ordres de leurs commandants et des assauts massifs se sont succédé rapidement, a rapporté Bill Boss de La Presse Canadienne. On ne le savait que grâce à la description des soldats des Nations Unies qui, jusqu’alors, avaient mené principalement une guerre de mouvement contre une résistance symbolique.</p>
<p class="p1">« Là, c’était la triste réalité. »</p>
<p class="p1">Sur les deux fronts, le combat tourna à la mêlée au corps à corps avec des charges à la baïonnette.</p>
<p class="p1">« La première vague lance ses grenades, tire des coups de feu et se jette par terre, nous expliqua Ulmer qui avait été sergent-major de compagnie dans le Loyal Edmonton Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale.</p>
<p class="p1">« Elle est suivie d’une deuxième qui fait la même chose, et puis une troisième surgit. Où ils disparaissent, je ne sais pas. Mais, ils conti-nuent d’affluer. »</p>
<p class="p1">Les Australiens, risquant de se faire encercler, reçurent l’ordre de se replier, en bon ordre, vers de nouvelles positions sur la fin du 24.</p>
<p class="p1">Les hommes du Patricia étaient encerclés eux aussi. « Mais, ils ont tenu », écrivit Boss.</p>
<p class="p1"><span class="s1">Le capitaine John Graham Wallace (surnommé Wally) Mills de Hartley, au Manitoba, vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui prenait part à son premier combat en tant que commandant de la compa-gnie « D », ordonna à ses hommes de descendre dans les tranchées de tir. L’unité dirigea des tirs d’artillerie et de mortier sur sa propre position à plusieurs reprises, au petit matin du 25 avril, pour éviter d’être envahie.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>« Des canons et </b>des mortiers ont lancé un feu d’enfer sur cette côte entre 2 h et 6 h », écrivit Boss. Il manque dans son texte de la journée des détails, tels que le bataillon et </span>la compagnie, car il fut caviardé.</p>
<p class="p1">« Des torrents de fragments de métal chaud ont décimé les rangs chinois », est-il dit dans un texte du Loyal Edmonton Regiment Military Museum.</p>
<p class="p1">Les Chinois pilonnèrent la position d’Ulmer jusqu’à 4 h. À ce moment-là, le peloton de devant <span class="s1">avait presque épuisé ses munitions.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Le sergent a lancé son fusil à baïonnette comme une lance sur son ennemi, rapporta Boss. Alors que deux artilleurs se levaient, les armes à la hanche, pour fournir un feu de couverture, le reste se repliait, mais à 50 mètres seulement. Là, la compagnie poursuivit le combat, se partageant les munitions qu’il leur </span>restait et tenant bon jusqu’à ce que la pression de l’ennemi se relâche.</p>
<p class="p1">« J’ai compté 17 morts chinois à quelques pouces et pieds de ces soldats aujourd’hui, et environ 50 tombes d’ennemis enterrés pendant la bataille. Il y a eu un nombre incalculable de morts ennemis où une attaque prévue à l’arrière et au flanc a été contrecarrée.</p>
<p class="p1">« Une autre compagnie s’est battue au corps à corps contre des vagues de soldats chinois. Cette compagnie a tiré sur l’ennemi et  lui a lancé des grenades jusqu’à épuisement des munitions. »</p>
<p class="p1">Au lever du soleil, le 2 PPCLI, coupé du reste des forces de l’ONU, tenait toujours la côte 677. Les Chinois s’étaient retirés. Dix soldats canadiens avaient été tués et 23, blessés.</p>
<p class="p1">Les Australiens déploraient 32 morts, 59 blessés et trois prisonniers. Pour la Nouvelle-Zélande, on comptait deux morts et cinq blessés. Les pertes des Chinois <span class="s1">furent évaluées entre 1 000 et 5 000 morts, et beaucoup plus de blessés.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ce matin-là, des avions de transport américains larguèrent de la nourriture, de l’eau et des munitions aux membres épuisés du Patricia.</span></p>
<p class="p1">« Les guerriers montagnards des Nations Unies ont gagné leurs épaulettes aujourd’hui, tenant leur front et refusant de bouger même s’ils étaient débordés et encerclés, écrivit Bill Boss au début du<span class="s1"> compte-rendu de service du 25 avril </span>sur la bataille, dans le secteur centre-ouest de la Corée. C’était <span class="s1">une bataille acharnée où des vagues après vagues de communistes chinois ont tout fait pour les chasser de leurs positions, mais en vain. »</span></p>
<p class="p1">Cinq soldats du Patricia reçurent des médailles de bravoure, et 11 furent cités à l’ordre du jour pour leurs actes à Kapyong. Le capitaine Mills, le commandant de l’unité qui avait demandé un feu d’artillerie sur sa propre position, se verrait décerner la Croix militaire pour ses actes.</p>
<p class="p1">C’était bien la guerre.</p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Malgré le changement </b>tardif au pays quarante ans plus tard, la reconnaissance que les Canadiens accordent aux vétérans de la guerre de Corée n’est qu’une pâle comparaison de la gratitude que le peuple et le gouvernement de la Corée du Sud ont manifestée et des gestes qu’ils ont faits à leur intention. Les Coréens leur ont décerné des médailles, fait bon accueil lors de leurs pèlerinages et organisé des fêtes annuelles en leur honneur.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les représentants sud-coréens ne manquent pas de déposer des couronnes au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa pour marquer le jour du Souvenir et les anniversaires associés à la guerre et à l’armistice. Les présidents sud-coréens en visite prennent le temps de présenter leurs hommages en déposant des couronnes, quelle que soit la saison. Le président Yoon Suk Yeol l’a fait en septembre 2022.</span></p>
<p class="p1">Quelque 2,5 millions de Coréens trouvèrent la mort, furent blessés ou disparurent pendant la guerre de trois ans, et 10 millions de familles, soit un tiers de la population, furent séparées. Les industries et les infrastructures furent détruites des deux côtés.</p>
<p class="p1">Quand la guerre prit fin, Séoul avait changé de main quatre fois. Il ne restait que des ruines de la ville tentaculaire.</p>
<p class="p1">La Corée du Sud avait perdu 17 000 entreprises et usines, 4 000 écoles et 600 000 foyers. Le produit national brut avait diminué de 14 %, et les dommages matériels étaient estimés à 2 milliards de dollars américains.</p>
<p class="p1">Avec son armée de l’air pratiquement anéantie, la Corée du <span class="s1">Nord avait subi le plus gros des com</span><span class="s2">bats après septembre 1950. L’US Air Force avait largué plus de 350 000 tonnes de bombes conventionnelles et près de 30 000 tonnes de napalm sur les villes nord-coréennes, et elle avait tiré 313 600 roquettes et </span><span class="s1"><br />
167 millions de balles de mitrailleuse.</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Le dirigeant nord-coréen, Kim Il Sung, déclara que l’économie </span>du pays avait été détruite. Il avait perdu 8 700 usines, 367 000 hectares de terres agricoles, 600 000 maisons, 5 000 écoles, 1 000 hôpitaux et 260 théâtres.</p>
<p class="p1">Selon l’historien James Hoare, le revenu national du Nord en 1953 n’était que de 69,4 % de celui de 1950; la production d’électricité avait été réduite à 17,2 % de celle de 1949, tandis que celle du charbon avait baissé à 17,7 %.</p>
<blockquote>
<p class="p1"><b>« Les guerriers montagnards des nations Unies ont gagné leurs épaulettes aujourd’hui, </b><span class="s1"><b>tenant leur front et refusant de bouger </b></span><b>même s’ils étaient débordés et encerclés. »</b></p>
</blockquote>
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            <span>Vernon Burke du 2 PPCLI vérifie des tranchées chinoise. &#8211; Bill Olson/BAC/SF-1289</span>
            
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        <div class="caption">
            <span>Le colonel James Riley Stone, commandant du 2 PPCLI, mange des haricots froids tout en dirigeant l’action depuis son poste de commandement tactique. &#8211; Bill Olson/BAC/SF-820</span>
            
        <div class="credit">
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    </div>
<p class="p1"><span class="s1">« Un nombre immense d’hommes valides avaient été tués ou avaient fui vers le Sud, écrivit Hoare. Ainsi, </span>à part la fin des combats, les deux parties n’avaient rien à marquer ni à célébrer en été 1953. »</p>
<p class="p1">Quel « conflit ».</p>
<p class="p1"><span class="s1">Pourtant, pour la Corée du Sud au moins, la fin de la guerre marqua le début progressif d’une nouvelle ère. Le pays allait se reconstruire et dépasser de loin tout ce qu’il avait connu ou aurait pu espérer auparavant en matière de développement et de prospérité. C’est maintenant un phénomène culturel et un géant de la technologie, et Séoul est un joyau de l’Asie du Sud-Est.</span></p>
<p class="p1"><b>« Le pays </b>est passé d’une nation <span class="s1">déchirée et appauvrie par la guerre à une puissance industrielle mondiale </span>en seulement deux générations », a écrit Chung Min Lee en novembre <span class="s1">2022 dans un essai pour la Carnegie Endowment for International Peace.</span></p>
<p class="p2">« Avant cette tournure des événements, personne n’aurait pu s’imaginer que des acteurs sud-coréens gagneraient un Oscar et un Emmy ou que la K-pop atteindrait un public mondial.</p>
<p class="p2">« Un pays qui comptait sur l’aide américaine jusqu’aux années 1960 investit mainte-nant des dizaines de milliards de dollars aux États-Unis pour la construction de véhicules élec<span class="s1">triques, d’accumulateurs de nouvelle génération et de semiconducteurs. »</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><b>« Le pays est passé d’une nation déchirée </b><span class="s1"><b>et appauvrie par la guerre à une puissance industrielle mondiale </b></span><b>en seulement deux générations</b><span class="s1"><b>. »</b></span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Bien que la Corée du Sud soit aussi </span>confrontée à des problèmes, c’est de ses triomphes que les anciens combattants de la guerre de Corée sont fiers. Il n’y avait peut-être pas de Corée unie quand ils sont partis, mais leur guerre avait préservé la liberté du Sud et, en fin de <span class="s1">compte, ses moyens de prospérer.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Dans un télégramme qu’il adressa </span>au Département d’État américain le 1<sup>er </sup>décembre 1953, Arthur H. Dean, envoyé spécial des États-Unis à la conférence politique de <span class="s1">l’après-armistice, blâma le président </span>sud-coréen de l’époque, Syngman Rhee, pour l’échec imminent de la paix. Il voulait continuer à se battre et avait refusé de signer l’armistice durement gagné.</p>
<p class="p1">« Rhee est actuellement très querelleur, écrivait M. Dean. Il estime qu’on l’a forcé à conclure un armistice. Maintenant, il pense que le pacte de défense et <span class="s1">le programme économique sont des </span>pots-de-vin déshonorables pour ne pas unifier la Corée par la force.</p>
<p class="p1">« Il voit son rêve d’une Corée unifiée s’effacer rapidement. »</p>
<p class="p1">M. Dean dit qu’« il avait le sentiment perceptible que M. Rhee <span class="s1">[pensait alors] que le monde libre ne [méritait] pas de Corée combattive, que le reste d’entre nous [avions] perdu le courage nécessaire pour lutter contre le communisme et qu’il </span>serait heureux de nous voir partir.</p>
<p class="p1">« Il [citait] par le détail chaque concession que nous [avions] faite pour obtenir un armistice et pour créer une zone démilitarisée, et il [était] convaincu que, si nous ne <span class="s1">nous [battions] pas, [une conférence de paix aboutirait] simplement à faire une concession après l’autre de </span>notre côté pour aboutir à la reddition finale de toute la Corée. Toute suggestion constructive de notre <span class="s1">part [était], bien sûr, une concession </span>pure et simple aux communistes du point de vue [sud-coréen]. »</p>
<p class="p1">Et aujourd’hui encore, le Nord de Kim Jong Un est un voisin <span class="s1">hostile : un accumulateur compulsif </span>d’armes nucléaires, une source <span class="s1">d’instabilité régionale et une menace </span>continue pour la paix mondiale.</p>
<p class="p1">Il a effectué plusieurs tests de missile et annoncé au moins six fois qu’il ne respecterait plus l’armistice. Il en a violé les conditions des dizaines de fois, notamment dans le cadre d’attaques militaires. Les deux parties mènent des exercices militaires provocateurs.</p>
<p class="p1"><span class="s1">En décembre 2022, cinq véhicules sans pilote nord-coréens entrèrent en Corée du Sud après avoir traversé </span>la zone démilitarisée. La Corée du Sud dépêcha des hélicoptères et <span class="s1">des chasseurs pour les intercepter. </span>Un hélicoptère sud-coréen tira surl’un de ces véhicules, mais que l’on sache, aucun ne fut abattu. Selon une enquête de l’ONU, les deux parties avaient violé l’armistice.</p>
<p class="p1">Certains affirment qu’un armistice serait le moyen le plus efficace de mettre fin aux combats actuels en Ukraine. Mais, dans un traité de décembre 2022, le site d’analyse américain NK News basé à Séoul a déclaré que l’exemple donné par l’armistice coréen n’était pas de bon augure pour le succès en Europe de l’Est.</p>
<p class="p1">« L’armistice en Corée n’était pas censé durer éternellement, mais une déclaration de fin de guerre, sans parler de l’unification, semble de moins en moins pro-bable au fil des années », a écrit l’analyste James Fretwell.</p>
<p class="p1">« Et c’est peut-être la principale leçon à tirer du précédent qu’est la guerre de Corée : Bien qu’ayant mis fin aux hostilités actives, l’armistice n’a pas tracé de voie précise officielle ni pour la paix ni pour l’unification. Le résultat en est une division sans fin, qu’on le veuille ou pas. »</p>
<div class="caption_img">
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            <span>Les porteurs de rations coréens s’arrêtent près d’une batterie active de l’artillerie royale néo-zélandaise en route vers 2 positions du PPCLI. &#8211; Bill Olson/BAC/SF-1314</span>
            
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			</item>
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		<title>Au Lendemain de la Guerre</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/au-lendemain-de-la-guerre-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 18:51:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Les péripéties de la Force d’occupation de l’Armée canadienne en Allemagne en 1945-1946 Al’orée de la fin de la guerre en Europe, le gouvernement libéral dut se prononcer sur d’importantes questions militaires. Quel rôle le Canada jouerait-il dans la guerre contre le Japon après la défaite de l’Allemagne? Comment les soldats seraient-ils rapatriés, et dans quel ordre? Quel [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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            <span>Soldats de la Force d’occupation de l’Armée canadienne à Aurich, en Allemagne, fin aout 1945. &#8211; Barney J. Gloster/MDN/BAC/PA-162830</span>
            
        <div class="credit">
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<blockquote>
<p class="p1"><b>Les péripéties de la Force d’occupation de l’Armée canadienne en Allemagne en 1945-1946</b></p>
</blockquote>
<p class="p1"><b>Al’orée de la fin</b> de la guerre en Europe, le gouvernement libéral dut se prononcer sur d’importantes questions militaires. Quel rôle le Canada jouerait-il dans la guerre contre le Japon après la défaite de l’Allemagne? Comment les soldats seraient-ils rapatriés, et dans quel ordre? Quel rôle, le cas échéant, le Canada aurait-il en Allemagne occupée?</p>
<p class="p2">Une réponse fut donnée à cette dernière question en décembre 1944. Le Canada affecterait une division de fantassins et 13 escadrilles de l’Aviation royale canadienne à l’occupation du Reich vaincu. Tout comme la division de fantassins qui serait formée pour aller combattre au Pacifique, la Force d’occupation de l’Armée canadienne (FOAC) devait se composer de volontaires désirant faire carrière dans l’armée. Si, comme on s’y attendait, les volontaires manquaient, le personnel clé et les soldats qui avaient gagné le moins de points d’appréciation pour le rapatriement seraient affectés à la division.</p>
<p class="p2">En fin de compte, il y eut 6 160 volon-taires, dont 565 officiers. Les rangs de la future 3<sup>e</sup> Division (FOAC) furent donc gonflés par 631 officiers et 13 280 soldats du rang qui étaient en bas de l’échelle de priorité pour le rapatriement.</p>
<p class="p2">Ottawa avait convenu que les conscrits expédiés en Europe au cours des cinq der-niers mois de la guerre seraient également inclus dans la FOAC. La 3<sup>e</sup> ressemblait à une division du temps de la guerre : trois brigades de trois bataillons d’infanterie, des régiments d’artillerie et la gamme complète d’armes et de services composée de 20 071 hommes de tous les grades. Si besoin était, elle pouvait se battre, car nul ne savait comment réagiraient les Allemands.</p>
<div class="caption_img">
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            <span>Un panneau d’avertissement à Wyler, en Allemagne. &#8211; Colin Campbell McDougall/MDN/BAC/PA-145770</span>
            
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            <span>Le Brigadier Robert Moncel et le major-général Christopher Vokes. &#8211; Alex M. Stirton/MDN/BAC/PA-159242</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<p class="p1">Les Canadiens avaient combattu au Nord-Ouest de l’Europe dans le 21<sup>e</sup> groupe d’armées sous les ordres du maréchal Bernard Montgomery, et il fut convenu dès le départ que la FOAC ferait partie du XXX<sup>e</sup> Corps britannique dans la région d’Emden-Wilhelmshaven, dans le Nord-Ouest de l’Allemagne. Aucun calendrier n’avait été déterminé, mais le gouvernement savait que Londres, en difficulté financière, allait vouloir que le Canada reste le plus longtemps possible.</p>
<p class="p1">Néanmoins, bon nombre des soldats au plus bas de la liste de rapatriement souhaitaient rentrer chez eux. Plus d’autres hommes de la Première Armée canadienne quittaient l’Europe aussi rapidement que possible, plus il allait être compliqué de soutenir une force relativement petite loin du Canada. Enfin, les Britanniques, les Américains, les Soviétiques et les Français supervisaient les mesures prises pour l’ennemi vaincu dans leurs zones, mais le Canada, nonobstant sa contribution à la victoire, ne serait pas consulté par les grandes puissances sur le sort des Allemands.</p>
<p class="p1">C’était le major-général Christopher Vokes qui commandait la FOAC. Major à son arrivée en Europe, il avait dirigé une brigade lors de l’invasion de la Sicile et avait commandé la 1<sup>re </sup>Division canadienne en Italie à la fin de l’automne 1943. Après décembre 1944, il dirigeait la 4<sup>e</sup> Division blindée canadienne au nord-ouest de l’Europe.</p>
<p class="p1">Le 13 juillet, dans le théâtre de la garnison à Aurich, en Allemagne, le général Vokes expliqua à ses officiers et à ses hommes ce qu’il attendait de la FOAC : « Tous les Canadiens [seraient] jugés sur le comportement des hommes de tous les grades. Pour inspirer le respect à tous les Allemands ainsi qu’aux autres forces d’occupation, il [fallait] une supervision constante et une discipline irréprochable. La 3<sup>e</sup> Division d’infanterie du Canada, dit-il [devait] être la “vitrine” de l’Armée canadienne. »</p>
<p class="p1">En pratique, selon le brigadier Robert Moncel, Vokes dirigeait sa force d’occupation comme un seigneur de la guerre. Il organisait des fêtes turbulentes, ajouta-t-il.</p>
<p class="p1">Les tâches assignées à la FOAC étaient vastes, allant du désarmement de la Wehrmacht à la prise en charge de personnes déplacées, en passant par l’élimination du parti nazi et l’évacuation des prisonniers de guerre alliés. À plus long terme, les occupants furent également chargés de rééduquer la jeunesse allemande et de compromettre la capacité des Allemands à relancer une guerre.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Des soldats de la Force d’occupation de l’Armée canadienne vérifient les pièces d’identité à Aurich, en Allemagne, en aout 1945. &#8211; Barney J. Gloster/MDN/BAC/PA-151759</span>
            
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<p class="p3"><b>La force d’occupation</b> travaillait avec les officiers du gouvernement militaire qui avait été établi le jour de 1945 où les Alliés entrèrent en Allemagne, ainsi qu’avec ses équipes des affaires civiles. Le plus important était de contrôler les soldats allemands qui s’étaient rendus et de les renvoyer chez eux. Le processus mis en place, 3 000 membres de la Wehrmacht étaient traités et relâchés tous les deux jours. Toutefois, de nombreux soldats allemands avaient échappé à la garde à vue ou évité d’être faits prisonniers. Il fallait les trouver et les contrôler pour déterminer s’ils avaient été dans la SS ou avaient commis des crimes de guerre.</p>
<p class="p2">Pour capturer ces hommes, la FOAC organisa des descentes, des opérations coordonnées menées de nuit et sans avertissement. On encerclait les lieux et un contrôle rigoureux de tous les habitants était effectué aux premières lueurs. Toute personne sans certificat de libération ou sur qui pesaient des soupçons devait être remise au personnel du gouvernement militaire ou détenue en tant que prisonnier de guerre.</p>
<p class="p2">La tâche suivante, encore plus ardue, consistait à aider les dizaines de milliers de personnes déplacées et de réfugiés dans la zone de la FOAC. Le régime nazi avait établi des camps de concentration sur tout son territoire. Les installations d’extermination se trouvaient dans l’Est, mais les camps, tels que celui de Bergen-Belsen, près de la région contrôlée par les Canadiens, avaient choqué les gens qui avaient vu les morts empilés et l’effroyable état des survivants. Ces personnes devaient désormais être soignées et renvoyées chez elles ou, si ce n’était pas possible, logées jusqu’à ce que leur destination ait été déterminée.</p>
<p class="p2">Il y avait aussi des ouvriers importés par le Reich pour travailler dans les usines ou les exploitations agricoles, certains venus volontairement, mais beaucoup plus amenés comme des esclaves. Ceux d’Europe de l’Ouest étaient généralement renvoyés facilement chez eux. Toutefois, les choses étaient plus compliquées pour ceux d’Europe de l’Est : nombreux étaient ceux qui, traités brutalement par les Allemands, voulaient se venger avant de rentrer chez eux. Les Polonais, en particulier, cherchaient à se venger des civils, et il y eut des cas de pillage, de vols violents, d’agressions sexuelles et de meurtres. La FOAC faisait son possible pour rétablir l’ordre. Elle finit par devoir établir un camp d’isolement sur l&#8217;ile de Borkum pour de tels criminels.</p>
<p class="p2">Ensuite, il y avait environ 2 000 prisonniers de guerre soviétiques qui avaient été affamés et brutalisés dans des camps de prisonniers. Désormais, beaucoup circu-laient librement. Les ententes entre les Alliés stipulaient que ces soldats devaient être rapatriés en URSS, et le gouvernement militaire avait « les services pour les renvoyer en Russie, est-il écrit dans le journal de guerre de la FOAC. Mais, soit par ignorance, soit par désir de rester en Allemagne, ils n’en avaient pas profité ». La FOAC avait donc « reçu l’ordre de prendre part à ce rapatriement ».</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Les Canadiens étaient chargés de secourir les survivants des camps de concentration, comme ces femmes qui avaient été détenues à celui de Bergen-Belsen. &#8211; IWM/BU 4018/Wikimedia</span>
            
        <div class="credit">
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<p class="p1">Les Soviétiques essayaient d’échapper aux autorités pour pouvoir se venger des Allemands. La FOAC envoya des patrouilles pour prévenir les crimes : elle cerna une fois 30 Soviétiques qui pillaient des exploitations agricoles, violaient femmes et filles, et assassinaient des civils. Parfois, les Canadiens montraient peu de compassion pour les civils, et certains applaudissaient même les anciens prisonniers qui « rendaient un peu la pareille aux Boches ». Comme le dit prosaïquement un soldat : « les Russes bottaient le cul des civils allemands. »</p>
<p class="p1">Les nazis avaient plongé le monde dans une longue guerre cruelle, et seuls les crimes les plus graves faisaient l’objet de poursuites. La plupart des déplacés et des prisonniers de guerre évadés ne furent pas souvent punis, et les Soviétiques finirent par être renvoyés chez eux.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Des soldats soviétiques harcèlent une Allemande. &#8211; Vintage_Space/Alamy/2AYF8EW</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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    </div>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Malgré les représailles</b>, les Allemands </span>dans la zone d’occupation canadienne affichaient généralement une attitude acceptable. La plupart des personnes âgées étaient résignées à leur sort. La <span class="s1">guerre avait été perdue, mais ce n’était pas </span>de leur faute, prétendaient-elles; c’était seulement à cause de l’erreur qu’avait faite Hitler d’attaquer l’Union soviétique <span class="s1">avant d’achever la Grande-Bretagne. Mais, selon les responsables canadiens, certains des hommes de moins de 30 ans à qui l’idéologie nazie avait été inculquée pendant 12 ans vouaient une haine implacable aux vainqueurs. Et les Allemands évitaient généralement de coopérer avec ces derniers.</span></p>
<p class="p2">Les ordres de non-fraternisation du maréchal Montgomery n’aidaient pas : aucune relation informelle avec la population, pas de liaisons avec les femmes, pas de bonbons pour les enfants. Enfreindre ces ordres pouvait entrainer une punition pour les soldats, ce qui était incontestablement préjudiciable au moral.</p>
<p class="p2">Les soldats voyaient bien que les enfants <span class="s2">(et leurs parents) avaient faim, et ils voulaient les</span><span class="s1"> aider pendant les mois qui suivirent la reddition, lorsque la nourriture se faisait rare </span><span class="s2">et qu’ils n’avaient qu’à peine plus de 1 500 calo</span>ries par jour et par personne. Mais, comme le major Elmer Bell l’écrivit dans une lettre envoyée chez lui depuis l’Allemagne, donner du chocolat aux enfants « serait un petit <span class="s1">début de fraternisation et le gaspillage de tout le produit de nos pertes et de nos sacrifices ».</span></p>
<blockquote>
<p class="p1"><b>Parfois, les Canadiens montraient peu de compassion pour les civils, et certains applaudissaient même les anciens prisonniers qui « rendaient un peu la pareille aux Boches ».</b></p>
</blockquote>
<p class="p1">Les ordres de non-fraternisation du maréchal Montgomery n’aidaient pas : aucune relation informelle avec la population, pas de liaisons avec les femmes, pas de bonbons pour les enfants. Enfreindre ces ordres pouvait entrainer une punition pour les soldats, ce qui était incontestablement préjudiciable au moral.</p>
<p class="p1">Les soldats voyaient bien que les enfants <span class="s1">(et leurs parents) avaient faim, et ils voulaient les</span><span class="s2"> aider pendant les mois qui suivirent la reddition, lorsque la nourriture se faisait rare </span><span class="s1">et qu’ils n’avaient qu’à peine plus de 1 500 calo</span>ries par jour et par personne. Mais, comme le major Elmer Bell l’écrivit dans une lettre envoyée chez lui depuis l’Allemagne, donner du chocolat aux enfants « serait un petit <span class="s2">début de fraternisation et le gaspillage de tout le produit de nos pertes et de nos sacrifices ».</span></p>
<p class="p1">Les difficultés des civils allemands pouvaient être exploitées, et elles le furent. Il était difficile de trouver des cigarettes, et les soldats canadiens troquaient celles qu’ils obtenaient gratuitement contre des appareils photo, de l’alcool, des bijoux, des œuvres d’art, des jumelles, des montres. On pouvait mettre la main sur n’importe quoi, semblait-il, en échange de 100 à 1 500 cigarettes. C’était de la petite bière, cependant, par rapport au matériel, aux vêtements et aux denrées alimentaires volés à l’armée et refourgués au marché noir. Ce n’est qu’au printemps 1946 que ce fut contrôlé (« car d’autres responsabilités étaient d’une plus grande priorité », est-il noté dans le journal de guerre de la FOAC).</p>
<div class="caption_img">
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            <span>Le soldat canadien Murray Dorey donne du chocolat à des enfants de la région d’Aurich, en Allemagne, en aout 1945. &#8211; Barney J. Gloster/MDN/BAC/PA-151751</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<p class="p1">Les Canadiens, eux aussi, voulaient rencontrer du monde. Stanley Winfield, de l’ARC, écrivit que, même si la consigne de non-fraternisation était en vigueur, <span class="s1">« les Fridolines ont tiré un avantage certain de cet ordre et n’y ont vu qu’une merveilleuse occasion de prendre leur revanche. Elles allaient se promener là où elles savaient que se trouveraient des soldats alliés […] et se montraient aussi enjouées et désirables que possible. » </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Il était difficile de résister à la tentation. Et vu l’approvisionnement abondant en cigarettes qui pouvaient leur servir de monnaie d’échange, de nombreux soldats obtenaient ce qu’ils voulaient. Pourtant, peu d’entre eux furent punis. Néanmoins, les soldats de la FOAC allaient fréquemment en permission non loin, aux Pays-Bas ou au Danemark, où les gens étaient amicaux, où les femmes s’intéressaient à eux et où les cigarettes leur ouvraient encore des portes. Les hommes pouvaient se payer une fin de semaine à Amsterdam ou à Copenhague pour 2 000 cigarettes seulement, </span>avec nourriture, boissons, hébergement et compagnie d’une dame tout compris.</p>
<p class="p1">On finit par s’habituer à la nouvelle réalité et, à la mi-juillet 1945, la consigne de non-fraternisation fut assouplie avant d’être éliminée. Le décret du XXX<sup>e</sup> Corps britannique disait, avec un humour <span class="s1">vraisemblablement fortuit, qu’ils « pouvaient </span><span class="s1">maintenant parler à tous les Allemands dans les lieux publics et dans les rues, parce que, grâce aux rapports entre les deux peuples, on espère conduire les Allemands à un mode de vie démocratique […] n’entrez pas chez eux ni ne les recevez chez vous ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s2">Il fut rapporté que les Allemandes étaient </span>menacées par leurs compatriotes si elles fréquentaient des Canadiens. Mais, les cigarettes étaient une récompense efficace <span class="s2">pour les risques pris, et de nombreux soldats </span>eurent vite des liaisons. En février 1946, il était noté dans le journal de guerre de la <span class="s2">FOAC : « La fraternisation s’accroit, et même les officiers parlent à voix basse de telle </span>“ belle blonde ” remarquée au centre-ville ». Plusieurs hommes, est-il dans le texte, ont exprimé leur désir d’épouser des Allemandes.</p>
<p class="p1">Ils avaient vraisemblablement réussi à « entrer chez elles ».</p>
<p class="p1"><span class="s2">Malgré les demandes faites aux Canadiens à plusieurs reprises par les Britanniques pour qu’ils restent en Allemagne, Ottawa décida que l’engagement prendrait fin au début de 1946. Les premiers soldats partirent pour l’Angleterre le 23 mars; les derniers s’en allèrent le 8 juin. La FOAC avait fait son devoir, et les Canadiens étaient tous de retour chez </span><span class="s1">eux peu après. La guerre était enfin terminée.</span></p>
<p class="p1"><b>LE BATAILLON CANADIEN DE BERLIN</b></p>
<p class="p1"><span class="s1">Bien qu’elles ne fassent pas officiellement partie de la Force d’occupation de l’Armée canadienne, </span>les troupes canadiennes ont également servi en Allemagne d’après-guerre dans ce qu’on a appelé le « bataillon de Berlin ». Tirés d’unités <span class="s1">aux Pays-Bas qui attendaient d’être rapatriées, des </span>hommes du Argyll and Sutherland Highlanders, du Fusiliers Mont-Royal et du Loyal Edmonton Regiment furent déployés pour représenter le Canada au défilé britannique de la victoire dans la capitale allemande le 21 juillet 1945.</p>
<p class="p2">Les soldats, installés dans une maison de retraite de la ville, avaient peu de tâches officielles autres que la pratique de leurs exercices et l’entretien de leur équipement. Ils étaient par ailleurs libres d’aller voir les lieux en ruine.</p>
<p class="p2">Le sergent Kurt Loeb écrivit qu’il avait trouvé des souvenirs à la Chancellerie du Reich, y compris des dossiers de correspondance personnelle du ministre allemand de l’Intérieur du début de la guerre. Et chaque soldat, semblait-il, avait une collection de médailles allemandes.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le « bataillon canadien de Berlin » défile dans la ville le 20 juillet 1945. &#8211; Foote/MDN/BAC/PA-130018</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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		<title>Les meilleurs membres d’équipage de char d’assaut</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/les-meilleurs-membres-dequipage-de-char-dassaut-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 17:37:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Le Three Rivers Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Des membres du Three Rivers Regiment posent devant un char allemand qu&#8217;ils ont détruit à Termoli en Italie, le 9 octobre 1943. &#8211; Dwight E. Dolan/MDN/BAC/PA-130352</span>
            
        <div class="credit">
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<p class="p1"><b>L&#8217;une des unités</b> de blindés du Canada qui connut le plus de succès <span class="s1">lors de la Seconde Guerre mondiale avait ses modestes origines dans la </span>petite ville industrielle québécoise de Trois-Rivières. Établi en tant <span class="s1">qu’unité de réserve d’infanterie fran</span>cophone en 1871, le Three Rivers Regiment (TRR) avait été converti en unité blindée en 1936, bien qu’il eût fallu attendre 1940 pour qu’il <span class="s1">ait des chars. En 1943, il fut désigné 12<sup>e</sup> Régiment blindé canadien (The Three Rivers Regiment).</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Le TRR fut mis en service actif le 1<sup>er</sup> septembre 1939. Le recrutement traina, en partie à cause </span><span class="s1">du besoin de mécaniciens et d’opérateurs radio à une époque où ni les manuels de formation ni ceux d’entretien n’existaient en français. En octobre, 250 hommes de Trois-Rivières s’étaient enrôlés (dont beaucoup étaient anglophones), et 167 hommes du Victoria Rifle de Montréal, ainsi que certains officiers anglophones d’autres unités, furent mutés au régiment pour renforcer les rangs. </span></p>
<p class="p1">Le TRR conserva en partie son caractère bilingue, mais la principale langue du régi<span class="s1">ment était l’anglais. À la fin de la guerre, 83 % de ses membres qui avaient servi outre-mer étaient </span><span class="s1">anglophones, </span>et 14 % seulement venaient de Trois-Rivières.</p>
<p class="p1">Le TRR arriva en Grande-Bretagne le 30 juin 1941, et il fut envoyé à Salisbury Plain pour une formation poussée. Il faisait partie de la 1<sup>re</sup> Brigade de chars de l’Armée canadienne (appelée Brigade blindée par la suite), et <span class="s1">servait aux côtés des régiments de Calgary et de l’Ontario. L’effectif de l’unité s’élevait à 614 hommes, dont 41 officiers. Après avoir été équipé successivement de chars Matilda II, Churchill, Ram et, enfin, Sherman, </span>le régiment était prêt à combattre.</p>
<p class="p1">Le 10 juillet 1943, le TRR, sous le commandement du <span class="s1">lieutenant-colonel Eric Leslie Booth et composé de 54 chars d’assaut, débarqua en Sicile dans le cadre de l’opération <i>Husky</i>. Cinq jours après, à Grammichele, il fut la première formation de chars canadienne à détruire des chars allemands.</span></p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le soldat J.W. McConnell du Three Rivers Regiment examine un char allemand près d&#8217;Ortona, en Italie, le 20 décembre 1943. &#8211; Terry F. Rowe/MDN/BAC/PA-205255</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<p class="p1"><span class="s1"><b>L’un des grands faits d’armes</b> du régiment prit place les 5 et 6 octobre 1943, après l’invasion Alliée de l’Italie continentale. Deux jours avant, les Britanniques avaient audacieusement débarqué à Termoli, sur la côte de l’Adriatique. Or, l’opération risquait de tourner au désastre, car ils étaient attaqués par la 16<sup>e</sup> <i>Panzerdivision</i> allemande. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Les Sherman du TRR roulèrent pendant 16 heures pour se porter au secours des Britanniques et, en détruisant une dizaine de chars et de nombreux autres véhicules, ils obligèrent les Allemands à battre en retraite. Le prix payé? Neuf hommes tués ou blessés, et la perte de cinq chars. « Les cavaliers ont bien raison d’être fiers du travail de </span><span class="s1">la journée », écrivit </span>Jean-Yves Gravel, <span class="s1">l’historien du régiment.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Deux mois plus tard, le TRR était pleinement engagé dans la capture d’Ortona, port de l’Adriatique. Ce fut l’une des batailles les plus ardues de la guerre pour l’armée canadienne.</span></p>
<p class="p1">Les Sherman fournirent un soutien rapproché à l’infanterie dans la ville, détruisant les bâtiments où s’abritaient des mitrailleuses, des soldats, des tireurs d’élite et des armes antichars de l’ennemi. Le lieutenant John Wallace du TRR s’est souvenu par la suite que les Allemands dissimulaient leurs mines et leurs armes antichars de « manières diaboliques et étonnantes ».</p>
<p class="p1">Entre le 15 et le 29 décembre, le TRR déplora 33 morts et blessés, perdit cinq chars, et en vit 12 autres endommagés.</p>
<p class="p1">Le terrain en Italie n’était pas <span class="s1">des meilleurs pour les chars et, en</span> 1944, le régiment se battait dans des collines et des vallées, le long de routes boueuses et contre un <span class="s1">ennemi bien fortifié et acharné. En</span> mai, il traversa avec difficulté les puissantes lignes Gustav et Hitler au sud de Rome, combattant à Monte Cassino en cours de chemin.</p>
<p class="p1">Fin juin eurent lieu les pires pertes de la guerre que subit le régiment, dans la ligne Trasimene, au nord de Rome : 64 morts et blessés et 22 chars détruits. Néanmoins, Gerald W.L. Nicholson, historien officiel de l’Armée canadienne, qualifia les actions du TRR de « brillantes ».</p>
<p class="p1"><span class="s1">Pendant les 20 mois qu’il passa </span>en Italie, le TRR dénombra 114 morts et 331 blessés, et cinq de ses hommes furent faits prisonniers. Il avait passé plus de temps au front que toute autre unité de l’Armée canadienne et avait reçu plus d’honneurs de guerre que tout autre régiment blindé canadien.</p>
<p class="p1">Le régiment fut démobilisé à <span class="s1">Trois-Rivières le 30 novembre 1945, et il est aujourd’hui perpétué par le 12<sup>e </sup>Régiment blindé du Canada.</span></p>
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            <span>Le major Charles Comfort illustre les combats à Ortona. &#8211; Charles Comfort/CWM/19710261-2254</span>
            
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		<title>Amour éternel</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/amour-eternel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 12:53:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Un soir de l’été 1925, deux femmes et deux hommes se glissèrent dans le cimetière britannique de Loos-en-Gohelle, en France, et filèrent vers la concession funéraire 20 de la rangée G. Ils déterrèrent la bière de la tombe n° 19, l’ouvrirent par une extrémité et en sortirent le corps, qu’ils mirent dans un sac avant de s’enfuir [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6888 size-large" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/31829_b016739-00852-x-1-1024x526.jpg" alt="" width="810" height="416" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/31829_b016739-00852-x-1-1024x526.jpg 1024w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/31829_b016739-00852-x-1-300x154.jpg 300w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/31829_b016739-00852-x-1-768x395.jpg 768w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/31829_b016739-00852-x-1-1536x789.jpg 1536w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/31829_b016739-00852-x-1-2048x1052.jpg 2048w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" />
        <div class="caption">
            <span>Quelques jours plus tard, Anna et Helen étaient à bord d’un navire qui faisait route vers le Canada, la dépouille d’Arthur dans une valise. &#8211; City of Toronto Archives</span>
            
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<p class="p1"><b>Un soir de l’été </b>1925, deux femmes et deux hommes se glissèrent dans le cimetière britannique de Loos-en-Gohelle, en France, et filèrent vers la concession funéraire 20 de la rangée G. Ils déterrèrent la bière de la tombe n° 19, l’ouvrirent par une extrémité et en sortirent le corps, qu’ils mirent dans un sac avant de s’enfuir dans les ténèbres.</p>
<p class="p2">La dépouille était celle du capitaine William Arthur Peel Durie, ancien commis de banque de Toronto qui avait commandé la compagnie « A » du 58<sup>e</sup> bataillon (centre de l’Ontario). Il avait combattu à la crête de Vimy, à Passendale et à la côte 70. Les femmes étaient sa sœur Helen et sa chère mère, Anna Bella Durie, une femme que l’on disait opiniâtre.</p>
<p class="p2">Anna reconnut la dépouille de son fils, qu’elle appelait son « pauvre lapin chéri », grâce aux bottes qu’elle lui avait achetées pour Noël quelques jours avant sa mort.</p>
<p class="p2">« J’agissais telle une criminelle, de nuit, pour exhumer le corps d’un des officiers les plus courageux qui aient jamais quitté le Canada! » écrirait-elle par la suite.</p>
<p class="p2">On était le 25 juillet 1925. La dépouille d’Arthur, comme on l’appelait dans sa famille, avait été transférée peu avant d’une tombe de champ de bataille au cimetière de Corkscrew, près de l’endroit où il avait péri, aux abords de Lens. Lorsque le petit groupe replaça le cercueil ne contenant plus que quelques fragments d’os et lambeaux de vêtement dans le trou et le recouvrit, la terre ne paraissait pas avoir bougé.</p>
<p class="p1">Quelques jours plus tard, Anna et Helen étaient à bord d’un navire qui faisait route vers le Canada, la dépouille d’Arthur dans une valise. Les employés du cimetière et les officiers de l’Imperial War Graves Commission ne surent rien de l’expédition avant que les journaux torontois du 22 aout annoncent son enterrement au cimetière St. James, près de la rue Parliament, à Cabbagetown.</p>
<p class="p1"><span class="s1">C’était au moins la deuxième fois qu’Anna essayait d’exhumer les restes de son fils, </span>mort au combat fin décembre 1917. Les hauts fonctionnaires de la commission ne la connaissaient que trop bien par ses précédentes tentatives et le flot de lettres qu’elle avait écrites, et ils se doutaient qu’elle était responsable du rapatriement<br />
peu orthodoxe d’Arthur.</p>
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            <span>Quelques jours plus tard, Anna et Helen étaient à bord d’un navire qui faisait route vers le Canada, la dépouille d’Arthur dans une valise. &#8211; City of Toronto Archives</span>
            
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<p class="p3"><b>Arthur Durie</b> s’enrôla à 34 ans, en juin 1915. Son père était feu le lieutenant-colonel William Smith Durie, premier commandant du Queen’s Own Rifles of Canada.</p>
<p class="p1">Anna avait 43 ans de moins que son mari. Ils n’étaient mariés que depuis cinq ans lorsqu’il mourut, en 1885. Elle se révèlerait d’une force redoutable : une femme de militaire chevronnée et expérimentée de l’époque victorienne, et une mère fervente qui n’allait certainement pas écouter les balivernes de qui que ce soit, et encore moins des pontes de l’armée et des gros bonnets des cimetières.</p>
<p class="p1">Un article du <i>Toronto Star </i>de 2014 lui valait le titre de « parent hélicoptère ».</p>
<p class="p1">Arthur connut à peine son père. Il avait quatre ans à son décès. Sa mère, veuve à 29 ans, avait reçu un enseignement classique et elle peina à maintenir le niveau de vie auquel elle était habituée.</p>
<p class="p1">Dans les années 1890, Anna perdit sa maison et six hectares de terrain sur le chemin Spadina de Toronto. Même si l’argent se faisait rare, elle réussit à envoyer Helen et Arthur dans des écoles privées, où ils furent éduqués avec l’élite de Toronto.</p>
<p class="p1">Helen s’épanouit à l’école Bishop Strachan. Arthur resta perpétuellement dans les derniers de sa classe à l’Upper Canada College. « Semble travailler dur », écrivaient ses enseignants, « un peu lent ».</p>
<p class="p1">Arthur arrêta l’école au cycle intermédiaire et, en 1899, il fut engagé à la Banque Royale.</p>
<p class="p1">« Il aime le travail beaucoup plus qu’au début, écrivit Helen à son grand-père. J’espère qu’il va réussir. Il n’est pas très intelligent, mais il est extrêmement persévérant, et mère et moi espérons qu’il réussira. »</p>
<blockquote>
<p class="p1">Quelques jours plus tard, Anna et Helen étaient à bord d’un navire qui faisait route vers le Canada, la dépouille d’Arthur dans une valise.</p>
</blockquote>
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        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6889 size-large" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-689x1024.jpg" alt="" width="689" height="1024" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-689x1024.jpg 689w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-202x300.jpg 202w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-768x1142.jpg 768w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-1033x1536.jpg 1033w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-1378x2048.jpg 1378w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/s0833_fl0002_it0003-scaled.jpg 1722w" sizes="(max-width: 689px) 100vw, 689px" />
        <div class="caption">
            <span>La sœur de Durie, Helen fut complice des agissements de leur mère. &#8211; BAC</span>
            
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<p class="p1">Il fréquenta la Toronto School for Military Instruction en automne 1908 et obtint le grade de « subaltern », terme militaire britannique pour un officier subalterne. Il s’enrôla peu après la déclaration de guerre et fut incorporé dans le 58<sup>e</sup> en tant que lieutenant.</p>
<p class="p1">Anna suivit son fils alors qu’il commençait sa formation militaire à Niagara-on-the-Lake, puis en Angleterre. Elle s’installa dans un hôtel de Londres et demanda sans relâche aux responsables britanniques et français, ainsi qu’à ceux de la Croix-Rouge de la laisser faire du bénévolat en tant qu’infirmière ou de lui donner n’importe quel travail près du front.</p>
<p class="p1">Alors âgée de 60 ans, elle n’était pas étrangère aux conflits. Elle avait vu en 1862 le siège et la capi-tulation de La Nouvelle-Orléans, ville d’adoption de sa famille<br />
irlandaise, pendant la guerre<br />
civile américaine.</p>
<p class="p1">Ses offres furent toutes rejetées, mais Anna resta en Angleterre pendant une grande partie de la guerre, active auprès de la Croix-Rouge et soutenue par Arthur, tandis qu’Helen, professeure d’anglais, vivait principalement à Toronto.</p>
<p class="p1"><b>Alors qu’Arthur </b>survivait dans les tranchées boueuses et infestées de rats au font front occidental, sa mère lui envoyait des gâteaux et des bonbons d’un magasin londo-nien de la rue Oxford.</p>
<p class="p2">Elle lui acheta également un bouclier et un casque pour près de 20 $ (l’équivalent de près de 590 $ CA de 2025).</p>
<p class="p2"><span class="s1">Dans ses missives à sa mère et à sa sœur, Arthur parlait de la vie au front et des coins de campagne intacts qui </span>lui rappelaient l’Ontario. Il gardait mieux son sang-froid pendant les bombardements qu’à la banque, avoua-t-il à Helen. Il demanda à sa mère de ne pas lui envoyer le casque. Il ne le porterait pas, dit-il. Aucun officier n’en mettait.</p>
<p class="p2">« En se promenant dans ce beau pays, on pourrait ignorer que la guerre fait rage », écrivit-il de son logement « quelque part en France » le 21 mars 1916. Le reste de son bataillon était à Vierstraat, en Belgique, dans le saillant d’Ypres, et il s’y rendrait bientôt.</p>
<p class="p1">« On voit les paysans labourer la terre, et tout est parfaitement calme, hormis les occasionnels coups de feu. »</p>
<p class="p1">Huit semaines plus tard, trois jours après une importante escarmouche au Bois du Sanctuaire (neuf morts, 14 blessés, six commotionnés et 12 disparus), Arthur reçut une balle dans le poumon droit alors qu’il était dans une colonne de ravitaillement qui livrait des munitions près d’Ypres.</p>
<p class="p1">On était le 4 mai 1916. Un repor-tage du <i>Toronto Telegram</i>, dont le titre était « HELMET SAVED HIS LIFE » (LE CASQUE LUI A SAUVÉ LA VIE, NDT), rapporta à l’époque qu’il avait également été touché à la tête et avait été inconscient pendant deux jours.</p>
<p class="p1">« L’un des nouveaux casques en acier que portent désormais les soldats britanniques au front a sauvé la vie du Lieut. W.A.P. Durie de Toronto », rapportait le journal. Il y était dit que c’est un éclat d’obus, pas une balle, qui l’avait touché.</p>
<p class="p1">On ne saura peut-être jamais s’il avait cédé à sa mère et si le casque dont il s’agissait était celui qu’elle lui avait acheté.</p>
<p class="p3"><b>« Le lieut. W.A.P. DURIE</b> a été légèrement blessé », est-il indiqué dans le journal de guerre.</p>
<p class="p1">En fait, il fut déclaré « gravement blessé » et « dangereusement malade » et hospitalisé pendant quelques mois. Il avait encore un morceau d’acier dans la poitrine lorsqu’il reprit du service, bien que, selon les documents, cela ne lui causait « pas de problème ».</p>
<p class="p1">« Nous savions depuis toujours qu’Arthur allait être gravement blessé, c’est pour cela j’étais en Angleterre, confia sa mère dans une des lettres manuscrites inédites qui se trouvent aux archives de Toronto.</p>
<p class="p1">J’étais à Londres depuis un peu plus de deux mois et je m’habillais pour aller souper, un charmant soir de mai, lorsque la femme de chambre suédoise m’a apporté un télégramme dans l’une de ces enveloppes brun rougeâtre que quiconque en Angleterre avec un homme au front redoutait. »</p>
<p class="p1">Anna partit immédiatement en France, faisant fi de l’interdiction faite aux civils d’aller au front. Elle se rendit à l’hôpital où se trouvait son fils, et s’empressa de critiquer les soins prodigués. Elle s’arrangea pour qu’il y eût toujours des fruits frais et des fleurs à son chevet.</p>
<p class="p1">« Il a tant de mal à respirer qu’il halète quand il parle », écrivit-elle à sa fille, lui disant qu’elle était choquée par le sang qui bouillonnait et fuyait de sa bouche chaque fois qu’il essayait de parler.</p>
<p class="p1">Il lui fut impossible de s’allon-ger pendant 12 jours. Sa mère l’accompagna à une maison de convalescence à Brighton, en Angleterre. Helen les y rejoi-gnit peu de temps après.</p>
<p class="p1">Ils passèrent de nombreuses heures heureuses ensemble. Sa mère et sa sœur espéraient que la blessure d’Arthur marquerait son retour au pays. Sa sœur ne pouvait pas concevoir qu’une commission médicale autorise son bienaimé frère à servir aux premières lignes; il pouvait à peine marcher.</p>
<p class="p1">Pendant ce temps, Anna avait obtenu, sans que le sache son fils, une audience auprès de Sam Hughes, ministre de la Milice et de la Défense du Canada.</p>
<p class="p1">Elle obtint un poste d’état-major pour Arthur, mais il le refusa. Elle ne se laissa pas décourager et, usant de ses relations dans la bonne société londonienne, elle lui obtint des emplois dans l’administration en Angleterre et en France, qu’il refusa également.</p>
<p class="p1">« Je ne veux pas de poste, et je suis vraiment navré que tu aies parlé à Sir Sam Hughes, lui écrivit-il. J’aurais pu avoir du travail à Londres, mais je préfère rejoindre le 58<sup>e</sup>.</p>
<p class="p1">« Tout le monde sait que je veux y retourner et je crains que tu ne m’aies fait que du tort, dit-il à sa mère le 20 novembre 1916. Je sais bien, très chère mère, tu crois que ce que tu fais est pour le mieux, mais ne penses-tu pas que tu es [parfois] un peu impétueuse?</p>
<p class="p1">« C’est un bataillon où les officiers et les hommes retournent tous dans leurs propres bataillons en France, et je rejoindrai le 58e en temps voulu. »</p>
<p class="p1">Aux dires d’Anna, « Arthur se montrait ferme : Les officiers impériaux retournaient toujours au front sans se plaindre, même avec empressement, et un Canadien ne pouvait pas faire moins. »</p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>À Noël 1916</b>, Arthur était de retour dans un « endroit tranquille » au front, savourant les colis de sa famille et envoyant des chèques en blanc à la maison pour payer les factures de sa mère qui s’empilaient. </span>C’était un officier populaire; les hommes l’appelaient Bill.</p>
<p class="p1">À Noël, il lit aux garçons de la Compagnie « A » à laquelle il appartenait des poèmes de Robert Service.</p>
<p class="p1">« Tu n’imagines pas à quel point c’était étrange d’être au front le jour de Noël, écrivit-il. Nous étions très près de l’ennemi, qui pouvait nous entendre marcher dans l’eau » dans le no man’s land.</p>
<p class="p1">Mais Arthur eut une poussée de fièvre des tranchées et souffrit de neurasthénie, une sorte d’épuisement nerveux semblable à ce qu’on appellerait aujourd’hui le syndrome de fatigue chronique. Il fut envoyé en convalescence au le sud de la France.</p>
<p class="p1">« Veux-tu bien me rejoindre<br />
là-bas? » demanda-t-il à sa mère en janvier 1917.</p>
<p class="p1">Anna le retrouva à Menton, au bord de la Méditerranée, dans la région de Nice. Ses lettres reflètent sa répulsion des histoires de son fils sur la mort et les cadavres pourrissant dans la boue. Les choses étaient sombres, différentes, dit-elle à sa fille.</p>
<p class="p1">« Je ne rentre pas chez moi avant la fin de la guerre, écrivit-elle. Si Arthur va au front en mars, je retournerai en Angleterre; sinon, je resterai en France.</p>
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        <div class="caption">
            <span>Il est indiqué dans un dossier de l&#8217;Imperial War Graves Commission que les restes de Durie avaient été déplacés initialement du cimetière Corkscrew au cimetière britannique de Loos, en France. &#8211; Le Mémorial virtuel de guerre du Canada</span>
            
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<p class="p1">Je pense que, si tu viens, nous pouvons persuader Arthur de revenir. L’offre londonienne venait de sir Sam : il ne faut pas l’oublier. Je vais discuter de la situation avec Arthur, et on verra ce qu’il en est. »</p>
<p class="p1">Arthur retourna au 58<sup>e</sup> en mars 1917, et il prit part à l’assaut de la crête de Vimy, où il fut gazé. Sa carte de la bataille, tachée de boue, illustrant les barrages rampants qui eurent tant succès, se trouve aux archives de Toronto.</p>
<p class="p1">Il combattit dans le 58<sup>e</sup> à Passendale plus tard cette année-là, où il récupérait les blessés et les ramenait en sécurité en faisant fi du feu nourri de l’ennemi. Il fut promu capitaine le 15 septembre, et deux semaines plus tard, il était de retour à Londres pour 10 jours de repos.</p>
<p class="p1">Il « me donne l’impression d’un vieil homme brisé », écrivit Anna à sa fille.</p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Le repos l’aida</b>, mais les hauts gradés « se sont aperçus que sa santé </span>souffre, tout comme lui, et cela le rend sauvage », déclara sa mère.</p>
<p class="p1">Arthur retourna à Londres en décembre, où il fut en permission pendant 14 jours. Il retrouva son unité le 22.</p>
<p class="p1">Six jours plus tard, le 28 dé-cembre 1917, le 58<sup>e</sup> relevait le 116<sup>e</sup> Bataillon (comté de l’Ontario) sur les lieux d’une autre grande victoire canadienne. C’est à la côte 70 qu’eut lieu la première action majeure menée par le Corps canadien sous les ordres d’un commandant canadien, le lieutenant-général Arthur Currie.</p>
<p class="p1">La bataille, qui dura du 15 au 25 aout, donna aux Alliés une position stratégique cruciale surplombant la ville minière occupée de Lens. Six Canadiens obtinrent la Croix de Victoria à la côte 70.</p>
<p class="p1">Les Canadiens tenaient ferme dans un secteur particulièrement actif.</p>
<p class="p1">La compagnie de Durie, la « A », occupait la tranchée Nabob, à droite; la compagnie « D » avait pris position dans la tranchée Nestor, à gauche, tandis que la compagnie « C » occupait des positions de soutien dans les tranchées Congress et Catapult et la compagnie « B » se tenait en réserve avec le quartier général du bataillon dans la tranchée Counter.</p>
<p class="p1">La relève se déroula sans incident. Le bataillon ne déplora aucune victime pendant le mois de décembre, ce qui n’allait pas tarder à changer.</p>
<p class="p1">Tôt le lendemain, alors qu’un vent froid soufflait du nord, les Allemands déclenchèrent un assaut aux mortiers. Le mortier de 25 centimètres minenwerfer était une arme extrêmement performante et, ce jour-là, l’ennemi l’utilisa de manière très efficace.</p>
<p class="p1">« À 9 h 45, un bombardement massif de mortiers de tranchée est advenu devant la compagnie “A” (carré N.8.b.) et dans la tranchée de communication CANTEEN, dont la plus grande intensité a eu lieu à 10 heures », écrivit le major Dougall Carmichael, commandant par intérim du bataillon.</p>
<p class="p1">« Il y a eu plusieurs victimes, dont le capitaine W.A.P. Durie, O.C. [officier commandant] la compagnie « A » et deux simples soldats qui ont été tués, et il y en a eu deux de blessés.</p>
<p class="p3"><b>Trois ans plus tard</b>, jour pour jour, un soldat écrivit à Anna pour lui expliquer que « Bill » était mort en cheminant dans la tranchée de communication une demi-heure après le début de l’attaque.</p>
<p class="p1">« Nous avons reçu l’ordre, en décembre, de nous rendre aux tranchées dans une partie très mauvaise de la ligne juste au nord de Lens, écrivait W.H. Edwards en 1920, et le 29 décembre 1917, les boches ont adminis-tré une raclée aux hommes de Bill en lançant un très gros tir de barrage sur notre front.</p>
<p class="p1">“Comme d’habitude, il était partout là-dedans à encourager ses hommes, alors qu’il aurait pu être allongé à l’abri dans sa casemate, mais pas lui : il est sorti, a recueilli les quelques hommes qu’il lui restait et est resté avec eux alors que son sergent le sermonnait pour qu’il descende, mais il a refusé de partir et a été touché, ce qui a été la perte du plus grand homme que le bataillon ait jamais eu. »</p>
<p class="p1">Selon les rapports, il mourut sur le coup. Peu de temps après, 20 Allemands sortirent de la tranchée d’en face et commencèrent à s’avancer.</p>
<p class="p1">« Le groupe était précédé d’environ 20 mètres par 2 éclaireurs », rapporta Dougall, un agriculteur de 32 ans qui allait finir la guerre décoré d’une Croix militaire avec barrette et l’Ordre du service distingué avec barrette, et qui avait été Cité à l’ordre du jour deux fois.</p>
<p class="p1">« À ce moment-là, notre tranchée n’était pas bien gardée, mais le groupe a été dispersé par le sergent [Joseph] Hardy, qui a tiré sur les deux guides avec son révolver et par le lieutenant Horton qui a dirigé une mitrailleuse Lewis sur le reste. »</p>
<p class="p1">Les Allemands larguèrent 200 bouteilles de gaz sur la ligne canadienne le lendemain, à 4 h 30, blessant sept autres membres du 58e. Une explosion en toucha six autres.</p>
<p class="p1">Arthur fut enterré au champ de bataille dans une tombe creusée à la hâte dans ce qui allait devenir le cimetière britannique Corkscrew (Bully-Grenay), en France.</p>
<p class="p3"><b>Avant la Première</b> Guerre mondiale, l’armée britannique et donc l’Empire britannique n’avaient aucune politique prévoyant des lieux de sépulture pour les soldats morts au combat. Les morts étaient souvent placés dans des cimetières locaux ou, souvent aussi, dans les champs de bataille eux-mêmes.</p>
<p class="p1">Les corps des soldats dont les familles pouvaient se le permettre étaient parfois rapatriés pour être enterrés à un cimetière de leur ville natale.</p>
<p class="p1"><span class="s1">Le corps d’au moins un Canadien, </span>le capitaine Robert Clifford Darling du 15<sup>e</sup> Bataillon (48th Highlanders), mort des suites de blessures en Angleterre le 19 avril 1915, fut officiellement rapatrié au Canada et enterré au cimetière Mount Pleasant de Toronto.</p>
<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">Les corps des soldats dont les familles pouvaient se le permettre étaient parfois rapatriés pour être enterrés dans un cimetière de leur ville natale.</span></p>
</blockquote>
<p class="p1">Lorsque Fabian Ware apprit, après s’être porté volontaire auprès de la Croix-Rouge pour enregistrer l’emplacement des lieux de sépulture britanniques en 1914, que les registres officiels n’étaient pas conservés, il prit des mesures qui menèrent à la création de la Graves Registration Commission (commission d’enregistrement des sépultures, NDT).</p>
<p class="p1">Ware deviendrait major-général dans l’armée britannique à un âge avancé, et la commission deviendrait la Imperial War Graves Commission (commission impériale des sépultures de guerre, NDT). Aujourd’hui, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth s’occupe des tombes d’environ 1,7 million de morts militaires du Commonwealth dans plus de 23 000 lieux de sépulture et de monuments commémoratifs dans le monde entier.</p>
<p class="p1">En avril 1915, la commission établit une politique d’« égalité de traitement après une égalité de sacrifice ». L’ordonnance interdisait les exhumations à des fins de rapatriement pour des raisons d’hygiène et « en raison des difficultés à traiter de manière impartiale les demandes présentées par des personnes de différents rangs sociaux ».</p>
<p class="p1">Outre les questions d’hygiène et d’équité, il y avait la question de la guerre elle-même. La Grande Guerre – la guerre qui mettrait fin à la guerre – fut la première guerre industrialisée : une guerre où les mitrailleuses de versions raffinées étaient omniprésentes, où la mobilité et la précision de l’artillerie s’amélioraient, et où les avions étaient une arme qui offrait de toutes nouvelles possibilités pour faire la guerre.</p>
<p class="p1">Les tacticiens militaires furent lents à s’adapter aux nouvelles réalités, et les massacres de soldats qui s’élançaient hors des tranchées et prenaient le no man’s land d’assaut sous le tir des mitrailleuses et de l’artillerie étaient courants. Le nombre de militaires morts à la Première Guerre mondiale s’éleva à plus de neuf millions.</p>
<p class="p1">C’était, à toutes fins utiles, une tuerie industrialisée. À eux seuls, les pays du Commonwealth perdirent plus de 1,1 million d’hommes en uniforme entre 1914 et 1918, dont quelque 66 000 Canadiens. Rapatrier les corps était hors de question.</p>
<p class="p3"><b>Mais, Anna Durie</b> ne pouvait l’accepter. En juin 1921, Helen et elle se rendirent en France avec l’intention de rapporter la dépouille d’Arthur au Canada par tous les moyens.</p>
<p class="p1">Les responsables locaux de la commission tentèrent de retenir cette femme « tout à fait déraisonnable » qui avait « pratiquement perdu la raison sur ce seul sujet », mais en vain.</p>
<p class="p1">Dans l’une des nombreuses lettres qu’elle adressa à la commission au cours de deux décennies, elle déclarait que son contrôleur adjoint, le colonel Herbert Tom Goodland d’origine britannique, était Américain « de naissance » et « peu susceptible, [lui semblait-il], de comprendre les normes canadiennes ». Goodland habitait au Canada depuis 30 ans.</p>
<p class="p1">Peu convaincues que la dépouille de son fils se trouvait en fait à l’endroit indiqué par la commission, Anna et sa fille, ainsi que deux hommes de la région, exhumèrent le cadavre d’Arthur enveloppé dans une couverture du cimetière Corkscrew pendant la nuit du 30 au 31 juillet 1921.</p>
<p class="p1">L’idéaliste Anna avait apparemment contourné la commission et cassé une sanction réticente des autorités locales pour le dérober.</p>
<p class="p1">« Avec l’aide de l’un des deux Français qui étaient avec nous, ma fille et moi l’avons placé dans un cercueil en chêne bordé de métal, sur lequel était apposée une plaque de plomb portant le nom et le numéro de son bataillon », écrivit Anna.</p>
<p class="p1">Mais, alors que le cercueil était hissé sur la charrette qui les attendait, le cheval rua et cassa les limons. Des éclats de bois s’enfoncèrent dans un flanc de l’animal. La dépouille d’Arthur fut laissée dans le nouveau cercueil et remise dans la tombe.</p>
<p class="p1">« Quand j’ai exhumé le corps de mon fils, il n’était qu’à quatre pieds sous la surface du sol, et maintenant le haut de son cercueil n’est seulement qu’à trois pieds sous terre », déplora-t-elle.</p>
<p class="p1">Comme ce fut le cas pour de nombreux cimetières de champ de bataille, les dépouilles de certains occupants du Corkscrew, notamment des membres du 58<sup>e</sup>, seraient transférées par la suite et regroupées dans un endroit plus convenable, dans le cimetière, plus grand, de Loos.</p>
<p class="p1">Furieuse de ne pas avoir été prévenue du transfert, convain-cue qu’elle avait été induite en erreur et craignant que la dépouille de son fils ne soit perdue, Anna retourna en France en été 1925 et organisa son propre transfert extraordinaire.</p>
<blockquote>
<p class="p1">« Je pense que Mme Durie a soudoyé quelqu’un à prix fort. La police avait été informée auparavant d’une éventuelle tentative. »</p>
</blockquote>
<p class="p1">« Ce n’est que par des mensonges et de fausses déclarations que vous avez pu réussir à enlever la dépouille de mon fils bienaimé […] du cimetière Corkscrew », avait-elle écrit à Ware, alors vice-président de la commission.</p>
<p class="p1">« Il n’est pas habituel de trouver un Anglais dépourvu à ce point du sens de l’honneur. »</p>
<p class="p1">Ware avertit ensuite Goodland que l’incontrôlable Anna Durie était en route pour l’Europe, lui disant : « Je pense que vous feriez bien d’avertir les gens en privé de faire très attention à la façon dont ils lui parlent. »</p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>L’annonce subséquente </b>des funérailles d’Arthur à Toronto déclencha une enquête de la commission. Son rapport, publié le 4 septembre 1925, dépeignait une scène crue.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« On a découvert que le cercueil a été forcé, que le bois a été brisé et que la coquille de zinc a été coupée, y disait-on. Le cercueil était vide à part quelques [sept] petits fragments d’os et morceaux de tissu. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Je pense que Mme Durie a soudoyé quelqu’un à prix fort, écrivit le colonel Henry Osborne, secrétaire général de l’agence canadienne de la commission, dans une autre note. La police avait été informée auparavant d’une éventuelle tentative. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Dans un dernier acte de défi, Anna remplit un formulaire de demande d’inscription personnelle pour la pierre tombale prévue pour la tombe maintenant vide de son fils </span><span class="s1">à Loos : « Il a pris le seul chemin et l’a suivi jusqu’à une fin glorieuse. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La requête était superflue. La pierre tombale d’Arthur fut retirée du cimetière de Loos en 1928. L’emplacement de sa tombe est indiqué sur le site Web de la commission du Commonwealth comme étant au cimetière de Toronto (St. James’), au Canada.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les autorités françaises étaient très désireuses de faire un procès, mais leurs homologues britanniques et canadiens voulaient éviter de se mettre à dos un public aux oreilles sympathique et de susciter un ressentiment qui persisterait parmi la population générale à propos de l&#8217;interdit de rapatriement. Il est noté dans un rapport interne de la commission que les gens « qui connaissent bien l’affaire estiment que toute réouverture par une procédure judiciaire [causerait] plus de tort que de bien ».</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Il y a d’autres Canadiens qui essaient de rapporter la dépouille d&#8217;un proche au pays », est-il écrit dans un document de mission daté du 2 novembre 1925. « Le bureau du Haut Commissaire n’est pas à l’aise sur ce sujet. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">En effet, la saga de Durie n&#8217;était pas la seule tentative par une famille de rapatrier du continent la dépouille d&#8217;un être cher. En 1919, avec le consentement du préfet du Pas-de-Calais, en France, la dépouille du major Charles Elliott Sutcliffe fut déterrée à Épinoy et inhumée de nouveau à Lindsay, en Ontario.</span></p>
<p class="p1">Et en mai 1921, après que la commission en eut refusé l’autorisation, William Hopkins, ancien maire de Saskatoon et père du soldat Grenville Carson Hopkins, emporta subrepticement d’un cimetière belge la dépouille de son fils unique à une morgue à Anvers. Elle fut récupérée avant de pouvoir être expédiée au Canada. Hopkins, menacé de poursuites judiciaires, retourna en Saskatchewan les mains vides; <span class="s1">son auxiliaire local fut poursuivi en justice, mais la prison lui fut évitée.</span></p>
<p class="p3"><span class="s1"><b>Il est suggéré </b>dans les dossiers que la contrebande de corps de soldats après la guerre, en particulier britanniques, était plus courante que les autorités ne voulaient l&#8217;admettre.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Je suis acculé au dilemme, écrivit Ware alors que les gendarmes français enquêtaient en avril 1926. Il est inadmissible que nos cimetières soient violés ainsi en toute impunité – Dieu sait ce qui arriverait si cela se savait.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Ce que la police craint, c’est que Mme Durie ait eu recours à une organisation qui existe en France pour gagner de l’argent de cette manière, et elle a d’autres preuves à cet effet.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">« Je ne vois pas comment je pourrais arrêter le cours de leur enquête ni même si je devrais le faire. D’autre part, eu égard à notre politique générale, à nos propres intérêts et à la bienséance, nous devrions maintenant laisser madame Durie tranquille. »</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">La commission utilisa les voies diplomatiques canadiennes pour demander que l’affaire soit étouffée.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Les gendarmes, plus soucieux de trouver ses associés français, abandonnèrent les tentatives d’interroger Anna et fermèrent l’affaire le 31 mars 1928.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Anna n’a jamais officiellement reconnu par-devant la commission le rôle qu’elle a joué dans le vol de la dépouille de son fils. Et aucune épidémie causée par </span>un enlèvement de dépouille ne s’est jamais déclarée.</p>
<p class="p1">La mère qui ne voulait pas déclarer forfait a succombé à un cancer en décembre 1933, à l’âge de 77 ans. Sa fille, Helen, qui ne s’est jamais mariée, est décédée en 1963.</p>
<p class="p1">Elles sont enterrées à côté de William et d’Arthur dans le cimetière St. James. Une Croix du Sacrifice de 2,5 mètres de hauteur marque le lot d’Arthur, sur laquelle sont gravés les mots « he showed conspicuous bravery » (il a fait preuve d’une bravoure remarquable, NDT).</p>
<p class="p1">Le mémorial d’Anna atteste son dévouement en tant que mère et la force de la nature qu’elle était.</p>
<p class="p1">« Elle était un arbre de vie pour ceux qu’elle a touchés, y est-il inscrit. Ses enfants se lèveront, et la diront bienheureuse. »</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le rapatriement peu orthodoxe est noté dans son dossier de service. &#8211; BAC</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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        <div class="caption">
            <span>Des gens endeuillés se rassemblent en aout 1925 alors que les restes de Durie sont enterrés au St. James&#8217;s Cemetery de Toronto. &#8211;</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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		<title>Le plus gros de tous</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/le-plus-gros-de-tous/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jul 2026 13:15:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que la guerre de 1812 touchait à sa fin, la Grande-Bretagne mit à l’eau le HMS St. Lawrence, un cuirassé plus gros que tous ceux qui avaient sillonné les Grands Lacs]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Le HMS St. Lawrence avec d’autres navires de guerre britanniques sur le lac Ontario pendant la guerre de 1812, illustrés par l’artiste Peter Rindlisbacher. &#8211; Peter Rindlisbacher</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<p class="p1"><span class="s1"><b>Le contrôle naval </b>du lac Ontario était crucial pendant la guerre de 1812. En effet, une victoire américaine sur le lac Érié, en septembre 1813, avait rendu intenables les positions britanniques autour de Sandwich (aujourd’hui Windsor, Ontario). Une défaite semblable sur le lac Ontario aurait donc compromis l’emprise des Britanniques sur la péninsule du Niagara </span>et menacé les bases du côté nord du lac.</p>
<p class="p2">Le commodore Isaac Chauncey dirigea l’effort naval américain sur les lacs Érié et Ontario de septembre 1812 jusqu’à la fin de la guerre, en 1814. Son quartier général se trouvait à Sackets Harbor, New York. <span class="s1">Les défenses navales du Haut-Canada, quant à elles, se composaient initialement de la marine provinciale, une extension du service du Quartier-maitre général, qui réunissait les fonctions de transport et de combat. Toutefois, </span>en mai 1813, la Marine royale se vit investie de la responsabilité de la guerre britannique sur les lacs, avec le commodore James Yeo qui exerça le commandement général sur les Grands Lacs et le commandement direct sur le lac Ontario. Le quartier général de Yeo était à Kingston, depuis longtemps la principale base navale du Haut-Canada.</p>
<p class="p2">En fin de compte, le lac Ontario fut le théâtre de relativement peu d’engagements navals pendant la guerre. L’importance stra<span class="s1">tégique du plan d’eau était si grande qu’aucun des deux commandants n’était prêt à risquer une bataille totale qui pourrait lui couter sa flotte. Les missions navales se limitèrent à la saisie de goélettes ou d’autres bateaux appartenant à l’adversaire, et à d’occasionnels </span>échanges de coups de canon entre navires de guerre qui évitaient soigneusement de trop s’approcher à portée l’un de l’autre.</p>
<p class="p2">Yeo et Chauncey tentèrent toutefois tous deux de gagner la guerre dans les chantiers navals en construisant des navires de plus en plus gros pour intimider l’ennemi, même si leurs canons n’étaient jamais utilisés. En 1813, le navire amiral de Chauncey était l’USS <i>General Pike</i>, armé de 26 canons de 24 livres. Au printemps 1814, Yeo répliqua <span class="s1">par le HMS <i>Prince Regent</i> et le HMS <i>Princess </i></span><i>Charlotte</i>, armés en tout de 54 canons de 24 livres, 36 canons de 32 livres et huit caronades de 68 livres. Au milieu de l’été, cependant, Chauncey avait repris le dessus grâce à l’USS <i>Superior</i>, muni d’environ 58 canons, et à l’USS <i>Mohawk</i>, qui en comptait 42.</p>
<p class="p2"><span class="s1">À l’hiver 1813-1814, Yeo décida de devancer </span>les Américains d’un coup de maitre avec le HMS <i>St. Lawrence</i>, un navire de ligne conventionnel, qu’on appellerait de nos jours un cuirassé. C’était le plus gros navire de guerre lancé sur les lacs pendant la guerre, plus gros même que le HMS <i>Victory</i>, le navire amiral <span class="s1">de l’amiral Horatio Nelson lors de </span>la bataille de Trafalgar, en 1805.</p>
<p class="p1">Yeo n’avait pas été autorisé à construire un navire aussi gros. Mais, il était commandant d’une station d’outre-mer très éloignée de Londres, où se trouvaient ses <span class="s1">supérieurs, ce qui lui laissait une grande </span>latitude. Aucun commentaire défavo-rable ne lui fut jamais adressé à ce sujet.</p>
<p class="p1">En janvier 1814, des annonces commencèrent à paraitre dans les journaux du Haut-Canada : on recherchait des quantités sans précédent de bois, à livrer au chantier naval de Kingston. Début février, des annonces ciblèrent cette fois les « artisans à la recherche d’un emploi ». Le 2 juin, la <i>Kingston Gazette</i> relaya une autre requête du gouvernement, qui cherchait 50 ou-<br />
<span class="s1">vriers et autant de charpentiers que possible. </span>Ce même mois-là, un appel fut lancé aux « charpentiers de navires et [aux] scieurs », promettant un mois de salaire d’avance.</p>
<div class="caption_img">
        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6867 size-large" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Yeo-2-638x1024.jpg" alt="" width="638" height="1024" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Yeo-2-638x1024.jpg 638w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Yeo-2-187x300.jpg 187w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Yeo-2-768x1232.jpg 768w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Yeo-2-958x1536.jpg 958w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Yeo-2.jpg 977w" sizes="(max-width: 638px) 100vw, 638px" />
        <div class="caption">
            <span>En mai 1813, le commodore James Yeo (en regard, en pied) endossa le commandement général de la Marine royale sur les Grands Lacs. &#8211; Adam Buck/Wikimedia</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6865 size-full" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Isaac_Chauncey.jpg" alt="" width="576" height="762" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Isaac_Chauncey.jpg 576w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Isaac_Chauncey-227x300.jpg 227w" sizes="(max-width: 576px) 100vw, 576px" />
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            <span>Son homologue américain sur les lacs Érié et Ontario était Isaac Chauncey. &#8211; Gilbert Stuart/Naval History and Heritage Command/Wikimedia</span>
            
        <div class="credit">
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<div class="caption_img">
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            <span>Le chantier naval de Kingston en 1815 (ci-dessous) tel qu’il aurait été pendant la guerre, selon l’artiste Robert Irvine. &#8211; Robert Irvine/BAC/2962465</span>
            
        <div class="credit">
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<p class="p1"><b>Ils tentèrent toutefois tous deux de gagner la guerre dans les chantiers navals en construisant des navires de plus en plus gros pour intimider l’ennemi, même si leurs canons n’étaient jamais utilisés.</b></p>
</blockquote>
<div class="caption_img">
        <img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6869 size-large" src="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Kingston-Harbour-Dec-24-1814-1024x744.jpg" alt="" width="810" height="589" srcset="https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Kingston-Harbour-Dec-24-1814-1024x744.jpg 1024w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Kingston-Harbour-Dec-24-1814-300x218.jpg 300w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Kingston-Harbour-Dec-24-1814-768x558.jpg 768w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Kingston-Harbour-Dec-24-1814-1536x1116.jpg 1536w, https://legionmagazine.com/fr/wp-content/uploads/2026/07/Kingston-Harbour-Dec-24-1814-2048x1488.jpg 2048w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" />
        <div class="caption">
            <span>Le chantier naval de Kingston à la veille du Noël 1814 selon l’artiste Peter Rindlisbacher. Au centre, le St. Lawrence, préparé pour l’hiver. &#8211; Peter Rindlisbacher</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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            <span>Capitaine Frederick Hickey. &#8211; Gilbert Stuart/Wikimedia</span>
            
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            <span></span>
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<p class="p1"><b>Le monstre </b>qui prenait forme sur les accores était un navire à trois ponts qui déplacerait 2 305 tonnes. Sa quille mesu-rait 52 mètres de longueur, les ponts des canons jusqu’à 59 mètres, et le barrot faisait 16 mètres. Initialement prévu pour 102 canons, l’armement fut renforcé pendant la construction et l’installation, et le navire finit par en être muni de 112 : 27 canons de 32 livres, 41 canons de 24 livres, trois caronades de 68 livres et 41 caronades très courtes de 32 livres.</p>
<p class="p2">Le navire avait besoin d’un équipage <span class="s1">d’au moins 640 personnes. La Marine royale manquait perpétuellement d’hommes : la station nord-américaine aurait pu facilement absorber 3 000 marins supplémentaires. Les bâtiments de transport de la marine militaire arrivant à Québec furent donc écrémés pour le <i>St. Lawrence</i>, et on alimenta peu les unités </span>navales sur les Grands Lacs supérieurs.</p>
<p class="p2">La mobilisation des effectifs augmenta au fil des progrès de la construction. Le 8 septembre 1814, la <i>Montreal Gazette </i>rapporta que 355 marins étaient récemment arrivés, voués à Kingston.</p>
<p class="p2">Le navire fut mis à l’eau le 10 septembre, accompagné d’une salve tirée par les batteries locales. L’évènement eut lieu à un moment opportun, car la nouvelle d’une défaite navale britannique sur le lac Champlain, près de Plattsburgh, dans l’État de New York, se répandait.</p>
<p class="p2"><span class="s1">À terre, les armes britanniques subissaient aussi des revers à Fort Erie. Et une victoire britannique à Lundy’s Lane (près de l’actuelle </span>Niagara Falls, en Ontario) avait été si cou<span class="s1">teuse qu’on pouvait à peine la nommer ainsi. </span>La seule nouvelle de guerre complètement satisfaisante venait de la côte atlantique, où une expédition britannique avait mis le feu à Washington à la fin du mois d’aout. La mise à l’eau du <i>St. Lawrence </i>suscita donc de la joie chez la population des Canadas.</p>
<p class="p2">Le bâtiment, cependant, était loin d’être prêt à combattre; il lui fallait encore être équipé de mâts, de voiles, de canons et des <span class="s1">centaines de petits articles nécessaires pour </span>en compléter l’intérieur et l’accastillage. Ce fut terminé au début du mois d’octobre, et l’on entreprit de le charger du matériel destiné à la péninsule du Niagara.</p>
<p class="p2">Il apparut cependant vite évident que le <i>St. Lawrence</i> était trop gros pour réaliser son plein potentiel. Le 11 octobre, le général George Prevost (commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord) <span class="s1">écrivit que le navire avait un tirant d’eau de 6,4 mètres avec un chargement partiel; il était encore possible de le charger un peu plus sans qu’il soit en difficulté à l’entrée ou à la sortie des ports du lac. Prevost était déçu que la construction du <i>St. Lawrence</i> se soit achevée si tardivement, ne lui laissant guère l’occasion de tirer profit de la nouvelle supériorité de la Marine royale.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Yeo restait pourtant convaincu qu’il pourrait battre n’importe quel navire de guerre </span>américain. Le 16 octobre, il vogua sur le <i>St. Lawrence</i> en convoi avec quatre autres navires. Comme Yeo était à bord en tant que commandant <span class="s1">maritime, c’est le capitaine Frederick Hickey qui avait la responsabilité du <i>St. Lawrence</i>. Il avait pour tâche de transporter des troupes et des fournitures à la péninsule du Niagara, un front d’où les forces américaines se retiraient.</span></p>
<p class="p1">Le <i>St. Lawrence</i> arriva à Niagara le 20. Le seul incident majeur s’était produit la veille, lorsque la foudre avait brisé le mât de perroquet. Le navire fut de retour à Kingston dans les cinq jours. Un autre voyage eut lieu pour livrer à nouveau des provisions à Niagara et à York, avant que le navire ne soit apprêté pour l’hiver.</p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>Ces activités </b>de transport furent les seules actions de guerre du gros navire. Le <i>St. Lawrence</i> était destiné à ne jamais utiliser ses canons au combat, car sa taille même suffisait à envoyer les navires de Chauncey se réfugier dans leur port. « Nous croyons bien que notre supériorité sur le lac Ontario n’est plus contestée par le commodore américain », se vanta la <i>Kingston Gazette</i> le 12 novembre.</span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Bien que le <i>St. Lawrence </i>n’ait pas rencontré de navire américain au combat, l’ennemi aurait envisagé de détruire le navire à Kingston alors qu’il n’était pas encore complètement armé. Selon certains rapports, un aspirant américain nommé McGowan, accompagné du draveur William Johnson (le héros du Saint-Laurent ou le pirate du Saint-Laurent, selon le côté qui </span><span class="s1">le décrivait) aurait tenté de s’introduire dans </span>la baie Navy de Kingston à bord d’un petit bateau, dans le but de fixer une mine (alors appelée torpille) au <i>St. Lawrence</i>. Le plan aurait échoué parce que le navire était parti <span class="s1">de Kingston un jour avant l’attaque proposée.</span></p>
<p class="p2">Le <i>St. Lawrence</i> illustra le point culminant de ce que l’historien Thomas Raddall a décrit comme « une guerre des charpentiers et des gabiers sans fin, et globalement sans effusion de sang, des deux côtés du lac Ontario ». L’écrivain étasunien John K. Mahon a qualifié la course à la construction navale de « grotesque ».</p>
<p class="p2">De tels jugements sont peut-être indument cinglants. Yeo et Chauncey n’avaient pas simplement supervisé la construction d’énormes navires, ils avaient créé de grands chantiers navals au bord d’une frontière <span class="s2">boisée, avec toutes les installations nécessaires </span>pour le gréement et l’approvisionnement de leurs navires. De petites armées de <span class="s1">charpentiers qualifiés avaient été recrutées, </span>rassemblées et nourries. De prodigieux efforts avaient été accomplis. En effet, il ne s’écoula que cinq mois entre la pose de la quille et la mise à l’eau du<i> St. Lawrence</i>.</p>
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        <div class="caption">
            <span>Le St. Lawrence, sous le sur le lac Ontario entouré d’autres navires de guerre britanniques, selon Peter Rindlisbacher. &#8211; Peter Rindlisbacher</span>
            
        <div class="credit">
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<p class="p2">Pendant la course à la construction, les commandants avaient parié que le bois de pin vert des forêts primaires donnerait des <span class="s1">navires de guerre durables. La durabilité ultérieure des coques prouva qu’ils avaient raison.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Quoi qu’il en soit, les Américains étaient déterminés à ne pas abandonner la supériorité navale à Yeo. Ils ébauchèrent deux super navires à Sackets Harbor : le <i>Chippewa</i> (62 m de longueur, classé officiellement comme étant de 74 m, mais armé de presque 130 canons) et le <i>New Orleans</i> (65 m de longueur, de 120 à 130 canons). Les Britanniques, à leur tour, planifièrent deux autres gros navires, le </span><i>Wolfe</i> et le <i>Canada</i>, qu’ils prévoyaient armer de 104 et de 112 canons respectivement.</p>
<p class="p2">Cependant, aucun de ces navires ne fut jamais mis à l’eau. Le traité de Gand qui mit bel et bien fin à la guerre, signé le 24 décembre 1814, les rendit superflus. Le <i>Chippewa</i> fut démantelé vers 1833 et le <i>New Orleans</i> pourrit sur les accores, bien qu’il soit resté sur le registre des navires de guerre américains jusqu’en 1883, date à laquelle il fut vendu au prix de la ferraille.</p>
<blockquote>
<p class="p1"><b>Il apparut cependant vite évident que le </b><b><i>St. Lawrence</i></b><b> était trop gros pour réaliser son plein potentiel. </b><b>Yeo restait pourtant convaincu qu’il pourrait battre n’importe quel navire de guerre américain.</b></p>
</blockquote>
<p class="p1"><b>Le HMS</b> <b><i>St. Lawrence</i></b>, cependant, était déjà à flot. Il se retrouva dans la baie Navy de Kingston à mouiller avec des navires de guerre de moindre envergure. Le navire fut initialement un centre social pour la base. Un bal élégant eut lieu à bord le 4 mars 1815, et le 11 avril, les officiers reçurent leur vieil adversaire, Chauncey, qu’ils accueillirent d’une salve d’honneur de 13 coups de canon.</p>
<p class="p2">Ne sachant que faire du<i> St. Lawrence</i>, les autorités en démontèrent les mâts et le condamnèrent. Un entrepôt fut <span class="s1">construit en 1819 pour en abriter le grée</span>ment; le bâtiment existe encore aujourd’hui au Collège militaire royal du Canada, que les cadets appellent la Frégate de pierre.</p>
<p class="p2">Après la guerre, l’Accord Rush-Bagot de 1817 démilitarisa pratiquement les Grands Lacs. Les divers navires de guerre construits à Kingston à grands frais (le <i>St. Lawrence</i> à lui seul aurait couté quelque 500 000 livres) se mirent à pourrir lentement, devenant des squelettes fantomatiques que les voyageurs passant par la ville mentionnaient souvent.</p>
<p class="p2">La vente des navires fut enfin décidée. Les journaux annoncèrent qu’une vente aux enchères aurait lieu le 18 janvier 1832 pour disposer du<i> St. Lawrence</i>, du <i>Kingston</i>, du <i>Burlington</i> (anciennement le Princess <i>Charlotte</i>) et du <i>Montreal</i>, ainsi que des charpentes du <i>Wolfe </i>et du <i>Canada</i>, et de tout le gréement des navires achevés. Cependant, seul le <i>St. Lawrence</i> trouva acheteur : Robert Drummond, armateur, entrepreneur et brasseur de Kingston, paya 25 livres pour le monstre. On considérait que les voiles et le gréement, vendus sépa-rément, étaient beaucoup plus précieux, et ils représentèrent la plus grande partie des 1 400 livres que reçut la Couronne.</p>
<p class="p2"><span class="s1">Le HMS <i>Canada</i> finit par être démantelé sur les accores. Le 24 juillet 1832, un violent </span>orage réduisit le <i>Wolfe</i> à un tas de petit bois. La plupart des navires de guerre restants furent sabordés dans la baie Navy ou dans les baies Hamilton et Deadman avoisinantes.</p>
<p class="p2">Aucun récit contemporain ne relate le remorquage du HMS <i>St. Lawrence</i> jusqu’à l’arsenal de la Marine royale de Kingston. Mais, son destin ultérieur a été décrit de plusieurs manières différentes. Selon l’une des histoires, une tempête l’aurait fait s’échouer à environ cinq kilomètres à l’ouest de la baie Navy. Un autre récit parle du sabordage du navire au même endroit, pour servir de quai à une distillerie.</p>
<p class="p2"><span class="s1">Quoi qu’il en soit, il est clair que le puissant navire de guerre a connu une fin ignominieuse. </span></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Imperturbable</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/imperturbable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 18:37:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Texte et photographie de Stephen J. Thorne ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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            <span>Nommé pour la première fois en 2019, le maréchal lord Richards de Herstmonceux restera le grand président de l’organisation. &#8211; Stephen J. Thorne</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<blockquote>
<p class="p1"><i>FACE À LA DEMANDE, LA LIGUE ROYALE DES ANCIENS COMBATTANTS DU COMMONWEALTH AMBITIONNE DE </i><span class="s1"><b><i>POURSUIVRE SON IMPORTANT TRAVAIL</i></b></span></p>
</blockquote>
<p class="p1"><span class="s1"><b>La Ligue royale </b></span>des anciens combattants du Commonwealth (LRACC) aide les anciens combattants des Antilles, de l’Afrique, de l’Australasie et du sous-continent indien depuis 1921.</p>
<p class="p2">Les guerres, et un engagement envers les anciens combattants mal desservis dans l’Empire ou le Commonwealth, la perpé-<span class="s2">tuent. La LRACC apporte ainsi son soutien à des centaines de milliers d’anciens militaires</span> et à leurs conjoints sous forme de subventions d’assistance sociale équivalant à deux repas par jour. Elle les conseille également <span class="s2">sur leur retraite, fournit une assistance pour </span>déménager dans d’autres pays, retrouve les parents qu’ils ont perdus de vue et leur vient en aide pour les transferts de fonds et les demandes de prestations d’invalidité.</p>
<p class="p2">Plus de trois-millions de citoyens de l’Empire se sont battus pour roi et patrie entre 1914 et 1918; 440 000 en ont été victimes. Quatre-millions et demi de personnes du sous-continent indien, d’Afrique ou des Antilles se sont jointes aux combats entre 1939 et 1945; 360 000 y furent tuées, blessées ou capturées.</p>
<p class="p2">Leurs gouvernements n’ont pas toujours récompensé leurs sacrifices et reconnu leurs difficultés. Une telle organisation était requise dans les confins de l’Empire, alors la LRACC est intervenue. Or, les guerres sont heureusement devenues de moins en moins nombreuses, et l’évolution des liens avec la Grande-Bretagne, son empire relégué à l’histoire, a érodé la clientèle de la Ligue au fil du temps. En effet, ses jours semblaient comptés la dernière fois que les 52 organisations membres de la LRACC, appartenant à 48 pays, se sont réunies à Londres, en Angleterre, en 2022.</p>
<p class="p2">À ce moment-là, elle venait en aide à quelque 4 580 anciens combattants et veuves d’avant l’indépendance, la majeure partie d’entre eux au Pakistan, en Ouganda et au Zimbabwe. On estimait alors que quelque 3 600 bénéficiaires auraient besoin de son soutien pendant cinq ans tout au plus, après quoi il était prévu que la LRACC organise sa dernière conférence et tire sa révérence.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>La Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth s’est réunie à Ottawa à l’occasion de sa 35e conférence. Des délégués de plusieurs de ses pays membres ont assisté à deux services commémoratifs au Monument commémoratif de guerre du Canada. &#8211; Stephen J. Thorne</span>
            
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<p class="p2">Elle a obtenu une prolongation de financement de trois ans du Foreign, Commonwealth &amp; Development Office britannique, c’est-à-dire six-millions de livres britanniques (environ onze-millions de $ CA), pour son programme destiné à aider les anciens combattants et leurs veuves. L’argent devrait durer jusqu’en mars 2027.</p>
<p class="p1">Sa 35<sup>e</sup> et peut-être dernière conférence a eu lieu à Ottawa en juin-juillet 2025. Cependant, selon des personnes présentes, de nouveaux faits ont incité les dirigeants de la LRACC à en remettre en cause la dissolution.</p>
<p class="p1">Au bout de 104 ans, la nouvelle s’est, semble-t-il, répandue, et de nouveaux clients ont fait surface. Les clients existants vivent plus longtemps que prévu. Plus de la moitié de sa clientèle est constituée de veuves. Soudain, la demande ne chute plus; elle croit.</p>
<p class="p1">À tel point qu’une LRACC épurée prévoit maintenant demander au Bureau de développement un financement de 10 ans pour faire durer ses programmes jusqu’en 2037. Elle organisera probablement au moins une conférence de plus, sans doute à Londres, disent les responsables.</p>
<p class="p1">Berkley Lawrence, hôte de la conférence d’Ottawa, président de la Légion royale <span class="s1">canadienne et vétéran avec 33 ans de service au Corps royal canadien des transmissions, a déclaré au groupe réuni au majestueux hôtel Château Laurier que la nouvelle ligne de conduite, vu l’incertitude du financement, rendait la planification difficile, et l’avenir, obscur.</span></p>
<p class="p1">Selon M. Lawrence, « continuer le financement est une obligation morale ».</p>
<p class="p1">« Qu’adviendrait-il de la réputation de la LRACC et du gouvernement britannique si nous cessions de soutenir nos anciens combattants? » a-t-il demandé.</p>
<p class="p1">Le grand président de la LRACC, le <span class="s1">maréchal lord Richards de Herstmonceux, a assuré aux délégués que les dirigeants étaient convaincus que le gouvernement travailliste </span>britannique n’irait pas à l’encontre de ses principes fondamentaux et ne refuserait pas la demande de financement de l’organisation.</p>
<p class="p1">« Juste pour vous rassurer, a déclaré lord Richards, nous sommes prêts à préserver cette voix », ajoutant qu’il avait « bon espoir » que tout se passerait comme prévu. Il a exhorté M. Lawrence à « exercer une influence similaire » là où il le pouvait.</p>
<p class="p1">La famille royale est une fervente partisane de la ligue. Le roi Charles III y a succédé à sa mère, la défunte reine Elizabeth II, en tant que président d’honneur. Le père de Sa Majesté le roi Charles, le prince Philip, en a été le grand président pendant plus de 40 ans, et pas seulement sur papier; c’était un habitué des réunions de travail.</p>
<div class="caption_img">
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            <span>Les délégués participant aux sessions au Château Laurier d’Ottawa ont décidé de poursuivre le travail de la LRACC jusqu’à une décennie au-delà de son mandat actuel. &#8211; Stephen J. Thorne</span>
            
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        <div class="caption">
            <span>Berkley Lawrence, hôte de la conférence et président de la Légion royale canadienne, présente un rapport sur son travail dans les Antilles. &#8211; Stephen J. Thorne</span>
            
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<p class="p1">En 1982, l’organisation a lancé le Prince Philip Appeal for Commonwealth Veterans (appel du prince Philip pour les anciens combattants du Commonwealth, NDT).</p>
<p class="p1">La Légion royale canadienne coordonne les organisations membres dans les Antilles et les aide grâce au fonds d’aide sociale de la LRACC depuis 1966. Elle accorde également une subvention annuelle au Curphey Home, un établissement pour anciens combattants jamaïcains, et fournit chaque année à neuf pays des Antilles du matériel commémo-ratif, comme les coquelicots à revers.</p>
<p class="p1">Les légionnaires de tous les coins du Canada connaissent probablement mieux la LRACC pour les collectes faites en son nom lors des congrès biennaux des directions divisionnaires. Le président et le directeur général de la Légion effectuent le suivi du bienêtre résultant des activités de la LRACC dans les Antilles et y font des visites d’évaluation tous les deux ans.</p>
<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>Les partenaires de la Légion dans la prise en charge d’anciens combattants antillais et de leurs conjoints se rassemblent au cénotaphe. &#8211; Stephen J. Thorne</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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    </div>
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			</item>
		<item>
		<title>Larguez les bombes</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2026/07/larguez-les-bombes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 17:34:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Il y a 75 ans,  l’US Air Force larguait une bombe nucléaire sur le Québec]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="caption_img">
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        <div class="caption">
            <span>En 1950, plusieurs bombardiers B-50 des É.-U. transportant 11 bombes nucléaires. &#8211; Wikimedia</span>
            
        <div class="credit">
            <span></span>
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<p class="p1"><b>En novembre 1950</b>, l’United States Air Force (USAF) largua une bombe nucléaire au Canada. Ce fut tout sauf un accident.</p>
<p class="p2"><span class="s1">Cette année-là, la guerre froide avec l’Union soviétique et la Chine</span> s’était soudainement durcie. La Corée du Nord avait envahi la Corée du Sud en juin, et les forces de l’ONU, dirigées par les États-Unis, s’étaient mêlées à la bataille pendant l’été. La Chine, elle, était entrée dans le conflit en octobre.</p>
<p class="p2">L’OTAN avait été formée l’année précédente, mais le réarmement était lent en Europe. L’Occident craignait que la guerre en Corée ne soit une distraction pour attirer les forces occidentales en Asie, tandis que les Soviétiques se préparaient à envahir l’Europe occidentale. Moscou avait déve-loppé sa propre bombe atomique en 1949, et la crainte de guerre nucléaire se répandait. De leur côté, les États-Unis avaient préparé leur arsenal nucléaire en déployant des bombes atomiques à l’étranger en certains endroits.</p>
<p class="p2">À l’été 1950, les Américains demandèrent de toute urgence à Louis St-Laurent, premier ministre, de les laisser expédier des armes nucléaires au Canada dans le plus grand secret et la sécurité la plus stricte. M. St-Laurent acquiesça rapidement, mais n’avisa pas tout son cabinet de cette décision capitale. Un précédent était créé : des armes nucléaires américaines allaient par la suite être basées au Canada jusque dans les années 1980.</p>
<p class="p1">Les Américains ne tardèrent pas à envoyer 43 bombardiers, 11 bombes nucléaires et des centaines de militaires à la base de l’Aviation royale du Canada de Goose Bay, au Labrador. Ils allaient y rester trois mois. Pendant ce temps, des bombardiers B-50 Superfortress de l’USAF transportaient fréquemment des armes atomiques et leurs composants entre la base aérienne de Davis-Monthan, située près de Tucson, en Arizona, et celle de Goose Bay.</p>
<p class="p1">Le 10 novembre, deux des quatre moteurs d’un B-50 transportant une bombe atomique Mark IV de 4 500 kilogrammes, soit une puissance explosive de 31 kilotonnes, tombèrent en panne au-dessus de la région québécoise du Saguenay. L’avion perdit rapidement de l’altitude et le pilote le dérouta avec succès vers la base aérienne de Loring, dans le Maine.</p>
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            <span>La Mark IV (en regard, en haut) furent envoyés au Canada. &#8211; Wikimedia</span>
            
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            <span></span>
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        <div class="caption">
            <span>Le 10 novembre, un de ces bombardiers largua une Mark IV au Québec, dans la région du  Bas-Saint-Laurent,, ce qui fit les manchettes des journaux. &#8211; Archives/La Patrie</span>
            
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            <span></span>
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        <div class="caption">
            <span>Fit les manchettes des journaux. &#8211; Archives/Le Petit Journal</span>
            
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            <span></span>
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<blockquote>
<p class="p1"><span class="s1">« Puis, ce fut l’explosion, un véritable grondement de tonnerre qui se répercuta dans l’écho des montagnes. »</span></p>
</blockquote>
<p class="p3"><b>Le protocole de l’USAF</b> précisait que, dans de telles situations, il fallait larguer les armes nucléaires dès que possible, surtout si l’on craignait un accident. La bombe à bord ne contenait pas de noyau de plutonium pour éviter toute réaction nucléaire en chaine. Mais, l’avion transportait toujours de l’uranium et une charge explosive conventionnelle.</p>
<p class="p1">Et donc, vers 16 h, à une altitude de 3 200 mètres, le pilote largua sa bombe Mark IV au-dessus du fleuve Saint-Laurent, considéré comme l’endroit le plus sûr pour l’opération. Cette arme était une version améliorée du type de celle qui avait été larguée <span class="s1">cinq ans plus tôt sur Nagasaki, au Japon. Elle explosa à une altitude d’environ 760 mètres. Quarante-</span>cinq kilogrammes d’uranium radioactif se dispersèrent dans la rivière près du petit village de Saint-André-de-Kamouraska, à environ 150 kilomètres au nord-est de la ville de Québec. Le pilote n’ignorait pas le risque de conta-mination radioactive mineure, mais il se pliait aux consignes.</p>
<p class="p1">L’explosion s’entendit dans un rayon de 40 kilomètres et causa un grand émoi chez les résidents des deux côtés de la rivière. J-A. Caron, prêtre d’une paroisse voisine, raconta : « J’ai entendu un bruit sourd. Je suis sorti et ma ménagère m’a dit qu’elle avait vu un nuage de fumée jaune pâle qui s’élevait du fleuve. Puis, ce fut l’explosion, un véritable grondement de tonnerre répété par l’écho des montagnes. Les habitants sont aussi sortis de de leurs résidences, inquiétés par le bruit, mais l’explosion n’a causé aucun dommage. »</p>
<p class="p1"><span class="s1">Il y eut d’intenses spéculations, </span>dans la presse locale et dans <span class="s1">celle de Québec, sur ce qu’il s’était </span>passé. <i>La Patrie </i>de Montréal rapporta que l’explosion avait été « accompagnée d’une lueur fulgurante et d’épais nuages de fumée noire et blanche » (<i>sic</i>). Cela semblait être le consensus parmi les témoins oculaires.</p>
<p class="p1">Quoi qu’il en soit, l’affaire fut étouffée. L’USAF affirma qu’en raison de problèmes mécaniques, l’avion avait largué trois bombes conventionnelles par précaution, mais qu’elles n’avaient pas causé de dommages. Le gouvernement canadien n’avoua ce qu’il s’était<br />
passé qu’en 2000.</p>
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