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	<title>Jean-Vincent Roy &#8211; La revue Légion</title>
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		<title>Les militaires débarquent : quelques conséquences du programme d’instruction élémentaire au Québec durant la Seconde Guerre mondiale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Vincent Roy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Jul 2007 02:46:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
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					<description><![CDATA[Ainsi que nous l&#8217;avons déjà présenté au cours d&#8217;un article précédemment paru dans les pages de la revue Légion, l&#8217;instruction militaire élémentaire au Canada durant la Seconde Guerre mondiale a été un processus d&#8217;une grande ampleur. Plusieurs dizaines de milliers de Canadiens ont reçu une formation militaire de base prodiguée dans différents camps de l&#8217;armée [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1><a title="3" name="3"></a></h1>
<p>Ainsi que nous l&#8217;avons déjà présenté au cours d&#8217;un article                   précédemment paru dans les pages de la revue Légion, l&#8217;instruction                   militaire élémentaire au Canada durant la Seconde Guerre mondiale                   a été un processus d&#8217;une grande ampleur. Plusieurs dizaines                   de milliers de Canadiens ont reçu une formation militaire de                   base prodiguée dans différents camps de l&#8217;armée ouverts spécialement                   dans ce but. L&#8217;autre dimension de ce programme d&#8217;instruction,                   d&#8217;ailleurs tout aussi méconnue, concerne les conséquences économiques                   et sociales de ce vaste programme. En effet, les centres d&#8217;instruction,                   souvent ouverts près de petites villes, pouvaient parfois recevoir                   jusqu&#8217;à un millier d&#8217;individus. On se doute bien qu&#8217;une augmentation                   aussi subite de la population n&#8217;allait pas sans quelques conséquences,                   heureuses et malheureuses.</p>
<p>À la fin de l&#8217;été 1940, les nouvelles n&#8217;étaient pas très bonnes                   pour les Alliés. La défaite catastrophique de la France, aussi                   rapide qu&#8217;imprévue, l&#8217;occupation des pays du Benelux, du Danemark                   et de la Norvège, la bataille d&#8217;Angleterre et la menace d&#8217;invasion                   pesant sur ce pays offraient un portrait bien sombre. En outre, à la                   suite de cette transformation radicale de la situation stratégique                   européenne, le Canada s&#8217;est retrouvé parmi les alliés les plus                   importants des Britanniques et il a fallu se préparer à tout                   ce que l&#8217;avenir pouvait réserver. Si la puissante armée française                   avait été vaincue en six semaines, rien n&#8217;empêchait désormais                   de penser que la Grande-Bretagne pourrait l&#8217;être également.</p>
<p>Parmi les décisions canadiennes pour s&#8217;ajuster à ces nouvelles                   perspectives figure celle d&#8217;élargir le réseau d&#8217;instruction                   afin de préparer un nombre croissant de citoyens au métier                   des armes. On a commencé par prévoir un programme d&#8217;entraînement                   de trente jours, lequel est ensuite passé à quatre mois, puis à une                   période indéterminée, jusqu&#8217;à la fin de la guerre. Cela eut                   pour conséquence l&#8217;ouverture d&#8217;une quarantaine de centres d&#8217;instruction élémentaire                   un peu partout au pays, dont neuf au Québec.</p>
<p>Cette décision prise, il a fallu construire ces camps, embaucher                   de nombreux travailleurs pour construire les huttes devant                   servir à abriter les troupes, aménager les terrains, y installer                   des aqueducs et brancher des raccords électriques. Il fallait                   aussi passer des commandes souvent assez volumineuses auprès                   de fournisseurs locaux, que ce soit pour l&#8217;obtention de combustibles,                   de denrées alimentaires et ou de divers biens et services.                   Tout cela représentait un impact économique énorme pour les                   petites localités où les centres ont été ouverts. La ville                   de Red Deer, par exemple, comptait une population d&#8217;environ                   deux mille cinq cents âmes en 1940, et on y embauche deux cents                   travailleurs pour effectuer les travaux nécessaires à la mise                   sur pied d&#8217;un centre d&#8217;instruction. La population de la ville                   de Huntingdon, à la même époque, n&#8217;atteignait pas deux mille                   personnes, alors que le centre que l&#8217;on y ouvre est prévu pour                   recevoir des groupes de mille recrues! Celles-ci remplissaient                   les restaurants, peuplaient les bars, se rendaient au cinéma,                   faisaient nettoyer leurs uniformes et représentaient une clientèle                   nombreuse et quelques fois prodigue. Le Huntingdon Gleaner, à la                   une du 20 novembre 1940, rappelle d&#8217;ailleurs à ses lecteurs                   que les recrues représentent un potentiel économique hebdomadaire                   de huit mille cinq cents dollars.</p>
<p>Cependant, si les retombées économiques de la présence militaire étaient                   effectivement nombreuses, elles entraînaient aussi des problèmes                   dans leur sillage. L&#8217;influx massif de militaires entraînait                   parfois certains désagréments pour les civils qui ne se sentaient                   plus tout à fait chez eux, tandis que les agriculteurs se voyaient                   privés de main-d&#8217;oeuvre quand ce n&#8217;était pas un problème d&#8217;accès                   aux pièces de rechange pour la machinerie lourde. Les transports                   suscitaient aussi certains problèmes, puisque les militaires                   en permission n&#8217;étaient pas toujours des plus dociles. On ne                   compte plus les rappels dans les ordres du jour à l&#8217;effet que                   la population civile et la propriété publique doivent être                   respectées. D&#8217;autres problèmes moins courants, mais plus dangereux                   pouvaient également se poser, comme à Huntingdon où, en raison                   de contraintes d&#8217;espaces, on doit aménager un champ de tir à plus                   d&#8217;une dizaine de kilomètres du centre, et où il faut quelques                   fois interrompre les séances de tir parce que des civils ramassent                   du bois juste derrière les cibles!</p>
<p>Au-delà des stricts échanges économiques, militaires et civils                   collaboraient régulièrement, et cette collaboration s&#8217;exprimait                   par des services rendus de part et d&#8217;autre. L&#8217;exemple le plus                   connu est peut-être celui des militaires détachés auprès de                   fermiers pour les assister dans leurs récoltes, mais d&#8217;autres                   formes de collaboration sont aussi courantes. Au début de l&#8217;année                   1941, une corvée réunissant civils et militaires visant à construire                   une patinoire est tenue au camp de Joliette. Plus tard, le                   rouleau compresseur de la municipalité est mis à contribution                   pour préparer le terrain de parade. En mai de la même année,                   un centre culturel met sa cour de récréation à la disposition                   du camp pour la tenue de diverses compétitions sportives organisées                   par l&#8217;une des compagnies. À d&#8217;autres moments, des échanges &#8220;économiques&#8221; sont                   en fait des visites sociales dissimulées. Lorsque des femmes                   de Huntingdon se présentent au centre une fois par semaine                   pour montrer aux recrues comment repriser leurs chaussettes,                   on peut supposer que cette initiative est davantage appréciée                   en raison du contact social qu&#8217;elle représente. De leur côté,                   les militaires se mettent surtout à la disposition des autorités                   civiles lorsqu&#8217;il faut faire face à des urgences extraordinaires                   ou pour donner un coup de main. En mars 1941, des membres du                   7e Régiment de reconnaissance alors en formation au centre                   de Huntingdon passent l&#8217;après-midi à combattre l&#8217;incendie d&#8217;une                   résidence proche. Une partie de hockey entre l&#8217;équipe du centre                   et celle de Leach Textile a lieu cinq jours plus tard, et les                   profits amassés sont remis aux victimes de l&#8217;incendie. À Joliette,                   ce sont des centaines d&#8217;hommes qui combattent les nombreux                   feux de forêts qui caractérisent la fin de l&#8217;été 1941.</p>
<p>Les contacts sociaux, mondanités et festivités de tous ordres étaient                   aussi monnaie courante. Il pouvait s&#8217;agir d&#8217;événements servant                   au financement de l&#8217;effort de guerre ou simplement pour améliorer                   les équipements du centre, tandis que des événements à caractères                   purement festifs visaient à rendre le passage des recrues plus                   agréable, une fonction importante dans un milieu où le service                   militaire n&#8217;était pas toujours très populaire. Ainsi, les centres                   de Joliette et de Huntingdon ne lésinent pas sur les moyens                   pour distraire leurs populations. On organise par exemple à Joliette                   un grand concert commandité par la station de radio CKAC et                   le journal La Presse. Le spectacle est radiodiffusé sur le                   réseau de la station et le commandant du centre ne rate pas                   l&#8217;occasion d&#8217;y faire un discours visant à inciter les jeunes à joindre                   les rangs de l&#8217;armée. De leur côté, les troupes de divertissement                   telles les Fusiliers de la Gaieté, Tambour Major, Thumbs Ups                   et autres sillonnant le Canada et le Québec pour égayer les                   militaires viennent et reviennent au centre plusieurs fois                   par année. Les militaires organisent aussi des danses, lesquelles                   sont apparemment toujours très populaires. Ils y invitent la                   population civile, majoritairement, on s&#8217;en doute, la gent                   féminine. De leur côté, les civils organisent foires et rassemblements                   auxquels sont conviés les militaires. En avril 1941, des citoyennes                   de Huntingdon tiennent un bingo à la cantine du centre et distribuent                   des confiseries en guise de prix. De son côté, la Légion canadienne                   tient une danse en novembre. L&#8217;organisation, qui ne manque                   pas d&#8217;initiative, s&#8217;assure de la présence de quelques dames                   supplémentaires, afin que tous les militaires puissent avoir                   une partenaire. Le mois suivant, les caporaux organisent une                   autre danse, cette fois au profit de l&#8217;achat de cadeaux pour                   d&#8217;anciens membres du centre déployés outre-mer. Un millier                   de personnes y sont accueillies. En plus de représenter une                   opération lucrative, de telles initiatives servent à consolider                   les liens entre les deux communautés en témoignant du soutien                   des civils pour l&#8217;effort militaire. Les militaires encourageront                   d&#8217;ailleurs ces événements, puisqu&#8217;ils aident à maintenir un                   bon esprit et favorisent les relations entre les soldats et                   les civils des environs.</p>
<p>De leur côté, les officiers des centres se font un devoir                   d&#8217;assister aux événements locaux. Le 30 septembre 1940, le                   commandant du centre de Joliette et son adjoint font une visite                   de courtoisie à l&#8217;évêque et au maire de Joliette, tandis qu&#8217;au                   début du mois de décembre, monseigneur Papineau procède à la                   bénédiction du centre. Une grande parade est alors organisée                   pour l&#8217;après-midi. Les militaires, précédés par la fanfare                   de Joliette, sillonnent les principales artères de la ville                   et passent devant le palais de l&#8217;évêque où ce dernier, accompagné du                   commandant du centre, reçoit le salut de la troupe. D&#8217;après                   madame St-Aubin de la Société d&#8217;histoire de Joliette, les habitants                   de la ville jugeaient ces manifestations très impressionnantes                   et se déplaçaient souvent en grand nombre pour voir &#8220;les gars                   de l&#8217;Armée&#8221;.</p>
<p>Plusieurs événements sportifs réunissent également civils                   et militaires. Outre le fait que l&#8217;armée ait reconnu l&#8217;utilité des                   sports d&#8217;équipe pour le développement des qualités martiales                   des recrues, un autre impact bien réel a été de développer                   et, surtout, soutenir durablement les relations entre civils                   et militaires par le biais d&#8217;une activité compétitive suscitant                   parfois de vives passions. Chacun pouvait assister aux matches                   et soutenir son équipe dans une atmosphère quelquesfois survoltée.                   Cela contribuait à banaliser la présence de l&#8217;armée tout en                   illustrant avec éclat que le service militaire n&#8217;était pas                   qu&#8217;une affaire de discipline et de marche au pas.</p>
<p>Enfin, bien sûr, les militaires et les civils se rencontraient                   lors des nombreuses activités de recrutement. L&#8217;une des techniques                   adressées aux deux publics consistait en jours et en semaines                   de l&#8217;armée, une tradition que l&#8217;on retrouve encore parfois                   de nos jours. Lors de la semaine de l&#8217;armée de l&#8217;été 1942,                   une grande réception est organisée au camp de Joliette. De                   deux à quatre mille personnes, incluant le maire, les membres                   du conseil de ville, les représentants du clergé et de la chambre                   de commerce, ainsi que les Chevaliers de Colomb assistent à un                   concert et un grand feu au milieu de décorations installées                   spécialement pour l&#8217;occasion. Les moyens plus traditionnels                   de recrutement sont également courants. Tout le mois de juillet                   de 1941 est occupé à Joliette à de telles activités. Le 29,                   une colonne motorisée de près de cinquante véhicules, après                   avoir paradé dans les rues de la ville, s&#8217;arrête au camp où se                   presse une foule de plus de huit mille personnes! Il n&#8217;est                   malheureusement pas possible de se faire une idée précise de                   l&#8217;efficacité de ces initiatives, mais il semble qu&#8217;elles n&#8217;obtenaient                   pas toujours les résultats escomptés.</p>
<p>Un aspect un peu plus délicat des contacts entre civils et                   militaires concerne l&#8217;aspect moral du service militaire. Les                   jeunes recrues quittaient le domicile familial pour un nouveau                   milieu, parfois fort éloigné de celui auquel ils étaient habitués,                   loin de la supervision des parents. Or, cet éloignement s&#8217;accompagnait                   d&#8217;une liberté que les jeunes gens ne savaient pas toujours                   assumer. C&#8217;est d&#8217;ailleurs une image courante que celle des                   militaires &#8220;se laissant aller&#8221; en permission. Que ce soit pour évacuer                   l&#8217;intense pression de l&#8217;entraînement ou pour profiter pleinement                   de ce maigre temps libre, il pouvait effectivement arriver                   que certains militaires se retrouvent dans le pétrin. Pourtant,                   on aurait tort de percevoir le milieu militaire comme une porte                   ouverte sur le vice, en dépit de la mobilité accrue des populations.                   Ainsi que le soulignait une jeune femme s&#8217;étant enrôlée, &#8220;la                   vie militaire, ce n&#8217;était pas le bordel que s&#8217;imaginaient les âmes                   pieuses restées à l&#8217;arrière. C&#8217;était très strict et très surveillé.&#8221;</p>
<p>Le capitaine J.G. Leblanc, aumônier du centre de Huntingdon,                   a exprimé les préoccupations des autorités militaires à ce                   sujet dans un pamphlet publié en 1942. Son livret, La vraie                   victoire, distribué aux soldats du centre, se voulait un guide &#8220;d&#8217;instruction                   morale&#8221;. L&#8217;auteur y invite les lecteurs à méditer sur certains                   des risques moins évidents de leur nouvel engagement : &#8220;Dès                   les premières heures de ton séjour au camp,&#8221; écrit-il, &#8220;la                   désinvolture de quelques camarades choque souvent ta dignité humaine                   et chrétienne. C&#8217;est le signe imminent de la &#8220;blitzkrieg&#8221; satanique                   qui débute ainsi autour de toi. La guerre éclair dans le domaine                   moral a devancé notre siècle. Il se produit ce qui, malheureusement,                   arrive presque toujours : les timides se taisent, les lâches                   sourient, les évaporés renchérissent; puis la rigolade commence                   autour de la fonction la plus belle de l&#8217;organisme humain :                   la fonction procréatrice.&#8221; En fait, l&#8217;ouvrage de Leblanc est                   un réquisitoire visant à encourager la chasteté au sein des                   troupes et les tenir loin des maladies vénériennes. D&#8217;ailleurs,                   les ordres du jour des camps ne cessent d&#8217;appeler les recrues à la                   prudence, et on organise plus d&#8217;une séance de dépistage surprise                   lors du retour des permissionnaires.</p>
<p>Ainsi, l&#8217;histoire de la présence militaire au Québec lors                   de la guerre, si elle est aujourd&#8217;hui oubliée, n&#8217;est pas marginale.                   Les civils et les militaires ont constamment été en contact,                   et de ces contacts sont nées de nombreuses initiatives économiques                   et sociales qui se sont avérées la plupart du temps bénéfiques                   pour les deux parties tout en altérant&#8211;souvent temporairement&#8211;le                   paysage économique et social des régions où les centres d&#8217;instruction                   furent ouverts.</p>
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					<wfw:commentRss>https://legionmagazine.com/fr/2007/07/les-militaires-debarquent-quelques-consequences-du-programme-d-instruction-elementaire-au-quebec-durant-la-seconde-guerre-mondiale/feed/</wfw:commentRss>
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		<title>L&#8217;instruction militaire élémentaire  durant la Seconde Guerre mondiale</title>
		<link>https://legionmagazine.com/fr/2006/11/linstruction-militaire-elementaire-durant-la-seconde-guerre-mondiale/</link>
					<comments>https://legionmagazine.com/fr/2006/11/linstruction-militaire-elementaire-durant-la-seconde-guerre-mondiale/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Vincent Roy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Nov 2006 03:09:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Articles principaux]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://28330.vws.magma.ca/fr/?p=74</guid>

					<description><![CDATA[Les jeunes gens de la vie civile ne doivent pas craindre l&#8217;ennui, car s&#8217;il y a une place où la gaieté et l&#8217;enthousiasme règnent, c&#8217;est bien l&#8217;armée. &#8212; Lieutenant-colonel DeBellefeuille Officier commandant du centre d&#8217;instruction de Joliette 17 juillet 1941 Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, l&#8217;organisation de l&#8217;instruction militaire au Canada et, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1></h1>
<p align="center"> Les jeunes gens de la vie civile ne doivent pas craindre                   l&#8217;ennui, car s&#8217;il y a une place où la gaieté et l&#8217;enthousiasme                   règnent, c&#8217;est bien l&#8217;armée.</p>
<p align="right"><em> &#8212; Lieutenant-colonel DeBellefeuille<br />
Officier                     commandant du centre d&#8217;instruction de Joliette<br />
17 juillet                   1941</em></p>
<p>Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, l&#8217;organisation                   de l&#8217;instruction militaire au Canada et, plus généralement,                   la constitution des effectifs des trois armes se sont avérées être                   des problèmes administratifs difficiles à résoudre. L&#8217;armée                   de terre, l&#8217;aviation et la marine se livraient une chaude lutte                   pour recruter les effectifs nécessaires aux prévisions; il                   fallait ajuster la durée du service en fonction des ressources                   disponibles, et surtout, dans le respect des modalités d&#8217;engagement                   prévues par la Loi sur la mobilisation des ressources nationales;                   il fallait organiser le programme d&#8217;entraînement, former le                   personnel, et accueillir puis instruire adéquatement les recrues                   dans des installations appropriées. Afin d&#8217;obtenir un personnel                   capable d&#8217;accomplir les multiples tâches propres au service                   militaire, la formation devait comprendre différentes spécialités                   nécessitant chacune un entraînement, du matériel et des connaissances                   spécifiques. Pour tout le personnel des forces armées canadiennes,                   le service militaire avait un dénominateur commun : l&#8217;instruction élémentaire.</p>
<p>L&#8217;instruction militaire au Canada a évolué en quatre temps                   durant la guerre. D&#8217;abord, au tout début du conflit, on a ouvert                   14 centres d&#8217;instruction pour compléter le travail réalisé par                   les trois centres de l&#8217;armée permanente en opération avant                   la guerre. Ces centres avaient une vocation spécialisée, pour                   les fusiliers, les mitrailleurs, ou les spécialités, telles                   que les transmissions. Par la suite, avec l&#8217;instauration du                   service militaire obligatoire établi par la Loi sur la mobilisation                   des ressources nationales, on ouvre 39 centres d&#8217;instruction                   de la milice non permanente afin de donner une formation adéquate                   aux civils nouvellement appelés sous les drapeaux. Lorsque                   la loi a été modifiée pour porter la période de service à quatre                   mois, on a procédé à une vaste réorganisation qui réduisit                   le nombre total de centres à 28, puis, au début de 1942, on                   le porta à nouveau à 40. Enfin, 13 ont été fermés à la fin                   de 1943 selon le nouveau programme d&#8217;instruction réunissant                   les centres élémentaires et supérieurs pour harmoniser l&#8217;entraînement.                   La formation complémentaire dite &#8220;opérationnelle&#8221;, c&#8217;est-à-dire                   l&#8217;adaptation aux conditions de guerre qui prévalaient en Europe                   et les exercices de grandes unités était, elle, le plus souvent                   réalisée en Angleterre. Le réseau d&#8217;instruction était supervisé par                   chacun des districts militaires qui avaient la responsabilité d&#8217;appuyer                   les centres de son territoire et d&#8217;encadrer leurs actions,                   tandis que la direction des centres était assurée par un petit                   groupe d&#8217;officiers. À l&#8217;ouverture du centre, ce groupe était                   habituellement constitué de cadres issus du régiment local                   de la réserve active non permanente. Pour Huntingdon, par exemple,                   le centre a commencé ses activités avec 30 officiers, 79 sous-officiers                   et 105 hommes du rang, la plupart issus du Huntingdon Regiment.</p>
<p>Avant de voir à l&#8217;instruction efficace des recrues, il fallait                   d&#8217;abord les accueillir, les loger, les nourrir, les vêtir,                   les entretenir et les divertir. Ce n&#8217;était pas une mince affaire,                   compte tenu du nombre d&#8217;individus dont il fallait s&#8217;occuper                   : les plus grands centres pouvant accueillir entre 500 et 1000                   hommes. On commençait donc par l&#8217;organisation adéquate des                   lieux, lesquels étaient au départ constitués par une série                   de huttes pour la troupe, un quartier-maître, les mess des                   sergents et des officiers ainsi qu&#8217;une cantine pour les hommes                   du rang. Les centres procéderont tout au long de la guerre à de                   nombreux aménagements pour améliorer les conditions de vie                   de leurs résidents et le rendement de l&#8217;instruction. Piscines,                   cinémas, salles de lectures, manèges avec scène et équipement                   de sonorisation, on verra certains centres se prévaloir des                   plus récents développements techniques. Cela ne suppose cependant                   pas nécessairement des lieux sophistiqués. Le drainage des                   terrains laissait parfois beaucoup à désirer, et il arrivait                   que les constructions résistent mal aux intempéries, si bien                   que l&#8217;on était parfois forcé d&#8217;interrompre le programme de                   formation régulier en raison de dommages subis par les infrastructures.</p>
<p>Les centres purent commencer à recevoir de jeunes gens aptes                   au service, appelés ou volontaires, quelques mois après leur                   activation officielle. La réception des candidats se réglait                   sur quelques jours, au fur et à mesure que ceux-ci arrivaient                   au centre. À leur arrivée, on les recevait formellement au                   Drill Hall du centre, si celui-ci disposait d&#8217;une telle installation.                   Les nouveaux arrivants étaient alors soumis à un examen médical,                   puis, après une brève séance d&#8217;information servant à les mettre                   au fait des usages du centre, on les dirigeait au quartier-maître                   afin d&#8217;y percevoir uniforme et équipement. Il ne restait plus                   qu&#8217;à les répartir par compagnies et par pelotons, puis leur                   assigner un dortoir. Par mesure d&#8217;hygiène, il arrivait que                   des hommes soient expédiés aux bains et leurs vêtements à la                   désinfection. Ils étaient ensuite pris en charge par le sous-officier                   responsable de leur hutte. Ce dernier devait organiser la distribution                   de literie et de couvertures, indiquer aux recrues où se trouvaient                   les lieux de parades et leur expliquer la routine du centre,                   en plus de leur faire la lecture des ordres courants et leur                   expliquer les usages du mess et le fonctionnement des repas.</p>
<p>L&#8217;horaire du centre suivait une routine bien précise ayant                   peu changé durant la guerre, et similaire d&#8217;un centre à l&#8217;autre.                   Hormis lors des jours fériés et le dimanche, l&#8217;horaire était                   sensiblement le même tout au long de l&#8217;année, marqué par l&#8217;appel                   caractéristique du clairon. Réveil à six heures, déjeuner trois                   quarts d&#8217;heure plus tard, d&#8217;une durée d&#8217;une heure. Le rassemblement                   suivait le déjeuner, et on commençait ensuite la journée de                   formation par une parade avant de se diriger vers les salles                   de cours, parade square, champ de tir, etc. Le dîner était                   tenu à midi, pour trois quarts d&#8217;heure, avant que ne commence                   la seconde partie de la journée. Le souper, pour sa part, se                   tenait à 17 h 45, puis on sonnait la retraite trois quarts                   d&#8217;heure plus tard. La journée se terminait par l&#8217;extinction                   des feux, prévue peu après 22 h.</p>
<p>L&#8217;instruction proprement dite se répartissait sur des semaines                   de cinq jours et demi (du lundi au samedi matin), entrecoupées                   de quelques permissions&#8211;généralement accordées en fonction                   du calendrier des fêtes ou du rendement des troupes. L&#8217;entraînement était                   constitué de marches, d&#8217;exercices physiques, de maniement d&#8217;armes,                   de cartographie, de formations sur la protection contre les                   attaques chimiques et sur l&#8217;hygiène, ainsi que de divers cours                   propres au déploiement en campagne. On consacrait en outre                   six heures à &#8220;l&#8217;éducation militaire&#8221;, qui comprenait notamment                   des notions de discipline, d&#8217;histoire régimentaire, des caractéristiques                   géné-rales des armes et de l&#8217;organisation de l&#8217;infanterie.</p>
<p>On suggérait aux instructeurs se trouvant à la tête d&#8217;un groupe                   possédant à fond la matière enseignée de réviser les leçons                   ultérieures ou y aller de discussions sur des sujets militaires                   ou civils. On proposait des sujets : les méthodes de gouvernement                   provinciales et fédérales, les droits, privilèges et responsabilités                   des citoyens de l&#8217;Empire britannique, l&#8217;histoire régimentaire                   ou l&#8217;organisation militaire. Il était également stipulé que                   les officiers commandants devaient préparer une liste de tels                   sujets, les remettre à tous les instructeurs et s&#8217;assurer que                   ceux-ci soient en mesure d&#8217;en parler. On pouvait également                   encourager les discussions et les présentations hors des périodes                   réglementaires comme moyen additionnel d&#8217;inculquer des connaissances                   aux recrues, tandis que la projection de films était favorisée,                   tous les sujets étant jugés convenables. Des compétitions étaient                   aussi organisées entre les compagnies afin d&#8217;augmenter la motivation                   des troupes à bien performer, par exemple les permissions du                   vendredi décernées au peloton jugé le plus efficace. Tout au                   long de la guerre, certains centres se sont également mis à offrir                   certains cours d&#8217;appoint ou des formations spécialisées, comme                   Huntingdon, avec un cours de mitrailleur, ou Joliette et son                   centre de formation des chefs juniors.</p>
<p>Les divertissements étaient un autre domaine où il fallait                   une organisation serrée. Ce sera le rôle confié en partie aux &#8220;cantines&#8221; ouvertes                   dans la plupart des centres par des organisations caritatives                   comme les Chevaliers de Colomb ou l&#8217;Armée du Salut. La cantine                   deviendra dans certains centres le point de convergence de                   la plus grande partie de la vie sociale, du moins au niveau                   de la troupe. Tout au long du service actif du centre, les &#8220;comités                   de la cantine&#8221; poursuivront leur action, tantôt en payant des                   entrées au cinéma pour quelques militaires, tantôt en achetant                   des équipements de sport. D&#8217;autres activités sont également                   mises à contribution. Ici, un quiz pour les membres du rang,                   au cours duquel les questions posées donnent la chance à tous                   de gagner cinq dollars ou des permissions du vendredi soir.                   Là, un &#8220;concert-boucane&#8221; mettant en vedette les talents du                   personnel et des recrues du centre. Les jours fériés, les promotions,                   l&#8217;arrivée de nouvelles cohortes, les succès ou plus simplement                   le divertissement et le goût de la fête donnent autant d&#8217;occasions                   d&#8217;organiser un événement. Le plus souvent, il s&#8217;agit de danses                   où l&#8217;on prend soin d&#8217;inviter la population civile des environs.                   On organise un programme, on convoque un ou plusieurs ensembles                   musicaux et on planifie des activités tout au long d&#8217;une soirée                   se terminant aux petites heures du matin.</p>
<p>Une autre occupation importante&#8211;voire capitale&#8211;des centres                   d&#8217;instruction était l&#8217;effort qu&#8217;on exigeait d&#8217;eux pour le recrutement.                   Ils constituaient en effet de précieux points de convergence                   entre les militaires et les civils en permettant notamment                   de coordonner diverses activités de promotion au recrutement.                   Si l&#8217;on en juge par les entrées des journaux de guerre, il                   semble que ces activités étaient prises très au sérieux par                   le personnel du centre, même si les résultats n&#8217;étaient pas                   toujours encourageants.</p>
<p>Le recrutement à partir des centres pouvait prendre plusieurs                   formes. La technique la plus simple consistait à ce qu&#8217;un officier                   d&#8217;un régiment à la recherche d&#8217;effectifs se présente au centre                   pour tenter d&#8217;obtenir des demandes parmi les conscrits. On                   pouvait aussi faire appel à la quincaillerie militaire pour                   tenter d&#8217;arriver au même résultat. En juin 1941, un détachement                   du Royal Montreal Regiment se présente au centre de Huntingdon                   pour effectuer une démonstration. On présente un camion, deux                   chenillettes et un tracteur d&#8217;artillerie en plus de faire l&#8217;étalage                   d&#8217;armes légères et des mortiers utilisés par l&#8217;infanterie.                   Une autre façon de procéder consistait à s&#8217;adresser directement à la                   population locale des environs du centre. Les centres organisaient                   des parades dans les localités de leur région pour faire la                   démonstration de leur équipement et de leur savoir-faire dans                   le but de persuader les civils de s&#8217;enrôler.</p>
<p>Les visites de civils aux centres constituent une autre occasion                   de recrutement. Ces visites se font spécialement nombreuses                   lors des &#8220;journées de l&#8217;armée&#8221; ou des &#8220;semaines de l&#8217;armée&#8221; qui                   ont lieu le plus souvent durant la période estivale. Les centres                   semblaient jouir d&#8217;une certaine liberté quant aux initiatives à prendre                   pour améliorer le rendement des activités de recrutement. Les                   militaires ne lésinaient pas sur les moyens à employer lorsqu&#8217;il                   s&#8217;agissait de ces expéditions de recrutement. Tellement, en                   fait, qu&#8217;il arrivait que ces démarches entravent le bon fonctionnement                   de l&#8217;instruction elle-même.</p>
<p>Tout cela entrait dans les fonctions des centres d&#8217;instruction.                   Ils étaient plus que de simples camps d&#8217;entraînement. Ils étaient                   pour plusieurs la porte d&#8217;entrée de l&#8217;armée canadienne, un                   lien important entre le monde civil et le monde militaire,                   et un outil de recrutement, voire de relations publiques. Bien                   sûr, un survol aussi bref ne peut qu&#8217;effleurer ce vaste sujet,                   mais souhaitons qu&#8217;il puisse au moins souligner l&#8217;importance                   de cette institution. On a tendance à oublier que les militaires                   canadiens, avant de se rendre au front pour se mesurer à l&#8217;ennemi,                   ont commencé par subir un entraînement au pays. Cette phase                   cruciale, même si elle ne menait pas de facto à une carrière                   militaire active, a eu un impact non seulement sur le personnel                   militaire qui en était issu, mais également sur la société canadienne                   qui réintégra par la suite ceux qui y séjournèrent.</p>
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